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Grammatica de la Lingua Italiana

Citolini, Alessandro

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires italiennes [3235]
Auteur(s)

Citolini, Alessandro

Datation: ca 1505-1583?

Écrivain italien, né à Serravalle, aujourd'hui Vittorio Veneto, et mort en Angleterre. Citolini est cité comme témoin dans l'acte notarié par lequel en 1528 l'architecte S. Serlio désigne comme légataire universel Giulio Camillo Delminio, dont il partage les sympathies pour la Réforme et qu'il accompagne durant l'un ou l'autre de ses voyages à Paris dans les années 30, à la cour de François Ier. Lors de son procès tenu à Vérone en janvier 1539, L. Mantovano, prêtre de Serravalle, met en cause Citolini, de retour de France, dans la diffusion des «idées luthériennes» auprès de la jeunesse locale. En 1539, muni d'une lettre de recommandation de son ami (et compatriote) M. Flaminio, lui aussi adepte de la Réforme, Citolini se rend à Rome, où il fréquente l'Accademia della Virtù. Trois de ses odes (A M. Claudio Tolomei, A M. Luigi Alemanni, Della sua donna) sont publiées dans le recueil de Tolomei (le plus fameux des académiciens vertueux), Versi et regole della nuova poesia toscana (où l'on trouve également des poésies de del Rosso). Achevée à Rome le 1er septembre 1540, la Lettera in difesa della lingua volgare est éditée à Venise en décembre chez Marcolini, qui imprime l'année suivante I luoghi (dédiés au duc d'Urbino, Guidobaldo II de Montefeltro), où Citolini démontre un vif intérêt pour la mnémotechnique, hérité de Delminio. Ces deux œuvres sont rééditées en 1551 à Venise – devenue, face à Rome, le principal centre de diffusion des nouvelles idées religieuses –, chez l'imprimeur A. Arrivabene (spécialisé depuis les années 1530 dans la diffusion des ouvrages protestants), par son ami Ruscelli, qui définit Citolini, dans sa lettre de la même année à Muzio in difesa dell'uso delle Signorie, comme un «miracolo della natura», et le consulte pour la rédaction de ses Commentarii. Citolini quitte définitivement Rome pour Venise, où il fréquente le cercle de l'Arétin, l'un des critiques les plus féroces de l'Eglise catholique. Accusé d'hérésie en 1546, il voyage dans le nord de l'Italie, puis séjourne à Padoue. En 1561, il publie chez Valgrisi (autre imprimeur favorable à la Réforme) la Tipocosmia (rédigée une dizaine d'années plus tôt et dédiée à l'évêque d'Arras Charles Perrenot), qui confirme sa passion pour la mnémotechnique, les stratégies d'apprentissage et de communication, et ses idées religieuses hétérodoxes. En 1564, il édite chez Giolito le Diamerone de Valerio Marcellino (Venise 1536?-1593). Poursuivi par l'inquisiteur de Conegliano (Vénétie), Citolini doit fuir Venise au début de l'été 1565. Dans le memoriale envoyé le 16 septembre 1565 au Saint-Office de Venise, il est dénoncé comme «già molt'anni bandito per heretico, et habita fra heretici in Geneva et Chiavenna» (où il a dû faire la connaissance de Castelvetro entre 1561 et 1564). Via les Grisons, Citolini se réfugie à Genève, qu'il quitte rapidement pour Strasbourg, où il arrive en septembre et d'où il repart en décembre pour l'Angleterre, muni de lettres de recommandation, destinées entre autres à la reine Elisabeth 1re, qu'il représente au début de 1566 à la diète d'Augsbourg (au moins de janvier à avril). Après deux retours à Strasbourg pour raisons économiques en 1568 et 1570, il s'installe cette année-là définitivement à Londres, comme M. Florio vingt ans plus tôt. Il y gagne difficilement sa vie comme enseignant d'italien dans les cercles nobiliaires (l'ambassadeur en Ecosse le propose comme précepteur d'italien pour Jacques VI Stuart, auquel le neveu de Castelvetro, Giacomo, a donné des cours). Il met à profit cette expérience en rédigeant la Grammatica de la Lingua Italiana, dédiée à Christopher Hatton (1540-1591), capitaine de la garde du corps de la reine Elisabeth 1re (dont il fut le porte-parole aux Communes), membre du Parlement puis lord chancelier en 1587. En 1576, un petit texte de Citolini est publié en avant-propos à la traduction anglaise du Galateo de G. della Casa. En 1583, dans la Cena delle ceneri, G. Bruno mentionne, que quelques mois plus tôt, on a «cassé et fracassé un bras» à «un pauvre monsieur Alessandro Citolini», dont le nom disparaît dans la seconde édition de l'ouvrage, l'année suivante.

