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Raynouard, François-Juste-Marie. Choix des poésies originales des troubadours. Tome premier – T03

| Table des matières | Fiche | Texte |

Introduction
contenant
les preuves historiques de l'ancienneté
de la langue romane.

Les poésies originales des Troubadours, écrites en
langue romane, seraient publiées presque sans utilité,
si une grammaire détaillée n'expliquait en même
temps les principes et le mécanisme de cet idiôme.

Rassembler les traditions historiques et les preuves
matérielles qui attestent l'existence de la langue
romane à des époques très-reculées, remonter à son
origine et à sa formation, offrir les éléments de sa
grammaire avant l'an 1000, et donner enfin les
règles complettes de cette langue perfectionnée et
fixée dans les ouvrages des Troubadours, tels sont
les travaux préliminaires qui rempliront ce premier
volume de la collection intitulée : Choix des poesies
originales des Troubadours
.Sans doute ce titre ne
paraîtra point déplacé à la tête même du premier
volume, puisque les différents passages cités dans les
exemples de la grammaire offriront déjà plus de deux
mille vers de ces anciens poëtes.v

L'existence de la langue romane paraît dater du
commencement de la monarchie française 11.

Dès ce temps reculé, les auteurs distinguent la
langue romane, et la langue francique ou théotisque.

Jacques Meyer, dans ses annales de Flandres, parle
en ces termes du choix qu'on fit de saint Mommolin
pour évêque de Tournay.

« L'an 665, mourut saint Éloi, évêque de Tournai…
Mommolin fut choisi pour lui succéder, parce que
c'était un homme d'une très-sainte vie, qui savait
la langue romane aussi-bien que la théotisque 22. »

Les monuments qui appartiennent à l'histoire de
France, nous montrent à l'époque du règne de Charlemagne
quelques vestiges de l'idiôme roman.

En deux endroits des litanies Carolines, qu'on
vichantait alors dans les églises, le répons du peuple
était en cet idiôme.

Quand le clergé chantait : Sancta Maria, etc.,
le peuple répondait à chaque fois : Ora pro nos.

Quand le clergé priait pour le pape, pour Charlemagne,
ou pour quelque prince de sa famille, etc.,
le peuple répondait à chaque fois : Tu lo juva 13.

De ces six mots, que présentent les deux répons,
lo appartient incontestablement à la langue romane,
comme troisième personne du pronom personnel masculin
au singulier ; et nos comme première personne
indéclinable du même pronom au pluriel.

Les deux verbes ora et juva, ainsi que le pronom
personnel tu, sont restés dans cette langue sans
modification.vii

Le mot tu est très-remarquable : jamais la langue
latine ne l'a employé dans des litanies ; c'est donc
une tournure particulière.

Dans le serment de 842, cet ancien monument si
souvent cité et réimprimé, on voit pro employé dans
le même sens primitif de pour, comme une préposition
alors en usage dans la langue romane.

Même avant le siècle de Charlemagne, on rencontre,
dans les historiens étrangers, quelques indices
qui peuvent s'appliquer à cet idiôme.

Vers la fin du VIe siècle, Commentiolus, général
de l'empereur Maurice, faisait la guerre contre Chagan,
roi des Huns. L'armée de Commentiolus étant
en marche pendant la nuit, tout-à-coup un mulet
renversa sa charge. Le soldat à qui appartenait ce
bagage était déjà très-éloigné ; ses compagnons le
rappellèrent à cris réitérés : torna, torna, fratre,
retorna.

Entendant cet avis de retourner, les troupes de
Commentiolus crurent être surprises par l'ennemi,
et s'enfuirent en répétant tumultuairement les mêmes
cris. Le bruit en parvint jusqu'à l'armée de Chagan,
et elle en prit une telle épouvante, qu'aussitôt elle
s'abandonna à la fuite la plus précipitée.

Ainsi ces deux armées fuyaient en même temps,
sans que l'une ni l'autre fut poursuivie.

Les historiens qui ont transmis le souvenir de cet
viiiévénement, et qui ont conservé en lettres grecques
les paroles que prononçaient les soldats de Commentiolus,
assurent que ces mots, torna, torna, fratre,
retorna, étaient de la langue de leur pays 14.

Les mots de ces fragments sont conformes aux
règles de la syntaxe romane, et ils s'accordent avec
ixle style du serment de 842, où l'on trouve fradre
employé comme fratre dans Théophane, et returnar
à l'infinitif, comme retorna à l'impératif dans
Théophylacte, quoique ce verbe n'existât point dans
la langue latine.

Notre historien Aimoin rapporte 15 un fait bien
plus difficile à expliquer.

« Justinien, dit-il, devient empereur. Aussitôt il
rassemble une armée contre les barbares ; il part,
leur livre bataille, les met en fuite, et il a le plaisir
de faire leur roi prisonnier ; l'ayant fait asseoir à
côté de lui sur un trône, il lui commande de
restituer les provinces enlevées à l'empire ; le
roi répond : Je ne les donnerai point : non,
xinquit, dabo ; à quoi Justinien réplique : Tu les
donneras
, daras 16. »

Je n'attache point à ces diverses circonstances, ni
aux conjectures qu'on peut en tirer, plus d'importance
qu'elles n'en méritent, mais peut-être n'ai-je
pas dû les omettre.

Un monument qui appartient plus directement à
l'histoire de la langue romane, c'est l'ordonnance
qu'Alboacem, fils de Mahomet Alhamar, fils de Tarif,
publia en 734.

