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Ðe English Grammar

Butler, Charles

DomaineGrammaires des langues européennes modernes
SecteurGrammaires anglaises [3605]
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CTLF (PDF, éd. 1633)

CTLF (PDF, éd. 1634)

Auteur(s)

Butler, Charles

Datation: ca 1560-1647

Grammairien anglais qui proposa une réforme de l'orthographe. Né dans le Buckinghamshire, il étudia à Oxford (Magdalen College) et fut maître de Basingstoke School et recteur de Nately Scures dans le Hampshire jusqu'en 1600, puis vicaire de Wootton St. Lawrence jusqu'à sa mort. Il connaissait le latin, le grec et l'hébreu, l'allemand, le néerlandais et le français. Auteur de plusieurs ouvrages dont The Feminine Monarchie, or a Treatise concerning Bees en 1609 et The Principles of Musik en 1636. Ce dernier ouvrage et une troisième édition du premier en 1634 furent publiés dans une orthographe réformée élaborée dans The English Grammar en 1633 (2e éd. 1634). Les propositions de Charles Butler sont parmi les dernières tentatives de réforme de l'orthographe. Richard Hodges, par exemple, prendra acte de la victoire des étymologistes dans A Special Help to Orthographie: or, The True Writing of English publié en 1643, et The English Primrose en 1644, où il se contente de suggérer des améliorations, rejoignant ainsi le projet d'un Bullokar au siècle précédent (notice 3603). Après Greaves, Hume et Gill, Butler s'inspire pour l'anglais de la méthode dichotomique et rationnelle de P. Ramus (Pierre de La Ramée) dans sa Grammatica Latina de 1559 dont la traduction anglaise était parue en 1585 (The Latine Grammar of P. Ramus, translated into English, Londres) pour diviser la grammaire en lettres, syllabes, mots, et adjonctions (accent et ponctuation). Son premier ouvrage fut une Rhétorique écrite en latin. Voir DNB, vol. 3, p. 496-497.

