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Lūaḥ haddiqdūq

Clénard, Nicolas

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4212]
Auteur(s)

Clénard, Nicolas

Variantes: Beka, alias Cleynaerts; Nicolaus Clenardus; Nicolau Clenardo

Datation: ca 1493-1542

Né dans le Brabant, il fit ses études à l'Université de Louvain, d'abord à la Faculté des Arts puis à celle de Théologie. Ordonné prêtre, il ne put obtenir, en raison d'un procès, la cure qui lui avait été attribuée. Maître de l'Université de Louvain, il enseigna le latin à André de Resende. Il étudia l'hébreu (d'abord en autodidacte, puis avec J. Campensis) et le grec (avec R. Rescius), et enseigna ces deux langues à Paris en 1530-1531. Désireux d'apprendre l'arabe, il se rendit en Espagne en 1533. Après avoir enseigné le grec et le latin à Salamanque, il reçut de nombreuses invitations pour enseigner au Portugal. Il enseigna les Humanités à Braga jusqu'en novembre 1538. Dans ce cadre, Clénard écrivit un certain nombre de livres pédagogiques, dont les Institutiones grammaticae latinae (Braga 1538) et les Institutiones absolutissimae in linguam Graecam (Lovanii 1530) consacrées au grec (cf. Morais 2009) qui connurent une grande diffusion au cours des siècles suivants. Pendant les années où il enseigna à Braga, sa méthode d'enseignement du latin s'avéra être très attirante pour qui voulait acquérir des connaissances approfondies de la langue latine: «le célèbre humaniste réussit à attirer au Collège de Braga, du nom de St Paul, un grand nombre de personnes de tous âges et toutes conditions, intéressées à recevoir l'enseignement de la langue latine selon sa méthode attrayante et divertissante. Ses disciples comprenaient des enfants à partir de cinq ans, des jeunes, des adultes, pères et fils simultanément, des prêtres et des esclaves. Clénard ne parlait que latin pendant ses cours dès le premier jour et se faisait comprendre, petit à petit, grâce à des plaisanteries qui maintenaient les élèves présents et attentifs. Lui-même appelait son école Ludus, un mot latin qui signifie "passe-temps", "divertissement"» (Carvalho 1986, p. 235). Il se rendit au Maroc en 1540, souhaitant convertir pacifiquement les Musulmans. Blessé au bras droit, il mourut à Grenade (Espagne) en novembre 1542.

Adaptateur(s)

Cinquarbres, Jean

Variantes: Quinquarboreus, Johannis

Datation: ca 1500-1587

Né à Aurillac, lecteur royal d'hébreu et de syriaque de 1554 à 1587. Influencé par Lévita et par Clénard, il a publié en 1546 un De re grammatica Hebraeorum, plusieurs fois réédité.

