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Sēfer Zikkārōn

Qimḥī, Yōsēf ben Yiṣḥaq

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4205]
Auteur(s)

Qimḥī, Yōsēf ben Yiṣḥaq

Datation: ca 1105 - ca 1170

Grammairien de l'hébreu, exégète, polémiste. Il est également connu sous le nom de Maître Petit. Né en Espagne, il quitta sa patrie vers 1140 en raison des persécutions almohades et s'installa à Narbonne. Il est le père des grammairiens Mōšeh et Dāwid Qimḥī. Il laisse deux œuvres grammaticales, rédigées en hébreu: le Sēfer Zikkārōn et le Sēfer haGālūy.

Titre de l'ouvrageSēfer Zikkārōn
Titre traduitLivre de souvenir
Titre courtSēfer Zikkārōn
Remarques sur le titreL'expression Sēfer Zikkārōn figure dans Malachie 3, 16: "Devant l'Eternel fut écrit un mémoire (litt. "livre de souvenir") concernant ceux qui le craignent".
Période|12e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire descriptive et didactique de l'hébreu biblique (phonétique et morphologie).
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire didactique | Traité de morphologie | Traité de phonétique
Édition originaleComposée au début du 12e s. Première édition: 1888, Berlin, W. Bacher, sous le titre Sepher Sikkaron, Grammatik der hebräischen Sprache von R. Joseph Kimchi.
Édition utiliséeL'édition princeps.
VolumétrieIn-8°, XVI + 75 pages La grammaire proprement dite occupe les pages 1-69. Env. 1 550 signes par page.
Nombre de signes53000
Reproduction moderne
DiffusionAu moins trois manuscrits complets. Pas d'autre édition que la princeps.
Langues ciblesHébreu (biblique)
MétalangueHébreu (médiéval)
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvragePremière partie: phonologie. Les consonnes hébraïques et leurs points d'articulation (p. 1-2). Distinction entre les "lettres serviles" [11 consonnes pouvant fonctionner comme constituants morphologiques divers: marque de schèmes, suffixes personnels, prépositions] et les "lettres radicales" [les autres consonnes]; fonction des consonnes serviles (p. 3-13). Catégories grammaticales du verbe (p. 14). Assimilation des consonnes (p. 15-17). Les dix voyelles (cinq longues et cinq brèves); influence de l'accent tonique sur la prononciation des voyelles. Règles de prononciation du šĕwā’ (p. 17-19). Les trois parties du discours (p. 19-20). Schèmes nominaux, modifications phonétiques entraînées par la variation morphologique, noms de nombres (p. 20-30). Seconde partie: morphologie verbale. Classification des racines. Schèmes verbaux (qal, pi‘ēl, hif‘īl, nif‘al, hiṯpa‘ēl, pu‘al, hŏf‘al, pō‘el), pour le verbe entier et les différents types de racine (p. 30-69).
Objectif de l'auteurAider le lecteur à mémoriser les règles de grammaire les plus importantes, notamment celles qui concernent la prononciation (accent tonique, vocalisation), car une prononciation exacte est indispensable à la récitation correcte des textes liturgiques.
Intérêt généralCet ouvrage relativement bref, qui ressemble au Sēfer Ṣaḥōṯ d'Ibn ‘Ezrā, a comme ce dernier permis la diffusion dans les communautés d'Europe, non arabophones, des doctrines grammaticales de Ḥayyūğ et Ibn Ğanāḥ. Mais son intérêt réside essentiellement dans sa présentation du système vocalique de l'hébreu, radicalement différente de celle adoptée par les grammairiens antérieurs. Ceux-ci classaient les signes vocaliques du système de Tibériade en sept "rois" et un "serviteur", le šĕwā’. En combinant les sept signes massorétiques et les voyelles notées au moyen de consonnes (les "mères de lecture"), Yōsēf Qimḥī obtient dix voyelles de timbre a, e, i, o, u réparties en cinq brèves et cinq longues. Les historiens de la grammaire hébraïque estiment que cette structure symétrique a pu lui être inspirée par le provençal, le latin, ou l'arabe. Presque universellement adoptée par ses successeurs, elle est encore en usage aujourd'hui dans de nombreuses grammaires élémentaires; ce n'est qu'à partir du 19e s. qu'elle a été critiquée comme une reconstruction erronée du système de Tibériade.