Titre de l'ouvrageThe English Grammar, Or The Institution of Letters, Syllables, and Words, in the English tongue…
Titre traduitGrammaire anglaise, ou l'institution des lettres, syllabes et mots dans la langue anglaise, avec en annexe un index des mots semblables et dissemblables
Titre courtÐe English Grammar
Remarques sur le titre
Période|17e s.|
Type de l'ouvrageTraité sur la prononciation, "l'accidence", la formation des mots et la ponctuation en anglais, avec propositions d'une réforme de l'orthographe.
Type indexéPrononciation | Traité d'orthographe
Édition originalePremière édition en 1633, à Oxford, par William Turner "for the Author".
Édition utiliséeEdition moderne par Eichler, A. (1910) Charles Butler's English Grammar 1634, Neudrucke Frühneuenglischer Grammatiken 4, 1, Halle, avec index du vocabulaire, et corrections (répertoriées).
VolumétriePour l'original: 108 pages, dont 63 numérotées, de 2300 signes (nombreux tableaux).
Nombre de signes250000
Reproduction moderneEd. Eichler, A. (1910) Charles Butler's English Grammar 1634, Neudrucke Frühneuenglischer Grammatiken 4, 1, Halle.
DiffusionExemplaires de 1633: British Library; Londres; Bodleian Library, Oxford; University Library, et Emmanuel College, Trinity College, St. John's College, Magdalene College, Cambridge; York Cathedral; University of Edinburgh; Lambeth Public Library; Ministry of Education; Sion College; Copengagen; Göttingen; Trinity College, Hartford; Newberry Library, Chicago, et Chicago University; Harvard University, Cambridge, Mass.; Columbia University, Teacher's College New-York; Library of Congress, Washington. Exemplaires de 1634: British Library; Bodleian Library, Magdalen College, Christ Church, Oxford; Trinity College, St. John's College, Cambridge. Commentaires de l'ouvrage dans: Poldauf (1948), Dobson (1957), Alston (1964), Robins (1967), Michael (1970), Vorlat (1975), Padley (1985). Voir Alston, vol. I, 1965, p. 4, n° 5-6.
Langues ciblesAnglais
MétalangueAnglais
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvragePréface et exposé des motifs: "Grammar is the Art of Writing and Speaking wel. Which consistes in the Institution of Letters (chap. 1), of Syllables (chap. 2, p. 24), of Woords (chap. 3, p.32), and of Woords Adjuncts (chap. 4, p. 54)." [La grammaire est l'art de bien écrire et de bien parler, ce qui consiste à apprendre les lettres, les syllabes, les mots et les adjoints des mots].
Objectif de l'auteurRéformer l'alphabet qui doit être vrai et définitif, l'alphabet courant n'ayant pas assez de lettres pour représenter tous les sons de la langue (d'où une distinction entre e/ee et o/oo, ou des signes spéciaux pour les interdentales, affriquées et aspirées), et fixer le nom des lettres qui n'ont pas de rapport avec leur valeur. Sur cette base, et en suivant Gill, Butler détaille la formation des mots anglais par dérivation selon les principes de P. Ramus. Son objectif essentiellement rhétorique et un sens patriotique aigu l'amènent à poser l'anglais comme la langue la plus élégante et riche, qui, si elle n'est pas plus ancienne que l'hébreu, plus élégante que le grec ou plus générale que le latin, "est dûment honorée" pour ces trois qualités d'excellence (préface).
Intérêt généralPour ce qui est de la description des sons, Charles Butler défend un point de vue opposé à celui de John Hart (notice 3602), qui souhaitait un système phonétique fondé sur les points et modes d'articulation. Pour Butler, une réforme est indispensable, car la prononciation a changé, mais non l'écriture. Il est certes nécessaire de noter ces changements. Cependant, l'exactitude phonétique doit être équilibrée par la nécessité de noter l'étymologie, ce qui lui fait défendre debt ou doubt quoique le b soit uniquement graphique (ou person du latin persona, bien que la voyelle de la première syllabe soit a, cf. Dobson 1957, p. 157). De plus, la graphie doit "évoquer" les variétés de la langue mère, principe extrêmement flou qui anéantit toute systématisation synchronique. Là où John Hart réduit le nombre de lettres à 25, Butler en propose 36, soit 10 nouvelles par rapport à l'usage. Pédagogue, et non phonéticien (il ne cite guère que Smith en référence), Butler, malgré quelques innovations, en est réduit à proposer un accommodement orthographique plutôt qu'une authentique réforme. La grammaire proprement dite adopte les principes formalistes de Ramus, même si elle puise, pour résoudre les problèmes de description du vernaculaire, dans la tradition classique.