Ce prince régnait à Coimbre ; son ordonnance permit
aux chrétiens l'exercice de leur culte, à certaines
conditions, et fut sur-tout favorable aux moines
Bénédictins de Lorban ; elle fut rédigée en latin,
mais il s'y trouve quelques mots qui prouvent l'existence
actuelle de la langue romane 27, tels que e, et,
xiconjonction ; esparte, répand ; pecten, peiten,
payent ; peche, paye ; cent, cent ; apres, auprès ;
acolhenza, accueil.

On ne sera donc pas surpris de ce qu'un auteur,
qui écrivait vers 950, Luitprand, racontant des faits
historiques relatifs à l'an 728, atteste qu'alors la langue
romane existait dans une partie de l'Espagne.xii

Ses expressions sont très-remarquables :

« DCCXXVIII. En ce temps furent en Espagne dix
langues, comme sous Auguste et sous Tibère. »

« L'ancienne langue Espagnole ; la langue
Cantabre ; la langue Grecque ; la langue Latine ;
la langue Arabe ; la langue Chaldaïque ; la
langue Hébraïque ; la langue Celtibérienne ; la
langue Valencienne ; 10° la langue Catalane 18. »

Ces deux dernières étaient la langue romane
même ; on aura, dans le cours de cet ouvrage, l'occasion
de s'en convaincre 29.xiii

Dans quelques titres qui concernent l'histoire d'Italie,
on trouve pareillement, aux VIIIe et IXe siècles,
des mots qui indiquent l'existence de la langue romane,
tels que :

corre, il court 110; avent, ayant 211 ; ora, à-présent 312, etc.

A ces preuves matérielles, qui ne laissent aucun
doute sur l'existence de la langue romane en Italie
pendant les VIIIe et IXe siècles, je joindrai un témoignage
bien précis, celui de Gonzon, savant Italien,
qui écrivait, vers l'an 960 :

« C'est à tort que le moine de Saint-Gal a cru que
j'ignorais la science de la grammaire, quoique je
sois quelquefois arrêté par l'usage de notre langue
vulgaire, qui approche du latin 413. »

L'usage de cette langue vulgaire ne pouvait être
un obstacle, qu'autant qu'elle était parlée journellement.

L'épitaphe du pape Grégoire V, décédé à la fin du
même siècle, atteste qu'il parlait bien la langue
vulgaire
 :

« Bruno, de la race royale des Francs, usant de
xivl'idiôme francique, de l'idiôme vulgaire, et de
l'idiôme latin, enseigna les peuples en ces trois
langages 114. »

Quant à la France, des preuves positives attestent
l'usage général de la langue romane au VIIIe siècle.

Il existe deux vies de saint Adhalard, abbé de
Corbie, né vers l'an 750.

L'une et l'autre font mention de cet idiôme.

Un disciple d'Adhalard, Paschase Ratbert, qui a
écrit la première vie, a dit :

« Parlait-il la langue vulgaire ? ses paroles coulaient
avec douceur ; parlait-il la langue barbare, appelée
théotisque ? il brillait par l'éloquence de la charité 215. »

Gérard de Corbie, qui a écrit la seconde vie,
raconte les mêmes circonstances en termes plus exprès :

« S'il parlait en langue vulgaire, c'est-à-dire, romane,
on eût dit qu'il ne savait que celle-là ; s'il
parlait en langue theutonique, il brillait encore
plus 316. »xv

En 714, un jeune sourd-muet de naissance avait été
guéri miraculeusement au tombeau de saint Germain
de Paris. D'après l'historien contemporain, ce jeune
garçon répéta facilement les mots qu'il entendit prononcer ;
et non-seulement il apprit en peu de temps
à parler parfaitement la langue rustique, mais il fut
bientôt en état d'étudier les lettres 117.

Ici se place un fait très-important, qui sert à
prouver que la langue romane était la langue vulgaire
de tous les peuples qui obéissaient à Charlemagne
dans le midi de l'Europe ; et l'on sait que sa
domination s'étendait sur tout le midi de la France,
sur une partie de l'Espagne, et sur l'Italie presque
entière.

Sous son règne, un espagnol malade, pour s'être
imprudemment baigné dans l'Ebre, visitait les églises
de France, d'Italie, et d'Allemagne, implorant sa
guérison. Il arriva jusqu'à Fulde dans la Hesse, au
tombeau de sainte Liobe 218.xvi

Le malade obtint sa guérison ; un prêtre l'interrogea,
et l'Espagnol lui répondit.

Comment purent-ils s'entendre ?

C'est, dit l'historien contemporain, que le prêtre,
à cause qu'il était italien, connaissait la langue
de l'Espagnol : « Quoniam linguae ejus, eo quod
esset italus
, notitiam habebat. »

L'histoire nous fournit plusieurs faits qui permettent
d'assurer que, sous le règne de Charlemagne,
l'idiôme roman avait prévalu comme idiôme vulgaire
sur la langue latine, et même que cette langue
n'était plus comprise par le plus grand nombre des
Français.

En 787, ce prince fut dans la nécessité d'appeler de
xviiRome quelques grammairiens, pour rétablir en France
l'enseignement de la langue latine 119.

Un fait bien décisif, c'est qu'Eginhard, historien
de Charlemagne, s'excuse, en quelque sorte, d'écrire
sa vie en latin 220 :

« Voici, dit-il, l'ouvrage que je consacre à la mémoire
de ce très-grand et très-illustre prince ; vous
serez surpris que moi, homme barbare, et peu
exercé dans la langue romaine, j'aie espéré écrire
en latin avec quelque politesse et quelque facilité. »

Si Eginhard, secrétaire et chancelier de Charlemagne,
manifeste des craintes sur son style latin, s'il
se nomme barbare, c'est que la langue latine n'étant
point parlée vulgairement à la cour, il n'avait pas la
certitude que son style fut exempt de fautes ; en effet,
l'idiôme francique était la langue vulgaire à Aix-la-Chapelle,
et dans le nord de l'empire, tandis qu'à
Paris, et dans le midi de l'empire, la langue vulgaire
c'était l'idiôme roman.

