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Essais de linguistique générale

Jakobson, Roman

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurLinguistique générale [5339]
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CTLF Images (éd. 1963, trad. fr.)

TextesCTLF Textes (12)
Auteur(s)

Jakobson, Roman

Forme complète: Jakobson, Roman Ossipovitch

Datation: 22 octobre 1896 - 18 juillet 1982

Date de naissance: 10 octobre selon le calendrier julien en vigueur de son vivant. Linguiste russe de naissance (né à Moscou, Russie, mort à Boston, Etats-Unis), linguiste, phonologue, phonéticien, spécialiste de littérature et de poésie. Il fait ses études à Moscou, de 1905 à 1914, à l'Institut Lazarev des langues orientales où il découvre la littérature et le folklore russes. De 1914 à 1918, il est inscrit à la Faculté d'histoire et de philologie dont il sort diplômé en 1918. Il y subit l'influence des linguistes russes F. Fortounatov et A. Chakkhmatov et il découvre J. Baudouin de Courtenay et F. de Saussure. Il contribue en 1915 à la création du Cercle Linguistique de Moscou où il débat sur la langue, la littérature et le folklore. En 1917, il poursuit sa formation à l'université de St Pétersbourg et il participe à la Société pour l'étude du langage poétique. En 1920, il quitte l'URSS et se fixe en Tchécoslovaquie. Il enseigne à l'université de Brno et il participe en 1926 à la fondation du Cercle Linguistique de Prague (président V. Mathesius) dont il reste le vice-président jusqu'en 1938. C'est dans ce Cercle qu'il présente ses recherches novatrices en phonologie: Proposition au premier congrès de linguistes et qu'il noue un fructueux dialogue avec N. S. Troubetzkoy. Il soutient son habilitation (Habilitationsschrift) sur la métrique de la poésie du slave du nord à l'université Charles de Prague en 1930. Pour fuir le nazisme et contraint par le déplacement du front de la guerre, il s'expatrie à plusieurs reprises. Entre 1938 et 1940, il réside en Scandinavie où il donne des conférences, écrit des articles et prend part à la vie académique. Au Danemark, il collabore étroitement avec les membres du Cercle Linguistique de Copenhague (V. Brøndal, L. Hjelmslev). En Norvège, il projette avec A. Sommerfelt la rédaction d'un atlas phonologique de toutes les langues du monde. En Suède, il diffuse à Uppsala ses conceptions de la phonologie et réalise son étude linguistique de l'aphasie; il y rencontre J. Lotz, spécialiste des langues finno-ougriennes. En 1941, il s'installe définitivement aux Etats-Unis. A New York, il enseigne les études slaves à l'Ecole libre des hautes études, fondée en 1942 par des savants belges et français en exil. Il y rencontre le mathématicien J. Hadamard et l'anthropologue C. Lévi-Strauss. Il donne aussi des cours à l'université Columbia (New York) de 1943 à 1949. C'est l'initiateur du Linguistic Circle of New York qui publie la revue Word (premier numéro en 1945). Il se déplace ensuite à Cambridge (à Harvard et au MIT). Son œuvre est considérable: 475 titres, 374 livres ou articles, 101 textes divers; 7, puis 8 volumes de Selected Writings de 800 pages chacun (2e éd., 1971-1988). Elle couvre tous les domaines de la linguistique générale, de la phonétique et de la phonologie, de l'acquisition et de la perte du langage par aphasie, de l'histoire des langues et de la littérature, de l'étude du folklore, de la métrique et de la poésie. Grand diffuseur du structuralisme linguistique, il est critique sur la plupart des concepts du Cours de linguistique générale de Saussure (la langue, l'arbitraire du signe, la synchronie), silencieux sur d'autres (la valeur) et il accorde une grande importance à un concept qui n'est pas saussurien (la fonction). Son influence dans l'analyse des relations langue / parole est fondamentale: Jakobson a permis de renouer le dialogue entre phonétique et phonologie interrompu par la radicalisation saussurienne de l'opposition entre forme et substance.

