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Grammar of the English Tongue

Johnson, Samuel

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires anglaises [3615]
Auteur(s)

Johnson, Samuel

Datation: 18 septembre 1709 - 13 décembre 1784

Eminent homme de lettres et lexicographe anglais dont la vie fut abondamment relatée par son ami James Boswell (voir Boswell 1791). Fils d'un libraire de Lichfield, il se fit remarquer dès son enfance par sa précocité, mais souffrit, pendant la majeure partie de son existence, d'une pauvreté qui l'exposa à maintes vexations: elle l'obligea en particulier à interrompre au bout d'un an ses études supérieures entreprises en 1728 à Oxford (Pembroke College) – études dès lors trop courtes pour être sanctionnées par le moindre diplôme – et elle le contraignit, à partir de la mort de son père en 1731, à occuper des postes subalternes de chapelain, maître d'études, précepteur, journaliste ou traducteur. En 1735, son mariage avec une veuve de 20 ans son aînée lui fournit les moyens d'ouvrir une école privée mais cette dernière périclita vite. Dès 1737, il partit à Londres tenter sa chance dans la carrière littéraire et ne tarda pas à s'illustrer dans la poésie, la critique, la polémique, le moralisme, le journalisme (The Rambler, The Idler), le théâtre, la biographie, le roman et la lexicographie. En 1747, il publia le plan d'un dictionnaire qui parut en 1755 et fit aussitôt autorité, mais ne l'enrichit pas pour autant. Cet arbitre des lettres et des arts de son siècle fut tout heureux de recevoir, à partir de 1762, une pension royale qui lui permit de subsister sinon dans l'aisance, du moins sans grand souci matériel jusqu'à la fin de ses jours. (voir DNB, vol. 10, p. 919-935; Boswell 1791).

