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Diversions of Purley

Tooke Horne, John

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires anglaises [3621]
Auteur(s)

Tooke Horne, John

Datation: 25 juin 1736 - 18 mars 1812

Polémiste et philologue anglais. John Horne, né à Westminster dans le foyer d'un fournisseur du roi, après un B.A. de Cambridge, entreprit, sur l'insistance de son père, une carrière ecclésiastique à laquelle il n'aspirait guère. Il délaissa vite sa paroisse de Brentford dont il ne garda le bénéfice que de 1760 à 1771, pour voyager sur le continent, de 1763 à 1767, en qualité de précepteur. Ses rencontres avec Wilkes, Voltaire et Sterne y furent déterminantes. A son retour, il se distingua par ses pamphlets virulents et sa participation active au débat politique qui se soldèrent par quelques condamnations rédhibitoires pour ses chances de promotion ou de reconversion dans la seule carrière dont il rêvait, le barreau. La fortune héritée de son père lui permit de s'établir à Londres, d'où il faisait de fréquentes visites à Purley, Surrey, au domaine de son ami William Tooke. C'est en hommage à leur amitié, que John Horne ajouta en 1782 le nom de Tooke à son patronyme, et intitula son œuvre principale ΕΠΕΑ ΠΤΕΡΟΕΝΤΑ, or the Diversions of Purley. Il ne cessa sa vie durant de participer au débat politique, qu'il alimentait avec combativité, esprit, finesse, astuce et un peu de provocation. Les positions de ce radical aux réactions plus viscérales qu'idéologiques, furent souvent perçues à tort comme celles d'un sympathisant des révolutionnaires français en opposition totale au régime, et lui valurent maints déboires dont une accusation de haute trahison et plusieurs échecs aux élections législatives. Ses idées sur le langage s'inscrivent dans ce contexte politique polémique. L'origine de sa réflexion semble remonter à des considérations linguistiques dont il se servit pour se défendre lors d'un procès en 1778, et qu'il publia sous la forme d'un pamphlet intitulé Letter to John Dunning. Sa lecture matérialiste de l'empirisme de Locke l'amena à penser qu'il n'existe pas d'idées abstraites, mais seulement des termes abstraits, et que ce qu'on prend pour des opérations de l'esprit n'est en fait qu'opérations de langage. Ces opérations-là ne pouvaient dès lors apparaître qu'essentielles au polémiste qu'il était (voir DNB, vol. 19, p. 967-974)… Et on pourra noter que cette étude sur le langage, initialement instrument au service de la polémique, devient vite elle-même objet de polémique dans le débat qui l'oppose à Harris 1750 et Monboddo 1773-1792 (voir Bergheaud 1979b, p. 184).

