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Amarakośa

Amarasiṃha

ChapitreTraditions non occidentales
Sous-chapitreSanskrit: travaux pré-paninéens, école paninéenne [4314]
Fac-similé(s)
Texte(s)
Nom de l'auteurAmarasiṃha
Datation de l'auteur6e s.?
Biographie de l'auteurNom couramment abrégé en Amara. Lexicographe indien de langue sanskrite. D'après la tradition, il aurait vécu à la cour du roi semi-légendaire Vikramāditya et aurait été contemporain de l'astronome Varāhamihira, actif au début du 6e s. p.C.; des anthologies lui attribuent quelques pièces de vers. Son œuvre suggère qu'il était d'obédience bouddhiste.
Titre de l'ouvrageNāmaliṅgānuśāsana
Titre traduitEnseignement sur les noms et les genres
Autre titreAmarakośa
Remarques sur le titreAppelé aussi Trikāṇḍī [Tripartite] d'après la structure de l'ouvrage, mais le titre le plus couramment usité est Amarakośa [Lexique d'Amara].
Type de l'ouvrageRecueil de listes de synonymes avec indication du genre pour chaque mot, composé en vers mnémotechniques.
Type indexéSynonymes.
Original (date, lieu)Date de composition: ca. 6e s. Première édition: 1808, Serampore (Bengale occidental), H.T. Colebrooke. Première et unique édition européenne: 1839-1845, Paris, A. Loiseleur-Deslongchamps.
Période|6e s.|
Édition utilisée1963 (1946), Bénarès (Haridās-Saṃskṛta-Granthamālā 144); S.S. Joshi (avec notes sanskrites).
VolumétrieFormat in-4°, 2 + 293 pages.; 180 signes par page; nombre total: environ 53 000 signes (100 000 signes avec les notes sanskrites).
Nombre de signes53 000
Reproduction moderneRééditions indiennes multiples: cf. Vogel 1979, p. 310.
DiffusionLes manuscrits sont très nombreux, dans toutes les écritures de l'Inde, et cette popularité s'est poursuivie pour les éditions imprimées. Le manuscrit le plus ancien est un codex nepali datant de mars-avril 1185 (Vogel 1979, p. 310). L'ouvrage, très largement diffusé, a fait l'objet de quelque quatre-vingts commentaires: les plus importants sont ceux de Kṣīrasvāmin (11e s.), Subhūticandra (1re moitié du 12e s.), Sarvānanda (12e s.), Rāyamukuṭa (15e s.). Diverses traductions attestent son rayonnement dans les pays influencés par la culture indienne: une version tibétaine par Kīrticandra et Grags pa-rgyal-mtshan (ca. 1300), une version mongole de Guusi dGe-legs rgyal-mtshan, une version birmane et une version singhalaise (Vogel 1979, p. 312-313).
Langue(s) cible(s)Sanskrit.
MétalangueSanskrit.
Langue des exemples
Sommaire de l'ouvrageLes lexiques sanskrits classiques sont de deux sortes, synonymiques ou homonymiques. L'Amarakośa relève essentiellement du premier type. C'est l'ouvrage le plus ancien qui traite du vocabulaire du sanskrit dans son ensemble, après la fixation de la langue: il le classe par listes de synonymes, qui sont eux-mêmes classés sous des rubriques générales. Il comprend trois parties divisées chacune en chapitres (10 + 10 + 5). Ces subdivisions se fondent sur les sens des mots ou sur diverses caractéristiques des mots, dans le cadre de la conception générale du cosmos et du langage dans l'Inde ancienne et médiévale. La première partie (environ un cinquième du total) est consacrée en principe au "divin": y figurent les mots relatifs au monde divin (svarga, 65 strophes), à l'espace céleste (vyoman, 2 strophes), aux directions (diś, 35 strophes), au temps (kāla, 31 strophes), à la pensée (dhī, 17 strophes) à la parole et aux notions connexes (śabdādi, 25 strophes), aux représentations dramatiques (nāṭya, 38 strophes), au monde souterrain (pātāla, 11 strophes), à l'enfer (naraka, 3 strophes), à l'eau (vāri, 43 strophes). La deuxième partie (environ la moitié du total) traite du "terrestre" et intègre les mots relatifs aux éléments de la terre et à ses habitants: terre (bhūmi, 19 strophes), villes (pura, 20 strophes), montagnes (śaila, 8 strophes), forêts et plantes (vanauṣadhi, 169 strophes), lions et autres animaux (siṃhādi, 43 strophes), hommes (manuṣya, 139 strophes), les quatre classes (varṇa) de la société et leurs activités, d'abord les brâhmanes et le sacré (58 strophes), puis les kṭatriya (119 strophes), les vaiśya (111 strophes), enfin les śūdra ou classe servile (47 strophes). La troisième partie (un peu plus du cinquième du total) n'est plus de caractère encyclopédique, à la différence des deux précédentes; elle est censée traiter du "commun", et la subdivision en classes y a une base grammaticale: adjectifs (112 strophes), noms divers (42 strophes), homonymes (256 strophes), indéclinables (23 strophes), règles relatives au genre (47 strophes).
