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5340_fr_Guillaume_T18 (Guillaume, Gustave)

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Epoques et niveaux temporels
dans le système de la conjugaison française 1

La langue, toute langue, est un système de systèmes : c'est-à-dire un
système intégrant à l'endroit de systèmes intégrés 2. L'un de ces systèmes
intégrés est, dans les langues suffisamment évoluées pour l'avoir édifié en
elles, le système verbo-temporel. Dans la langue française, ce système procède
et résulte d'une mise en œuvre, achevée et rigoureuse, de conditions
générales de représentation que distinguent et désignent les termes de voix,
d'aspect, de mode, de temps, de personne et d'incidence. Cette dernière
condition, dont la grammaire traditionnelle ne fait pas état, rapproche le
verbe de l'adjectif. Comme ce dernier, le verbe peut être déféré, par incidence 3,
à des supports dont rien, théoriquement, ne limite la diversité :
de même que l'adjectif peut se dire de toute sorte d'êtres, sans distinction
de catégorie, le verbe peut être le prédicat de toute sorte de sujet. Le substantif,
au contraire, ne peut être déféré, par incidence, qu'à des supports
pris dans le champ de ce qu'il signifie. Le mot homme est un substantif
du fait qu'il ne peut être dit que d'êtres satisfaisant aux conditions que
l'énoncé du mot implique. L'incidence du substantif est une incidence
interne
ne sortant pas de la signification générale du mot. L'incidence de
l'adjectif ainsi que celle du verbe sont externes et ont leur aboutissant à
des supports pris en dehors de ce que le mot signifie par lui-même dans
250la langue 4. Dans la catégorie du verbe une forme toutefois a, comme le
substantif, une incidence interne : c'est l'infinitif, lequel ne peut se dire
que de ce qu'il signifie. De là l'impossibilité de former une phrase composée
d'un sujet et d'un infinitif. Pierre pleurer n'est pas une phrase
possible en français 5. Ce n'est que précédé de la préposition de et porté
par cette préposition dans le plan de l'expressivité que l'infinitif français
peut remplir à l'endroit d'un sujet la fonction de prédicat. Exemple : Et
Pierre de pleurer
.

Aussi est-ce une faute d'analyse grammaticale que de déclarer Pierre
sujet de pleurer dans une phrase comme : J'ai vu Pierre pleurer, le vrai
étant que Pierre et pleurer y constituent un objet complexe dont le premier
terme est pris dans le plan du nom et le second dans le plan du verbe.
Dans la phrase précitée, les deux termes exercent conjointement la fonction
d'objet à laquelle il suffit de les soustraire pour que leur assemblage
ne soit plus grammaticalement possible.

Pour n'avoir pas été aperçu par les grammairiens du passé, le régime
d'incidence n'en est pas moins le déterminant principal de la partie du
discours dont la théorie ne fait plus de difficulté dès l'instant qu'il en est
tenu un juste compte. Liée aux conditions de voix, d'aspect, de mode, de
temps et de personne, l'incidence externe est le déterminant du verbe. Liée
aux conditions de nombre, de genre, de cas, la même incidence externe est
le déterminant de l'adjectif. Et il suffit de faire l'adjectif incident à lui-même,
à la totalité, par exemple, de ce qu'il signifie pour qu'il en résulte
un substantif : le beau, c'est l'incidence de l'adjectif beau à l'entier de ce
qu'il signifie intrinsèquement 6.

Les distinctions dont fait état le paradigme de conjugaison du verbe,
en sus de celle d'incidence externe que la catégorie du verbe emporte avec
soi, sont, ainsi que l'on vient de le dire, celles de voix, d'aspect, de mode,
de temps et de personne, — toutes catégories dont, à l'exception de celle
d'aspect en elles méconnue, font état les grammaires traditionnelles. La
distinction d'aspect figure bien au paradigme dans les ouvrages didactiques,
mais sans y recevoir son nom véritable : elle est à tort assimilée à
la distinction de temps, l'aspect permettant, sous sa forme composée,
d'exprimer le passé sans avoir à quitter le présent, ce par quoi il apparaît
habile à suppléer le temps. J'ai marché, qui signifie résultativement le
passé, est opérativement le présent de l'aspect composé du verbe marcher,
autrement dit la conjugaison au présent du verbe avoir marché.

Le système de la conjugaison du verbe se recompose de conditions psychiques
satisfaites rendues sous des signes jugés propres à en assurer la
saisie, le port et le transport. Ces signes constituent le côté sémiologique
du système. Les conditions psychiques que les signes recouvrent en constituent
le côté psycho-systématique. Et une étude du système verbo-temporel,
251n'est complète et satisfaisante que si, en regard des conditions
psychiques signifiées, on inscrit les signes auxquels elles sont dans la langue
attachées. Le cadre qui s'impose à l'étude est celui — bi-partite —
d'une analyse de la structure sémiologique faisant le vis-à-vis d'une analyse
de la structure psychique correspondante. Une faute de méthode grave est
de ne pas faire, au départ, la distinction nette des deux structures.

Le français fait état, dans le plan de la psycho-systématique, de deux
espèces d'aspects :

a) l'aspect immanent, qui signifie le dedans, sans l'outrepasser, de ce
dont le verbe est la représentation. La sémiologie de l'aspect immanent
est la forme simple du verbe. La forme marcher, non composée, emporte
avec soi l'interdiction de sortir du temps porteur du procès marcher.

b) l'aspect transcendant, qui signifie l'au-delà de ce dont le verbe est
la représentation. La sémiologie de l'aspect transcendant est en français la
forme composée du verbe. La construction avoir marché, composée, interdit
à l'esprit de demeurer au dedans du procès marcher et lui impose d'en
considérer la suite.

La langue française actuelle fait un usage constant et régulier des
deux aspects immanent et transcendant et il lui arrive de se servir d'un
troisième aspect bi-transcendant et surcomposé, lequel signifie l'au-delà de
ce que signifie l'aspect transcendant. La construction avoir eu marché
est à la construction avoir marché ce que celle-ci est à la construction
simple marcher 7.

Les aspects — de même que les voix — représentent dans le système
verbo-temporel français, et plus généralement dans tout système verbo-temporel,
non pas la conjugaison, mais ce qui est conjugué. La conjugaison
elle-même est représentée par les formes de mode, de temps et de
personne.

Les formes modales signifient, dans le plan de la psycho-systématique, ,
le degré d'avancement en elle-même de la formation de l'image-temps.
Une formation achevée de l'image-temps a pour signifiant le mode indicatif.
A une forme inachevée de l'image-temps correspond le mode subjonctif.
Ces deux modes conjoignent à la représentation achevée ou inachevée
de l'image-temps la représentation de la personne. A une formation
de l'image-temps trop peu avancée en elle-même pour comporter la
252référence du verbe à la personne correspond un mode, le mode quasi nominal,
dont les formes temporelles sont toutes impersonnelles 8.

Les modes représentent, en psycho-systématique, les arrêts successifs
de la chronogénèse en elle-même 9. A chacun de ces arrêts correspond une
chronothèse chargée de signifier le résultat jusque-là acquis en chronogénèse,
et chacune de ces chronothèses se recompose de formes temporelles
portant la marque du mode auquel elles appartiennent, la fonction du
mode étant de dater les chronothèses dans la chronogénèse.

Trois chronothèses se déterminent successivement par interception
plus ou moins tardive de la chronogénèse :

la première, initiale, a pour signifiant le mode quasi nominal et
les formes temporelles (toutes impersonnelles) qui en font le contenu sont
l'infinitif, le participe dit présent et le participe dit passé ;

la seconde, médiale, est représentée par le mode subjonctif dont
les temps (au nombre de deux) sont, selon la nomenclature officielle, l'imparfait
du subjonctif et le présent du subjonctif ; 10

la troisième, finale, est représentée par le mode indicatif dont les
temps (au nombre de cinq) sont : les deux passés (prétérit défini et imparfait),
le présent, les deux futurs (le futur thétique, appelé simplement
« futur » par la grammaire traditionnelle, et le futur hypothétique, ordinairement
nommé « conditionnel »). 11

En présence de cette troisième et finale représentation du temps, la
question se pose de savoir pourquoi le français a deux passés et deux
futurs, question à laquelle il n'a pas été jusqu'ici donné de réponse scientifique.
La raison de cette représentation binaire des deux époques extensives
— le passé et le futur — tient à ce qu'en sus de la distinction des
époques, clairement spécifiée, il est fait une distinction moins visible et
aussi réelle qui est celle de deux niveaux temporels, la paire prétérit
défini/futur thétique
signifiant une inéquation d'époques (passé ≠ futur)
et une équation de niveau temporel (le même niveau 1 pour le futur et le
passé), et la paire imparfait/futur hypothétique recouvrant semblablement
une inéquation d'époque (passé ≠ futur) et une équation de niveau
253temporel (le même niveau 2 pour l'imparfait et le futur hypothétique). Un
fait historique secret — qu'une observation attentive des faits décèle — a
a été la cause de la représentation intérieurement binaire des époques
passée et future. Ce fait, c'est que le présent, sans changer de composition,
a changé de disposition sur la ligne horizontale de partage du temps. A la
disposition latine horizontale du présent, selon laquelle les deux parcelles
de temps dont cette époque se recompose (la parcelle de futur appelée
chronotype α et la parcelle de passé qualifiée chronotype ω) sont rangées
l'une à côté de l'autre [ω | α] dans le temps, le français a substitué une
disposition selon laquelle les deux mêmes chronotypes, α et ω sont superposés
[α | ω].

