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Minerva: seu de causis linguae Latinae

Sanctius, Franciscus

DomaineTradition occidentale: grec et latin
SecteurGrammaires latines humanistes [1254]
Auteur(s)

Sanctius, Franciscus

Variantes: Sánchez de las Brozas, Francisco, dit El Brocense

Datation: 1523-1600

Humaniste espagnol, né à Brozas (province de Cáceres), mort à Valladolid. Professeur de rhétorique, de grec et de latin à l'Université de Salamanque. Auteur de: traités de rhétorique (De arte dicendi liber unus, 1556 [rééd. 1985, F. Sánchez de las Brozas, Obras I. Escritos retóricos, annot. E. Sánchez Salor, Cáceres], Aphthonii Sophistae Progymnasmata Rhetorica [1556]); de traités de grammaire latine (Grammatices Latinae Institutiones [1562], Arte para en breve saber Latin, en espagnol [composé ca 1579]) et grecque; d'ouvrages de dialectique (Organon Dialecticum et Rhetoricum, 1579 [rééd. 1985, Obras retóricas, annot. C. Chaparro Gómez], De nonnullis Porphyrii aliorumque in Dialectica erroribus Scholae Dialecticae [1588]); de commentaires philologiques sur des auteurs anciens (Virgile, Ovide, Pomponius Mela, Perse, Épictète) et modernes (Politien, Garci Lasso de la Vega, Juan de Mena). Inquiété par les tribunaux de l'Inquisition à la fin de sa vie.