Enfin, si la langue latine, qui restait toujours celle
xviiide la religion et du gouvernement, n'avait cessé
d'être la langue du peuple, l'historien de Louis-le-Débonnaire
aurait-il cru faire de ce prince un véritable
éloge, en disant qu'il parlait la langue latine,
aussi bien que sa langue naturelle 121 ?

Au commencement du IXe siècle, divers conciles
furent assemblés en différents lieux de l'empire de
Charlemagne, pour rétablir la discipline ecclésiastique ;
ceux de Tours et de Rheims, tenus en 813,
décidèrent que l'instruction religieuse devait être mise
à la portée du peuple.

Quoiqu'on ait cité souvent l'article XVII des actes
du concile de Tours, je crois indispensable de le traduire
ici en entier :

« Il a paru à notre Unité que chaque évêque devait
avoir des homélies contenant les admonitions nécessaires
à l'instruction des fidèles, c'est-à-dire,
sur la foi catholique, selon qu'ils en pourront comprendre,
sur l'éternelle récompense des bons, et
l'éternelle damnation des méchants, sur la résurrection
future, et le jugement dernier, enfin sur la
nature des œuvres par lesquelles on peut mériter
la vie éternelle ou en être exclu. Que chaque
évêque traduise publiquement ces homélies en
xixlangue rustique romane ou théotisque, de manière
que tous puissent comprendre ces prédications 122. »

L'article XV des actes du concile de Rheims porte :

« Les évêques doivent prêcher les sermons et les homélies,
selon la langue propre aux auditeurs, afin
que tous puissent les comprendre 223. »

Charlemagne publia, la même année 813, un capitulaire
dont l'article XV prononce :

« Les prêtres doivent prêcher de manière que le
simple peuple, vulgaris populus, puisse comprendre,
intelligere possit 324. »

Selon les conciles et les capitulaires, l'instruction
religieuse se faisant en langue vulgaire, le peuple
devint bientôt entièrement étranger à la langue latine ;
aussi lui en défendit-on l'usage dans les actes religieux
xxqui exigent une profession de foi. L'art. LV des capitulaires
recueillis par Hérard, archevêque de Tours,
et publiés dans un synode tenu en 858, porte : « Que
nulles personnes ne seront admises à tenir un enfant
sur les fonts baptismaux, si elles ne savent et ne
comprennent, dans leur langue, l'oraison dominicale
et le symbole. Il faut, dit cet article, connaître
l'obligation qu'on aura contractée envers Dieu 125. »

Il est hors de doute que, pour toute la partie méridionale
de l'empire de Charlemagne, cette langue
dans laquelle le peuple devait recevoir l'instruction
religieuse, n'était autre que l'idiôme roman, dont
Nithard nous a conservé un fragment précieux, en
transcrivant les serments prononcés à Strasbourg l'an
842, par Louis-le-Germanique., et par les Français
soumis à Charles-le-Chauve.

Nithard nous a transmis en latin le discours que les
deux princes prononcèrent, l'un en langue romane,
l'autre en langue théotisque.

Le concile de Mayence, tenu en 847, porte à l'art. II
les dispositions semblables à l'art. XVII du concile
de Tours de 813, et se sert des mêmes expressions 226.xxi

L'idiôme roman du serment de 842 paraît encore
très-grossier ; il ne présente pas l'emploi de l'article.

Mais il est très-vraisemblable que, dans le midi
de la France, le langage était déjà épuré. Le poëme
d'Abbon sur le siège de Paris par les Normands,
en 885 et 886, félicite l'Aquitaine, c'est-à-dire, les
pays de l'autre côté de la Loire, sur la pureté et la
finesse de la langue qu'on y parle.

Calliditate venis acieque, Aquitania, linguæ.
Abbo poem. lib. II, v. 471.

Le traité de Coblentz, fait en 860 entre Louis-le-Germanique
et Charles-le-Chauve, fut également
publié en langue théotisque ou francique, et en
langue romane.

Les Capitulaires en offrent la traduction latine.

A la fin du traité on lit 127 :

« Charles proclama ce traité en langue romane,
xxiiet en récapitula la plus grande partie en langue
théotisque. »

« Après quoi Louis dit à son frère Charles en
langue romane : Maintenant, si cela vous plaît, je
voudrais avoir votre parole au sujet de ceux qui
avaient pris les armes pour moi. »

« Et Charles, d'une voix beaucoup plus élevée,
proclama en langue romane l'amnistie demandée. »

« Et Lothaire donna en langue théotisque son adhésion
au traité, et Charles proclama encore la paix
en langue romane. »

Ces monuments du IXe siècle peuvent-ils permettre
de former le moindre doute sur le fait incontestable
que la langue romane était alors dans la
France la langue vulgaire du peuple et de l'armée ?

Le texte même de Nithard le déclare expressément,
lorsqu'il dit au sujet des serments de 842 :

« Or le serment que chaque peuple de l'un et l'autre
roi jura en sa propre langue, est ainsi en langue
romane. 128. »

A ces preuves historiques, qui ne laissent aucun
doute sur l'existence ancienne de la langue romane,
on peut ajouter des preuves matérielles :

Soit en recherchant les tracés les plus reculées de
l'emploi de l'article qui a été l'un des caractères
xxiiiinnovateurs de cet idiôme ; et le tableau que je présenterai
à ce sujet démontrera l'emploi de l'article
aux dates de 793, 810, 880, 886, 894, 924, 927,
930, 960, 994 129 ;

Soit en reconnaissant les noms propres qui, dans
les ouvrages latins écrits à une époque ancienne,
sont désignés par une dénomination purement romane 230 ;

Soit enfin en cherchant dans les écrits de la basse
latinité, les traces de la réaction de la langue vulgaire
sur la langue latine 331.xxiv

Je crois avoir prouvé d'une manière incontestable,
et par les faits historiques et par les preuves matérielles,
l'existence et l'ancienneté de la langue romane.

