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Pour apprendre la langue espagnole

Lancelot, Claude

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires espagnoles [3114]
Auteur(s)

Lancelot, Claude [1]

[1] Sieur De Trigny, dans la dédicace.

Datation: ca 1616-1695

Grammairien et pédagogue français, né à Paris, mort à Quimperlé. Entré dans la communauté des Solitaires de Port-Royal de Paris (1638), il y enseigna les langues latine et grecque et les mathématiques, à Paris et à Port-Royal des Champs. Après la disparition des Petites Écoles de Port-Royal (1660), il fut précepteur du duc de Chevreuse et des jeunes princes de Conti. En 1672, il se retira à Saint-Cyran-en-Brenne, puis à Quimperlé. Coauteur (avec A. Arnauld) de la Grammaire Générale et Raisonnée (1660) et auteur d'ouvrages pédagogiques: Nouvelle Méthode… grecque (1655); Le Jardin des Racines grecques (avec L.-I. Lemaistre de Sacy) (1657); Nouvelle Méthode… italienne (1659); Nouvelle Méthode… espagnole (1660).

Titre de l'ouvrageNovvelle methode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue espagnole. A Paris, chez Pierre le Petit, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, ruë S. Iacques, à la Croix d'Or. M.D.LX. Avec Privillege du Roy. Ne extra hanc Bibliothecam efferatur, ex obedientiâ.
Titre traduit
Titre courtPour apprendre la langue espagnole
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire didactique.
Type indexéGrammaire didactique
Édition originale1660, Paris, Pierre le Petit.
Édition utilisée1re réédition (facsimilaire), 1990, Murcia (Espagne): Universidad de Murcia.
VolumétrieFormat in-8º, nombre de pages: [20] + 62 + 21 +26. Nombre moyen de signes par page: 1715.
Nombre de signes186935
Reproduction moderneRéédition (facsimilaire), 1990, Murcia (Espagne), Universidad de Murcia.
Diffusion1660 Paris, Pierre Le Petit; 1665, Paris, Le Petit (B.N. Madrid); 1676, Bruxelles (Niederehe 1992); 1678, Paris, Denys Thierry (11 f. + 116 pages in-12) (B.N. Madrid); 1681, Paris, Denys Thierry (B.N. Paris); 1685, (Trigny) Paris (Niederehe 1992); 1687, Bruxelles (Niederehe 1992).
Langues ciblesEspagnol
MétalangueFrançais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageL'ouvrage s'ouvre sur une préface (13 pages) qui offre une synthèse de l'histoire de l'Espagne et de l'espagnol. L'auteur y rappelle les noms des grammairiens et écrivains de cette langue et insiste sur la proximité de cette dernière avec le latin. Après une courte présentation sur la prononciation des "lettres", Lancelot, à l'imitation de Nebrija 1492, consacre un développement aux changements qui ont eu lieu depuis le latin jusqu'à l'espagnol. Il traite ensuite, de manière assez rapide, les parties du discours suivantes: a) les noms (p. 30-37) (déclinaisons, articles, adjectifs, diminutifs et augmentatifs, nombres); b) les pronoms (37-40); c) les verbes (41-54); d) les "particules indéclinables" (60-62): adverbes, prépositions, conjonctions. La syntaxe (63-84), qui réutilise le cadre des parties du discours prend seulement en considération des phénomènes propres à l'espagnol ("idiotismes & façons de parler ou difficiles, ou élégantes", p. 63). La dernière partie (87-121) est occupée par une Instruction de la poësie espagnole inspirée de développements de Nebrija (1492) sur le même sujet.
Objectif de l'auteurDestinée à l'enseignement de la langue espagnole à des Français, la Méthode a une finalité purement didactique. Elle manifeste (Donzé 1971 [2e éd. p. 12) "l'absence non seulement de toute substance spéculative, mais encore de tout essai de systématisation". Dans la syntaxe, les particularités de la langue espagnole, déterminées de manière implicitement contrastive, sont décrites. La visée, comme dans les grammaires didactiques pour langue étrangère de l'époque, est celle de l'initiation à la lecture-compréhension dans la langue cible.
Intérêt généralL'ouvrage n'a que peu de points en commun avec la Grammaire générale et raisonnée (1660) qu'il semble pourtant, dans une certaine mesure, avoir contribué à préparer (Préface de la GGR, p. 1): "L'engagement où je me suis trouvé […] de travailler aux Grammaires de diverses langues, m'a souvent porté à rechercher les raisons de plusieurs choses qui sont ou communes à toutes les langues, ou particulières à quelques-unes. […] Et mes questions [à propos de ces langues étrangères] ont été cause […] de diverses réflexions sur les vrays fondemens de l'Art de parler". Du point de vue de l'apport de la Méthode à la grammaire de l'espagnol, Lancelot contribue moins au développement du corpus de phénomènes grammaticaux divergents en espagnol et en français – que des grammaires antérieures comme celle d'Oudin avaient déjà commencé à constituer –, qu'à leur classification, plus régulière qu'auparavant, dans le cadre, soit de la morphologie (Analogie) soit de la syntaxe. Ces phénomènes divergents, parce que clairement exposés, se retrouveront au 18e s. dans certaines grammaires pédagogiques de l'espagnol destinées aux Français, mais également dans des grammaires