Titre de l'ouvrageGrammatica de la Lingua Italiana
Titre traduitGrammaire de la langue italienne
Titre courtGrammatica de la Lingua Italiana
Remarques sur le titreÀ noter l'emploi de l'adjectif italiano pour définir la langue présentée, qui ne s'explique que partiellement par le fait que la grammaire a été rédigée en Angleterre pour des Anglais. Citolini est convaincu de l'italianité de la langue littéraire, comme son ami Ruscelli. Avec les Commentarii della lingua italiana de ce dernier et les Osservazioni grammaticali e poetiche della lingua italiana de Matteo (1555), il s'agit de l'une des trois grammaires italiennes de la Renaissance à porter en titre le qualificatif italien, dont l'usage pour désigner la langue littéraire nationale commence à se généraliser justement à cette époque.
Période|16e s.|
Type de l'ouvrage
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire didactique
Édition originaleUn seul manuscrit conservé à la British Library de Londres (Arundel 258).
Édition utiliséeGrammatica de la Lingua Italiana, dans Alessandro Citolini, Scritti linguistici, éd. Claudio di Felice, Libreria dell'Università, Pescara, 2003, p. 215-365, suivie de la Lettera in difesa de la lingua volgare (Francesco Marcolino da Forlì, Venise, 1540), p. 383-418.
Volumétrie143 pages.
Nombre de signes195650
Reproduction moderneGrammatica de la Lingua Italiana, dans Alessandro Citolini, Scritti linguistici, éd. Claudio di Felice, Libreria dell'Università, Pescara, 2003, p. 215-365.
DiffusionRestreinte en Angleterre.
Langues ciblesItalien (toscan)
MétalangueItalien (toscan)
Langue des exemplesItalien (toscan)
Sommaire de l'ouvrageDes lettres et de l'orthographe (§ 18), Voyelles (19-25), Consonnes (26-28), Du redoublement en général (29-35), Redoublement en particulier (36-71), Des syllabes (72), Des mots (73-74), Des accents (75-84), Des apostrophes (85-91), Des périodes et des points (92-98), De l'énoncé (99), Des nombres (100), Des personnes (101-102), Des genres (103), Des cas (104), Des marques des cas (105-108); Des articles (109-119). Du nom (120-165) – Première, deuxième, troisième déclinaison du mâle (125-127), Première, deuxième, troisième, quatrième déclinaison de la femelle (128-134), Des comparatifs (135), Des superlatifs (136), Des numéraux (137-144), Des noms d'ordre (145-146), Des hétéroclites (147-165). Du pronom (166-222). Du participe (223-228). Du verbe (229-422) – avere (239-275), essere (276-281), verbes réguliers: première, deuxième, troisième, quatrième conjugaison (282-306), Des verbes passifs (307-313), Verbes impersonnels (313-320) Des verbes irréguliers: première, deuxième, troisième, quatrième conjugaison (321-422). Des invariables (423-468) – avec cas (424-430), sans cas (431-468); Dieu soit loué (468-472).
Objectif de l'auteurOffrir à son élève une grammaire qui lui permette d'acquérir «la pleine connaissance de la langue italienne» et ouvrir vers cet objectif une nouvelle voie «commode et sûre» «non seulement pour les étrangers mais pour la plupart des Italiens eux-mêmes», même ceux qui viendront «après la mort de la langue», afin que «tous puissent la lire, l'écrire, la parler et la proférer avec la perfection qui sied à sa nature» («I quali tutti possano leggerla, scriverla, parlarla, e proferirla con quella perfezzione, che a la propia sua natura s'acconvjene», f. 2v).
