CTLF Corpus de textes linguistiques fondamentaux • IMPRIMER • RETOUR ÉCRAN
CTLF - Menu général - Textes

Gardiner, Alan. Langage et acte de langage – T03

| Table des matières | Fiche | Texte |

Rétrospective 1951

Je ne suis pas optimiste au point de supposer que la distinction
entre parole ou discours et langue, proposée pour la première
fois par de Saussure et précisée par moi-même, soit
aujourd'hui universellement acceptée et qu'elle commence à porter
ses fruits. Force est bien de reconnaître que de nombreux
chercheurs n'ont pas encore pris conscience de cette distinction
ou bien, considérant qu'elle n'a aucune utilité pratique, n'en tiennent
aucunement compte. Toutefois il en est d'autres, dont la
compétence ne saurait être mise en doute, qui ont vraiment
essayé de la comprendre mais n'y sont pas parvenus. C'est à eux
que je m'adresse ici, au risque de répéter des choses déjà dites
dans les pages précédentes. Il est possible que l'ordre de présentation
que j'ai cru devoir bon de suivre ait été responsable de
l'incompréhension ultérieure que je viens d'évoquer. Dans mon
ardeur à démontrer l'interaction des quatre facteurs déclarés présents,
plus ou moins explicitement, dans tout acte de langage
(§ 9), j'ai été amené à considérer cet acte simplement en tant
qu'« activité » au lieu de m'attarder sur ses résultats concrets ;
c'est seulement à un stade ultérieur, à savoir à partir du troisième
chapitre 1, que je me suis consacré exclusivement à l'analyse
d'actes de langage authentiques. Et le fait que j'ai en même
temps décrit la langue comme un « savoir que tous les hommes
possèdent » (§ 20) n'aura pas non plus arrangé les choses. Certains
ont pu trouver bien piètre l'antithèse établie entre une
« activité » et un « savoir ». Mais il suffit de transporter ces deux
abstractions sur un terrain plus concret. Il est toujours possible
d'étudier les abstractions de cette manière et, pour beaucoup
d'esprits, pas nécessairement les plus fins cependant, c'est peut-être
285le seul moyen de rendre acceptables des notions abstraites.
L'habitué des salles de spectacle a plus de chances d'apprendre à
véritablement apprécier la comédie que l'étudiant qui reste
enfermé chez lui à lire une dissertation sur ce sujet. Si nous
appliquons ce principe à la langue, nous pouvons dire que le
latin se compose de tous les mots du dictionnaire latin de Lewis
et Short plus toutes les déclinaisons, conjugaisons et règles syntaxiques
qu'on peut trouver dans n'importe quelle bonne grammaire
scolaire. Si ensuite nous cherchons un exemple concret de
discours, l'Enéide fera parfaitement l'affaire. Dans ce sens, discours
concret n'est qu'un autre nom pour « texte » 2. Il est exact
que, dans le langage courant, on réserve le terme « texte » à ce
qui est écrit ou imprimé, mais pour les fins de la théorie linguistique,
le terme peut et devrait être étendu à tout ce qui a été
dit ou est rapporté avoir été dit en une circonstance particulière,
comme les phrases Rain ! (Il pleut !) et Look at the rain !
(Regarde la pluie !) que j'ai fait prononcer à James Hawkins
(§ 26).

Les mots dans les dictionnaires et les grammaires peuvent
être présentés de façon visible sur une page imprimée et il en
est de même pour les phrases prononcées par James Hawkins
en ce jour pluvieux. Ici donc nous avons une manifestation
concrète de la « langue » et du « discours » dans des circonstances
ordinaires et la distinction entre les deux devrait être
maintenant parfaitement claire. On peut toutefois ajouter ici
quelques éclaircissements supplémentaires pour ceux qui ne
seraient toujours pas convaincus. La « langue » appartient au
passé du locuteur (§ 29), le « discours » ou « texte » à son présent.
En outre, bien que la « langue » ait été construite à partir
de millions d'actes de discours distincts, les locuteurs et auditeurs
individuels, en général 3, n'existent plus pour l'utilisateur
contemporain et les choses particulières auxquelles il était fait
référence sont pour la plupart tombées dans l'oubli. Dans le
« discours » ou « texte », au contraire, on peut encore discerner
le locuteur et l'auditeur participant à une mise en scène particulière,
dont l'intrigue est ce que j'ai appelé la chose-signifiée ; ou,
pour prendre une autre image, « texte » présuppose un lanceur
et un batteur, bien que le plus important, ce soit le score réalisé.
286Une dernière remarque : les spécialistes requis pour l'étude des
deux entités que nous distinguons ne sont pas les mêmes dans
les deux cas. La « langue » est le domaine du lexicographe et du
grammairien, tandis que le « discours », c'est-à-dire le « texte »,
est du ressort de l'éditeur et de l'exégète. Il est vrai que les fonctions
de ces quatre catégories d'experts ne peuvent, en pratique,
être toujours séparées — le maître d'école, en fait, passe d'un
rôle à l'autre avec l'habileté d'un magicien bien que, pendant le
cours de grammaire, sa fonction d'exégète soit provisoirement
en suspens et qu'en analysant les mots de Arma virumque cano,
il n'ait pas besoin de s'attarder sur la personnalité de Virgile ni
d'expliquer que les exploits martiaux en question étaient ceux
d'Enée.

