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Ars grammatica

Priscien

DomaineTradition occidentale: grec et latin
SecteurGrammaires latines antiques [1212]
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CGL

Auteur(s)

Priscien

Variantes: Priscianus Caesariensis

Datation: Début du 6e s. p.C.

Grammairien latin de l'Antiquité. Originaire de Césarée de Mauritanie et contraint de s'expatrier en raison de ses opinions religieuses, Priscien suivit à Constantinople les leçons du grammairien Theoctistus, avant d'y devenir lui-même professeur de grammaire latine. La chronologie relative de ses œuvres fait apparaître d'abord les trois courts traités De figuris numerorum [Sur les représentations figurées des nombres], De metris fabularum Terentii [Sur les mètres des pièces de Térence], Praeexercitamina [Exercices préliminaires], puis, entre 526 et 527, les 18 livres de l'Ars grammatica, et, après cette œuvre majeure, deux derniers traités scolaires, l'Institutio de nomine et pronomine et uerbo [Principes sur le nom, le pronom et le verbe] et les Partitiones duodecim uersuum Aeneidos principalium [Analyse par énumération des parties des douze vers de l'Enéide qui débutent un chant].

Titre de l'ouvrageArs grammatica
Titre traduitGrammaire
Titre courtArs grammatica
Remarques sur le titreLe titre Ars grammatica est plus ancien et plus adéquat plus que le titre traditionnellement admis Institutionum grammaticarum libri XVIII (Institutions Grammaticales ou Principes de grammaire, en 18 livres). Cf. De Nonno 2009, Holtz 2009.
Période|6e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire latine destinée à un public hellénophone.
Type indexéGrammaire pour étrangers | Grammaire théorique
Édition originaleDate de composition: 526/527.
Édition utiliséeÉdition par Martin Hertz, Grammatici Latini, vol. 2 [en entier] et 3 [p. 1-377], 1855-1859, Leipzig, Teubner.
VolumétrieFormat in-8°, 597 + 377 pages.
Nombre de signes1600000
Reproduction moderneÉd. M. Hertz, Grammatici Latini, vol. 2 et 3, rééd. Hildesheim, Olms, 1961. Éd. de la partie finale du livre 18 (catalogue) par M. Rosellini (2015). Traduction allemande par A. Schönberger des livres 14 (la préposition, 2008), 16 (la conjonction, 2010), 17 (la syntaxe, 2010), du De accentibus (2010). Traduction fr. par le Groupe Ars grammatica du livre 15 (l'adverbe, 2005), du livre 17 (2010); traduction fr. par le Groupe Ars grammatica des livres 14, 15, 16 (2013); traduction fr. par le Groupe Ars grammatica du livre 18 (à par. 2016).
DiffusionDiffusion manuscrite colossale: Holtz (2009, p. 55) récapitule 518 ms. de l'Ars et des œuvres mineures de Priscien. En comptant les éd. partielles, on arrive à près de 800 ms. Édition princeps Venise, 1470, puis une dizaine (essentiellement entre 1470 et 1545) jusqu'à celle de Hertz. Autres éd. notables: Putschius 1605; Krehl 1819-1820.
Langues ciblesLatin
MétalangueLatin
Langue des exemplesNombreux exemples empruntés au grec, en particulier dans les deux derniers livres, Priscien comparant systématiquement les deux langues, notamment dans le catalogue qui clôt le livre 18 (GL 3, p. 278-377).
Sommaire de l'ouvrageTrois parties principales: 1. Livre I et une partie du livre II (2, p. 1-54): définition du son (uox), et, à partir de la représentation graphique en lettres, description des degrés successifs de leur agencement (syllabe, mot, énoncé). 2. De la fin du livre II à la fin du livre XVI (vol. 2, p. 54-597 et vol. 3, p. 1-105): analyse des différentes catégories de mots: nom (livres II-VII, vol. 2, p. 56-368), verbe (livres VIII-X, p. 369-547), participe (livre XI, p. 548-576), pronom (livres XII-XIII, vol. 2, p. 577-592 et vol. 3, p. 1-23), préposition (livre XIV, p. 24-59), adverbe et interjection (livre XV, p. 60-92), conjonction (livre XVI, p. 93-105), selon un schéma classique (définition générale de la catégorie considérée, puis indication de ses différents accidentia, c'est-à-dire de ses attributs morphologiques et sémantiques; le classement et la description de ceux-ci constituent l'armature de l'exposé). 3. Livres XVII et XVIII (vol. 3, p. 106-377): étude de la constructio. L'objet en est indiqué dès les premières lignes du livre XVII: après l'analyse des catégories de mots, il faut procéder à l'analyse de leurs relations, ce que les Grecs appellent "syntaxe". Le livre XVII reprend les questions abordées dans les livres XII et XIII, consacrés au pronom, mais en les traitant spécifiquement du point de vue de la construction. Le livre XVIII traite des modes des verbes et de leurs constructions en fonction de leur voix, puis se termine par un lexique de 340 notices donnant la construction de verbes rangés par ordre alphabétique.
