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Grammatica arabica quinque libris methodicè explicata

Erpenius, Thomas

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires arabes [4126]
Auteur(s)

Erpenius, Thomas

Variantes: Thomas van Erpe

Datation: 1584-1624

C’est lors de ses études à l’université de Leyde qu’Erpenius (né le 9 ou le 11 sept. 1584 à Gorinchem, Pays-Bas) commence à s’intéresser aux langues orientales, sous l’impulsion de Joseph-Juste Scaliger (1540-1609), qui possédait un important fonds de manuscrits arabes et avait compilé un premier lexique arabe-latin. Peu après avoir obtenu le grade de Maître ès arts (1608), Erpenius se rend en Grande-Bretagne où il s’initie à l’arabe sous la direction de William Bedwell (1563-1632), puis en France, où il fréquente le théologien protestant Isaac Casaubon (1559-1614), qui lui donne accès à plusieurs fonds de manuscrits. Grâce à celui-ci, il fait la connaissance de Joseph Abudacnus, ou Barbatus (Yūsuf Abū Daqn), un Copte égyptien venu en Europe au début du 17e s., ainsi que d’Aḥmad ibn Qāsim al-Ḥajarī, un Morisque espagnol passé au service du sultan du Maroc. Revenu aux Pays-Bas en 1612, il est nommé en 1613 professeur d’arabe à l’Université de Leyde. Il publie la même année sa Grammatica arabica, commencée lors de son séjour en France. Le reste de sa brève carrière est consacré à l’enseignement ainsi qu’à l’édition de textes; dans ce but, faute d’imprimeurs spécialisés, il installe une imprimerie orientale à son domicile. Il publia notamment un recueil de proverbes rassemblés à l’origine par Scaliger ainsi que les Fables de Loqman (l’équivalent arabe des Fables d’Esope), destinés à servir de textes d’application pour les débutants; ces deux textes sont souvent donnés en appendice à sa Grammaire. La mort prématurée d’Erpenius (à Leyde le 13 novembre 1624) ne lui permit pas de mener à bien son ambitieux programme d’édition; il fut poursuivi par son principal disciple, Jacobus Golius (Jacob Gool, 1586-1667), l’auteur notamment du Lexicon arabico-latinum, le premier dictionnaire d’arabe produit en Occident (Fück 1955, p. 59-72; Vrolijk & van Leeuwen 2014, p. 31-40; Jones 1988, p. 188-194).