Titre de l'ouvrage"A Grammar of the English Tongue" in A Dictionary of the English language… to Which are Prefixed A History of the Language, And An English Grammar…
Titre traduit"Grammaire de la langue anglaise" in Dictionnaire de la langue anglaise… lequel est précédé d'une histoire de la langue et une grammaire anglaise…
Titre courtGrammar of the English Tongue
Remarques sur le titre
Période|18e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire annexée à un dictionnaire, à la fois normative et descriptive.
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire normative
Édition originale1755, Londres, W. Strahan.
Édition utilisée6e éd. in-quarto (en préparation à la mort de l'auteur, intégrant ses derniers remaniements), 1785, London, J.F. & C. Rivington, L. Davis, T. Payne & Son [et al.].
VolumétrieIn-4°; [15 pages en 2 col.] 6000 signes par page environ.
Nombre de signes90000
Reproduction moderne
Diffusion5 éditions folio du Dictionnaire parurent à Londres du vivant de l'auteur (2e éd. 1755-1756, 3e éd. 1765, 4e éd. 1773, 5e éd. 1784) auxquelles s'ajoutent 5 éditions in-4° (dont une 4e édition publiée à Dublin en 1775 et Londres en 1777) et 7 éditions in-8° (1re éd. Londres 1756 et Dublin 1758; 2e éd. Londres 1760; 3e éd. Londres 1766 et Dublin 1768; 4e éd. Londres 1770; 5e éd. Londres 1773; 6e éd. Londres 1778; 7e éd. Londres 1783); elles contiennent toutes la grammaire. De nouvelles éditions du Dictionnaire parurent après la mort de l'auteur: on dénombre quatre 11e éditions in-4° à la fin du siècle (Londres 1794, Edimbourg 1797, et Londres 1798 et 1799), une 14e édition in-8° en 1815, et une 11e édition in-folio en 1816. L'ouvrage connut plusieurs remaniements effectués par Johnson lui-même, plusieurs éditions comportant des modifications apportée par d'autres auteurs, plusieurs versions abrégées, des éditions miniatures, des éditions de poche qui parurent en Ecosse, en Irlande, et en Amérique (Boston, New York, Albany, Philadelphia) aussi bien qu'en Angleterre, et ce jusqu'en 1891: on dénombre au total 57 nouvelles éditions au 19e s. Mais la grammaire n'a guère été révisée que dans la 4e édition de 1773 qui comporte quelques additions (Michael 1970, p. 568). Voir aussi Alston, vol. 5, 1966, p. 30-41, n° 177-218, DNB, vol. 10, p. 934 et Reddick 1990.
Langues ciblesAnglais
MétalangueAnglais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvragePrésentation de la grammaire (11 lignes); l'orthographe (4,5 p.): les lettres de la langue anglaise (0,5 p.), les voyelles (1,25 p.), les consonnes (1,75 p.) et l'orthoépie (1 p.); l'étymologie (4,75 p.); la dérivation (3 p.); la syntaxe (jugée négligeable: 15 lignes); la prosodie (2,25 p.): l'orthoépie (0,5 p.) et l'orthométrie (1,5 p.).
Objectif de l'auteurL'objectif initialement affiché par l'auteur dans le plan de son dictionnaire (Johnson 1747) est nettement normatif. Mais il semble évoluer ensuite vers le descriptif: Johnson 1755 ne prétend plus, dans la préface de son dictionnaire, corriger mais enregistrer la langue de son temps (la langue écrite, littéraire considérée comme le modèle à fixer) afin de perfectionner son lecteur, lui faire sentir le "génie de l'anglais". Il est à noter que cette grammaire est précédée d'une "Histoire de la Langue" qui, à partir de documents commentés, retrace l'évolution de l'anglais, présenté comme une langue vivante.
Intérêt généralPremière grammaire authentique conçue comme introduction à un ouvrage de référence. Cette grammaire, qui bénéficie du prestige et de l'autorité du Dictionnaire, est largement et durablement diffusée, et exerce dès lors une influence considérable sur la production grammaticale de son siècle et du siècle suivant. Rousse (1975, p. 11) note que 2 dictionnaires seulement sur les 17 publiés avant 1750 possèdent une introduction grammaticale, proportion qui passe à 20 sur 40 de 1750 à 1800. Johnson est fréquemment cité parmi les grammairiens marquants du siècle, aux côtés de Wallis, Harris, Ash, Priestley ou Lowth. Il associe respect du passé, souci du génie de sa langue, intention descriptive et objectif normatif.
Parties du discoursBien que Johnson n'énumère pas les parties du discours, il semble, à la façon dont il organise son propos, qu'il considère l'article comme une partie du discours indépendante, de même que le substantif et l'adjectif, ce qui suggère une répartition en 9 parties du discours (substantif, adjectif, pronom, article, verbe – lequel inclut le participe –, adverbe, conjonction, préposition et interjection). Cette répartition sera largement reprise par la suite (43 titres): voir Michael 1970, p. 225-226 et 507-508.
Innovations term.Coexistence de termes empruntés à la tradition latine (terms already received) et de termes communs ou empruntés à la description de la réalité extra-linguistique (souvent dans des formulations redondantes correspondant à l'association d'une grammaire accordée à la tradition classique et d'un début de réflexion autonome sur le langage); présence également de termes empruntés à la rhétorique, qui correspondent à l'objectif normatif de cette description.
Corpus illustratifUne langue noble, quelque peu archaïque et latinisée, le type de langue que souhaiterait apparemment fixer Johnson.
Indications compl.Traitement de la syntaxe: il est réduit à sa plus simple expression. Johnson a une vision très limitative de la syntaxe: il la perçoit comme une ensemble de règles concernant exclusivement des phénomènes d'accord. L'anglais faisant peu varier les terminaisons de ses mots, il en déduit que "sa construction ne requiert ni n'admet beaucoup de règles".
Influence subieLe projet global de Johnson s'inscrit dans un courant de pensée apparu vers la fin du 17e s. qui est représenté en particulier par Dryden 1672, Defoe 1697, Addison 1711 et Swift 1712. Comme ces derniers, Johnson cherche à prévenir la corruption de la langue anglaise, par laquelle il entend l'anglais littéraire (voir Reddick 1990, p. 15-16). La grammaire qu'il annexe à son dictionnaire est adaptée à cet objectif par son caractère à la fois descriptif et normatif, et elle est en cela représentative des idées de son époque. Mais elle est aussi en rupture avec cette époque à cause du lourd tribut qu'elle paie au passé: Johnson doit beaucoup à Wallis 1653 qu'il cite abondamment et dont il reprend non seulement l'organisation générale du propos, mais encore des passages entiers, très fidèlement traduits (dans ses propos sur la dérivation en particulier). Il perpétue ainsi des idées propres aux grammaires formelles: il n'accorde par ex. qu'une portion très réduite à la syntaxe, qui au contraire connaît un développement considérable chez ses contemporains (notice Ash 3616; notice Priestley 3617; notice Lowth 3618; notice Ward 3619; notice Fogg 3622; etc.). Sur les conditions dans lesquelles Johnson rédigea cette grammaire, voir Reddick 1990, p. 74-75.
Influence exercéeInégale. L'autorité conférée à cette grammaire par la notoriété acquise par le dictionnaire (Priestley 1761, Lowth 1762, Burn 1766, entre autres, rendent hommage à Johnson) a certainement servi à propager certaines conceptions qui y sont représentées, tant sur le plan de la description que sur le plan de l'usage. Par ex. la division du discours en 9 parties proposée par Johnson, résultat probable d'une conception du discours dérivée de sa lecture de Wallis 1653 (notice 3606), ne se trouve avant la publication du Dictionnaire que dans le manuscrit de Douglas (ca 1720); elle est reprise après lui dans 42 ouvrages de la fin du 18e s. dont les plus influents: Lowth 1762, Coote 1788, Fogg 1792 et 1796 et Murray 1795 (voir Michael 1970, p. 225-226). Et Johnson a sans doute sa part de responsabilité dans la disparition de certaines formes de langage qu'il condamne, par ex. the grammar is now printing, ou encore l'emploi de wrote comme participe passé. Mais son formalisme qui lui cèle, même après la lecture de Lowth, cette découverte majeure de son siècle qu'est l'importance de la syntaxe, lui, ne fait guère école, et en cela Johnson appartient au passé.
Renvois bibliographiques→ Références
Addison J. 1711; Alston R. C. 1966; Johnson D. S. 1747; Michael I. 1970; Reddick A. H. 1990; Rousse J. 1975; Schreyer R. 2009; Sundby B., Bjørge A. K. & Haughland K. E. 1991
Rédacteur

Rousse, Jean · Verrac, Monique

Création ou mise à jour2000