Dans un présent horizontal, le partage des chronotypes composants
α et ω est vertical et ce partage vertical donne, prolongé en dehors du présent
dans le sens descendant, la ligne verticale de partage du temps. Il s'ensuit,
compte tenu des complémentarités de symétrie, une spatialisation
du temps qui est celle instituée en latin dans le mode indicatif : 12

image amabam | amo | amabo | ω | α | amaueram | amaui | amauero

Fig. 1

A un moment donné, le présent horizontal ω | α, dont la largeur sur
la ligne horizontale du temps est celle de deux chronotypes, s'est étréci —
la loi du présent étant de tendre à la plus grande étroitesse 13 — en un
présent vertical dont la largeur sur la ligne du temps n'est plus que d'un
seul chronotype. Or, dans un présent vertical, le partage des chronotypes
[α | ω] se présente horizontal, et c'est ce partage intérieur du présent dans
le sens horizontal qui, en se prolongeant des deux côtés du présent, donne
la ligne horizontale de partage du temps, à l'horizontalité de laquelle
254l'architecture française du temps doit ses traits principaux 14. Dans le
mode indicatif, cette architecture est ce qui suit : 15

image niveau 1 d'incidence | passé | futur | niveau 2 de décadence | imparfait | futur hypothétique | passé défini | futur thétique

Fig. 2

Telle est, figurativement représentée, la spatialisation du temps en
français dans le mode indicatif. Il y apparaît, d'une part, que le prétérit
défini et le futur thétique y sont le signifiant d'une différence d'époque
(passé ≠ futur) conjointe à une identité de niveau temporel (les deux formes
occupent semblablement le niveau 1 d'incidence, toute décadence par
traversée de la ligne du temps ou par descente au-dessous de cette ligne
leur étant interdite), et, d'autre part, que l'imparfait et le futur hypothétique
y sont le signifiant de la même différence d'époque conjointe à une
autre identité de niveau temporel (niveau 2), le propre des deux formes
étant la permission qu'elles ont de traverser la ligne du temps et de descendre,
s'il y a lieu, au-dessous d'elle, — la traversée de la ligne du temps
appartenant déjà à la décadence 16. Ce qui revient à dire que la paire prétérit
défini/futur thétique, nonobstant la différence d'époque qu'elle signifie,
impose aux deux formes verbales qui la constituent une tenue en
incidence au-dessus de la ligne de partage du temps, tandis que la paire
imparfait/futur hypothétique délie les deux formes verbales qu'elle oppose
de l'obligation de satisfaire à cette condition.

C'est à cette spatialisation du temps dont le présent vertical est l'opérateur
— par position, il divise verticalement l'infinitude du temps en
deux époques (passé et futur) et, par composition, il divise horizontalement
255l'infinitude du temps en deux niveaux temporels (niveau 1 et niveau
2) — que le français doit d'avoir deux passés et deux futurs. L'explication
scientifique du fait est là, pas ailleurs 17.

A cette spatialisation du temps correspond une sémiologie dont le
défaut est de ne pas la dénoncer avec la même clarté au niveau 1 et au
niveau 2 du système verbo-temporel. Cette dénonciation imparfaite tient
à ce que la loi régnante en psycho-systématique n'est pas celle régnante
en psycho-sémiologie. La loi régnante en psycho-systématique est celle,
rigoureuse, de la cohérence ; la loi régnante en psycho-sémiologie celle,
extrêmement souple, de la simple convenance expressive 18. De là des incohérences
permises en psycho-sémiologie qui sont interdites en psycho-systématique.

Du côté du futur, la sémiologie est représentée par la conjugaison
athématique, laquelle consiste à ajouter à l'infinitif en position de radical
des terminaisons issues de l'auxiliaire avoir complètement dématérialisé 19.
256Le futur thétique emploie à sa formation les terminaisons de présent de
l'auxiliaire avoir ; le futur hypothétique, les terminaisons d'imparfait du
même auxiliaire, ces terminaisons ayant, du fait de la dématérialisation
complète du verbe avoir, acquis le caractère d'une simple flexion
dépourvue de support matériel et se cherchant dans la langue un
support de remplacement 20. On a pour le futur thétique la conjugaison :
chanter-ai, chanter-as, chanter-a, etc. ; et pour le futur hypothétique :
chanter-ais, chanter-ait, etc. Ceci établi, il y a lieu de remarquer qu'au
niveau 2 de la représentation temporelle les terminaisons -ais, -ais, -ait,
-ions, -iez et -aient sont, à toutes les personnes, communes à l'imparfait et
au futur hypothétique et, de ce fait, dénoncent que dans le passage d'une
forme à l'autre le niveau temporel reste le même, la différence d'époque
étant signifiée par l'emploi du radical primaire chant-, s'il s'agit de représenter
le passé, et du radical chanter-, c'est-à-dire de l'infinitif en position
de radical, lorsqu'il s'agit de représenter le futur. C'est là une réussite
remarquable de la psycho-sémiologie qui, partout et toujours, sans être
tenue d'y parvenir, tend à être le miroir fidèle de la psycho-systématique 21.

La même réussite psycho-sémiologique n'est pas atteinte au niveau 1
qu'occupe la paire prétérit défini/futur thétique. L'identité de niveau temporel
du prétérit défini et du futur thétique n'est dénoncée qu'aux personnes
du singulier. L'échec partiel est dû à ce que, passé la troisième
personne du singulier, les terminaisons de présent du verbe avoir livrent,
ajoutées au radical primaire chant-, non pas un passé, mais un présent :
si à chant- on ajoute -ons, il vient le présent chant-ons, alors qu'on a
besoin d'un passé. Cet échec, lorsqu'il s'agit de signifier, nonobstant la
différence d'époque, l'identité de niveau temporel du prétérit défini et du
futur thétique, conduit, cette ambition délaissée, à faire appel, pour la
représentation continuée de ce que signifie le prétérit défini, à un moyen,
moins heureux en soi, d'une autre espèce : la conjugaison thématique,
selon laquelle au radical chant- s'ajoute, dans la série des verbes à -r d'infinitif
fermant 22, un thème en -a- couvert par un suffixe de protection noté
-s-, à date ancienne, et qui n'est pas autre chose en réalité qu'un prolongement
du vocalisme du thème destinée à en assurer la conservation 23. Les
257désinences auxquelles il est fait appel en première et deuxième personnes
du pluriel après le thème-voyelle sont les désinences post-thématiques
-mes et -tes qu'on retrouve non pas dans la conjugaison de l'auxiliaire
avoir, mais dans celle de l'auxiliaire être (som-mes, ê-tes) 24.

La troisième personne du pluriel n'est expressément ni thématique m
athématique. Il convient d'y voir un traitement particulier de la conjugaison
athématique destinée à tirer d'elle économiquement — sans changement
de radical 25 — la représentation du passé. Ce traitement consiste à
voir dans le vocalisme -o- de la terminaison -ont du futur chanter-ont un
signe de futur : ce que ce vocalisme est effectivement dans la conjugaison
du verbe français, à la seule exception de quatre verbes dont la caractéristique,
qui en fait une série à part, est un radical de présent réduit à nulle
consonne ou à une consonne unique. Ces verbes sont : ont, sont, font et
vont 26. Il est apparu ainsi suffisant, pour ne plus avoir le futur, de substituer
au vocalisme -o- de la terminaison -ont le vocalisme réduit de -e- :
ce par quoi on obtient, au lieu et place de la construction chanter-ont, la
construction chanter-ent habile, on va le voir, par sa constitution à signifier
le psychisme du prétérit défini. Par son abandon du vocalisme -o-, la
construction chanter-ent est un non-futur. Par son radical secondaire
chanter- (infinitif en position de radical), elle n'est pas un présent : pour
avoir un présent il faudrait utiliser le radical primaire chant-, ce qui donnerait
chant-ent. On se trouve ainsi en présence d'une construction qui,
par sa psycho-sémiologie, n'est plus un présent et qui n'est pas non plus
un futur, de sorte qu'il ne lui reste d'autre possibilité que de signifier le
passé.

Le rôle du -r- de virtualisation est, dans le prétérit défini chantèr-ent,
de dénoncer non pas l'époque future 27, mais le niveau temporel d'incidence
commun au futur et au prétérit défini. C'est dire qu'après avoir
assumé la charge de signifier l'époque future, le -r- de virtualisation en
arrive, dans une construction où la signification de l'époque future ne lui
258incombe plus, à signifier ce qu'a de virtuel la tenue du verbe en incidence 28.
On ne manquera pas de remarquer l'affinité des deux valeurs.

La conjugaison athématique n'intervient — partiellement — pour la
formation du passé que dans la série des verbes à -r- d'infinitif fermant, et
son intervention, on l'a vu, s'y limite aux trois personnes du singulier.
Dans la série des verbes à -r d'infinitif ouvrant 29, la conjugaison du prétérit
défini est thématique à toutes les personnes, le thème étant en -i- et
en -u- 30. La conjugaison du prétérit défini se présente ainsi plus régulière
dans la série des verbes à -r d'infinitif ouvrant que dans celles des verbes
à -r d'infinitif fermant, encore que cette série soit en français la conjugaison
dominante normalisée, qualifiée souvent de conjugaison régulière.

La construction régulièrement thématique du prétérit défini des verbes
à -r d'infinitif ouvrant appelle des observations : on notera que le
thème y est toujours en -u- ou en -i- (jamais en -a-) et qu'au suffixe -s fermant
qui couvre le thème devant les désinences post-thématiques -mes
et -tes se substitue, en troisième personne du pluriel, un suffixe -r- ouvrant
introduisant la désinence -ent, à laquelle est interdit le contact direct avec
le thème-voyelle. Dans la série lu-s-mes, lu-s-tes, lu-r-ent, le -r- couvrant
le thème -u- assure la protection de ce thème devant désinence -ent commençant
par voyelle. Cette protection aurait pu être assurée en substituant
au -s- fermant, inaudible comme consonne, des constructions lu-s-mes et
lu-s-tes un -s- ouvrant audible, mais il en fût résulté non pas une forme
d'indicatif, mais une forme de subjonctif, changement de mode ici inadmissible.
Il a donc fallu avoir recours à autre chose qui est le -r- ouvrant
déjà employé dans chantèr-ent à introduire la terminaison -ent 31. La
construction chantèr-ent se recompose de chanter-, forme d'infinitif à -r
fermant, où l'r final est contraint de s'ouvrir devant un vocalisme de terminaison,
quel qu'il soit 32.