Objectif de l'auteurLe but poursuivi par Priscien semble avoir été d'établir une somme de la science grammaticale à son époque et d'intégrer l'étude de la constructio dans le domaine de l'Ars, à la place de l'étude classique des uitia uirtutesque orationis. La composition des Institutions grammaticales redéfinit ainsi les limites de l'exposé systématique de grammaire par rapport à la tradition latine: l'analyse s'organise autour des constituants de l'énoncé (les différentes catégories de mots), avec une sorte d'échelon inférieur (la présentation des éléments de ces constituants: les "lettres" et les syllabes), et d'échelon supérieur (l'examen de leur combinaison, c'est-à-dire de la constructio). C'est, dans son principe, le premier exemple de la tripartition: phonétique (ou phonologie) / morphologie / syntaxe.
Intérêt généralLes 16 premiers livres présentent un état particulièrement élaboré et développé de la grammaire antique classique. L'intérêt porte essentiellement sur la description des lettres, l'analyse hésitant entre phonétique et phonologie, et, pour les catégories de mots, sur la diversité de la réflexion et la richesse des exemples. Quant aux deux derniers livres, ils ont toujours été considérés comme les plus résolument originaux.
Parties du discoursPriscien en propose une présentation globale au livre II (GL 2, p. 55-56), puis les étudie en détail dans les livres II à XVI. Le traitement diffère en de nombreux points des autres Artes (par ex. ordre de traitement, définition du pronom, classification des noms, des pronoms, des conjonctions, etc.).
Innovations term.A la fois pour adapter au latin la terminologie très riche d'Apollonios Dyscole, et par goût personnel de l'innovation, Priscien a créé de multiples termes conservés ensuite dans les traditions postérieures, par ex. collectiuum (nomen), denominatiuum (nomen), distributiuum (nomen), (in-)transitiuum (uerbum), numerale (aduerbium), ordinale (nomen), substantiuum (uerbum), etc.
Corpus illustratifExemples forgés et citations d'auteurs latins, mais aussi grecs, très abondantes; auteurs latins les plus cités: Virgile (surtout l'Énéide), Térence, Plaute, Lucain, Horace, Juvénal, Stace, Cicéron, Salluste; auteurs grecs les plus cités: Homère, Démosthène. Les sources et leur localisation sont données avec une assez grande précision.
Indications compl.Traitement de la syntaxe: Dans son étude de la constructio, Priscien admet deux grammaticalités. La première est l'ensemble des contraintes imposées a priori par les constituants de l'énoncé. Elle se développe à partir de la description des constituants de l'énoncé et des différents traits dont chacun est porteur: compte tenu des différents accidentia dont relèvent les formes, il est possible de déterminer à priori la cohérence ou l'incohérence de leur combinaison. La deuxième grammaticalité est le "système du sens": dès lors qu'un énoncé est intelligible, il obéit à ce système du sens, et de ce point de vue il est construit. Priscien ne rejette ainsi jamais comme fautive une tournure intelligible: si elle est intelligible, si elle est attestée, c'est qu'elle est construite. Ce que la grammaire classique appelle une faute devient ici, simplement, un énoncé susceptible d'une réinterprétation banalisante, c'est-à-dire d'une réinterprétation conforme au premier mode de grammaticalité. Cette réinterprétation constitue cependant la limite de cette analyse. La méthode suivie consiste en effet à prendre pour point de départ ce que l'appartenance d'un mot à telle ou telle catégorie implique en principe en matière de construction, puis à réinterpréter si besoin est l'appartenance de ce mot aux diverses catégories envisagées selon sa construction effective dans un énoncé. Tout part des catégories qu'on