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An Orthographie

Hart, John

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires anglaises [3602]
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Hathi Trust Digital Library (Ed. 1574)

Auteur(s)

Hart, John

Datation: ca 1501 - 16 juillet 1574

Phonéticien anglais, né à Northolt, dans le diocèse de Londres (Ealing). Issu d'une famille de petite noblesse, il bénéficia d'une très bonne éducation, à Londres et vraisemblablement à Cambridge, ainsi qu'en témoigne sa connaissance étendue du latin, du grec et de l'hébreu. On ne sait pratiquement rien sur ses activités jusqu'en 1551, date de la rédaction d'un traité manuscrit de 117 pages (The Opening of the unreasonable writing of our inglish toung: wherin is shewid what necessarili is to be left, and what folowed for the perfect writing thereof), dédié à Edouard VI, où il propose une réforme drastique de l'orthographe. Résidant certainement à Londres au service du roi jusqu'à cette époque il semble qu'il ait ensuite servi en mission à l'étranger, probablement en France, car il connaissait bien le français, mais il connaissait également l'espagnol et l'italien, le néerlandais et l'allemand ("low and high dutch"), et semblait très au fait de la diversité dialectale en Angleterre. Officier de la Couronne sous les ordres de Sir William Cecil, il est promu successivement Pursuivant extraordinary d'Ambleteuse (alias Newhaven) en 1562 puis Héraut de Chester en 1566 (Chester herald), en office à Londres. Il publie en 1569 son texte principal, An Orthographie, puis en 1570 A Methode or comfortable beginning for all vnlearned, whereby they may bee taught to read English, in a very short time, with pleasure: So profitable as straunge, put in light, by I. H. Chester Heralt. Ces trois ouvrages peuvent être considérés comme un tout, le texte de 1570 représentant l'aboutissement de la réflexion ébauchée en 1551 et développée en 1569.