Néanmoins, même ceux qui perçoivent clairement la distinction
entre le discours et la langue, peuvent encore douter de son
intérêt. Je dois prier ces lecteurs de reconsidérer mes arguments.
Cette distinction n'est-elle pas indispensable pour expliquer tout
changement dans la « langue » (§ 35) ? Comment peut-on interpréter
autrement l'emploi discongruent des formes de mot et
des formes phrastiques locutionnelles et élocutionnelles (§ § 456,
61) ? Comment expliquer autrement les erreurs manifestes de
diction ? Et n'est-il pas évident que les termes « sujet » et « prédicat »
n'ont un sens que dans des occurrences spécifiques de
« discours », et ne sont pas attachés aux mots comme éléments
permanents de « langue » (§ 68) ? Mais répéter tout ceci ne fait
qu'aggraver mon délit d'« itération maudite », pour reprendre
l'expression d'un critique par ailleurs très sympathique et bienveillant.
Je passe donc à un sujet qui, en raison de son actualité,
m'oblige à adopter une attitude polémique.

Un courant en théorie linguistique qui paraît gagner du terrain
de jour en jour en Amérique réduirait à un non-sens une
grande partie de ce que mon livre a cherché à établir. Le courant
en question se fonde sur le credo psychologique, ou peut-être
devrais-je plutôt dire anti-psychologique, connu sous le nom de
behaviorisme, qui rejette comme non scientifiques tous les faits
non observables du dehors, et refuse en conséquence tout ce qui
n'est accessible que par intuition et introspection. Dans le
domaine de la théorie linguistique, le chef de file de la doctrine
behavioriste était, jusque très récemment, le Professeur
287L. Bloomfield 4, bien que dans son livre intitulé Language (Londres
1935) il préfère opposer les deux points de vue en
employant les termes « mentaliste » et « mécaniste » 5. Voici
sommairement exposées ces théories rivales telles que les concevait
le défunt Professeur (op. cit., pp. 32-3) :

La théorie mentaliste, qui est de loin la plus ancienne, et est toujours
en vigueur dans la conception populaire et chez les hommes
de science, prétend que la variabilité du comportement humain s'explique
par l'intervention d'un facteur non-physique, d'un esprit,
d'une volonté ou d'une conscience (en grec psyché, d'où le terme de
psychologie) présent dans tout être humain. Cet esprit, selon la
conception mentaliste, se différencie totalement des choses matérielles
et par conséquent suit un autre type de relation causale ou
aucun…

La théorie matérialiste (ou mieux mécaniste) prétend que la
variabilité du comportement humain, y compris le discours, provient
seulement du fait que le corps humain est un système très
complexe. Les actions humaines, selon la conception matérialiste,
s'intègrent dans des relaitons de cause à effet exactement du même
type que celles observées, par exemple, dans l'étude de la physique
ou de la chimie… Nous pourrions prédire les actions d'une personne
(par exemple, si un certain stimulus l'amènera à parler et dans ce
cas, quels sont les mots exacts qu'elle prononcera), à condition de
connaître la structure exacte de son organisme à ce moment-là ou,
ce qui revient au même, à condition de connaître la constitution
exacte de son organisme lors d'un état antérieur — disons à la naissance
ou avant — et d'avoir ainsi un enregistrement de chaque
changement de cet organisme, y compris de chaque stimulus qui ait
jamais affecté cet organisme.

