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Traité de la formation méchanique des langues

Brosses, Charles de

ChapitreCompilations, linguistique historico-comparative, linguistique générale, phonétique et phonologie
Sous-chapitreCompilations [5102]
Fac-similé(s)CTLF Images (éd. 1765, vol. 1)
CTLF Images (éd. 1765, vol. 2)
Gallica (éd. 1765, vol. 1)
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Google Livres (éd. 1801, vol. 2)
Texte(s)CTLF Textes
Nom de l'auteurBrosses, Charles de
Datation de l'auteur7 février 1709 - 7 mai 1777
Biographie de l'auteurJuriste et érudit français, président du Parlement de Bourgogne, né à Dijon, mort à Paris. Charles de Brosses est un des premiers théoriciens qui tentèrent de construire une explication générale des langues, en considérant leur évolution historique. La thèse de droit qu'il soutient à l'Université en 1730 fait événement et lui permet de devenir conseiller au Parlement de Bourgogne, dès l'âge de 21 ans. Il entreprend en 1739 un voyage en Italie, dans le but de rassembler les documents nécessaires à la reconstitution de l'œuvre de l'historien latin Salluste, qu'il publie en 1777. Président à mortier à partir de 1741, il participe aux luttes des Parlements contre le pouvoir absolu et subit deux exils en 1744 et 1771. Il est nommé en 1746 correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, où il lit ses deux Mémoires sur la matière étymologique (1751) et ses Observations sur les langues primitives (1753), points de départ pour l'élaboration du Traité, largement utilisés dans l'Encyclopédie. En 1761, il devient membre honoraire de l'Académie de Dijon, où il présente la rédaction finale du Traité (1763-1765). Sa candidature à l'Académie Française en 1766, 1770 et 1771 n'est pas acceptée, en raison de l'hostilité de Voltaire. Cinq ouvrages sont publiés de son vivant: Lettres sur l'état actuel de la ville souterraine d'Herculée et sur les causes de son ensevelissement sous les ruines du Vésuve (Dijon, 1750; Genève, 1973); Histoire des navigations aux terres australes, contenant ce que l'on sait des moeurs et des productions des contrées découvertes jusqu'à ce jour (Paris 1756; trad. angl. 1766-1768; trad. allem. 1767); Du culte des dieux fétiches ou Parallèle de l'ancienne religion de l'Egypte avec la religion actuelle de Nigritie (Genève, 1760; Paris, 1782-1832; trad. allem. 1785; trad. russe 1973; trad. ital. 2000); Traité de la formation méchanique des langues et des principes physiques de l'étymologie (Paris, 1765, 1801; trad. allem. 1777; trad. russe 1821); Histoire de la République romaine, dans le cours du VIIe siècle, par Salluste, en partie traduite du latin sur l'original, en partie rétablie et composée sur les fragmens qui sont restés de ses livres perdus (Dijon, 1777). L'ouvrage le plus célèbre est posthume: Lettres historiques et critiques sur l'Italie (Paris, 1799; éd. de réf.: L'Italie il y a cent ans, Paris 1836; 1858; 1861, 1904; Naples, 1991).
Titre de l'ouvrageTraité de la formation méchanique des langues et des principes physiques de l'étymologie
Titre traduit
Autre titreTraité de la formation méchanique des langues
Remarques sur le titreLe titre originel (1763) était Traité de la formation méchanique des langages et des principes physiques de l'étymologie (Registre manuscrit de l'Académie de Dijon). Cette variante est restée dans les en-têtes des pages sous la forme de Méchanisme | du langage, et elle est ensuite utilisée comme titre abrégé par le biographe officiel Joseph-Théophile Foisset (1842).
Type de l'ouvrageTraité d'étymologie universelle intégrant une analyse de la phonation.
Type indexéCompilation de langues. Etymologie. Phonation. Origine du langage.
Original (date, lieu)1765, Paris, Saillant, Vincent, Desaint.
Période|18e s.|
Édition utilisée1765, Paris, Saillant, Vincent, Desaint.
Volumétrie2 vol. , lix + 489 pages, iv + 533 p., 1000 signes par page.
Nombre de signes1 000 000
Reproduction moderne
DiffusionSeconde édition. Paris, Terrelongue, an IX (1801). Traduction en allemand: Über Sprache und Schrift, par M. Hissmann, Leipzig, 1777. Traduction en russe: Rassoujdenie o mekhanitcheskom sostave ïazykov i fizitcheskikh natchalakh etymologhii, par A. Nikolski, St. Petersburg, 1821.
Langue(s) cible(s)Langues du monde.
MétalangueFrançais.
Langue des exemplesUne centaine de langues, dont les plus fréquentes sont le français, le latin et le grec, suivies par l'anglais, l'allemand, l'italien, l'hébreu et l'arabe. On trouve aussi quelques formes régionales (par ex. chap. VI, § 72).
