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Mithridates

Gessner, Conrad

ChapitreCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
Sous-chapitreCompilations [5101]
Fac-similé(s)CTLF Images
CTLF (PDF, éd. 1555, Zurich)
Gallica (éd. 1544)
Texte(s)CTLF Texte
Nom de l'auteurGessner, Conrad
Datation de l'auteur26 mars 1516 – 13 décembre 1565
Biographie de l'auteurVariante du nom: Gesnerus/Gesner, Cuonrat/Konrad. Humaniste suisse né à Zurich. Après des études de philologie (latin, grec, hébreu), de théologie et de médecine à Zurich, Bourges, Paris, Montpellier et Bâle, il devint docteur en médecine (en 1541). De retour à Zurich, Gessner y enseigna la philosophie, la physique et l'éthique, avant d'être nommé, en 1554, médecin de la ville. Auteur d'un grand nombre d'ouvrages scientifiques, presque tous rédigés en latin, dans des domaines aussi divers que la médecine (par ex. Thesaurus de remediis secretis), la zoologie (dont la monumentale Historia animalium), la botanique (Catalogus plantarum nomina latine, graece, germanice et gallice), la bibliographie (sa Bibliotheca universalis reprend l'ensemble des ouvrages grecs, latins et hébreux de l'Antiquité jusqu'à son époque), la philologie (on lui doit de nombreuses éditions latines, grecques et hébraïques) et, bien sûr, la linguistique. De son vivant déjà, Gessner fut considéré comme un génie universel.
Titre de l'ouvrageMithridates. De differentiis linguarum tum ueterum, tum quae hodie apud diuersas nationes in toto orbe terrarum usu sunt, Conradi Gesneri Tigurini Obseruationes
Titre traduitMithridate, Observations de Conrad Gessner, Zurichois, sur les différences entre les langues, tant les langues anciennes que celles qui sont actuellement en usage dans les diverses nations sur tout le cercle des terres
Autre titreMithridates
Remarques sur le titreLe titre est inspiré par le nom de Mithridate, roi polyglotte du Pont, dernier grand adversaire des Romains.
Type de l'ouvrageOuvrage de linguistique générale, précurseur de la typologie linguistique, le but de l'auteur étant de donner un aperçu, par ordre alphabétique, de toutes les langues connues à l'époque et de tous les peuples qui les parlent.
Type indexéCompilation de langues. Origine du langage.
Original (date, lieu)1555, Zurich, Christoph Froschauer.
Période|16e s.|
Édition utilisée1555, Zurich, Christoph Froschauer; 1re édition.
VolumétrieIn-8°; [2] + 78 feuillets recto et verso; env. 1200 signes par feuillet.
Nombre de signes190 000
Reproduction moderneKonrad Gessner, Mithridates, Neudruck der Ausgabe Zürich 1555, Herausgegeben und eingeleitet von Manfred Peters, Aalen, Scientia Verlag, 1974.
DiffusionSeconde édition augmentée, par Caspard Waser, 1610, Zurich, Johannes Wolf. Édition avec introduction, traduction française, notes et index (2009), par Bernard Colombat et Manfred Peters, Genève, Droz (Travaux d'Humanisme et Renaissance, 452), 592 p. Quelques extraits dans Peters 1995.
Langue(s) cible(s)Toutes les langues du monde connues à l'époque; citation de nombreux termes provenant des différentes langues étudiées. Le Notre-Père est donné dans vingt-trois langues: latin, éthiopien, anglais, arménien, wallique [gallois], syriaque ou chaldéen, français, allemand (+ version en hexamètres et en hendécasyllabes de C. Gessner), flandrien (flamand), islandais, vieux haut allemand, gueldrien (allemand septentrional), grec ancien, hébreu, espagnol, hongrois, tchèque (bohémien), illyrien ou slavon, polonais, italien, romanche, sarde (langue des citadins = catalan), sarde (langue des campagnes).
MétalangueLatin.
Langue des exemplesOutre les langues citées plus haut dans lesquelles une version du Notre Père existe, Gessner s'efforce de donner le maximum d'échantillons, parfois réduits à un mot.
Sommaire de l'ouvrageDédicace à l'évêque d'Ossory (Irlande), John Bale (1 f.). Introduction générale (f. 1r°-4v°). Les différentes langues par ordre alphabétique (129 chapitres, f. 4v°-70r°). Ces chapitres concernent notamment les langues: égyptienne, éolienne, éthiopienne, africaine ou libyenne, anglaise, arabe, araméenne, arménienne, attique, bretonne, cappadocienne, carienne, chaldéenne, cyrnienne (corse), dacienne, dorienne, étrusque, galatienne, gauloise (celtique), française, grecque, hébraïque, irlandaise, hongroise, indienne, italienne, laconienne, latine, lithuanienne, macédonienne, osque, pélasgique, perse, phrygienne, rhéto-romane, sabine, samaritaine, sarde, écossaise, tartare, thrace, thessalienne, turque, valachienne (roumaine), différentes langues germaniques et slaves (illyriennes), la langue de l'île de Man et même la langue des Dieux. Plus de la moitié des chapitres ne contiennent qu'un renvoi, par exemple: La langue des Abyssins, voyez à la langue des Éthiopiens (4v°); La langue des Colchidiens est la même que celle des Égyptiens (15v°); Les Serbes, voyez les Sorabes (67v°); Les Sorabes, autrement dit Sarbes, aujourd'hui (je pense) les Serbes, parlent illyrien (ibid.). Des diverses langues, surtout celles parlées dans les pays les plus reculés de l'empire Tartare et du Nouveau Monde (70r°-71v°). De certaines langues et vocabulaires artificiels (71v°-77v°). Épilogue (78r°).