Les monuments qu'offrent différents siècles et divers
pays, démontrent avec la même évidence que l'idiôme
primitif s'est conservé et perfectionné dans les écrits
des troubadours, et dans le langage des peuples qui
habitèrent le midi de la France.

Ce fait très-certain avait été reconnu et attesté
par de nombreux écrivains :

Fauchet, dans son Recueil de l'origine de la
Langue et Poésie Françoise, Ryme et Romans
, liv. I,
ch. 4, s'exprime en ces termes :

« Or ne peut-on dire que la langue de ces serments,
laquelle Nithard appelle romaine, soit vraiment
romaine, j'entends latine, mais plutost pareille à
celle dont usent à-présent les Provençaux, Cathalans,
ou ceux du Languedoc… Il faut donc nécessairement
conclure que ceste langue Romaine, entendue
par les soldats du roi Charles-le-Chauve,
estoit ceste rustique romaine, en laquelle Charles-le-Grand
vouloit que les omélies preschées aux
églises, fussent translatées, afin d'estre entendues
xxvpar les simples gens, comme leur langue maternelle,
aux prosnes et sermons… ».

« Il reste à savoir pourquoi ceste langue romaine
rustique a été chassée outre Loire… ».

« Cette dernière séparation de Hue Capet fut
cause, et, à mon advis, apporta un plus grand
changement ; voire, si j'ose le dire, doubla la
langue romande. »

Cazeneuve, dans un fragment qu'il a écrit sur
cette matière, a dit :

« Ces deux langues teudisque et romaine furent
usitées dans les états de nos rois, jusqu'à ce que,
par le partage fait entre les enfants de Louis-le-Débonnaire,
le pays qui est maintenant sujet à la
couronne de France échut à Charles-le-Chauve, et
ce que nos rois avoient conquis en Allemagne échut
à Louis son frère, avec le titre de roi de Germanie ;
car dès lors commença la division des deux langues,
la romaine demeurant dans les états de Charles-le-Chauve,
et la teudisque dans ceux de Louis-le-Germanique. »

« Cependant cette langue romaine souffrit en peu
de temps un notable changement ; car, comme les
langues suivent d'ordinaire les fortunes des états,
et perdent la pureté dans leur décadence, après,
que l'Allemagne fut éclipsée de la couronne de
France, la cour de nos rois, qui se tenoit à Aix-la-Chapelle,
xxvise tint à Paris, et d'autant que cette ville
se trouva assise près de l'extrémité du royaume qui
tient à l'Allemagne, et par conséquent éloigné de
la Gaule Narbonoise, où étoit l'usage de la langue
romaine, il arriva qu'insensiblement, à la cour de
nos rois et aux provinces qui en étoient voisines,
il se forma une troisième langue qui retint bien le
nom de romaine, mais qui se rendit avec le temps
tout-à-fait différente de l'ancienne langue romaine,
laquelle pourtant demeura en sa pureté dans les
provinces qui sont en-deçà de la Loire ; et d'autant
que les peuples de delà la Loire disoient oui, et
ceux de deçà oc, la France fut divisée en pays de
langue d'oui ou Françoise, et de langue d'oc ou
provençale, dont le nom est demeuré à la province
auparavant appelée Septimanie. »

« Or que cette langue d'oc ou provençale soit la
même que l'ancienne langue romaine, il se peut
clairement justifier par les serments qui sont dans
Nitard… Puis donc qu'il est hors de doute que notre
langue d'oc ou provençale est cette même langue
romaine, que les anciens François parloient devant
la troisième race de nos rois, c'est-à-dire, auparavant
le Xe siècle, ne pouvons-nous pas aussi, sans
faire les vains, et nous donner une gloire imaginaire,
assurer que c'est de notre langue qu'a pris
son origine celle que nous appelons maintenant
xxviifrançoise ?… Ce lui est toujours de l'honneur d'estre
comme le cep d'où s'est provignée cette belle langue
françoise… »

« Mais quand j'aurai fait voir de plus que c'est d'elle
que les langues Italienne et Espagnole ont pris leur
naissance, j'ose bien assurer… qu'on n'en fera pas
moins d'estime qu'on fait d'ordinaire des sources
des grands fleuves, quelque petites qu'elles soient. »

Huet, dans son ouvrage de l'Origine des Romans,
a consacré la même opinion :

« Le langage romain fut appelé la langue provencale,
non-seulement parce qu'il reçut moins d'altération
dans la Provence que dans les autres
cantons de la France, mais encore parce que les
Provençaux s'en servoient ordinairement dans leurs
compositions, etc. Les troubadours, les chanterres,
les conteurs, et les jongleurs de Provence, et enfin
tous ceux qui exerçoient ce qu'on y appeloit la
science gaie, commencèrent, dès le temps de Hue
Capet, à romaniser tout de bon, débitant leurs
romans et leurs fabliaux composés en langage
romain : car alors les Provençaux avoient plus
d'usage des lettres et de la poésie que tout le reste
des François… »

« Le roman estant donc plus universellement entendu,
les conteurs de Provence s'en servirent
pour écrire leurs contes qui de là furent appelés
romans. »xxviii

Je ne dois pas omettre le sentiment de l'abbé
Lebœuf, qui était si versé dans cette matière ; ses
recherches sur les plus anciennes traductions en
idiôme français offrent le passage suivant :

« Je me contente d'avancer, comme une chose très-vraisemblable,
que, dans la plupart des provinces
des Gaules, on parloit vulgairement une langue peu
différente de celle des Provençaux, des Périgourdins,
des Limousins. Je pense que cela dura jusqu'à
ce que le commerce de ces provinces avec les peuples
du nord et de l'Allemagne, et sur-tout celui des
habitants de l'Armorique avec les Anglois, vers le
XIe siècle, eussent apporté dans la Romaine rustique,
une dureté qui n'y étoit pas auparavant 132. »

Les savants auteurs de l'histoire de Languedoc ont
plusieurs fois donné à ce sujet des explications aussi
curieuses qu'incontestables.