Objectif de l'auteurFournir un instrument pratique destiné aux divers usages du sanskrit en général, sans spécialisation technique ou religieuse. Il donne, dans tous les domaines possibles, le fonds de vocabulaire courant auquel puise le lettré, après en avoir assimilé le contenu durant ses études.
Intérêt généralLes études lexicographiques remontent à l'époque védique: des glossaires de termes jugés intéressants, fondés sur un ou plusieurs ouvrages, servaient d'auxiliaires pour l'interprétation des textes. A l'âge classique, le contenu et la fonction des lexiques (kośa) changent: seuls les noms et les indéclinables sont pris en compte, puisque les racines verbales sont en principe rassemblées dans le Dhātupāṭha complétant la grammaire de Pāṇini. L'ouvrage d'Amara illustre l'agencement spécifique des lexiques sanskrits: le classement alphabétique n'est pas de règle, ou s'il existe, il s'agit d'un ordre alphabétique selon la consonne finale (III.3). Les mots sont rangés selon des critères sémantiques, à partir d'associations à l'intérieur d'un champ donné (voir notamment la partie I), ou selon des critères grammaticaux (indéclinables: III.3). L'enseignement du genre est donné tout au long de l'ouvrage. Il est mentionné expressément pour chaque mot quand il n'est pas impliqué par sa forme. La dernière section (III.5) regroupe les règles générales permettant de déterminer le genre (féminin, masculin, neutre) de certains mots d'après leurs suffixes ou d'autres critères formels.
Parties du discours
Innovations term.Le traité ne comporte aucune innovation terminologique, et ne propose pas une doctrine linguistique nouvelle.
Corpus illustratifLe corpus de référence est fourni par le sanskrit comme langue de communication à tous les niveaux, langue de culture et de religion, commune à des locuteurs de diverses langues régionales. Il a déterminé la synonymie totale des mots qu'il a regroupés dans une même liste sous une rubrique commune, et a contribué à fixer le vocabulaire, en réduisant strictement les sens secondaires. Surtout, l'Amarakośa avait une visée pédagogique, comme le prouvent sa dimension limitée et sa rédaction en vers: il était donc facilement mémorisable; c'est un dictionnaire "portable". Il est entré dans le système d'enseignement du sanskrit, comme texte appris par cœur dès un jeune âge. Il a donc servi de référence à tous les utilisateurs du sanskrit du Moyen Age à l'époque contemporaine.
Indications compl.
Influence subieAmara n'est pas le premier lexicographe du sanskrit. Il se réfère lui-même aux ouvrages de prédécesseurs, qu'il a de fait éclipsés: selon les commentateurs, il s'agirait de Bhāguri, Vyāḍi, Vararuci, Candragomin, Kātyāyana (Vogel 1979, p. 312). Par ailleurs, Amara puise à la tradition grammaticale de Pāṇini, qu'il cite parfois littéralement.
Influence exercéeL'Amarakośa a exercé une influence considérable pour toute l'histoire ultérieure de la littérature lexicographique sanskrite. Il a fait l'objet de diverses imitations, et de rares critiques. Parmi les très nombreux commentaires, l'un est dû à Bhānuji Dīkṣita (début du 17e s.), fils du grammairien Bhaṭṭoji Dīkṣita, qui donne une étymologie pour tous les mots du texte et sert depuis de dictionnaire étymologique de référence. Surtout, l'Amarakośa est devenu le lexique sanskrit par excellence auquel se réfèrent les commentaires d'œuvres littéraires: on ne fait généralement appel aux autres lexiques que dans les cas où l'Amarakośa est lacunaire. Par son caractère systématique et sa méthode de classement, il procure la norme des valeurs lexicales en même temps qu'une somme de culture.
Renvois bibliographiquesPinault G.-J. 2009; Renou L. 1956; Vogel C. 1979.
→ Références
Auteur de la noticeChojnacki, Christine; Filliozat, Pierre-Sylvain
Création ou mise à jour2000