Aux personnes du singulier les thèmes en -i- et en -u- dont fait usage
la conjugaison des verbes à -r d'infinitif ouvrant sont couverts au prétérit
par les désinences fermantes et inaudibles -s, -s, -t, lesquelles appartiennent,
comme les désinences -mes et -tes, à la conjugaison du verbe être : Je suis,
tu es, il est, nous sommes, vous êtes. Les désinences consonantiques de
singulier du verbe avoir conjugué au présent sont : zéro, -s, zéro, c'est-à-dire
ai, a-s, a. Ces désinences sont celles intervenantes dans la conjugaison
du présent des verbes à -r d'infinitif fermant : je chante, tu chante-s, il
chante 33.259

Une caractéristique régulière des verbes à -r d'infinitif fermant est la
conservation à l'état ouvrant (jamais fermant) — et cela, dans toute la
conjugaison — de la consonne axiale inscrite entre le radical et la terminaison
d'infinitif : 34 chant-er, je chant-e, etc. Dans les verbes à -r d'infinitif
ouvrant, la consonne axiale est phonétiquement plus ou moins maltraitée.
On la voit cesser d'être ouvrante et audible aux personnes du
singulier et redevenir audible et ouvrante au pluriel devant désinence à
vocalisme : je sais, tu sais, il sait, nous sa-v-ons, vous sa-v-ez, ils sa-v-ent 35.
Là où la consonne axiale maltraitée a disparu, elle est, devant désinence à
vocalisme, régulièrement reconstituée sous une forme étrangère à son état
étymologique : je li-s, tu li-s, il li-t, nous li-s-ons, vous li-s-ez, ils li-s-ent 36.

Dans la conjugaison du prétérit défini des verbes à -r d'infinitif
ouvrant, on voit aussi certains d'entre eux substituer le thème-voyelle au
vocalisme du radical. Il s'ensuit un prétérit défini dont le radical se présente
réduit à une seule consonne : je s-u-s, je f-i-s, etc.

Il va sans dire que tous les faits de systématisation apparente (de
psycho-sémiologie) que l'on vient d'indiquer relèvent d'explications phonétiques
qui, dans le plan de la parole 37, suffisent à en rendre raison. Et
si, en sus de cette explication, une autre explication — psycho-sémiologique
et dictée par l'examen des résultats historiquement obtenus — se
présente et s'impose, cela tient à ce que la variation phonétique produite
dans le plan de la parole ne saurait avoir lieu que pour autant qu'elle
satisfait à un degré suffisant aux exigences momentanées de la représentation
à partir de laquelle l'expression est obtenue 38. Ne pas satisfaire suffisamment
auxdites exigences est chose interdite à la variation phonétique.
La variation phonétique apparaît ainsi, relativement à la représentation,
assujettie à l'obligation de n'en pas désorganiser la sémiologie, à l'endroit
de laquelle il lui faut être ou indifférente (ni organisatrice ni désorganisatrice)
ou fortuitement organisatrice par la production aveugle d'accidents
dont la visée psycho-sémiologique, continuellement veillante et surveillante,
tire parti dans le sens d'une amélioration du rapport de la sémiologie avec
la psycho-systématique. Parce qu'il en est ainsi à la continue, le résultat
260est, à la longue, une sémiologie si bien ajustée à la psycho-systématique —
cet ajustement est l'incessante visée de la psycho-sémiologie — qu'elle en
devient le miroir fidèle. Il est intéressant de constater que les choses en
sont arrivées là en français au niveau 2 de la représentation temporelle
dans le mode indicatif 39, mais n'y sont pas parvenues au niveau 1 où la
psycho-sémiologie, vu les obstacles rencontrés, n'a pas réussi à inventer
une sémiologie adéquate par son unité à l'unité de la représentation
psycho-systématique 40.

La portée de ces observations n'échappera pas aux tenants, si nombreux
encore, de l'explication phonétique unique considérée comme étant
la seule valable. Elles devraient suffire à dissiper leur prévention obstinée
à l'endroit de l'explication psycho-sémiologique superposable partout et
toujours à l'explication phonétique pour la raison aisée à concevoir qu'il
est refusé à la variation phonétique le pouvoir de désorganiser la sémiologie,
les pouvoirs dont elle dispose à l'endroit de la sémiologie étant tous
les pouvoirs, sauf celui-là a priori exclu. Dans la langue en instance d'organisation
— instance ininterrompue — la variation phonétique a, comme
le monarque d'un certain grand royaume, tout pouvoir de bien faire et nul
pouvoir de mal faire. Il lui faut donc, en tout état de cause, ne pas nuire
à la sémiologie acquise et, s'il se peut, l'occasion aidant, contribuer aveuglément
à sa meilleure définition. L'opératrice de cette définition meilleure
est la psycho-sémiologie utilisant à son bénéfice les régularités aveugles
de la phonétique, régularités qualifiées à tort de lois 41. On retiendra que
la visée psycho-sémiologique, toujours en éveil, a le pouvoir d'interdire —
261ce qu'elle fait — à la variation phonétique tout ce qui porterait atteinte
à l'ajustement déjà réalisé de la sémiologie à la psycho-systématique. Cet
ajustement peut croître en qualité, il ne peut en qualité décroître et aucune
variation phonétique que le sujet parlant sent ou pressent contraire à la
convenance de la sémiologie à la psycho-systématique ne sera jamais par
lui élue. Ceci s'explique aisément : en aucun cas le sujet parlant ne fera
usage d'une variation phonétique dont l'effet sensible à ses yeux serait de
nuire à l'acte d'expression par lui engagé. Les variations phonétiques que le
sujet parlant utilise sont celles qu'il juge propres à faire plus opérante
dans un certain sens son activité de langage ou, à tout le moins, à ne pas
lui causer de préjudice 42.

Quelques exemples se rapportant à la question ici traitée aideront, en
cette matière délicate, à bien fixer les idées. Il ne fait pas doute que la prononciation
française chantèrent représente un traitement phonétique de
la prononciation latine historiquement correspondante et se trouve justifiée
par la connaissance des régularités phonétiques en activité dans le passage
du latin au français : mais ce qui est justifié en ce cas, c'est la prononciation,
le fait de parole, mais non pas la sémiologie de la forme verbale,
laquelle procède de ce que la variation phonétique, impuissante à désorganiser
la sémiologie, n'a, à la longue, d'autre effet possible qu'un effet,
aussi fortuit que l'on voudra, d'organisation. Le résultat a été la psycho-sémiologie
de chantèrent dont les deux ressorts principaux sont la conservation
du radical secondaire chanter- (infinitif en position de radical) et la
substitution au vocalisme -o- de désinence -nt — lequel vocalisme est le
signifiant du futur — d'un vocalisme -e- de non-futur, qui signifierait le
présent n'était le maintien du radical secondaire chanter- incompatible
avec la représentation de cette époque.

Il ne fait doute non plus que le prétérit français chantai représente
un traitement de la forme latine cantavi et se trouve justifié par le jeu des
régularités phonétiques. Et de nouveau, ce qui est justifié, en ce cas, c'est
la prononciation changée, le fait de parole, et non la sémiologie de la forme
verbale que la variation phonétique n'a pas désorganisée, mais fortuitement
organisée, aboutissant par le fait de parole à un chantai où la psycho-sémiologie
reconnaît le radical primaire chant- auquel vient s'ajouter la
terminaison -ai appartenant, jointe au radical secondaire chanter-, au
psycho-systématisme du futur. Un moyen se trouve aussi inventé fortuitement
de dénoncer en sus de la différence des époques, que le -r- de virtualisation
présent ou absent rend apparente, l'identité de niveau temporel du
prétérit défini et du futur thétique. La variation phonétique a produit
chantai à partir de cantavi : la psycho-sémiologie a vu dans chantai une
construction ajoutant au radical chant- la terminaison -ai de futur devenue
le signe de la commune tenue en incidence de la forme de passé chantai
et de la forme de futur chanterai (cf. fig. 2).

On se trouve en présence d'une tentative d'ajustement de la sémiologie
à la psycho-systématique dont la réussite reste partielle : seuls les verbes
à -r d'infinitif fermant la comportent et dans la série de ces verbes, seules
l'acceptent les trois personnes du singulier, de sorte que ces trois personnes
262sont seules à dénoncer apparemment, par moyen sémiologique, le fait de
psycho-systématique qu'est l'identité de niveau temporel du prétérit défini
et du futur thétique 43.

Il serait aisé de multiplier les exemples. L'explication psycho-sémiologique
superposée à l'explication phonétique s'impose dès l'instant qu'on
se rend compte que le sujet qui parle une langue a le sentiment qu'elle est
constitutivement, dans chacune de ses parties, un certain ajustement plus
ou moins réussi, mais suffisant, de la sémiologie à la psycho-systématique,
et qu'éprouvant ce sentiment, il n'est aucunement enclin à porter atteinte à
l'ajustement réalisé. Tout au contraire, le besoin qu'il éprouve est celui de
consolider à tout le moins cet ajustement et éventuellement, s'il se peut, de
l'infléchir dans le sens du mieux et dans ce sens seulement. La variation
phonétique est une variation à sens unique. Elle est une force mécanique
incontestablement : mais refuser à une roue qui tourne de tourner dans le
mauvais sens, c'est la contraindre à tourner dans le bon.

