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De l'origine et des progrès du langage

Condillac, Etienne Bonnot de

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurCompilations [5153]
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TextesCTLF Texte
Auteur(s)

Condillac, Etienne Bonnot de

Forme complète: Condillac, Etienne Bonnot de (Abbé)

Datation: 1714-1780

Philosophe français. Inspiré par la doctrine de Locke, Condillac la radicalise, niant non seulement l'innéité des connaissances, mais aussi celles des facultés. Dans le monde n'existent que les individus et notre connaissance ne consiste que dans la sensation. Nos connaissances évoluées ne sont donc qu'une sensation originaire transformée. Le langage rend possible la fixation des idées, et, plus encore, dans la seconde philosophie inaugurée par la Grammaire, permet que nous puissions avoir des connaissances qui ne correspondent à aucune sensation (celles, par exemple, qui correspondent à des nombres infinis).

Titre de l'ouvrageEssai sur l'origine des connaissances humaines: Du langage et de la méthode. Section première: De l'origine et des progrès du langage
Titre traduit
Titre courtDe l'origine et des progrès du langage
Remarques sur le titre
Période|18e s.|
Type de l'ouvrageEssai philosophique.
Type indexéCompilation de langues | Origine du langage
Édition originale1746, Amsterdam, Pierre Mortier.
Édition utilisée1803, Paris, Dufart, Imprimeur-Libraire.
Volumétrie200 pages, env. 990 signes par page.
Nombre de signes197426
Reproduction moderneIl est impossible à ce jour de connaître les conditions dans lesquelles Condillac a rédigé cet ouvrage faute de manuscrit (Pariente et Pécharman, 2014), et il est connu des historiens et éditeurs que Condillac de son vivant révisait en profondeur le contenu de ses manuscrits (corrections et augmentations au fil des éditions). Pariente et Pécharman (2014) précisent que dans «ses ouvrages ultérieurs, Condillac en a par ailleurs critiqué plusieurs éléments, mais rien ne nous permet de savoir s'il a touché à l'Essai quand il a entrepris de réviser ses écrits en vue de leur publication dans ses œuvres complètes qu'il n'aura pas eu le temps de mener à bonne fin». (ibid.).
DiffusionTrès large diffusion et de nombreuses rééditions du vivant de l'auteur (au 18e s.) à nos jours.
Langues ciblesLe langage en général
MétalangueFrançais
Langue des exemplesLatin, grec, chinois
Sommaire de l'ouvrageLa première partie de l'Essai traite des matériaux de nos connaissances et des opérations de l'âme en 6 sections. La seconde partie concerne le langage et la méthode en 2 sections, «De l'origine et des progrès du langage» d'une part, «De la méthode» de l'autre. La présente notice concerne la première section de cette seconde partie. Elle contient 15 chap. titrés: chap. I. Le langage d'action et celui des sons articulés considérés dans leur origine (p. 4-17); chap. II. De la prosodie des premières langues (p. 17-21); chap. III. De la prosodie des langues grecque et latine; et, par occasion, de la déclamation des anciens (p. 22-45); chap. IV. Des progrès que l'art du geste a fait chez les anciens (p. 46-60); chap. V. De la musique (p. 61-80); chap. VI. Comparaison de la déclamation chantante et de la déclamation simple.(p. 81-85); chap. VII. Quelle est la prosodie la plus parfaite.(p. 86-90); chap. VIII. De l'origine de la poésie (p. 91-105); chap. IX. Des mots (p. 106-123); chap. X. Continuation de la même matière (p. 124-136); chap. XI. De la signification des mots (p. 137-147); chap. XII. Des inversions (p. 148-159); chap. XIII. De l'écriture (p. 160-169); chap. XIV. De l'origine de la fable, de la parabole et de l'énigme, avec quelques détails sur l'usage des figures et des métaphores (p. 170-175); chap. XV. Du génie des langues (p. 176-200).