Parties du discoursTraitement traditionnel (nom, verbe, particule). Yōsēf Qimḥī distingue trois catégories de noms: ceux qui désignent des réalités perceptibles (ex.: "homme, vêtement"), imperceptibles ("sagesse, vent"), négatives ("mort, obscurité").
Innovations term.La terminologie est en partie traduite de l'arabe. Noter l'emploi de millōṯ haddeveq ("mots de jonction") pour les particules, et la répartition des voyelles en tĕnū‘ōṯ gĕḏōlōṯ ("grandes voyelles") et tĕnū‘ōṯ qĕṭānōṯ ("petites voyelles"), c'est-à-dire en longues et brèves.
Corpus illustratifMajoritairement biblique; quelques exemples tirés du Talmud.
Indications compl.Intérêt pédagogique: dépourvu d'ambitions théoriques, l'ouvrage est avant tout orienté vers l'apprentissage et la mémorisation. Ainsi, l'auteur suggère de nommer les labiales ’ōṯiyyōṯ haššĕrīqā: ce terme, qu'Ibn ‘Ezrā emploie exclusivement pour les sifflantes (šāraq = "siffler"), permet de rappeler que les labiales entraînent une dissimilation de la conjonction we- en u- (cette voyelle porte dans la terminologie traditionnelle le nom de šuruq, la position des lèvres étant la même que pour émettre un sifflement). Nombreux sont les simānīm (acronymes mnémotechniques: on dispose les initiales des éléments étudiés de manière à former un mot existant dans la langue). Yōsēf Qimḥī est par ailleurs attentif aux graphies qui peuvent dérouter le lecteur (consonnes écrites et non prononcées, scriptio defectiva).
Influence subiePrincipalement, celle de Ḥayyūğ et Ibn Ğanāḥ; Yōsēf Qimḥī cite également Mĕnaḥem ben Sarūq (dont il commente par ailleurs les enseignements dans son autre grammaire, le Sēfer haGālūy) et Šĕmu’el haNāgid. Ses biographes évoquent la possibilité d'un contact direct avec ’Avrāhām Ibn ‘Ezrā, qui a quitté l'Espagne à peu près au même moment; si rien ne permet de confirmer cette hypothèse, il est cependant certain que l'œuvre d'Ibn ‘Ezrā a influencé Qimḥī, qui mentionne une fois le Sēfer Ṣaḥōṯ.
Influence exercéeComme Ibn ‘Ezrā, Yōsēf Qimḥī a fait passer dans le sud de la France (et donc rendu accessible aux communautés d'Europe centrale et orientale) les doctrines grammaticales, écrites en arabe, des juifs d'Espagne. Son influence s'est exercée en premier lieu sur ses deux fils, Mōšeh et Dāwid, qui furent ses disciples, et c'est par leur intermédiaire que se sont répandues ses théories. Sa présentation du système vocalique en cinq longues et cinq brèves constitue son apport majeur: on la trouve aujourd'hui encore dans de nombreuses grammaires hébraïques. En marge de l'enseignement grammatical proprement dit, la question de savoir si les Massorètes de Tibériade ont voulu noter des quantités vocaliques en plus des timbres est aujourd'hui encore discutée par les spécialistes sur la base du Sēfer Zikkārōn.
Renvois bibliographiques→ Références
Bacher W. 1892 {p. 191-197}; Blüth E. 1891; Eppenstein S. 1897; Hirschfeld H. 1926 {p. 78-82}; Roth C. & Wigoder G. (éd.) 1971 {vol. 16, col. 1372}; Van Bekkum W. J. 2009
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2000