Il est demandé instamment aux linguistes qui n'accordent de valeur
qu'à la seule explication phonétique de bien vouloir mesurer la portée de
ce que l'on vient d'énoncer. S'ils consentent à le faire, leur doctrine en sera
jusque dans sa base changée.

L'essentiel a été dit maintenant de ce qu'est la représentation du
temps dans le mode indicatif du français. Les formes appartenant aux
époques extensives, le passé et le futur, ont toutes deux une composition
psychique binaire et à la distinction d'époque, dénoncée par la présence
ou l'absence du -r- de virtualisation, elles ajoutent une indication de niveau
temporel, la dénonciation étant parfaite au niveau 2 de la représentation
du temps et imparfaite au niveau 1.

Remontée en direction de sa source, la chronogénèse nous met en présence
du mode subjonctif, lequel signifie une image-temps non encore
parvenue à la complétude 44 qu'elle a dans le mode indicatif. L'incomplétude
consiste en ce que l'image-temps n'inscrit pas encore en elle l'image
263étroite du présent, opératrice de la division du temps en deux époques
latérales aussi extensives que l'on voudra : le passé et le futur. La ligne
représentative de l'extension infinie du temps y sépare les deux niveaux
temporels sans porter en elle la coupure du présent. Au lieu et place des
époques qui, en l'absence du présent séparateur, restent indéterminées, il
est fait différence de deux parcours de la ligne du temps, l'un orienté dans
le sens descendant (en direction du temps qui s'en est allé) et l'autre orienté
dans le sens ascendant (en direction du temps arrivant, non encore venu).

Le premier de ces deux mouvements s'approprie par affinité le niveau 2
de décadence et le second, par la même raison d'affinité, le niveau 1
d'incidence. La distinction des deux niveaux, liée à celle des mouvements
directionnellement opposés qu'ils localisent, a pour signifiant les deux
temps du subjonctif : l'imparfait et le présent. L'imparfait du subjonctif
signifie, au niveau 2 de décadence, le mouvement descendant du temps ;
le présent du subjonctif, au niveau 1 d'incidence, le mouvement ascendant.
Soit figurativement, en psycho-systématique, ce qui suit :

image ligne de partage du temps | présent du subjonctif | (mouvement ascendant) | niveau 1 d'incidence | imparfait du subjonctif | (mouvement descendant) | niveau 2 de décadence

Fig. 3

La caractéristique psycho-sémiologique de l'imparfait du subjonctif
est la présence à toutes les personnes du thème-voyelle, lequel est en -a-
dans la série des verbes à -r d'infinitif fermant, et en -i- 45 ou en -u- dans la
série des verbes à -r d'infinitif ouvrant : que je voul-u-sse, que je vend-i-sse.

De même que dans le mode indicatif, le thème est couvert par un
suffixe de protection noté s, lequel, dans le mode subjonctif, se prononce
non pas fermant comme dans le mode indicatif, mais ouvrant, la raison de
cette ouverture étant que le subjonctif a pour signifiant un élargissement,
par moyens divers, de la phonie et de la graphie des désinences d'indicatif
(ex. : nous chant-ons, que nous chant-ions : Je li-s, que je li-se). Or au subjonctif
thématique (v. note 1, p. 266), le thème-voyelle se présente, en
phonie et en graphie, couvert par son suffixe de protection -s- qui, obligé
en position terminale de satisfaire aux exigences désinentielles de ce mode,
en devient un suffixe ouvrant, entendu et écrit tel. On a : que j'aim-a-sse 46.
que je voul-u-sse, comme on a : que je vende, que je veuille.

Un trait de la conjugaison des verbes à -r d'infinitif fermant est, aux
264personnes simples 47, de ne pas marquer de manière sensible la différente
ouverture consonantique finale du subjonctif et de l'indicatif. La différence
d'ouverture, dans la série de ces verbes, ne s'accuse qu'aux personnes composites
(première et deuxième du pluriel) par l'insertion d'un -i- entre la
consonne prédésinentielle (consonne axiale ou transformée de cette consonne)
et les désinences -ons et -ez. A l'indicatif on a : nous chant-ons, vous
chant-ez ; au subjonctif : que nous chant-i-ons, que vous chant-i-ez (au
vrai 48, par prolongement de la détente consonantique : que nous
chant(ə)ons, que vous chant(ə)ez. Dans les verbes à -r d'infinitif ouvrant
la sémiologie propre du mode subjonctif est mieux accusée : elle bénéficie
du contraste qui, aux personnes du singulier, fait entendre ouvrante la
consonne prédésinentielle du subjonctif (que je vende, que je prenne) et
fermante la consonne prédésinentielle de l'indicatif (je vends, je prends).
Ce n'est qu'en troisième personne du pluriel du présent, pour des raisons
discernables qu'il serait trop long d'indiquer ici, que la différence d'aperture
de la consonne prédésinentielle s'évanouit (qu'ils vendent, qu'ils prennent ;
ils vendent, ils prennent).

Le thème-voyelle — et par cette observation nous nous retrouverons,
la psycho-sémiologie quittée, en psycho-systématique — signifie, d'une
manière générale, la levée d'une contradiction. Dans le prétérit défini, la
contradiction levée est celle de la décadence du passé (le passé est du temps
qui s'en va) et de la tenue du temps en incidence (en anti-décadence) à
l'intérieur de la forme 49. La contradiction levée dans l'imparfait du subjonctif
265est celle de la virtualité de ce mode, due à ce qu'il signifie une
chronogénèse inachevée, interceptée in fieri, avec, d'une part, le mouvement
descendant du temps orienté en direction du réel, et, d'autre part,
avec l'occupation par ce mouvement du niveau 2 de décadence, où siège
d'une manière générale le non-virtuel 50.

Dans le mode indicatif, la contradiction levée s'établit entre le temps
porté (le prétérit défini) plus virtuel que l'époque portante (le passé) 51.
Dans le mode subjonctif, la contradiction levée s'établit entre le mode porteur
(le subjonctif) plus virtuel que le temps porté (subjonctif thématique
descendant). Cette relativité des termes entre lesquels la contradiction se
marque la laisse égale dans les deux modes où elle est, en conséquence,
levée par le même moyen de sémiologie, le thème-voyelle, la tendance étant
toutefois, le mode indicatif atteint, de signifier la différence de niveau temporel
en recourant le moins possible à la conjugaison thématique, —
laquelle n'est intégralement maintenue que dans les verbes à -r d'infinitif
ouvrant 52.

Une nouvelle remontée de la chronogénèse en direction de sa source
nous conduit au mode quasi nominal dont les constituants temporels sont
l'infinitif, le participe en -ant et le participe passé. De même que le mode
indicatif et le mode subjonctif, le mode quasi nominal fait la distinction
des deux niveaux temporels, celui d'incidence et celui de décadence, que
partage la ligne du temps, mais il ne fait pas comme l'indicatif la distinction
des époques, ni même comme le subjonctif celle des deux cinétismes
du temps : le cinétisme ascendant et le cinétisme descendant.

Les distinctions qu'il établit sont :

celle du verbe tenu in extenso au-dessus de la ligne du temps non
traversée et astreint en conséquence à ne siéger qu'au niveau 1 de la représentation
temporelle. Le signifiant de cette position du verbe est l'infinitif.

celle du verbe prolongeant si peu que ce soit en décadence son
incidence à la ligne du temps et signifiant, par cette position intéressant
les deux niveaux, un accomplissement sous-tendu d'accompli. L'accompli
en sous-tension siège au niveau 2 de décadence et s'accroît d'instant en instant.
Le mode nominal ne faisant pas la distinction des époques — qui
n'est obtenue que dans le mode indicatif — le participe en -ant, dit présent,
n'est ni présent, ni futur, mais par son mécanisme — celui d'une
résolution incessamment continuée de l'incidence en décadence — il reproduit
le mécanisme du présent, lequel mécanisme est une incessante résolution
266du chronotype α en un chronotype ω. Le chronotype α est le dernier
instant d'incidence, le chronotype ω est le premier instant de décadence.
De même que dans le présent, le mouvement de résolution de l'incidence
en décadence est, dans le participe en -ant, irréversible, l'irréversibilité
étant celle même de l'écoulement du temps dont chaque parcelle arrivante
devient, dans l'immédiat, parcelle arrivée, sans que l'inverse soit intuitionnellement
admissible.

celle du verbe tenu in extenso en décadence au-dessous de la ligne
de partage du temps traversée. Le signifiant de cette position est le participe
passé.

Figurativement, les composants du mode quasi nominal sont ce qui
suit :

image ligne de partage du temps | participe passé | participe présent | infinitif | niveau d'incidence 1 | niveau de décadence 2

Fig. 4

La forme d'infinitif est, de toutes les formes verbales appartenant au
mode quasi nominal, la seule entièrement virtuelle et la forme de participe
passé la seule entièrement réelle. La forme de participe en -ant est le cas
moyen transitionnel, participant des deux autres.

In toto décadente, la forme de participe passé est la forme morte du
verbe, de laquelle l'auxiliaire, en s'y adjoignant, refait un verbe composé
dont le propre est de signifier l'au-delà du verbe simple 53. Ce verbe composé
(ex. : avoir marché) se conjugue aux mêmes modes, temps et personnes
que le verbe simple et c'est en lui l'auxiliaire qui en prend la marque. A
l'endroit du participe passé, forme morte du verbe, l'action exercée par
l'auxiliaire est une action anastatique : la résurrection du verbe là où le
verbe, entièrement décadent et éteint, n'est plus.

