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Pour une linguistique de l'énonciation

Culioli, Antoine

DomaineCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
SecteurLinguistique générale [5350]
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TextesCTLF Textes (42)
Auteur(s)

Culioli, Antoine

Variantes: Culioli, Antoine Louis

Datation: 29 septembre 1924 - 9 février 2018

Antoine Culioli est né à Marseille le 29 septembre 1924 de parents instituteurs (son père est devenu inspecteur des Postes et Télécommunications). L'essentiel de son œuvre a été publiée en 4 volumes sous le titre Pour une linguistique de l'énonciation (1990-2018). Il fait partie de la promotion 1944 de l'ENS, aux côtés notamment de Gilbert Simondon et Jean Laplanche. Boursier à Dublin, puis à Londres (1945-1947), il obtient l'agrégation d'anglais en 1948 et, dès l'année suivante, un poste d'assistant à la Sorbonne (1949-1953) où il se rapproche très brièvement d'A. Martinet. Attaché de recherche au CNRS de 1953 à 1955, il enseigne ensuite à la faculté des lettres de Nancy. En 1960, il rédige sa thèse de doctorat «Contribution à l'étude du subjonctif et de la coordination en moyen-anglais» et une thèse complémentaire sur le poète John Dryden (1631-1700). Il obtient immédiatement un poste de professeur à la Sorbonne et y enseigne la linguistique pendant 10 ans. En 1963, il crée le séminaire de linguistique formelle à l'ENS; en 1964, il cofonde l'Association Internationale de Linguistique Appliquée, qu'il préside de 1965 à 1975. En 1968-1969, il milite aux côtés des étudiants contre la politique universitaire de l'État. En 1970, il est co-fondateur de Paris VII; il y crée et dirige la section de civilisation britannique et américaine, qui devient ensuite l'Institut d'anglais Charles-V, puis l'UFR d'études anglophones Charles-V. Après avoir dirigé 221 thèses de doctorat, et dirigé de nombreux programmes de linguistique, il prend sa retraite en 1992. Il est Docteur Honoris causa à Lausanne et à Athènes. Il est décédé le 9 février 2018 (cf. Culioli & Fau 2002; Catinchi 2018; Paillard 2010).

Titre de l'ouvragePour une linguistique de l'énonciation
Titre traduit
Titre courtPour une linguistique de l'énonciation
Remarques sur le titrePour une linguistique de l'énonciation («PLE»): Tome 1 Opérations et représentations; Tome 2 Formalisation et opérations de repérage; Tome 3 Domaine notionnel; Tome 4 Tours et détours. Le sous-titre du t. 4 fut annoncé «Accès. Détour. Obstacle» dans les t. 2 et 3. Le sous-titre définitif «Tours et détours» fut indiqué dans l'article de 2002 intitulé «Nous partîmes, qui à droite, qui à gauche» (republié dans le t. 4).
Période|20e s.|
Type de l'ouvrageLinguistique générale. Recueil d'articles. Regroupe des articles parus entre 1968 et 2015, comportant des conférences, des entretiens, des études sur des formes linguistiques et sur diverses catégories cognitivo-linguistiques (négation, consécution,…), des présentations générales de la théorie des opérations énonciatives élaborée par l'auteur et des réflexions épistémologiques.
Type indexéEpistémologie de la linguistique | Grammaire théorique
Édition originaleTome 1, Gap – Paris, Ophrys, 1990; Tome 2, Gap – Paris, Ophrys, 1999; Tome 3, Gap – Paris, Ophrys, 1999; Tome 4, Limoges, Lambert-Lucas, 2018.
Édition utiliséeTome 1, Gap – Paris, Ophrys, 1990; Tome 2, Gap – Paris, Ophrys, 1999; Tome 3, Gap – Paris, Ophrys, 1999; Tome 4, Limoges, Lambert-Lucas, 2018.
Volumétrie4 tomes: Tome 1 (13,5 x 21 cm, 225 p., 545600 signes); Tome 2 (13,5 x 21 cm, 183 p., 574050 signes); Tome 3 (13,5 x 21 cm, 192 p., 598500 signes); Tome 4 (13,5 x 21 cm, 280 p., 560000 signes).
Nombre de signes2278150
Reproduction moderneTome 4 toujours disponible dans le commerce.