« La langue latine commençoit cependant à se
corrompre, et dégénéra enfin de manière qu'elle
forma ce qu'on appella dans la suite la langue
romaine, qui est à-peu-près la même qu'on parle
aujourd'hui dans les provinces méridionales du
royaume, et qui, dès le milieu du IXe siècle, se
trouvoit déjà toute formée, ainsi que nous le verrons
ailleurs 233… »xxix

« Du mélange de cette langue avec celle des barbares,
et du commerce de ces derniers avec les
Romains ou Gaulois d'origine, qui ne firent ensuite
qu'un seul peuple, il se forma enfin une nouvelle
langue qu'on appela romaine, et qui est à-peu-près
la même qu'on parle encore aujourd'hui dans
le pays 134. »

Au sujet du serment de 842, ils disent :

« On peut remarquer dans ces deux actes que la
langue qu'on appelle romaine est presque la même
que celle que parlent encore aujourd'hui les peuples
de Provence, de Languedoc, et de Gascogne, et
qu'elle a beaucoup moins de rapport avec la françoise 235. »

Les auteurs de l'Histoire Littéraire de la France
s'expriment sur le même sujet en termes non moins
affirmatifs 336 :

« Dans la suite on distingua de la poésie françoise,
proprement dite, la poésie provençale : celle-ci
différoit de l'autre, en ce que le génie de la langue
demeura presque pur roman, au lieu que la françoise,
quoique pur roman dans son origine, comme
l'autre, fut adoucie peu-à-peu, tant par de nouvelles
inflexions et terminaisons qu'elle reçut, que
xxxpar les autres endroits qui la rapprochèrent successivement
du génie françois… C'étoit la langue
qu'employoient ordinairement les poètes d'en-deçà
la Loire ; ceux d'au-delà versifioient au contraire
en langue provençale 137. »

J'avais prouvé l'existence et l'ancienneté de la
langue romane ; je crois que les autorités que je rapporte
pour démontrer son identité avec la langue des
troubadours ou poètes provençaux, ne laissent aucun
doute sur ce point.

Mais quel était le mécanisme, quelles étaient les
formes essentielles de cette langue ?

C'est ce que j'ai à examiner et à démontrer.

D'abord j'exposerai les détails relatifs à son origine,
et j'en expliquerai la formation ; ce qui me permettra
xxxide présenter les éléments de sa grammaire avant
l'an 1000.

Et ensuite je donnerai une grammaire détaillée
de la même langue, devenue celle des troubadours ;
et j'autoriserai toutes les règles, soit générales, soit
particulières, par les citations qui seront presque
toujours prises dans les écrits de ces illustres poëtes.xxxii

1(1) On a souvent répété la citation suivante, faite par Ducange
dans la préface de son Glossaire, n° XIII.

« Romani etiam qui in Galliis habitabant, ita ut nec reliquiæ ibi inveniuntur,
exterminati sunt. Videtur mihi indè Francos, qui in Galliis morantur, a
Romanis linguam eorum, quâ usque hodie utuntur, accommodasse. Nam alii,
qui circà Rhenum ac in Germaniâ remanserunt, Teutonicâ linguâ utuntur.
Quæ autem lingua eis antè naturalis fuerit ignoratur. »
Luitprand. lib. 4. cap. 21.

Mais ce passage ne se trouve point dans les œuvres de Luitprand.

2(2) « 665. Obiit D. Eligius Tornacensis episcopus… Suffectus est episcopus
in locum ejus Momolenus, propterea quod vir esset sanctissimæ vitæ, qui
romanam non minus quam Teutonicam calleret linguam. »
Meyer. Annal. Flandr. p. 6.

3(1) Sancta Maria, ora pro nos.

Sancte Cherubin, ora pro nos.

Sancte Seraphin, ora pro nos.

Sancte Petre, ora pro nos.

Adriano summo pontifice, etc. vita :

Redemptor mundi, tu lo juva.

Sancte Petre, tu lo juva.

Karolò excellentissimo et a Deo coronato, etc. vita et victoria :

Salvator mundi, tu lo juva.

Sancte Joannis, tu lo juva.

Pipino et Karolo nobilissimis filiis ejus, vita, etc. tu lo juva.

Pipino rege Langobardorum, vita, etc. tu lo juva.

Chlodovio rege Aquitanorum, vita, etc. tu lo juva.

Omnibus judicibus et cuncto exercitui Francorum, vita et victoria :

Sancte Remegii, tu lo juva.

Marillon, Analecta vetera, p. 170.

4(1) Τῇ πατρώᾳ φωνῇ·. Τόρνα, τόρνα φράτρε.
Theophan. Chronographia, fol. 218.

Έπιχωρίῳ τε γλώττῃ…. ἄλλος ἄλλῳ, ῥετόρνα.
Theophylact. Hist. lib. 2, c. 15. — Histor. miscel. lib. 17.

