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La grammatichetta

Trissino, Giovan Giorgio

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires italiennes [3204]
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Biblioteca Digitale (éd. 1529)

Auteur(s)

Trissino, Giovan Giorgio

Datation: 1478-1550

Poète et homme de lettres italien, ami de l'architecte Palladio, né à Vicence, mort à Rome. Il étudia à Milan (notamment le grec auprès de Demetrio Calcondila) et à Ferrare, puis vécut à Florence et à Rome d'où il exerça une activité diplomatique pour le Saint-Siège en Italie et à l'étranger Auteur de la première tragédie classique italienne (Sofonisba, créée en 1516), d'une Poétique (1529), pour laquelle, grâce à sa connaissance du grec, il peut tirer profit de celle d'Aristote (avant la traduction latine d'Alessandro de' Pazzi, 1536), de poésies et d'un poème épique selon les canons aristotéliciens (La Italia liberata da Gotti, Rome 1547, Venise 1548). Trissino lance le débat sur la langue avec l'Epistola de le lettere nuovamente aggiunte ne la lingua italiana (1524), où il défend la nécessité d'une réforme de l'alphabet pour l'adapter aux nouveaux sons de l'italien et l'introduction de lettres grecques pour distinguer la prononciation ouverte et fermée de e et de o. Cette audace déclenche une levée de boucliers des Toscans (N. Machiavelli, Discorso intorno alla nostra lingua en septembre-octobre, L. Martelli, Risposta alla epistola del Trissino delle lettere nuovamente aggionte alla lingua volgar fiorentina en novembre-décembre, A. Firenzuola, Discacciamento de le nuove lettere, inutilmente aggiunte ne la lingua toscana en décembre, C. Tolomei, De le lettere nuovamente aggiunte Libro di Adriano Franci da Siena intitolato Il Polito au début de 1525). Trissino persiste et signe en 1529 en publiant en quelques mois les Dubbi grammaticali, la Grammatichetta et le Dialogo intitolato Il Castellano, où il soutient la thèse d'une langue "vulgaire" commune et italienne.

