CTLF Corpus de textes linguistiques fondamentaux • IMPRIMER • RETOUR ÉCRAN
CTLF - Menu général - Notices

Système primitif des voyelles

Saussure, Ferdinand de

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurLinguistique historico-comparative [5213]
Liens

CTLF Images (éd. 1879)

Gallica (éd. 1879)

TextesCTLF Texte
Auteur(s)

Saussure, Ferdinand de

Datation: 26 novembre 1857 - 22 février 1913

Linguiste suisse, né à Genève, mort à Vufflens (près de Genève). Etudes à Genève, Leipzig (1876-1878), Berlin (1878-1879) et Paris. Saussure publie à l'âge de 21 ans un ouvrage majeur de grammaire comparée, le Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes (Leipzig, 1879 [1878]). Thèse de doctorat (De l'emploi du génitif absolu en sanscrit) soutenue en 1880 et publiée en 1881 (= Recueil…, p. 269-338). En 1880, il s'installe à Paris pour suivre les enseignements de l'Ecole des Hautes Etudes, établissement où Bréal lui cède son cours de grammaire comparée en 1881. Maître de conférences jusqu'en 1891 (avec une interruption en 1889-1890, où Meillet assure sa suppléance), il consacre son enseignement d'abord au germanique, puis à l'ensemble du domaine indo-européen. En 1891, il retourne à Genève, où l'on crée pour lui une chaire à l'Université. Il y restera jusqu'à sa mort, enseignant le sanscrit (dont il donnait un cours chaque année) et la linguistique indo-européenne, mais aussi la phonologie et la versification du français moderne. De 1907 à 1911, il donne en outre trois cours intitulés "linguistique générale", dont les notes d'étudiants seront, après sa mort, réorganisées (et parfois réinterprétées) par deux de ses élèves genevois (Ch. Bally et A. Sechehaye) pour devenir le célèbre Cours de linguistique générale publié en 1916. Voir De Mauro 1972.