Si ces légers vestiges de l'idiôme roman, trouvés dans des lieux
et dans des temps si éloignés, nous offrent quelque intérêt, combien
cet intérêt augmentera-t-il, quand nous pourrons croire que
ces guerriers étaient Francs, ou Goths habitant les provinces
méridionales de la France ? Je présenterai à ce sujet deux conjectures.

La première, c'est que Théophylacte, Hist. lib. 6, cap. 3, parle
d'un traité conclu entre les Francs et l'empereur Maurice, pour
faire la guerre, contre Chagan : « Bessus et Bertus, dit-il, envoyés
des Celtibériens, aujourd'hui appelés Francs, sont dans la ville.
Théodoric, prince de cette nation, traitait avec l'empereur d'un
tribut pour s'unir aux Romains, à l'effet de faire la guerre contre
Chagan…. » Quoique ce traité soit postérieur d'environ quinze
ans, il est sans doute permis d'admettre qu'il existait, entre l'empereur
et les Francs, des relations qui avaient précédemment
amené des guerriers Francs dans l'armée de l'empereur d'Orient
contre Chagan.

La seconde, c'est que ces guerriers pouvaient être des Goths,
qui habitaient alors le nord de l'Espagne et le midi de la France.

Le même général Commentiolus, qui commandait l'armée de
Maurice contre Chagan, avait fait la guerre aux Goths d'Espagne ;
il avait repris sur eux Carthagène, et il y avait résidé quelque
temps, ainsi que l'atteste l'inscription suivante trouvée à Carthagène,
et rapportée dans l'España Sacra, t. V, p. 75.

Quisquis ardua turrium miraris culmina
Vestibulumq. urbis duplici porta firmatum
Dextra levaq. binos positos arcos
Quibus superum ponitur camera curba convexaq.
Comitiolus sic hæc fieri jussit patricius
Missus a Mauricio aug contra hoste barbaro
Magnus virtute magister mil. Spaniæ
Sic semper Spania tali rectore lætetur
Dum poli rotantur dumq. sol circuit orbem.

Ann. VIII, aug. ind, VIII.

Il est donc très vraisemblable que des Goths, vers cette époque,
aient servi dans les armées commandées par Commentiolus, lorsqu'il
faisait la guerre à Chagan.

5(1) Voyez le texte d'Aimoin, ci-après p. 71.

6(1) Ce mot daras est entièrement roman. Voy. page 71.

7(2) Escritura del rey moro de coimbra, era 772. (an. 734).

« Alboacem Iben Mahumet Alhamar, Iben Tarif, bellator fortis, vincitor
Hispaniarum, dominator Cantabriæ Gothorum, et magnæ litis Roderici. Quoniam
nos constituit Allah, Illalah super gentem Nazarat, e fecit me dominatorem
Colimb, et omni terræ inter Goadaluam, et Mondecum, et Goadatha per
ubi esparte meum mandum. Ego ordinavi, quod Christiani de meas terras
pecten dupliciter quam Mauri, et de ecclesiis per singulas xxv. pesantes de
bono argento, et per monasteria peiten L. pesantes et vispesantes pecten cent
santes : et Christiani habeant in Colimb suum comitem, et in Goadatha alium
comitem de sua gente, qui manteneat eos in bono juzgo, secundum solent homines
Christiani, et isti component rixas inter illos, et non matabunt hominem
sine jussu de Alcaide ; seu Aluacile Sarraceno. Sed ponent illum apres de Alcaide,
et mostrabunt suos juzgos, et ille dicebit : bene est ; et matabunt culpatum.
In populationibus parvis ponent suos judices, qui regant eos benè, et sine
rixas. Si autem contingat homo Christianus quod matet, vel injuriet hominem
Maurum, Alvacir seu Alcaide faciat de illo secundum juzgo de Mauris ; si
Christianus esforciaverit Sarracenam virginem, sit Maurus et recipiat illam, sin
matent eum ; si fuerit de marito, matent eum ; si Christianus fuerit ad Mesquidam
vel dixerit male de Allah, vel Mahamet, fiant Maurus, sin matent eum. Bispi de
Christianis non maledicant reges Maurorum, sin moriantur. Presbyteri non
faciat suas missas, nisi portis cerratis, sin pieten x pesantes argenti : monasteria
quæ sunt in meo mando habeant sua bona in pace, et pechen prædictos
L. pesantes. Monasterium de Montanis, qui dicitur Laurbano, non peche nullo
pesante, quoniam bona intentione monstrant mihi loca de suis venatis, e
faciunt Sarracenis bona acolhenza, et nunquam invenit falsum, neque malum
animum in illis, qui morant ibi, et totas suas hæreditates possideant cum pace,
et bona quiete, sine rixa et sine vexatione, neque forcia de Mauris, et veniant,
et vadant ad Colimbriam cum libertate per diem, et per noctem, quando melius
velint aut nolint, emant et vendant sine pecho, tali pacto quòd non
vadant foras de nostras terras sine nostro aparazmo, et benè velle ; et quia
sic volumus, et ut omnes sciant, facio cartam salvo conducto, et do Christianis
ut habeant illam pro suo juzgo, et mostrent, cum Mauri requisiverint ab
illis. Et si quis de Sarracenis non sibi observaverit nostrum juzgo in quo fecerit
damnum, componant pro suo avere, vel pro sua vita, et sit juzgo de illo,
sicut de Christiano usque ad sanguinem et vitam. Fuit facta carta de juzgo, æra
de Christianis DCC, LXXII, secundum verò annos Arabum CXXXXVII.
Luna XIII. Dulhija Alboacem, iben Mahomet Alhamar, iben Tarif rogatu
Christianorum firmavi pro more O et dederunt pro robore duos æquos optimos,
et ego confirmavi totum. »
Historias de Idacio, etc. fol. 88 et 89.

