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Padapāṭha de la Ṛgvedasaṃhitā

Śākalya

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurSanskrit: travaux pré-paninéens, école paninéenne [4301]
Auteur(s)

Śākalya

Datation: Vers 800 a.C.?

Grammairien indien, phonéticien et diascévaste, auteur d'une codification du plus ancien texte en indo-aryen ancien, un recueil d'hymnes. Le nom relie ce personnage à l'école Śākala, gardienne du texte de la vulgate de la Ṛgvedasaṃhitā. Śākalya a fondé son édition de Padapāṭha de la Ṛgvedasaṃhitā sur une recension plus ancienne, due à un certain Māṇḍūkeya, du Magadha (nord-est), mais les hymnes du Ṛgveda furent composés dans le Panjab (nord-ouest), et leur forme conservée préserve les caractéristiques dialectales de cette zone. Seule la recension de Śākalya a survécu, en subissant divers changements selon les régions. Le texte ainsi fixé est présupposé par tous les autres textes en indo-aryen ancien, qui ne cessent de le citer comme l'autorité suprême.

Titre de l'ouvragePadapāṭha de la Ṛgvedasaṃhitā
Titre traduitRécitation par mots (isolés) de la Collection du Savoir des strophes
Titre courtPadapāṭha de la Ṛgvedasaṃhitā
Remarques sur le titre
Période|-9e s.|-8e s.|
Type de l'ouvrageAnalyse mot à mot d'un texte poétique, le "texte continu" (saṃhitā) du recueil des hymnes du Ṛgveda, la plus ancienne collection du Veda, et le plus ancien ouvrage littéraire en indo-aryen ancien: un ensemble de 1028 hymnes, rédigés en strophes (ṛc) dans divers mètres (au total 10 551 strophes), et répartis en dix livres ou "cercles" (maṇḍala). L'ensemble a fait l'objet de divisions secondaires, motivées par les exigences de la récitation. La composition de ces textes s'est étalée sur une très longue période, et les parties les plus anciennes peuvent remonter à 1500 a.C.; le recueil des hymnes conservés dans des familles sacerdotales fut constitué progressivement (peut-être jusque vers 1200-1000 a.C.), et ultérieurement codifié, pour être utilisé dans le culte. Pour le Ṛgveda comme pour les autres corpus de prières et de formules sacrificielles, plusieurs disciplines se sont développées afin de préserver à la fois les textes eux-mêmes, dans leur forme phonique originelle, et leur interprétation, nécessaire pour leur correcte application rituelle. Le texte qui fait autorité est celui de la récitation (pāṭha) en continuité (saṃhitā) avec application des règles euphoniques de "liaison" ou "jonction" (sandhi, mot dérivé de saṃ-dhā- "mettre ensemble", racine préverbée dont dérive aussi le terme saṃhitā) à l'intérieur des unités métriques, strophe et partie de strophe, qui constituent des "groupes de souffle", récités sans interruption. Parallèlement à cette "récitation continue" (saṃhitāpāṭha), la "récitation par mots" (padapāṭha) consiste à abroger les règles de sandhi, y compris pour l'accentuation, en décomposant les éléments finis (pada) du texte, qui reçoivent la forme qu'ils auraient avant une pause. Cette décomposition ne s'applique pas seulement aux mots, fléchis ou non fléchis, que dissocie une analyse syntaxique et sémantique. Elle concerne aussi les mots composés, certains dérivés, et les désinences sont disjointes du thème nominal quand la finale du thème subit devant ces désinences la même évolution qu'une fin de mot (sandhi "externe"). Cette analyse en mots est donc en partie une analyse en morphèmes. Aux deux récitations ainsi définies, qui sont fondamentales, s'en ajoute une troisième, qui associe leurs procédures: la "récitation par pas" ou "par progression" (kramapāṭha): elle consiste à lier chaque "mot" (pada) du texte au mot suivant en marquant une pause après chaque paire ainsi formée, mais en réalisant la "jonction" (sandhi) entre les deux termes. Huit autres récitations, nettement plus récentes, partent du matériel ainsi segmenté pour agencer ou inverser les mots et les paires: développées comme des exercices de virtuosité, elles servent aussi, par recoupement, à déceler d'éventuelles erreurs dans la prononciation du texte, dont la teneur, ainsi brisée et recomposée de multiples fois, n'est pas susceptible d'une correction volontaire qui pourrait s'appuyer sur le sens. Les énoncés sont réduits à de simples suites de syllabes.
Type indexéAnalyse mot à mot
