CTLF Corpus de textes linguistiques fondamentaux Imprimer Retour écran
Menu CTLF Notices Bibliographie Images Textes Articles

5204_fr_Diez_2_T01 (Diez, Friedrich)

| Texte | TableFiche |

Livre II
Flexion

Les langues romanes, comme d'autres langues modernes, ont
perdu une partie des anciennes formes de flexion. Il faut chercher
la cause de ce phénomène dans une certaine négligence
qui est naturelle au langage populaire. La prononciation de ces
formes, rigoureusement soumise aux lois de la quantité, devient
difficile, leur variété devient incommode ; leur son comme leur
sens s'obscurcit et enfin l'esprit, tendant à la précision, cherche
à combler le vide qui s'est ainsi produit dans l'organisme du
langage par l'emploi de mots auxiliaires appropriés. Ces derniers
sont employés soit isolément, soit comme affixes, mais d'ordinaire
ils échangent leur signification individuelle contre une plus abstraite
répondant à la forme grammaticale qu'ils ont charge de
représenter. A la rigueur, l'étude de ces mots ne devrait pas être
mêlée à celle des flexions, dont ils sont la négation : il faudrait
les reléguer soit dans le chapitre de la formation des mots, soit
même dans celui de la syntaxe. Mais bannir ces mots de la
partie qui traite de la flexion, ce serait disloquer ce qui, pour le
sentiment populaire, forme un ensemble inséparable, et étaler
des lacunes que ne tolère pas même la grammaire des langues
synthétiques. Il paraît donc raisonnable de plier en faveur de la
pratique et de la clarté la rigueur de la théorie, et de joindre
immédiatement à l'étude des flexions celle des mots auxiliaires.1

Première partie.
Déclinaison.

Elle affecte le substantif, l'adjectif, le numéral et le pronom ;
son office est de marquer leurs rapports de genre, de nombre et
de cas, rapports qu'une seule forme de flexion peut être apte à
représenter tous trois.

1. Le latin avait trois genres, le masculin, le féminin, et le neutre,
c'est-à-dire l'absence de genre. Les langues filles, non pas toutes
au même degré, ont conservé du neutre sa forme et son idée dans
quelques parties du discours ; c'est un point sur lequel nous
reviendrons. Mais le neutre du substantif a entièrement disparu
(il n'existe pas non plus en celtique), et les mots de ce genre en
latin ont passé au masculin, dont la forme, au moins pour la
deuxième déclinaison, se rapprochait le plus de celle du neutre.
Ce phénomène se montre déjà dans le latin du plus ancien moyen
âge. Des manuscrits de la L. SaL, p. ex., écrivent sans hésitation
retem, animalem, membrus, vestigius, precius (Pott, p. 126) ;
le Vocab. S.Galli folius, palatius, templus, tectus, stabulus,
cupiculus , et d'autres anciens glossaires ainsi que les chartes
se comportent de même. Par là, le roman perdit un trait caractéristique
de la grande famille indo-européenne que d'autres
langues modernes, le grec par exemple, ont conservé jusqu'aujourd'hui.
Il faut toutefois reconnaître que cette perte était le
résultat presque inévitable de la transformation que le roman a
fait subir à ses mots, qui devait obscurcir ou complètement effacer
la forme du neutre. L'article lui-même, qui n'a d'ailleurs pas pour
fonction de distinguer les genres, n'aurait été qu'une ressource
bien insuffisante, quand on l'aurait même comme en espagnol
divisé en trois formes, puisque l'adjectif ne pouvait se prêter
en aucune façon à une division de ce genre. Quelques-uns des
dialectes romans ont dû renoncer plus difficilement à la forme du
neutre, c'est ce que prouvent les pluriels ital. et roum. comme
corna, membra. Avec un procédé aussi sommaire, qui ne tenait
compte que des terminaisons, les mots originairement neutres
devaient tous être assignés à un seul et même genre. Pour les
diviser en une série masculine et en une série féminine ou pour
2introduire un genre indéterminé, il aurait fallu que la langue se
trouvât encore dans une période plus jeune, plus poétique et plus
sensible à l'impression immédiate de la nature.

2. Le grec avait trois nombres, le singulier, le duel et le
pluriel ; le latin n'en avait plus que deux, le singulier et le
pluriel. Les langues dérivées ne pouvaient plus opérer de réduction,
et en fait elles appliquent, avec une précision suffisante, la
division du latin.