Si, par hasard, le Professeur Bloomfield était tombé sur mon
livre, il m'aurait probablement accusé de « mentaliste » de la
pire espèce. Pour le prouver, il aurait souligné parmi les expressions
que j'emploie « réfléchi dans l'esprit », § 8 et § 42 ; « tout
288ce dont il est parlé doit… passer par l'esprit du locuteur », § 6 ;
« emploi délibéré de sons articulés », § 7 ; « la raison d'être fondamentale
du langage est le fait que les pensées et sentiments
individuels sont, en tant que tels, inaliénables », § 23 ; et
maintes autres affirmations du même ordre. Je me serais
défendu en disant qu'à l'époque où j'ai écrit mon livre Speech
and Language
, je n'avais aucune théorie psychologique précise,
et que même si cela avait été le cas, j'aurais pris bien soin de la
reléguer au second plan, ayant délibérément choisi de parler des
événements mentaux dans les termes universellement employés
par les romanciers, les hommes de loi, les gouvernantes et
l'homme de la rue. Mon seul but étant d'élucider le mécanisme
du discours, rien n'était plus loin de mes intentions que de rattacher
mes explications à une terminologie irréprochable d'un
point de vue philosophique. Alors qu'on est en droit d'attendre
du philologue qu'il comprenne quelque chose aux principes
régissant ce qui est de son domaine propre, c'est trop lui
demander d'être également un profond philosophe ou un fin
psychologue ; et je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas dans
son métier employer le langage courant, comme dans n'importe
quelle autre profession. En fait je vois comme une contradiction
dans des titres comme Sprachpsychologie, vu que (si elle est
quelque chose) la Psychologie est l'étude de la psyché, alors que
l'étude théorique du langage devrait plutôt être appelée « Théorie
Linguistique ». Qu'on ne m'accuse pas toutefois de vouloir
par ces remarques dissuader les philosophes de s'intéresser à la
théorie linguistique car, comme tout autre science et comme tout
ce qui existe sur terre, la théorie linguistique fait ou devrait faire
partie du domaine de recherche de la philosophie alors que l'inverse
n'est pas vrai.

Lorsque, par conséquent, j'emploie des expressions comme
« réfléchi dans l'esprit », ceci n'implique pas que je croie, ou aie
jamais cru, que l'« esprit » était un lieu ou une entité extérieure
au « corps » ou contenus dans lui 6 ; et tout lecteur intelligent
étudiant les passages en question avec bienveillance et un réel
désir de comprendre saisira parfaitement et, je l'espère, sera
289d'accord avec les arguments que j'ai essayé de faire ressortir 7.
Mais j'en ai assez dit pour ma propre défense — qui n'est peut-être
après tout qu'un coup d'épée dans l'eau, vu que je n'ai
aucune preuve que le Professeur Bloomfield ait entendu parler
de mon livre et encore moins qu'il l'ait lu. J'en viens maintenant
à ses propres thèses. Si je n'ai rien ou pas grand chose à reprocher
à la description par le Professeur Bloomfield de sa théorie
mécaniste, telle qu'elle est exposée ci-dessus, je ne crois pas
qu'elle soit incompatible avec toute théorie mentaliste imaginable.
Bien entendu, si l'on suppose que, pour le « mentaliste »,
l'« esprit » est ipso facto un « facteur non-physique » et qu'il suit
capricieusement un type de relation causale qui lui est propre 8,
aucune réconciliation n'est possible. Mais tous les « mentalistes »
partagent-ils cette conception ? N'y en a t-il pas beaucoup qui,
tout en admettant que tout ce qui éprouvé, pensé, voulu, doit
avoir un équivalent physique spécifique, seraient très loin de
souscrire à l'assertion du Professeur Bloomfield selon laquelle
« les images mentales, les sentiments, etc… ne sont que des
termes populaires pour différents mouvements corporels » 9 ? Je
serais toutefois reconnaissant à d'autres disciples de la même
école de bien vouloir admettre l'existence de ces équivalents
populaires, puisque ce sont ces équivalents que j'ai préféré
employer, et s'ils le pouvaient, ils seraient libres de les traduire
dans le langage prétendu plus scientifique qu'ils considèrent
comme le seul acceptable.

C'est une très bonne chose que, dans son chapitre sur
l'« Utilisation du Langage » (ch. ii), le Professeur Bloomfield ait
essayé d'analyser un échantillon particulier d'énonciation discursive.
Voici l'exemple qu'il a choisi :

Supposons que Jack et Jill descendent un sentier. Jill a faim. Elle voit une
pomme sur un arbre. Elle fait un bruit avec son larynx, sa langue et ses
lèvres. Jack saute la barrière, grimpe à l'arbre, prend la pomme, l'apporte à
Jill, la pose dans sa main. Jill mange la pomme.

Je suis heureux de voir ici le discours conçu comme un moyen
de coopération sociale, point de vue que je défends moi-même
290(voir § 7). D'autre part, aussi bien le locuteur que l'auditeur
reçoivent l'attention qu'ils méritent. Une attention louable est
également prêtée à la chose-signifiée, dont l'élément central est,
bien sûr, la pomme. Le point faible dans la succession des événements
telle qu'elle est présentée ci-dessus, c'est qu'elle occulte
totalement le quatrième facteur, à savoir les mots et leur sens.
En effet, il semble qu'on ait oublié (dans ce chapitre du moins)
que les mots ont un sens en dehors des choses qu'ils signifient,
le sens d'une forme linguistique étant défini « comme la situation
dans laquelle le locuteur l'énonce et la réaction qu'elle provoque
chez l'auditeur » (p. 139). Les mots prononcés sont, en
fait, conçus comme un coup de fusil qui, par quelque mystérieuse
vertu de la constitution du chasseur, descend la proie désignée 10.
En réduisant ainsi l'explication de la réussite de l'énoncé de Jill
à « A. Evénements pratiques précédant l'acte de discours,
B. Discours, et C. Evénements pratiques suivant l'acte de discours »
(p. 23), le Professeur Bloomfield a renoncé à toute tentative
d'expliquer ce qui devrait sans nul doute être le centre d'intérêt
de toute l'opération ; il n'a pas tenu compte du fait que les
mots employés ont un sens qui ne leur est assigné, ni par le
stimulus de Jill, ni par la réaction de Jack, mais par une communauté
linguistique qui existait avant que l'une ou l'autre de ces
jeunes personnes soit née.

