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Sprachlehre

Bernhardi, August Ferdinand

ChapitreGrammaires des langues européennes modernes
Sous-chapitreGrammaires allemandes [3519]
Fac-similé(s)Google Livres (1re partie)
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Texte(s)
Nom de l'auteurBernhardi, August Ferdinand
Datation de l'auteur1769–1820
Biographie de l'auteurPrincipal représentant de la grammaire philosophique en Allemagne au tournant du siècle; auteur de deux grammaires philosophiques, d'une grammaire latine et d'une grammaire grecque, d'œuvres et de critiques littéraires et théâtrales, d'écrits de théorie littéraire et de pédagogie (bibliographie complète, cf. Wild-Schedlbauer 1990, p. 35-48). A partir de 1788, études de théologie et de philologie à Halle où l'un des professeurs est F. A. Wolf; ensuite enseignant de langues classiques au Friedrich-Werdersche Gymnasium à Berlin, dont il devient le directeur en 1808. En 1811, obtention du grade de docteur en philosophie; professeur honoraire à la Friedrich-Wilhelm-Universität; collaborateur de Humboldt pour la réforme de l'enseignement en Prusse; à partir de 1795, rapprochement avec la 1re génération des romantiques, puis avec la 2e. Représentant du romantisme, du criticisme kantien et de son prolongement par Fichte dont il est l'ami.
Titre de l'ouvrageSprachlehre. Erster Theil: Reine Sprachlehre; Zweiter Theil: Angewandte Sprachlehre
Titre traduitDoctrine du langage. 1re partie: Doctrine pure du langage. 2e partie: Doctrine appliquée du langage
Autre titreSprachlehre
Remarques sur le titre
Type de l'ouvrageGrammaire philosophique fondée sur l'idéalisme allemand.
Type indexéGrammaire philosophique.
Original (date, lieu)1800, Berlin, Frölich.
Période|19e s.|
Édition utilisée1801-1803, 2e éd. revue et complétée, Berlin, Frölich.
VolumétrieIn-8°; tome I: [3] + 348 pages, tome II: 454 p., nombre moyen de signes: env. 1 540 par page.
Nombre de signes1 230 000
Reproduction moderne1973, réimpression en fac-similé de la 2e édition revue et complétée 1801-1803, introduction de H. E. Brekle, Hildesheim/New York, Georg Olms Verlag.
Diffusion
Langue(s) cible(s)Toutes les langues.
MétalangueAllemand; terminologie linguistique latine.
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrage2 pages de titre par tome; t. I: 2 pages non paginées (dédicace à F. A. Wolf); 6 livres (3 par tome, sans titre ni subdivision dans le texte), table des matières synoptique (t. II, p. 447-454). Livre I (t. I, p. 3-128): Genèse historique du langage à partir de l'intuition (Anschauung), d'une imitation de sons naturels correspondant à des noms propres et du besoin de présenter les contenus de l'entendement et de l'imagination pour un sujet récepteur; le développement du langage vers des signes de plus en plus arbitraires; discussion de l'impossibilité d'un langage universel. Livre II (t. I, p. 129-304): les parties du discours comme corrélat des concepts; leur mise en rapport avec la table kantienne des catégories; l'ordre historique de la genèse des parties du discours; la primauté du substantif; les parties du discours et leur marquage exprimant la décomposition des objets de l'intuition par l'esprit. Livre III (t. I, p. 305-348): Syntaxe: la composition des objets de l'intuition et leur expression en phrases, correspondant à l'activité de la raison libre, créatrice; la phrase comme extension d'un substantif, i.e. mode de formation d'un nouveau concept; la phrase (sujet, copule, prédicat) comme corrélat du jugement, c'est-à-dire expression de l'énonciateur concevant une substance avec ses propriétés inhérentes; relations entre parties de la phrase: composition, inhérence, dépendance; la translation; la conjonction; la parataxe; l'hypotaxe; l'ordre syntaxique; genèse historique de la phrase. Livre IV (t. II, p. 3-126): le contenu des facultés intellectuelles humaines; le langage comme "organe de la poésie", c'est-à-dire comme expression des images produites par l'imagination; esquisse d'une esthétique; esquisse d'une théorie des genres de discours; les tropes. Livre V (t. II, p. 127-241): le langage comme "organe de la science", c'est-à-dire expression des concepts produits par l'entendement; correspondances entre sciences et arts; le "moi" comme fondement de toute intuition et de toute formation de concepts; les genres de discours scientifique; le discours rhétorique comme synthèse du discours poétique, scientifique et historique; le roman comme synthèse de la représentation poétique et philosophique; les tropes de l'entendement; (Verstandesfiguren: analogie, induction, etc.). Livre VI (t. II, p. 243-445): le langage comme son pur, lien entre la poésie et la prose; les différents sons articulés; théorie de la sémantique des sons; les lettres; l'alphabet originel (Uralphabet); la syllabe; les mots; la métrique et la versification, "figures musicales"; la période comme union de la prose et de la poésie.
