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Vyākaraṇamahābhāṣya

Patañjali

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurSanskrit: travaux pré-paninéens, école paninéenne [4311]
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Auteur(s)

Patañjali

Datation: Milieu du 2e s. a.C.

Grammairien indien, interprète majeur de Pāṇini. Quelques rares indications biographiques, inférées d'exemples grammaticaux tirés du Mahābhāṣya, semblent indiquer qu'il a été formé à Takṣaśilā et a exercé l'essentiel de ses activités en Inde centrale, dans la région de Mathurā. La tradition rapporte qu'il tomba du ciel dans les mains d'un sage de Gonarda (?), alors que celui-ci effectuait ses rites vespéraux, et que ce sage l'aurait ensuite confié à une femme nommée Goṇikā. Une tradition tardive l'identifie à l'auteur des Yoga-sūtra.

Titre de l'ouvrageVyākaraṇamahābhāṣya
Titre traduitGrand Commentaire sur l'analyse (des mots)
Titre courtVyākaraṇamahābhāṣya
Remarques sur le titreAppelé plus généralement Mahābhāṣya.
Période|-2e s.|
Type de l'ouvrageCommentaire grammatical, sous forme dialoguée, aux vārttika de Kātyāyana. Œuvre monumentale, fondatrice de l'interprétation de l'Aṣṭādhyāyī, et unanimement reconnue comme l'un des sommets de l'histoire de la pensée indienne.
Type indexéCommentaire grammatical
Édition originaleDate de composition: milieu du 2e s. a.C. (?). Première éd. impr. intégrale: 1880-1885 (F. Kielhorn; Poona, Bhandarkar Oriental Research Institute).
Édition utiliséeÉd. Kielhorn, 1880-1885; Poona, Bhandarkar Oriental Research Institute.
Volumétrie3 vol. 548 + 494 + 536 pages; environ 1200 signes par page.
Nombre de signes1695600
Reproduction moderneRéédition de Kielhorn par Abhyankar et Limaye, 1967-1969; Poona, Bhandarkar Oriental Research Institute.
DiffusionLe Mahābhāṣya n'a pas toujours été auréolé du prestige qu'il connaît depuis le 5e s. environ. Selon Bhartṛhari (Vākyapadīya II 484) et la Rājataraṅgiṇī (12e s.), il semble même qu'il ait failli disparaître, et que la restauration de son étude soit due à Candrācārya (peut-être s'agit-il de Candragomin?). Nombreux manuscrits tardifs. Hormis l'éd. Kielhorn, plusieurs éd. accompagnées du Pradīpa de Kaiyaṭa (11e s.) et de l'Uddyota de Nāgeśa (début 18e s.): G. Śāstrī (1938); Vedavrat (Haryāṇā Sāhitya Saṃsthān 1962-1963); B. Joshi, Ś. Kudāla et R. Śarma (Nirṇaya Sagar Press 1912-1951), réimpr. par Chowkhamba (Delhi, réimpr. 1991). Pas de traduction complète dans une langue occidentale; traductions partielles: Filliozat, livre 1, chap. 1 à 3, avec le Pradīpa et l'Uddyota, 1975-1986 (en français); Joshi-Roodbergen, 1968-1990 (en anglais); Subrahmanya Śāstrī, Adhyāya 1 et 2, 1951-1962 (en anglais); Abhyankar seule traduction intégrale, 1938-1954 (en marathi); Mīmāṃsaka, Adhyāya 1 et 2, vikram samvat 2031 (en hindi).
Langues ciblesSanskrit
MétalangueSanskrit, avec les conventions pāṇinéennes.
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageComposé sur la trame des vārttika de Kātyāyana, le Mahābhāṣya n'est pas un commentaire direct de l'Aṣṭādhyāyī de Pāṇini; cependant, Patañjali fait fréquemment(d'enseignement)" (āhnika), le Mahābhāṣya couvre 1713 règles de l'Aṣṭādhyāyī, sans compter celles qui sont mentionnées incidemment au cours du débat. Sa section initiale, intitulée Paspaśā, est une préface concernant la linguistique générale, notamment les buts de l'enseignement de la grammaire (principalement d'ordre religieux: préservation du texte védique, acquisition de mérites (dharma) par la connaissance des formes correctes, etc.), la nature du mot, l'usage linguistique (14 p.). L'examen des vārttika, qui occupe