La forme infinitive du verbe signifie, en représentation, l'accomplissement
à l'exclusion de l'accompli non évoqué. Cette valeur est celle qu'il
tient de sa position dans le monde dont il fait partie. Ce n'est pas nécessairement
la valeur que l'infinitif prend en phrase du fait des termes avec
lesquels il entre momentanément en composition. La phrase : J'ai vu
Pierre labourer
prise en entier signifie de toute évidence de l'accompli, mais
l'accompli qu'elle signifie vient non pas de l'infinitif labourer, mais de J'ai
vu
, et ce qu'elle déclare c'est, chaque mot apportant son contenu propre
de signification à l'ensemble constitué par leur réunion, ceci : « J'ai vu
Pierre dans l'accomplissement (et non pas dans l'accompli) du procès
labourer ». Au cas où l'on voudrait évoquer expressément, relativement à
Pierre, non pas simplement l'accomplissement du labour, mais un accomplissement
267sous-tendu d'accompli, on serait conduit à dire : « J'ai vu
Pierre labourant. »

L'objection qui consiste à déclarer fausse, en s'appuyant sur un exemple
tel que celui précité, la définition de l'infinitif selon laquelle il est une
représentation tenue en incidence, et exclusivement virtuelle, d'accomplissement
est dénuée de valeur pour la raison qu'elle se rapporte non pas à ce
que l'infinitif signifie en permanence dans la langue, mais à ce qu'il lui
arrive de contribuer à signifier momentanément dans le discours, du fait
non pas de ce qu'il est par lui-même, mais des termes auxquels il est
associé dans la phrase.

Des objections de cette espèce sont continuellement avancées à propos
des sujets les plus divers par des confrères qui n'ont pas appris à
distinguer le fait de discours qu'est la construction de la phrase du fait de
langue qu'est l'existence dans l'esprit de représentations avec lesquelles elle
se construit. Le fâcheux de ces objections est, par le doute qu'elles suscitent
déraisonnablement quant à la justesse des théories les mieux pensées,
de retarder le progrès de la science du langage. Les controverses oiseuses
sont fréquentes qui ont leur source dans la confusion obstinément renouvelée
du fait de discours ressortissant à la momentanéité de l'acte d'expression
et du fait de langue ressortissant à la permanence des représentations
dont se recompose le langage institué : c'est-à-dire la langue 54. Il faut,
pour une grande part, rapporter à cette confusion continuelle le piétinement
actuel de la linguistique.

Deux « observables » — le discours momentané (observable n° 1), non
institué et effectif et la langue (observable n° 2) permanente, instituée et
potentielle — sollicitent l'attention du linguiste, et une linguistique qui ne
veut connaître que la première de ces deux réalités est, de ce chef, une
demi-science n'embrassant pas la totalité de son objet.

Atteindre la réalité linguistique, c'est référer les actes d'expression
dont le discours est l'opérateur aux actes de représentation auxquels la
langue doit son institution dans l'esprit. La linguistique est une science
d'amont lorsque son explication du réel remonte des effets de sens innombrables
produits en discours, lesquels sont de l'ordre de la conséquence,
aux conditions structurales de langue, en nombre petit et fini, qui permettent
lesdits effets de sens et les conditionnent, si nombreux et divers soient-ils,
leur diversité pouvant aller, pour une seule et même forme, jusqu'à la
contradiction. Elle est une science d'aval, et d'aval seulement, lorsque son
explication ne connaît, ne veut connaître, que les seuls effets de sens produits
en discours, perdant de vue qu'ils tiennent leur possibilité des représentations
que la langue, sans condition de moment, met à la disposition
du sujet parlant.

La linguistique ne peut être une science complète que si elle sait, avec
aisance et sûreté, se porter de l'aval à l'amont et de l'amont à l'aval, et
pour que cela puisse être, il faut au linguiste avoir acquis, en morphologie,
une juste connaissance de ce que sont, dans la potentialité de la langue, les
formes dont le discours, pour ses fins propres, fait emploi.

Contribuer à la formation et au développement de cet utile savoir est
le motif de la présente étude.268

image mode quasi-nominal | mode subjonctif | mode indicatif | que je chante | sens ascendant | niveau | que je chantasse | sens descendant | je chante | chant-ais | chant-ai | chanter-ai | chanter-ais | chant-é | chant-ant | décadence | incidence | chant-er | passé | futur | opération de chronogénèse | α | ω

Fig. 5

Mode quasi-nominal 55

[Le mode quasi-nominal résulte d'une interception très précoce du mouvement de
chronogénèse. La pensée ayant encore peu travaillé, le temps est nécessairement peu
construit et la représentation obtenue très incomplète. Non seulement le temps, en
tant que lieu d'univers des procès, n'y apparaît pas encore divisé en époques, mais
il n'est même pas encore doté d'un cinétisme : il se dessine à la pensée comme un
horizon illimité dont tous les points sont immobiles et homogènes. L'entier du temps
est conçu comme un vaste présent.269

Lorsqu'un procès est référé à cette ligne d'horizon immobile, trois possibilités de
représentation dudit procès et du temps en lui contenu s'offrent à la pensée, et trois
seulement. En effet, au moment où la pensée opère la saisie du procès pour la référer
au point d'horizon où elle se situe, de trois choses l'une : a) ou bien l'accomplissement
du procès est encore à venir et la pensée peut en conséquence assister à l'entier du
déroulement (ce qui est le cas à l'infinitif) ; b) ou bien le déroulement du procès est
déjà, si peu que ce soit, amorcé et la pensée, se fixant sur cet accompli, a derrière
elle le reste du procès en perspective d'accomplissement (cas du participe présent) ;
c) ou bien enfin le déroulement est terminé et le procès se présente tout entier accompli
(participe passé).

Ces trois temps (infinitif, participe en -ant, participe passé) d'un mode, le mode
quasi nominal, dont le proprium est de marquer dans le plan du verbe la position de
moindre éloignement par rapport au nom sont ainsi, au départ même du psycho-systématisme
verbal, un exemple illustrant ce qui a déjà été énoncé, au titre de
principe général, dans le cahier n° 3 de cette collection 56, à savoir que la langue,
du côté structure, n'est pas autre chose qu'une représentation, abstraite et systématisée
— par incessante recherche d'une économie supérieure — de l'expérience humaine.

Mode subjonctif

Du mode quasi nominal au mode subjonctif, il est fait un pas de plus en chronogénèse.
A ce pas correspond un progrès de la représentation temporelle qui, encore
qu'incomplète en cette position seconde, devient plus complexe qu'au mode précédent.

Au subjonctif, la forme verbale incorpore désormais la personne — on se rappellera
que les formes du mode quasi nominal sont toutes impersonnelles — et, avec
la personne, surgit la mobilité du temps selon deux directions opposées, lesquelles
du reste s'imposent comme les deux seules interprétations possibles de la marche
du temps. Ou bien, en effet, le temps est vu fuir en direction de ce qui n'est plus,
emportant avec lui toute chose en lui contenue y compris le moi pensant, ou bien il
est pensé comme un lieu dans lequel indéfiniment s'additionnent les actes du sujet
pensant et tous les événements qui composent, au fur et à mesure de leur apparition,
la réalité de son univers. Dans un cas, le dernier, on assiste à une montée dans le
temps en direction du temps qui n'est pas encore ; dans l'autre, on a l'image d'une
descente en direction du temps qui n'est plus.

L'entier du temps est, au subjonctif, pensé selon l'une ou l'autre de ces deux
visualisations. Contrairement à ce qui a lieu au mode quasi nominal, où chaque point
de l'horizon temporel est immobile, et aussi à l'indicatif, où le présent constitue un
référentiel stable, il n'existe au subjonctif aucun repère fixe auquel la pensée, dans
la fluence incoercible du temps, puisse référer le procès. De là une impossibilité
absolue d'opposer le temps porteur (extérieur au procès) au temps porté (intérieur au
procès) et de là aussi la fusion, par affinité des mouvements, de l'incidence du procès
avec le cinétisme ascendant du temps et de la décadence avec sa marche descendante.

Mode indicatif

L'originalité de l'indicatif, au regard des autres modes qui le précèdent en chronogénèse,
est de représenter le temps divisé en époques. Cette division y est devenue
possible grâce à l'insertion, opérativement tardive sur l'horizon temporel, d'un présent
étroit sectionnant l'infinitude du temps en deux tronçons dont l'un, le futur, épouse
la marche ascendante déjà instituée au subjonctif et dont l'autre, le passé, adopte le
cinétisme contraire, le présent lui-même n'étant qu'un prélèvement effectué sur chacune
des époques par lui séparées et opposées. Cette opposition — le fait mérite
d'être relevé et montre de quelles constructions subtiles la pensée linguistique est
capable — se produit dans des conditions telles, par suite de la verticalité du présent
français, qu'au sein même de la forme qui marque la séparation des époques passée
et future s'opère la conversion incessante du temps ascendant auquel appartient la
particule a en temps descendant (dont le chronotype ω est le tout dernier instant).

Chacune des deux époques collatérales du présent comporte, à l'image de celui-ci,
270deux niveaux. Au passé, le niveau 1, porteur d'incidence, est représenté par la forme
du passé défini — qui est un aoriste dont la compétence se limite en français, au
seul passé — tandis que le niveau 2, où siège la décadence, a pour signifiant l'imparfait,
forme dans laquelle le procès se présente à la fois partiellement (et pour si peu
que ce soit) accompli et partiellement à l'état d'accomplissement perspectif. Au futur,
où une représentation adéquate doit tenir compte de la nature essentiellement hypothétique
de cette époque, la pensée réfère au niveau 1 d'incidence les procès portant
en eux la charge minimale d'hypothèse inhérente à tout procès logé dans l'époque
future et au niveau 2 de décadence, ceux qui comportent une surcharge d'hypothèse.
Dans le premier cas, le signifiant attitré est la forme traditionnellement appelée
« futur », dans le second (c'est-à-dire quand il y a surcharge d'hypothèse), celle appelée
« conditionnel ».