3. Le latin avait six cas, le nominatif, le génitif, le datif,
l'accusatif, le vocatif et l'ablatif. L'identité de forme se présentait
fréquemment pour le nominatif et l'accusatif, pour le nominatif
et le vocatif presque toujours, pour le datif et l'ablatif rarement
au singulier, toujours au pluriel. La flexion casuelle présentait
donc déjà une défectuosité que les langues les plus nobles
partagent d'ailleurs avec le latin.

Cette flexion a péri en roman. Seules les anciennes langues de
la France distinguaient encore, bien qu'avec beaucoup d'exceptions,
le nominatif de l'accusatif, et le valaque, dans une seule
circonstance, distingue le vocatif du nominatif. C'est ainsi que
les cinq ou six cas de chaque nombre ont été réduits à une seule
et même forme. Le grec moderne, lui, a conservé les anciens cas
à l'exception du datif.

Quel est maintenant le cas normal auquel a été accordée l'importante
prérogative de représenter tous les autres ? Est-ce le même
dans toutes les langues ? La vraisemblance paraîtrait indiquer le
nominatif, le cas direct, qui, ainsi que son nom l'indique, ne fait
que nommer l'objet. Mais l'expérience contredit cette hypothèse,
car la formation du plus grand nombre des mots renvoie à l'un
des cas obliques. Comment dériver ital. nieve de nix, esp.
amigos de amici, franç. comte de comes ? De plus, la forme
normale n'est pas la même dans toutes les langues : auprès de
l'esp. amigos se place l'ital. amici, un nominatif à côté d'un
accusatif.

Il est préférable d'étudier chaque langue à part, et de commencer
par le provençal, qui distingue encore deux cas. Nous
avons ici le nominatif singulier ans (annus), sor (soror) ; plur.
an (anni), serórs (sorores). Personne ne contestera assurément
que ces nominatifs soient issus des noms latins cités. Les
singuliers ans, sor ne s'expliquent que par annus, soror, le
pluriel an que par anni ; serors pourrait aussi procéder de
l'accusatif sorores, mais puisque la forme du nominatif est
assurée en général, il n'y aurait pas de raison pour se refuser à
3l'admettre dans ce dernier cas seulement. La forme des cas
obliques ou du cas oblique (car il n'en existe qu'un) est : sing.
an, serór ; plur. ans, serórs. Tous ces mots conviennent à
l'accusatif latin, les trois premiers à d'autres cas encore, an au
génitif ou à l'ablatif (datif), seror et ans également à l'ablatif.
Mais la préférence doit être accordée à l'accusatif : 1) parce que
le quatrième mot, serors, qui doit être jugé comme les autres, ne
peut venir de sororibus, mais seulement de sorores ; 2) parce
que dans les neutres, qui distinguent plus rigoureusement l'accusatif
de l'ablatif (corpus, corpore), c'est toujours la forme du
premier qui, seule, fournit le cas oblique, comme dans corps,
latz, ops, peitz, temps (corpus, latus, opus, pectus, tempus ) 11 ;
3) parce que l'm de l'accusatif, affaiblie en n, s'est encore
conservée dans quelques mots, comme mon, ton, son, ren
(meum, tuum, suum, rem). Mais il reste encore à considérer
la forme de la première déclinaison. D'après les lois phoniques
corona, coronam, coronæ, coronas pouvaient donner en
pr. corona au sing. et coron, coronas au plur., et c'est en effet
ce qui a lieu : seulement on a substitué à coron (l'e atone tombant
d'ordinaire) coronas, afin de ne pas confondre la première et la
deuxième déclinaison. Ainsi le provençal distingue le nominatif
et l'accusatif au moins dans la deuxième et la troisième déclinaison,
et ce sont les mots, déjà mentionnés, avec l'accusatif en n, en tant
qu'ils ont le nominatif en s, qui nous représentent le plus fidèlement
la flexion originelle : mos mon, res ren, ou le plur. dui
dos
(duo duos) 22. — Le même arrangement se rencontre aussi
en vieux français, cet idiome possède même encore des accusatifs
4évidents de la première déclinaison, comme antain de amitam ;
mais la décadence progressive des formes grammaticales fit enfin
périr la déclinaison ici comme en provençal : le nominatif céda
généralement à l'accusatif ; cependant diverses formes nominatives
rappellent encore l'existence primitive de ce cas, tels que
fiens obsol. (fimus, prov. fems), fonds (fundus), queux
(coquus), rets (retis), Charles, Jacques, Louis, chantre
(cantor), peintre (pictor), traitre (traditor), maire (major),
moindre (minor), pire (pejor), sire (senior), sœur (soror),
on (homo) 13.