DiffusionTous les articles avaient été déjà publiés dans des revues.
Langues ciblesLangues du monde (l'ouvrage relève de la linguistique générale ou plutôt de ce qui est appelé linguistique du «généralisable») parmi lesquelles le français occupe la première place. Quelques articles étudient des faits précis issus d'autres langues: anglais, corse (langue maternelle), chinois, vietnamien.
MétalangueFrançais, anglais.
Langue des exemplesLes exemples sont majoritairement issus du français. Nombreuses références à d'autres langues: langues germaniques et grec ancien au titre de sa spécialité initiale de philologue, mais aussi corse, chinois, vietnamien, japonais, basque, moore, russe, géorgien, etc.
Sommaire de l'ouvrageT. 1. Opérations et représentations (1990)
La linguistique: de l'empirique au formel (1987): 9-46.
Sur le concept de notion (1981): 47-66.
The Concept of Notional Domain (1978 [1976]): 67-82.
La frontière (1986): 83-90.
La négation: marqueurs et opérations (1988): 91-114.
Formes schématiques et domaines (1987): 115-126.
Stabilité et déformabilité en linguistique (1986): 127-134.
Valeurs modales et opérations énonciatives (1978): 135-156.
Autres commentaires sur «bien» (1988): 157-168.
«Donc» (1989): 169-176.
Representation, Referential Processes, and Regulation. Language Activity as Form Production and Recognition (1989): 177-214.
T. 2. Formalisation et opérations de repérage (1999)
En guise d'introduction: Bribes d'un itinéraire (1995): 7-16.
La formalisation en linguistique (1968): 17-30.
À propos d'opérations intervenant dans le traitement formel des langues naturelles (1971): 31-41.
Sur quelques contradictions en linguistique (1973): 43-52.
Comment tenter de construire un modèle logique adéquat à la description des langues naturelles (1974): 53-66.
Conditions d'utilisation des données issues de plusieurs langues naturelles (1979): 67-82.
Continuity and modality (1994): 83-93.
Rôle des représentations métalinguistiques en syntaxe (1982): 95-114.
Théorie du langage et théorie des langues (1984): 115-123.
Valeurs aspectuelles et opérations énonciatives: l'aoristique (1978): 127-143.
Quelques considérations sur la formalisation de la notion d'aspect (1980):145-158.
Les modalités d'expression de la temporalité sont-elles révélatrices de spécificités culturelles (1993): 159-178.
T. 3. Domaine notionnel (1999)
Structuration d'une notion et typologie lexicale (1991): 9-15.
À propos de la notion (1997): 16-33.
Note sur «détermination» et «quantification»: définition des opérations d'extraction et de fléchage (1977): 37-48.
À propos de «quelque» (1982): 49-58.
Qu'est-ce qu'un problème en linguistique? Etude de quelques cas (1995): 59-66.
Existe-t-il une unité de la négation? (1996): 67-78.
Des façons de qualifier (1999): 81-89.
Accès et obstacles dans l'ajustement intersubjectif (1997): 91-99.
«Un si gentil jeune homme!» et autres énoncés (1992): 101-111.
À propos des énoncés exclamatifs (1974): 113-123.
Quantité et qualité dans l'énoncé exclamatif (1992): 125-134.
«Non mais, des fois!» (1998): 135-141.
À propos des exclamations en corse (1981): 143-149.
De la complexité en linguistique (1992): 153-163.
À propos de la particule «de» en chinois (1994): 165-175.
«Even though, even if, as though, as if» (1995): 177-181.
T. 4. Tours et détours (1995)
Parcours. En guise de clôture (1995, version complète d'un texte déjà publié sous forme de larges fragments): 13-24.
Conférences
Variation sur la rationalité (2015): 27-38.
Nouvelles variations sur la linguistique (2008 [2004]): 39-59.
Gestes mentaux et réseaux symboliques: à la recherche des traces enfouies dans l'entrelacs du langage (2011 [2010]): 61-89.
Aucun raccourci ne permet d'accéder à la joie de la découverte (2010): 91-96.
Subjectivité, invariance et déploiement des formes dans la construction des représentations linguistiques (1997): 97-113.
Analyses
«Je veux!» Réflexions sur la force assertive (2002): 117-126.
«Heureusement!» (2002): 127-135.