Parties du discoursBien qu'on ait pu considérer Butler comme un fer de lance ramiste, sa classification des parties du discours demeure surtout sémantique et rhétorique et sa grammaire, proche de celle de Gill dans son intérêt pour la formation des mots, ne fournit aucune étude syntaxique. Le classement de Butler repose sur une distinction entre des mots "originaux" (primitifs, simples ou rect) et des mots "déduits" (dérivés, composés ou obliques). Butler définit le cas comme "la terminaison différente du même mot, au même nombre et à la même personne; comme man mans love loved", ce qui lui fait reconnaître deux cas en anglais, alors qu'en latin, "chaque variation… de personne est comptée comme un cas". Il peut ainsi traiter symétriquement le nom et le verbe (qui ne se distinguent que par l'expression du temps). En revanche, adverbes et prépositions ne sont pas déclinés. Les particularités de l'anglais lui interdisent d'appliquer directement les principes de Ramus basés sur les marques formelles du latin, et le contraignent à substituer son critère casuel, le cas étant réputé commun au nom et au verbe, au critère du nombre. Reconnaissant que le mode et le temps en anglais ne sont pas distingués par des terminaisons, il lui faut en effet considérer des "signes et suppléments" ajoutés au "verbe absolu" non marqué si bien que loved, par exemple, est au cas oblique avec une marque zéro et que did love est un cas "rect" avec le signe did. Le verbe anglais est ainsi décrit comme un syntagme du type "signe + verbe absolu + marque casuelle", ce qui offre une solution somme toute élégante aux problèmes posés par le transport des catégories latines. En définitive, c'est la revendication de ces particularités vernaculaires jusqu'au centre de la méthode d'analyse qui fait de l'ouvrage une contribution importante à l'histoire générale des catégories puisque Butler reconnaît que ce sont les verbes supplétifs (do, have, be et les auxiliaires du "potentiel" will, shall, may et can) qui sont les vecteurs réels de la conjugaison, signes des "modes et des temps" (p. 43).
Innovations term.Poldauf (1948, p. 75) considère que la "terminologie inhabituelle" de Butler (supplement ou suppletive verb pour auxiliaire, par exemple), "ne sert qu'à introduire des régularités même là où il n'y en a pas". Le souci de systématiser le conduit à négliger nombre de nuances, en effet. Dans la liste des verbes supplétifs, will/shall, do et have sont placés sur le même plan de "l'indicatif", mais pas be qui reste signe du seul passif (p. 44), non plus que les autres auxiliaires modaux réservés au mode du "potentiel" et de plus must est omis de la liste. De même (p. 47), Butler dénomme "verbals" trois formations "déduites" du "cas rect" du verbe, par exemple, pour love, lov-er (marque de l'agent), lov-ing (marque de l'action) et lov-ed (marque d'un "participe passif, qui est le même que le cas oblique"), ce qui nivelle la distinction entre plans nominal et verbal sans explication.
Corpus illustratifLa contribution de Butler est précieuse quant à la prononciation du début du 17e s., aussi bien quant à la qualité qu'à la quantité phoniques, et son étude de l'accentuation est remarquable. Dans un examen attentif de ses transcriptions, Dobson (1957, p. 159-163) met en lumière un certain nombre de traits dialectaux occidentaux ou sud-occidentaux (Hampshire), mais surtout une tendance de l'auteur à favoriser une écriture "étymologiste" (qui lui fait préférer par exemple, p. 3 de la Grammaire, stur à stir réputé provenir de l'allemand ou High Dutch sturren, et du Low Dutch stooren, alors que la neutralisation de la voyelle devant r était loin d'être standardisée). Comparée à celle défendue par Gill (1621), Butler représente une variété d'anglais plus périphérique, et son système tente de respecter (sur un mode opposé à celui de Hart) un degré appréciable de variation dialectale selon Dobson (p. 161), avec par exemple /ai/ dans des mots comme change (Butler, p. 3 et 5), ou l'abaissement du /i/ en /e/ dans whether, hether et thether pour whither, hither et thither (Butler, p. 21).
Indications compl.
Influence subieCharles Butler présente une argumentation précieuse en faveur des points de vue sociologique et historique d'une réforme orthographique. Il est un témoin compétent et érudit de l'évolution de la langue anglaise, et du problème général de la graphie. Sa contribution peut être très utilement comparée à celle de John Hart et des autres réformistes du 16e s. Il ne mentionne guère d'influences particulières mais semble avoir été très convaincu par les arguments étymologistes très en vogue à l'époque depuis Bullokar et surtout Gill. Pour la grammaire proprement dite, l'influence de P. Ramus est notable, bien que l'approche demeure largement sémasiologique, à cause du souci surtout rhétorique et orthoépique de l'ouvrage d'une part, mais aussi d'autre part à cause de l'écart structurel entre le latin et l'anglais.
Influence exercéeButler, malgré sa tentative, a contribué à la pérennisation de l'orthographe anglaise fixée dans ses grandes lignes au 16e s. après l'introduction de l'imprimerie. Malgré la relative notoriété de l'auteur de son vivant, aucune de ses innovations n'a subsisté. La grammaire a contribué en revanche à la définition des traits spécifiques du vernaculaire.
Renvois bibliographiques→ Références
Alston R. C. 1964; Alston R. C. 1965; Butler C. 1910 {[1634]}; Dobson E. J. 1957; Michael I. 1970; Padley G. A. 1985; Poldauf I. 1948; Robins R. H. 1967; Salmon V. 2009; Stephen L. & Lee S. (éd.) 1908; Vorlat E. 1975
Rédacteur

Roulland, Daniel

Création ou mise à jour2000