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Real Character and a Philosophical Language

Wilkins, John

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires anglaises [3607]
Auteur(s)

Wilkins, John

Datation: 1614-1672

John Wilkins est un érudit anglais, membre de la Royal Society dont il est l'un des principaux fondateurs. Fils d'un orfèvre d'Oxford, il fit ses études à Magdalen Hall, Oxford où il fut ensuite tuteur en 1634; il fut ordonné prêtre en 1637. Après avoir officié quelques années comme chapelain auprès de personnalités proches du parti parlementaire et tenu le rôle de secrétaire à l'Assemblée de Westminster, il devint en 1649 "Doctor of Divinity" à Waldham College, Oxford dont il avait été nommé "Warden" en 1648, puis Master of Trinity College, Cambridge en 1659, poste qu'il dut quitter en 1660 avec la Restauration pour occuper divers emplois ecclésiastiques avant d'être nommé, en 1668, Lord Bishop (évêque) de Chester. Homme d'église profondément croyant et passionné par les sciences pures autant que par le langage (à côté de ses travaux sur le langage, il a également publié des travaux remarqués sur la propulsion, et des spéculations sur les machines volantes et le mouvement perpétuel), ce défenseur éclairé de la "Nouvelle Science" qui met l'expérimentation au service de l'homme, est respecté de tous. La rapidité avec laquelle cet ardent partisan des idées de la Révolution, beau-frère de Cromwell de surcroît, gagne les faveurs royales à la Restauration est sur ce point éloquente (voir DNB, vol. 21, p. 264-267; Aarsleff 1976, p. 3, 41; Henderson 1910; Subbiondo 1996c; Vorlat 1975, p. 452-453).