Édition originaleLa date ne peut être posée avec certitude, mais la mise au point du padapāṭha présuppose la fixation définitive, après remaniement linguistique par des diascévastes, du texte du recueil des hymnes: cette "édition" peut être située vers 900-700 a.C., en tout cas au tout début de la période des commentaires (brāhmaṇa) sur le rituel. Le padapāṭha est généralement procuré avec le texte de la saṃhitā, à la suite de chaque strophe. Première édition imprimée: F. Max Müller, Rig-Veda-Saṃhitā. The sacred hymns of the Brâhmans together with the commentary of Sâyaṇâchârya, 6 volumes, London, 1849, 1854, 1856, 1862, 1872, 1874; 2nd revised edition, 4 volumes, London, 1890-1892 (réimpr. Varanasi, Chowkhamba Sanskrit Series [Krishnadas Sanskrit Series, 37], 1983). Seule la seconde édition corrigée est encore en usage. Le même éditeur avait procuré en 1873 une édition scolaire en deux tomes (dite editio minor), qui ne comportait pas le commentaire de Sāyaṇa mais qui donnait dans le premier tome le texte de la saṃhitā et dans le second tome le padapāṭha; cette édition fut refondue en 1877, de manière à donner le texte complet du padapāṭha sur la page de droite, en face du texte du saṃhitāpāṭha sur la page de gauche: The Hymns of the Rig-Veda in the Saṃhitā and Pada texts, 3rd edition, with the two texts on parallel pages, 2 volumes, Varanasi, Chowkhamba Sanskrit Series (Kashi Sanskrit Series, 167), 1965. Cette dernière présentation des deux récitations principales est actuellement la plus maniable.
Édition utiliséeL'édition utilisée est l'édition de F. Max Müller de 1877 et celle de Vishva Bandhu, in collaboration with Bhīm Dhev, Amar Nāth, K. S. Rāmaswāmi Śāstrī and Pītāmbar Datta, Ṛgveda with the Padapāṭha and the available portions of the Bhāṣya-s by Skandasvāmin and Udgītha, the Vyākhyā by Veṅkata-Mādhava and Mudgala's Vṛtti based on Sāyaṇa-bhāṣya, 8 volumes, Hoshiarpur, Vishveshvaranand Vedic Research Institute, 1963-1966 (Vishveshvaranand Indological Series, n° 19-26). Dans l'édition du Ṛgveda la plus employée en Occident jusqu'à présent par les linguistes, ne sont imprimées que les données essentielles du padapāṭha en bas de page: Theodor Aufrecht, Die Hymnen des Rigveda, 2 Teile, 2. Auflage, 1877 (réimpr. Wiesbaden, Harrassowitz, 1968). Noter qu'une édition indienne récente (en devanāgarī) donne, en plus des deux récitations en question, de courts extraits des autres récitations en appendice: Ṛgveda-saṃhitā, edited by Shripad Damodar Satvalekar, Pardi, 1983.
Volumétrie72+978 pages.
Nombre de signes
Reproduction moderneVoir édition utilisée.
DiffusionOn dispose de manuscrits, assez nombreux, pour les textes des deux récitations; ils sont tous récents, ne remontant guère au-delà du 17e s. p.C., mais cela n'affecte pas l'authenticité de la tradition, qui donne un texte immuable, à part de menus détails, et qui peut être contrôlé par la tradition orale encore vivante, obtenue en écoutant des récitateurs. La date à partir de laquelle les textes ont été écrits est inconnue; la mise par écrit du Veda (en général) est attestée par le témoignage d'Al-Bīrūnī (11e s. p.C.), et jusqu'à présent, le plus ancien manuscrit connu d'un texte védique date du 5e s. p.C., mais il n'est sans doute pas le premier, car il faut compter avec la fragilité des manuscrits soumis au climat indien. De toute façon, les textes sacrés du Veda n'ont pas été mis par écrit en vue de la publication. La transmission et la diffusion se sont opérées principalement par apprentissage oral et par récitation, comme l'indique justement la dénomination des deux textes en question. Les autres modes de récitation n'ont jamais été écrits.
Langues ciblesIndo-aryen ancien (védique); métalangue: sans objet, la matière de l'ouvrage s'identifiant exactement avec le corpus étudié
Métalangue
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageLe padapāṭha est une récitation parallèle du texte de référence. Elle s'en distingue par le placement de pauses entre les "mots" (pada). Dans les manuscrits et les textes imprimés, ces pauses sont marquées par des symboles différents: la pause principale (avasāna "cessation, fin") après un mot, est notée par une barre verticale (daṇḍa), identique à la marque d'une fin d'hémistiche; la pause secondaire, entre deux membres d'un mot composé ou entre thème et affixe, est notée par un signe analogue à notre "S" (appelé avagraha "séparation"). Dans le padapāṭha transmis sous forme orale, à ces deux pauses correspondaient des "silences" de durée différente: des traités ultérieurs prescrivent que la durée de la pause secondaire, la plus brève, équivalait à une more, définie comme la durée d'une voyelle brève. Certaines formes sont suivies de la particule d'autonymisation iti "ainsi", notamment des mots dont la finale reste inchangée devant voyelle; divers mots posant des problèmes d'accent et d'euphonie sont répétés avec insertion de cette particule (parigraha). Tels étaient les seuls outils du padapāṭha en plus de la prononciation distinctive des "mots" isolés. Il arrive aussi que des mots sortis de l'usage soient remplacés par des formations plus familières, sans que cette substitution implique un point de vue historique sur la langue.