8(1) « DCCXXVIII. Eo tempore fuerunt in Hispaniâ decem linguæ, ut sub
Augusto et Tiberio. I Vêtus Hispana ; II Cantabrica ; III Græca ; IV Latina ;
V Arabica ; VI Kaldæa ; VII Hebrea ; VIII Celtiberica ; IX Valentina ; X Cathalaunica ;
de quibus in III lib. Strabo, ubi docet plures fuisse litterarum
formas et linguas in Hispanis. »
Luitprandi Ticin. Episc. Chronicon, p. 372, éd. de 1640, fol.

9(2) Voici à ce sujet quelques autorités :

Dans son histoire de Valence, Gaspard Escolano s'exprime ainsi :

« La tercera… Lengua mæstra de las de España, es la Lemosina, y mas général
que todas… Por ser la que se hablava en Proenza, y toda la Guiayna,
y la Francia Gotica, y la que agora se habla en el principado de Cataluna,
Reyno de Valencia, islas de Mallorca, Minorca, etc. »
Gasp. Escolano. Hist. de Valencia, part. I, lib. I, cap. 14, num. 1.

Nicolas Antonio dit de même :

« Ut enim veteres Provincialis linguæ seu Valentinæ poetas. »
Nic. Antonio. Bibl. Hisp. vet. præf. t. I, num. 26.

« Elucubravit ipse Jacobus I, Aragoniæ rex, vernacula gentis, hoc est
provinciali ut vocant linguâ, quæ tam in Cataloniæ, quam in Valentiæ,
nec non in Montis-Pesulani, unde Maria fuit regis mater, ditionibus in usu
fuit, rerum tempore suo gestarum historiam. »
Nic. Antonio. Bibl. Hisp. vet. t. II, fol. 49, num. 144.

10(1) An 730. Murat, diss. 33.

11(2) An 816. Murat, diss. 33.

12(3) An 73o. Cod. diplom. toscano, t.1, p. 366.

13(4) « Falso putavit S. Galli monachus me remotum a scientiâ grammaticæ
artis, licet aliquando retarder usu nostræ vulgaris linguæ quæ latinitati vicina
est. » Martène, Vet. Script, ampl. Collect. t.1, col. 298.

14(1) Ante tamen Bruno, Francorum regia proles…
Usus francisca, vulgari, et voce latina,
Instituit populos eloquio triplici.
Fontanini, della Eloquenza italiana, p. 15.

Francisca signifie francique, théotisque.

15(2) « Quem si vulgò audisses, dulcifluus emanabat ; si vero idem barbarà,
quam teutiscam dicunt, linguâ loqueretur, præeminebat caritatis eloquio. »
Bolland. Acta Sanct. Januar. t. I, p. 109.

16(3) « Qui si vulgari, id est, romanâ linguâ, loqueretur, omnium aliarum
putaretur inscius ; nec mirum, erat denique in omnibus liberaliter educatus ; si
verò theutonicâ, enitebat perfectius. »
Bolland. Acta Sanct.. Januar. t.I, p. 116.

17(1) « Unde factum est ut, tam auditu quam locutione, in brevi non solum
ipsam rusticam linguam perfectè loqueretur, sed etiam litteras, in ipsâ ecclesiâ
clericus effectus, discere cœpit. » Ducange Gloss. præf. n. XIII.

18(2) « Alter erat de Hispaniâ qui, peccatis exigentibus, pœnæ tali addictus est,
ut horribiliter quateretur tremore omnium membrorum. Cujus passionis iucommodum,
sicut ipse retulit, in Ibero flumine contraxit ; in quâ deformitate oculos
civium suorum non sustinens, ubicumque ei ire visum est, per diversa sancta
locorum vagabatur. Peragrata itaque omni Gallia atque ltalia, Germaniam ingressus
est…. Fuldam venit…. Cryptam occidentalem, super quam corpus
S. Bonifacii martyris quiescit, ingressus est, ac prostratus in oratione…. Quod
cernens vir venerandus Firmadus presbyter et monachus…. Interea subito surrexit
homo et non tremebat, quia sanatus erat. Interrogatus ergo a presbytero
(quoniam linguæ ejus, eo quòd esset italus, notitiam habebat), retulit
se per excessum mentis, etc. »
Vita S. Liobe.Mabillon, act. SS. Bened. secul.III, pars II, p. 258.

Mabillon observe que cette vie a été écrite par Rodulfe avant
que les reliques de sainte Liobe eussent été transportées par
Raban Maur au mont Saint-Pierre.

Rodulfe, prêtre et moine du couvent de Fulde, très-savant
dans toutes les sciences, historien et poëte, mourut le VIII des
ides de mars 865, selon l'histoire de Pierre le bibliothécaire, ou
866, selon Duchesne, Hist. Franc. Script.

19(1) « Carolus iterum a Roma artis grammaticæ et computatoriæ magistros
secum adduxit in Franciam, et ubique studium litterarum expandere jussit.
Ante ipsum enim domnum regem Carolum, in Galliâ nullum studium fuerat
liberalium artium. » Vit. Karol. Magn.. Per Monach. Egolism.

20(2) « En tibi librum præclarissimi et maximi viri memoriam continentem,
in quo præter illius facta, non est quod admireris, nisi forte quod homo
barbarus, et romana locutione perparum exercitatus, aliquid me decenter aut
commodè latinè scribere posse putaverim. » Eginh. Vit. Carol.

21(1) « Latinam vero sicut naturalem æqualiter loqui poterat. »
Theganus, de Gestis Ludov. pii.

