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Sēfer Miḵlōl

Qimḥī, Dāwid ben Yōsēf

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4207]
Auteur(s)

Qimḥī, Dāwid ben Yōsēf

Datation: ca 1160 - ca 1235

Grammairien et lexicographe de l'hébreu, exégète, polémiste. Egalement désigné par l'acronyme RaDaQ. Fils du grammairien Yōsēf Qimḥī, que les persécutions almohades avaient contraint à quitter l'Espagne pour la Provence, et frère cadet de Mōšeh Qimḥī dont il fut aussi le disciple, il vécut à Narbonne. Lors de la controverse autour du Guide des Egarés, dont certains rabbins voulaient interdire l'étude sous peine d'excommunication, il se rangea du côté des partisans de Maïmonide et se rendit en Espagne (1232) pour tenter, sans grand succès, de gagner rabbins et érudits à la cause rationaliste. Outre son œuvre grammaticale et lexicographique, il laisse d'importants commentaires bibliques dont certains contestent ouvertement les interprétations chrétiennes.

Titre de l'ouvrageSēfer Miḵlōl
Titre traduitLe livre de la Somme
Titre courtSēfer Miḵlōl
Remarques sur le titreLe titre est en réalité celui de l'ensemble de l'ouvrage qui, comme celui d'Ibn Ğanāḥ, comporte une grammaire (ḥeleq haddiqdūq) et un dictionnaire (ḥeleq ha-‘inyān). Ce dernier a été souvent publié à part, dès la fin du 15e s., sous le titre Sēfer haššorāšīm [Livre des racines] et la grammaire a alors été désignée par le titre de l'ensemble: Miḵlōl. Ce terme, qui apparaît dans la Bible (Ezéchiel) avec le sens de "perfection", est ainsi justifié par l'auteur: "je nomme ce livre Miḵlōl [perfection, complétude, somme] car j'ai voulu liḵlōl [inclure l'intégralité de] la grammaire et du lexique de l'hébreu sous une forme abrégée".
Période|13e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire descriptive et didactique (essentiellement morphologique) de l'hébreu biblique.
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire didactique | Traité de morphologie
Édition originaleComposée au début du 13e s. Première édition complète (grammaire + dictionnaire): Constantinople 1532 (Soncino).
Édition utiliséeL'édition d'Isaac Rittenberg, 1864, Lyck.
VolumétrieIn-8°, XII pages + 195 f. + 8 f. (annotations de l'éd.). Environ 1 300 signes par page.
Nombre de signes500000
Reproduction moderne
DiffusionAu moins onze manuscrits. Editions en hébreu: 1532-34, Constantinople, Soncino; avec les commentaires de Lévita, 1545, Venise, Daniel Bomberg; 1793, Fürth; 1864, Lyck. En 1526, le Miḵlōl traduit en latin et adapté par Sanctes Pagninus paraît à Lyon sous le titre Hebraicarum Institutionum Libri IIII (1526, A. Du Ry); l'édition de 1549 (R. Estienne) précisera "ex R. D. Kimchi priore parte […] fere transcripti". Un abrégé de cette traduction connaîtra plusieurs rééditions au cours du 16e s. En 1540, des extraits bilingues (hébreu / latin) sont publiés par le lecteur royal A. Guidacerius. En 1952, W. Chomsky publie une version anglaise du Miḵlōl, en réorganisant "selon la grammaire moderne" la matière parfois touffue de l'original: David Kimhi's Hebrew Grammar, systematically presented and critically annotated, New York, Dropsie College.
Langues ciblesHébreu (biblique)
MétalangueHébreu (médiéval)
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageIntroduction (f. 1): annonce du plan de la grammaire selon les trois parties du discours (verbe, nom, particule). Premier chapitre: le verbe. (a) Etude de la forme de base (qal); présentation des 32 formes qui composent sa conjugaison; verbes transitifs et intransitifs (2r-21v); liste des autres schèmes verbaux (nif‘al, pi‘ēl, pu‘al, hif‘īl, hŏf‘al, pō‘el, hiṯpa‘ēl); paradigme du verbe pāqaḏ ("visiter") avec affixes (22r-37r); étude des lettres serviles du point de vue morphologique, sémantique et syntaxique (37r-54r). (b) Conjugaison des schèmes verbaux autres que le qal pour le verbe entier (54r-70v); conjugaison des huit schèmes verbaux (binyānīm) pour les différents types de racines (à consonnes faibles, géminées) (71r-135v). Second chapitre: le nom. (a) Les dix voyelles de l'hébreu selon la vocalisation massorétique; la prononciation du šĕwā’ (136r-140v). (b) Présentation raisonnée des schèmes nominaux (schèmes vocaliques, à suffixe, à préfixe); schèmes allomorphes (lorsque la racine comporte une ou des consonnes faibles); noms quadri- et quinquilittères; noms de nombre (140v-188v). Troisième chapitre: la particule. Liste alphabétique des particules: adverbes, prépositions (avec leur flexion), pronoms personnels sujets (188v-195r).