Intérêt généralL'une des rares grammaires italiennes du 16e s. (avec celles de Trissino et, partiellement, de Giambullari) écrites en un alphabet orthoépique, afin que ses destinataires anglais puissent la lire correctement. Une avancée majeure a dû être favorisée par la confrontation avec l'anglais. Citolini est le premier grammairien italien à reconnaître en uno, una (outre le premier numéral cardinal) une sorte d'article: «Questo ancora con glj articoli è da notare: che quasi come articoli s'usano queste voci, uno e una, dicendosi un cane, un huomo, una lepre, una spada, percjoche si può dire: eglj è amorevole come il cane, eglj è amorevole come un cane; così de fare l'huom da bene, così de fare un'huom da bene; eglj è timido come la lepre, eglj è timido come una lepre; eglj sa ben maneggjar la spada, eglj sa ben maneggjar una spada» (f. 20v/§ 118: «Il y a encore une chose à noter à propos des articles: que les mots uno et una s'emploient presque comme des articles, lorsqu'on dit un cane, un huomo, una lepre, una spada, car l'on peut dire: eglj è amorevole come il cane, eglj è amorevole come un cane […] [Il est affectueux comme le chien/comme un chien; Ainsi doit agir l'homme de bien/un homme de bien; Il est timide comme le lièvre/comme un lièvre; Il sait bien manier l'épée/manier une épée]»). C'est la première fois qu'uno/una n'est pas introduit dans une grammaire italienne comme numéral, mais au chapitre de l'article. A noter l'emploi du critère de substitution pour justifier la parenté entre les deux articles. L'anglais ayant la particularité de disposer de deux formes distinctes (un libro: a/one book), il est vraisemblable qu'en voulant les rendre en italien Citolini se soit rendu compte qu'elles correspondaient à un seul et même terme en italien, uno/una (ou vice versa). D'où aussi la tendance à renforcer le numéral par solo: «A questa unitá bene spesso ancora vi si aggjugne la voce solo; e si dice un solo, una sola. il che maggjormente esprime la unitá sua» (De' numerali, § 138).
La grammaire est complète et bien écrite (voir p. ex. l'éloge de l'expressivité exceptionnelle conférée à la langue italienne par les suffixes, où Citolini se fait lyrique: «Ma che direm noi de la inesausta scaturígine de' nomi, che da' nomi di questa lingua rampollar si veggono? e non sono sterili questi nomi; ma cjascun d'essi produce molti figljuoli; alcuni pju grandi di se, alcuni ancor maggjori; alcuni pju piccjoli, alcuni piccjolissimi, e alcuni ancor minori; come da carta nascono cartona […] cartaccjonaccja; e da l'altra parte, cartata […] cartessa. Ne é questa fertilitá ne' sostantivi soli, ma ne glj aggjunti ancora, e perfino ne gl'imutabili […] che pju? i medesimi grandi possono farsi ancor maggjori, e farsi anche piccoli […] Or qual' é quella lingua, che a tanta ricchezza, copia, e abondanza di voci possa pure appressarsi? E a che ci servono tante voci? ci servono, a poter pju vivamente ancora esprimere il concetto de l'animo nostro» (f. 27-v) [«Mais que dire du jaillissement inépuisable de noms que nous voyons bourgeonner des noms de cette langue? et ces noms ne sont pas stériles, car chacun d'eux produit beaucoup de rejetons, certains plus grands que lui, d'autres encore plus grands, certains plus petits, d'autres tout petits et d'autres encore plus petits. Ainsi de carta naissent cartona […] cartaccjonaccja […] et de l'autre côté, cartata […] cartessa. Cette fertilité n'existe pas seulement chez les