la majeure partie de l'ouvrage, est précédé d'un commentaire aux Pratyāhārasūtra (21 p.). L'ouvrage est rédigé dans une prose concise, d'une grande rigueur, sous la forme d'un dialogue scolastique entre trois intervenants principaux: un élève (śiṣya), un pseudo-maître (ācārya-deśīya), dont les réponses ne sont pas totalement acceptables et un maître (ācārya ou siddhāntin), qui établit la conclusion autorisée (siddhānta). Le Mahābhāṣya ne fournit pas d'indication permettant d'identifier les acteurs, et il n'est pas toujours aisé de déterminer de quelle partie émanent les différents arguments, en particulier la position du tenant de la vue autorisée. Patañjali se contente souvent de présenter les différents arguments et thèses en présence. Le Mahābhāṣya est plus qu'un simple commentaire parce qu'il contient, outre des explications détaillées concernant le sens des règles et d'importantes élaborations sur le plan philosophique, des discussions qui conduisent à des amendements dans les formules de Pāṇini. Patañjali examine le bien-fondé des formules, met en lumière les différents aspects d'un problème, pour finir soit par accepter le vārttika qui vient d'être analysé, soit par le rejeter pour revenir à Pāṇini, soit par laisser au lecteur le soin de conclure.
Objectif de l'auteurPatañjali soumet les règles de Pāṇini à un examen minutieux et critique, en examine la teneur, l'ordre d'énonciation, l'ordre d'apparition dans le processus de génération des mots, etc. Il propose un examen des vues qui n'ont pas été examinées par Kātyāyana, défend Pāṇini quand les altérations ou les ajouts proposés par les vārttika ne sont pas motivés, et s'attache souvent à montrer que ce que note Kātyāyana était déjà posé implicitement par Pāṇini. Enfin, il propose des enseignements additionnels dans les cas où les règles de l'Aṣṭādhyāyī ne permettent pas de rendre compte de la langue qu'il connaît.
Intérêt généralMaître dans l'art de l'interprétation textuelle, Patañjali fait preuve d'une conscience linguistique aiguë. Le Mahābhāṣya est le plus ancien traité grammatical complet dont nous disposions (alors que l'Aṣṭādhyāyī et les vārttika de Kātyāyana ne sont pas compréhensibles sans les commentaires). Son œuvre comporte également des vues générales sur la langue ou son analyse, ainsi que des discussions philosophiques qui serviront de base aux élaborations ultérieures, en particulier à partir de Bhartṛhari (ex.: éternité des mots, éternité de la relation du mot à son objet, objet du mot [genre ou individu], etc.). Les grammairiens sanskrits postulent l'éternité du langage. L'idée de changement historique ou d'évolution linguistique leur est étrangère, et même si le recours à certaines interprétations suppose une évolution de la langue, cette évolution n'est jamais ressentie comme telle. Leur vision n'est jamais conçue en termes diachroniques; tout le sanskrit doit s'expliquer par le canon pāṇinéen.
Parties du discoursLes notions de syntagmes nominal et verbal et les parties du discours telles que adjectif, adverbe, etc. ne sont pas reconnues par les grammairiens indiens. Patañjali distingue quatre sortes de cause d'application (pravṛtti[nimitta]) des mots: les mots (dont l'application est déterminée par) un universel (jātiśabda), les mots (dont l'application est déterminée par) une qualité (guṇaśabda), les mots (dont l'application est déterminée par) une action (kriyāśabda) et ceux (dont l'application est déterminée par) un désir arbitraire (yādṛcchāśabda) [pratyāhāra sūtra n°2].
