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Tras la huella lingüística de la prehistoria

Swadesh, Morris

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurLinguistique générale [5337]
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CTLF Images (éd. 1960) – «La Lingüística como instrumento de la Prehistoria». Dans l'incapacité de trouver les ayants-droits, malgré nos recherches, nous donnons provisoirement accès au présent texte. Nous examinerons toute observation qui nous serait transmise au sujet de l'ouvrage et nous en tiendrons compte

TextesCTLF Texte
Auteur(s)

Swadesh, Morris

Variantes: Variante du prénom: Mauricio.

Datation: 22 janvier 1909 - 20 juillet 1967

Linguiste nord-américain, né à Holyoke (Massachusetts, USA). Etudes supérieures à l'université de Chicago, licence en 1930, maîtrise de lettres en 1931, doctorat en linguistique de l'université de Yale en 1933. Formation complémentaire en anthropologie en 1949-1953, Columbia University et en 1953-1955 à l'université de Denver. Professeur associé à l'université de Wisconsin (1937-1939). Il fonde l'Ecole Nationale d'Anthropologie et d'Histoire à Mexico en 1939, où il détiendra une chaire de 1956 à 1964; professeur à l'Institut Polytechnique National, à l'Ecole d'Anthropologie, Mexico (1939-1941), à l'université Ibéroaméricaine, Mexico (1956-1961); conférencier à l'Université Centrale du Venezuela, Caracas (1959), directeur de recherches à l'université Nationale Autonome de Mexico (UNAM) de 1960 à sa mort; professeur invité dans les universités de Seattle (Washington, USA, 1962), d'Edmonton (Alberta, Canada). Swadesh œuvra très activement dans le domaine de l'éducation indigène au Mexique et contribua largement à fonder l'anthropologie générale et appliquée dans ce pays. On lui doit des avancées remarquables (quoique critiquées) en classification et géographie linguistique en Amérique.