En espagnol, la distinction du cas direct et de l'oblique n'a
pas lieu. Le singulier est corona, año, ladron, le pluriel
coronas, años, ladrones. Les formes du pluriel, coronas, anos,
témoignent catégoriquement pour la dérivation de l'accusatif,
et ladrones n'y contredit pas. Celles du singulier, corona, año,
ladron, à ne considérer que les lettres, se laisseraient toutes
tirer de l'ablatif, en partie aussi du datif ou du nominatif, mais
comme aucune loi phonique ne s'y oppose, il est logique de
revendiquer l'accusatif comme cas normal pour ce nombre aussi,
car m est en règle apocopée, et, affaiblie en n, elle a laissé une trace
dans quien (quem) et dans l'obsolète ren (rem). Au contraire,
l'adoption de l'ablatif ou du datif rencontrerait de grandes difficultés :
comment expliquer, ici encore, cuerpo, lado, pecho,
tiempo et d'autres mots originairement neutres par corpore,
latere, pectore, tempore ou corpori etc. ? On ne peut pas
non plus penser au nominatif, car presque partout où ce dernier
cas se sépare avec rigueur de l'accusatif, celui-ci est préféré à
son concurrent : señór, rey, buey, imágen et beaucoup d'autres
mots encore ne peuvent avoir leur modèle dans senior, rex,
bos, imago . Si quelques mots, tels que dios, Carlos, Marcos,
cardo, sastre (sartor), renvoient au nominatif, l'accusatif seul
embrasse l'ensemble des formes et résout toutes les difficultés. —
Le portugais est tout à fait conforme à l'espagnol.

L'italien de même que l'espagnol n'a qu'une forme pour chaque
5nombre, ainsi sing. corona, anno, ladrone ; pl. corone, anni,
ladroni ; l's finale n'est pas tolérée ici. Sur quel cas ces formes
ont-elles été construites ? La comparaison des quatre langues
occidentales permet de conjecturer le nominatif ou l'accusatif ou
les deux cas à la fois. Le singulier se comporte comme en espagnol,
tout en présentant ici aussi l'aspect de l'ablatif. Le pluriel
a choisi dans deux cas (corone, anni) la forme du nominatif,
car celle de l'accusatif, après la chute de l's, aurait été corona,
anno et se serait ainsi confondue avec le singulier. Contre
l'ablatif témoignent les motifs déjà allégués à propos de l'espagnol,
c'est-à-dire les formes inconciliables du pluriel, car comment
corone, castella, ladroni auraient-ils pu venir de coronis,
castellis, latronibus, ou, en tenant compte de l'accent, uómini
de homínibus ? Il en est de même en outre des mots d'origine
neutre, tels que cuore (cor), corpo, lato, nome, uopo, auxquels
s'ajoutent les formes diphthonguées fiele, miele, qui ne
peuvent procéder que de fĕl, mĕl et jamais de felle, melle, car
e en position ne se diphthongue pas ; on peut voir dans speme
de spem une forme de l'accusatif. Il est nécessaire toutefois de
concéder au nominatif une plus forte influence en italien : les
mots ne sont pas rares dans la troisième déclinaison qui portent
l'empreinte de ce cas, ainsi cardo, ladro, sarto (sartor),
lampa (lampas), sangue, suora pour suore (soror), tempésta,
uomo (homo), vespertillo, vieto (vetus) 14. — Le valaque
concorde assez bien avec l'italien : on y trouve aussi des formes
nominatives incontestables, comme źude (judex), leu (leo),
sorę (soror).

