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Antinomies linguistiques

Henry, Victor

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurLinguistique générale [5307]
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TextesCTLF Textes (4)
Auteur(s)

Henry, Victor

Datation: 17 août 1850 - 21 septembre 1907

Linguiste français né en Alsace et mort à Sceaux (près de Paris). A partir de 1888, Victor Henry succède à A. Bergaigne à la chaire de sanscrit et grammaire comparée de la Faculté des Lettres de Paris (Sorbonne) qu'il partage d'abord avec S. Lévi, puis qu'il occupe seul. Il est partiellement un autodidacte en linguistique. Formé d'abord en Droit et Sciences Economiques, il prépare sa thèse en enseignant l'économie à la Faculté de Lille, en assumant les fonctions de conservateur en chef de la bibliothèque municipale de Lille. En 1880, il est licencié en Lettres. En 1881, il intègre la Société de Linguistique de Paris grâce à M. Bréal et rejoint le milieu où il rencontrera d'Arbois de Jubainville, A. Meillet, F. de Saussure. Docteur en 1883 (Etudes sur l'analogie…), il voit sa thèse couronnée par le prix Volney et lui valoir un poste d'assistant en Philologie Classique à Douai, avant d'entamer sa carrière parisienne. Si l'autodidaxie n'est pas rare en linguistique à la fin du 19e s., le parcours d'Henry est relativement exceptionnel: pas de formation philologique, débuts en linguistique amérindienne, accès aux milieux parisiens à partir de la province.