Titre de l'ouvrageEssais de linguistique générale
Titre traduit
Titre courtEssais de linguistique générale
Remarques sur le titre
Période|20e s.|
Type de l'ouvrageRéunion d'articles sur différents domaines de la linguistique.
Type indexéLinguistique générale | Phonologie | Recueil d'articles
Édition originale1963, Paris, Editions de Minuit.
Édition utiliséePremière édition, 1963, Paris, Editions de Minuit.
Volumétrie13,5 x 21,5 cm, 260 pages, nombre moyen de signes par page: 2500.
Nombre de signes650000
Reproduction moderneOuvrage toujours présent sur le catalogue de l'éditeur.
DiffusionOuvrage actuellement diffusé en édition de poche. Nombreuses citations dans les ouvrages de vulgarisation. Conception du recueil, traduction et préface par Nicolas Ruwet (professeur à l'Université de Paris 8).
Langues ciblesLangues du monde, en particulier anglais et russe
MétalangueMétalangue originelle: anglais; métalangue de la traduction: français
Langue des exemplesExemples en anglais, russe, français, allemand, tchèque, lituanien, samoyède…
Sommaire de l'ouvragePréface de N. Ruwet [p. 7-21]. Première partie: Problèmes généraux. Chap. 1, Le langage commun des linguistes et des anthropologues [25-42]. Chap. 2, Deux aspects du langage et deux types d'aphasie [43-67]. Chap. 3, Les études typologiques et leur contribution à la linguistique historique comparée [68-77]. Chap. 4, Aspects linguistiques de la traduction [78-86]. Chap. 5, Linguistique et théorie de la communication [87-99]. Deuxième partie: Phonologie. Chap. 6 (en collab. avec Morris Halle), Phonologie et phonétique [103-149]. Chap. 7 (en collab. avec Morris Halle), Tension et laxité [150-157]. Troisième partie: Grammaire. Chap. 8, L'aspect phonologique et l'aspect grammatical du langage, dans leurs interrelations [161-175]. Chap. 9, Les embrayeurs, les catégories verbales et le verbe russe [176-196]. Chap. 10, La notion de signification grammaticale selon Boas [197-206]. Quatrième partie: Poétique. Chap. 11, Linguistique et poétique [209-248]. Appendices: A. Liste des abréviations. B. Bibliographie abrégée de R. Jakobson [251-257].
Objectif de l'auteurTrois intentions: i) développer une analyse binariste de la phonologie, ii) en généraliser le principe aux autres domaines de la linguistique, iii) réévaluer l'apport de la sémantique.
Intérêt généralL'ouvrage a joué un rôle éminent dans les entours de la linguistique structurale française des années 1960 et 1970. La psychanalyse, l'anthropologie et l'analyse des textes littéraires ont largement emprunté à une théorie qui s'est moins bien imposée en phonologie. Avec la traduction de Jakobson (après Martinet, Eléments de linguistique générale, 1960, et peu avant Benveniste, Problèmes de linguistique générale [I], 1966), la linguistique devient en France la référence majeure des sciences humaines. Les différents courants du structuralisme sont réunis et rendus compatibles dans un souci d'œcuménisme et de vulgarisation qui atténue leurs différences.
Parties du discoursElles sont essentiellement envisagées sous l'angle de la morphologie; un chapitre est consacré aux embrayeurs – les pronoms – et deux au verbe russe et au verbe anglais.
Innovations term.Particulièrement importantes du fait des exigences de la traduction. On distinguera (exemplification non exhaustive): i) les nouvelles valeurs de termes reçus et les néologismes: émetteur / receveur, métaphone, invariants sémantiques, mots-phrases, contexture, alternation, langage-objet, mot-noyau, antigrammatical / agrammatical, bruit sémantique, point de vue fictionaliste (en phonologie), syllabème, protensité, symbole-index, désignateurs / connecteurs et les six facteurs du langage (p. 214) associés aux six fonctions (p. 220); ii) des suggestions de traduction telles que sign design/sign event rendu par modèle sémiotique/procès sémiotique, bundle par faisceau (de traits distinctifs), code-switching par commutation du code et recodage, shifter par embrayeur…; iii) les réticences: entre autres, Jakobson marque son désaccord avec idiolecte ("l'idiolecte n'est donc, en fin de compte, qu'une fiction, quelque peu perverse" [p. 33]), avec allophone et contraste à quoi sont préférés variante et opposition (p. 34). On pourrait citer de nombreux mots qui se trouvent dans d'autres textes, mais qui, en fait, sont passés dans l'usage grâce à Jakobson.
Corpus illustratifExemples de très nombreuses langues avec une prédilection pour le français en phonologie, le russe en morphologie et l'anglais en poétique.
Indications compl.
Influence subieJakobson se situe au confluent des quatre courants du structuralisme (slave, francophone, scandinave et anglo-américain) et dans une certaine continuité de la grammaire comparée. Son travail syncrétique implique des références continues à une multiplicité d'héritages en même temps qu'une confrontation aux travaux de ses contemporains. Par ordre d'importance, les travaux de Troubetzkoy et leurs prolongements dans le Cercle Linguistique de Moscou et le Cercle Linguistique de Prague sont dominants. Suivent, par ordre décroissant, Saussure, Sapir et Boas, Peirce, les formalistes russes, Chomsky…
Influence exercéeAuprès des linguistes, Jakobson a été et reste, fondamentalement, un des maîtres de la phonologie structurale, notamment dans une formulation binariste des traits. Son intérêt pour les champs nouveaux (aphasiologie, traitement automatique du signal, théorie de la communication) ou renouvelés (histoire de la linguistique, poétique) a été déterminant dans l'ouverture du champ de la linguistique aux domaines connexes. Le prestige acquis par la linguistique dans les années 1950 à 1970 auprès des chercheurs en sciences humaines doit beaucoup aux Essais de linguistique générale.
Renvois bibliographiques→ Références
Austerlitz R. & Waugh L. R. 2009; Delas D. 1993; Dosse F. 1991; Fontaine J. 1974; Georgin R. & Georgin R. 1978; Ghils P. 1994; Sériot P. 1996
Rédacteur

Bergounioux, Gabriel

Création ou mise à jour2000