substantifs, mais aussi chez les adjectifs et même chez les invariables […] Que dire de plus? Les grands mêmes peuvent se faire encore plus grands, et se faire aussi petits […] Or quelle est la langue qui pourrait seulement approcher une telle richesse, quantité et abondance de mots? Et à quoi nous servent tant de mots? Ils nous servent à exprimer encore plus vivement les concepts de notre esprit»]. Dans ce catalogue rabelaisien de noms altérés, Citolini fait feu de tous les suffixes et use de toutes leurs combinaisons possibles, au mépris parfois de la réalité de la parole, qui cède ici le pas à la théorie.
Parties du discoursCitolini sépare nettement les parties du discours variables, considérées comme les plus importantes – nom (y compris l'adjectif), pronom, participe et verbe –, des parties invariables, divisées, de manière singulière pour une grammaire italienne du 16e s., en invariables avec cas (prépositions) et sans cas (autres) – ce qui atteste la persistance des catégories de la grammaire latine. Au total, donc, Citolini distingue six parties du discours.
Innovations term.Peu nombreuses: accomodarsi ‘s'accorder’, aderente ‘dérivé’, apostrofo ‘élision’, geminato ‘qui s'écrit avec une double consonne’, legare ‘assujettir syntaxiquement les autres parties de la phrase (dit du verbe)’, (nome d')ordine ‘ordinal’ (déjà dans la Tipocosmia de 1561), sdrucciolo ‘mouillé, palatalisé (dit de la prononciation de g devant n)’, (in) voce ‘oralement, dans la prononciation’. Les plus notables sont anfibolia ‘ambiguïté due à l'homonymie, amphibologie’, apostrofare ‘écrire un apostrophe, pourvoir (un mot) d'un apostrophe’, latinizzare ‘latiniser’, ortografico ‘orthographique’, plurisillabo ‘polysyllabique’.
Corpus illustratifExemples forgés et citations des classiques du 14e s.
Indications compl.Dans sa Tipocosmia, Citolini fait allusion à un «autre traité» sur l'orthographe «non encore publié» (p. 512), que l'on n'a pas (encore) retrouvé et qui a peut-être servi de base à la grammaire rédigée en Angleterre.
Influence subieProbablement celle de del Rosso (deux types d'apostrophe, ᾿ et ῾, selon qu'est élidée la première ou la seconde voyelle en hiatus) et de Castelvetro (qu'il a dû croiser à Chiavenna au début des années 1560: liens morphologique et syntaxique entre formes verbales simples et composées). L'opposition entre articles prepositivi et soggiontivi fait peut-être allusion à Varchi. Il se pourrait que Citolini ait eu connaissance de la grammaire de Florio, son prédécesseur en exil à Londres (voir dans la préface la distinction des quatre dimensions de la langue, et l'éloge de la langue italienne et de son orthographe, qui transcrit assez fidèlement la prononciation).
Influence exercéeNulle en Italie (vu que la grammaire de Citolini est restée manuscrite en Angleterre). Selon C. di Felice, la deuxième partie des First Fruites (1578) de John Florio (fils de Michelangelo) «n'est autre que la traduction et l'adaptation pour les étudiants anglais de la grammaire de Citolini» (p. 164: «non è altro che la traduzione e l'adattamento per gli studenti inglesi della Grammatica de la lingua italiana di Citolini»).
Renvois bibliographiques→ Références
Antonini A. 1999; Bellorini M. G. 1965; Citolini A. 1561 {p. 512}; Citolini A. 2003; Fessia L. 1939; Firpo M. 1982; Naselli C. 1942; Pizzoli L. 2004
Rédacteur

Vallance, Laurent

Création ou mise à jour2015-08