du français pour Espagnols (Núñez de Prado 1728, par ex., mais, dans ce dernier cas, retournés). Signalons enfin, du point de vue des contenus, qu'il existe, comme dans la grammaire générale de Port-Royal, une distinction claire du plan graphique et du plan phonétique. Cependant les habitudes pédagogiques – l'apprentissage de la langue à partir de la lecture de textes écrits – semblent être responsable de l'exposition "sur les lettres et la prononciation" qui reste de type graphophonétique. Une particularité de l'ouvrage de Lancelot par rapport aux grammaires espagnoles pour Français éditées dans la première moitié du 18e s. (Saulnier 1606, Lorenzo de Robles 1615, Juan de Luna 1620, Gerónimo de Tejada 1629) et aussi par rapport à Oudin 1597, est la conception de la très grande proximité de l'espagnol par rapport au latin dans la Methode… espagnole, qui conduit: a) du point de vue de l'organisation, à la présence de développements (p. 18-26) montrant la transformation de lettres, mais aussi de suffixes du latin à l'espagnol (Des développements parallèles sur la transformation des lettres et aussi des noms dénominativos et des noms verbales figuraient déjà dans la Gramática de la lengua castellana [1492] de Nebrija. Lancelot a résumé et regroupé ces chapitres qui étaient séparés chez le grammairien espagnol); b) du point de vue méthodologique, à l'explication de la morphologie et de la syntaxe de l'espagnol par le recours assez fréquent à la morphologie et la syntaxe du latin, prises comme terme de comparaison.
Parties du discoursElles sont organisées en quatre chapitres, aussi bien pour l' "analogie" que pour la syntaxe: les noms, les pronoms, les verbes, les "particules indéclinables" (adverbes, prépositions, conjonctions). Il est à noter que la GGR (1660) séparait aussi le nom du pronom. Cependant elle consacrait un chapitre au participe et un autre au gérondif, ce que la méthode espagnole ne fait que dans la partie de syntaxe (2e partie). Question de l'article: Lancelot se borne à un court développement de type morphologique dans la partie "Analogie". Il y reconnaît seulement trois articles (el, lo, la). Un n'est pas considéré comme article, contrairement à ce qui se passe dans la grammaire générale de Port-Royal (1660) qui, par ailleurs, cite – rappelons-le – le cas de un espagnol et de son pluriel unos équivalent au des français. La fonction de l'article n'est pas spécifiée (il n'est pas défini sémantiquement comme dans la grammaire générale que Lancelot lui-même signe avec Arnauld). Il ne semble donc ne marquer ni le cas ni le genre comme chez Nebrija (1492). Il est à noter cependant que de et a sont intégrés dans le même chapitre "Des articles", et sont expliqués dans le cadre de la déclinaison (p. 30).
Innovations term.Dans l'organisation des temps verbaux, Lancelot discute et refuse la dénomination d'optatif (admise par Nebrija et Miranda) pour le conditionnel (amaría) et considère cette forme comme un imparfait du subjonctif, réduisant à trois les modes à formes personnelles (indicatif, subjonctif et impératif).
Corpus illustratifExemples nombreux qui sont souvent signés dans la partie qui correspond à la syntaxe. Les auteurs (Boscán, Garcilaso de la Vega, etc.) apparaissent sans le nom de l'œuvre dont l'exemple est extrait.
Indications compl.Présence d'une métrique espagnole qui est inspirée de la Gramática de la lengua castellana (1492) de Nebrija. En ce qui concerne ce chapitre, plusieurs grammaires françaises de la fin du 17e s. et du début du 18e s., éditées en Espagne (par ex., celle de P. -P. Billet: Gramática francesa, Saragoza, 1673), terminaient de même sur des règles de versification française, parallèles à celles de Lancelot. Intérêt pédagogique: clarté de l'exposition descriptive pour chaque aspect abordé. Les difficultés, les explications ou les exceptions apparaissent dans les Avertissements. Souci de présentation économique qui conduit à la présence de règles pour la formation des temps verbaux (seules figurent les formes utiles des conjugaisons irrégulières).
Influence subieOuvrages grammaticaux cités: Nebrija (1492) et Miranda (1564). Le premier semble plus souvent utilisé que le second. L'ouvrage s'inscrit dans le cadre de la grammaire pédagogique traditionnelle pour langues étrangères dans laquelle domine la perpective de l'usus face à celle du raisonnement (propre des grammaires pédagogiques de langue maternelle et spécialement celle de Port-Royal 1660). Cependant, il y a, sinon un cadre global explicatif, au moins un certain souci de justifier des formes et des emplois, souvent historiquement.
Influence exercéeL'influence de la Nouvelle méthode […] espagnole semble réduite. Cependant, au début du 18e s., la grammaire de F. de la Torre y Ocón (Madrid, 1728) la cite pour la critiquer sur des points de détail.
Renvois bibliographiques→ Références
Colombat B. 2009; Donzé R. 1971; Hernández E. & López Martínez I. (éd.) 1990; Niederehe H.-J. 1992; Sánchez Pérez A. 1987
Rédacteur

Lépinette, Brigitte

Création ou mise à jour1998