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Grammatica Linguæ Anglicanæ

Wallis, John

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires anglaises [3606]
Auteur(s)

Wallis, John

Datation: 1616-1703

Erudit britannique fort éclectique, membre fondateur de la Royal Society (1660). Après de brillantes études à l'Université de Cambridge (en lettres classiques, logique, anatomie, physique, métaphysique et théologie) et son ordination en 1640, il devient en 1644 professeur à Queen's College, Cambridge, puis, 4 ans plus tard, est nommé par le Parlement au poste de professeur de Géométrie à l'Université d'Oxford. Sa renommée d'astronome et de mathématicien (il pose les fondements du calcul différentiel) s'étend largement au delà des frontières de l'Angleterre. Par ailleurs, prélat puritain utilitariste, il participe à une commission de révision du prayer book. Enfin, il s'intéresse au langage: aux messages codés que, pendant la guerre civile, il déchiffre pour les Républicains, aux problèmes de communication des sourds-muets qu'il cherche à faire parler, et au vernaculaire dont il veut développer l'usage et qu'il s'emploie à décrire à partir de ses observations, en appliquant la méthode inductive et empirique prévalant à l'époque dans le domaine scientifique. Voir DNB, vol. 20, p. 598-607.

Titre de l'ouvrageJohannis Wallis, Geometriæ Professoris Saviliani in celeberrima Academia Oxoniensi, Grammatica Linguæ Anglicanæ, Cui praefigitur, De Loquela sive Sonorum Formatione, Tractatus Grammatico-Physicus
Titre traduitGrammaire de la langue anglaise de John Wallis, professeur de géométrie à la célèbre université d'Oxford, laquelle grammaire est précédée d'un traité physico-grammatical sur la parole ou la formation des sons
Titre courtGrammatica Linguæ Anglicanæ
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageDescription grammaticale de l'anglais fondée sur l'observation de l'usage, l'objectif final étant de faciliter l'apprentissage de cette langue à des étrangers par la mise en évidence de ses spécificités.
Type indexéGrammaire descriptive
Édition originale1653, Oxford, Leon. Lichfield.
Édition utiliséeFac-similé de la Scolar Press Ltd. (n° 142, 1969), reproduction de la 1re édition (exemplaire de University College, Londres).
VolumétrieIn-8°; [24] + 128 pages, environ 1000 signes par page
Nombre de signes150000
Reproduction moderne1969, Menston, The Scolar Press Ltd., fac-similé de la 1re édition (1653), G.S. n° 85 et E.L. n° 142; 1972, Londres, J.A. Kemp ed. (fac-similé de la 6e édition, 1665).
Diffusion2e éd., 1664, Oxford; 3e éd., 1672, Hambourg; 4e éd., 1674, Oxford (à laquelle Wallis annexe, sous une rubrique Praxis grammatica, quelques commentaires étymologiques et quelques comparaisons entre langues proches); une édition pirate à laquelle est annexé Clavis linguæ anglicanæ [Clef de la langue anglaise] de Johann Podensteiner, 1968, Hamburg; 5e éd. (incluant additions et corrections de l'auteur) intégrée, avec pagination séparée, sous la rubrique Opera quædam miscellania dans le 3e volume des Opera Mathematica de Wallis, 1699, Oxford; enfin, 6e éd., 1765, Londres et Leiden. A ces éditions de la grammaire complète s'ajoutent encore 3 rééditions de la seule partie phonétique (1721, Königsberg, 1727 et 1740, Leiden), qui comportent en annexe un traité de Jan Cœnrad Amman intitulé Surdus loquens. Soit un total de 10 éditions, dont 6 publiées du vivant de l'auteur et 4 posthumes. Voir Alston, vol. I, 1965, p. 7-9, n° 14-24.
Langues ciblesAnglais
MétalangueLatin. Choix, a priori surprenant pour une grammaire qui cherche à libérer la description du vernaculaire des cadres de description du latin, est justifié dans la préface par le caractère acquis du latin auprès de la communauté scientifique étrangère visée et les réticences de l'auteur à innover sans nécessité absolue.
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvragePréface au lecteur (15 p.), index (3 p.), errata (1 p.).