Titre de l'ouvrageMémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes
Titre traduit
Titre courtSystème primitif des voyelles
Remarques sur le titre
Période|19e s.|
Type de l'ouvrageReconstruction du système primitif de la "langue mère", à partir de la comparaison des langues indo-européennes qui en dérivent.
Type indexéLinguistique historico-comparative | Traité de phonétique | Description des voyelles
Édition originale1879, Leipzig, Teubner, avec en note sur la page de couverture: "Paru en 1878".
Édition utilisée1879, Leipzig, Teubner.
VolumétrieIn-8°; nombre de pages: 302; nombre moyen de signes par page: 2600.
Nombre de signes785000
Reproduction moderne1968, reprint Hildesheim, G. Olms.
DiffusionRéimprimé à Paris en 1887. Repris dans le Recueil (1922), p. 1-268, avec une table de concordance des pages p. 637-638. La présente notice se réfère à la pagination du Recueil, plus facile d'accès. – Voir aussi Vincenzi 1978.
Langues ciblesIndo-européen et langues indo-européennes
MétalangueFrançais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrage[P. 2] Table des matières. [3-7] Revue des différentes opinions sur le système des a. [7-48] Chap. I: Les liquides et nasales sonantes. [48-66] Chap. II: Le phonème A dans les langues européennes. [66-109] Chap. III: Les deux o gréco-italiques. [110-116] Chap. IV: Indices de la pluralité des a dans la langue mère indo-européenne. [116-223] Chap. V: Rôle grammatical des différentes espèces d'a. [223-264] Chap. VI: De différents phénomènes relatifs aux sonantes i, u, r, n, m. [265-268] Additions et corrections.
Objectif de l'auteurLe point de départ est constitué par les travaux accomplis en Allemagne dans les années 1870, qui avaient contribué à "désanscritiser" l'indo-européen en montrant que la distinction des timbres e/o/a dans les langues de l'Europe, en regard de l'indistinction a de l'indo-iranien, reflétait l'état "proethnique", au lieu d'être le fruit d'une scission récente, comme le croyaient jusqu'alors les comparatistes. Mais Saussure va plus loin: son ambition est d'examiner comment les voyelles font système entre elles. Il dépasse ainsi le pur niveau de la phonétique pour accéder à celui de la morphonologie, à savoir la manière dont le procédé de l'alternance vocalique est utilisé dans la morphologie en indo-européen: toute formation se définit non seulement par la présence de tel ou tel morphème (suffixes, désinences), mais aussi par le degré vocalique (e, o ou zéro) de la racine, du suffixe ou de la désinence.
Intérêt généralLe véritable coup de génie de Saussure est de montrer que le principe général de l'alternance vocalique (degrés e, o et zéro) rend compte de tous les cas de figure qui superficiellement paraissent hétérogènes, notamment les alternances entre voyelle longue et voyelle brève ou entre formes dissyllabique et monosyllabique dans une même racine. Ex. une alternance *bhā- / bhă- "parler", qui fonctionne d'une manière identique à *ey- / i- "aller" (présent gr. phā-mİ / phă-men, parallèle à ei-mi / i-men), se ramène, dans son principe, au même type si l'on admet, par une démarche de reconstruction interne, que *bhā- repose sur un plus ancien *bheA- dont *bhă- < *bhA- représente le degré zéro. En postulant ce phonème A, auquel il donne le nom de "coefficient sonantique", Saussure est en mesure de ramener le cas marginal au cas général. Ces reconstructions algébriques ont reçu au 20e s. une confirmation factuelle lorsqu'a été déchiffrée la langue hittite. Ainsi, le "coefficient sonantique" à postuler dans i.-e. *pās- "garder" (< *peAs-) est attesté comme une consonne -h- dans hitt. pahs-, l'alternance skr. sani- / sā- (< i.-e. *senA- / snA- selon Saussure) est à rapprocher de hitt. sanh-, etc. Ainsi s'est développée la théorie dite des "laryngales", qui est l'une des plus grandes réussites de la méthode comparative appliquée à l'indo-européen (Lindeman 1997).
Parties du discours
Innovations term.Coefficients sonantiques. Utilisation fréquente du terme phonème, avec insistance sur sa valeur oppositive. Souci de comprendre le système de la langue dans son ensemble.
Corpus illustratif
Indications compl.La méthode employée est bien, avant la lettre, celle du structuralisme: ce qui importe, ce ne sont pas les voyelles en elles-mêmes, mais les relations entre elles, le système qu'elles forment, et plus encore la manière dont ce système fonctionne dans la morphologie. Par là Saussure met en évidence le principe de la hiérarchie des niveaux en linguistique.
Influence subieCurtius et les "Junggrammatiker" (notamment Brugmann), mais surtout, au-delà des personnes, l'effervescence intellectuelle de l'Allemagne, particulièrement à Leipzig, dans les années 1870. Trois découvertes majeures sont à signaler à cet égard: les nasales voyelles (i.-e. *ṃ, > i.-ir. a, gr. a, germ. um, un, etc.), la "loi des palatales" (trace de la distinction primitive *e, o, a en indo-iranien, sous la forme d'une action sur la consonne qui précède si c'est une dorsale) et la "loi de Brugmann" (i.-e. *o > i.-ir. ā en syllabe ouverte vs *e > ă, sans allongement). Elles prouvent d'une manière définitive le caractère périmé de l'alphaïsme de Schleicher et fournissent la solution d'un vieux problème que Johannes Schmidt venait d'aborder (1871-1875) sans parvenir, lui non plus, à le résoudre. Sans que Saussure puisse être considéré comme le premier inventeur de ces lois, il les a soit découvertes indépendamment (nasales, palatales), soit (loi de Brugmann) aussitôt assimilées (voir Collinge 1985).
Influence exercéeMeillet a dit du Mémoire qu'il était "le plus beau livre de grammaire comparée qu'on ait écrit". C'est à la fois le triomphe de la méthode comparative et un dépassement de la comparaison. En montrant, mieux que personne à son époque, que "la théorie des alternances est la base de la méthode" (ap. Benveniste 1964, p. 98), Saussure a donné au linguiste la tâche de "saisir les phénomènes dans leur lien intérieur" (p. 174), ouvrant ainsi la voie à certains des grands courants ultérieurs de la linguistique. Bien qu'il doive beaucoup au courant néo-grammairien, dont il représente, en un sens, un des acquis les plus brillants, le Mémoire pose un certain nombre de questions fondamentales que l'enseignement issu des néo-grammairiens a contribué à étouffer et qui ne sont réapparues qu'un demi-siècle plus tard.
Renvois bibliographiques→ Références
Amacker R. & Engler R. (éd.) 1990; Benveniste É. 1963; Benveniste É. 1964; Benveniste É. 1966; Engler R. 1968; Engler R. & Bouquet S. 2009; Gmür R. 1980; Gmür R. 1986; Gmür R. 1990; Koerner E. F. 1973; Koerner E. F. 1988; Koerner E. F. 1988; Kuryłowicz J. 1978; Mayrhofer M. 1981; Mayrhofer M. 1988; Meillet A. 1936; Meillet A. 1937; Morpurgo Davies A. 1996; Redard G. 1978; Reichler-Béguelin M.-J. 1990; Szemerényi O. J. 1973; Vallini C. 1969; Vallini C. 1978; Vallini C. 1990; Vincenzi G. C. 1978; Watkins C. 1978
Rédacteur

Lamberterie, Charles de

Création ou mise à jour2000