Sur un schéma de consécution (2003): 137-147.
À propos de «même» (2002): 149-164.
«J'allais me laisser faire, peut-être!» (2001): 165-177.
«Nous partîmes qui à droite, qui à gauche» (2002): 179-207.
Entretiens
Antoine Culioli, Dominique Ducard, Un témoin étonné du langage (2013): 211-255.
Antoine Culioli, Jean-Louis Lebrave et Almuth Grésillon, «Toute théorie doit être modeste et inquiète» (2012): 257-272.
Objectif de l'auteurL'auteur formule l'objectif du volume en intégrant sa définition de la linguistique: «(…) fournir les moyens de participer à l'élaboration de recherches linguistiques qui portent sur le langage appréhendé à travers la diversité des langues (et des textes).» (Préface commune aux t. 2 et 3). Il s'agit donc non seulement d'analyser des données linguistiques (des langues et des textes), mais aussi de mettre à jour des faits langagiers («le langage»), et de développer une méthodologie d'analyse («moyens de participer à l'élaboration»).
La défiance vis-à-vis de l'expression «linguistique générale» est justifiée par le refus d'opposer traitement des données et modélisation: l'enjeu revendiqué est la mise à jour de catégories et opérations généralisables, c'est-à-dire distinguées de ce qui est spécifique, mais aussi de ce qui est universel (primitifs théoriques, axiomatique, catégories héritées appliquées a priori, voire primitifs cognitifs, comme l'est peut-être l'opération primitive de négation mentionnée dans PLE t. 1). Les langues sont décrites comme «toutes singulières les unes par rapport aux autres, (avec simplement) dans certains cas (…) des rapprochements» (t.4: 190). Il ne s'agit dès lors pas de développer un modèle qui «expliquerait tout»: «car le langage ne se réduit pas à un système fini, fixe et mécanique» (t.4: 177) et car «il y a toujours, à un moment donné, de la contingence». Il s'agit seulement de reconstituer des «chemins nécessaires parmi les chemins possibles» (t.4: 104) – des «invariants» dans l'indéfiniment variable.
Étant donné un énoncé des plus quotidiens (un «texte»), l'objectif est de «retrouver, à travers la forme apparemment banale (…), les opérations enfouies du travail énonciatif»(t.4: 155). Celui-ci, qui emporte avec lui le travail prédicatif («qui oserait les séparer?» t.3: 123), mobilise «sans cloisonnement (…) le prosodique, le syntaxique, le sémantique, le pragmatique, voire l'anthropologique» (t.3: 141). Tout devra donc être pris en considération («hypersyntaxe»): «si fugaces qu'ils soient, ces riens existent» (t.3: 111). Pour ce faire, l'auteur développe une méthodologie qui vise à passer des données aux problèmes (t.2: 13): «à partir d'une donnée ténue, on (…) construit un ensemble problématique d'observations qui nous force à un travail théorique de représentation métalinguistique et de raisonnement. Ce travail lui-même nous conduit à découvrir d'autres phénomènes; d'où un élargissement du champ des observables et une capacité croissante de généralisation» (t.4: 135). Cet élargissement passe par diverses manipulations, et par un travail de reformulations. De ce point de vue, la démarche s'appuie sur ce que l'auteur décrit comme l'activité «épilinguistique» des sujets, qui accompagne généralement de façon non-consciente la production d'énoncés, mais qui se trouve explicitée dans les gloses et reformulations. Une des particularités du programme mis en œuvre est en effet de s'appuyer sur le savoir des locuteurs ordinaires (t.4: 212): ainsi Culioli revient-il à différentes occasions sur «la richesse des sujets pour peu qu'on veuille bien écouter ce qu'ils disent» (t.3: 134).
L'auteur marque aussi sa défiance par rapport à des entreprises formelles s'appuyant sur des métalangages constitués. Son objectif est de construire un système métalinguistique qui ne soit pas un jeu d'étiquettes (t.2: 55), qui soit dynamique, qui «n'élimin(e) ni les intrications , ni les interactions, ni les étagements, ni les déformations (mais qui) aid(e) à formuler des procédures de résolution de problèmes»(t.3: 89) pour pouvoir restituer les opérations complexes au sein des énoncés. Pour cela, il faut «inventer et bricoler» (t.2: 25). À partir de là, le cahier des charges apparaît clairement démarqué par rapport aux théories concurrentes: la formalisation par reconstruction de formes (forms) schématiques se fixe l'objectif de rendre compte de l'instabilité et de la déformabilité des formes empiriques (shapes) contra les entreprises classificatoires induites par des systèmes formels externes.
