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Langage. Introduction linguistique à l'histoire

Vendryes, Joseph

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurLinguistique générale [5323]
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CTLF Images (éd. 1923)

TextesCTLF Textes (2)
Auteur(s)

Vendryes, Joseph

Forme complète: Vendryes, Joseph Jean-Baptiste Marie

Datation: 13 janvier 1875 - 30 janvier 1960

Linguiste français, né et mort à Paris, qui a mené une longue carrière d'indo-européaniste, de celtisant et de généraliste. Agrégé en 1894, docteur en 1902, il prend très jeune (à l'âge de 32 ans), en 1907, la succession de V. Henry à la chaire de grammaire comparée des langues indo-européennes de la Faculté de Paris (Sorbonne) après avoir enseigné le grec à Clermont-Ferrand de 1902 à 1906, puis à Caen en 1906/1907. Il exercera toute sa vie de nombreuses fonctions officielles à la Sorbonne, à la Société de linguistique de Paris, à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Dans sa formation, il a eu pour maîtres, en particulier, V. Henry, F. Brunot, L. Havet et surtout A. Meillet; en Allemagne, R. Thurneysen, sous l'influence duquel il a publié ses premiers articles dans le domaine celtique où il va devenir une référence (il devient, en 1925, directeur des études celtiques à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes). Il a développé également un intérêt de généraliste pour l'onomastique. C'est en 1914 qu'il termine le manuscrit de Le langage. Introduction linguistique à l'histoire, manuel de linguistique générale constamment réédité qui ne paraîtra qu'en 1921, après le Cours de linguistique générale de Saussure, et dont l'orientation principale semble devoir surtout à Meillet.