Titre de l'ouvrageAn Essay towards a real Character and a Philosophical Language
Titre traduitEssay d'un caractère réel, et d'un langage Philosophique [sic: traduction portée à la main sur l'exemplaire de la Bibliothèque de France; par "caractère", il faut entendre "alphabet universel"]
Titre courtReal Character and a Philosophical Language
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageProposition d'un langage universel fondé sur des principes philosophiques et destiné à pallier de façon artificielle la multiplicité des langues naturelles parlées dans le monde.
Type indexéGrammaire philosophique | Grammaire universelle
Édition originaleDate de composition: début des années 1660. 1re éd.: 1668, Londres, Samuel Gellibrand & John Martin.
Édition utilisée1668, Londres, Sa. Gellibrand & John Martyn (British Library, cote 12901 l 21).
VolumétrieFormat: in-f°; [18] + 454 + [4] + [158 pages de lexique]+ 2 pliées format A3 [142 bis et 143 bis]; 3250 signes par page; illustrations: p. 311 (prépositions); planches p. 166 bis, 186 bis et 378.
Nombre de signes1950000
Reproduction moderne1969, Menston, The Scolar Press Ltd., English Linguistics 1500-1800, n° 119: fac-similé de la 1re éd. (1668).
DiffusionSelon Wilkins (Dédicace), une 1re édition qui était en cours d'impression a été totalement détruite par l'incendie de Londres de 1666, à l'exception de 2 exemplaires incomplets dont il ne reste semble-t-il qu'un seul fragment, conservé à la Bodleian Library. Diffusion réduite. Pas de portée institutionnelle malgré la publication en 1708, après la mort de l'auteur, d'un précis de cet ouvrage "An abstract of Dr Wilkins' essay towards a real character" dans Wilkins, John, The Mathematical and Philosophical Works, Londres: J. Nicholson, A. Bell, B. Tooke et R. Smith, p. 169-184 (voir Alston, vol. 5, 1968, p. 61).
Langues ciblesLangue cible ambiguë: malgré son objectif universel, l'ouvrage traite avant tout de l'anglais
MétalangueAnglais
Langue des exemplesAnglais, latin, grec
Sommaire de l'ouvrage1re partie (p. 1-21): introduction générale, "prolégomènes" (origine du langage, anglais, écriture, critique des alphabets, arguments pour une retranscription universelle); 2e partie (p. 22-296): "Philosophie universelle" ou notions auxquelles le langage fait correspondre des noms (théosaurus analytique général de "dieu" à "ecclésiastiques" en passant par les minéraux, les animaux, la quantité, la qualité, l'action et les relations); 3e partie (p. 297-383): "Grammaire philosophique" ou agencement des notions en discours (divisions de la grammaire, parties du discours, syntaxe, orthographe, phonétique); 4e partie (p. 385-454): présentation d'une transcription universelle (real character ou alphabet universel) et applications (Pater Noster, Credo, comparaison de 50 langues, mise en perspective avec le chinois et le latin); annexe (non paginée): index intitulé An Alphabetical Dictionary wherein all English words according to their various significations, are either referred to their places in the philosophical tables, or explained by such words as are in those tables [Dictionnaire alphabétique dans lequel tous les mots anglais sont, en fonction de leur sens, soit situés dans les tables philosophiques, soit reliés à des mots qui se trouvent dans ces tables].
Objectif de l'auteurA la fois théologique et scientifique (voir Salmon 1966 et Subbiondo 1992a, 1996a): création d'un langage philosophique artificiel destiné à mieux rendre compte de l'organisation naturelle et divine du monde, langage fondé sur un "alphabet universel" de type isomorphique (voir Hüllen 1999) et une grammaire universelle susceptibles d'améliorer la communication entre les peuples et le développement des connaissances scientifiques. Wilkins ne croit pas à l'existence d'un langage naturel unique, commun à toute l'humanité (voir Aarsleff 1992 [1976], p. 12; Hüllen 1989; Land 1974, p. 1-6).
Intérêt généralOuvrage représentatif (le plus développé et le plus complet) des diverses tentatives de langages philosophiques qui font l'originalité de ce 17e s. (voir Dalgarno, Beck, Lodowick, Urquhart…) avec une organisation philosophique à la fois des concepts et des structures du langage. Il marque un tournant: fin de la pensée aristotélicienne selon Slaughter 1982 et passage d'un intérêt pour le signe lexical à la sémantique fondée sur la proposition selon Land 1974 (voir Cram 1985).
Parties du discoursWilkins reprend les parties du discours de la tradition latine, mais en les réorganisant et les complétant. Il distingue les mots qui ont un sens en soi ("intégraux") – avec distinction entre sens absolu (nom) et sens relatif (adjectif) d'un côté, entre signification de l'existence (mot concret) et signification de l'essence (mot abstrait) de l'autre – et les mots "moins principaux" (ou "particules") qui modifient le sens des mots auxquels ils sont joints, lesquelles particules peuvent avoir un rôle syntaxique et être "grammaticales" – "essentielles et perpétuelles" (copule), ou "pas essentielles mais occasionnelles" (pronom, interjection, préposition, adverbe, conjonction, article, mode et temps) –, mais aussi exprimer des relations sémantiques qui dépassent le cadre habituel de la grammaire et être "transcendantales" (métaphores) – il ne s'agit plus alors de mots, mais de façons d'utiliser les mots. A ces oppositions sémantiques, syntaxiques et rhétoriques, Wilkins associe une opposition fondée sur dérivation: selon lui, tous les mots principaux sont issus du nom, seul élément radical, l'adjectif étant dérivé du nom et l'adverbe de l'adjectif; quant au verbe, Wilkins le considère comme une association de la copule et d'un adjectif (voir Michael 1970, Nate 1996; p. 247-251; Frank 1992; Funke 1959 , Göbels 1999; Salmon 1974; Schreyer 1996a).
