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Miqnēh ’Avrām, Peculium Abrae

’Avrāhām Ben Mē’īr De Balmes

DomaineTraditions non-occidentales
SecteurGrammaires de l'hébreu [4211]
Auteur(s)

’Avrāhām Ben Mē’īr De Balmes

Datation: ca 1440-1523

’Avrāhām Ben Mē’īr De Balmes fut médecin, philosophe, traducteur et grammairien de l'hébreu. Né à Lecce (Italie du sud), il obtint en 1492 un doctorat de médecine et de philosophie à l'Université de Naples. Lorsque la communauté juive fut expulsée de cette ville, il devint, à Venise, le médecin du Cardinal Grimani; ce dernier l'incita à traduire en latin les versions hébraïques de plusieurs œuvres philosophiques arabes, notamment le commentaire d'Averroès sur Aristote. Il est mort à Padoue (où il enseignait la philosophie) avant la publication de sa grammaire hébraïque Miqnēh ’Avrām, Peculium Abrae.

Adaptateur(s)

Qalonymos Bar Qalonymos [1]

[1] Il a achevé la traduction de l'ouvrage, interrompue par la mort de l'auteur (f. D ii, v°: hic obiit rabi Abraham de Balmis; hucusque est eius traductio). Il a par ailleurs ajouté un dernier chapitre, consacré aux signes de cantilation biblique.

Datation: fl. 1er quart du 16e s.

Qalonymos Bar Qalonymos était un médecin juif.

