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Grammatica audax

Caramuel y Lobkowitz, Juan

DomaineTradition occidentale: grec et latin
SecteurGrammaires latines humanistes [1259]
Auteur(s)

Caramuel y Lobkowitz, Juan [1]

[1] La Grammatica audax prépare le Leptotatos Latine subtilissimus (1681) dans lequel Caramuel espère pouvoir résoudre les problèmes classiques de la théologie et de la métaphysique par une nouvelle langue formalisée dans laquelle le verbe 'être' serait remplacé par une série d'autres formes (sare, sere, syre, sore, sure; voir Schmutz à par. b).

Datation: 1606-1682

Théologien et érudit espagnol, né à Madrid, mort à Vigevano (Milanais). Entré dans l'ordre de Cîteaux, il enseigna la théologie à l'Université d'Alcalá. Docteur en théologie à Louvain (1638), pourvu de divers évêchés et abbayes dans toute l'Europe. Il écrivit beaucoup (77 vol.) sur de très nombreux sujets: grammaire, poésie, art oratoire, astronomie, physique, métaphysique, logique, musique, politique, droit canon, théologie.

Titre de l'ouvrageCaramuelis Praecursor logicus complectens Grammaticam audacem, cuius partes sunt tres, methodica, metrica, critica […]
Titre traduitLe précurseur logique comprenant la grammaire audacieuse, dont les parties sont au nombre de trois: méthodique, métrique, critique […], par Caramuel.
Titre courtGrammatica audax
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire spéculative (Sarmiento éd., 1989, p. XVIII: "métaphysique grammaticale").
Type indexéGrammaire spéculative
Édition originale1651 selon Caramuel, mais personne ne semble avoir pu localiser d'exemplaire de cette prétendue 1re éd. (Schmutz 2002).
Édition utilisée1654, Francfort, Johannis Godofredus Schönwetterus [reprint 1989].
Volumétrie127 pages imprimées le plus souvent sur 2 colonnes; 4900 signes par page.
Nombre de signes600000
Reproduction moderneReproduction de l'éd. de 1654; Stuttgart-Bad Cannstatt, Frommann-Holzboog, 1989 (Grammatica universalis, 20), avec une introduction de Ramón Sarmiento (XIX p.).
DiffusionLe Praecursor logicus, qui englobe la Grammatica audax, fait lui-même partie d'un ouvrage plus vaste, intitulé Theologia rationalis, publié soit en bloc, soit séparément (recensement des localisations dans différentes bibliothèques in Schmutz 2002); pas de reproduction avant 1989. Trad. espagnole: Gramática audaz, trad. Pedro Arias, étude préliminaire de Lorenzo Velázquez Campo (Pamplona, EUNSA, coll. Pensamiento Medieval y Renacentista, 2000).
Langues ciblesToutes les langues, dont latin (avec reconstruction de certaines formes non attestées), hébreu, grec, espagnol, allemand, italien, flamand, araméen, syrien, assyrien, arabe, turc, perse, copte, syriaque, chaldéen, chinois
MétalangueLatin [+ d'autres langues pour la terminologie linguistique].
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvragePremière partie, méthodique (p. 3-49). Articulation des mots. Signification des mots. Façon de signifier (p. 10). Parties du discours (18). Nom [simple et composé, genre, nombre, cas, traduction des noms propres] (20). Pronom [+ article] (30). Verbe [verbe substantif; conjugaison, voix, modes, temps, nombre, personnes, verbes irréguliers] (31). Participe (42). Préposition (44). Adverbe. Interjection. Conjonction. Pauses. Appendice [les néologismes; prononciation du latin par les différents peuples modernes; barbarisme, solécisme, idiotisme] (46).
Deuxième partie, métrique (50-64). Art. 1: premiers principes des syllabes; 2: nature et causes des syllabes (53); 3: mouvement et accent des syllabes (54); 4: présence et absence des lettres [anagrammes] (55); 5: divers mouvements de la plume (57); 6: grandeur, composition et proportion des syllabes (59); 7: quantité secundum dici (61); 8: premier moteur (63).
Troisième partie, critique (65-127). Méditation I, logique (65). Art. 1, résumant la logique ancienne et commune [nom et utilité de la logique; la proposition; les termes; les propositions, le raisonnement] (66). Art. 2, résumant la nouvelle logique (71). Méditation II, métalogique (75). Art. 1: questions traitées d'ordinaire en préambule (75); 2: de l'universel (78); 3: la doctrine de Fonseca (81); 4: les espèces d'universaux (84); 5: jugement (90); 6: raisonnement (91). Méditation III, métaphysique (92). Art. 1: division de l'être en substance, accident et mode (93); 2: prédicament de la substance, et surtout composition physique de la matière et de la forme (94); 3: prédicament de la quantité et de la qualité (95); 4: prédicament de la relation (98); 5: prédicament de la "quandité", et aussi de l'action et de la passion (100); 6: la cause efficiente (101); 7: la cause finale (104); 8: la cause exemplaire (105); 9: prédicament de l'"ubication" (108); 10: prédicament de la situation (109); 11: prédicament "avoir" (111). Méditation IV, théologique (112). Art. 1: qui et quel est Dieu; 2: naissance des créatures à partir de Dieu (113); 3: abstraction positive et négative (115); 4: essence de Dieu (116); 5: créatures possibles (117); 6: nombre des créatures possibles (118); 7: essence et attributs de Dieu (119); 8: mystère de la Trinité (124).