Innovations term.Reprise des termes d'intégraux et de particules déjà présents dans les grammaires modistes, et nombreux emprunts à la logique (sujet à la place de nominatif pour "tout ce qui se place devant la copule", predicate, modes of discourse, et définition de la phrase complète comme une phrase dans laquelle "quelque chose est soit affirmé soit nié").
Corpus illustratifAnnexe d'une transcription du Pater Noster et du Credo à la fin de l'ouvrage.
Indications compl.On notera une distinction entre 2 types de grammaire: une grammaire naturelle, philosophique, rationnelle et universelle et une grammaire descriptive, particulière à chaque langue), la présence d'une amorce d'étude diachronique (avec variations du Pater Noster), et la présence de quelques planches intéressantes, dont une illustration de la description physiologique des mécanismes articulatoires des 34 sons, identifiés par oppositions binaires (p. 378).
Influence subieWilkins réfère à Bacon (Lord Verulam) comme l'initiateur de son projet. En fait, tout le cadre du courant philosophique de l'époque (avec Bacon mais aussi Descartes, Hobbes et Leibniz) était favorable à un langage artificiel organisé selon des bases philosophiques qui serait susceptible de promouvoir le vrai savoir (voir Verburg 1968) – Wilkins, comme Th. Browne ou Sprat, rejette l'hypothèse d'une langue originelle innée (Formigari 1988, p. 15-50; voir aussi Wilkins 1641, Mercury, or the Secret and Swift Messenger). Pour la réalisation de cette œuvre, Wilkins reconnaît sa dette vis à vis de "Duns Scotus" (= Thomas d'Erfurt), Caramuel et Campanella, grammairiens fortement imprégnés de logique, métaphysique et psychologie aristotéliciennes. Son travail s'inscrit dans une tradition médiévale et classique (voir Salmon 1974). On y retrouve également la trace des discussions sur le langage menées au sein de la Royal Society, entre Wilkins, Seth Ward, Holder, Wallis, Ray, Willoughby, Hooke, Pepys, et des échos des projets rivaux de Lodowyck et Dalgarno (A Common Writing (1647), et The Groundwork of a new Perfect Language (1652) pour le premier et Ars Signorum (1661) pour le second), bien que Wilkins se défende de leur devoir quoi que ce soit (voir Cram 1980 et Salmon 1992 [1974], p. 236). On peut aussi constater quelques similitudes avec la grammaire de Port-Royal, publiée 8 ans auparavant, mais ces dernières sont vraisemblablement fortuites: il semblerait que Wilkins n'ait pas connu cette œuvre. L'influence du continent, sujet de polémique chez les chercheurs, s'est probablement davantage exercée à travers Comenius ou Mersenne (voir Aarsleff 1992 [1976]; De Mott 1958; Padley 1985, p. 357-361; Salmon 1966; Funke 1959; Cram 1980; Shapiro 1969; Slaughter 1982; Subbiondo 1992a).
Influence exercéeLe caractère complexe du langage universel prôné par Wilkins le condamna à l'échec, sonnant le glas de toutes les tentatives de langage philosophique, même auprès de ses amis. Les travaux des deux groupes affectés successivement à l'évaluation des révisions à apporter à l'ouvrage et à sa promotion (avec une traduction en latin et en français) ne tardèrent pas à avorter (voir Salmon 1992 [1974], p. 349-364). Certes la valeur scientifique de l'ouvrage a été souvent reconnue et louée (voir Vickery 1992 [1953], p. 345) et son influence a été malgré tout sensible dans le domaine lexical et dans le domaine purement grammatical. Il est assurément une source d'inspiration primordiale pour le Thesaurus of English Words and Phrases de Roget (1852) et on retrouve son influence dans les classifications, définitions et considérations sémantiques de Cooper (notice 3608), qui relaie quelques unes de ses idées chez ses propres disciples, puis au siècle suivant chez Harris (notice 3614) et Horne Tooke (notice 3621). Il demeure que cette influence reste faible, et que Wilkins a été essentiellement redécouvert au 20e s. où il est considéré comme un pionnier de la sémiotique.
Renvois bibliographiques→ Références
Aarsleff H. 1976; Andrade E. N. 1936; Borges J. L. 1955; Cohen M. 1977; Cram D. F. 1980; Cram D. F. 1985; Cram D. F. 1985; De Mott B. 1958; Dobson E. J. 1957; Dolezal F. 1987; Formigari L. 1988; Formigari L. 1988; Frank T. 1992; Funke O. V. 1959; Göbels A. 1999; Henderson P. A. 1910; Hüllen W. 1989; Hüllen W. 1999; Knowlson J. 1975; Land S. K. 1974; Linsky S. S. 1966; Michael I. 1970; Nate R. 1996; Padley G. A. 1985; Salmon V. 1966; Salmon V. 1974; Salmon V. 1975; Salmon V. 1979; Schreyer R. 1996; Shapiro B. 1969; Stimson D. 1931; Subbiondo J. L. 1992; Subbiondo J. L. 1992; Subbiondo J. L. (éd.) 1992; Subbiondo J. L. 1996; Subbiondo J. L. 2009; Verburg P. A. 1968; Vickery B. C. 1953
Rédacteur

Le Prieult, Henri · Verrac, Monique

Création ou mise à jour2000