Intérêt généralL'ouvrage représente l'essentiel de l'œuvre publiée d'un auteur qui est une des grandes figures de la linguistique moderne. Est déployée une théorie du langage singulière: «une linguistique de l'énonciation». L'énonciation y est comprise comme mode de constitution des énoncés, en tant que séquences produites en situation et destinées à être interprétées comme signifiantes (donc autant à l'opposé de l'engendrement de séquences phrastiques canoniques que de l'expression unilatérale d'une subjectivité). La perspective adoptée est constructiviste: au lieu que le sens des énoncés soit une donnée que ceux-ci se contenteraient de formuler, il est une construction de l'énoncé, que Culioli rapporte aux incorporels des Stoïciens, et qu'il inscrit dans un triple travail de représentation, de référenciation, et de régulation. Le concept d'énonciateur qu'il mobilise est lui aussi singulier, non pas seulement parce que l'énonciateur s'inscrit dans un réseau de coordonnées subjectives ordonnant la référence des énoncés (locuteur, sujet-repère, repère constitutif, etc.), mais parce qu'il est déterminé par la relation de co-énonciation qui le structure: l'énonciateur est en relation dialectique avec un co-énonciateur qui n'est pas l'interlocuteur extérieur de l'énoncé, mais une instance figurée construite par l'énonciation et nécessaire aux ajustements qui s'y opèrent. A travers les formes diversement agencées qui constituent un énoncé, Antoine Culioli découvre ainsi une «activité rationnelle silencieuse enfouie» (t.4: 34-35), mobilisant constamment des «ajustements intersubjectifs»(t.2: 48), avec «des équivalences, des renchérissements, des rejets, des esquives, (…)» (t.4: 165) qu'il faut rapporter à une intelligence de l'adaptation, du conjectural, et du détour (t.4: 164). Le langage est alors décrit comme un système ouvert et dynamique d'opérations et de mises en relation, dans lequel «les termes (…) subissent une métamorphose permanente; ils se déforment, prennent dans un effet d'étalement des valeurs autres que leurs valeurs initiales» (t.4, 66).
Parties du discoursElles sont utilisées pour autant qu'elles existent dans les traditions grammaticales locales et qu'elles n'affectent pas les raisonnements. L'accent est mis par exemple sur les parentés entre interrogatifs, indéfinis, concessifs, hypothétiques (t.2: 50). Les approches typologiques sont récusées sur cette base (notamment l'opposition entre langue à articles et sans articles (t.2: 14). Ainsi la détermination est-elle donnée non comme «un ensemble de marqueurs (mais comme) un ensemble d'opérations élémentaires» (t.3: 38). Il s'agit de «s'écarter du classificatoire pour atteindre le raisonnement» (t.2: 77; t.4: 194).
On trouve des articles portant sur la catégorie générale de la modalité, de la détermination, de la diathèse, du temps et de l'aspect, mais l'approche consiste généralement à se centrer sur une unité ou un item particuliers (bien, quelque, se laisser faire, etc.). En outre l'approche se veut résolument transcatégorielle: «notion, détermination, aspectualité, modalité sont liées et interagissent» (t.2: 54). Parmi les structures étudiées, celles de la négation et de l'exclamation font l'objet de plusieurs articles.
Innovations term.Métatermes généraux externes aux modélisations proposées:
– vocables forgés: hypersyntaxe, ensemble des détails syntaxiques qui apparaissent dans un énoncé, ces détails étant entendus comme à la fois signifiants et opérants; épilinguistique, désigne l'activité métalinguistique accompagnant la production d'énoncés, qui est généralement non consciente, mais se manifeste dans les gloses que les locuteurs produisent; contrairement au métalangage qui doit être extérieur au langage et répondre à des exigences de consistance, elle n'est pas extérieure au langage, se nourrit elle-même, et produit une prolifération de textes et de mises en relation; aoristique, catégorie invariante se manifestant de différentes façons dans les langues, notamment au travers des divers aoristes qui y sont répertoriés, mais correspondant à une opération de décrochage par rapport à la situation d'énonciation dont il est montré qu'elle peut mobiliser les marqueurs les plus variés; vocables réinterprétés: langagier (introduit en 1965, t.4: 20), distingué de linguistique et métalinguistique; trans-individuel vs intersubjectif; invariance; notion; marqueur; trace; agencement; texte; frayage; préconstruit; ajustement; état de choses; geste mental.
