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Observations sur la langue françoise. Seconde partie

Ménage, Gilles

DomaineGrammaires françaises, remarques et traités sur la langue française
SecteurRemarques sur la langue française [2815]
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Gallica

Classiques Garnier Numérique – Corpus des remarques sur la langue française (en accès limité)

Auteur(s)

Ménage, Gilles

Datation: 1613-1692

Né à Angers, Ménage est reçu avocat au parlement de Paris après d'excellentes études de droit. Puis il abandonne le barreau pour des études de théologie à la suite desquelles il entre dans les ordres. D'abord au service de Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, Ménage se retire ensuite au Cloître Notre-Dame où il passe les quarante dernières années de sa vie. Il fréquente les Salons, tout en tenant lui-même une assemblée savante (les Mercuriales). Ménage a par ailleurs été tuteur de Mme de Sévigné et de Mme de La Fayette. Membre de l'académie florentine de la Crusca, il n'a pas réussi à entrer à l'Académie française. Il a entretenu de nombreuses relations, souvent complexes, notamment avec Guez de Balzac et Chapelain. Il a cumulé diverses activités: grammairien, étymologiste, poète, historien, jurisconsulte.

Titre de l'ouvrageObservations de Monsieur Ménage sur la langue françoise. Segonde partie
Titre traduit
Titre courtObservations sur la langue françoise. Seconde partie
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageRemarques sur la langue française.
Type indexéObservations sur la langue
Édition originale1676, Paris, chez Claude Barbin, au Palais.
Édition utilisée1676, Paris, chez Claude Barbin, au Palais.
VolumétrieIn-12; 524 pages.
Nombre de signes751009
Reproduction moderneGenève, Slatkine, 1972.
DiffusionL'ouvrage a été copié abondamment à son époque, en particulier chez les Jésuites. Il a aussi donné lieu à diverses contrefaçons (cf. Leroy-Turcan, 1995). Brunot (1966, tome IV, 1re et 2e parties) et Streicher (1936) en citent de larges extraits.
Langues ciblesFrançais
MétalangueFrançais
Langue des exemplesFrançais, latin, grec, italien, espagnol, allemand, turc. À cela s'ajoutent quelques régionalismes (Anjou, Gascogne)
Sommaire de l'ouvrageAvis au lecteur (21 p.); Table des chapitres (13 p.); Observations sur la langue françoise (p. 1-480) [156 chapitres correspondant à autant d'observations, de longueur très inégale et non classées alphabétiquement]; Additions et changements (p. 481-502); Table des matières [sous forme d'index] (15 p.); Errata (4 p.); Privilège du Roy (3 p.).
Objectif de l'auteurComme l'annonce l'Avis au lecteur, l'objectif principal de la seconde partie des Observations est de répliquer aux attaques de Bouhours, exprimées dans ses Doutes sur la langue françoise (1674) et ses Remarques nouvelles sur la langue françoise (1675), contre divers passages de la première partie des mêmes Observations. Ménage se propose de montrer l'ignorance grammaticale et étymologique de son adversaire, tout en l'accusant de mauvaise foi. Il lui reproche encore d'être dépourvu de sens critique, en suivant aveuglément les décisions de Vaugelas. En réponse à Bouhours, Ménage justifie les positions qu'il a prises sur l'usage et sur la langue française dans la première partie de son ouvrage, tout en formulant de nouvelles observations qui touchent principalement le lexique, la phraséologie et les registres d'expression.
Intérêt généralPar rapport à la première partie des Observations, l'intérêt de leur seconde partie est de se concentrer sur quelques domaines instables de l'usage qui font polémique: le sort des synonymes, le problème des néologismes (cf. l'observation «S'il est permis de faire des mots»), le traitement des superlatifs et de l'hyperbole en français, l'extension à donner aux préfixes négatifs en in-. Cette seconde partie est aussi intéressante pour les commentaires de Ménage sur ses étymologies développées dans la première partie, ainsi que sur ses relations personnelles avec Vaugelas. Un autre intérêt de ce second livre est de montrer combien le sort de nombreux mots dépend des jugements de valeur portés sur eux par les remarqueurs. C'est le cas pour «gracieux», «magnanime», «griéveté» et «urbanité» dont l'acceptation ou le rejet par Ménage et Bouhours reposent sur des critères purement subjectifs.