Objectif de l'auteurLutter contre l'oubli de l'hébreu et donner aux juifs dispersés depuis longtemps dans de nombreux pays le moyen de continuer à comprendre leurs textes sacrés; leur proposer un ouvrage qui synthétise et simplifie l'enseignement éparpillé dans les ouvrages des prédécesseurs, si nombreux que l'étudiant risque de s'y noyer.
Intérêt généralAvec cet ouvrage culmine et s'achève le travail d'adaptation, commencé par ’Avrāhām Ibn ‘Ezrā et poursuivi par Yōsēf et Mōšeh Qimḥī, des œuvres fondatrices. Synthèse de trois siècles de tradition grammaticale de l'hébreu, ce manuel offre une présentation systématique de la morphologie (en particulier celle du verbe); l'autorité qu'il a immédiatement acquise a fait de lui, et pour longtemps, une référence indépassable – aussi bien dans le monde juif que parmi les hébraïsants chrétiens.
Parties du discoursTraitement conforme à la tradition arabe et hébraïque (verbe, nom, particule). Les deux tiers de l'ouvrage sont consacrés au verbe, considéré par Qimḥī comme plus important que le nom bien que celui-ci soit premier dans l'ordre logique.
Innovations term.Peu nombreuses. Noter l'emploi de pittūaḥ, litt. "développement", pour désigner les formes dérivées d'un verbe (= pourvues d'un suffixe pronominal").
Corpus illustratifBiblique.
Indications compl.Intérêt pédagogique: l'ouvrage se présente comme un manuel: la part de la réflexion théorique y est restreinte au profit d'une présentation ordonnée et méthodique des formes. L'explication de détail des formes verbales est en général suivie d'un paradigme récapitulatif. Cependant, malgré les efforts de clarification, l'ouvrage reste dense et relativement difficile d'accès pour un débutant, ce qui fera le succès des éditions annotées et abrégées.
Traitement de la phonétique et de la syntaxe: la grammaire étant avant tout une présentation systématique des formes verbales et nominales, ces deux domaines ne sont guère envisagés qu'en fonction de leurs applications morphologiques. Ainsi, le chapitre sur les voyelles (essentiellement consacré à une exposition de la ponctuation massorétique) se trouve au début de la partie consacrée au nom, puisque la flexion nominale entraîne des changements vocaliques; l'assimilation des consonnes est évoquée au début du chapitre sur les verbes à consonnes faibles; et les rares remarques de syntaxe, comme celle concernant l'usage du passé à la place du futur dans les textes prophétiques, constituent des digressions dans l'exposé morphologique.
Influence subieDans sa préface, Dāwid Qimḥī renvoie à Ḥayyūğ et Ibn Ğanāḥ. Il emprunte à l'ouvrage de ce dernier sa structure en deux parties (grammaire et dictionnaire), mais en réduit significativement l'approche théorique. Dāwid Qimḥī ne lisait vraisemblablement pas l'arabe; c'est à travers les traductions en hébreu d'Ibn ‘Ezrā et l'enseignement de son père et de son frère qu'il a eu connaissance des œuvres de ses prédécesseurs.
Influence exercéeMajeure. Bien que sans originalité propre (Dāwid Qimḥī se définit lui-même comme "le glaneur qui suit les moissonneurs"), ce manuel a presque totalement supplanté ceux des grammairiens antérieurs, au point de causer la disparition matérielle de plusieurs d'entre eux, dont certains ne seront retrouvés et / ou publiés qu'au 19e s. En même temps que ses commentaires bibliques, sa grammaire et son dictionnaire ont atteint, chez les juifs puis les hébraïsants chrétiens, une popularité impressionnante. Que ce soit pour le reprendre ou, plus rarement, le critiquer (Profiat Duran, Avraham de Balmes), les ouvrages postérieurs dépendent de l'enseignement de Dāwid Qimḥī. A partir du 16e s., les manuels édités et annotés par Elie Lévita et les traductions latines de Sanctes Pagninus feront des œuvres de Dāwid Qimḥī la référence obligée des hébraïsants et des biblistes chrétiens. On en trouve encore des traces (notamment terminologiques) dans les grammaires scolaires de l'hébreu contemporain des années 1950; dans les dictionnaires bibliques et modernes de référence, les schèmes verbaux sont donnés dans l'ordre du Miḵlōl.
Renvois bibliographiques→ Références
Bacher W. 1892 {p. 199-205}; Roth C. & Wigoder G. (éd.) 1971 {vol. 10, col. 1001-1005 et vol. 16, col. 1359, 1373}; Valle Rodríguez C. del 1976 {p. 285-286}; Van Bekkum W. J. 2009
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2000