Titre de l'ouvrageΕΠΕΑ ΠΤΕΡΟΕΝΤΑ or, the Diversions of Purley
Titre traduitMots ailés, ou Divertissements de Purley
Titre courtDiversions of Purley
Remarques sur le titre
Période|18e s.|
Type de l'ouvrageOuvrage de réflexion sur le langage à prétentions universelles et fondements philosophiques.
Type indexéGrammaire philosophique | Grammaire universelle
Édition originale1re partie: 1786, Londres, J. Johnson; 2e partie: 1805, Londres, J. Johnson.
Édition utiliséeReproduction en fac-similé de la 2e éd. de 1798 (vol. I) et 1805 (vol. II) (Londres, J. Johnson) par la Scolar Press Ltd.
VolumétrieFormat: in-4°; Vol. I: [10] + 534 + [2] + [4] pages (548 p.). Vol. II: [10] + 516 + [38] p. (564 p.).
Nombre de signes1000000
Reproduction moderneDeux reproductions modernes sont disponibles: un fac-similé de la 2e éd. en la possession de l'éditeur R.C. Alston, publié à Menston par la Scolar Press en 1968 (E.L. n° 127), et un fac-similé de l'édition de 1829 édité par Roy Harris avec une introduction de 12 p., publié à Londres par Routledge/Thoemmes Press en 1993.
DiffusionLa 1re édition ne comportait qu'un volume in-8°. La 2e édition, considérablement étoffée, fut la première à présenter 2 volumes, publiés à Londres en 1798 et 1805 respectivement. Alston 1971 (p. 58, n° 853-854) recense 7 autres éditions dont 1 à Philadelphie (1806-1807) et 6 à Londres (1815, 1820, 1829, 1840, 1857 et 1860), ce qui atteste de l'intérêt que suscitait encore cet ouvrage plus de 50 ans après sa parution. Horne Tooke semble avoir travaillé à un 3e volume qui aurait été presque complet quand il le brûla au cours de sa dernière maladie (voir DNB, vol. 19, p. 972).
Langues ciblesAnglais le plus souvent, mais pas nécessairement: le projet universel impose à l'auteur de considérer d'autres langues également, dont en particulier le latin, le grec, le français et l'italien mais aussi l'allemand, le hollandais, le danois, le suédois…
MétalangueAnglais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageVolume I. Page de garde, Illustration, Page de titre; Page blanche, Dédicace à l'Université de Cambridge et au Rev. Dr Beadon de Jesus College; Page blanche; Table des matières de la première partie; Citation de Vossius et du Président de Brosses; Errata; Page blanche; Introduction (p. 1-15); Chap. 1: De la division ou de la distribution du langage (17-29); Chap. 2: Quelques remarques sur l'Essay de M. Locke. (30-43); Chap. 3: Les parties du discours (44-51); Chap. 4: Le nom (52-57); Chap. 5: L'article et l'interjection (58-73); Avis au lecteur (74-80); Chap. 6: Le mot that (81-98); Avis au lecteur (99-101); Chap. 7: Les conjonctions (102-149); Chap. 8: Etymologie des conjonctions anglaises (150-287); Chap. 9: Les Prépositions (288-457) avec une planche – reproduisant le diagramme des prépositions de Wilkins – intercalée entre les p. 454 et 455; Chap. 10: Les adverbes (458-534).
Volume II. Page de garde; Page de titre; Page blanche; Dédicace aux jurés de son procès pour haute trahison , à son avocat et aux assistants de ce dernier; Table des matières de la seconde partie; Citation de Rabelais; Page d'errata; Chap. 1: Les droits de l'Homme (1-14); Chap. 2: L'abstraction (mots dérivés du latin, du grec, de l'italien et du français) (15-35); Chap. 3 à 5: Même sujet: suite (mots dérivés de mots déjà anglais) (36-426); Chap. 6: Les adjectifs (427-463); Chap. 7 et 8: Les participes (464-516); Index pour la 1re partie (5 p. non numérotées); Page blanche; Index pour la 2e partie (30 p. non numérotées); Page de garde.
Objectif de l'auteurLe premier objectif poursuivi par Horne Tooke, pour qui la grammaire est "absolument nécessaire à la recherche de la vérité philosophique" et de "la nature de l'entendement humain" (vol. 1, p.5; 12), est d'atteindre cette vérité et cette nature en recherchant les causes et raisons du langage (ce en quoi il se démarque explicitement de Lowth: voir vol. 2, p. 90). Il se situe donc sur le même plan que Harris et Monboddo, dont il prend systématiquement le contre-pied, ce qui peut laisser subodorer l'existence d'un second objectif: une polémique fondée sur une contestation des idées philosophiques mentalistes de ses rivaux au profit d'idées empiristes beaucoup plus matérialistes.
Intérêt généralOuvrage théorique proposant sous la forme d'un dialogue entre amis, une réflexion sur la langue d'une maladresse parfois flagrante et d'un positivisme assurément excessif – à tel point qu'il conduit à une impasse –, mais très stimulante et qui lui a valu d'être "peut-être l'ouvrage linguistique le plus largement débattu en Grande Bretagne à la fin du 18es. et au début du 19e" (Harris & Taylor 1991 [1989], p. 139). Voir aussi Bergheaud 1979, p. 194-195.