Titre de l'ouvrageAn Orthographie, conteyning the due order and reason, howe to write or paint thimage of mannes voice, most like to the life or nature. Composed by I. H. Chester Heralt
Titre traduitUne orthographe, détaillant la vraie manière ordonnée et raisonnable d'écrire ou peindre la parole humaine, selon la vie et la nature. Composée par I. H. Chester Herald
Titre courtAn Orthographie
Remarques sur le titre
Période|16e s.|
Type de l'ouvrageTraité complet, à la fois théorique et pratique, visant à réformer l'orthographe anglaise. L'angle phonétique (voire phonologique) du système de transcription en fait un système général.
Type indexéTraité de phonétique | Traité d'orthographe
Édition originalePremière édition en 1569 à Londres par William Seres, dwelling at the west ende of Paules, at the signe of the Hedge-hogge. Première édition de la Methode en 1570 à Londres par Henrie Denham.
Édition utiliséeEdition en fac-similé par Da Capo Press, New York, et Theatrum Orbis Terrarum Ltd, Amsterdam, 1968 (The English Experience, n° 40). Texte de la Bodleian Library, Oxford, collection Francis Douce H 92.
Volumétrie134 pages (146 x 92 mm) de 1200 signes, plus table des matières, épître et table alphabétique de 14 pages.
Nombre de signes150000
Reproduction moderneEdition moderne des trois textes de J. Hart par Bror Danielsson, John Hart's Works on English Orthography and Pronunciation [1551, 1569, 1570], Almqvist & Wiksell, Stockholm, 1955.
DiffusionSeulement 9 exemplaires originaux de l'Orthographie sont recensés en bibliothèque par Danielsson (2 au British Museum [maintenant la British Library], Bodleian Library, Oxford, University Library, Cambridge, Henry E. Huntington Library, Newberry Library, Folger Shakespeare Library, Plimpton Library in Columbia University Library, New York Public Library). O. Jespersen ne signale que 2 exemplaires. Commentaires détaillés de l'œuvre par O. Jespersen (1907), Bror Danielsson (1955) et E. J. Dobson (1957, vol. 1, 62-88), reprenant Ellis (1886-1889), Luick (1896) et Kökeritz (1949).
Langues ciblesAnglais
MétalangueAnglais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageTable des matières et épître (8 pages non numérotées), préface (p. 1, pagination d'origine, toutes les deux pages), description des lettres et de leur usage correct (p. 9), défauts de l'orthographe de l'époque (p. 11), description détaillée des voyelles et diphtongues (p. 29), description détaillée des consonnes (p. 32), description des "accidents" des voyelles (longueur, hauteur…) (p. 39). Exercice de transcription dans la nouvelle orthographe (p. 44), table alphabétique (14 pages non numérotées).
Objectif de l'auteurConvaincre le grand public de la nécessité de réformer l'orthographe et proposer un nouveau système phonétique à la fois exact (qui comporte autant de lettres que de "voix", ni plus ni moins) et simple, de nature à permettre une alphabétisation générale. Le système, fondé sur une très bonne analyse scientifique de la production des sons, était transposable à d'autres langues (Hart fournit des exemples dans plusieurs langues européennes) et peut donc théoriquement servir à l'apprentissage et la description de l'ensemble des langues humaines. Hart avait clairement conçu ce système graphique comme un alphabet phonétique universel.
Intérêt généralSelon O. Jespersen "le premier phonéticien de l'époque moderne", et selon E. J. Dobson un des "plus grands phonéticiens anglais" et une des meilleures références en matière de prononciation, Hart construit un système phonétique de 5 voyelles et 20 consonnes, accompagnées de signes diacritiques et de signes de ponctuation. L'objectif de simplicité et d'élégance que l'auteur s'assigne, ainsi que son souci de réduire le nombre de lettres, annonce une perspective plus phonologique que phonétique, ce qu'on peut regretter (O. Jespersen, pour la précision phonétique) mais aussi dont on peut apprécier la souplesse et la force heuristique et pédagogique: ainsi, par ex., en marquant la longueur des voyelles par un point souscrit, et ne reconnaissant pas de différence qualitative entre brèves et longues, Hart n'utilise que 5 lettres (a, e, i, o, u) et semble pouvoir autoriser de ce fait les variations contextuelles ou dialectales. Pourtant, son souci constant de subordonner ses observations articulatoires, toutes extrêmement fines, à une logique de système graphique régulier et simple ne va pas sans poser de redoutables problèmes que la Methode de 1570 ne parviendra pas à résoudre complètement.
Parties du discours
Innovations term.
Corpus illustratif
Indications compl.Hart fournit une description précise de la prononciation de son temps, aussi bien pour l'anglais que pour d'autres langues européennes. Il est l'auteur, dans l'Orthographie, du plus long texte en transcription phonétique de son époque. Non content d'épurer les mots des lettres superflues (b dans doubt, c et h dans aucthoritie, etc.), il reconnaît avec précision les phonèmes anglais, et propose de nouvelles lettres qui respectent ce statut phonématique (au lieu par ex. du digraphe th pour la fricative de this, ou de ch pour l'affriquée de cherry). Il réfute avec conviction et force les arguments conservateurs: nécessité de marquer la "dérivation" (étymologie) des mots, de différencier d'occasionnels "equivoces" (homophones, comme sonne, fils, et sunne, soleil), de marquer les "accidents de la voix" (longueur vocalique, par ex.), ou de respecter purement et simplement l'usage (l'orthographe courante aurait été le meilleur système qu'on ait pu trouver). Il dénonce quatre sources de "corruption" de l'écriture: la diminution (moins de lettres que de voix), la "superfluité" (plus de lettres que de voix), "l'usurpation" d'une lettre par une autre ou enfin le déplacement des lettres (misplacing or disordering of letters). L'ensemble de ces arguments repose sur la double conviction que le discours est composé de voix élémentaires et que les langues changent. Ainsi, l'italien, qui est du latin modifié par les Goths, a-t-il su adapter sa graphie à sa "nature" et à ses changements propres. Hart souhaite donc que l'anglais fasse de même, et il réussit à donner à son système les bases articulatoires générales qui conviennent. Pourtant, tant en Angleterre qu'en France (malgré par ex. les efforts de Meigret ou le soutien de la Pléiade), ce fut l'école étymologiste qui l'emporta. Il y a plusieurs raisons à cela dans le cas de Hart, comme certaines incohérences dans les transcriptions. Mais ces défauts s'expliquent facilement par des erreurs typographiques ou l'influence de l'orthographe courante et ne remettent pas en cause son système. Plus gravement, Hart a été critiqué de manière virulente par un courant orthoépiste particulièrement rigide, dont le maître d'école Gill (1621) est le premier représentant, qui lui a attribué des prononciations vulgaires, affectées, voire étrangères selon les cas (il aurait été gallois selon Ellis (1886) ou avait l'accent du Devon selon Kökeritz (1949)) et l'a accusé, comme Gill, de ne pas suivre la prononciation, mais de vouloir la modifier (non sequi sed ducere). En fait l'anglais transcrit par Hart est bien une variété d'anglais standard éduqué, et ses travaux demeurent la référence principale pour la prononciation du 16e s., mais quelques traits avancés (i long dans read ou e long dans pay) ont pu heurter certains conservatismes pédagogiques. Sans doute alors, comme le souligne Dobson, est-ce l'ampleur et la hardiesse du projet de réforme qui a été son plus grand ennemi en effrayant public et imprimeurs.
Influence subieJohn Hart est incontestablement le meilleur phonéticien du 16e s. anglais et son intérêt pour "diverses langues" que ses missions à l'étranger l'ont amené à fréquenter (il avoue qu'elles l'ont plus inspiré que ses études universitaires) en font un pionnier de la phonologie. Il a été très influencé par les réformateurs français (Meigret, Peletier) mais sa référence théorique constante est Quintilien (ca 35 p.C. - ca 95).
Influence exercéeCité à plusieurs reprises jusqu'au 17e s., en particulier dans Smith (1568), Baret (1573), Bullokar (1580), Mulcaster (1582), Gill (1621) et Cooper (1687), Hart n'a cependant pas réussi à imposer son système orthographique rénové et ses positions théoriques demeurent peu connues malgré les défenses vigoureuses de Jespersen ou Dobson.
Renvois bibliographiques→ Références
Baret J. 1573; Bullokar W. 1586; Cooper C. 1687; Danielsson B. 1955; Dobson E. J. 1957; Ellis A. J. 1886; Gill A. 1619; Jespersen O. 1907; Kökeritz H. 1949; Lass R. 2009; Luick K. 1896; Meigret L. 1542; Mulcaster R. 1582; O'Neill M. 2002; Peletier J. 1550; Quintilianus M. F. 1938; Rousse J. & Verrac M. 1992; Smith S. T. 1568
Rédacteur

Roulland, Daniel

Création ou mise à jour2000