Au total, la représentation française du temps se recompose donc de dix formes
réparties en trois modes, lesquels, marquant des moments différents de la chronogénèse,
dénoncent des états divers, plus ou moins avancés, de construction de l'image-temps.
Ce n'est qu'au terme de l'opération, à l'indicatif, qu'on trouve la représentation complète
du temps divisé en époques. Dans les modes chronogénétiquement antérieurs il convient
de voir — ce qu'ils sont en réalité — des représentations simplifiées, lesquelles ont
pour fin de permettre, lorsqu'il est jugé utile d'y recourir, une définition plus économique
du rapport obligé du verbe et du temps, l'économie réalisée étant celle du temps
opératif pendant lequel on pense et construit ce rapport. Car il faut moins de temps
pour penser une forme du subjonctif ou une forme quasi nominale que pour penser
une forme d'indicatif, encore que le temps nécessaire à obtenir la représentation temporelle
contenue dans ce mode soit pratiquement infinitésimal.

On réfléchira aussi, non sans intérêt, que de l'indicatif au mode quasi nominal,
on assiste par récurrence à une déplétion progressive de la forme verbale. Alors qu'une
forme quelconque de l'indicatif comporte obligatoirement, outre une indication de
personne, une référence à un horizon temporel divisé en époques, lesquelles sont dotées
d'un cinétisme (ascendant ou descendant) et s'étagent sur deux niveaux (incidence et
décadence), une forme de subjonctif ne comporte déjà plus la référence à une époque :
ce qui simplifie considérablement la représentation. Et le mode quasi nominal pousse
plus loin encore la simplification, puisqu'il ne retient plus en lui, la personne et la
référence à un cinétisme éliminées, que l'image d'un horizon temporel étage sur deux
niveaux, la représentation du temps qu'emporte avec soi le verbe apparaissant ainsi
réduite à un moins indépassable, le plus indépassable siégeant à l'indicatif. Dans ce
mécanisme de représentation de plus en plus économique du temps à mesure qu'on
remonte la chronogénèse, mécanisme permettant à la pensée, dans la momentanéité de
l'acte d'expression (pendant qu'on parle), de limiter la genèse de l'image-temps à l'utile
en l'arrêtant plus ou moins tôt ou tard (là où il faut, compte tenu de ce que l'on veut
signifier) dans son cours, dans cet élégant mécanisme de raison on ne manquera pas
de reconnaître la marche, mainte fois dénoncée par M. Guillaume (et avant lui par
Meillet), des catégories linguistiques à un état de définition de plus en plus abstrait, se
dépassant sans cesse lui-même d'âge en âge et de civilisation en civilisation et partout,
si élémentaire soit-il, intégrant à l'endroit de toute l'expérience humaine acquise.

Ces considérations et d'autres qu'elles appellent, mais dont nous devons ici faute
d'espace nous abstenir, incitent à penser qu'historiquement les modes verbaux se sont
institués dans l'ordre inverse à l'ordre opératif ou chronogénétique décrit dans la
présente étude et dans les travaux antérieurs de M. Guillaume. Les comparatistes ne
sauraient manquer d'apercevoir l'intérêt de cette dernière remarque et peut-être même
certains d'entre eux pourront-ils, l'utilisant comme hypothèse de travail, retracer un
jour prochain l'histoire si obscure, en grammaire comparée, des modes verbaux.).271

1. Cahiers de linguistique structurale, n° 4, Presses de l'Université Laval, Québec,
1955. Nous tenons à remercier les éditeurs de cette collection qui nous ont complaisamment
autorisé à réimprimer la présente étude. — Le lecteur voudra bien tenir
compte que les notes placées entre crochets, bien qu'insérées à la demande de l'auteur,
ne sont pas de lui. Elles furent, à l'époque, rédigées par le signataire de l'introduction
placée en tête de ce recueil.

2. Voir, dans Cahiers de Linguistique Structurale, Nos 1 et 3 [en abréviation, CLS].

3. [Le mot incidence signifie ici référence à un support. Il faudrait bien se garder,
nonobstant des affinités foncières, de confondre cette espèce d'incidence avec l'incidence
au temps dont il sera question plus loin, laquelle, opposée à la décadence, se rapporte
à une manière spéciale de se représenter le procès dans le temps.]

4. [L'incidence du verbe et celle de l'adjectif sont des incidences externes du
premier degré
. L'adverbe — qui a une incidence à l'incidence de l'adjectif ou du verbe
à leur support — se trouve constituer un cas d'incidence externe du second degré et
parfois même du troisième : ce qui est le cas de l'adverbe très dans la phrase : Il a très
bien chanté.
]

5. [On voudra bien noter cette restriction. L'infinitif peut se penser différemment
dans des langues où l'architecture du temps n'est pas la même qu'en français. En latin,
le système verbal étant autre, l'infinitif pouvait s'employer avec un sujet.]

6. [C'est-à-dire à une extension maximale de lui-même.]

7.

[Le purisme de la langue littéraire explique que, jusqu'à une date récente, les
grammaires de rection se soient toutes interdit de faire une place aux formes surcomposées.
De plus en plus nombreux cependant sont les ouvrages qui en font mention.

Il va sans dire que toutes les formes de l'aspect bi-transcendant sont loin de
connaître la même fréquence d'emploi. Certaines d'entrés elles (infinitif, participes,
futur, passé défini) sont même restées jusqu'à ce jour inemployées. La forme de beaucoup
la plus répandue est le présent ai eu marché dont, dans certains cas, la langue
ne saurait plus se passer. Assez fréquentes également sont les formes avais eu marché
et aurais eu marché. On trouve aussi de temps à autre le présent du subjonctif (aie eu
marché
) et les inlassables fureteurs que furent les grammairiens Damourette et Pichon
ont même déniché, dans la correspondance de Verlaine, un exemple d'emploi d'imparfait
de subjonctif surcomposé (eusse eu marché).

Une étude attentive et un peu indiscrète de l'emploi que la langue familière fait
de l'aspect surcomposé aboutirait à des statistiques étonnantes et révélerait des constructions
insoupçonnées du type de celle-ci, courante en français canadien mais également
entendue en France et relevée par Damourette et Pichon : Quand je me suis eu aperçu
que…
Et au Canada on va même jusqu'à dire : Quand il a eu été parti…]

8. Voir page 269, fig. 5.

9. [Le terme chronogénèse est le nom donné, dans les ouvrages de M. Guillaume,
à l'opération de formation de l'image-temps.]

10. [Les formes du subjonctif traditionnellement appelées parfait et plus-que-parfait
sont, en réalité, le présent et l'imparfait de l'aspect transcendant.]

11.

[Le passé indéfini, le passé antérieur, le plus-que-parfait, le futur antérieur
et le conditionnel passé dit « première forme » dans les grammaires scolaires ne sont
pas des temps spéciaux de l'indicatif, mais le présent, le passé défini, l'imparfait, le
futur thétique et le futur hypothétique de l'aspect transcendant. Quant au conditionnel
passé dit « deuxième forme », c'est en réalité un temps de subjonctif (l'imparfait de
l'aspect transcendant) dont l'emploi alterne avec le temps correspondant du mode
indicatif.

L'impératif — qu'on aura pu croire ici négligé — n'a pas de position qui lui soit
propre dans la chronogénèse. Il convient d'y voir — ce qu'il est effectivement — un
mode d'expression, et non pas un mode de représentation emportant avec lui une façon
particulière de se représenter le temps. Les formes d'impératif ne sont pour l'ordinaire
que des doublets de l'indicatif (présent) affectés à un emploi spécifique. Pour des raisons
qu'on pourrait dire si l'espace ici ne nous manquait, quelques très rares verbes
— ceux que M. Guillaume appelle les verbes de puissance (avoir, être, pouvoir, vouloir,
savoir, etc.) — ont pour impératif des formes de subjonctif.]

12. Cf. G. Guillaume, Architectonique du temps dans les langues classiques, Copenhague,
Munksgaard, 1945.

13. [M. Guillaume a écrit ailleurs que le présent est un être sténonome. Le présent
doit pouvoir être pensé aussi étroit que possible. Le présent idéal serait adimensionnel :
le présent réel ne peut que tendre asymptotiquement vers la nullité de dimension.]

14. [Dans ses grandes lignes, cette architecture est aussi celle des autres langues
romanes. Pour des raisons qui tiennent aux conditions dans lesquelles la pensée se
donne une représentation spatialisée du temps — raisons dans le détail desquelles il
nous est ici impossible d'entrer, — l'architecture du temps s'établit, partout où on en
trouve une, en fonction de l'image que la pensée linguistique se donne préalablement
du présent.]

15. [Le fait que, dans la figure 2, le passé défini et le futur thétique aient été
placés plus près du présent que l'imparfait et le futur hypothétique n'a aucune signification.
Les deux formes du passé et les deux formes du futur sont aptes à représenter
des procès situés aussi près ou aussi loin que l'on veut du présent.]

16. La traversée de la ligne du temps ressortit à la décadence. Réduite à cette traversée
(sans plus), la décadence est minimale et voisine de zéro. C'est celle qu'on a
dans Un instant après, la bombe éclatait. La décadence minimale alterne aisément —
l'alternance est quasi libre — avec la décadence nulle rendue par le prétérit défini :
Un instant après, la bombe éclata. La nuance issue du temps changé, nuance dont
les Français ont le sentiment, est de l'ordre non pas de l'expression dont le prétérit
défini satisfait l'exigence, mais de l'expressivité, à certaine exigence de laquelle l'imparfait
satisfait mieux. On voit ici la pensée jouer subtilement avec un infiniment petit
qu'elle oppose à zéro.

