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Langue

Beauzée, Nicolas

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurCompilations [5160]
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CTLF Images (éd. 1765, vol. 9)

CTLF (PDF, éd. 1765, vol. 9)

ARTFL (éd. 1751-1772)

OBVIL (Beauzée, articles de l'Encyclopédie)

TextesCTLF Texte
Auteur(s)

Beauzée, Nicolas

Datation: 1717-1789

Grammairien, encyclopédiste, traducteur et éditeur scientifique. Membre de l'Académie française (nommé le 23 mai 1772), Beauzée est sans doute l'auteur qui représente la maturité de la grammaire générale classique. Professeur à l'École Royale Militaire, il succéda à Du Marsais pour la rédaction des articles de grammaire de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et collabore du t. VII (1756) au t. XVII (1765), produisant plus d'une centaine d'articles co-écrits avec Douchet (signés ERM pour École Royale militaire) ou rédigés seul (avec les initiales BERM). Les articles vont de "Formation" à "Z", les plus connus étant "Grammaire", "Inversion", "Langue", "Méthode", "Mot", et "Tems".

Titre de l'ouvrageLangue (Gramm.)
Titre traduit
Titre courtLangue
Remarques sur le titre
Période|18e s.|
Type de l'ouvrageArticle [signé BERM: Beauzée de l'École Royale Militaire].
Type indexéCompilation de langues | Origine du langage
Édition originale1765, 1re éd., vol. 9, édition de Paris (1751-1772).
Édition utiliséeEncyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, etc., Denis Diderot et Jean le Rond d'Alembert éd., éd. originale mise en ligne par ARTFL, University of Chicago et ATILF-CNRS, éd. Robert Morrissey 2013 (ARTFL Encyclopédie Project).
Volumétrie17 pages (p. 249-266), deux colonnes par page (notées A et B dans cette notice), env. 7500 signes par page.
Nombre de signes127500
Reproduction modernePour l'article "Langue", voir Auroux, Sylvain (1973).
DiffusionDe nombreuses réimpressions au cours du XVIIIe s. qui rendent l'histoire éditoriale de l'Encyclopédie complexe. De nombreuses éditions numériques récentes viennent complexifier davantage cette histoire car elles ne peuvent pas toujours établir l'origine des versions éditoriales utilisées. Pour une définition d'une édition originale de l'Encyclopédie, voir le projet ENCCRE (Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie).
Langues ciblesToutes les langues
MétalangueFrançais
Langue des exemplesLangues d'Europe modernes et anciennes (latin, grec); hébreu
Sommaire de l'ouvrageNous donnons le contenu général de l'article en indiquant ci-après les éléments de sa structure interne.
[Préambule] (p. 249A-250A)
Article I. Origine de la langue primitive (p. 250A-253B)
Article II. Multiplication miraculeuse des langues (p. 253B-256B)
Article III. Analyse & comparaison des langues (p. 256B-266A) [L'article III est divisé en trois paragraphes notés §. Chaque paragraphe est divisé en sous-parties notées 1 et 2.]. Le premier paragraphe (p. 257A-260B) expose la façon dont on peut distinguer les parties de la pensée et conduit à explorer l'ordre analytique et les différentes espèces de mots dans les langues. Il est en cela d'ordre plutôt morpho-syntaxique. Le deuxième paragraphe (p. 260B-262B) discute les propriétés communes et les différences des langues du point de vue des sons de la voix, en se fondant essentiellement sur les travaux et mémoires de de Brosses.Le troisième paragraphe (p. 262B-266A) expose les opinions les plus généralement reçues sur les langues: la génération successive des langues, d'une part (discussion autour des termes langue mère, filles et sœurs), et leur mérite respectif d'autre part. A cet endroit, Beauzée promeut avec enthousiasme la langue française, langue analogue «propre[s] à l'exposition nette & précise de la vérité», comme «l'idiome commun des savans de l'Europe» (p. 265B-266A).
Objectif de l'auteurDonner au lecteur des éléments d'analyse pour aborder la question des langues. Le lecteur apprend tout d'abord à distinguer les concepts de langue (dialectes et patois), idiome et langage, puis il est invité à parcourir avec l'auteur les questionnements philosophiques les plus répandus sur les langues (génération des langues, organisation et construction des langues, idées reçues sur les langues).
Intérêt généralLes deux premiers articles de l'article rendent compte des tensions des années 1750-1760 autour de la question des origines du langage. Beauzée cite un long passage du Discours de Rousseau et conclue que «l'hypothèse de l'homme sauvage, démentie par l'histoire authentique de la Genèse, ne peut d'ailleurs fournir aucun moyen plausible de former une premiere langue: la supposer naturelle, est une autre pensée inalliable avec les procédés constans & uniformes de la nature: c'est donc Dieu lui-même qui non-content de donner aux deux premiers individus du genre humain la précieuse faculté de parler, la mit encore aussi-tôt en plein exercice, en leur inspirant immédiatement l'envie & l'art d'imaginer les mots & les tours nécessaires aux besoins de la société naissante» (p. 253B).