Titre de l'ouvrageAntinomies linguistiques
Titre traduit
Titre courtAntinomies linguistiques
Remarques sur le titre
Période|20e s.|
Type de l'ouvrageOuvrage de réflexion sur la linguistique, à forte teneur épistémologique, bien informé des débats de son temps, et qui relève de la linguistique générale avant la lettre, ou de la philosophie de la linguistique.
Type indexéLinguistique générale | Philosophie du langage
Édition originale1896, Paris, Alcan, ancienne librairie Germer Baillière et Cie, Bibliothèque de la Faculté des lettres de Paris, 2.
Édition utiliséePremière éd., 1896, Paris, Alcan.
VolumétrieIn-8°, 80 pages, 2900 signes par page environ.
Nombre de signes230000
Reproduction moderne1988, Didier Erudition, Paris. Reprint avec la participation de l'Atelier des thèses de Lille et l'Université Paris X Nanterre, avec une préface et une note bio-bibliographique (p. 1-10) de Jean-Louis Chiss et Christian Puech. Cette réédition est couplée, dans le même volume, avec Le langage martien. Etude de la genèse d'une langue dans un cas de glossolalie somnambulique (1901), Paris, J. Maisonneuve, Libraire éditeur, du même auteur.
DiffusionCet ouvrage n'a connu qu'une seule édition, en français [Reprint, 1988].
Langues ciblesPlutôt que des langues particulières, c'est le langage qui est la cible de cet ouvrage général qui emprunte la plupart de ses exemples au latin, au français, à l'allemand… mais qui peut recourir au sanscrit, à l'afghan, au persan
MétalangueFrançais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageIntroduction [p. 1-3]. CHAPITRE PREMIER – NATURE DU LANGAGE [3-24]: I. Généralités [3-5]; II. Qu'est-ce qu'un langage? [5-9]; III. La vie du langage [9-18]; IV. La vie des mots [18-25]. CHAPITRE II – ORIGINE DU LANGAGE [25-47]: I. Généralités [25-28]; II. Le langage-réflexe [28-30]; III. Le langage signal [30-34]; IV. Le langage interprète de la pensée [34-37]; V. Phusei ou thesei? [37-47]. CHAPITRE III – LANGAGE ET PENSEE [47-79]: I. Généralités [48-50]; II. Moins de mots que d'idées? [50-55]; III. Plus de mots que d'idées? [55-59]; IV. Langage transmis et langage appris [59-64]; V. Conscience de l'acte, inconscience du procédé [64-79]; Table des Matières [79].
Objectif de l'auteurSous le patronage du Discours de la méthode de Descartes, V. Henry se propose de revenir sur les fondements de la linguistique, jugés faibles, au regard des résultats acquis par la grammaire historique et comparée développée tout au long du 19e s. Les trois antinomies (terme sans doute emprunté à la Critique de la raison pure de Kant) se présentent sous la triple forme: thèse, antithèse, synthèse. Elles se proposent de résoudre trois difficultés principales de la linguistique de l'époque: ontologie linguistique, origine du langage, rapports langue / pensée, en distinguant rigoureusement ce qui relève d'une connaissance linguistique et ce qui lui échappe et revient à d'autres disciplines (psychologie, paléontologie, physiologie…). Il s'agit: a) d'une thérapeutique métalinguistique (que recouvrent exactement les notions de "langue", "langage", "dialecte", "mots" , "pensée", "idée", "représentation"…?); b) d'une réflexion principielle (que nous apprennent les résultats empiriques de la linguistique sur la faculté de langage?); c) d'un retour critique sur de vieux débats (nature / convention) sans cesse réactualisés; d) d'une réflexion épistémologique: tout ce qui relève de la science dans le langage relève-t-il d'une science du langage? De quelle nature sont les lois dont s'occupe la linguistique?
Intérêt généralL'intérêt principal de l'ouvrage est de fournir au lecteur une synthèse impressionnante – en un petit volume – des débats qui ont agité le 19e s. et de les mettre en perspective dans une réflexion qui vise à dégager: a) des enjeux généraux de la connaissance linguistique; b) le "spécifiquement linguistique" à partir d'une démarche critique souvent fine; c) l'articulation de la linguistique et de la biologie, de la psychologie et de l'histoire. Dans le débat entre "naturalistes" (P. Regnaud, J. Vinson, A. Hovelacque, A. Schleicher…) et "historiens" (M. Bréal, A. Meillet, H. Schuchardt), les Antinomies cherche à définir une place originale: les lois dégagées par la linguistique sont des lois historiques, mais elle ne sont pas conscientes pour cela. La question du statut du "sujet parlant" et de son rôle est ainsi posée dans des termes certes différents de ceux d'un Whitney, puis d'un Saussure, mais dans un esprit pourtant proche. Le retour sur la question de l'origine du langage vise à montrer que si le langage est "naturel", les langues observables sont toutes des produits socio-historiques qui ne sont pas pourtant des créations conscientes, continuées et transformées par une quelconque "volonté" ou "intelligence". C'est cet "agnosticisme" épistémologique qui signale l'intérêt historique de l'ouvrage.
Parties du discours
Innovations term.Henry propose une distinction originale entre "langage transmis" (acquis sans apprentissage conscient) et langage acquis (avec apprentissage conscient). Cette distinction sera reprise par Charles Bally et discutée.
Corpus illustratifLes exemples (phonétique, morphologie, syntaxe) sont empruntés principalement au français (sans exclure le parler enfantin), à l'allemand, à l'anglais et au domaine européen (avec prédilection pour le latin) sous forme de mots et de morphèmes isolés la plupart du temps. Peu d'emprunts aux textes.
Indications compl.
Influence subieL'ouvrage occupe une place charnière à la fin du 19e s. entre le paradigme "naturaliste" auquel Henry a d'abord appartenu jusqu'en 1883, et le paradigme "historique" mis en place par Bréal en France, relayant les néo-grammairiens et cherchant à les dépasser. Au cœur du débat: le statut des lois phonétiques et leur valeur générale pour tout ce qui touche aux langues et au langage. Chacune des antinomies vise non à concilier la thèse et l'antithèse, mais à discriminer des "points de vue". La distinction "langage transmis" / "langage acquis" vise ainsi à circonscrire les champs respectifs de l'inconscient et du conscient dans les faits de langage, ceux de l'opposition de la nature et de la convention, ceux, enfin, du langage et de la pensée, de la norme et de l'usage. Les exemples empruntés aux différents domaines de spécialité de l'auteur et aux différents domaines de la linguistique (de la phonétique à la morphologie, la syntaxe et la sémantique) mettent en évidence la faiblesse de la psychologie (des facultés) sur laquelle s'appuient les linguistes de l'époque (Bréal, en particulier) fondée essentiellement sur "la volonté", "la conscience", "l'habitude". La démarche critique d'Henry le conduit à dialoguer avec les œuvres des linguistes et les philosophes du langage les plus importants de l'époque sans se satisfaire d'aucun: H. Schuchardt est un interlocuteur privilégié mais souvent implicite (correspondance de 1885 à 1905), Darmesteter un prédécesseur victime de ses métaphores biologiques, A. Regnaud un objet de polémiques. E. Renan semble être une référence majeure sur la question de l'origine. Bréal est un maître respecté mais discuté.
Influence exercéeL'influence des Antinomies linguistiques est faible au delà de son espace immédiat de réception. Celle-ci consiste en comptes rendus provenant des tenants des deux paradigmes opposés. Regnaud et Vinson sont les plus sévères et réaffirment les principes de Schleicher. Meillet reprochera à Henry d'avoir réservé trop peu de place au statut sociologique des langues, reproche qu'il réitérera à propos du Cours de linguistique générale de F. de Saussure… Le caractère "spéculatif" arrête souvent les contemporains, comme les arrêtera le CLG. La littérature contemporaine retiendra plutôt la contribution d'Henry à l'étude des glossolalies du Langage martien. L'intérêt porté à Henry est alors indirect et concerne en fait plutôt Saussure.
Renvois bibliographiques→ Références
Auroux S. 1996; Charle C. 1985; Chiss J.-L. & Puech C. 1987; Chiss J.-L. & Puech C. 1999; Décimo M. 1995; Desmet P. 1992; Desmet P. 1994; Koerner E. F. 1973; Lepschy G. C. 1974; Puech C. 2009; Todorov T. 1977
Rédacteur

Puech, Christian

Création ou mise à jour2000