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Kitāb faṣīḥ luġat

Se‘adyāh Gā’ōn

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4201]
Auteur(s)

Se‘adyāh Gā’ōn

Variantes: Sĕ‘adyāh ben Yōsēf Fayyūmī

Datation: 882-942

Philosophe, poète, exégète, grammairien de l'hébreu et premier traducteur de la Bible en arabe. Né dans la région du Fayyūm (Haute Egypte), il est nommé en 928 chef de l'Académie de Sūrā (Babylonie). Son œuvre philosophique a profondément influencé la pensée juive. Ecrivain prolifique, adversaire résolu des Qaraïtes, il est notamment l'auteur du premier dictionnaire hébreu (Sēfer ha-’Egrōn), à l'usage des poètes, et d'un traité sur les hapax bibliques. Il est le premier à avoir fait de la grammaire hébraïque une discipline indépendante de la pure conservation du texte biblique.

Titre de l'ouvrageKitāb faṣīḥ luġat al-‘ibraniyyīn
Titre traduitLe livre de la pureté de la langue des Hébreux
Titre courtKitāb faṣīḥ luġat
Remarques sur le titreLe titre complet (Kitāb faṣīḥ luġat al-‘ibraniyyīn) figure au 5e chap. Dans son commentaire du Sēfer Yĕṣīrāh Sĕ‘adyāh nomme l'ouvrage Kutub al-luġa [Livres de la langue]; ce titre est utilisé par la majorité des auteurs anciens et modernes.
Période|10e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire descriptive et normative de l'hébreu (morphologie et phonologie).
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire normative
Édition originaleComposée dans le premier tiers du 10e s., vraisemblablement entre 915 et 921, durant le séjour de Sĕ‘adyāh à Tibériade.
Édition utiliséeL'édition critique d'A. Dotan (2 vol.), première éd. intégrale de ce qui subsiste de la grammaire (8 chap. incomplets sur 12). 1997, Jérusalem, World Union of Jewish Studies.
VolumétrieIn-8°, vol. 1 (Introduction): [10] + 305 + [3] pages, vol. 2 (Texte arabe en caractères hébraïques et trad. en hébreu): [2] + 354 + [1] p., table des matières en anglais à la fin de chaque vol. Pour la grammaire proprement dite (texte arabe, sans les variantes): 109 p., 1 000 signes env. par page.
Nombre de signes109000
Reproduction moderne
DiffusionA ce jour, il n'existe aucun manuscrit intégral de la grammaire. Le plus complet est celui de St-Pétersbourg (7 chap.); on trouve quelques manuscrits fragmentaires dans les bibliothèques d'Oxford et de Cambridge. Un abrégé en arabe (fin du 10e s.) a été découvert dans la Geniza du Caire. L'histoire institutionnelle de l'ouvrage est curieuse. Peu de temps après sa rédaction, il a complètement disparu: c'est ainsi que Bacher en a donné une description fondée exclusivement sur des citations de Sĕ‘adyāh lui-même, de ses détracteurs et de ses défenseurs – dont aucun, à part deux contemporains de l'auteur, n'a vu le texte. En 1898, des fragments manuscrits découverts par A. Harkavy à St-Pétersbourg firent l'objet d'une publication incomplète qui, malgré son importance pour l'histoire de la grammaire hébraïque, resta ignorée des spécialistes. En 1932, S. Skoss "redécouvrit" le manuscrit et en publia quelques extraits (avec une traduction anglaise). Le texte intégral a finalement paru en 1997.
Langues ciblesHébreu
MétalangueArabe (en caractères hébraïques)
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageChapitre 1: les lettres [seules subsistent quelques lignes sur les gutturales et les dentales]. Chap. 2 [170 l.]: augmentation (at-tafẖīm) et contraction (al-iẖtiṣār), étude des modifications morpho-phonologiques (ajouts ou élisions de consonnes) subies par la forme de base (aṣl). Chap. 3: la flexion (at-taṣrīf): règles pratiques pour former les participes et les inaccomplis à partir de l'accompli [62 l.], définition des parties du discours, liste de morphèmes [64 l.]. Etude des différents types de transformation morphologique: flexion des prépositions, des noms, formes du verbe avec suffixes [165 l.]. Tableau de conjugaison bilingue (hébreu et arabe) du verbe "entendre" [295 l.]. Chap. 4 [225 l.]: dāgeš et rāfeh [le dāgeš marque la prononciation occlusive ou le redoublement d'une consonne, le rāfeh est l'absence de dāgeš]. Chap. 5 [280 l.]: les voyelles (al-nağam), types de syllabe, position des voyelles dans la bouche, combinaisons à l'intérieur du mot, mutations entraînées par les processus morphologiques. Chap. 6 [180 l.]: le šĕwā’, règles de prononciation, transformation d'une voyelle pleine en šĕwā’. Chap. 7 [725 l.]: Non-gutturales et gutturales, 42 règles de vocalisation pour les consonnes constituant des morphèmes grammaticaux. Chap 8 [100 l]: 8 règles pour la vocalisation des gutturales.