Vocabulaire interne aux modélisations:
– la lexis (cf. lekton stoïcien, indépendamment du concept de lexis du Vocabulaire de philosophie de A. Lalande redécouvert par l'auteur après coup, Culioli 2000); un énonçable; relations primitives; relation prédicative; repère constitutif; forme schématique; situation d'énonciation; repère spatio-temporel; (co)énonciateur; localisation; validation;
– le repérage (repère, repéré, classe de repérables); opérateur «epsilon», noté ࢠ̲; opérateur dual; opération; identification; différenciation; rupture; repère fictif; repère décroché; bifurcation; la came comme modèle de l'altérité; vecteur; gap; chemin (t.3: 91);
– domaine notionnel: occurrence, classe d'occurrences; ouvert / fermé / intérieur / frontière / complémentaire / extérieur; zonage; type / attracteur; gradient; quantité / qualité; discret, dense, compact; parcours (granuleux, rugueux, lisse); image (t.3: 119); extraction, fléchage; schème d'individuatio.
Corpus illustratifPlutôt que les «métatextes» (t. 2: 74) de logiciens («Le chat est sur le paillasson»; «un chien aboie» décrit comme un inénonçable (t.2: 35)), au centre de l'analyse sont placées des données jusqu'alors cantonnées aux marges de l'activité langagière, qualifiées de marquées, déviantes, voire non pertinentes: les registres familier («Moi, mon père, son vélo, le guidon, le chrome, il est parti») ou livresque («Que n'avait-il pourtant claironné», «quelque», «Nous partîmes, qui à droite, qui à gauche»); l'idiomatique («Non mais des fois»), et le «tout-venant d'énoncés quotidiens» (t.4: 118) («Ça!» en réponse à quelqu'un qui évoquait un temps venteux); les élaborations littéraires (notamment t.4: 160). Ces données ne sont pas prises «telles qu'elles ont» (t.1: 18); elles sont systématiquement soumises à des manipulations «qui, en multipliant l'empirique de façon contrôlée, produit une abstraction croissante » (t.1: 19).
Indications compl.
Influence subieGénéralement associé par les commentateurs à une filiation allant de Humboldt à Benveniste en passant par Bally et Guillaume, Antoine Culioli ne revendique quant à lui pas de maître en matière d'études linguistiques, sinon son professeur de philologie germanique Fernand Mossé (1892-1956), école de rigueur empirique. Les sources d'influence revendiquées sont pour l'essentiel des collègues et collaborateurs présents très tôt dans son parcours intellectuel immédiat (le sinisant Alexis Rygaloff, le sémitisant David Cohen, l'helléniste Jean Lallot, le psychanalyste Jean Laplanche, etc.), ainsi que les deux autres membres du séminaire «BCG» qui rassemblait François Bresson, Antoine Culioli et Jean-Blaise Grize. Dans un article seulement, il annonce reprendre le programme de Benveniste dans son analyse de prae (t.4: 149).
Les influences sont surtout des étapes critiquées et présentées comme devant être dépassées (motif récurrent de PLE): la linguistique dite «descriptive» («dans la majorité des cas superficielles et inutilisables» (t.2: 32) et en même temps: il faut rassembler les faits «accumulés par de remarquables observateurs scrupuleux»); l'œuvre de quelques grandes figures, dont sont plutôt critiqués épigones et vulgates:
– de l'héritage saussurien est critiquée la séparation entre la langue et la parole;
– dans le structuralisme sont critiquées l'approche classificatoire et une conception de la différence réduite au binarisme;
– chez Bloomfield est critiquée la phrase comme unité supérieure d'analyse, critique ré-adressée à Benveniste dans les mêmes termes (t.2, 120).
