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De rudimentis hebraicis

Reuchlin, Johannes

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4209]
Auteur(s)

Reuchlin, Johannes

Variantes: Variante du nom: Capnion.

Datation: 1455-1522

Humaniste allemand, helléniste et hébraïsant, né à Pforzheim et mort à Stuttgart. En tant que juriste, il fut de longues années conseiller du duc de Würtemberg. Il étudia l'hébreu auprès de maîtres juifs comme Jacob Yĕḥiel Loans ou Ovadyāh Sforno; il enseigna le grec et l'hébreu à Ingolstadt (1519-21) et Tübingen (1521-22). Figure éminente de la kabbale chrétienne (1494: De verbo mirifico, 1517: De arte cabalistica), il défendit le Talmud contre le juif converti Pfefferkorn dans une controverse demeurée célèbre (1510-1514).

Titre de l'ouvrageDe rudimentis hebraicis
Titre traduitDes rudiments hébraïques
Titre courtDe rudimentis hebraicis
Remarques sur le titreLe titre n'apparaît pas sur la première page, mais seulement dans les titres des différentes parties; la page de garde porte la mention "principium libri" [début du livre], destinée à prévenir le lecteur que l'ouvrage est imprimé de droite à gauche (avertissement répété à la dernière page, qui est la première pour un lecteur non averti, sous la forme d'un sizain de vers latins intitulé "Canon").
Période|16e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire élémentaire, descriptive et didactique, de l'hébreu biblique, et dictionnaire bilingue hébreu-latin. La grammaire proprement dite n'occupe que 100 pages sur 621.
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire didactique | Grammaire élémentaire
Édition originale1506, Pforzheim (Phorca), Thomas Anshelm.
Édition utiliséeLa reproduction moderne de l'édition princeps.
VolumétrieFol, [1] + 621 + [3] = 625 pages., environ 2 000 signes par page (moins si la page comporte des caractères hébraïques, qui obligent à espacer davantage les lignes). Planches: armes de Reuchlin au verso du dernier folio.
Nombre de signes1020000
Reproduction moderneGeorg Olms, Hildesheim/New York, 1974.
DiffusionD'après les témoignages de contemporains, la première édition s'est mal vendue. Il en a peut-être circulé une contrefaçon: la Bibliothèque Nationale de France possède un exemplaire daté de 1506 auquel manquent l'épître finale de G. Symler et les armes de Reuchlin. S. Münster a réédité l'ouvrage en 1537 (Bâle, Henricus Petri, sous le titre J. Reuchlini Phorcensis… Lexicon hebraicum et in hebraeorum Grammaticen Commentarii…). Il en modifie l'ordre, ramène les trois parties à deux (grammaire + dictionnaire), ajoute des intertitres pour faciliter la lecture et des annotations basées sur l'enseignement d'Elie Lévita.
Langues ciblesHébreu biblique
MétalangueLatin
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageLivre premier: p. 1-4, lettre dédicatoire à son frère; p. 5-31, alphabet, règles élémentaires de prononciation, exercice pratique de lecture; p. 32-259, dictionnaire, première partie (de [’] à [k]). Livre second, p. 260-545: dictionnaire, seconde partie (de [l] à [t]). Livre troisième: grammaire. Introduction (lettre à son frère), p. 546-549: pourquoi il est nécessaire d'étudier l'hébreu; p. 550-551, les trois parties du discours; p. 552-584, le nom (description surtout morphologique, avec quelques remarques de syntaxe): genre et nombre, "déclinaison", formation des pluriels, noms de nombre, préformantes des schèmes nominaux (rassemblées sous le sigle mnémotechique he'emanti), flexion des pronoms personnels et des noms, méthode pour isoler les racines (lettres radicales et "accidentelles"); p. 585-614, le verbe: ses accidents (personne, genre, nombre, modes, voix), les quatre formes du verbe régulier (pā‘al, pi‘ēl, hif‘īl, hiṯpa‘ēl, les passives étant comptées avec les actives), et des verbes "défectifs", comportant une consonne faible ou un nun; verbes avec suffixes (affixa), écriture cursive, état construit; p. 615-619, la particule (consignificativum): liste des différents mots invariables.