Innovations term.Patañjali emploie la terminologie de l'Aṣṭādhyāyī et des vārttika de Kātyāyana. Il n'est pas confronté, comme Pāṇini, à la constitution d'une grammaire du sanskrit mais aux questions liées à son interprétation et s'attache à reconstruire, à partir d'éléments du traité, les idées de Pāṇini sur le langage et les tâches de la linguistique. Les commentaires posent pour axiome que l'enseignement de Pāṇini est parfait, et l'auteur du Mahābhāṣya déploie une grande économie de moyens pour montrer qu'il n'y a dans l'Aṣṭādhyāyī aucun phonème inutile. Tous ont un but particulier et, outre ce qu'enseigne Pāṇini, il faut prendre en considération tout ce qu'implique la manière dont il l'enseigne. Il a posé dans son traité un certain nombre de métarègles (paribhāṣā), qui établissent des conventions relatives à l'organisation de sa grammaire, mais elles ne suffisent pas à la compréhension complète du système. Patañjali infère de l'arrangement formel du traité de nouvelles métarègles: toute redondance apparente est aussitôt considérée comme le signe d'un enseignement implicite (jñāpaka) permettant d'inférer l'existence d'une métarègle, dont l'application ouvre à son tour la voie à de nouvelles interprétations.
Corpus illustratifA l'époque de la rédaction du Mahābhāṣya, le sanskrit est une langue vivante et Patañjali est très attentif à l'usage (prayoga); aussi les nombreux exemples et contre-exemples du Mahābhāṣya sont-ils majoritairement tirés de la langue parlée. Il utilise également volontiers des maximes courantes pour illustrer les règles grammaticales; le texte comporte également des citations de textes védiques, notamment dans les règles relatives au Veda ou à l'accentuation, mais leur source est parfois difficile à déterminer, sans doute parce qu'elles appartiennent à des recensions aujourd'hui perdues.
Indications compl.
Influence subieL'auteur fait allusion à un ouvrage aujourd'hui perdu, mais de la plus haute importance à son époque, le Saṃgraha de Vyāḍi, ainsi qu'à des éléments d'interprétation attribués aux Saunāga et à l'école des Bhāradvājīya. Il cite également de nombreuses stances versifiées, d'origine inconnue, qui émanent probablement de l'enseignement de maîtres antérieurs. Son œuvre fait fréquemment référence à des opinions d'autres grammairiens et ses raisonnement témoignent d'une grande familiarité avec le vocabulaire et l'argumentation des systèmes de la Mīmāṃsā ("Herméneutique"), du Nyāya-vaiśeṣika ancien ("Logique"), voire du Sāṃkhya.
Influence exercéeParfois assimilé, en raison de sa profondeur, à un océan, "dont le fond n'a jamais été atteint, mais qui paraît limpide par sa beauté sereine" (Bhartṛhari, Vākyapadīya, 2e partie, vers 483), le Mahābhāṣya amorce la deuxième grande période de l'histoire de la tradition pāṇinéenne après l'Aṣṭādhyāyī. Même sans transmission ininterrompue, et bien qu'il n'en discute pas toutes les règles, Patañjali est véritablement le fondateur de l'école grammaticale pāṇinéenne. Après la triade Pāṇini-Kātyāyana-Patañjali, la langue est normalisée, figée, et l'auteur du Mahābhāṣya demeure une autorité dans les cas d'interprétation litigieux de la grammaire de Pāṇini. Son traité a fait l'objet de nombreux commentaires, généralement incomplets à l'exception du Pradīpa de Kaiyaṭa (11e s.), soit qu'il s'agisse de commentaires partiels, soit qu'ils ne nous soient pas parvenus intégralement.
Renvois bibliographiques→ Références
Bronkhorst J. 1987; Cardona G. 1988; Cardona G. 1999; Geiger B. 1908; Kielhorn L. F. 1876; Kielhorn L. F. 1876; Kielhorn L. F. 1885; Kielhorn L. F. 1886; Kielhorn L. F. 1887; Limaye V. P. 1974; Pinault G.-J. 1989; Renou L. 1942; Scharfe H. 1977; Thieme P. 1935; Weber A. 1873
Rédacteur

Haag, Pascale

Création ou mise à jour2000