Le nominatif et l'accusatif sont donc les cas typiques sur
lesquels se fondent les formes nominales romanes. De fait, ils
sont tous deux, à les considérer au point de vue de leur signification,
les plus importants de la phrase, le premier, parce que
c'est de lui que procède l'action, le second, parce qu'il en est le
but. Les opinions sur ce sujet sont, il est vrai, très-divergentes 25.
L'une de ces opinions, d'après laquelle ce serait non pas un seul
6cas, mais bien la partie immuable du mot, dépouillée de tout
appendice, qui aurait donné sa forme au dérivé roman, a quelque
chose de séduisant parce qu'elle résout la difficulté par un procédé
extrêmement simple. Mais le domaine du nord-ouest nous montre
qu'on eut égard non-seulement à la désignation de l'idée, mais
encore à l'expression de ses rapports avec d'autres. Il reste
encore quelques motifs d'une moindre importance à alléguer
en faveur de l'accusatif. On a observé que le plus ancien
latin du moyen âge trahit une prédilection pour la forme de ce
cas dans les noms de ville : c'est ainsi qu'il écrit volontiers
Neapolim pour Neapolis (Bethmann, dans l'Archiv de Pertz
VII, 281). A cet exemple répondent, dans d'anciens textes
romans, Eufraten, Pentapolin, et de même Barraban, Moisen
ou Moisens, Luciferum, usuels comme nominatifs. Il est
important en outre de remarquer que dans la reproduction
romane de mots allemands de la déclinaison faible la forme de
l'accusatif a ordinairement servi de type aux dérivés : ainsi
dans bacho, acc. bachun ou bachon, d'où le franç. bacon ;
balcho, ital. balcone, esp. balcon ; brato, ital. brandone, prov.
bradó, v.franç. braon ; gundfano, ital. gonfalone, prov.
gonfanó, franç. gonfalon ; gêre (gêro), ital. gherone, esp.
giron, franç. giron ; heigiro, ital. aghirone, prov. aigron,
franç. héron ; hreineo, esp. guarañon, mais ital. guarágno ;
chrapfo, esp. grapon ; mago, ital. dialectal magon ; sporo,
ital. sprone, v.esp. esporon, prov. esperó, franç. éperon ;
sturjo, ital. storione, esp. esturion, franç. étourgeon ; waso,
franç. gazon. Ces cas sont trop nombreux pour permettre de ne
voir dans la finale on qu'un suffixe de dérivation.

Les formations basées sur un des autres cas sont des plus rares
et peuvent à peine prétendre au titre de noms déclinables. Les
patronymiques espagnols en ez comme Rodriguez et les noms
de jours en es comme jueves (voy. mon Dict. étym. I, XV)
sont originairement des génitifs, il en est de même du second
mot dans fuero juzgo (forum judicum). Les locutions, usitées
en latin, gens christianorum, paganorum, gesta Francorum,
etc., ont fait naître en provençal et en vieux français des
expressions analogues, dans lesquelles on ne se préoccupait pas
toujours d'employer le génitif régulier : gen crestianor, gen
payanor
, usage pænur, livres paienors, de même gent
Francor
, geste Francor, branc Sarrasinor, mur Sarrazinor,
rey Macedonor, ovre diablor Chron. de Ben. II,
p. 421, secle primur TCant. p. 160, 3, temps ancianor,
7forest ancianor, caval milsoldor (mille solidorum) 16. Ces
génitifs se présentent quelquefois comme la forme absolue du
mot, on trouve : entorn calendor Flam, v. 441, cosi fos
companhor
(comme s'il eût été de leur compagnie GAlb.
352 ; de quinh parentor (de quel parenté) LRom. (b.lat. dans
des chartes parentorum gén. plur.), la festa de martror id.,
de dieu et de sanctor id., restoient gentil Macedonour
Alex
. p. 6, 11. Ces génitifs apparaissent aussi, bien que souvent
très-défigurés, dans des noms de lieux composés, comme Confracor
(Curtis Francorum), Franconville (Villa Francorum,
ou du génitif allemand Frankono ?), Villepreux,
plus anciennement Villeperor (Villa pirorum), Villefavreux
(Villa fabrorum). Voy. Quicherat, Noms de lieux p. 59 27.
Dans le chapitre du pronom nous apprendrons à connaître
d'autres exemples du génitif et aussi du datif. L'ablatif s'est
conservé dans le gérondif et dans diverses particules : ital. mio
scentre
, prov. mieu escien, v.franç. mon essien, est le lat.
me sciente ; esp. como etc. est quomodo ; v.franç. tempre est
tempore, et dans presque tous les dialectes l'ablatif latin mente
a servi à la composition des adverbes 38.