Objectif de l'auteur"Présenter le langage comme un tout déduit nécessairement dans sa forme, à partir de la plus haute faculté de l'esprit humain, et formé nécessairement par le pouvoir de représentation [...] et les facultés y afférant, et d'exposer cela en détail pour toutes les parties du langage, y compris dans leur assemblage en phrases" (t. I, p. 17-18, trad. Thouard 1992, p. 423), cela pour arriver à une "doctrine du langage", qui serait "le concept total des lois nécessaires d'une langue" (t. I, p. 18, trad. Thouard, p. 423), incluant celles de sa genèse historique.
Intérêt généralLa Sprachlehre peut être considérée comme une "synthèse... de la théorie linguistique des Lumières en France, Grande-Bretagne et en Allemagne... sous le signe de l'idéalisme allemand..." (Schlieben-Lange & Weydt 1988, p. 83). En déduisant les formes et fonctions du langage d'une théorie transcendantale de la représentation et de celle d'une "raison autoactive" (selbstthätige Geist), le "moi absolu" fichtéen (cf. Thouard 1992), Bernhardi est l'un des premiers grammairiens philosophes à s'appuyer sur le criticisme transcendantal kantien, l'idéalisme fichtéen, la philosophie de la nature et l'idéalisme transcendantal de Schelling. En accordant une place centrale au langage poétique et à la genèse historique du langage conçu comme originairement imitatif, il intègre également dans son projet certains aspects de l'esthétique de Schelling et de la métacritique herderienne du criticisme kantien (cf. Thouard 1992, p. 409 sq.) Bernhardi présente ainsi le langage, y inclus son aspect phonique, comme un tout organique, une "réalisation cristalline d'une structure donnée" (Gessinger 1990, p. 571), proche du concept de l'organisme de Schelling (cf. ibid.). Selon Thouard (1992, p. 432), Bernhardi "a cherché à prendre en compte les nouvelles conditions théoriques d'un travail sur le langage à son époque: l'émergence de la subjectivité dans la constitution de la connaissance, la reconnaissance du rôle de l'imagination en celle-ci (Kant) et pour elle-même (Tieck)". L'approche dialectique du langage conduit Bernhardi à ne traiter celui-ci ni comme un simple instrument de communication ni comme une donnée déterminant la pensée, mais comme "organe" de la pensée et objet de celle-ci (cf. Thouard 1992, p. 421 sq.).
Parties du discoursBernhardi utilise les parties du discours traditionnelles. En déduisant les catégories linguistiques des facultés de l'esprit et des catégories de l'entendement, il établit également une histoire spéculative de leur invention, qui aurait commencé par le substantif, présentation (Darstellung) de la substance et relevant de la catégorie de la quantité. L'adjectif, le participe, le verbe, exprimant les accidents de la substance, sont reliés à la catégorie de la qualité, l'adverbe exprime l'attribut d'un attribut, les autres parties du discours s'articulent par la catégorie de la relation. Le pronom est déduit de la situation de l'énonciation, l'interjection, corrélat d'une expression subjective d'une pure sensation et sans fonction dans le discours scientifique, n'est pas considérée comme une partie du discours, mais comme préalable aux autres. Subjekt, Prädikat, Kopula sont des concepts s'appliquant au jugement et à la phrase. En convergence avec la conception du langage des romantiques, le mot, et plus précisément le substantif, et non la phrase, est considéré comme premier et comme ce à quoi toute expression linguistique correspond. Sur l'arrière-fond de l'origine du langage conçue comme une interaction entre l'homme et la nature, Bernhardi présente entre autres le genre grammatical comme reflétant la projection par l'homme de son propre être sur la nature.
Innovations term.Bernhardi réserve le terme Grammatik aux grammaires d'usage (t. I, p. 12), introduit le terme Dependenz comme signifié des cas obliques (le nominatif n'étant pas considéré comme cas) et de l'accord du verbe être, Inhärenz pour la relation substance/accident et accident/accident (cf. Forsgren 1985, p. 56), Korrelate pour les correspondances entre genre de concepts et parties du discours, Subordination entre autres pour l'hypotaxe.
Corpus illustratifEn très petit nombre des exemples forgés en allemand, quelques paradigmes en grec, latin, allemand, français, anglais. Renvois à d'autres langues: l'espagnol, l'hébreu, l'italien. Quelques exemples de poésie.
