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Donait françois

Barton, Johan

DomaineGrammaires françaises, remarques et traités sur la langue française
SecteurGrammaires françaises des 13e-15e s. [2103]
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Classiques Garnier Numérique – Corpus des grammaires françaises de la Renaissance (en accès limité)

Auteur(s)

Barton, Johan

Datation: fl. premier quart du 15e siècle

Dans le préambule du Donait françois, Johan Barton se dit natif du comté de Chester (Chestre), mais se présente lui-même comme «escolier de Paris». On l'identifie comme Johan Barton the physician, auteur d'une Confutatio Lollardorum (Réfutation des Lollards, partisans du théologien et réformateur John Wyclif). Il dit avoir fait écrire son ouvrage par quelques «bons clercs» français, à ses frais et avec «tres grande peine».

Titre de l'ouvrageDonait françois
Titre traduitEn français moderne, le titre serait Donat français
Titre courtDonait françois
Remarques sur le titrePas de page de titre, mais une introduction présentant l'ouvrage comme un Donait françois à l'intention des Anglais. Incipit: Pour ceo que les bones gens du roiaume d'Engleterre.
Période|15e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire du français (en fait de sa variété anglo-normande) à l'usage d'Anglais pratiquant l'anglo-normand, par questions/réponses; il est difficile de trancher entre grammaire d'apprentissage (Kibbee 1991, p. 88) et grammaire de perfectionnement (Rothwell 1968, 2001; cf. Colombat éd., 2014, p. 18-21).
Type indexéGrammaire didactique
Édition originaleDate de composition: premier quart du 15e s.
Édition utiliséeÉd. B. Colombat, Paris, Classiques Garnier, Textes de la Renaissance 192, série Traités sur la langue française 18, 2014, 225 p. Le texte est donné sous 4 formes: fac-similé et transcription diplomatique, ligne par ligne, en vis-à-vis, p. 64-107; transcription adaptée et traduction moderne, en vis-à-vis, p. 108-195). Éd. électronique dans le Corpus des grammaires françaises de la Renaissance, Paris, Classiques Garnier, 2011. L'édition reproduit le Manuscrit 182, f. 322rb-327va (numérotation Watson 1997; ancienne numérotation: f. 316rb-321va) de la Codrington Library (All Souls College, Oxford).
VolumétrieLe ms. s'étend sur 12 des 381 feuillets (278 x 180 mm), 22 colonnes de 38 à 44 lignes, 873 lignes, env. 5730 mots.
Nombre de signes24500
Reproduction moderne4 éditions modernes: (1) 1879: édition par E. Stengel, «Die ältesten Anleitungsschriften zu Erlernung der französischen Sprache», Zeitschrift für neufranzösische Sprache und Literatur 1, 1879, p. 1-40 (Donait françois, p. 25-33); (2) Pierre Swiggers, «Le Donait françois: La plus ancienne grammaire du français», Revue des langues romanes, tome 89/2, 1985, p. 235-241, avec introduction (p. 235-239) et édition du texte (p. 240-251); (3) texte reproduit par T. Städtler, Zu den Anfängen der französischen Grammatiksprache. Textausgeben und Wortschatzstudien, 1988, Tübingen, Niemeyer, p. 128-137; (4) éd. B. Colombat, 2014 (cf. supra).
DiffusionUn seul manuscrit. L'ouvrage étant réalisé en Angleterre à un moment où le français y est en déclin comme langue savante, il n'est pas sûr que «sa diffusion et son influence aient dépassé la Manche» (Merrilees 1988, p. 401). Le copiste pourrait être d'origine anglaise, mais fortement influencé par les habitudes françaises. Le ms. a pu être réalisé dans le contexte de Canterbury, foyer international d'échanges entre Londres, Douvres et Calais (cf. Colombat éd. 2014, p. 29).
Langues ciblesFrançais (en fait la variété de français qu'est l'anglo-normand)
MétalangueFrançais (en fait la variété de français qu'est l'anglo-normand)
Langue des exemplesFrançais (seulement 7 exemples en latin, donnés à propos d'une règle de prononciation)
Sommaire de l'ouvrageIntroduction: objet et destinataires de l'ouvrage (p. 108-110 [renvoi aux p. paires de l'éd. Colombat 2014]).
Phonétique (112-128): classement des lettres en voyelles (112) et consonnes (semi-voyelles et «mutes», 114-120), six règles de prononciation (122-128).
Accidents des mots et des parties du discours (130-154): l'espèce, «primitive et dérivative» (130); la figure, simple, composée, décomposée (132); le nombre, singulier et pluriel (134); la personne: 3 personnes (136); le genre des noms (138-140): sur les 5 genres annoncés, masculin, féminin, neutre, commun de deux, commun de trois, sont traités les 4 premiers, le mot commun de deux genres étant l'adjectif; la qualité des noms: nom propre et nom commun (142); le cas: les 6 cas latins (144-146); les degrés de comparaison, positif, comparatif, superlatif (146-148); les 5 modes du verbe (148-150): indicatif, impératif, optatif, conjonctif, infinitif; les temps (150-152): 3 temps: présent, futur et 3 manières de temps passé, prétérit imparfait, prétérit parfait, prétérit plus-que-parfait; les 3 genres [voix] des verbes (154): actif, passif, neutre.