La vérité est que la théorie linguistique ne peut faire aucun
progrès sans avoir recours aux concepts mentalistes dont le Professeur
de Chicago conteste la validité. Sans ces concepts, le discours
devient le produit de robots ingénieusement construits.
« But », « délibération », « perception » — tous ces termes
étaient pour lui des termes non scientifiques ; l'énoncé produit
par le locuteur et la réponse de l'auditeur ne sont pour lui que
les mouvements prédéterminés de rouages dans la machine universelle.
Peut-être qu'il en est ainsi, mais ce n'est pas ce que
moi-même et d'autres veulent savoir du discours 11.

Je mets ici un terme à cette polémique regrettable mais nécessaire,
qui peut difficilement se poursuivre sans recours aux
termes que l'un des partis rejette catégoriquement.291

Le reste de cette Rétrospective sera consacré à la discussion
de passages de mon livre où je me suis mal exprimé ou bien où
j'ai jugé devoir ajouter quelque chose.

(a) § 5, p. 18

Je m'aperçois avec consternation que certains ont interprété la
référence à « trois autres livres plus objectifs, à écrire dans la
même optique, dans un avenir peut-être relativement proche »
comme l'expression de mon intention d'écrire moi-même ces
livres. Mais comme je précise plus loin (p. 19) que l'auteur du
troisième livre sera « non seulement un grammairien accompli
mais aussi un homme de grande intelligence et de vaste culture »,
il était évident qu'il ne pouvait s'agir de moi-même ! Je
pense toujours à ces livres dont nous aurions tant besoin, même
si je crois de moins en moins à la réalisation de ce projet.

(b) § 8, p. 30

« … une seule et même phrase peut, dans des circonstances
différentes, faire référence à plusieurs choses distinctes ». Dans
une lettre qu'il m'avait envoyée, le défunt Dr. G. Stern de
Gothenburg m'a, à juste titre, fait remarquer qu'ici et en d'autres
endroits de mon livre 12, j'ai employé le terme « phrase » au sens
de « groupe de mots révélant une forme phrastique » (§ § 53 et
54) et pas au sens technique que je donne au terme dans ma
définition p. 92 et ailleurs ; considérée comme étant l'unité de
discours, c'est-à-dire comme un acte d'énonciation suffisamment
complet pour être trouvé dans un « texte », une phrase ne peut
être que quelque chose qui s'est produit une fois en une circonstance
historique précise. L'objection du Dr. Stern est pafaitement
justifiée ; de plus, j'avoue ne pas avoir remarqué moi-même
cette incohérence. J'aurais pu l'éviter en écrivant « un seul et
même groupe de mots » et en m'abstenant soigneusement d'employer
le terme « phrase ». Néanmoins, je ne considère pas ma
faute infâme. Il ne faut pas oublier que le mot phrase a, comme
presque tous les autres mots, une « aire de sens » relativement
292étendue (§ 12). N'est-ce pas là un principe fondamental de l'art
du discours qu'il faut savoir tirer avantage de la souplesse des
mots et qu'il n'est ni possible, ni même souhaitable, de vouloir
limiter leurs possibilités d'emploi simplement par souci de respecter
une cohérence rigoureuse. C'est toujours vers le contexte
que doit se tourner le lecteur pour trouver dans quel sens exact
un mot a été employé. Le maniement de la langue, comme le
sait tout bon écrivain, est une affaire très délicate et, à vouloir
être trop précis, on risque souvent de gêner la compréhension
au lieu de la faciliter. C'est peut-être là le péché mignon des philosophes.
Au lieu de chercher avec bienveillance à comprendre
l'essence de ce qu'un penseur a essayé de rendre clair, ne sont-ils
pas un peu trop enclins à lui reprocher de ne pas se montrer
assez rigoureux dans l'emploi des mots qu'il utilise ? On me dira
peut-être que défendre un emploi approximatif des mots est une
doctrine très dangereuse. C'est vrai ; néanmoins, je pense que
c'est souvent la meilleure des deux solutions. Je prierai les étudiants
de lire très attentivement ce que j'ai écrit à ce sujet à la
fin du § 25 et du § 72.