Sommaire de l'ouvrageTOME 1. Discours préliminaire (p. iij-lix). Table des chapitres (lv-lvi). Approbation. Privilège du roi (lvij-lix). Chap. I - Plan général de l'ouvrage. Que l'art étymologique n'est pas un art inutile (p. 1-34); chap. II - Utilité qu'on peut retirer de l'art étymologique pour les autres sciences (35-100); chap. III - De l'organe de la voix et de l'opération de chacune des parties qui la composent (101-152); chap. IV - De la voix nasale et de l'organe du chant (153-176); chap. V - De l'alphabet organique et universel composé d'une voyelle et de six consonnes (177-194); chap. VI - De la langue primitive et de l'onomatopée (195-294); chap. VII - De l'écriture symbolique et littérale (295-462); chap. VIII - De l'écriture numérale par chiffres (463-488). Errata (489).
TOME SECOND. Citation de Quintilien (p. [ij]). Table des chapitres (iij-iv). Chap. IX - De la formation des langues; de leur progrès immense sur de très petits principes; de leurs classes et dialectes (1-85); chap. X - De la dérivation et de ses effets (86-172); chap. XI - De l'accroissement des primitifs, par terminaison, préposition et composition. Des formules grammaticales et de leur valeur significative (173-233); chap. XII - Des noms des êtres moraux (234-274); chap. XIII - Des noms propres (275-312); chap. XIV - Des racines (313-417); chap. XV - Des principes et des règles critiques de l'art étymologique (418-488); chap. XVI - De l'archéologue, ou nomenclature universelle réduite sous un petit nombre de racines (489-532). Errata (533).
Objectif de l'auteurC. de Brosses entend présenter "un système nouveau fondé sur des principes très simples et très vrais". Son point de départ (Discours préliminaire) est la thèse sensualiste selon laquelle la pensée présuppose le langage. Or, si le langage présuppose une convention, l'on aboutit à une régression à l'infini (p.ex. chez Condillac 1746: I, p.82; Rousseau 1755; Beauzée, Langue, 1765: 250-252). De Brosses vise donc à démontrer que le langage n'est pas originairement conventionnel, et que son arbitraire n'est qu'un produit de son évolution historique. En se plaçant d'abord d'un point de vue naturaliste, il défend ainsi la possibilité d'une "formation méchanique" de la parole, en prônant une conception figurative du signe. En remontant ensuite l'histoire des langues, il justifie la difficulté de ramener tous leurs mots à un ensemble unique de racines primitives en invoquant l'"infinité de routes directes, obliques, transversales" par lesquelles peut se faire la dérivation de ces mots, tout en se basant sur des "principes physiques".
Intérêt généralA partir de Benfey (1869), le Traité est considéré comme le premier modèle général d'explication de la constitution et du développement des langues qui n'a pas recours à l'intervention divine. L'intérêt de l'ouvrage est qu'il n'est pas seulement une théorie de l'évolution linguistique, mais aussi une théorie linguistique en général, c'est-à-dire, selon l'expression du Président, une théorie du "langage quelconque" (paragraphe 65). L'originalité de C. de Brosses est d'aller au-delà de la simple métaphore en parlant de "méchanique des langues", en assumant certaines connotations matérialistes du terme: "J'avertis d'avance que mon premier but (I, 6, p. 27) est d'observer les opérations corporelles de l'organe vocal. Celui d'observer les opérations de l'esprit humain dans l'usage de la parole et dans la fabrique des mots n'est que le second". Comme il l'avait déjà fait dans le domaine anthropologique avec son Culte des dieux fétiches (lançant le néologisme fétichisme, emprunté directement par Marx), il vise à rétablir également en matière de langage la primauté du corps sur l'esprit, du son sur l'idée. Cela entraîne également un relativisme sémantique radical (emprunté à Épicure par le biais de Leibniz), nécessaire pour expliquer la diversité des langues dans le cadre d'une théorie iconique du signe.
Parties du discoursC. de Brosses ne s'intéresse pas au classement des parties du discours en tant que tel. Il pose que "tout mot est dérivé d'un autre, s'il n'est radical par organisation ou par onomatopée" (II, p. 89) et, à la suite de Locke, que "tous les mots viennent des idées sensibles et des objets extérieurs, même ceux qui expriment des idées morales ou abstraites" (II, p. 93). Les termes traités relèvent des classes verbale et surtout nominale (voir chap. XII et XIII du tome II).
Innovations term.Méchanisme du langage.
Corpus illustratifEnviron 3200 exemples essentiellement composés de mots isolés (surtout des noms et des verbes) empruntés à une cinquantaine de langues (voir cependant, en I, p. 244-247, une liste plus étendue des langues utilisées pour attester de la prononciation des premiers mots enfantins papa et maman).