Objectif de l'auteurLa préface est perdue, mais Sĕ‘adyāh explique ailleurs que sa visée est à la fois didactique et normative. Il veut décrire la structure de la langue, les mécanismes de sa productivité morphologique, mais aussi fixer les principes d'une langue "pure" (ar. fasāḥa, hébr. ṣaḥoṯ), i.e. claire, précise, élégante, correcte.
Intérêt généralC'est l'acte de naissance de la grammaire hébraïque. Sĕ‘adyāh est le premier à soumettre l'hébreu à une réflexion métalinguistique systématique, et en fournir un ensemble de règles grammaticales; ce faisant il fonde la grammaire hébraïque comme discipline.
Parties du discoursConforme à la tradition arabe: nom (ism), verbe (kalima), particule (ḥarf).
Innovations term.La terminologie de Sĕ‘adyāh se caractérise par sa souplesse (une même notion représentée par plusieurs termes, un même terme employé pour des notions différentes). Tantôt il est fidèle aux termes de la tradition grammaticale arabe, tantôt il leur en préfère d'autres, ex. al-atī, "futur", à côté de mustaqbal; maṯbūt, "déterminé", à côté de ma‘rūf. Il semble soucieux d'éviter la terminologie qaraïte. Pour les termes propres à l'hébreu, il est tributaire de la tradition massorétique, mais propose aussi des innovations, ex. ğazm (litt. "apocope") pour désigner occasionnellement le šĕwā’. Il emprunte aussi à la logique arabe: sa principale innovation est l'utilisation du couple mawḏū‘ / maḥmūl (sujet / prédicat) pour désigner les formes contextuelles et pausales de la Bible.
Corpus illustratifBiblique. Seuls 3 ou 4 ex. sont puisés à des textes post-bibliques.
Indications compl.Intérêt pédagogique: la nouveauté absolue, tant pour la tradition arabe qu'hébraïque, des paradigmes du chap. 3. Le tableau de conjugaison arabe n'est pas une traduction de l'hébreu, il s'agit d'une véritable mise en parallèle des deux systèmes. D'autre part, le souci de clarté, de méthode, d'utilité pratique, est constant, par ex. dans l'exposé sur la formation des participes et des inaccomplis, rédigé à la demande d'un étudiant.
Théorie du langage: dans sa conception de l'origine et de la nature du langage, Sĕ‘adyāh mêle tradition aristotélicienne, pensée musulmane (mu'tazilite) et enseignement biblique. Dieu a donné à l'homme la capacité de s'exprimer (le langage, kalām), mais les langues (luġa) sont arbitraires. Initialement fixée par un "instaurateur de la langue", qui n'est pas Dieu mais Adam, la langue est adoptée par convention et maintenue par tradition.
Comparaison et universalisme: fréquentes références à l'arabe et à l'araméen. Les introductions aux divers chap. contiennent aussi des réflexions théoriques générales applicables à d'autres langues que l'hébreu (par ex., le développement sur la syllabe).
Influence subieSĕ‘adyāh ne cite aucune source. Il connaît parfaitement et utilise abondamment les conceptions linguistiques et philosophiques arabes; sa relation avec la tradition grammaticale arabe (l'école de Basra) est un mélange équilibré de fidélité et d'indépendance. Pour les questions propres à l'hébreu, Sĕ‘adyāh se fonde sur des sources juives: là encore, il sait être fidèle à sa source (le classement des consonnes selon le point d'articulation, emprunté au Sēfer Yĕṣīrāh) ou adopter une démarche novatrice. Ainsi, concernant la vocalisation, Sĕ‘adyāh se fonde sur les principes de l'école de Tibériade (bien qu'il ne cite pas l'ouvrage de son contemporain Aharōn ben ’Ašer, il est clair qu'il a fréquenté les cercles massorétiques), mais parvient à systématiser des remarques jusque-là fragmentaires et dispersées.
Influence exercéeInfluence exercée: l'influence directe est très restreinte. L'ouvrage a disparu peu de temps après sa rédaction et les successeurs ne le connaissent que par le biais de citations, notamment les critiques d'Adonya (peut-être à identifier avec Dūnaš ben Labrāṭ). Sa terminologie ne se retrouve pas chez les grammairiens de l'école espagnole: selon Ibn Ğanāḥ, la grammaire n'est jamais parvenue jusqu'à l'Espagne. Ibn ‘Ezrā défend Sĕ‘adyāh, qu'il déclare "précurseur en tout domaine", contre les critiques d'Adonya / Dūnaš, mais ne lui emprunte aucun terme. Il se peut que cet état de choses soit lié aux habitudes "éditoriales" de l'auteur, qui diffusait volontiers des chap. séparés de ses ouvrages, et les remaniait après les avoir diffusés. Cette hypothèse (Dotan 1997, p. 75) expliquerait pourquoi les contemporains n'ont pas perçu le livre comme un tout et pourquoi il n'a pas été traduit. Certains grammairiens qaraïtes ont été influencés par Sĕ‘adyāh.
Renvois bibliographiques→ Références
Bacher W. 1895; Dotan A. 1995; Goldenberg E. 1979; Kouloughli D. E. 1989; Roth C. & Wigoder G. (éd.) 1971 {vol. 14, col. 543-555, et vol. 16, col. 1367-1369}; Skoss S. L. 1942; Skoss S. L. 1951; Skoss S. L. 1955; Van Bekkum W. J. 2009
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2000