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Vākyapadīya

Bhartṛhari

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurSanskrit: travaux pré-paninéens, école paninéenne [4315]
Auteur(s)

Bhartṛhari

Datation: 5e s.?

Linguiste et philosophe indien. La tradition indienne en fait un roi auteur de trois centuries de strophes morales très célèbres, qui aurait oscillé entre le bouddhisme et le brahmanisme de nombreuses fois pour à la fin opter définitivement pour le brahmanisme et la philosophie moniste de Śaṅkara. La critique moderne distingue le poète et le linguiste et met en doute l'interprétation śankarienne de sa doctrine. Sur la foi d'un pélerin chinois qui mentionne son œuvre grammaticale, on l'a d'abord situé au 7e s. On admet plutôt maintenant qu'il doit être placé entre Vasubandhu et Diṅnāga, ce dernier ayant dû le citer, ce qui le situe à la fin du 5e s. On connaît de lui un traité philosophique sur le langage, le Vākyapadīya, et un commentaire sur le Mahābhāṣya de Patañjali dont seulement un fragment nous est parvenu.

Titre de l'ouvrageVākyapadīya
Titre traduitTraité du mot et de la phrase
Titre courtVākyapadīya
Remarques sur le titre
Période|5e s.|
Type de l'ouvrageTraité de philosophie du langage en vers.
Type indexéPhilosophie du langage | Traité en vers
Édition originaleDate de composition: vraisemblablement fin du 5e s. p.C. Edition princeps: Vākyapadīya, sections I et II avec le commentaire de Puṇyarāja, édité par Gaṅgādhara Śastrī Mānavallī; section III avec le commentaire de Helārāja: vol. 1 édité par Rāmacandra Śāstrī Koṭībhāskara, vol. 2 édité par Gosvāmī Dāmodara Śāstrī, Benares Sanskrit Series No. 11, 19, 24 (1887), 95 (1905), 160 (1928).
Édition utiliséeEdition critique: Vākyapadīya, édité par Wilhelm Rau, Wiesbaden, F. Steiner, 1977.
VolumétrieXXII et 338 pages, 35 lignes par page, 40-50 signes par ligne.
Nombre de signes556000
Reproduction moderneAutres éditions: voir Ramseier 1993.
DiffusionLa diffusion de l'ouvrage est limitée par sa spécialisation et sa grande difficulté. Il reste cependant très connu et admiré dans toute la tradition linguistique sanskrite. Il a été l'objet de plusieurs commentaires. Le plus ancien est la Vṛtti sur les sections I et II de Harivṛṣabha, souvent attribuée à Bhartṛhari lui-même. Viennent ensuite les commentaires de Puṇyarāja et Helārāja (12e s.) et un remarquable commentaire moderne, l'Ambākartrī de Raghunātha Śarman (1963-1977). Traduction anglaise: K.A. Subrahmanya Iyer. Traduction française partielle: Bhartṛhari, Vākyapadīya Brahmakāṇḍa avec la Vṛtti de Harivṛṣabha, traduction par Madeleine Biardeau, Paris, De Boccard, 1964.
Langues ciblesSanskrit
MétalangueSanskrit
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageLe Vākyapadīya est divisé en trois sections, appelées kāṇḍa, ce qui lui a valu d'être appelé parfois Trikāṇḍī. La première, intitulée Brahmakāṇḍa "Section du principe suprême", est métaphysique. Elle pose d'emblée la parole comme substrat ontologique de tous les êtres et propose une voie de salut dans cette perspective. Le salut est conçu comme une libération de la diversité phénoménale par une voie qui est la prise de conscience de la nature de la parole dans sa réalité ultime. La prise de conscience commence par la connaissance de la grammaire, la réflexion sur la nature de la parole; la méditation sur sa structure fondamentale par la voie de la discipline psychologique du yoga a son point ultime dans le samādhi, ou arrêt des fonctions psychiques, où le sujet et la parole principielle ne sont plus qu'une seule et même conscience. La grammaire est donc donnée comme la "voie royale" du salut. La deuxième partie, intitulée Vākyakāṇḍa "Section de la phrase", s'attache de plus près à la nature du langage et aborde de nombreuses questions de linguistique générale; très érudite en matière philosophique, elle est remplie d'allusions brèves à de nombreuses thèses d'écoles diverses. La troisième partie, intitulée Padakāṇḍa ou Prakīrṇakāṇḍa "Section du mot" ou "Section de sujets mêlés", se rapproche encore plus des notions de grammaire courante, traitant de sujets comme la dérivation, la composition, l'action signifiée par le verbe, le temps, le genre, le nombre, etc.