Tractatus Prœmialis. De loquela, sive Literarum omnium Formatione & genuino Sono [Traité préliminaire. De la parole ou de la formation de toutes les lettres et du son originel] (43 p.): sect. 1, classement des lettres en fonction de leur prononciation (p. 1-5); sect. 2, les voyelles (5-13); sect. 3, les consonnes (14-36); sect. 4, les sons composés (37-43).
Grammatica Linguæ Anglicanæ [Grammaire de la langue anglaise] (63 p.): chap. 1, prononciation de la langue anglaise (consonnes, voyelles, diphtongues, groupes de consonnes) (45-67); chap. 2, après quelques remarques rapides sur la structure de la langue anglaise, étude du nom substantif (67-71); chap. 3, les articles (71-72); chap. 4, les prépositions (73-78); chap. 5, les adjectifs (79-84); chap. 6, les comparatifs (84-85); chap. 7, les pronoms (85-91); chap. 8, le verbe (91-93); chap. 9, les verbes auxiliaires défectifs (93-96); chap. 10, les verbes auxiliaires "intégraux" (96-98); chap. 11, la syntaxe du verbe (98-101); chap. 12, les verbes irréguliers (102-108); chap. 13, les adverbes, conjonctions, prépositions et interjections (108-111); chap. 14, étymologie (111-127); chap. 15, prosodie (127-128).
Objectif de l'auteurWallis, qui destine son ouvrage à des anglophones, certes, mais surtout à des étrangers, cherche à développer l'usage de l'anglais, langue dont il affirme la noblesse tant dans une optique synchronique (par comparaison aux autres langues) que diachronique (en retraçant son évolution depuis le schisme de Babel).
Intérêt généralIl s'agit de la première approche scientifique de l'anglais, fondée sur une analyse empirique et inductive de données avec recherche systématique de régularités. C'est la première étude sérieuse de l'évolution de la langue et la première description authentique de l'anglais. Elle se démarque des cadres de description latins, limitant la part abondante traditionnellement réservée aux déclinaisons et aux conjugaisons, qu'elle compense par des considérations sur l'ordre et l'agencement des mots: Wallis ne distingue pas morphologie et syntaxe dans son étude de la "structure du discours anglais" (Anglicani sermonis structura, p. 67), étude centrée sur le groupe de mots et qui amorce une étude des valeurs (voir préface). Ce n'est pas le premier ouvrage à traiter de la prononciation de l'anglais. Wallis n'est que l'un de ces grammairiens du 17e s. que Firth (1946) a appelés "the English school of phonetics": Hart (notice 3602), Bullokar (notice 3603), Hume, Robinson, Butler (notice 3605) et Holder, son rival le plus sérieux qui paraît aujourd'hui plus moderne que lui; il demeure que Wallis propose l'étude des sons la plus exhaustive de son siècle et qu'à cause de son aura, son impact est très important (voir Cohen 1977, Lehnert 1937-1938, Robins 1967, Subbiondo 1992b, Sundby 1952, Zachrisson 1914).
Parties du discoursPas de contestation apparente de la liste latine des parties du discours, mais une absence de toute énumération et un plan qui suggèrent une conception très novatrice de l'organisation du discours, avec des groupements autour du nom et du verbe dans lesquels articles, prépositions et auxiliaires jouent un rôle essentiel (voir Isermann 1996; Verrac 1985a).
Innovations term.Volontairement rares et d'autant plus notables, réservées à l'évocation de phénomènes spécifiques à l'anglais. A noter ainsi l'introduction du terme de status (rectus status/obliquus status) pour évoquer la position du pronom et distinguer le pronom qui se place devant le verbe (rectus status) de celui qui se place après un verbe ou une préposition (obliquus status), l'introduction d'adjectivus possessivus pour désigner le génitif et l'invention d'un adjectivum respectivum qui désigne le premier membre d'un nom composé utilisé dans un emploi adjectival. A noter également une distinction entre articulus demonstrativus (the) et articulus numeralis (a), l'apparition du terme d'auxiliaris, (avec une distinction entre les verba auxiliaria mutilado, will, shall, may et can, appelés défectifs parce qu'ils n'ont pas de participe et ne peuvent être précédés d'un autre auxiliaire – et les verba auxiliaria integra que sont have et am (ou be)); Ajoutons l'exclusion de certaines catégories typiques de la tradition latine, parce qu'elles sont jugées impropres à la description de l'anglais, en particulier les cas et les genres pour les noms, les modes et la plupart des temps pour les verbes (Wallis ne reconnaît que 2 temps aux verbes anglais, le présent et le prétérit imparfait). A noter enfin l'utilisation du terme d'etymologia au sens de dérivation et non au sens, courant à l'époque, de variation morphologique (voir Subbiondo 1992b).