17. Cf. G. Guillaume, De la double action séparative du présent dans la représentation
française du temps
, dans Mélanges Dauzat, Paris, 1952. [Cet article est reproduit
à la page 208 du présent recueil.]

18. [Cette souplesse de la loi qui régit la psycho-sémiologie n'a rien d'intentionnel.
Elle ne fait que traduire l'acceptation passive d'un pis aller. Elle est l'expression de
l'impuissance totale où se trouve la pensée constructrice des systèmes de créer les signes
nécessaires à leur dénonciation. En conséquence de cette impuissance radicale, force est
à la pensée, dans l'élaboration d'une sémiologie adaptée à un nouvel état de système,
de se contenter des signes qu'elle trouve, signes qui ont forcément appartenu à un état
antérieur de langue et, par le fait même, à une systématique différente. De là, des
accommodements forcés dont l'histoire du passé défini français nous offre une excellente
illustration. Ce temps de l'indicatif est en réalité un aoriste qui s'est institué sous
la sémiologie de l'ancien parfait latin (amavi). Ce qui n'a rien d'étonnant, si l'on se
rappelle que la forme traditionnellement appelée « parfait » en latin était en fait une
forme ambivalente opérant systématiquement tantôt comme un parfait proprement dit,
tantôt comme un aoriste. De sorte que, pour conserver le signe, il suffisait au français
d'annuler la valeur de parfait, laquelle fut transférée au passé indéfini. Mais accepter
l'héritage du signe attaché à la valeur aoristique conservée, c'était aussi accepter les
servitudes liées à ce signe et notamment, en face d'un signifié unique, une sémiologie
comportant des types morphologiques divers. C'est de cette matière sémiologique disparate
que, sous l'effet d'une visée psycho-sémiologique inconsciente et dans un effort pour
tirer le meilleur parti possible du legs latin, le français a tiré ses trois types sémiologiques
de passé défini : aim-ai, conn-u-s, fin-i-s.]

19. [Sur cette curieuse opération de dématérialisation, dont la pensée linguistique
est coutumière, il y aurait beaucoup à écrire : on y trouverait sans peine la matière
d'un ouvrage assez considérable (voir à la page 73 du présent recueil l'article intitulé
Théorie des auxiliaires et examen de faits connexes). Qu'il nous suffise ici de dire, en
gros, que cette opération consiste en une annulation (qui est en réalité une anticipation)
partielle ou totale de la matière sémantique contenue dans le mot, grâce à quoi se crée
dans la forme un vide proportionnel à la quantité de matière annulée (cf. R. Valin,
Petite introduction à la Psychomécanique du langage, Québec, Presses de l'Université
Laval, 1954, pp. 70 et 71). Le verbe avoir non dématérialisé et contenant l'entier de sa
matière signifie posséder : J'ai un livre. Le même verbe vidé d'une partie de sa matière
devient auxiliaire de passé : J'ai vendu mon livre. Et si la dématérialisation est poussée
plus loin encore, on obtient, à l'approche de la limite, une valeur qui est celle observable
dans : J'ai à sortir ce matin. Enfin, cette limite franchie, la forme, se trouvant
intégralement vidée de toute matière, ne peut plus continuer à faire mot dans la langue
et, de forme intégrante qu'elle était, passe à l'état de forme intégrée, c'est-à-dire —
sémiologiquement — à l'état de flexion verbale : aimer-ai, aimer-as, etc. C'est cet évidement
intégral de toute matière qui explique la disparition — si embarrassante en
grammaire historique traditionnelle — du radical av- dans les formes suivantes :
aimer-ons, aimer-ez, aimer-ais, aimer-ait, aimer-ions, aimer-iez, aimer-aient.]

20. C'est une loi générale du langage qu'une forme ne peut se soutenir dans la
langue que par l'inclusion d'une matière, cette matière pouvant dans certains cas être
(cf. l'article) une forme en position de matière (voir CLS, nos 1 et 3). La question appelle
des développements qu'on ne peut, faute de place, donner ici.

21. [Le lecteur est prié de ne pas perdre de vue, dans tout ce qui va être dit ici
concernant l'ajustement de la psycho-sémiologie à la psycho-systématique, que cet ajustement
relève, dans le plan de parole où il s'opère historiquement, d'explications phonétiques
dont le rôle est de montrer comment et à la faveur de quelles circonstances ledit
ajustement a pu se réaliser. Voir plus loin page 260.]

22. [M. Guillaume appelle ainsi les verbes de la conjugaison dominante en -er
(aimer) où l'-r d'infinitif n'est plus prononcé. Dans les autres conjugaisons, où le même
-r- est encore prononcé, cet R sera dit ouvrant.]

23. L'histoire matérielle et formelle de ce suffixe, subtilement conduite, amènerait
à dire beaucoup de choses et de très neuves, du « non déjà vu », comme disait Meillet.

[Pour nous en tenir ici à l'essentiel, voici ce qu'en peu de mots on peut dire. Cet
s suffixal est sémiologiquement un legs du latin où, avec une autre valeur, il apparaissait
dans les désinences -sti et -stis du couple amasti-amastis. Il sera question plus
loin (p. 261, n. 40) de la 2e personne du singulier et de l'irrégularité phonétique du type
chantas (on sait que les autres langues romanes ont conservé le t final). On ne considérera
pour l'instant que le cas du pluriel.

On sait que l's prédésinentiel s'est maintenu en ancien français où la 2e personne
du pluriel a la forme chantastes ; que cet s est ensuite passé à h (ce qui amène a supposer
un intermédiaire χ) et que finalement la consonne s'est entièrement amuïe, provoquant
un allongement compensatoire de la voyelle précédente. Or, c'est précisément en
cette position que — une fois rompu le lien psycho-sémiologique unissant le couple
-sti/stis — l's (ou plutôt son substitut phonologique) a été interprété comme un suffixe
de protection du thème (-a-, -i-, -u-), et c'est de là que, à une date qu'il convient d'imaginer
plus ancienne que celle attestée par la graphie, il s'étendit à la lre personne du
pluriel, aboutissant à l'institution du couple chantasmes-chantastes.

De sorte que, lorsque, au XIIIe siècle, on commence à écrire chant-a-s-mes, la graphie
S ne recouvre déjà plus une prononciation s, mais un χ qui, au début du siècle
suivant, sera nettement devenu, au témoignage de l'Orthographia gallica, un h, qu'on
voit à son tour s'amuir, l's étant cependant maintenu dans l'orthographe jusqu'au
XVIIIe siècle, moment où s'introduit l'accent circonflexe.]

24. [Que sommes (plus anciennement : so-mes) doive lui-même sa désinence à
es-mes, comme on le suppose habituellement (la forme attendue, et du reste attestée,
étant sons), cela n'infirme en rien ce qui vient d'être dit concernant la provenance de
la désinence -mes.]

25. Aux personnes du singulier, le passé s'obtient en substituant au radical secondaire
chanter- servant à la construction du futur, le radical primaire chant-. La
3e personne du pluriel fait l'économie de cette substitution.

26. Aucun n'appartient à la série des verbes à -r d'infinitif fermant. Vont en est
sorti du fait qu'il n'est pas la conjugaison de aller, avec radical de présent all-, mais
celle d'un verbe inexistant en dehors des personnes simples du présent (les trois personnes
du singulier et la troisième du pluriel), dont le radical est : V + vocalisme.

27. [Comme il le fait dans les constructions chanter-ai et chanter-ais. Voir plus
haut les articles intitulés La représentation du temps dans la langue française et Psycho-systématique
et psycho-sémiologie du langage.]

28. [Dans les futurs chanter-ai et chanter-ais le morphème -r- dénonce l'époque,
c'est-à-dire le temps dans lequel le procès est contenu, tandis que dans chantèr-ent,
n'ayant plus à dénoncer l'époque future, il est affecté à la signification du temps contenu
dans le procès, lequel temps est, dans son ordre, du futur.]

29. C'est-à-dire dont l'r se prononce.

30. [Les formes du type vins et tins offrent (historiquement, bien entendu) une
variante nasalisée du thème -i-.]

31. [On notera avec intérêt que certains dialectes (lorrain, wallon, picard) ont des
formes misent, prisent, etc., représentant le type psycho-sémiologique rejeté par le
français.]

32. Cf. les formes chanter-ai et chanter-ais.

33. Inaudibles, les désinences, zéro, -s, zéro, sont des désinences de graphie chargées
de signifier l'emploi de la conjugaison athématique, en s'opposant aux désinences
-s, -s, -t, pareillement inaudibles et de pure graphie, lesquelles appartiennent à la conjugaison
thématique.

[Au résumé et en tenant compte des désinences plus haut mentionnées, la structure
psycho-sémiologique du verbe français a pour assiette un double jeu de désinences
empruntées les unes (-s, -s, -t, -mes, -tes) au verbe être et les autres (zéro, -s, zéro, -ons,
-ez) au verbe avoir. La troisième personne du pluriel comporte une alternance ent/ont,
la désinence ont ne se trouvant que dans les verbes énumérés à la page 258 et au futur,
où le verbe avoir se présente à l'état de flexion. Il y a aussi lieu de faire observer que
les désinences -ons et -ez offrent au passé (temporel et modal) les doublets -ions et -iez,
dont il sera du reste question plus loin (voir p. 265).

On recourt à l'une ou à l'autre série selon que la forme se présente thématique (je
su-s, nous sû-mes, etc.) ou, au contraire, athématique (nous sav-ons, vous sav-ez). On
remarquera incidemment l'alternance, dans le verbe savoir et dans beaucoup d'autres,
du vocalisme radical (constituant ainsi un thème non pas morphologique, mais étymologique)
et du thème morphologique (ici en -u-) : je sai-s/je su-s.]