Pour ce qui touche aux finales romanes des deux cas normaux,
le changement de am en a, de um en o, de em en e est déjà
rendu clair par le traitement des formes personnelles dans la
8conjugaison et de certaines particules. En italien, par exemple,
corona, anno, ladrone se comportent, vis-à-vis de coronam,
annum, latronem, exactement comme amava, loro, secondo,
ami, dieci, sette, nove vis-à-vis de amabam, illorum, secundum,
amem, decem, septem, novem, et il en est de même
dans les autres dialectes. Mais l'histoire du nom latin nous offre
déjà des indices importants de cette transformation, ainsi que de
la chute de l's. 1) Les anciens poètes connaissaient encore
l'usage d'élider l's dans les finales ŭs et ĭs devant une consonne,
comme dans laterali[s], magnu[s], usage que Cicéron, ce qui
est caractéristique pour nous, taxe de subrusticum ; cette
élision se rencontre aussi en prose dans les inscriptions tumulaires
et sur les monnaies. Un certain nombre de mots, tels que
socer, puer, vir, prosper, vultur , avaient laissé tomber tout-à-fait
les syllabes us et is ; pour famulus, Ennius et Lucrèce
emploient famul, pour debilis le premier de ces auteurs a
debil (Schneider, I, 346, 357, Hartung Ueber die Casus 110).
On peut donc admettre que de très-bonne heure déjà l's de la
flexion était négligée dans la langue familière ; sa suppression
complète toutefois n'a dû se produire que tard, car elle n'a pas eu
d'influence en France. — 2) M finale avait, d'après le témoignage
précis des anciens, un son sourd particulier (tome I, p. 198),
aussi était-elle souvent supprimée, surtout dans les inscriptions :
Corsica, viro, urbe se trouvent dans les plus anciens monuments
pour Corsicam, virum, urbem (Schneider 1, 301, Struve
Ueber die lat. Decl. und Conj. p. 42) ; de plus récents ont
ardente[m], lucerna[m], positu[m], deliciu[m], exteru[m],
fatu[m], monimentu[m], auctoritate[m], extra pariete[m]
(Grut. in indic. gramm. : m finale omissum) 19. — 3) O pour
u dans les finales us et um était également un trait du latin
archaïque ou populaire (tome I, p. 156) ; on trouve sur les
monuments filios, compascuos ager, magistratos, singolos,
vivos, aurom, captom, æquom, divom, tuom , et après la
chute de la consonne des formes presque romanes, telles que :
9oino, optumo, viro, Samnio, à l'ablatif spirito, uso (Schneider
II, 57, Struve 42, Gruter. ind. gr. : o pro u). — Le nombre
des exemples s'accroît après la chute de l'empire d'Occident.
Cassiodore déjà se plaint de l'incertitude des copistes au sujet de
l'emploi de l'm : librarii grammaticæ artis expertes ibi
maxime probantur errare : nam si
m litteram inconvenienter
addas aut demas
, dictio tota confusa est (De div.
lect
. c. 12, voy. Lanzi, Sulla ling. etr. I, 428). Les inscriptions
et les chartes accueillent toujours plus de formes romanes ;
une inscription qui est peut-être du Ve siècle a, par ex., binea
pour vineam (Mur. Ant. II, p. 1011) ; dans une remarquable
charte de 564 probablement de Ravenne (Marin, p. 124), on
trouve comme accusatifs una orciolo dereo, uno butte (ital.
botte), una cuppo (coppa), uno runcilione (ronciglio), mais
aussi uno orcas ; dans une autre de 59 ρελικτο ες = relictum
est
(Maff. Istor. dipl. p. 166) ; dans une charte de 615, du
Lyonnais, villam, cui nomen Grande Fontana (Bréq. n. 56) ;
dans une charte italienne de 713 ego Fortonato (Mur. Ant.
I, 227) ; dans une autre de 715 ou 730 item porto, qui appellatur
Parmisiano
(id. II, 23) ; à l'année 757 uno bove (acc.),
uno petio (ital. pezzo), per nullo ingenio etc. (id. III, 569) ;
a l'année 730 notario acc. (id. III, 1005). Pott a rassemblé un
grand nombre d'exemples tirés des L.Sal. et Long : « leur nombre
est légion, » dit-il, en parlant de la seconde de ces sources. Ils
sont nombreux aussi dans les glosses de Gassel.