(c) § 10, p. 36

« Nous devons voir les choses en pensée avant de pouvoir les
présenter sous forme de mots ». Ici et dans toute ma description
de la réalisation progressive d'un acte de langage (§ 26), on
pourrait me reprocher de concevoir cet acte comme se déroulant
par étapes successives. La préposition « avant » doit être lue
dans le sens que toute réaction est nécessairement précédée du
stimulus ; dans l'acte de langage typique que j'ai choisi comme
illustration (§ ibid.), la vue de la pluie était une condition précédant
la prononciation par James du mot pluie. Dans ce cas précis,
on aurait très bien pu interpréter le mot « avant » temporellement,
comme le montrent les mouvements de la tête de James
observables par tous. (Fig. 2).

(d) § 12, p. 39

Si j'avais pu mener à bien mon projet d'un second volume,
j'aurais ajouté à ma conception d'une « aire de sens » celle d'une
« aire de son ». A l'intérieur de celle-ci auraient été rassemblées
293toutes les variations identifiables, la prononciation jugée la
« meilleure » occupant le centre, tandis que les prononciations
ne permettant pas l'identification du mot auraient été rejetées à
l'extérieur de la périphérie.

(e) § 13, p. 43, « noms propres », voir aussi § 68

J'ai traité en détail de ce sujet très intéressant mais extrêmement
complexe dans mon essai « The Theory of Proper
Names », Oxford, 1940. Le seul détail de cette page que je crois
aujourd'hui être complètement faux est mon affirmation qu'un
nom propre « est un mot qui ne fait référence qu'à une seule
chose individuelle, généralement une personne ou un lieu ». Que
ceci est faux et prouvé par des exemples comme Les Plantagenêts,
Veneti, Μῆδος, pour citer trois exemples différents, cf. op.
cit.
, pp. 21-28. Il serait peut-être intéressant que je redonne ici
ma définition finale (p. 43) : Un nom propre est un mot ou
groupe de mots reconnu comme indiquant, ou tendant à indiquer,
l'objet ou les objets au(x)quels(s) il fait référence grâce à
sa configuration sonore distinctive uniquement, sans considération
du sens possédé par cette suite de sons à l'origine ou
acquise par son association avec le dit ou les dits objets
13.

(f) § 17, p. 53, « la phrase ». Voir mes remarques p. 30, lignes 1
à 3.

(g) § 25, p. 67 « les mots : entités psychiques plutôt que réalités
physiques »

On trouve la même remarque chez de Saussure, Cours de Linguistique
Générale
(1916), p. 32. Ceux qui ont lu avec suffisamment
d'attention les premières pages de cette Rétrospective ne
m'accuseront pas de me contredire parce qu'au § 24, j'ai employé
l'expression « les signes sonores que nous appelons « mots » » ;
voir fin du § 25. Une objection, à première vue plus dangereuse,
294pourrait être émise à propos de l'épithète « psychique » pour la
raison que les membres d'une communauté linguistique sont
dans de nombreux cas presque, voire totalement, inconscients
des mots qu'ils emploient si aisément. On peut toutefois répondre
en partie à cette objection en rappelant que le concept
d'« inconscient » est aujourd'hui familier, si bien qu'un « mot »
n'a pas besoin d'être « conscient » pour être psychique. En outre,
les mots d'une langue étrangère doivent être appris et, pour être
appris, ils doivent être consciemment médités. La même chose
est vraie pour de nombreux mots dans notre propre langue.

(h) § 26 p.69, fig. 2

Des modifications ont dû être apportées dans la légende afin
de répondre à l'objection que, d'après la p. 70, les aspects visibles
de l'acte de langage étaient au nombre de cinq et non pas
six. Je dois cette suggestion au critique du Times Literary Supplement.
Peut-être aurait-on dû, toutefois, prendre en considération
six étapes, puisque l'intérêt de James pour son propre acte
d'énonciation n'aurait pas été épuisé avant que la réponse de
Mary ne l'ait convaincu qu'elle l'avait compris.

(i) § 37 p. 108

Ici j'ai malheureusement perdu de vue l'une de mes assertions
les plus fondamentales : « discours » au sens de « échantillon de
texte » ne peut jamais être identique à « langue », même si l'on
concède que par « langue », on veut seulement dire les éléments
de langue qui ont été utilisés dans l'échantillon en question. Si
une signification quelconque doit être attachée au concept
« échantillon de texte », celui-ci doit être conçu comme englobant
non seulement le son prononcé, mais aussi tout ce qui l'accompagnait
nécessairement lorsqu'il a été prononcé, à savoir
l'animal qui a émis le son et le stimulus qui a provoqué ce son
(partie de la chose-signifiée). J'espère que je n'ai pas répété ailleurs
cette erreur que je reconnais ici.295

(j) § 41, p. 125

Dans ma définition de la « forme de mot », j'avais d'abord
écrit « l'auditeur » et « le locuteur ». Il est préférable de dire
comme ici « un auditeur » et « tout futur locuteur », car je tiens
à bien insister sur le fait que la « forme de mot » appartient à la
langue, alors que la définition donnée dans ma première édition
aurait pu facilement donner à penser que la « forme de mot »
relève du discours, vu que les termes « auditeur » et « locuteur »
sont mentionnés.