Corpus illustratifCorpus simple: exemples souvent limités au mot ou au groupe de mots, mais avec de fréquents rapprochements visant à révéler des comportements réguliers (en prononciation ou syntaxe par ex.). Quelques comparaisons aussi entre diverses langues (latin, grec, français, allemand…) en particulier pour illustrer les considérations sur l'étymologie.
Indications compl.Traitement de la phonétique: étude approfondie de la production des sons et des phénomènes articulatoires à partir de classifications tripartites en termes d'articulation (labiale, palatale ou gutturale) et d'ouverture (grande, moyenne ou petite), suivie de considérations sur la réalisation des diverses voyelles, consonnes et sons composés qui donnent des renseignements précieux sur la prononciation de l'époque (voir Dobson 1957).
Influence subieWallis reconnaît dans sa préface une dette vis à vis de Gill, Ben Jonson, et Hexam (tous plus ou moins influencés par le ramisme) pour l'intérêt qu'ils manifestent envers le vernaculaire. La division tripartite aristotélicienne des parties du discours de Gill (noms, verbes, particules) pourrait avoir influencé Wallis, et Ben Jonson pourrait avoir attiré son attention sur le rôle de l'article en anglais. Wallis ne cite pas pour autant toutes ses sources, ce qui lui attira quelques ennuis avec des contemporains tels que Thomas Hobbes, Seth Ward ou encore William Holder à qui il doit assurément beaucoup pour la phonologie (voir Kemp 1972, Subbiondo 1992b, Abercrombie 1993). Son travail s'inscrit par ailleurs dans le cadre des travaux contemporains sur la grammaire universelle de Dalgarno, Lodowyck et surtout Wilkins (notice 3607), comme lui membres éminents de la Royal Society, qui ne sont probablement pas étrangers au rôle qu'accorde Wallis à la dérivation et l'auxiliarité (voir Salmon 1979, Verrac 1985a, 1985b). Enfin, une influence de Bacon et de ses remarques sur la formation des sons et sur la méthode empirique et rationnelle à adopter pour décrire une langue vernaculaire est des plus probables.
Influence exercéeC'est l'ouvrage d'un auteur majeur qui n'a guère qu'un seul disciple pur, Cooper (notice 3608), du moins en ce qui concerne la méthode utilisée, mais qui est abondamment cité, loué et partiellement repris, voire plagié, en particulier pour ses descriptions sémantiques (voir Kemp 1972). Son influence est ainsi très sensible chez Gildon/Brightland (où elle est associée à celles de Lily et Port-Royal), chez Greenwood (où elle est associée à celles de Lily et Cooper) et chez Samuel Johnson (notices Gildon 3611, Greenwood 3612, et Johnson 3615). Ces trois auteurs relaient certaines de ses idées dans la production grammaticale anglaise de tout le 18e s. et, sur le Continent, des portions entières de sa grammaire sont traduites par Arnold (1718) et Lediard (1726). Les idées de Wallis sont évoquées, appréciées, jugées stimulantes et louées, mais elles ne triomphent pas de la tradition.
Renvois bibliographiques→ Références
Abercrombie D. 1993; Alston R. C. 1965; Cohen M. 1977; Constantinescu I. 1974; Dobson E. J. 1957; Firth J. R. 1946; Formigari L. 1988; Formigari L. 1988; Hauck E. 1905; Howatt A. P. 1984; Isermann M. 1996; Kemp J. A. 1972; Kemp J. A. 2009; Lehnert M. 1936; Lehnert M. 1937; Michael I. 1970; Padley G. A. 1985; Pezzini D. 1993; Poldauf I. 1948; Salmon V. 1979; Verrac M. 1985; Verrac M. 1985; Vorlat E. 1975; Walmsley J. 1999
Rédacteur

Verrac, Monique

Création ou mise à jour2000