34. La consonne axiale non écrite dans des verbes comme créer, jouer, etc., s'y
présente réduite au souffle légèrement suspensif inséré entre le radical et la terminaison
-er d'infinitif.

35. [la consonne imprononcée a souvent été maintenue (ou plutôt restituée, car le
moyen âge avait ici des graphies sincères) dans l'orthographe : je rends, je vends, etc.]

36. [La portée de ces observations morphologiques n'échappera à personne.]

37. Le plan de la parole est celui où la phonétique opère. Cf. R. Valin, op. cit.,
p. 44.

38. Cf. R. Valin, op. cit., pp. 63 et suivantes.

39. Voir p. 255, fig. 2.

40. L'ajustement de la sémiologie à la psycho-systématique fait moins de difficulté
et atteint à un résultat supérieur là où il s'agit de formes reconstruites que là où il
s'agit de formes simplement héritées. Le futur est en français du reconstruit ; le prétérit
défini, de l'hérité. La conjugaison athématique s'est instituée originairement dans le
futur reconstruit et a pris pied ensuite dans le passé hérité, reconstruit à son tour sur
un modèle (aim-ai) non reçu par héritage (radical primaire aim + terminaison athématique
de futur).

[On notera ici avec intérêt le double sort fait, par visée psycho-sémiologique, au
vocalisme -a- hérité des formes latines amasti, ama(vi)t, ama(vi)mus et amastis. Dans
le cas des deux dernières formes, qui ont donné en français aimâmes et aimâtes, le -a-est
un thème morphologique (comme dans aimasse, aimasses, aimât, etc.), tandis que
dans aimas et aima, le -a- est devenu flexion verbale, au même titre que celui que l'on
a dans aimeras et aimera.

Le cas de la 2e personne du singulier du passé défini appelle un commentaire particulier.
On sait que cantasti eût dû donner phonétiquement et régulièrement en français,
à haute époque, chantast (cf. espagnol, provençal, italien) qui n'est nulle part attesté.
Dès les plus anciens textes on a chantas. La chute phonétiquement irrégulière du t est
ici due, il n'en faut pas douter, à la visée psycho-sémiologique qui, en provoquant
l'amuissement de la consonne finale, ne fait que saisir une occasion d'ajuster la sémiologie
à la psycho-systématique et d'exprimer l'identité de niveau temporel existant
entre chantas et chanteras (niveau 1 d'incidence). Cette visée ne perd jamais une occasion
favorable de solliciter, au profit d'un meilleur ajustement de la sémiologie au
psychisme, l'aveugle évolution phonétique, voire de donner au moment opportun —
comme c'est ici le cas — un coup de pouce discret et intéressé. Pour obtenir le résultat
visé — qui est ici le parallélisme désinentiel de chantas et chanteras — il suffisait de
laisser tomber le t final phonétiquement attendu et d'interpréter l's résiduel comme la
caractéristique normale de la 2e personne du singulier. Commencée dans la conjugaison
des verbes à -r d'infinitif fermant (verbes en -er), cette interprétation s'étendit ensuite,
par cohérence systématique, à celle des verbes à -r d'infinitif ouvrant en -ir, -oir et
-re).]

41. Il faut reprocher à la linguistique traditionnelle d'avoir employé le mot loi
où il ne faut pas et de ne pas s'en être servi là où il faudrait.

42. En principe indifférente, mais jamais nuisible, la variation phonétique utilisée
par la visée psycho-sémiologique contribue à un meilleur ajustement de la sémiologie
à la psycho-systématique.

43. [Une erreur grave de la linguistique, depuis que F. de Saussure y a introduit la
notion de système, a été de confondre, au sein de la langue, la psycho-systématique avec
la psycho-sémiologie et de déclarer, parce que les réussites de cette dernière sont souvent
incomplètes, qu'il n'existe dans la langue que des amorces de systématisation. La
vérité est que le système, étant essentiellement une construction de la pensée, doit
d'abord se définir avant de se chercher des signes propres à le dénoncer : de là un
retard obligé de la psycho-sémiologie sur la psycho-systématique. D'autre part, la découverte
de signes aptes à porter les systèmes est soumise — du fait qu'elle doit se produire
dans le champ de la parole — à la contingence historique (cf. CLS, n° 3) : c'est
ce qui explique pourquoi, à l'intérieur d'une même famille de langues, des systèmes
identiques ne sont pas nécessairement partout également visibles à travers la sémiologie.
La sémiologie n'est qu'un miroir, plus ou moins fidèle, selon les circonstances,
des systématisations qui régissent la pensée linguistique.]

44. [Au sujet de cette complétude qui est, dans la théorie de M. Guillaume, l'in esse
de l'image-temps, c'est-à-dire un état dans lequel l'image-temps peut contenir toutes les
espèces de temps imaginables, une grave faute de compréhension a été commise par
certains : elle consiste à confondre l'in esse de l'image-temps — autrement dit le fait
pour la représentation du temps d'être parvenue à son terme et d'être par conséquent
complète — avec l'in esse du temps lui-même, lequel, de toute évidence, ne saurait alors
être que le passé. Une telle confusion, extraordinaire, n'est rien moins que la non-distinction
du tout (l'image-temps complète) et de la partie (l'une des époques, le passé,
que comprend l'image-temps complète). Un article paru dans Le français moderne
(tome XX, 1952, nos 2 et 4) est un curieux exemple de cette confusion.]

45. Parfois nasalisé : que je v-in-sse. [Cf. p. 259, note 30.]

46. A la troisième personne du singulier du subjonctif thématique (imparfait du
subjonctif) l'ouverture du suffixe -s- est empêchée par la rencontre d'un suffixe t fermant
étymologique. On se trouve ainsi en présence d'un thème-voyelle deux fois suffixé,
la seconde suffixation bloquant en quelque sorte la première, en soi ouvrante.

47. [Les personnes simples sont les trois personnes du singulier et la troisième personne
du pluriel.

On s'étonnera sans doute de voir la 3e personne du pluriel déclarée une personne
simple. Et pourtant, telle est bien la vérité. Le système de la personne distingue, dans
les langues évoluées, trois types seulement de personnes ou supports de prédication.

L'expression pure et simple (sans rien de plus) d'un support de prédication est dévolue
à ce que la grammaire traditionnelle appelle la 3e personne. Si à l'image d'un support
s'ajoute l'identification de ce support avec le sujet pensant et parlant, on a alors la
1re personne. Dans le cas où l'identification se fait avec un être à qui s'adresse le discours,
on a la 2e personne. De sorte que la 3e personne est la personne fondamentale
à partir de laquelle, par addition d'un rapport, on compose les deux autres.

Nous et vous sont des personnes composites.

nous est la juxtaposition possible, au sein d'un support complexe, des trois personnes :
la première y est toujours obligatoirement représentée et les deux autres peuvent
inclure un nombre aussi grand ou aussi petit que l'on voudra d'êtres, toutes les
valeurs — y compris zéro — étant acceptées. A la limite, lorsque 2 et 3 ont des contenus
numériquement nuls, nous s'équipolle à je.

vous est la juxtaposition, en un support également complexe, des personnes 2 et 3,
lesquelles peuvent avoir un contenu susceptible de varier numériquement à l'infini. La
seule restriction est que 2 n'ait jamais un contenu nul. Dans le cas particulier où 3
s'annule et 2 se réduit à un seul individu, on a le vous de politesse.

Quant à ils ou elles, ils recouvrent des personnes simples, l'un et l'autre n'étant
que la 3e personne avec un contenu numérique (tantôt masculin ou mixte, tantôt féminin)
supérieur à 1.]

48. Au vrai en psycho-sémiologie, une psycho-sémiologie dont la variation phonétique
est l'aliment.

49. [Il y a lieu de rappeler ici une distinction très importante à établir entre, d'une
part, le temps contenant (celui dont la chronogénèse développe une représentation qui,
à l'indicatif, aboutit à la différenciation des époques), lequel est extérieur au procès
et se trouve en l'occurrence être l'époque passée où se situe le passé défini, et, d'autre
part, le temps contenu dans le procès. Le procès intériorise du temps inhérent, impliqué,
et il est — avec ce temps contenu — porté dans le temps — en position de contenant
— dont les modes nous livrent des représentations diverses et successives.]

50. [Dans son enseignement à l'Ecole des Hautes Etudes, M. Guillaume appelle
subjonctif thématique l'imparfait de subjonctif. C'est là une appellation morphologiquement
exacte.

Le présent du subjonctif est athématique, aucune contradiction n'existant, qu'il
faille lever, entre la virtualité de ce mode et ce dont le présent du subjonctif est le
signifiant : le mouvement ascendant du temps et le niveau 1 d'incidence que ce mouvement
par affinité s'approprie.]

51. [Le prétérit défini est l'image d'un procès vu tout entier en accomplissement,
et cela dans une époque où le temps porteur se présente accompli.]

52. [La classification des verbes français en verbes à -r d'infinitif fermant et en
verbes à -r d'infinitif ouvrant adoptée dans cette étude, et depuis longtemps dans l'enseignement
de M. Guillaume, est supérieure à la classification traditionnelle par son
rapport plus étroit avec la morphologie verbale française dont elle localise mieux les
traits.]

53. Voir pp. 251 et suivante ce qui a été dit de l'aspect.

54. Cf. CLS n° 3, passim.

55. La note explicative qui accompagne la figure 5 n'est pas de G. Guillaume , mais
avait été, à sa demande, ajoutée par l'auteur des notes placées, tout au long de cet
article, entre crochets.

56. Nous rappelons que cette étude a d'abord paru dans les Cahiers de Linguistique
Structurale
(cf. p. 250, note 1).