Titre de l'ouvrageLūaḥ haddiqdūq, Tabula in grammaticen hebraeam, authore Nicolao Clenardo
Titre traduitTable sur la grammaire hébraïque, par Nicolas Clénard
Titre courtLūaḥ haddiqdūq
Remarques sur le titre
Période|16e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire élémentaire de l'hébreu biblique, presque entièrement consacrée à la morphologie verbale et nominale, présentée sous forme de paradigmes commentés.
Type indexéGrammaire élémentaire | Traité de morphologie
Édition originale1529, Louvain, Thierry Mertens.
Édition utiliséeLa onzième édition, 1552, Paris, Martin Le Jeune.
VolumétriePetit in-8°, 147 pages, env. 350 caractères hébraïques par page dans les tableaux, env. 600 caractères latins par page dans les commentaires [les annotations de Cinquarbres sont en caractères italiques de taille inférieure aux autres].
Nombre de signes68000
Reproduction moderne
DiffusionEntre 1529 et 1589, 23 éditions dont 14 à Paris. Les bibliographes de Clénard ont retrouvé 368 exemplaires de la grammaire.
Langues ciblesHébreu (biblique)
MétalangueLatin
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageLettre de N. Clénard à ceux qui étudient les lettres hébraïques (p. 3-6). Lettre dédicatoire de Cinquarbres (p. 7-8). Règles de prononciation, présentation sommaire des consonnes et du système vocalique (p. 9-14). Importance de la morphologie nominale et verbale (p. 15). Présentation du système verbal en quatre "conjugaisons": qal / nif‘al; pi‘ēl / pu‘al; hif‘īl / hŏf‘al; hiṯpa‘ēl, avec leurs principales caractéristiques morphologiques et leur valeur sémantique (p. 16-19). Paradigmes complets du verbe entier (p. 19-25) et des verbes irréguliers, "défectifs" et "quiescents" [= ceux dont une consonne faible disparaît ou s'assimile dans certaines formes] (p. 26-87), verbes quadri- et quinquilittères (p. 87-89). Généralités sur le nom (genre, nombre, cas: cette introduction ne figure pas dans les premières éditions, elle a été ajoutée par Cinquarbres, p. 89-91). Paradigmes des noms classés par racine et schème (p. 92-104). Flexion du nom avec suffixes (p. 104-128). Verbes avec suffixes (p. 129-143). Particules indéclinables avec suffixes (p. 143-147).
Objectif de l'auteurAvant tout, pédagogique. La clarté de la présentation, la lisibilité de l'ouvrage, la concision des explications, sont pour lui des éléments essentiels. Il estime qu'une bonne connaissance du nom et du verbe assure la maîtrise de la langue hébraïque. Il se concentre donc sur ces deux parties du discours, dont il présente la morphologie. Son but est de fournir aux étudiants un aide-mémoire (rudimentorum tabulam), le reste étant affaire de pratique.
Intérêt généralBien que peu originale sur le fond, la grammaire adopte une présentation en tableaux qui en fait un instrument de travail commode. C'est dans cette présentation (reprise par de nombreux grammairiens postérieurs) que réside sa véritable nouveauté.
Parties du discoursLa grammaire est presque entièrement consacrée au verbe et au nom. La description des particules n'occupe que deux pages, et elle ne concerne que la morphologie. L'ordre adopté (verbe, puis nom) suit l'ordre du Miḵlōl; Reuchlin (1506) et Pagninus (1526) avaient préféré la présentation inverse (nom, puis verbe).
Innovations term.Quasiment inexistantes en raison de la faible proportion de texte latin, et de la volonté d'éviter les termes trop techniques. La terminologie est la même que celle de Reuchlin ou Münster: affixa ("affixes"), verbum perfectum ("verbe entier"), verba defectiva ("verbes contenant une consonne faible"), radix sive thema ("racine").
Corpus illustratifTrès peu abondant, en raison de la forme même de la grammaire. Les rares exemples ne sont pas tous empruntés au corpus biblique.
Indications compl.Traitement de la phonétique: le but recherché est une prononciation correcte de l'hébreu. Clénard se contente donc de donner une description, un exemple, une transcription latine. Les gloses de Cinquarbres ajoutent des termes techniques (aspiratio), des précisions sur la nature des gutturales ou le classement des consonnes selon leur point d'articulation.
Intérêt pédagogique: Clénard tient beaucoup à la clarté de la présentation. Dans sa correspondance, il se plaint que les rééditions parisiennes en petit format entraînent l'utilisation de caractères moins lisibles. Cette volonté se retrouve également dans la brièveté des explications accompagnant chaque paradigme: partisan d'une méthode directe, il évite les exposés de principes grammaticaux qu'il juge rebutants.
Rôle des annotations: comme Lévita l'avait fait pour le Miḵlōl, Cinquarbres intercale des annotations dont le but est soit de compléter un exposé trop concis, soit de corriger des erreurs (ex. p. 92: itaque fallitur Clenardus, "c'est pourquoi Clénard se trompe"), soit de préciser qu'un terme n'est pas attesté dans le corpus biblique. Il considère la Tabula comme un manuel pour débutants, qu'il conseille de compléter par la lecture de ses propres écrits.
Influence subieClénard a été l'élève de Campensis, lui-même disciple d'Elie Lévita. Le choix des verbes types et l'ordre des paradigmes reflètent l'influence des Qimḥī, en particulier le Mahălaḵ Šĕvīlēy Hadda‘aṯ de Mošeh Qimḥī. Certaines formes verbales reconstruites attestées uniquement chez cet auteur sont présentes dans la Tabula. Les différents schèmes verbaux sont abordés d'un point de vue à la fois morphologique et sémantique: cette présentation, déjà adoptée par Campensis, vient de Sébastien Münster.
Influence exercéeCette grammaire a rencontré un grand succès public, dont témoignent les nombreuses rééditions annotées (même s'il faut interpréter avec prudence les passages de la correspondance de Clénard selon lesquels il en aurait vendu quatre cents exemplaires à Paris). Bien qu'elle ne soit pas toujours citée explicitement, son influence est décelable dans de nombreuses grammaires du 16e s. (en particulier celles publiées à Paris), par ex. les Institutiones in Hebraeam linguam d'A. Restault de Caligny.
Renvois bibliographiques→ Références
Bakelants L. & Hoven R. 1981 {p. 1-14}; Breda-Simoes M. 1963; Chauvin V. & Roersch A. 1900; De Vocht H. 1951; Kukenheim L. 1951; Swiggers P. & Van Hal T. 2009
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2015-05 | 2000