22(1) « Visum est unitati nostræ ut quisque episcopus habeat homilias continentes
necessarias admonitiones quibus subjecti erudiantur ; id est de fide
catholicâ, pro ut capere possint, de perpetuâ retributione bonorum, et æternâ
damnatione malorum, de resurrectione quoque futurâ, et ultimo judicio, et
quibus operibus possit promereri vita beata quibusve excludi ; et ut easdem homilias
quisque apertè transferre studeat in rusticam romanam linguam aut
theotiscam, quo faciliùs cuncti possint intelligere quæ dicuntur. »
Labbe. Concil. t. VII, col. 1263.

D'après Borel et Pasquier, on a souvent répété que les actes du
concile d'Arles de 751 contiennent un passage semblable ; mais
c'est une erreur.

23(2) « Ut episcopi sermones et homilias sanctorum patrum, prout omnes
intelligere possint, secundum proprietatem linguæ, prædicare studeant. »
Labbe Concil. t. VII, col. 1256.

24(3) De officio Prædicatorum : « Ut juxta, quod bene vulgaris populus
intelligere possit, assiduè fiat, » Capit. Reg. Franc. An 813.

25(1) « Ut nemo a sacro fonte aliquem suscipiat, nisi orationem dominicam
et symbolum juxta linguam suam et intellectum teneat ; et omnes intelligant
pactum quod cum deo fecerunt. » Capitul. t. I, col. 1289.

26(2) Seulement un mot a été omis, sans doute par l'inadvertance
du copiste. Labbe. Concil. t. VIII, col. 42

27(1) « Hæc eadem domnus Karolus romana linguâ adnunciavit et eâ maximâ
parte linguâ Theodiscâ recapitulavit.

Post hæc, domnus Hludouuicus ad domnum Karolum fratrem suum linguâ
romana dixit :

« Nunc si vobis placet, vestrum verbum habere volo de illis hominibus qui
ad meam fidem venerunt. »

Et domnus Karolus, excelsâ voce, linguâ romana dixit :

« Illis hominibus qui, etc. »

Et domnus Hlotarius linguâ theodiscâ eis suprà adnunciatis capitulis se
convenire dixit, et se observaturum illa promisit.

Et tunc domnus Karolus iterum linguâ romana de pace convenit, et ut cum
dei gratiâ sani et salvi irent, et ut eos sanos reviderent oravit, et adnuntiationibus
finem imposuit. » Cap. Reg. Franc. t. II, col. 144.

28(1) « Sacramentum autem quod utrorumque populus quique propriâ linguâ
testatus est, romana linguâ sic se habet. »

29(1) Voyez ci-après ce tableau, p. 43 et 44.

30(2) Il est peu de nos chartes anciennes qui n'offrent quelques
noms de lieu en langue vulgaire ; une circonstance ajoute encore
à la preuve qui résulte de l'évidence des noms appartenant à la
langue romane, c'est que l'on trouve aussi un grand nombre de
noms qui appartiennent à la langue francique ou théotisque.

Voici quelques exemples pour la langue romane :

Charte de 71 3. « Locum de Osne. »

Titre de 790. « Raymundus Raphinel…. Locum qui apellatur Lumbe….
Super rivum Save…. Fiscum qui Piscarias dicitur…. Monasterio quod Cesarion
dicitur. » Gallia Christiana, Instr. Eccl. Lombariensis.

Titre de 806. « Villare quem dicunt Stagnole…. Villare quem vocant
Agre…. In villa Ulmes. » Hist. de Languedoc. Pr. t. I, col. 33.

Titre de 819. « Parrochiam de Archavel… Orgollel… EncapDe Tost
Palerols… De Noves… Banieres… Arches… Cortalb… Meranges… Balcebre
Macianers… Figols… Merles… Baien… Asnet. Etc. etc. »
Append. March. Hisp..

31(3) An 782. « A tunc nos missi…. A tunc ipsi missi et judices…. »
Hist. de Languedoc. Pr. t. I, col. 25.

An 852. « Ad tunc nos…. Ad tunc ipse Ramnus asserens dixit…. Unde
Ramnus ad tunc hora præceptum imperiale et judicium ad relegendum ostendit….
Ad tunc nos supradicti interrogavimus…. Ad tunc ipse Odilo se recognobit…. »
Hist. de Languedoc. Pr. t. I, col. 99.

An 833. « Ad contra responderunt. »
Muratori, diss.70.

32(1) Mém. de l'Acad. des lnscr. et Belles-Lettres, t. XVII, p. 718.

33(2) Hist. générale du Languedoc, t. I, p. 327.

34(1) Hist. générale du Languedoc, t. I, p. 379.

35(2) Hist. générale du Languedoc, t. I, p. 532.

36(3) Hist. Litt. de la France, t. IX, p. 172.

37(1) « Quant au nom de provençale, qu'on donna à la langue
dont on se servoit dans les provinces méridionales de la France,
après que les peuples des pays septentrionaux eurent adopté un
idiôme différent, il est certain qu'elle ne fut pas ainsi nommée,
parce qu'elle fut d'abord particulière aux peuples de la Provence
proprement dite, mais à cause qu'elle comprenoit alors,
sous le nom de Provençaux, tous les peuples de la partie méridionale
de la France. Les divers auteurs qui ont écrit, à la fin du
XIe siècle, l'histoire de la première croisade, nous en fournissent
les preuves : On nomme provençaux, dit un de ces historiens,
les peuples de Bourgogne, d'Auvergne, de Gascogne, de Gothie,
et de Provence. Les autres s'appeloient François, mais
les ennemis donnoient le nom de Francs aux uns et aux autres.

Les Aquitains étoient aussi compris sous le nom de Provençaux. »

Hist. gén. du Languedoc, t. II, p. 246.