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Kitāb al-‘af‘āl

Ḥayyūğ, Yĕhūdāh ben Dāwid

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4202]
Auteur(s)

Ḥayyūğ, Yĕhūdāh ben Dāwid

Datation: ca 950 - ca 1000

Grammairien de l'hébreu. Né à Fez (Maroc), il se nomme en arabe Abū Zakariyyā Yaḥyā Ibn Dāwud. Le nom de Ḥayyūğ provient sans doute d'une forme hispanisée de l'arabe Yaḥyā, avec une terminaison espagnole -ugo (latin -gius). Installé à Cordoue vers 960, il y demeura jusqu'à sa mort. La plupart des spécialistes sont aujourd'hui d'accord pour considérer que Ḥayyūğ ne fait qu'un avec Yĕhūdāh ben Dāwid, disciple de Mĕnaḥem ben Sarūq qui prit parti pour ce dernier dans la controverse avec les élèves de Dūnaš ben Labrāṭ. Ḥayyūğ est l'auteur de quatre traités grammaticaux, dont l'un est perdu.

Titre de l'ouvrageKitāb al-‘af‘āl ḏawāt ḥurūf al-līn. Kitāb al-‘af‘āl ḏawāt al-miṯlayn
Titre traduitTraité des verbes contenant des lettres faibles. Traité des verbes contenant des lettres identiques
Titre courtKitāb al-‘af‘āl
Remarques sur le titre
Période|10e s.|
Type de l'ouvrageDeux traités de morphologie, décrivant et expliquant les formes verbales "irrégulières" de l'hébreu biblique
Type indexéTraité de morphologie
Édition originaleComposés vers la fin du 10e s. Première (et unique) éd. imprimée, 1897, Leyde, M. Jastrow.
Édition utiliséeÉd. critique M. Jastrow, The weak and geminative verbs in Hebrew, by (…) Hayyûg, the Arabic text now published for the first time, 1897, Leyde, E. J. Brill.
VolumétrieIn-8°, LXXXV pages (préface et apparat critique en anglais) + 271 p. (texte arabe, paginé de droite à gauche), env. 940 signes par page. (texte en caractères arabes, exemples en car. hébreux, références bibliques en car. latins).
Nombre de signes250000
Reproduction moderne
DiffusionDeux manuscrits complets du texte arabe (en caractères hébreux), plus fragments. Les deux traités ont été traduits en hébreu, d'abord au 11e s. par Mošeh Ibn Ğiqaṭilla (5 mss. complets + fragments) puis au 12e s. par Avrāhām Ibn ‘Ezrā (8 mss.). La traduction d'Ibn Ğiqaṭilla comporte de très nombreuses additions; celle d'Ibn ‘Ezrā est beaucoup plus littérale; peut-être ont-ils travaillé à partir de versions arabes différentes. Éd. imprimée de la traduction d'Ibn Ğiqaṭilla: J. W. Nutt, 1870, Londres et Berlin, Asher and co. Elle comporte une traduction en anglais. Éd. imprimée de la traduction Ibn ‘Ezrā: L. Dukes, à partir d'un ms. incomplet de la bibliothèque de Munich, Ewald H. & Dukes L., Beiträge zur Geschichte der ältesten Auslegung und Spracherklärung des Alten Testaments, vol. 3, 1844, Stuttgart.
Langues ciblesHébreu (biblique)
MétalangueArabe
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageTraité des verbes contenant des lettres faibles. Introduction: erreurs des précédents grammairiens concernant l'identification des racines et plan de l'ouvrage (p. 1-4). Première partie: (a) Notions préliminaires de phonétique hébraïque. Les sept voyelles; fonction et prononciation du šĕwā’; les consonnes faibles et de prolongation (’ālef, wāw, yōd); comportement de ces consonnes lorsqu'elles sont quiescentes [= non suivies de voyelles]; quiescent en fin de mot; modifications touchant les consonnes faibles dans la prononciation et/ou la graphie (p. 5-20). (b) Trilittéralité de la racine hébraïque (p. 21). Verbes à 1re radicale faible: traits généraux (p. 22-24), liste alphabétique des racines commençant par ’ālef (p. 24-36) et par yōd (p. 36-66). Deuxième partie: verbes à 2e radicale faible. Traits généraux (p. 66-77), liste alphabétique des racines (p. 77-131). Troisième partie: verbes à 3e radicale faible. Traits généraux (p. 131-147), liste alphabétique des racines (p. 147-219).
Traité des verbes contenant des lettres identiques. Exemples de racines géminées [= dont les deux dernières consonnes sont identiques]. Leur comportement dans les différents schèmes verbaux (p. 220-235). Liste alphabétique de ces racines (p. 235-271).
Objectif de l'auteurD'une part, expliquer le comportement des consonnes faibles en hébreu biblique; d'autre part, montrer que la conjugaison des verbes à 2e et 3e radicales identiques obéit à des règles morphologiques précises; ce faisant, rectifier les erreurs de ses prédécesseurs sur la structure de la racine hébraïque.