Titre de l'ouvrageTras la huella lingüística de la prehistoria
Titre traduitÀ la recherche des traces linguistiques de la préhistoire
Titre courtTras la huella lingüística de la prehistoria
Remarques sur le titre
Période|20e s.|
Type de l'ouvragePetit essai de vulgarisation scientifique de style nettement polémique, mais rédigé aussi à l'attention d'un public d'étudiants ou de non linguistes (archéologues, anthropologues, historiens…). L'édition en elle-même fait penser à cette orientation pédagogique, de même que le style didactique, les nombreux matériaux et illustrations, cartes et schémas.
Type indexéAnthropologie | Classification des langues | Culture et langage | Linguistique historique | Linguistique générale
Édition originaleUniversidad Nacional de México, Suplementos del Seminario de Problemas Científicos y Filosóficos, n° 26, série 2, 1960; éditeurs: Guillermo Haro, feu Samuel Ramos, Eli de Gortari.
Édition utiliséeUniversidad Nacional de México, Suplementos del Seminario de Problemas Científicos y Filosóficos, n° 26, série 2, 1960; éditeurs: Guillermo Haro, feu Samuel Ramos, Eli de Gortari.
Volumétrie49 pages, 4 cartes, 3 tableaux, 12 listes diagnostiques d'une vingtaine de mots, 3 schémas de phonétique articulatoire, 4 graphes de réseaux d'affinités de langues rassemblées en macro-groupes, 1 planche de numération digitale.
Nombre de signes80000
Reproduction moderne
Diffusion
Langues ciblesLangues du monde
MétalangueEspagnol
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrage1. Les portes qui mènent au passé lointain; traces vivantes de la préhistoire; les anciennes communautés; antécédents des langues romanes; comment situer les régionalismes; les lois du changement phonétique. 2. Itinéraires de l'homme; neutralisation du facteur hasard par la quantité; preuves renforcées; le réseau linguistique mondial […]. 3. Connaissances ancestrales; le chien; Dieu et les jours; une protection contre le froid; l'origine des mathématiques [sic!]. 4. Où en est la linguistique?; aspects d'un nouveau paradigme; la linguistique comparative en tant que science; l'affinité des langues; comment les faits se défendent; théorie de l'emprunt; variabilité des sons; l'avenir de la linguistique comparée. 5. La preuve par comparaison en chaîne.
Objectif de l'auteurSwadesh, qui est un vulgarisateur enthousiaste (cf. Estudios sobre lengua y cultura, México, D.F., 1960; La nueva filologia, México, D.F., 1960), soutient dans ce petit opuscule l'idée qu'il est possible de remonter à un état ancien de convergence d'un ensemble de seulement 300 langues. Il défend bec et ongles la notion de parenté lointaine et répond aux détracteurs de la glottochronologie. Il est clair que Swadesh connaît et entend bien les critiques de ses adversaires. Il tente d'y répondre point par point. Il tente de légitimer des apparentements lointains par un tableau montrant la régularité des lois phonétiques entre espagnol et anglais (pez = fish, por = for, padre = father, pavor = fear, plegar = fold, pleno = full, tenuo = thin, tres = three, en-tonces = then, através = through, tumor = thumb, cuerno = horn, etc.), liste qu'il accompagne de schémas articulatoires. Une liste comparative de bien plus ample distance temporelle (nahuatl-hittite-sanscrit-latin) vient se plaquer ensuite sur la preuve faite de la parenté anglais-espagnol. Swadesh énumère les phylae qu'il reconstruit par ce procédé de comparaison à grande échelle: macro-caribe, macro-aruak, macro-quechua, macro-hoka, basco-déné, macro-australien, indo-européen (on notera la différence avec la théorie nostratique des chercheurs soviétiques de l'après-guerre, d'inspiration analogue dans les macro-regroupements, qui fédère l'indo-européen dans un macro-groupe), chamito-sémitique, groupe soudan, congoan, khoisan. Swadesh présente une carte de la diffusion de ces macro-aires selon la théorie des ondes. Il est persuadé d'ouvrir un nouveau paradigme en linguistique, dont il énonce les sept principes méthodologiques: 1) rejet de l'arbre généalogique (cf. le paradigme schleicherien), auquel se substitue le réseau d'affinités; 2) origine commune de toutes les langues, ou du moins, à partir d'un nombre très réduit de groupes linguistiques (son choix définitif pour l'une ou l'autre hypothèse n'est pas très clair); 3) diversification récente des macro-groupes linguistiques: la diversité actuelle des langues ne refléterait pas plus de 100 000 ans d'histoire, mais plutôt une étape intermédiaire d'il y a environ 40 000 ans (hypothèse reprise par Ruhlen 1994); 4) pondération du facteur hasard en glottochronologie (GC); 5) calcul du temps de séparation rendu possible grâce à la GC; 6) reconstruction de la culture préhistorique par le lexique (ex. prototypes de numération de un à cinq sur les doigts de la main: un système "indo-européen" qui commence par le petit doigt pour finir par le pouce s'opposerait à un "système finno-ougrien", qui compte du pouce au petit doigt); 7) reconstruction de la proto-langue (cf. le proto-world de Ruhlen 1994).
Intérêt généralMoment incontournable de la doctrine de Swadesh et plaidoyer pour la glottochronologie et la comparaison à grande profondeur temporelle basée sur des listes diagnostiques. Dans la cinquième partie de l'opuscule, Swadesh livre au lecteur des échantillons de telles listes en séries enchaînées à l'appui de sa démonstration: nahuatl vs lenca, lenca vs quiché, huastèque vs mixe, mixe vs wintun (Haute Californie), chinook vs kwakiutl, kwakiutl vs esquimo, esquimo vs chukchi, chukchi vs yukaguir, yukaguir vs finnois (je note 9 erreurs phonologiques sur 19 mots témoins dans la dernière liste!). Poussant toujours plus loin ses spéculations diachroniques, il tente de reconstruire un fragment de flexion verbale (verbe *kir- = "couper") de la proto-proto-langue qu'il postule, en citant japonais (kiri), totonac (kaa), anglais (shear), latin (curtare) et sanscrit, basée sur des suffixes directionnels et les procédés de réduplication et de métaphonie.
Parties du discours
Innovations term.
Corpus illustratif
Indications compl.Aucun traitement de la (morpho)syntaxe. En revanche, lexique et phonétique historique fournissent des "preuves" du bien fondé de sa méthode. Swadesh oppose le congénérisme linguistique, fruit de la glottochronologie, au casualisme de ses détracteurs. Il défend la notion de "réseau linguistique mondial" qui fédérerait dans la longue durée historique toutes les langues du globe. Notions de "renouvellement de similitudes" entre langues (c'est-à-dire renouvellement du vocabulaire plutôt par choix lexicaux convergents que par choix différentiels), "principe de correspondance discontinue": deux langues éloignées partagent un même terme désignant un référent (arbre, institution, etc.) qu'ils partageaient autrefois en une communauté de culture. En fait, Swadesh se contente de donner des labels à de vieilles techniques comparatistes.
Influence subieSwadesh divise clairement la linguistique en deux perspectives: celle des "savants" novateurs, dont il fait partie, et celle des sceptiques conservateurs (ses détracteurs). Références citées: pour la reconstruction des langues indigènes du Mexique, il cite comme pionniers les travaux de Manuel Orozco y Berre, Francisco Pimentel, Francisco Belmar. Eux sont des "vrais savants", comme don Gumesindo Mendoza qui, au 19e s., tenta de comparer le nahuatl au sanscrit (!) et inspira le linguiste américain Dennison. Paul Rivet tenta de démontrer la parenté des langues d'Australie avec les langues chon tout au sud de l'Amérique. Swadesh fait également référence au Catalogue des Langues Connues de Lorenzo Hervás y Panduro (1784) et au glossaire comparatif de 285 mots en 200 langues européennes et asiatiques de P. S. Pallas (1786). En revanche, à aucun endroit, Swadesh ne cite nommément ses détracteurs.
Influence exercéeEnorme sur le mouvement "babéliste" contemporain, tel qu'il est défendu notamment par Meritt Ruhlen, Colin Renfrew et Cavalli-Sforza, tendance qui, comme chez Swadesh, se nourrit et se conforte des succès de sa propre vulgarisation auprès du grand public. On peut dire que le linguiste Ruhlen et le généticien Cavalli-Sforza ont achevé 40 ans plus tard l'œuvre de reconstruction et de vulgarisation amorcée par Swadesh. Or la méthode de Swadesh est aisément falsifiable (cf. les travaux de Donald Ringe pour l'aspect statistique), et l'examen des matériaux donnés comme "preuves irréfutables" dans les listes diagnostiques laisse pantois tant elles contiennent de coquilles ou d'erreurs. Il faut par ailleurs citer l'énorme influence de Swadesh sur la linguistique en Amérique centrale, ses listes diagnostiques étant systématiquement reprises pour examiner les degrés d'apparentements entre langues (cf. notamment Schumann 1983, Kaufman 1974).
Renvois bibliographiques→ Références
Kaufman T. 1974; Ringe D. A. 1992; Ringe D. A. 1995; Ruhlen M. 1994; Schumann O. 1983; Swadesh M. 1955; Swadesh M. 1959; Swadesh M. 1971; Trask R. L. 1995; Trask R. L. 1996
Rédacteur

Léonard, Jean Léo

Création ou mise à jour2000