Indications compl.Classification des phénomènes de phonation et de changement phonétique. Explication des motivations des sons de la langue. Histoire universelle des langues.
Influence subieC. de Brosses a été largement influencé par les travaux de Port-Royal. Il cite Leibniz et Locke. Mais il connaît bien aussi la tradition étymologique et lexicographique, à laquelle il fait assez souvent référence (par ex. II, p. 150: "Scaliger, Pontus de Thiard évêque de Châlon, l'abbé Ménage, Du Cange, Leibnitz"), en utilisant abondamment aussi les descripteurs de langues exotiques (commentateurs de la Bible, missionnaires, voyageurs, etc.). Il cite en tout 186 auteurs, dont 107 modernes (52 français, 18 anglais, 11 allemands, 10 italiens, 3 espagnols, 3 belges, 3 hollandais, 2 suisses, 1 danois, 1 suédois, 1 grec, 1 russe, 1 péruvien), 71 anciens (37 latins, 29 grecs, la Bible et l'I-King), 8 médiévaux. Les quatorze auteurs modernes les plus cités sont: Leibniz (12 fois), Fréret (10), Wachter (9), Bochart (5), Falconet (5), Ménage (5), Molière (5), Locke (4), Du Cange (4), Bianchini (4), Johnson (3), Chamberlayne (3), Scaliger (3), Hensel (3). Même s'il n'est pas cité, Condillac est visiblement présent. Les quatorze auteurs anciens les plus cités sont: Diodore de Sicile (11 fois), Quintilien (10), Hérodote (8), Pline le Vieux (8), Ammien Marcelin (7) Isidore de Séville (7), Plutarque (6), Virgile (6), Varron (5), La Bible (5), Clément d'Alexandrie (4), Cicéron (4), Sénèque (4), Lucrèce (4). Pour la théorie figurative du signe, il cite le Cratyle de Platon (2) et Nigidius Figulus chez Aulus Gellius (2), tandis qu'Épicure (Lettre à Hérodote) et Augustin (De dialectica), dont la présence est pourtant perceptible, ne sont pas cités.
Influence exercéeAvant la sortie du Traité, l'influence de C. de Brosses est due à la circulation manuscrite de ses deux Mémoires (1751) et de ses Observations (1753), utilisés dans 11 articles de l'Encyclopédie (Etymologie, Gamme, Impératif, Interjection, Langue, Lettre, O, Onomatopée, Orthographe, Synonyme, Trope), ainsi que dans les ouvrages de Bullet (1760) et de Berger (1764). La publication du Traité est accueillie de façon enthousiaste par Buffon (1766), tandis qu'elle est violemment critiquée par Voltaire (1771). Son admirateur le plus précoce à l'étranger est Cesarotti (1769 et 1785). Plus tard, la critique déférente de Copineau (1774) et la tacite adhésion de Court de Gébelin (1773-1782) montrent que le Traité est désormais un ouvrage de référence. Le sceau de la célébrité lui est conféré par Condillac (1775), qui en fait son seul appui en matière de Formation des langues, stimulant sans doute ainsi la traduction allemande de Hissmann (1777). Dans les années suivantes la théorie de la "langue primitive" et de l'"imitation naturelle" est vulgarisée par Le Brigant (1779), versifiée par De Piis (1785), appliquée par Roubaud dans ses Nouveaux Synonymes François (1785), exportée à Vienne par Kempelen (1791), à Berlin par Denina (1783 et 1804). À travers Thurot (1796) et Thiébault (1802), le nom de C. de Brosses gagne sa place dans le panthéon de l'idéologie, atteignant également les lycées de France avec le Dictionnaire des onomatopées de Charles Nodier (1808, 1828), tandis que sa conception figurative du signe est tacitement reprise et renouvelée par Humboldt (1836). En revanche, Bopp (1833) ouvre sa Vergleichende Grammatik en prenant ses distances par rapport à cette théorie, ce qui en amorce le déclin, même si elle est encore considérée comme valable, en France, à l'époque de la réédition de Berger de 1837. L'importance de C. de Brosses dans l'histoire de la linguistique est soulignée pour la première fois par Benfey (1869).
Renvois bibliographiquesAuroux S. 1979, 1981, 2009; Benfey T. 1869 (p. 281-293); Coulaud M. 1981; Dardano Basso I. 1998; Droixhe D. 1978 (p. 191-204); Foisset J.-T. 1842; Garreta J.-C. (éd.) 1981; Genette G. 1976 (p. 85-118); Mamet H. 1874; Nobile L. 2005; Sautebin H. 1971 [1899]; Séris J.-P. 1995 (p. 273-302); Swiggers P. 1996.
→ Références
Auteur de la noticeAuroux, Sylvain; Lazcano, Elisabeth; Nobile, Luca (rév.)
Création ou mise à jour2000