(k) § 48, p. 154

A propos du syntagme infinitif, j'ai quelques remarques à
ajouter qui vont plutôt dans le sens de ceux qui voudraient
interdire l'insertion d'un adverbe entre to et l'infinitif. Les principaux
arguments sont que (1) to est la seule préposition qui, en
anglais, peut se placer ainsi devant l'infinitif — on ne peut pas
(par ex.) dire in dig ou by dig ; (2) to n'a aucun sens identifiable
propre qui le relierait à d'autres emplois de la préposition. Par
conséquent, to dig est plus une unité que je ne semble l'affirmer
dans ma discussion, et ce fait pourrait être souligné par les
grammairiens professant que l'insertion d'un adverbe est un
solécisme.

(l) § 48, p. 155

Le Dr. Armbruster, l'auteur de la célèbre grammaire de l'amharique,
m'a fait remarquer dans une lettre que l'emploi de from
dans different from est, ou devrait être, gouverné par l'emploi
de la même préposition dans differing from. Par conséquent, on
peut difficilement défendre different to tant que l'usage populaire
ne se sera pas prononcé en faveur de differing to (ce qui
paraît très peu probable).

(m) § 58, p. 191, « aucune phrase ne peut faire plus »

Ceci est une exagération, car une phrase peut aussi suggérer
296par sa forme comment l'auditeur doit l'interpréter. Voir § 54 et
suiv…

(n) § 72, p. 262

« L'information donnée à des fins pratiques et la formulation
scientifique sont peut-être les domaines où la déclaration atteint
son maximum d'objectivité et de véracité apparente ». Les trois
derniers mots devraient être supprimés ; le reste est probablement
vrai des déclarations qu'on trouve dans les livres d'histoire
et les manuels scolaires, où le lecteur, au moment où il lit, ne
pense pas, et n'est pas censé penser, au but de l'auteur qui lui
fournit ces informations. Je me risque à ajouter quelques mots
sur « propositions ». Si quelqu'un dit L'été a été exceptionnellement
pluvieux
ou Henri II est monté sur le trône en 1154, l'essence
de ces phrases, dans les contextes où elles apparaissent,
n'est pas d'être des propositions. Le terme « proposition » ne
s'applique correctement que là où l'alternative vrai/faux est
consciemment envisagée et celui qui fait sérieusement une proposition 14.
pose presque autant une question qu'il fait une assertion
Les facteurs locuteur et auditeur (auteur et lecteur) ne
sont jamais très loin lorsque des « propositions » sont débattues
et on peut difficilement concevoir une proposition sans personne
pour la proposer. Nous avons là un problème sur lequel,
j'ai la hardiesse de le penser, les philosophes pourraient bien
apprendre quelque chose de la théorie linguistique. En tout cas,
je ne veux pas conclure cette Rétrospective sans exprimer ma
conviction que la théorie linguistique constitue les prolégomènes
nécessaires à la philosophie, même s'il est vrai qu'elle n'y
apporte aucune contribution directe. Conformément à ce que j'ai
dit dans la conclusion de mon avant-propos, je me risque à plaider
pour une collaboration 15 plus étroite entre les philosophes
et ceux qui ont consacré leur vie à méditer profondément sur la
nature du langage. Le syndicalisme universitaire n'est-il pas
poussé un peu trop loin ?297

(o) § 77, p. 283

Le défunt Mr. G. Cookson m'a cité les vers suivants tirés de
Prométhée Délivré de Shelley :

« Il donna à l'homme la parole et la parole créa la pensée,
Qui est la mesure de l'univers ».

Addendum à la rétrospective

Note F : « Tenaillement » ou « Tiraillement » 16 ?

M'étant risqué à suggérer que la philosophie aurait tout intérêt à
disposer d'une théorie du langage solide et exhaustive, je me sens
obligé ici de justifier ce point de vue. On trouvera plusieurs exemples
dans mon essai « The Theory of Proper Names » ; il me suffira d'en
ajouter ici un seul. Dans son Concept of Mind, p. 205, le Professeur
Ryle conteste « l'antithèse consacrée entre le monde physique, public
et le monde psychique, privé, entre les choses et les événements dont
tout le monde peut être témoin et les choses et les événements dont
seule la personne concernée peut être témoin ». Il prétend que cette
antithèse est totalement fausse. « Il est exact que le cordonnier ne peut
être témoin des tenaillements que je ressens lorsque ma chaussure me
serre. Mais il est faux que moi-même, je puisse en être témoin ». Et
ceci, parce qu'« ils (les tenaillements) ne font pas partie de ces choses
dont il est sensé de dire que quelqu'un en est ou non témoin, même
moi personnellement. Je ressens ou j'ai les tenaillements mais je ne
les découvre pas, ni ne les observe, etc. »