Demeurent surtout les philosophes et logiciens, de ses années de formation (Althusser, etc.) ou de l'héritage mondial (des stoïciens à Whitehead en passant par Pierce, etc.), les anthropologues (Leroi-Gourhan), les épistémologues et spécialistes des sciences de la nature (Simondon, Chatelet, Cavailliès, Danchin, Naccache, Aubenque, etc.).
Influence exercéeL'influence d'Antoine Culioli est attestée par un nombre important d'articles (Danon-Boileau & Morel 1994; De Vogüé 1991, 1992, 2011, 2017; Ducard 2008, 2012, 2016; Filippi-Deswelle 2012; Franckel & Paillard 1998; Hernandez 2019; Paillard 2010), d'ouvrages (Bédouret-Larraburu & Copy 2018; Bouscaren 1992; Bouscaren et al. 1995; Culioli & Fau 2002; Culioli & Normand 2005; Ducard & Normand 2006; Dufaye 2009; Fisher & Franckel 1983; Rivière & Groussier 1997; Robert 1995) et de film ou vidéos (Culioli 1994; Culioli 2000) consacrés à sa théorie en France, mais aussi au Japon (Aoi 1978, 1980; Aoki 1994), au Brésil (Rezende 2008; Romero 2019), ou en Italie (La Mantia 2014). Elle s'est exercée essentiellement via ses élèves et leurs propres élèves, organisés en écoles et groupes de recherche locaux, dans différents pays: France, Japon, Brésil, Portugal, Cambodge, ainsi que différents pays d'Afrique subsaharienne. En France, elle a pu être particulièrement importante chez les anglicistes, les principales notions culioliennes étant enseignées dans les manuels universitaires (Bouscaren et al. 2004; Chuquet et al. 2010; Gilbert 1993). Une influence plus ciblée mais importante aussi dans le champ de la linguistique des langues orientales, notamment la linguistique des langues africaines, la linguistique des langues asiatiques, la linguistique des langues d'Europe orientale, avec des groupes de recherche à l'INALCO qui travaillent dans ce cadre. La réception internationale de PLE est attestée par des traductions de différents articles en anglais (Cognition and Representation in Linguistic Theory, 1995, Amsterdam, Benjamins) et en italien (L'arco e la freccia, 2018, chez Il Molino, avec une préface de Tullio De Mauro). On a cependant parlé à propos de ce cadre théorique, de caractère assez «confidentiel» (Fuchs & Le Goffic 1977), celui-ci étant lié au départ au peu de textes publiés avant 1990, puis à la difficulté de ces textes, mais aussi à divers effets de convergence avec les courants théoriques rassemblés sous le terme général de «grammaires cognitives» d'une part, de «théories de l'énonciation» d'autre part, qui ont pu occulter les avancées propres à la théorie culiolienne.
Renvois bibliographiques→ Références
AA.VV. (éd.) 1992; Aoi A. 1978; Aoi A. 1980; Aoki S. 1994; Bédouret-Larraburu S. & Copy C. (éd.) 2018; Bouscaren J., Chuquet J., Gilbert E. & Chuquet H. (éd.) 2004; Bouscaren J., Chuquet J., Gilbert E. & Chuquet H. (éd.) 2010; Bouscaren J., Franckel J.-J. & Robert S. (éd.) 1995; Catinchi P.-J. 2018; Culioli A. 1994; Culioli A. 1995; Culioli A. 2000; Culioli A. 2002; Culioli A. 2014; Culioli A. & Normand C. 2005; Danon-Boileau L. & Morel M.-A. 1994; De Vogüé S. 1991; De Vogüé S. 1992; De Vogüé S. 2011; De Vogüé S. 2017; Ducard D. 2009; Ducard D. 2012; Ducard D. 2016; Ducard D. & Normand C. (éd.) 2006; Dufaye L. 2009; Filippi-Deswelle C. 2012; Fisher S. & Franckel J.-J. (éd.) 1983; Franckel J.-J. & Paillard D. 1998; Fuchs C. & Le Goffic P. 1977; Gilbert E. 1993; Hernandez P. C. 2019; La Mantia F. 2014; Paillard D. 2018; Rezende L. M. 2008; Rivière C. & Groussier M.-L. (éd.) 1997; Robert S. (éd.) 1995; Romero M. 2019
Rédacteur

Camus, Rémi · De Vogüé, Sarah

Création ou mise à jour2019-05