Objectif de l'auteurLe padapāṭha ne comporte aucune préface justificative. L'objectif du rédacteur est essentiellement de fournir un moyen de préserver le texte sacré, et de contrôler sa transmission à l'avenir. Superficiellement, c'est une sorte de "deuxième édition" du texte. Le texte en pada constitue la matière première qu'il faut agencer correctement pour produire le texte véritablement sacré, qui est le texte continu. La segmentation n'a pas été pratiquée pour elle-même, dans un but théorique. Son but est mnémonique et pédagogique.
Intérêt généralCette "analyse en mots" est la première contribution du monde indien à la linguistique. Sa réalisation suppose la comparaison de nombreux énoncés et la mise en œuvre des techniques fondamentales de commutation et de segmentation. L'exégèse ainsi produite donne pour la première fois un contenu précis à la notion de "mot", sur une base purement formelle, phonétique.
Parties du discours
Innovations term.
Corpus illustratif
Indications compl.Le padapāṭha fournit un exemple (rarissime, probablement) d'un ouvrage grammatical sans règles ni théorie, dont la matière s'identifie au corpus de référence. Les principes doivent être déduits de leur application, seule à faire l'objet d'une formulation. Bien que la définition implicite du pada "mot (isolé)" soit uniquement phonétique – celle d'un élément du discours dont la fin subit une modification –, elle a des implications sémantiques, syntaxiques et morphologiques. En effet, le rédacteur du padapāṭha a dû, en de nombreuses occurrences ambiguës, faire des choix d'interprétation dans la chaîne du texte, et ces choix n'ont pas toujours fait l'unanimité chez les interprètes ultérieurs. Ces décisions supposent une "lecture" du texte, une recherche du sens, et même une détermination des positions syntaxiques. C'est en fait le premier commentaire complet des hymnes védiques.
Influence subieBien qu'il n'existe aucun ouvrage grammatical antérieur, il est certain que la réalisation d'un tel travail, sur un texte vaste et difficile, suppose déjà une réflexion linguistique, dont on perçoit les traces dans divers ouvrages postérieurs au Ṛgveda (Brāhmaṇa et Upaniṣad). Les termes pour "mot" (pada) et "syllabe" (akṣara) remontent à un lointain passé dans la littérature védique. Les arts de la parole étaient cultivés par les poètes, et la parole (vāc) elle-même avait fait l'objet de réflexions philosophiques, qui portaient sur ses subdivisions, et sur sa constitution à partir d'unités fondamentales. En rapport avec cette notion des paroles produites comme des ensembles articulés et complets, l'analyse phonétique avait progressé très tôt: dans la même période, une liste ordonnée des sons (varṇa), et même des types de sons, de la langue avait été fixée.
Influence exercéeLa technique du padapāṭha fut appliquée aux autres textes védiques, et tous les corpus furent accompagnés de cette récitation ancillaire et protectrice. Elle a été incorporée à la tradition de la grammaire indienne, pour devenir finalement un instrument pédagogique en usage jusqu'à nos jours dans l'apprentissage du sanskrit. Dans la mesure où les anciens grammairiens indiens étaient des brâhmanes, étudiants du Veda, ils furent formés en pratiquant cette récitation. Le padapāṭha fut un instrument essentiel pour la science de la phonétique (śikṣā), avec le souci de prononcer correctement les textes sacrés, qui justifiait la définition physiologique des articulations des sons. Comme il s'agissait de recomposer à partir du texte analysé le texte continu, il fallait aussi définir les règles d'euphonie en groupant les sons (ou les phonèmes) selon leurs traits phoniques. Ce travail sera concrétisé et formulé dans les Prātiśākhya (voir la notice 4302). Le padapāṭha du Ṛgveda est cité et discuté par les grammairiens ultérieurs, y compris par Pāṇini, même si ce dernier a donné un autre contenu à la notion de "mot", celle d'unité fléchie, terminée par une désinence segmentable. Cependant, pour l'analyse morphologique aussi, la contribution du padapāṭha fut considérable, car la séparation, purement formelle, de certains affixes (suffixes ou désinences) mettait les premiers grammairiens sur la trace de la "base", thème ou radical, d'un mot lui-même complexe.
Renvois bibliographiques→ Références
Allen W. S. 1962; Bronkhorst J. 1981; Bronkhorst J. 1982; Pinault G.-J. 1989 {p. 298-306}; Pinault G.-J. 1992; Scharfe H. 1977 {p. 77-82}; Thieme P. 1985
Rédacteur

Pinault, Georges-Jean

Création ou mise à jour2000