Objectif de l'auteurComparer l'ensemble des langues connues au 16e s., aussi bien les langues anciennes que celles qui étaient utilisées à l'époque.
Intérêt généralLe Mithridates est le premier ouvrage de linguistique comparée englobant autant de langues. Il fait largement appel à la compilation de sources diverses (47%), les échantillons occupant 11% du texte et le texte de Gessner lui-même seulement 42%.
Parties du discoursComme il ne s'agit pas d'une grammaire, mais d'une description et d'une comparaison des différentes langues, les parties du discours ne sont pas traitées explicitement.
Innovations term.On ne peut pas parler d'innovations terminologiques proprement dites, mais il convient de constater que Gessner semble avoir découvert le principe des lois consonantiques (sans créer un terme pour les désigner). En effet (f. 21r°) il dit: Les Celtes [il veut dire par là les habitants du haut et du moyen Rhin] ont toujours s, là où les Belges [les bas allemands] ont t, comme Wasser/watter: Gross/grott: Das/dat.
Corpus illustratifComposé d'exemples forgés et d'exemples empruntés à quelque cent trente auteurs antiques et contemporains, dont certains ne sont cités que de seconde main. Le Notre-Père dans les différentes langues joue un rôle illustratif de premier ordre. D'autres textes religieux viennent en appui: le Symbole et la confession de Siméon le Juste en éthiopien; le Je vous salue Marie en hongrois; le Symbole de la Foi en 'helvète' du 9e s. Et des textes plus hétéroclites: noms de mois dans différentes langues, des vers français de Nicolas de Nisot, des proverbes en chypriote, un oracle en 'persan' (en fait, en turc), un quatrain en 'utopien' (Thomas More) pour illustrer les langues artificielles.
Indications compl.On peut reconnaître dans le Mithridates certaines familles de langues: les langues chamito-sémitiques, les langues grecques, les langues italiques et romanes, les langues letto-slaves, les langues celtiques et les langues germaniques. Certes, on n'en est pas encore à l'identification du groupe indo-européen, mais le travail de Gessner en constitue une des premières amorces. A noter également l'importance accordée à l'étymologie en général et à celle des noms propres en particulier (f. 32r°). Gessner insiste surtout sur le rôle des suffixes (f. 18r°-18v°). Par ailleurs, l'auteur aborde de nombreuses questions de linguistique générale, telles que le rapport entre la langue et les dialectes ainsi que l'évolution des langues. Il est non seulement le père de la grammaire comparée, mais également le précurseur de la sociolinguistique.
Influence subieGessner se réfère certes à de nombreux auteurs, mais sans qu'on puisse parler d'ouvrages de référence; dans l'épilogue au lecteur (f. 78r°), Gessner mentionne explicitement comme source importante Guillaume Postel et "son ouvrage sur 12 langues" (il s'agit sans doute du De originibus seu de Hebraicae linguae et gentis antiquitate deque variarum linguarum affinitate liber, Paris, 1538), ainsi que sa De phoenicium introductio (1552). Par ailleurs, il désigne Théodore Bibliander comme son précepteur "parce qu'il a fait avancer [ses] connaissances sur les langues proches de l'hébreu", sans mentionner cependant le De ratione communi omnium linguarum et literarum commentarius (1548) auquel il emprunte certains éléments.
Influence exercéeL'ouvrage inaugure la série des compilations linguistiques; la dette à Gessner est encore manifeste dans la reprise du titre (Mithridates) par Adelung et Vater pour leur propre ouvrage (1806-1817).
Renvois bibliographiquesAdelung J.C. & Vater J.S. 1970 [1806-1817]; Agrell J. 1955; Arens H. 1969; Bächtold J. 1880; Benfey T. 1869; Borst A. 1957; Braun L. 1990; Céard J. 1980; Colombat B. & Peters M. (éd.) 2009; Colombat B. 2005, 2006, 2007, 2008; De Smet G.A.R. 1966, 1971; Dini P.U. 1997, 2010, 2014; Fischer H. et al. 1967; Fischer H. 1966; Gotthelf F. 1900; Hanhart J. 1824; Ley W. 1929; Metcalf G. 1963, 1974; Peters M. 1971, 1972, 1974, 1977, 1984, 1987, 1994, 1995; Poppe E. & Klein W.P. 2009; Poppe E. 1986, 1992; Raumer R.v. 1965 [1870]; Salzmann C. 1965; Schwyzer E. 1920; Steiger R. 1968; Trabant J. 1998, 2003; Verburg P.A. 1961; Zedelmaier H. 1992.
→ Références
Auteur de la noticePeters, Manfred; Colombat, Bernard
Création ou mise à jour2014-11 | 2000