Cependant, la personne qui souffre pourrait, comme le Professeur
Ryle, les appeler « tenaillements » 17 (« tweaks »). Pourquoi ne les
appelle-t-elle pas des « tiraillements » (« twinges »), mot qui désigne
une sensation de douleur très similaire mais venant de l'intérieur
(comme en cas de rhumatismes) et non pas de l'extérieur ? Certainement
298parce qu'elle reconnaît, connaît ou sait — on pourrait difficilement
dire « est témoin du fait » — qu'ils sont provoqués par la chaussure
qui serre et parce qu'elle sait grâce à des expériences antérieures
(§ 26) qu'une douleur de cette sorte peut être appelée un « tenaillement » ;
implicitement, en fait, la personne classe la présente expérience
dans la catégorie « tenaillement », et non dans la catégorie
« tiraillement » (§ 11). Comment ne pas en conclure qu'un élément de
connaissance entre bien dans l'identification d'une douleur comme
étant causée par une chaussure qui serre. Si tout ce que le Professeur
Ryle veut nier, c'est la conscience de ce que je décrirais comme un acte
de classification implicite, alors je pense que nous devrions être d'accord
avec lui. Mais ne serait-il pas d'accord, à son tour, pour reconnaître
qu'il est tout à fait légitime de parler d'un acte implicite de classification ?
Cela ne me semble pas plus absurde que d'admettre que
l'intention d'aller à pied à Sandford est implicite à chaque pas que je
fais dans cette direction. Il est clair, comme l'enseigne le Professeur
Ryle, que la conscience de ce que nous faisons ou ressentons joue dans
nos actions ou notre vécu un rôle beaucoup moins important que nous
ne l'imaginons souvent ; mais rejeter la notion de ce qu'il faut nécessairement
considérer comme une activité cérébrale inconsciente ou
semi-consciente semble nous ramener aux vaines spéculations mécanistes
du Professeur Bloomfield et de ses disciples.

Je ne peux pas non plus être d'accord avec le Professeur Ryle lorsqu'il
déclare que (ibid.) « au sens où on peut dire d'une personne
qu'elle a eu l'occasion d'observer un rouge-gorge, il serait absurde de
dire qu'elle a eu l'occasion d'observer un tiraillement » [lege « tenaillement »].
Mis à part les organes concernés, je ne vois ici aucune différence
de statut. Il n'existe pour moi aucune différence essentielle entre
l'observation par James de la pluie crépitant sur la vitre (§ 26) et la
soudaine sensation de douleur à l'orteil qu'il a éprouvée le mardi
d'avant. Ces deux phénomènes ont mobilisé son attention, le mettant
en situation d'observateur. Pour vérifier la cause de la douleur, il a
enlevé sa chaussure. Quel soulagement de constater que la douleur
diminuait et ne revenait pas ; il s'agissait seulement d'un tenaillement
causé par sa chaussure. Mais, oh horreur !, si la sensation de brûlure
avait persisté, une expérience antérieure lui aurait alors fait redouter
qu'il ne s'agisse d'un tiraillement dû à la goutte.