La forme absolue tirée du nominatif ou de l'accusatif suffisait
sans plus de distinctions aux langues dérivées pour rendre l'idée
de ces deux cas. Les autres, après la chute des flexions, durent
être exprimés par des mots auxiliaires aptes à représenter leur
sens. Les rapports des cas étant au nombre des plus délicats de
la grammaire, cela ne put à la vérité se faire que d'une manière
approximative. Mais comme l'on ne saurait admettre un état
linguistique sans aucune désignation casuelle, on doit se représenter
l'introduction de ces mots auxiliaires comme ayant précédé
la disparition de la flexion. Ceux-ci une fois affermis par l'usage
devaient bientôt rendre superflues les lettres mortes de la fin des
mots. On voit par la langue des inscriptions combien la flexion,
déjà dans les derniers siècles de l'empire d'Occident, avait perdu
de son importance au moins dans la bouche du peuple ; un emploi
si confus des cas ne pouvait exister sans avoir pour conséquence
la chute de l'ancien système de déclinaison. On peut observer ici
qu'en général le nominatif et l'accusatif, en raison de leur plus
10haute importance, prirent la place des autres cas ; il est vrai que
leurs caractéristiques s et m, la dernière surtout, n'étaient là
que pour les yeux. Voici des exemples tirés de Gruter et
d'Orelli : 1) Avec terminaisons du nominatif et de l'accusatif :
a latus, ab ædem, ab Isem, af (ab) balinearium lacum,
af Capuam, agnitionem (au lieu de -ne), cinctum (-o), cum
conjugem suam
, cum partem, eandem (ead.), pietatem
causa
, furcepem (forceps), Genuenses (-ibus), in curiam
(-a), jussionem (-ne), noctem (-ti), Pisas (-is), pro salutem,
Saldas (-is), Vejos (-is), septemvirum (-vir), Ityreos (-æorum),
quem (cui), a census, a pontifices, in senu mare,
mala (-i) et d'autres semblables. — 2) Avec terminaisons du
datif ou de l'ablatif plus rarement : ante fronte, factis (-i),
iis (ii), in suis (-os), infumo (infimum), liberto (-i), nomine
(nomen), ob meritis, ob perpetuo amore, per quo, in vinculis
missus
, ab ante oculis et quelques autres encore. On se tenait
encore en garde contre les terminaisons anti-grammaticales, qui
ne sont toutefois pas sans exemples : aliquis (-ibus), lugubris
(-ibus), dibus (diis), senati (-us), decembro (-i). — Les
prépositions au moyen desquelles on vint en aide au trouble
de la flexion furent pour le génitif de, pour le datif ad ; toutes
deux comme mots auxiliaires entrèrent en possession de tous les
droits de la flexion, en conservant toutefois à côté de cela leur
ancienne force prépositionnelle. On considéra donc l'essence du
génitif comme représentant un rapport d'origine, soit avec une
valeur attributive soit avec toute autre ; on disait, en employant
des mots latins : vinum de Franda, tabula de ligno, filius de
rege
, avidus de argento, recordari de aliquo. On comprit
l'essence du datif comme exprimant la direction vers un objet :
poficisci ad Romam, dare ad aliquem, fidelis ad amicos.
La préposition a aurait été aussi apte à représenter le génitif,
c'est-à-dire le rapport d'origine, mais son analogie avec ad en
proscrivit l'usage ; ses fonctions furent dévolues à de et elle ne
se conserva que dans la composition. Quelques dialectes allemands
ont suivi la même voie ; le néerlandais emploie ordinairement
pour ces deux cas van et aan, l'anglais of et to, particules qui
sont assez conformes aux latines de et ad. Le grec moderne
aussi remplace habituellement le datif qu'il a perdu par l'accusatif
avec εἰς = ad. Le latin populaire paraît déjà avoir manifesté
un penchant pour cette circonlocution. Du moins des inscriptions
offrent de Municia (au lieu de Minuciæ), miles de stipendiis
(-iorum), de natione Bessus, de plano (= compendiose),
11curator de sacra via (Grut. ind. gramm. s. v. genethlon),
oppida de Samnitibus, natus de Tusdro (Orelli) ; hunc ad
carnificem dabo
disait déjà Plaute, pauperem ad ditem dari
Térence, quod apparet ad agricolas Varron ; dans des chartes
postérieures, cet usage gagne toujours plus de terrain (exemples
dans le Choix I, 24). — Nous passons maintenant à l'examen
des diverses espèces de noms.