Intérêt généralAppliquant à l'hébreu la terminologie et les méthodes mises au point par les grammairiens de l'arabe, ḤayyūÝ démontre la trilittéralité des racines hébraïques qui, parce qu'elles comportent des consonnes faibles, ont été considérées par ses prédécesseurs comme bi- et parfois monoconsonantiques.
Parties du discoursNulle part il n'est fait allusion à la distinction classique en arabe des trois parties du discours. Seuls apparaissent les termes fi‘l ("verbe") et ism ("nom").
Innovations term.Les termes techniques de ḤayyūÝ sont empruntés à la tradition grammaticale arabe; c'est leur application à la morphologie de l'hébreu qui constitue une nouveauté. En revanche, les équivalents hébraïques proposés par les traducteurs (en particulier Ibn ‘Ezrā, qui les réutilise dans ses propres écrits) constituent des innovations importantes. Ainsi, le mot qui aujourd'hui encore désigne la voyelle, tĕnū‘ā, est une trad. littérale de l'arabe ḥaraka ("mouvement", car la voyelle "meut" la consonne).
Corpus illustratifBiblique. Ḥayyūğ part des formes irrégulières attestées dans la Bible et les explique systématiquement.
Indications compl.Transfert de théorie: Ḥayyūý applique à l'hébreu les notions phonétiques empruntées aux grammairiens arabes. Il classe les consonnes en "mobiles" (suivies d'une voyelle) et "quiescentes" (non suivies d'une voyelle); grâce à une analyse approfondie des "quiescentes latentes" (ar. as-sākin al-layyin, hébr. hannāḥ hanne‘elām), il montre que, même si des accidents phonétiques tels que l'élision, l'assimilation, la permutation, empêchent les consonnes faibles d'être réalisées dans certaines formes verbales, elles n'en sont pas moins présentes dans la forme théorique de base (ar. aæl, hébr. šōreš ou ‘iqār). C'est dans cette analyse du comportement des consonnes faibles de l'hébreu que réside l'originalité de Ḥayyūý. En effet, les différences entre la morphologie et les habitudes graphiques des deux langues sont telles qu'une application purement mécanique et superficielle des théories grammaticales arabes à l'hébreu n'aurait pu lui permettre de démontrer la trilittéralité de la racine hébraïque.
Influence subieDisciple de Mĕnaḥem ben Sarūq, il lui fallut se dégager de cette influence, puisque Mĕnaḥem envisageait des racines d'une ou deux lettres; sans le citer directement (il ne mentionne de toute façon aucune source), Ḥayyūğ critique cette théorie au début de son ouvrage. Il est par ailleurs l'héritier des grammairiens arabes, notamment Sibawayhi. Pour les notions propres à la langue hébraïque, il utilise certains termes de la tradition massorétique, mais pas tous (on trouve chez lui šĕwā’, mais non dāgeš et rāfeh).
Influence exercéeTrès importante, d'abord parce que les travaux de Ḥayyūğ servent de base à ceux d'Ibn Ğanāḥ, dont l'œuvre sera décisive pour la grammaire hébraïque (une ardente polémique opposera d'ailleurs Ibn Ğanāḥ, qui critique certaines erreurs et omissions de Ḥayyūğ, à Šĕmu’el ha-Nāgid, qui prend sa défense); ensuite, par le biais des deux traductions citées. Ce sont elles, et non l'original arabe, qui influencent la tradition grammaticale hébraïque postérieure. Avrāhām Ibn ‘Ezrā appelle Ḥayyūğ "le chef des grammairiens" et le cite abondamment. Šĕlomo Parḥon (12e s.) diffuse son enseignement grâce à ses traductions, Yōsēf et Dāwid Qimḥī lui empruntent beaucoup: comme le dernier a servi de modèle aux grammairiens chrétiens de l'hébreu, Ḥayyūğ est encore cité (de seconde main) dans les ouvrages de la Renaissance. Ainsi, les ex. qu'il donne dans le chapitre sur le šĕwā’ sont repris sans changement par Ibn ‘Ezrā (1140), D. Qimḥī (début 13e s.) et S. Pagninus (1528).
Renvois bibliographiques→ Références
Bacher W. 1882; Bacher W. 1892 {p. 161-169}; Eldar I. 1990; Goldenberg G.'on 1980; Kouloughli D. E. 1989; Poznanski S. 1925; Prijs L. 1950; Roth C. & Wigoder G. (éd.) 1971 {vol. 16, col. 1356-1357, 1369-1370}; Valle Rodríguez C. del 1977 {p. 255-259}; Van Bekkum W. J. 2009
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2000