Parties du discoursLa seconde partie des Observations traitant surtout de questions lexicales et stylistiques qui font débat entre Ménage et Bouhours, les parties du discours y sont assez peu étudiées. On relève néanmoins des observations consacrées à certains numéraux comme nonante, à l'article dans les noms propres, aux suffixes diminutifs dans les noms et les adjectifs, à la féminisation de l'adjectif et du nom, aux noms composés ou à l'ordre entre l'adjectif et le substantif. De même, plusieurs observations concernent des problèmes liés au verbe: relations entre les verbes simples et préfixés (enfermer/renfermer), gérondifs et accord des participes passifs, prononciation des enclitiques postverbaux, régime de divers verbes (commencer à/de). Quant aux formes invariables, elles ne sont pratiquement pas abordées, à part une ou deux observations sur les prépositions (vers/envers).
Innovations term.La terminologie est tout autant traditionnelle que dans la première partie des Observations. Une curiosité à signaler: Ménage parle de «badaudisme» à propos de trouverray pour trouveray.
Corpus illustratifTout en restant abondante, l'exemplification est moins développée que dans la première partie des Observations. En particulier, on note un recentrage synchronique des exemples sur le 17e s. (Scarron, Scudéry, Voiture…), avec une insistance sur des auteurs comme Corneille, Boileau et Sacy. Les exemples historiques sont cependant toujours attestés, avec une forte présence des auteurs (Marot, Ronsard…) et des philologues (Nicod, Ramus, Scaliger…) du 16e s. Les auteurs latins sont aussi très sollicités, qu'ils soient écrivains (Horace, Lucrèce, Salluste), rhétoriciens (Cicéron, Quintilien) ou grammairiens (Donat, Varron). Pour ce qui est des auteurs grecs et italiens, ils sont beaucoup moins mentionnés que dans la première partie. À signaler: beaucoup d'exemples sont tirés d'ouvrages de Bouhours et de Ménage, ce qui est dû à la dimension réfutative de cette seconde partie.
Indications compl.Plus que par son contenu qui reprend beaucoup d'idées déjà formulées par Ménage et par Bouhours, la seconde partie des Observations tire son originalité de sa teneur violemment polémique. Ménage y multiplie les procédés agressifs pour attaquer non seulement les positions linguistiques de Bouhours, mais également sa personne: accusations de préciosité, inventaire de ses supposées fautes de grammaire, déni de toute compétence lexicale et sémantique (ainsi à propos du sens propre ou figuré des mots), appellations dépréciatives («Le P. Bouhours est un Coguenard») et ironiques («Le gentil joli P. Bouhours», «notre Docteur»…) sur Bouhours. Ménage et Bouhours se réconcilièrent toutefois quelques années plus tard.
Influence subieLes influences de Vaugelas et des philologues du 16e s. restent encore fortes dans la seconde partie des Observations. Celle-ci met aussi en lumière les convergences de Ménage avec certains auteurs de Port-Royal (Nicole, Sacy…) contre le jésuite Bouhours.
Influence exercéeÀ travers leurs deux parties, les Observations de Ménage ont eu une grosse influence sur les remarqueurs ultérieurs qui les commentent largement: d'Aisy, Alemand, Andry de Boisregard ou Th. Corneille. Les lexicographes du 17e s. comme Richelet et Furetière tiennent aussi compte des positions de Ménage. Par la suite, son influence diminuera. Mais au 18e s., les Observations sont encore prises en considération par les grammairiens (d'Olivet, de Wailly) et les lexicographes (Féraud). Au siècle suivant, Wey leur accorde du crédit dans ses Remarques sur la langue française du XIXe siècle, sur le style et la composition littéraire (1845), même s'il les juge dépassées.
Renvois bibliographiques→ Références
Ayres-Bennett W. 2009; Ayres-Bennett W. & Seijido M. 2011; Bonhomme M. 1993; Bonhomme M. & Horak A. 2013; Brunot F. 1966 {vol. 4, 1re et 2e parties}; Demaizière C. 1989; Leroy-Turcan I. & Wooldridge T. R. (éd.) 1995; Samfiresco E. 1902; Streicher J. 1936; Wey F. 1845
Rédacteur

Bonhomme, Marc · Horak, André

Création ou mise à jour2014-03