Pour le point particulier qui m'intéressait ici, il m'a suffi de prendre
un seul petit détail dans le livre très intéressant et très stimulant du
Professeur Ryle. En ce qui concerne ses conceptions plus générales, je
ne ferai qu'un commentaire très bref car, honnêtement, je ne les comprends
pas. Il a certainement démoli la théorie mentaliste sommaire
également imputée par le Professeur Bloomfield à ses adversaires
(voir ci-dessus Rétrospective) ; la croyance en des mondes distincts et
séparés, le monde physique et le monde psychique, est incontestablement
un mythe. Le Professeur Ryle autorise l'emploi de termes mentalistes
299comme « penser », « éprouver », « intention », voir son premier
chapitre. Par ailleurs, il apparaît avoir un pied dans le camp
behavioriste, du moins en ce qui concerne la méthode d'investigation
psychologique (voir op. cit., p. 327 et suiv.). Sur ce point il a peut-être
raison mais je ne peux me résoudre à croire que la méthode introspective
soit complètement dépassée. En tout cas, je maintiens que pour
expliquer la nature du discours et de la langue, l'emploi de termes
relevant de « la vie intérieure » est non seulement légitime mais impératif.
J'ai déjà dit qu'en écrivant ce livre, je n'avais aucune théorie psychologique
personnelle. Je ne peux pas dire que ce soit le cas aujourd'hui
mais je commence à entrevoir les rudiments d'une telle théorie.
En voici les grandes lignes dans toute leur naïveté. Je suis convaincu
que toute conscience a pour support des événements physiologiques
internes dont beaucoup, mais pas tous, sont accessibles à l'observation
à travers leurs manifestations extérieures. Ainsi conçue, la conscience
n'est ni un monde ni une entité, mais plutôt l'une des fonctions des
organismes vivants, le reste consistant en phénomènes corporels
inconscients. Entre les deux existe une continuité évidente. Par exemple,
la digestion se déroule généralement sans qu'on s'en rende
compte ; mais une crampe d'estomac nous amène à réfléchir sur la
cause du mal et à chercher un remède. La conscience semble donc
s'être développée pour aider l'homme à mieux affronter les moments
difficiles de sa vie. Je ne peux me résoudre à croire que la conscience
n'a en soi aucune raison d'être et que, comme semblent le croire les
Behavioristes, elle s'explique, pour autant qu'elle s'explique, uniquement
en termes de mouvements physiques. Pour les Behavioristes, si
je comprends bien leur point de vue, les phénomènes physiques sont
les seuls maillons vérifiables dans cette chaîne de phénomènes internes
qui relie une cause (le stimulus) à son effet (la réaction physique
appropriée). Je crois, au contraire, qu'au stade du conscient, ces phénomènes
physiques cessent d'être de première importance, la prise de
conscience par l'individu de ces phénomènes physiques l'amenant à
prendre en charge le problème et conditionnant les étapes ultérieures,
étapes que le psychologue peut expliquer en partie grâce à l'observation
des mouvements physiques du sujet et en partie grâce à sa propre
faculté de raisonnement et son pouvoir d'introspection. Dans cette
hypothèse, les sensations, les perceptions, les intentions, etc… sont
elles-mêmes des maillons indispensables dans la chaîne des phénomènes
décrits ci-dessus et non de simples prolongements insignifiants
de certains maillons physiques internes dont l'existence n'est pas
contestée, mais dont le fonctionnement reste tout à fait mystérieux.300

1. Voir en particulier p. 161.

2. Voir ma communication intitulée « The distinction of Speech and Language » imprimée
dans Atti del III Congresso Internazionale dei Linguisti, pp. 345-353.

3. Il y a, bien sûr, de rares exceptions comme par exemple le mot incarnadine (incarnadin).

4. Les pages qui suivent, auxquelles je n'ai apporté que de légères modifications, étaient
rédigées et sur le point d'être envoyées à l'imprimerie lorsque le pays apprit le décès du
Professeur Bloomfield. C'est avec une certaine gêne et un regret sincère que je dois critiquer
les conceptions behavioristes d'un chercheur par ailleurs très compétent si récemment
décédé mais ces conceptions ont une telle influence sur le développement actuel de la linguistique
qu'il était impératif de remonter jusqu'à leur source.

5. Un autre livre d'un caractère analogue est celui de J.R. Kantor Objective Psychology of
Grammar
, Indiana University, 1936. Je l'ai commenté dans mon article « Linguistic Theory :
Reply to some Critics », dans English Studies, XIX (1917), p. 59.

6. Cette croyance, qui bien sûr remonte à beaucoup plus loin que Descartes, puisqu'elle existait
déjà chez les premiers Egyptiens, a été récemment décrite de façon très spirituelle
comme « le mythe du Fantôme dans la Machine » (G. Ryle, The concept of mind, 1949).

7. A ce propos je demanderai à mes critiques de lire avec une attention toute particulière
mon § 17.

8. Voir les déclarations du Professeur Bloomfield ci-dessus.

9. Bloomfield, op. cit., p. 143.

10. « Le système nerveux est manifestement un mécanisme à déclic », op. cit., p. 33.

11. Voir § 68 p. 230.

12. Par exemple, p. 30 et p. 53.

13. Un chercheur à qui j'ai montré cette définition m'ayant mal compris, je fais remarquer
au lecteur que « grâce à sa configuration… objets » est à prendre avec les mots « indiquant ou
tendant à indiquer » et pas avec le verbe « fait référence ».

14. En fait, le mot « question » est souvent utilisé en anglais comme synonyme de
« proposition ».

15. Pas nécessairement, toutefois, dans des discussions orales où le théoricien linguiste risque
en général d'être le perdant, étant moins versé dans l'art de la dialectique que le philosophe.

16. N.d T. En anglais : « Tweak » ou « Twinge ».

17. En fait, le Professeur Ryle emploie lui-même dans le même paragraphe (voir plus loin)
le mot « twinge » (« tiraillement »), mais sans faire clairement référence à la chaussure qui
serre. La distinction entre les mots « tweak » et « twinge » sera, je pense, acceptée par la
majorité des lecteurs anglais bien que la définition qu'en donne l'OED ne soit pas dénuée
d'ambiguïté.