Objectif de l'auteurProposer aux chrétiens, en particulier aux débutants, les rudiments de la langue hébraïque, ce qui leur permettra de lire l'Ancien Testament dans sa langue originale. L'auteur est conscient de l'importance de son ouvrage, qu'il termine par la citation d'Horace "exegi monumentum aere perennius" [j'ai achevé un monument plus solide que le bronze].
Intérêt généralIl s'agit de la première grammaire hébraïque écrite par un chrétien et rédigée en latin, et du premier dictionnaire bilingue hébreu / latin.
Parties du discoursReuchlin s'inspire de la tradition hébraïque avec ses trois parties du discours: nom, verbe, particule, et fonde sur cette présentation le plan de son troisième livre, mais il "récupère" malgré tout les catégories latines: le nom englobe pronom et participe, la particule recouvre l'adverbe, la conjonction, la préposition et l'interjection.
Innovations term.Reuchlin est le premier à proposer des équivalents latins au métalangage hébreu: en ce sens, toutes ses traductions constituent des innovations. Il utilise les termes métalinguistiques tirés de la tradition latine (ex. consignificativum pour tous les mots invariables), mais on constate aussi quelques nouveautés, dont la plus importante est certainement le terme affixa pour désigner les pronoms personnels objets non séparés. Signalons aussi l'opposition subtilis sive recta / grossa sive obliqua qui rend compte de la distinction entre des sons vocaliques de même timbre (S. Münster préfère l'opposition longa / brevis); primitivum pour "racine"; gerundivum pour "infinitif construit"; literae accidentales (opposées à substantiales) pour les consonnes pouvant fonctionner comme constituants morphologiques: Münster remplacera ce terme par ministeriales, traduction plus littérale. En de rares occasions, Reuchlin latinise un terme hébreu, ex. dagessantur, "elles sont marquées par un redoublement".
Corpus illustratifBiblique. Les citations de la Bible sont parfois données seulement en latin.
Indications compl.Intérêt pédagogique: la visée pédagogique est évidente. Reuchlin n'hésite pas, en particulier dans ses explications sur la prononciation, à recourir aux vernaculaires (italien, français, allemand). Il met en parallèle les structures latines et hébraïques (parfois grecques) et prévient le lecteur lorsque l'écart entre les deux lui semble trop grand (ex. p. 574). Pour faire comprendre au lecteur latin la structure du mot hébreu, il forge le terme inhonorificabilitudines, et le décortique pour en extraire le "noyau", c'est-à-dire l'équivalent de la racine.
Influence subieReuchlin a étudié l'hébreu auprès de maîtres juifs qu'il cite volontiers: Jacob Yĕḥiel Loans (mort en 1506), médecin de l'empereur Frédéric III, et Ovadyāh Sforno (ca 1470 - ca 1550), médecin et exégète. On sait qu'il possédait les grammaires de Mōšeh et Dāwid Qimḥī, mais il semble avoir surtout utilisé la première (le Mahălaḵ Šĕvīlēy Hadda‘aṯ), plus élémentaire, et qu'il cite à plusieurs reprises sous le nom d'"introductorium". Pour la partie "dictionnaire", il s'appuie étroitement sur le Sēfer haššŏrāšīm (seconde partie du Miḵlōl) de Dāwid Qimḥī, dont il possédait l'édition de 1490. Pour la tradition latine, Reuchlin cite Servius et surtout Priscien. Il est clair que le plan adopté suit celui des Institutiones grammaticae: les éléments (lettres et syllabes), le mot (dictio, c'est pourquoi le dictionnaire occupe la partie centrale), les parties du discours.
Influence exercéeDavantage par la démarche reuchlinienne (donner aux chrétiens la possibilité d'accéder à la langue hébraïque) que par l'ouvrage lui-même. Celui-ci sera rapidement supplanté par des travaux plus approfondis, comme ceux de Münster – qui fut en relation avec Reuchlin et utilisa sa bibliothèque – ou Pagninus.
Renvois bibliographiques→ Références
Geiger L. 1871; Greive H. 1978; Kukenheim L. 1951; Roth C. & Wigoder G. (éd.) 1971 {vol. 14, col. 108-111}
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2000