Titre de l'ouvrageMiqnēh ’Avrām, Peculium Abrae. Grammatica hebraea una cum Latino nuper edita per Doctiss. Virum Magistrum Abraham de Balmis Artium & Medicinae doctorem
Titre traduitLe cheptel d'Abram, Grammaire hébraïque avec latin, récemment éditée, par le très savant Abraham de Balmes, docteur ès Arts et Médecine
Titre courtMiqnēh ’Avrām, Peculium Abrae
Remarques sur le titreL'expression Miqnēh ’Avrām est une citation de la Bible (Genèse 13, 7). En hébreu biblique, le mot miqnēh signifie à la fois "propriété" et "troupeaux", ce que reprend bien le terme latin peculium, "propriété", pris dans son sens étymologique (pecus, "bétail").
Période|16e s.|
Type de l'ouvrageGrammaire bilingue (hébreu / latin), descriptive et philosophique, de l'hébreu biblique.
Type indexéGrammaire descriptive | Grammaire philosophique
Édition originalePosthume: 1523, Venise, Daniel Bomberg.
Édition utiliséeLa première édition.
VolumétrieIn-4°, 629 pages foliotées de a-i à O-iiii, 2 200 signes env. par page latine, 1 160 signes env. par page hébraïque.
Nombre de signes1050000
Reproduction moderne
DiffusionLe texte hébraïque seul, sans la traduction latine, est également publié par Bomberg en 1523.
Langues ciblesHébreu (biblique)
MétalangueHébreu (médiéval) et latin
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvragePréface en latin de l'éditeur, D. Bomberg (3 pages). Préface en hébreu de l'auteur (3 p.). Chap. premier: définition et divisions de la grammaire hébraïque (3 p.). La grammaire comporte des éléments simples (consonnes, points-voyelles) et des combinaisons (des lettres en syllabes, des syllabes en mots, des mots en discours). Cette organisation commande le plan de la grammaire. Chap. 2: des lettres (nombre, noms, graphie, classification des consonnes selon le point d'articulation, prononciation, répartition en radicales et serviles, groupes de consonnes impossibles, 42 p.). Chap. 3: des points-voyelles (nom, figure, prononciation, 36 p.). Chap. 4: les parties du discours. Le nom (catégories, classification par schèmes, 169 p.). Chap. 5: le verbe (définition, nombre de schèmes, modes et temps, caractéristiques morphologiques, 165 p.). Chap. 6: les particules (regroupées selon leur signification, 9 p.). Chap. 7: composition et régime (affixes verbaux, syntaxe des lettres serviles [= consonnes pouvant fonctionner comme constituants morphologiques divers], construction des verbes intransitifs et transitifs, 109 p.). Chap. 8: prononciation et accents (place de l'accent tonique, rôle du trait d'union, 34 p.). Dernier chap., non numéroté, ajouté après la mort de l'auteur: les signes de cantilation biblique (56 p.).
Objectif de l'auteurDans la préface à l'édition hébraïque, il critique les grammairiens qui l'ont précédé, et dont les ajouts à l'enseignement des anciens sont désordonnés et parfois injustifiés. Dans l'éd. bilingue, il oppose aux juifs de Venise – peu attirés par les connaissances linguistiques – l'imprimeur chrétien Daniel Bomberg, qui lui a commandé cette grammaire. L'avant-propos de l'éditeur et le recours aux numéros de chapitres pour les références bibliques montrent que l'ouvrage a été rédigé pour un public chrétien.
Intérêt généralOutre son orientation philosophique, de Balmes est le premier grammairien de l'hébreu à consacrer un chapitre indépendant à la syntaxe. Il est également le premier à combiner la tradition grammaticale hébraïque, héritière des concepts et des méthodes de la grammaire arabe, avec la tradition latine d'analyse linguistique, ce qui lui permet d'aborder des points inédits.
Parties du discoursTraitement qui est celui de tous les grammairiens de l'hébreu (nom / nomen, verbe / verbum, particule / dictio), une division que de Balmes considère comme conforme à la nature. Comme chez D. Qimḥī, les pronoms sont traités au chap. des particules, puisqu'ils sont eux aussi des mots invariables.
Innovations term.Surtout dans la description du verbe. Ainsi, parmi les huit "dispositions verbales", on trouve, à côté des termes traditionnels (binyān / conjugatio [schème verbal], mišqāl / pondus [schème nominal]), le mot din (lat. ius [droit]) pour désigner la forme verbale attendue mais non attestée en raison d'accidents phonétiques, ou encore pā‘ūl (lat. actum) pour désigner la construction (transitive ou intransitive) du verbe.
Corpus illustratifBiblique.
Indications compl.Conception de la langue hébraïque: elle résulte d'une convention entre Dieu et l'homme. En même temps, comme Dieu est l'auteur de cette langue, elle est parfaitement adéquate à la nature (convenientia suae impositionis est decens naturis rerum omnibus quia secundum illarum naturam convenit [Creator] illas cognominare). Pour de Balmes, ce caractère à la fois naturel et conventionnel de l'hébreu est prouvé par le fait que les mots "homme" (’īš) et "femme" (’iššāh) ont la même origine, ce qui n'est attesté dans aucune autre langue.
Traitement de la phonétique: de Balmes est avec Profiat Duran l'un des rares auteurs post-qimḥiens qui contestent la présentation des voyelles en cinq longues et cinq brèves. Il critique cette théorie, mais ne se rallie pas pour autant à l'opinion des anciens (Ḥayyūğ, Ibn ‘Ezrā). Il conclut à l'existence de neuf "rois" et d'un "serviteur" (le šĕwā’). Par ailleurs, il compare les sons de l'hébreu à ceux d'autres langues (arabe, grec, latin), ce qui est inhabituel chez les grammairiens juifs.
Traitement de la syntaxe: c'est dans ce domaine que de Balmes innove le plus. Son plan (phonétique, morphologie, syntaxe), qui se substitue au plan classique (nom, verbe, particule), est le premier du genre dans une grammaire hébraïque. Son analyse du verbe l'amène à distinguer entre des types de phrases (énonciatives ou impératives). Le chapitre sur la syntaxe comporte plusieurs références au latin.
Influence subieDe Balmes se dit le disciple de Messer Leon (Yĕhūḏāh ben Yĕḥiel), représentant typique de l'humanisme juif et auteur d'une grammaire parue en 1454, ainsi que de Mōšeh ben Šem ṭōv ibn Ḥabīb (mil. 15e s.). Tous deux se situent dans la lignée de la grammaire philosophique dont le principal représentant est Profiat Duran (début 15e s.), très souvent cité par de Balmes. Dans l'ensemble, ce dernier privilégie les opinions des anciens (Ḥayyūğ, Ibn Ğanāḥ, Ibn ‘Ezrā) et conteste la position dominante des Qimḥī, que trop de grammairiens selon lui suivent sans faire preuve d'esprit critique. La philosophie grecque est également présente: le Cratyle à propos de l'origine du langage, et surtout Aristote, notamment la Poétique et la Métaphysique (nombreuses références). L'utilisation de certains termes (compositio, congruitas, modus significationis, terminare) a souvent fait supposer une influence de la grammaire spéculative, mais de Balmes, familier des commentaires aristotéliciens, a pu puiser ces concepts à leur source.
Influence exercéeLimitée. La part trop importante faite à la logique, l'excès de détails, la tendance à l'abstraction et le rapprochement avec la langue latine ont empêché l'ouvrage de trouver son public. Composé à l'instigation d'un éditeur chrétien, il a eu sur les hébraïsants chrétiens du 16e s. beaucoup moins d'influence que les manuels d'Elie Lévita – plus brefs et plus clairs. En 1525, Sébastien Münster en critiquera les redites et la complication. La prise de position contre les Qimḥī restera également sans écho, car les travaux contemporains de Lévita renforcent définitivement l'autorité du Miḵlōl. Cependant, de Balmes est cité par plusieurs auteurs du 17e et du 18e s., parmi lesquels Spinoza (Klijnsmit 1992, p. 5).
Renvois bibliographiques→ Références
Aslanoff C. 1996; Bacher W. 1892 {p 228-230}; Klijnsmit A. J. 1992; Roth C. & Wigoder G. (éd.) 1971 {vol. 4, col. 140-142, et vol. 16, col. 1374-1375}; Van Bekkum W. J. 2009
Rédacteur

Kessler-Mesguich, Sophie

Création ou mise à jour2000