Objectif de l'auteurÉtudier "les fondements philosophiques de la technique grammaticale afin de construire un langage apte à résoudre les problèmes philosophiques et théologiques" (Sarmiento éd. 1989, p. XVII); la grammaire est un instrument dont les techniques sont transposables aux autres sciences; partisan d'une méthode expérimentale et encyclopédique (par le plus facile, on doit accéder au plus difficile).
Intérêt généralCaramuel est, comme Dalgarno et Wilkins, un représentant de la grammaire universelle, mais à la différence de ces derniers, il ne cherche pas un instrument de communication universelle, mais voit dans la grammaire le moyen de construire un langage permettant de résoudre les problèmes philosophiques et théologiques (Sarmiento éd. 1989, p. XVII).
Parties du discoursCaramuel reconnaît dix parties du discours (avec l'article et la pause); le nom est défini comme "le mot de la signification subsistant par elle-même, ayant le nombre, avec le genre et le cas, sans variation de temps ni de personne" (p. 20); le verbe est défini comme "le mot signifiant avec le temps, qui se conjugue par l'intermédiaire des voix, des modes, des temps, des nombres et des personnes" (p. 31). Le verbe est subdivisé en 'verbe substantif' (judicandi copula) et 'verbe adjectif', le premier attirant toute son attention. Caramuel imagine par ex. une flexion spécifique pour lui faire exprimer différentes modalités: sam (expression de l'essence), sem (existence), sym (éternité), som (perpétuité), sum (réalité abstraite et indéterminée), elles-même combinables avec d'autres considérations, ce qui entraîne d'autres formes combinées: saim, seim, saam, syym, etc. (p. 32; voir Martínez Gavilán 1999, p. 489-490).
Innovations term.Caramuel défend les néologismes (p. 46 sq.) et en utilise beaucoup empruntés à la logique ou à la théologie (ex. transessentiatio, transsubstantiatio, ubicatio); il propose une classification des noms superposant à l'opposition substantif / adjectif une bipartition en abstrait et concret et utilise le terme uox pour désigner la voix verbale.
Corpus illustratifEssentiellement emprunté au latin; quelques exemples en espagnol.
Indications compl.Caramuel est partisan d'une correspondance stricte entre prononciation et représentation graphique; le signe linguistique, qui peut être naturel ou artificiel, est conçu comme relevant d'un "arbitraire restreint", ce dernier se situant dans la relation entre son et concept, mais non dans celle entre concept et réalité (Sarmiento éd. 1989, p. XVI).
Influence subieCaramuel revendique l'influence d'Aristote, de Thomas d'Aquin et des Thomistes; de Duns Scot et des Scotistes, de Scaliger et de Campanella (voir p. 1). Il utilise et cite abondamment des ouvrages de théologiens (Arriaga), de dialecticiens (Fonseca, Du Trieu) et des grammaires de langues exotiques (géorgien, syriaque). Parmi les linguistes humanistes les plus cités figurent Calepin, Juste Lipse, Simon Vereept, Melanchthon et son réviseur Joachim Camerarius, Hermann Hugo, Bartholomée Keckermann, Paulus Conopaeus, Franciscus Maria Maggius. Bien que s'inscrivant dans la tradition scolastique, Caramuel se veut un réformateur hostile à la routine et peut être qualifié d'"humaniste baroque et, comme tel, contradictoire", influencé par Vivès (Sarmiento éd. 1989, p. XIII et note 3). La Minerve de Sanctius préparait aussi le terrain à la Grammatica audax (Martínez Gavilán 1997).
Influence exercéeSur la grammaire philosophique anglaise (J. Wilkins).
Renvois bibliographiques→ Références
Brekle H. E. 1975 {p. 331-333}; Delgado F. 1986; Formigari L. 1970; Martínez Gavilán M. D. 1997; Martínez Gavilán M. D. 1999; Martínez Gavilán M. D. 2001; Padley G. A. 1976 {p. 179-184}; Padley G. A. 1985; Salmon V. 1979 {p. 102-106}; Sarmiento González R. 1989; Schmutz J. 2000; Schmutz J. & Dvořák P. (éd.) 2008
Rédacteur

Colombat, Bernard

Création ou mise à jour2002 | 1998