Objectif de l'auteurCondillac, convaincu que l'usage des signes est le principe qui développe le germe de toutes nos idées, expose la façon dont celles-ci ont été liées à des signes arbitraires, et fait débuter le récit des origines aux liaisons existant entre nos perceptions et nos besoins. Cette approche sera davantage développée dans le Traité des systèmes (1749). Il tente de séparer ce qui est naturel de ce qui est conventionnel, et pose une distinction en filigrane entre naturel et habituel. La notion de hasard est convoquée pour expliquer le passage du langage d'action au langage articulé (p. 10). C'est l'usage qui créé la fonction, et le besoin qui donne à l'organe sa forme. Loin d'être naturelles, ce sont les habitudes – ou actions conventionnelles – qui donnèrent lieu au langage articulé (voir plus tard son Traité des animaux, 1755). Mais c'est un hasard commode qui a assuré la transition, et qui est en quelque sorte rejeté en conclusion de la section par cet autre énoncé bien singulier «il n'est arrivé que ce qui devoit arriver» (p. 200).
Intérêt généralCette partie sur le langage est caractérisée par une tension entre deux discours, l'un généraliste, qui tente d'expliquer les origines du langage sur la base de principes généraux communs à tous les hommes, l'autre, important car il clôt la section, sur le particulier représenté par le génie des langues, expliqué par le climat et le gouvernement des peuples. Le naturel est défini tantôt comme un signe, une action originelle, antérieure à une convention, tantôt comme un ensemble de constructions variant selon le génie des langues. Les cris naturels par exemple sont de l'ordre de l'instinct. Les cris naturels et le langage d'action sont au fondement du langage, mais chaque langue naît de l'esprit/des esprits de ceux qui la parlent, et de la façon dont ils lient les idées entre elles. L'argumentation prend donc une tournure circulaire puisqu'il «est naturel que nous nous accoutumions à lier nos idées conformément au génie de la langue dans laquelle nous sommes élevés, et que nous acquérions de la justesse, à proportion qu'elle en a elle-même davantage». (p. 158). Et plus loin encore «le caractère des peuples influe sur celui des langues». (p. 177).
Parties du discoursLes idées relatives aux parties du discours sont présentées dans le chap. 9 «Les mots» (p. 106). «Les notions complexes des substances étant connues les premières, puisqu'elles viennent immédiatement des sens, devoient être les premières à avoir des noms» (p. 107). «Ainsi les premiers verbes n'ont été imaginés que pour exprimer l'état de l'âme, quand elle agit ou pâtit» (p. 109), puis vinrent les adjectifs et les adverbes; «l'ordre le plus naturel des idées vouloit qu'on mît le régime avant le verbe: on disoit, par exemple, fruit vouloir» (p. 110); «nos conjugaisons ont en cela été faites sur le modèle de celles des Latins». (p. 114); «Les différentes qualités de l'ame ne sont qu'un effet des divers états d'action et de passion par où elle passe, ou des habitudes qu'elle contracte, lorsqu'elle agit ou pâtit à plusieurs reprises. Pour connoître ces qualités, il faut donc déjà avoir quelque idée des différentes manières d'agir et de pâtir de cette substance: ainsi, les adjectifs qui les expriment, n'ont pu avoir cours qu'après que les verbes ont été connus» (p. 116); les substantifs abstraits vinrent longtemps après (p. 117); trois sortes de verbes: actifs, passifs, neutres (p. 119); «Les pronoms furent les derniers mots qu'on imagina, parce qu'ils furent les derniers dont on sentit la nécessité» (p. 134).
Innovations term.Pas d'innovation, mais des notions centrales pour la thématique des origines du langage: signe naturel, conventions/habitudes, hasard, langage d'action, génie des langues.
Corpus illustratifLatin, grec, chinois, etc. De nombreux exemples des premiers chap. (chap. 1 à 5) sont pris de l'abbé du Bos.
Indications compl.
Influence subieSources les plus utilisées par Condillac: Warburthon (Essai sur les hiéroglyphes); l'abbé du Bos (Réflexions Critiques sur la Poésie et sur la Peinture); Feuillée; l'abbé Regnier (Grammaire Française); Cicéron (Traité de l'Orateur); André Dacier (La poétique d'Aristote); Monsieur de la Condamine, Locke (Liv. 3); l'abbé Colin; M. Rameau (Génération Harmonique).
Influence exercéeSur nombre de ses contemporains et élèves (par exemple: Pierre Laromiguière).
Renvois bibliographiques→ Références
Aarsleff H. 1975; Angenot M. 1971; Auroux S. 1986; Auroux S. 2009; Baguenault de Puchesse G. 1910; Beauzée N. 1765; Condillac E. B. 1746; Condillac E. B. 1803; Guilhaumou J. 2006 {p. 91-92}; Pariente J.-C. 1982; Pariente J.-C. & Pécharman M. (éd.) 2014; Ricken U. 1978; Ricken U. 1986; Ricken U. 1994; Rousseau N. 1986; Sgard J. (éd.) 1981; Sgard J. (éd.) 1982
Rédacteur

Lechevrel, Nadège

Création ou mise à jour2017-02