Titre de l'ouvrageLe langage. Introduction linguistique à l'histoire
Titre traduit
Titre courtLangage. Introduction linguistique à l'histoire
Remarques sur le titre
Période|20e s.|
Type de l'ouvrageOuvrage de linguistique générale fondé sur l'observation et la description de nombreuses langues et de diverses pratiques linguistiques.
Type indexéClassification des langues | Linguistique historique | Linguistique générale
Édition originaleOuvrage terminé en 1914. Publié à Paris, La Renaissance, Coll. L'Evolution de l'Humanité fondée par H. Berr et le Centre International de Synthèse en 1921, 439 p.
Édition utilisée1968, Paris, La Renaissance du Livre et Albin Michel (poche).
VolumétrieIn-16°, [8] + 445 pages, 2400 signes par page.
Nombre de signes1085800
Reproduction moderneOuvrage actuellement disponible en librairie (éd. de 1968, Paris, La Renaissance du Livre et Albin Michel).
DiffusionPrincipales rééditions: 1939, Paris, Albin Michel, avec un nouvel appendice bibliographique; 1950, Paris, Albin Michel, avec un nouvel appendice bibliographique; 1968, Paris, Albin Michel, avec un complément bibliographique par Philippe Grauer. Traductions: a) anglais: 1925, 1931, 1951: Language. A Linguistic Introduction to History, trad. de Paul Radin, London, Kegan, New York, Trubner & co., puis, Barnes & Noble, [vii], XXVIII, 378 p.; b) polonais: 1956, trad. par Kazimierz Libera, T. Jezyk, Varsovie, Panstowe Wyd. Naukowe, 365 p.
Langues ciblesLangues du domaine indo-européen et celte principalement.
MétalangueFrançais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageDédicace à A. Meillet et R. Gauthiot. Préambule à l'éd. de 1968, par Paul Chalus [p. 9-10]. Préface [11-16]. Introduction: L'origine du langage [17-32]. Première partie: Les sons. Chap. 1. Le matériel sonore [33-48]; Chap. 2. Le système phonétique et ses transformations [49-67]; Chap. 3. Le mot phonétique et l'image verbale [68-90]; Deuxième partie: La grammaire. Chap. 1. Mots et morphèmes [91-108]; Chap. 2. Les catégories grammaticales [109-133]; Chap. 3. Différentes espèces de mots [134-156]; Chap. 4. Le langage affectif [157-175]; Chap. 5. Les transformations morphologiques [176-196]. Troisième partie: Le vocabulaire. Chap. 1. Nature et étendue du vocabulaire [197-214]; Chap. 2. Comment les mots changent de sens [215-235]; Chap. 3. Comment les notions changent de nom [236-258]; Quatrième partie: Constitution des langues. Chap. 1. Le langage et les langues [259-271]; Chap. 2. Dialectes et langues spéciales [272-286]; Chap. 3. Les langues communes [287-308]; Chap. 4. Contact et mélange des langues [308-324]; Chap. 5. La parenté linguistique et la méthode comparative [325-342]; Cinquième partie: L'écriture. Chap. 1. Origine et développement de l'écriture [343-359]; Chap. 2. La langue écrite et l'orthographe [360-372]. Conclusion: Le progrès du langage [373-390]. Notes [391-406]. Bibliographie [407-414]. Bibliographie complémentaire [avec des éléments d'appréciation], par Philippe Grauer [415-433]. Index [435-440]. Table des matières [441-444].
Objectif de l'auteurAssigner sa place au langage dans une œuvre consacrée à l'histoire de l'humanité; le faire en "linguiste de profession" (vs le physiologiste, le psychologue, le sociologue, l'historien…) à partir du seul fait linguistique, en procédant du simple au complexe (sons, grammaire, vocabulaire, langues) et en traitant de l'écriture dans un appendice. Le point de vue adopté est celui de la langue comme système de signes, point de vue qui n'exclut pas les relations aux disciplines connexes, mais qui vise à la constitution d'une linguistique générale. L'auteur considère que l'ouvrage publié sous le nom de Saussure (le Cours de Linguistique Générale) "n'est pas un exposé méthodique et complet de linguistique générale" (p. 13, note).
Intérêt généralAlors que Meillet (Linguistique historique et linguistique générale, t. 1, 1921; t. 2, 1936) n'offre qu'un recueil d'articles disparates qui ne convergent qu'implicitement vers la linguistique générale, l'ouvrage de Vendryes prend place, lui, dans une constellation où l'on trouve le Cours de linguistique générale de F. de Saussure (1916), Language d'E. Sapir (1921), Le langage d'O. Jespersen (1924), et même Language de L. Bloomfield (1933). Chacun de ces ouvrages concourt à sa manière à l'établissement d'une somme définitive sur le langage, envisagé d'un point de vue purement linguistique. Le parti pris de Vendryes est celui de Meillet: les langues, systèmes de signes et faits sociaux sont considérés comme l'expression de civilisations (plus ou moins évoluées), émanations de "mentalités" hiérarchisées. L'avènement des "catégories logiques" dans l'antiquité classique marque pour lui un seuil décisif dans le "progrès de l'esprit". Dans ce projet, "l'évolution" des systèmes prime donc sur leur description synchronique, au contraire de Saussure. L'ouvrage représentera à lui seul la linguistique générale dans l'université française jusqu'à une date avancée (d'où les rééditions jusqu'en 1968), faisant largement écran à toutes les innovations étrangères…
Parties du discoursLe traitement des parties du discours est abordé dans le chap. 3 de la 2e partie (p. 134-156). Vendryes souligne l'inadéquation de la classification traditionnelle; il propose de supprimer l'interjection, d'isoler les morphèmes (prépositions, conjonctions, articles, pronoms personnels), de réunir substantifs et adjectifs dans la classe des noms. S'attachant surtout aux noms et aux verbes dans différentes langues, il montre que la distinction entre les deux classes doit être établie moins sur la forme que sur l'emploi de leurs items (p. 140). "Noms et verbes représentent les éléments vivants du langage par opposition aux outils grammaticaux (prépositions, conjonctions, articles ou pronoms)." (p. 153) Il évoque aussi "une classification psychologique, qui ne reposerait pas seulement sur la nature des représentations enfermées dans les mots, mais sur l'importance que l'esprit attache à ses représentations" (ibid.). On classerait ainsi les mots des plus concrets (ceux qui frappent le plus, mais aussi les plus fugitifs, par ex. les noms propres) aux plus abstraits (les plus stables dans la mémoire, les outils grammaticaux).
Innovations term.Le langage est défini ici comme un "système de signes". Cette définition est référée non à Saussure, mais à B. Leroy (1905, Paris: Le langage). Les sémantèmes sont distingués des morphèmes. Cette distinction vise à dégager l'analyse linguistique de la prégnance du modèle psychologiste lié à la catégorie d'"image verbale": l'expression linguistique des rapports entre "images verbales" est différente dans chaque langue et assumée par les morphèmes.
Corpus illustratifComposé essentiellement de mots empruntés à différentes langues, plus rarement de phrases, parfois de citations d'autorités (les références des sources sont alors données en note).
Indications compl.Il s'agit d'une "somme" qui ne vise donc pas à introduire d'innovations majeures. Néanmoins, la seconde partie est sans doute la plus intéressante avec une discussion sur la notion de morphème qui va se poursuivre au moins jusqu'à Bloomfield et une distinction importante entre morphème et sémantème (chap. 1). Dans le même esprit, la réflexion sur les catégories grammaticales (voix, nombre, genre, temps, chap. 2), témoigne à la fois: a) de la volonté de maintenir ces catégories métalinguistiques héritées; b) de la difficulté à les appliquer à toutes les langues; c) de leur relativité historique et culturelle et de la nécessité de les réformer. Cette réflexion prépare la conclusion tout en nuance sur la notion de "progrès" linguistique, amorcée en France par L'essai de sémantique de Bréal, et caractéristique de l'Ecole française…
Influence subieLes influences de Vendryes sont celles de ses maîtres. Néanmoins, A. Meillet est sans doute l'inspirateur principal. Cela apparaît particulièrement quand Vendryes aborde les questions touchant aux langues spéciales (argots, langues religieuses…), aux rapports centre / périphérie des systèmes linguistiques (dialectes), à tout ce qui concerne les rapports langues / sociétés (cf. Quatrième partie de l'ouvrage).
Influence exercéeComme pour A. Meillet, l'influence de Vendryes sur les générations suivantes est difficile à établir: Vendryes a des successeurs. A-t-il des disciples? On peut citer toutefois, et à des titres divers: M. L. Sjoestedt, L. Tesnière, J. Bloch, A. Basset, F. Mossé. En ce qui concerne la linguistique générale proprement dite, la génération suivante sera en effet beaucoup plus influencée par les Ecoles périphériques (Cercle Linguistique de Prague, Copenhague…), même si Le langage reste pour longtemps la référence dominante du domaine dans l'Université française, le "manuel" d'un "lieutenant" selon les propos rapportés d'A. Martinet (Chevalier & Encrevé 1984, p. 61). La nécrologie de Benveniste est éloquente: le comparatiste et le celtisant sont respectueusement salués, le généraliste est surtout resitué dans son époque…
Renvois bibliographiques→ Références
Benveniste É. 1966; Charle C. 1986; Chevalier J.-C. & Encrevé P. 1984; Meillet A. 1922; Sebeok T. A. 1975
Rédacteur

Puech, Christian

Création ou mise à jour2000