Parties du discoursTooke, qui ne voit dans les opérations de la pensée que des réceptions d'impressions sensorielles dont les seuls signes sont des noms, défend une vision nominaliste du discours. Le verbe, simple marqueur de relations linguistiques entre les signes des perceptions, n'est, selon lui, pas fondamental, seulement nécessaire à la communication qui est la fonction essentielle du langage. A eux deux, le nom et le verbe constituent les seules parties dissociables dans le discours. Tout le reste (décrit sous le terme de "particule" dans la plupart des grammaires philosophiques) n'est qu'"abréviations", substituables à des suites de termes nominaux ou verbaux récupérables, qui n'ont pas de valeur référentielle en dehors du pur linguistique: ce ne sont que des signes d'autres mots, résultats de processus historiques divers (d'où le rôle dévolu à l'étymologie) utilisés pour communiquer nos pensées de façon plus concise (by dispatch). C'est ce que s'efforce de prouver Tooke dans une étude qu'il mène à partir des parties du discours traditionnelles. Voir Bergheaud 1979a, p. 27-28 et 1979b, p. 192.
Innovations term.Innovations terminologiques négligeables malgré l'originalité du propos, ce qui rend souvent ce dernier confus et bride considérablement les développements théoriques (voir Bergheaud 1979a, p. 29-30). L'innovation essentielle consiste dans l'introduction du terme d'abbreviation. Assimilées aux "ailes de Mercure" (vol. 1, p. 25-29), à rapprocher des "mots ailés" évoqués dans le titre de l'ouvrage, ces "abréviations" sont au centre de l'étude.
Corpus illustratifDe nombreux exemples sont empruntés aux Ecritures (La Genèse, l'Apocalypse) ou à la littérature (Gower, Chaucer, Sir Thomas More, Shakespeare, Ben Jonson, Milton, Wycherly). On note aussi quelques emprunts plus atypiques, à des plaidoiries en particulier, et même des développements polémiques créés par l'auteur (voir vol. 2, p. 14) qui donnent un ton plus intime à ce travail.
Indications compl.Techniques d'analyse utilisées: 2 techniques principales, la paraphrase et l'étymologie. La paraphrase est essentielle pour expliciter les fonctions que Tooke accorde aux diverses "abréviations" dans les couplages d'"exemples" et "résolutions" auxquels il procède constamment. Il semblerait qu'il s'agisse d'une des premières utilisations de cette technique qui sera reprise par Fearn 1824 avant de se développer largement durant notre 20e s. (voir Bergheaud 1979a, p. 33-34). Quant au recours à l'étymologie, il est à distinguer de l'étude philologique. Il ne s'agit pas pour Tooke de révéler l'histoire de la langue, mais de proposer une théorie du fonctionnement du discours qui repose sur l'étymologie: le langage n'est pour Tooke explicable que par le langage, et l'étymologie est pour lui, selon les termes de Bergheaud (1979b, p. 32) "à la fois méthode d'investigation et, globalement, preuve méta-théorique des fondements de la théorie".
Influence subieHorne Tooke situe sa réflexion dans la lignée de la réflexion philosophique, rationnelle et universelle de Campanella, Caramuel, Sanctius, Scioppius et Wilkins, mais précise qu'aucun de ces auteurs ne le satisfait pleinement; il se démarque de même très nettement de Harris et Monboddo, et à travers eux, d'Aristote, Scaliger et Arnauld & Lancelot. Horne Tooke reconnaît une dette envers Locke, fondateur du courant philosophique empiriste anglais; et sa conception du langage rejoint certaines positions de Condillac. Il convient néanmoins de remarquer qu'il élabore sa théorie dans un isolement extrême qui contraste avec les constants échanges d'idées auxquels se livrent ses contemporains (échanges entre enseignants, au sein de sociétés savantes ou bien par le truchement de correspondance): voir Bergheaud 1979b, p. 190 et 1980, p. 215. Ces Diversions sont le fruit d'une pensée originale.
Influence exercéeHorne Tooke emporta l'adhésion des radicaux Bentham et Darwin (Bergheaud 1979b), d'empiristes et utilitaristes du 19e s. comme James Mill, d'adhérents de la science newtonienne favorables à une linguistique plus matérialiste que celle de Harris (voir Robins 1996, Aarsleff 1967 chap. 3, Bergheaud 1979b); il fut cité par des grammairiens de renom comme Webster ou Fogg… Mais il fut par ailleurs fortement contesté: voir l'Anti-Tooke de Fearn 1824-1827 et N.N. 1840. Aarsleff (1967, p. 73) qui l'accuse d'avoir retardé l'évolution de la linguistique comparative et historique de quelque 30 ans, Joly éd. 1972, Asbach-Schnitker 1973 et Coseriu 1974 sont très critiques sur son influence. Harris & Taylor (1991 [1989]), au contraire, la considèrent comme positive et déterminante, ouvrant à l'étude du langage la voie qui sépare le domaine du spéculatif de la science empirique et suggèrent que dans la réception faite à cet ouvrage, l'appréciation de l'homme politique était indissociable de celle du philosophe du langage.
Renvois bibliographiques→ Références
Aarsleff H. 1967 {p. 44-114}; Aarsleff H. 1975; Alston R. C. 1965; Anonyme 1840; Asbach-Schnitker B. 1973; Bergheaud P. 1979; Bergheaud P. 1979; Bergheaud P. 1980; Coseriu E. 1972; Funke O. V. 1934 {p. 85-119}; Harris J. 1993; Harris R. & Taylor T. J. 1989 {p. 120-150}; Juliard P. 1970; Land S. K. 1974; Michael I. 1987; Michael I. 1991; Poldauf I. 1948 {p. 132-133}; Robins R. H. 1967 {p. 15, 5-158}; Robins R. H. & Masataka Miyawaki 2009; Rousse J. 1975; Stephen L. & Lee S. (éd.) 1908; Sundby B., Bjørge A. K. & Haughland K. E. 1991; Thurot F. 1972; Yarborough M. C. 1926; Yolton J. W. 1984
Rédacteur

Verrac, Monique

Création ou mise à jour2000