Indications compl.Extensions principales par rapport aux grammaires générales antérieures: traitement de la morphologie (possibilité et raisons de marquage, etc.), de la phonétique et phonologie, des genres de discours, des sciences et des arts de manière spéculative, correspondant à la prise en compte de la dimension historique du langage, de la possibilité d'erreur dans l'expression linguistique et de la sensibilité des romantiques pour l'aspect non rationnel du langage.
Influence subieLe projet de la Sprachlehre repose principalement sur le projet esquissé par Fichte dans Von der Sprachfähigkeit... (1795) et son fondement philosophique est l'idéalisme fichtéen (cf. par ex. Fiesel 1927, Wild-Schedlbauer 1990, Thouard 1992). La déduction des parties du discours part de la table kantienne des catégories. On peut penser que la théorie de la (re-)présentation ainsi que celle de l'origine du langage s'inspire, outre de celle de Fichte, de celle de Roth et, à travers lui, de Kant et de Reinhold. Concernant la conception du rapport homme/nature et l'importance primordiale accordée à l'art, Bernhardi est également proche de la philosophie de la nature de Schelling et de l'idéalisme transcendantal de ce dernier. Son esthétique s'inspire également de Schleiermacher et de F. Schlegel (cf. Wild-Schedlbauer 1987, p. 669-670). Bernhardi semble par ailleurs avoir connu la totalité du savoir linguistique et sémiotique de la Spätaufklärung et avoir construit son analyse en interdépendance avec la pensée des romantiques.
Influence exercéePresque toutes les grammaires générales allemandes de la 1re moitié du 19e s. mentionnent la Sprachlehre sans pour autant qu'elle y exerce une grande influence. De manière générale, l'œuvre de Bernhardi est restée à l'ombre jusqu'à une date récente (cf. par ex. Wild-Schedlbauer 1987, p. 367). On peut constater des interdépendances ou des convergences avec les conceptions linguistiques et esthétiques du romantisme allemand. Concernant, entre autres, le caractère dialogique du langage, une proximité avec les analyses de Humboldt est également repérable (cf. Schlieben-Lange & Weydt 1988). Reinbeck suit le plan et les idées principales de la Sprachlehre pour rédiger de son côté une Reine allgemeine Sprachlehre et une Reine angewandte Sprachlehre (1813-1814, 1819, 2 éd.) destinée à l'emploi scolaire (cf. Naumann 1986, p. 71-72). Le concept du langage de Bernhardi est adopté par F. Schlegel (1808) (cf. Gessinger 1990, p. 566). Il existe également une interdépendance avec la philosophie du langage de A. W. Schlegel qui publie une recension élogieuse de la Sprachlehre (cf. Schlegel 1803) et adopte entre autres la conception du signe et de la grammaire générale de Bernhardi (cf. Wild-Schedlbauer 1987, p. 369, 373). Herling (1830) s'inspire de Bernhardi en ce qui concerne l'analyse des rapports logiques dans la phrase (cf. Forsgren 1992, p. 38), les termes Inhärenz et Dependenz sont entre autres repris par Grotefend 1827 (cf. Forsgren 1992, p. 160). Cf. aussi pour les influences Gessinger 1990, Nerlich & Clarke 1996, p. 49-50, 152, Neumann 1987b, p. 23-24, Wild-Schedlbauer 1987. La Sprachlehre suscite en revanche des réactions très critiques de la part des représentants du sensualisme allemand (cf. Herder 1802 et 1803) et de la linguistique historique et comparée (cf. Grimm 1968 [1819], p. 4). Notons aussi que Bernhardi reprend, approfondit et transforme partiellement dans les Anfangsgründe (1805) le système de la Sprachlehre.
Renvois bibliographiquesBernhardi K.F. 1805; Fichte J.G. 1961 [1794], 1971 [1795]; Fiesel E. 1973 [1927]; Formigari L. 1988; Forsgren K.-Å. 1985; Gessinger J. 1990, 2009; Grimm J. 1968 [1819]; Grotefend A. 1827; Herder J.G. 1802, 1803; Naumann B. 1986; Nerlich B. & Clarke D.D. 1996 (p. 42-51); Neumann W. 1987; Reinhold K.L. 1963 [1789]; Roth G.M. 1795; Schlegel A.W. 1803; Schlegel K.W.F. 1808; Schlieben-Lange B. & Weydt H. 1988; Thouard D. 1992; Wild-Schedlbauer R. 1987, 1990.
→ Références
Auteur de la noticeSpitzl-Dupic, Friederike
Création ou mise à jour2000