Parties du discoursBeauzée présente à grands traits sa vision des parties du discours dans le premier langage de l'homme. Les premiers mots y possédaient une signification aussi étendue qu'une proposition entière. Sujet et attribut, verbe et nom, n'étaient pas distincts. Les substantifs équivalaient à des noms propres («Si donc les premiers inventeurs n'ont pu donner des noms qu'aux idées qu'ils avoient déjà, il s'ensuit que les premiers substantifs n'ont pu jamais être que des noms propres.», p. 251B), et l'infinitif était probablement le seul temps des verbes. Quant aux adjectifs, mots décrits comme «abstraits», la notion mettra du temps à se développer car «les abstractions sont des opérations pénibles & peu naturelles.» (p. 251B).
Innovations term.Les termes repris dans cet article sont développés dans les articles "Grammaire" et "Inversion". Il oppose au langage naturel (le «premier langage de l'homme») l'idée de «langues déjà formées» (implicitement décrites comme étant moins naturelles parce que plus abstraites, p. 251B). Il y a dans les langues formées «des mots destinés à exprimer les êtres, soit réels, soit abstraits, dont les idées peuvent être les objets de nos pensées, & des mots pour désigner les relations générales des êtres dont on parle» (p. 257A). De cette conception découle la classification des mots en mots déclinables (noms, pronoms, adjectifs, verbes) et mots indéclinables (prépositions, adverbes, conjonctions). Le texte de l'édition utilisée (p. 257A) présente une coquille à ce sujet: on y lit deux fois «indéclinables», le premier devant être lu «déclinables». De là peut-on établir deux types de langues (p. 258A), division reprise de l'abbé Girard (Vrais principes, 1747, t. 1, p. 23-25): les langues analogues (où la syntaxe est soumise à l'ordre analytique) d'une part, et les langues transpositives (où l'élocution donnent aux mots des terminaisons relatives à l'ordre analytique) d'autre part. Les mots déclinables sont caractéristiques des langues transpositives (p. 258A).
Corpus illustratifConstitué par de très nombreux exemples et mentions faites aux langues d'Europe (modernes et anciennes), d'Orient, et d'Amérique (comme la langue omogua).
Indications compl.Importance accordée à la syntaxe «car c'est surtout dans la syntaxe que consiste le génie principal & indestructible de tous les idiomes» (p. 259A), l'étymologie étant bien limitée pour expliquer la construction. En cela, Beauzée suit l'Abbé Girard pour qui «Ce n'est pas aux emprunts ni aux étymologies qu'il faut s'arrêter pour connoître l'origine & la parenté des langues: c'est à leur génie, en suivant pas-à-pas leurs progrès & leurs changemens» (Vrais principes, 1747, t. 1, p. 29, cité p. 263A). L'article "langue" renvoie aux articles: "Méthode", "Interjection", "Grammaire", "Inversion", "Mot", "Synonyme", "Hypallage", "Dictionnaire", et "Onomatopée".
Influence subieContinuateur de Du Marsais dans le cadre de l'Encyclopédie. Dans cet article, Beauzée reprend principalement les travaux de Du Marsais, Girard, Vaugelas, Claude Buffier et l'Abbé d'Olivet (notamment pour leurs traductions de Cicéron). Il mentionne également les auteurs de compilations linguistiques ou d'ouvrages sur le passé des langues, notamment: Schaevius, Borrichius, Hayne, Bibliander, Gesner, Duret, Etienne Guichart, Frain du Tremblay, Maupertuis, Richard Simon, Warburthon (p. 250A). Il cite un long passage du Discours sur l'origine des langues de Rousseau (p. 250B-252A) et un autre du Spectacle de la nature de l'Abbé Pluche (p. 253B-255A). Enfin, tout un pan de l'article reprend les travaux de de Brosses.
Influence exercéeLes articles de Beauzée pour l'Encyclopédie ont certainement eu une grande influence. Avec Marmontel, il les a personnellement rassemblés pour constituer les volumes de l'Encyclopédie Méthodique. Grammaire et Littérature (t. 1 paru en 1782, t. 2 en 1784 et t. 3 en 1786), en les complétant et en les modifiant. L'Encyclopédie méthodique a été reproduite en 2002 (Genève, Slatkine).
Renvois bibliographiques→ Références
Auroux S. 1973; Auroux S. 1979; Auroux S. 2009; Beauzée N. 1765; Chomsky N. 1969; Droixhe D. 1978; Droixhe D. 1987; Girard G. 1747; Hassler G. 2012; Le Guern M. 2009; Ricken U. 1978; Swiggers P. (éd.) 1986
Rédacteur

Lechevrel, Nadège

Création ou mise à jour2016-05