Titre de l'ouvrageFrancisci Sanctii Brocensis in inclyta Salmanticensi Academia Primarii Rhetorices, Graecaeque linguae Doctoris Minerva: seu de causis linguae Latinae
Titre traduitMinerve ou les causes de la langue latine, de Franciscus Sanctius El Brocense, principal de rhétorique et docteur en langue grecque à l'illustre Académie de Salamanque.
Titre courtMinerva: seu de causis linguae Latinae
Remarques sur le titre
Période|16e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire du latin, visant à une analyse théorique et générale du langage, et utilisant l'ellipse comme moyen d'analyse principal.
Type indexéGrammaire théorique | Syntaxe
Édition originale1587, Salamanque, J. et A. Renaut. Une brève ébauche de la Minerve a paru en 1562: Francisci Sanctii Brocensi Minerva seu de Latinae linguae causis et elegantia [comparaison entre les deux ouvrages chez Del Estal Fuentes 1975]). La Minerve de 1587 doit néanmoins être considérée comme l'editio princeps.
Édition utilisée1587, Salamanque, J. et A. Renaut.
VolumétrieIn-8°, 272 f, 16 f. (576 pages.) pour un De Partibus orationis ajouté à la fin. Index. IV parties. env. 1 100 signes par page.
Nombre de signes630000
Reproduction moderneFac-similé, avec préface de M. Breva-Claramonte, Bad-Cannstatt, Frommann-Holzboog, 1983.
DiffusionAvec les observations de Scioppius [Caspar Schoppe] (1576-1649), 1663, Padoue, P. Frambotti; 1664, Amsterdam, J.Pluymer. Avec les notes de Scioppius et de très abondantes annotations de Jacobus Perizonius [Jacobo Voorbrook] (1651-1715): 1687, Franequerae; 1693, Franequerae, L. Strick; 1702, ibid.; 1704, Amsterdam, ex off. Westeniana; 1714, Amsterdam, ap. Janssonio-Waesbergios; 1733, ibid.; 1752, Amsterdam, M. M. Bousquet; 1752, Amsterdam, De Tournes, 1754, Amsterdam, S. Schouten; 1760, Ulyssipone; 1761, Amsterdam, De Tournes; 1789, Lyon, Piestre et Delabolliere; 1793, Lipsiae, J. O. Barthii, 1795, A. Paddenburg, 1809, Amsterdam. Introd. et trad. en espagnol: 1976, F. Riveras Cárdenas. Ed. avec trad. en espagnol par E. Sáchez Salor et C. Chaparro Gómez, 1995, Cáceres, Universidad de Extramadura. Introd., trad. et notes en français, 1982, G. Clerico.
Langues ciblesLatin
Métalanguelatin. Un certain nombre de références au grec pour la terminologie rhétorico-grammatical, les tours syntaxiques et quelques étymologies. Brèves allusions à l'arabe.
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageBrève adresse à l'"illustre Académie Salmantine". Livre I (f. 5r-44r): Les parties du discours: considérations générales sur les objectifs de l'étude grammaticale et ses parties constituantes (chap. 1-2). Accent / figure / espèce (chap. 3). Nombre / cas / genre / déclinaison (chap. 4-8). Noms hétéroclites et hétérogènes (chap. 9). Diminutifs (chap. 10). Comparatifs et superlatifs (chap. 11). Personne (chap. 12). Mode (chap. 13). Infinitif (chap. 14). Participe (chap. 15). Préposition, adverbe, conjonction (chap. 16-18). Livre 2 (f. 44v-83v): Construction des noms (chap. 1). Emploi des cas: nominatif (chap. 2), génitif (chap.3), datif (chap. 4), accusatif (chap. 5), vocatif (chap. 6), 6e cas (chap. 7). Syntaxe des adjectifs, des 'relatifs', des comparatifs, des superlatifs, des réciproques, des possessifs (chap. 8-13). Livre 3 (f. 84r-163v): Construction des verbes. Refus des 'impersonnels' (chap. 1). Tous les verbes sont actifs ou passifs (refus de l'intransitivité, élimination de la classe des déponents, chap. 2-5). Construction de l'infinitif et de la proposition infinitive (chap. 6-7). Syntaxe du gérondif, du supin (chap. 8-11). Emplois des prépositions, adverbes, conjonctions (chap. 12-14). Livre 4 (f. 164r-272v): Figures de construction. Ellipse des noms, des participes, des verbes, des prépositions, adverbes et conjonctions par ordre alphabétique (f. 154v-222r). Autres figures: zeugma (f. 222r-223v), pléonasme (f. 223v-224r), syllepse (f. 224r-226r), hyperbate (f. 226v-227r), hellénisme (f. 227r-229v). Ellipse de la préposition grecque kata. Petit traité de sémantique sur la monosémie, l'euphémisme, l'analogie des significations, l'antiphrase (f. 233v-262v). Quelques pages sur la nécessité de renoncer à l'usage oral du latin (f. 266v-271v). Errata.
Objectif de l'auteurSimplifier l'acquisition de la langue latine en la réduisant à quelques règles fondamentales susceptibles de rendre compte de la multiplicité des usages. Le maître mot est l'unicité des emplois en dépit des variations apparentes.
Intérêt généralSanctius est à la fois un grand philologue et un théoricien. Il maîtrise également tout le corpus d'auteurs classiques qui lui servent de cautions pour étayer ses hypothèses de type universaliste, et tous les grammairiens de quelque importance, anciens ou recentiores (Priscien, Linacre, Scaliger) dont il réaménage avec un rare esprit de synthèse les propositions les plus significatives. La Minerve propose de riches problématiques sur la coordination et la subordination, la théorie des cas, la structure des groupes verbaux, les questions d'accord (syntaxe de convenance), les problèmes de la polysémie, etc.
Parties du discoursGrammaire de réécritures qui procède à la reconstitution de structures syntaxiques élémentaires le plus souvent redondantes mais régulières (ratio), subissant dans la langue effective (usus) des effacements divers dont la liste est minutieusement établie. Chaque partie du discours, définie morphologiquement, reste invariablement dans sa classe d'origine et ne saurait avoir d'autre comportement que celui que lui assigne sa nature première (rejet de l'énallage). Chaque désinence casuelle et chaque outil grammatical a une valeur essentielle et première. Tous les écarts par rapport à ce fonctionnement central peuvent être réduits. Les énoncés du type 'phrase' ont une structure de base restituant à un certain niveau d'analyse (oratio perfecta) un suppositum (sujet) et un appositum (objet). Réduction des parties du discours à six (par suppression du pronom et de l'interjection). Réduction des genera uerborum (les voix verbales) à l'opposition actif / passif. Suppression des impersonnels, du mode verbal.
Innovations term.Peu nombreuses, Sanctius puisant dans le stock terminologique de ses prédécesseurs et préférant "nettoyer" la terminologie plutôt que de l'enrichir; réactivation de l'emploi de suppositum / appositum; distinction entre l'accord (désigné par concordia) et la règle (regula).
Corpus illustratifTrès abondant avec indication assez précise des sources.
Indications compl.
Influence subieAprès des prises de position philosophiques conciliant Platon et Aristote sur l'arbitraire ou la motivation des unités de langue, Sanctius se place explicitement dans la lignée de Quintilien d'une part et de Priscien de l'autre. Il se réfère au travail d'humaniste de Nebrija en le citant à plusieurs reprises. Il reconnaît sa dette à l'égard de Scaliger (cf. le titre de leurs traités) quant aux objectifs d'ensemble de l'étude grammaticale, mais adopte des analyses plus spécifiquement syntaxiques. Il fait disparaître par prudence le nom de Ramus de la Minerve entre 1562 et 1587, mais partage le même souci de méthode dans l'analyse linguistique. En revanche il est souvent polémique à l'égard de la tradition philologique italienne du siècle précédent, s'en prend à Valla pour ce qu'il considère chez lui comme un manque de rationalité et de méthode. Alors que son propre esprit critique pourrait l'en rapprocher, il s'éloigne souvent d'Érasme auquel il reproche principalement d'utiliser un latin peu classique.
Influence exercéeSanctius est surtout l'auteur "découvert" par le Lancelot de la Nouvelle Méthode latine, qui lui reconnaît une puissance d'analyse exceptionnelle et tire de la Minerve une grande part de ses principes d'analyse. De ce fait Sanctius a exercé une influence directe et considérable sur les modes de pensée de la grammaire générale au 17e et 18e s. (Hermès de Harris, articles grammaticaux [27] de l'Encyclopédie, Grammaire générale de Beauzée).
Renvois bibliographiques→ Références
Breva-Claramonte M. 1975; Breva-Claramonte M. 1983; Brózas F. S. 1975; Chevalier J.-C. 1968 {p. 343-357}; Clerico G. 1977; Clerico G. 1979; Clerico G. 1982; Clerico G. 1982; Clerico G. 1983; Clerico G. 1986; Clerico G. 1989; Codoñer C. 1989; Colombat B. 1979; Colombat B. 1983; Colombat B. 1988; Colombat B. 1993 {p. 218-229}; Colombat B. 1999; Hernández Terrés J. M. 1984; Lecointre C. 1983; Lecointre C. 1991; Lecointre C. 1993; Liaño Pacheco J. M. 1971; Magnien M. 1993; Padley G. A. 1976 {p. 97-110}; Rico F. 1978; Sánchez Salor E. 1989; Sarmiento González R. 2009; Smith R. D. 1986 {p. 54-62}; Tsiapera M. & Wheeler G. 1993
Rédacteur

Clerico, Geneviève

Création ou mise à jour1999 | 1998