Titre de l'ouvrageLa grammatichetta
Titre traduitPetite grammaire
Titre courtLa grammatichetta
Remarques sur le titreÀ aucun moment, ni dans le titre ni dans le texte, la langue dont Trissino propose la grammaire n'est précisée. Cette prudence s'explique par la volée de bois vert reçue par l'auteur depuis qu'il a nommé en 1524 italienne la langue littéraire.
Période|16e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire descriptive schématique orthographiée de façon phonique.
Type indexéGrammaire descriptive | Morphologie
Édition originaleComposé dès 1524 selon l'auteur, le texte fut publié en 1529 à Vicence auprès de Tolomeo Ianiculo.
Édition utiliséeG. G. Trissino, Scritti linguistici (A. Castelvecchi ed.), Rome, Salerne, 1986.
VolumétrieIn-4°, la grammaire occupe les pages 129-171; 1200 caractères par page.
Nombre de signes50000
Reproduction moderneLe texte a été publié en reproduction anastatique dans G. G. Trissino, On the italian language, Menston, The Scholar Press, 1970.
DiffusionOn ne connaît aucun manuscrit. L'editio princeps a été publiée sous le contrôle de l'auteur. L'édition suivante est G. G. Trissino, Tutte le opere, Vérone, Vallarsi, 1729. Significativement, la grammatichetta de Trissino est absente tant de la première anthologie de grammaires italiennes, éditée par Francesco Sansovino, Le osservationi della lingua volgare di diversi huomini illustri (Venise, 1562 puis 1565) que du grand recueil en six volumes imprimé à Venise en 1644, Della favella nobile d'Italia. Lettura necessaria per chi vuole bene scrivere, e parlare in questa lingua.
Langues ciblesItalien
MétalangueItalien en graphie orthophonique
Langue des exemplesItalien
Sommaire de l'ouvrageLa grammaire qui consiste en une description morphologique synthétique des parties du discours, s'ouvre sur une brève description des lettres et des sons (2 pages) suivie d'une définition de la syllabe, de l'accent et du mot. Vient ensuite la présentation des parties du discours: l'article (2 pages), le nom (5 p.), le verbe (26 p.), le participe (3 p.), le pronom (5 p.), la préposition (2 p.), l'adverbe (3 p.), la conjonction (1 p.).
Objectif de l'auteurDécrire de façon schématique la morphologie de la langue italienne en suivant le modèle italianiste qu'il a soutenu au niveau théorique dans ses autres œuvres linguistiques et en se différenciant de la description faite par Bembo dans les Prose della volgar lingua, tournée vers le florentin littéraire du 14e s. L'orientation et la brièveté de l'œuvre révèlent une finalité didactique au profit d'un public d'honnêtes gens.
Intérêt généralIl s'agit de la première des grammaires de l'italien (en excluant celle d'Alberti restée en dehors de la tradition grammaticale italienne) fortement structurée qui fournisse une définition précise, de type logistique, des catégories grammaticales. D'après les formes morphologiques présentées, on en déduit que le modèle de langue proposé est un "vulgaire" italien marqué de traits non-toscans. En effet, comme il ressort surtout du verbe, Trissino accueille largement des formes de la langue courtisane et des koinè littéraires: les formes extérieures au toscan, quand elles sont présentes, peuvent être exclusives, telles leggemo et sentimo à la 1re pers. du plur. de l'ind. prés. (mais la forme toscane en -iamo est préférée pour la 1re conj.) ou bien privilégiées (comme pour le conditionnel honoreria et honoreressimo en face de honorerei et honoreremmo). Le modèle italianiste est donc présent, mais il ne masque ni n'efface le toscan, offrant ainsi une norme qui n'est pas toujours claire et univoque. Concernant la morphologie verbale, Trissino, suivi seulement, non sans hésitation, par Alessandri et Salviati, est le premier grammairien italien à distinguer comme aujourd'hui 3 classes de conjugaison (en are, ere et ire), et non 4 comme Bembo et la plupart de ses successeurs, et le seul à reconnaître le rare impératif composé (habbi hωnωratω tu).
Parties du discoursTrissino distingue, selon le modèle de Priscien, huit parties: article, nom, verbe, participe, pronom, préposition, adverbe (qui comprend aussi l'interjection), conjonction.
Innovations term.On doit à Trissino, qui s'inspire de Priscien, l'adaptation à l'italien de nombreux termes techniques de philosophie du langage, comme diterminare (à relier à indeterminatω) ‘déterminer’, genere ‘voix (du verbe)’, passare (à relier à transiziωne) au sens du latin transire, precωgniziωne et relaziωne ‘annonce de la première mention d'un nom’ et ‘deuxième mention d'un nom, renvoi’, redditivo ‘qui exprime la cause du doute’ pour spécifier la sous-catégorie des formes du subjonctif correspondant au conditionnel, etc. En outre, adversativo ‘adversatif’, denominativo ‘dénominal’, pronominale ‘pronominal’, etc. Première attestation de collettivo et de disgiuntivo (au sens de ‘conclusif’ et ‘disjonctif’, dit des conjonctions).
Corpus illustratifUne dizaine d'exemples seulement (aucune grammaire italienne de la Renaissance n'en présente moins), dont deux d'auteurs (un vers et un hémistiche de Pétrarque).
Indications compl.Traitement de la phonétique: Trissino reprend et synthétise des propos traités plus largement dans l'Epistola et les Dubbi grammaticali. Il introduit dans l'alphabet quelques signes complémentaires portant leur nombre à trente-trois et distingue lettres significatives et oiseuses (c'est-à-dire celles qui ne correspondent pas à un phonème); il adopte cette graphie phonique dans son texte (mais dans la représentation de la double valeur de e et o, ici ε vaut pour e ouvert, ω pour o fermé avec une inversion de leur valeur par rapport à l'Epistola, de façon à respecter la valeur phonique grecque).
Influence subieLa seule déclaration explicite de dépendance concerne la tradition grecque pour insérer l'interjection à l'intérieur de l'adverbe; l'influence de la tradition grammaticale latine issue de Priscien est patente (on peut trouver une vingtaine de passages qui renvoient aux Institutions grammaticales).
Influence exercéeLe tollé suscité par sa réforme orthographique et par son idée d'appeler italienne la langue littéraire ont nui à la réputation de Trissino et dissuadé maints grammairiens ultérieurs de se réclamer de lui. Au 16e s., quelques auteurs partagent la conception du "vulgaire" italien qu'il a développée dans le Castellano en s'appuyant sur une interprétation du De vulgari eloquentia de Dante (Trissino, qui en avait acquis un manuscrit vers 1514, l'avait traduit lui-même en italien et fait imprimer en 1529): c'est le cas de Marco Antonio Carlino et de Matteo comte de San Martino qui, pour la grammaire, suivent toutefois plus volontiers Bembo. Influence aussi sur del Rosso, Citolini et Salviati.
Renvois bibliographiques→ Références
Alston R. C. (éd.) 1970; Castelvecchi A. (éd.) 1986; Gensini S. 2009; Lieber M. 1996; Malherbe C., Malherbe-Galy J. & Nardone J.-L. (éd.) 2008; Migliorini B. 1978 {p. 361}; Padley G. A. 1988; Poggi Salani T. 1988; Trabalza C. 1908 {p. 92-99}; Trovato P. 1994 {118-119}; Vitale M. 1978 {p. 62-65}; Vitale M. 1988; Werner E. 1993; Werner E. 1993
Rédacteur

Bonomi, Ilaria · Vallance, Laurent (rév.) · Camugli-Gallardo, Catherine (trad.)

Création ou mise à jour2015-06 | 1998