Objectif de l'auteurIl est, dans le contexte indien, de construire un système d'explication du monde à visée sotériologique sur la base de la technique de la grammaire telle que l'a conçue l'école du vyākaraṇa. La démarche de Bhartṛhari s'inscrit dans le modèle de celle des logiciens de l'école du nyāya qui, sur la base d'une technique d'argumentation, ont construit une philosophie réaliste et théiste, ou de celle des exégètes de l'école de la mīmāṃsā qui sont partis des techniques d'interprétation des textes de rituel, pour édifier une philosophie athéiste du rite efficient par lui-même, etc. Dans chaque cas est proposée une voie de salut partant, elle aussi, de la technique de base.
Intérêt généralL'ambition de magnifier la simple technique grammaticale de construction des mots et des phrases à partir des morphèmes qu'est le vyākaraṇa a conduit les grammairiens de l'école de Pāṇini à réfléchir profondément sur les structures du langage et l'on trouve dans leurs œuvres, dont le Vākyapadīya est le sommet, un trésor de définitions et d'analyses de concepts linguistiques proprement dits. L'intérêt de ce texte est donc double: linguistique autant que philosophique. Le Vākyapadīya est aussi un document précieux par le grand nombre de thèses d'écoles adverses auxquelles il fait allusion et qui ne sont pas connues par ailleurs dans la littérature qui nous est parvenue.
Parties du discours
Innovations term.
Corpus illustratif
Indications compl.
Influence subieBhartṛhari appartient à une époque d'affrontements philosophiques et doctrinaux entre les bouddhistes et les diverses écoles philosophiques brahmaniques des logiciens, des exégètes, etc. Il possède une grande érudition dont il est tributaire. Mais sa source principale reste le Mahābhāṣya de Patañjali. Il avait une connaissance intime de ce texte qui contient juste quelques aperçus de caractère philosophique, mais qu'il suit de près et amplifie. Il est, d'ailleurs, l'auteur d'un commentaire en prose élaboré sur le Mahābhāṣya. Le Vākyapadīya en vers est plus distant de la lettre de l'œuvre de Patañjali, mais est pénétré de toute sa matière. Pour le contenu proprement linguistique, il est très proche de Patañjali. La troisième section peut en fait être considérée comme un commentaire libre de passages du Mahābhāṣya.
Influence exercéeL'influence du Vākyapadīya est considérable pour le développement du vyākaraṇa. Il est la source obligée de toute réflexion d'ordre linguistique. Il a eu une grande influence dans l'étude même du Mahābhāṣya, les commentateurs de ce texte ne manquant pas de se référer à son interprétation. Son influence s'étend en dehors de la linguistique dans toute la littérature philosophique. Sa métaphysique de la parole a intéressé les écoles monistes. S'il n'a pas emporté l'adhésion directe de penseurs comme Śaṅkara, il s'est formé une interprétation de sa pensée, la rapprochant du monisme des continuateurs de ce philosophe. Il a aussi suscité l'opposition franche d'écoles adverses telles que les śivaïtes du Kaśmīr.
Renvois bibliographiques→ Références
Biardeau M. 1964; Ramseier Y. 1993; Verpooten J.-M. 2009
Rédacteur

Filliozat, Pierre-Sylvain

Création ou mise à jour2000