Les parties du discours (156-194): 8 parties du discours: 4 déclinables (nom, pronom, verbe, participe), 4 non déclinables (adverbe, conjonction, préposition, interjection) (156). Autonymie et suppositio materialis (158). Le nom (160-168): définition (160); substantifs et adjectifs (162-164); les substantifs (164-166); les adjectifs (168). Le pronom (170-180): les pronoms de 3e personne (172); la déclinaison des pronoms (174-176); les pronoms dérivatifs (178-180). Le verbe (182-194): définition (182); «manières» du verbe: personnel et impersonnel (184-188); traitement du verbe dans les dialogues (188-190); substitutions possibles (190); modes et temps, brève déclinaison de avoir, quelques points de prononciation (192-194).
Objectif de l'auteurÉtablir une description du français à l'usage des Anglais qui le pratiquent déjà, mais veulent le perfectionner et en savoir «la droite nature».
Intérêt généralLe Donait françois est unanimement reconnu comme la plus ancienne grammaire du français. Écrit en français (en fait en anglo-normand), il s'agit de la première grammaire française rédigée dans le support de la langue cible.
Parties du discoursListe traditionnelle des huit parties du discours latines; traitement simplifié des seules parties déclinables, noms, pronom, verbe, ce qui fait de l'ouvrage «un traité soit inachevé, soit incomplet dans l'unique manuscrit qui nous l'a transmis» (Lusignan 1987, p. 112). Le traitement du nom divisé en substantif («qui porte le nom d'une chose par elle-même») et adjectif «dépendant d'un autre [nom] et qui ne peut subsister par soi-même» montre l'influence de la grammaire médiévale. La définition restreinte du pronom qui «désigne une personne déterminée» et l'intégration de combien, chescun, aucun, quelque, nul dans les noms adjectifs montrent que, sur ce point, l'ouvrage se situe dans la lignée de Priscien plus que dans celle de Donat.
Innovations term.L'ouvrage est un des premiers témoins de l'adaptation (étudiée par Städtler 1988) au français de la terminologie grammaticale latine.
Corpus illustratifTrès petit nombre d'exemples forgés, rédigés dans la langue de tous les jours et visant à illustrer et corriger les fautes habituelles des Anglais.
Indications compl.L'ouvrage, adaptant et simplifiant Donat pour un public étranger, semble n'avoir aucune ambition théorique. En fait, il utilise une métalangue avancée et met en œuvre des concepts complexes (comme la supposition matérielle, lui permettant de traiter de ou/où comme autonyme). Malgré le changement de langue-objet, il reste proche de ses modèles latins, même si l'auteur fait un effort louable pour adapter sa description au français (Lusignan 1987, p. 113-114). Il appartient à la longue série des ouvrages qui utilisent le manuel de Donat pour élaborer les premiers manuels de description des vernaculaires (voir par ex. le Donatz Proensals de Uc Faidit).
Influence subieDonat (cf. le titre, même si le nom de Donat est devenu un générique pour désigner une grammaire latine élémentaire), mais plus l'Ars maior que l'Ars minor (dont il reprend cependant la forme érotématique), puisqu'il commence comme le premier par l'examen des lettres; Priscien, pour la définition restreinte du pronom et l'extension des noms adjectifs à ce que nous considérons comme des pronoms ou déterminants indéfinis. Le regroupement des accidents avant le traitement des parties du discours pourrait être dû à l'influence modiste (Lusignan 1987, p. 113). Le traitement de l'antonyme (suppositio materialis) est également médiéval (on le trouve chez Pierre Hélie). En ce qui concerne le métalangage, l'ouvrage «aurait pu être […] le bénéficiaire d'un métalangage déjà établi sur le continent» (Merrilees 1988, p. 401).
Influence exercéeSans doute restreinte en Angleterre, vraisemblablement nulle sur le continent. L'ouvrage a connu auprès des historiens de la langue comme de la linguistique une renommée tardive, due au fait qu'il offrait pour la première fois une description du français en français, pour des Anglais connaissant bien le français. À ce titre, il est considéré comme la premier maillon d'une longue lignée, mais son importance ne doit pas être pour autant surestimée.
Renvois bibliographiques→ Références
Brunot F. 1966 {vol. 1, p. 393-394}; Chevalier J.-C. 1968 {p. 138-140, 145-146}; Colombat B. 2013; Colombat B. (éd.) 2014; Colombat B. 2015; Colombo Timelli M. 1988; Colombo Timelli M. 1990; Colombo Timelli M. 1990; Colombo Timelli M. 1995; Colombo Timelli M. 1996; Colombo Timelli M. 1998; Colombo Timelli M. 2012; Dahan G., Rosier I. & Valente L. 1995 {p. 299-300}; Hunt T. 1991; Ingham R. 2006; Ingham R. 2012; Kibbee D. A. 1989; Kibbee D. A. 1989; Kibbee D. A. 1991; Kibbee D. A. 1996; Kibbee D. A. 2000; Kristol A. M. 1989; Kristol A. M. 1990; Kristol A. M. 1990; Kristol A. M. 1994; Kristol A. M. 1998; Kristol A. M. 2000; Kristol A. M. 2000; Kristol A. M. 2001; Lambley K. 1920; Lusignan S. 1987 {p. 111-115}; Lusignan S. 2004; Lusignan S. 2011; Merrilees B. 1988; Merrilees B. 1993; Rothwell W. 1968; Rothwell W. 1993; Rothwell W. 2000; Rothwell W. 2001; Short I. 2009; Short I. 2010; Städtler T. 1988; Swiggers P. 1984; Swiggers P. 1985; Trotter D. A. 2000; Trotter D. A. 2003; Trotter D. A. 2003; Watson A. G. 1997
Rédacteur

Fournier, Nathalie · Colombat, Bernard (rév.)

Création ou mise à jour2015-01 | 1998