pourrait dire morphologiques, mais tout y revient aussi. Il y a là une forte contradiction, entre la conception sous-jacente (à savoir que l'énoncé est le seul garant de la construction de ses constituants), et l'application limitée de cette conception, qui revient simplement à réinterpréter l'appartenance des constituants aux catégories morphologiques (telle forme de singulier peut fonctionner comme un pluriel, tel indicatif comme un subjonctif, tel nominatif comme un génitif, par variation). Et de fait, on n'observe aucun outil spécifique à l'analyse de l'énoncé. Priscien, comme Apollonios, ne pratique ni même ne connaît les concepts de sujet et de prédicat, présents à leur époque dans les seuls textes de dialectique (disons de logique). Priscien emploie les concepts de substance et d'accident, mais dans une perspective plus sémantique que syntaxique. Plus généralement, il n'y a pas là de fonction syntaxique.
Influence subieOn a supposé que ce texte était un ouvrage de commande et s'inscrivait dans un vaste mouvement de renouveau de la culture latine entrepris à l'époque à Rome dans l'entourage de Boèce, et qui a pris fin avec l'exécution de Boèce en 525; les dates ne correspondent pas tout à fait, mais Priscien lui-même affirme que son ouvrage répond à un désir de renouvellement et d'innovation. Priscien s'est inspiré de textes grammaticaux grecs, et notamment de ceux d'Apollonios Dyscole, grammairien alexandrin du 2e s. p.C. Priscien distingue nettement deux courants dans l'histoire des doctrines grammaticales: le courant originel (uetustissima grammatica ars, GL 2, p. 1, 2-6) dont les grammairiens latins sont les continuateurs, tradition périmée qu'il convient de corriger, et d'autre part un nouveau cours, fondé par Apollonios Dyscole, que Priscien se propose de faire passer dans le domaine latin pour renouveler la grammaire latine. Cette refonte procède essentiellement de la présence de l'analyse de la constructio, fruit de l'adaptation de la Syntaxe d'Apollonios Dyscole (Peri suntaxeôs).
Influence exercéeL'Ars Prisciani a eu une postérité considérable, surtout par l'appareil de définitions des catégories grammaticales et ses multiples classifications. Ce texte appartient à l'histoire de la grammaire (voire de la logique) médiévale, où il représentait le niveau supérieur de l'étude de la grammaire, au-dessus de celui que représentait l'Ars de Donat. Il fournit encore l'essentiel du contenu des grammaires latines produites en Italie au 15e s., mais son influence s'étend bien au delà (Kelly 2011). Il constitue notamment le socle de la partie syntaxique des grammaires des vernaculaires européens.
Renvois bibliographiques→ Références
Ballaira G. 1989; Ballaira G. 2009 {bibliographie, p. 673-729}; Baratin M. 1989; Baratin M. 2005; Baratin M. 2005; Baratin M. 2009; Baratin M. 2009; Baratin M. 2011; Baratin M. 2014; Baratin M., Colombat B. & Holtz L. (éd.) 2009; Baratin M. & Garcea A. (éd.) 2005; Barnes J. 2009; Bertini F. 2009; Biville F. 2008; Biville F. 2009; Biville F. 2009; Bonnet G. 2005; Bonnet G. 2009; Brumberg-Chaumont J. 2009; Calboli G. 2009; Cinato F. 2009; Cinato F. 2015; Codoñer C. 2000; Codoñer C. 2009; Colombat B. 2003; Colombat B. 2009; Conduché C. 2009; Conduché C. 2012; De Nonno M. 2009; Desbordes F. 2000; Ebbesen S. 2009; Flobert P. 2009; Garcea A. 2009; Garcea A. & Lomanto V. 2003; Glück M. 1967; Grondeux A. 2009; Groupe Ars Grammatica 2005; Groupe Ars Grammatica 2010; Groupe Ars Grammatica 2013; Helm R. 1954; Holtz L. 2009; Keller M. 2008; Keller M. 2009; Keller M. 2009; Kelly L. G. 2011; Lallot J. 2009; Lomanto V. 2009; Luhtala A. 2005 {p. 79-128}; Luhtala A. 2009; Luscher A. 1912; Maltby R. 2009; Marguin-Hamon E. 2009; Martorelli L. (éd.) 2014; Murphy J. J. 2000; Pugliarello M. 2009; Rosellini M. 2010; Rosellini M. (éd.) 2015; Rosier-Catach I. (éd.) 2003; Rosier-Catach I. 2003; Rosier-Catach I. 2009; Rosier-Catach I. (éd.) 2011; Schanz M. & Hosius C. 1914 {4, 2, p. 221}; Schmidhauser A. U. 2009; Schönberger A. 2008; Schönberger A. 2010; Schönberger A. 2010; Sluiter I. 1990; Swiggers P. & Wouters A. 2009; Szerwiniak O. 2009; Wischnewski O. 1909
Rédacteur

Baratin, Marc · Colombat, Bernard (rév.)

Création ou mise à jour2015-11 | 2003 | 1998