Titre de l'ouvrageGrammatica arabica quinque libris methodicè explicata a Thoma Erpenio, Arabicae, Persicae et cet. Linguarum Orientalium in Academia Leidensi Professore.
Titre traduitGrammaire arabe développée méthodiquement en cinq livres par Thomas Erpenius, Professeur d’arabe, de persan et d’autres langues orientales à l’Académie de Leyde.
Titre courtGrammatica arabica quinque libris methodicè explicata
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire pratique de l’arabe, surtout centrée sur l’écriture et la morphologie.
Type indexéGrammaire pratique
Édition originale1613, Leyde, Officina Raphelengiana.
Édition utilisée1636, Leyde, apud Ioannem Maire. Édition revue et corrigée par l’auteur, et suivie des Fables de Loqman et d’un recueil de proverbes.
Volumétrie1 vol in-8°, 172 pages, 900 caractères par page.
Nombre de signes160000
Reproduction moderne
DiffusionTrès nombreuses rééditions durant les 17e et 18e s., et jusqu’en 1829. Elle a été traduite en français en 1844. La Grammaire d’Erpenius est demeurée la grammaire de référence pour l’arabe jusqu’à celle de Sylvestre de Saci et au-delà. Le site Post-Reformation Digital Library rassemble les œuvres numérisées de cet auteur.
Langues ciblesArabe
MétalangueLatin (emploi sporadique du grec)
Langue des exemplesArabe
Sommaire de l'ouvrageLivre I: De l’orthographe. Chap. 1: les lettres: nom et ordre des lettres; leur forme, (long développement sur les divers styles d’écriture et sur les conventions en usage dans les manuscrits; supplément sur l’emploi des caractères syriaques et hébraïques pour noter l’arabe); leur prononciation (règles d’assimilation des sonantes) et leur valeur numérique (p. 1-13). Chap. 2: classement des lettres (points d’articulation; fortes / faibles; radicales / serviles; contraintes de cooccurrence (13-16). Chap. 3: les voyelles (16-18). Chap. 4: la syllabe (marque d’absence de voyelle et marque de gémination, 18-22). Chap. 5: autres signes annexes: hamza, waṣla et madda; l’accent tonique (22-26). Appendice au livre I: les règles de permutation des lettres « faibles » alif, wāw et yāˀ (27-36).
Livre II. Du verbe. Chap. 1. Généralités: qualité (régulier/irrégulier), conjugaison (formes dérivées), temps (formes du verbe, effet des auxiliaires et des particules préverbales), nombre, personne, genre. (37-47). Chap. 2. Conjugaison des verbes triconsonantiques (47-59). Chap. 3. Les quadriconsonantiques et les formes dérivées II à IV (60-62). Chap. 4. Autres formes dérivées (62-65). Chap. 5. Verbes « sourds » (65-72). Chap. 6. Verbes « hamzés » (72-75). Verbes à première radicale faible (i.e. /w/ ou /y/) (75-77). Chap. 7. Verbes à deuxième radicale faible (78-88). Chap. 9. Verbes à troisième radicale faible (88-97). Chap. 10. Verbes doublement faibles (97-103).
Livre III. Du nom. Chap. 1. Espèce: primitifs et dérivés (104-114). Chap. 2. Forme: nue et augmentée (114-115). Chap. 3. Genre (115-117). Chap. 4. Motion: formation du féminin (117-119). Chap. 6. Nombre: formation du duel et des pluriels interne et externe (119-135). Chap. 7. Cas: marquage et emploi (135-143). Chap. 8. Déclinaison: tableaux (143-144). Chap. 9. Formation du comparatif (144-145). Chap. 10. Noms de nombre (145-147). Chap. 11. Les pronoms (145-152).
Livre IV. Des particules. Chap. 1. Les particules clitiques, par ordre alphabétique (153-156). Chap. 2. Les particules séparées (156-162).
Livre V. De la syntaxe. Chap. 1. Syntaxe des noms: règles d’accord (163-166). Chap. 2. Syntaxe des verbes: règles diverses (166-169). Chap. 3. Syntaxe des particules (169-171).
Objectif de l'auteurLes objectifs de l’auteur ne sont pas explicitement définis dans l’ouvrage. Toutefois, dans un discours intitulé De l’excellence et de la dignité de la langue arabe (De linguae arabicae praestantia et dignitate), prononcé en 1613, Erpenius souligne l’importance de la langue arabe: 1) comme moyen de communication avec le monde musulman; 2) comme voie d’accès à un vaste corpus de textes scientifiques et littéraires; 3) comme moyen d’approfondir la connaissance des langues sémitiques; 4) pour l’activité missionnaire, auprès des musulmans mais aussi des chrétiens d’Orient, dans un contexte de rivalité avec l’Eglise romaine (Vrolijk & van Leeuwen 2014, p. 33).
Intérêt généralPremière grammaire de l’arabe classique digne de ce nom publiée en Europe, la Grammatica arabica reflète une synthèse particulièrement efficace entre l’apport de la tradition arabe et le modèle des grammaires latines (Jones 1988, p. 197-205). Essentiellement destinée aux débutants, elle se caractérise par une grande efficacité pédagogique. On a fréquemment souligné le traitement sommaire réservé à la syntaxe; reste que la phonographématique et la morphologie sont incontestablement la partie la plus utile de la grammaire arabe pour les commençants.
Parties du discoursErpenius semble s’être inspiré, dans le plan de son ouvrage, de la tripartition nom / verbe / particule de la tradition arabe. Les autres parties du discours reconnues par la tradition gréco-latine sont «ventilées» parmi ces trois catégories: les pronoms avec les noms, ainsi que l’article (invariable en arabe, il est compté comme une particule), les participes avec le verbe, les adverbes avec les particules etc.
Innovations term.Erpenius a manifestement choisi d’utiliser autant que possible la terminologie latine traditionnelle, familière à ses lecteurs, fût-ce au prix de quelques approximations mineures. Le livre I fait toutefois exception, dans la mesure où il n’existe évidemment pas d’équivalent latin au nom des lettres arabes et des signes annexes.
Corpus illustratifExemples fabriqués, souvent mais pas toujours repris aux grammaires arabes; quelques citations coraniques (non spécifiées comme telles).
Indications compl.
Influence subieBien qu’Erpenius ne cite guère ses sources, on peut mentionner d’une part un certain nombre des grammaires arabes, pour la plupart d’époque tardive telles que la Muqaddima Ājurrūmiyya d’Ibn Ājurrūm (mort en 1323) ou la Alfiyya d’Ibn Mālik (m. en 1287), et d’autre part les travaux de ses prédécesseurs, comme la Grammatica arabica de Guillaume Postel (Paris, n. d.), qu’il améliore considérablement.
Influence exercéeLa Grammatica arabica, qui a connu d’innombrables rééditions et traductions en langues européennes jusqu’au 19e s., a exercé une influence considérable sur les grammaires arabisantes jusqu’à celle de Silvestre de Sacy, voire au-delà.
Renvois bibliographiques→ Références
Fück J. 1955 {p. 59-72}; Hofman H. F. & Noordegraaf J. 2009; Jones J. R. 1988 {p. 187-212}; Vrolijk A. & Van Leeuwen R. 2014 {p. 31-40}
Rédacteur

Guillaume, Jean-Patrick

Création ou mise à jour2018-12