I. Substantif.

Comme compagnon presque inséparable du nom apparaît l'article,
encore inconnu du latin 110, décliné avec de et ad ; il
précède le nom, ce n'est qu'en valaque qu'il le suit ; du reste
il est toujours atone. Sa dérivation de ille, dont on a conservé
tantôt la première tantôt la seconde syllabe, est évidente.
Il semble que la première syllabe du pronom latin, en
sa qualité d'accentuée, eût dû avoir la préférence pour la
formation de cette nouvelle partie du discours, mais la seconde
avait pour elle de contenir la flexion, et ainsi on les employa
toutes deux. Il en fut de même du pronom ipse (is-pse), qui
sert d'article dans quelques dialectes ; de ses deux syllabes,
la seconde seule, l'atone, échappa à la destruction. On peut
rappeler aussi l'abréviation latine 'ste de is-te. Cependant
l'article se présente encore çà et là en roman avec ses deux
syllabes. En ancien léonais, par ex., ello ella, ellos ellas,
comme l'a montré Gessner p. 17. Une ancienne forme italienne
aussi, ello ella, elli elle, a été signalée, voy. Mussafia, Jahrb.
X, 123. La forme complète du latin vit même dans le composé
de l'ital.mod. n-ello = in-illo etc. Il ne manque pas d'exemples
de l'apparition de l'article à partir du VIe siècle (Choix I, 39,
40, 47-49). Ce n'est pas pour distinguer les cas et les nombres
qu'il a été introduit : il ne saurait jouer ce rôle, car sa flexion est
aussi défectueuse que celle des autres noms ; son emploi paraît
déterminé seulement par la raison syntactique de séparer d'une
manière plus distincte l'individu de l'espèce, et c'est pour cela
qu'il se rencontre aussi dans des langues à flexion complète.
C'est dans le même sentiment qu'on emploie aussi comme article
le numéral unus pour désigner une unité indéterminée ; de même
12en allemand ein, en grec ἕνας. Comme l'article ille est presque
inséparable du substantif et n'exprime rien par lui-même, nous
lui assignons sa placc. dans cette étude de la flexion, au chapitre
du substantif.

1. Cinq déclinaisons, d'après l'ancienne division, embrassent
le système tout entier de la flexion du substantif latin. L'empreinte
des trois premières s'est conservée plus ou moins fidèlement
dans les langues dérivées ; la quatrième a passé à la
deuxième, comme prouvent les plur. ital. frutti (fructus), mani
(manus) ; les mots de la cinquième ont passé soit à la première,
comme dies, esp. dia ; facies, ital. faccia (facias wangun,
glosses de Cassel), val. fatzę ; glacies, ital. ghiaccia, val.
ghiatzę ; species, prov. especia, ceux surtout qui déjà en latin
flottaient entre les deux déclinaisons, comme luxuries, ital.
lussuria, esp. luxuria, materies, ital. materia, esp. madera ;
ou bien ils ont conservé leur forme et pris place parmi ceux de
la troisième, ainsi fides, ital. fede, esp. fe, franç. foi ; series,
ital. serie ; species, ital. specie, esp. especie, franç. épice
espèce
 ; meridies, ital. merigge.

Le passage d'une déclinaison à l'autre se produit aussi quelquefois
pour les trois qui ont subsisté. Cependant les exemples de
mots dont le changement de déclinaison n'a pas été déterminé par
l'intention de leur donner un autre genre sont rares. C'est ainsi
que ala passa de la première à la troisième dans l'ital. ale,
formica dans le prov. formit, franç. fourmi. Passage de la
troisième à la première : glans, ital. ghianda ; hirundo, prov.
ironda ; laus, ital. loda ; neptis, esp. nieta ; pix, prov. pega ;
pulvis, prov. polvera ; sors, ital. sorta, franç. sorte ; vestis,
ital. vesta ; virgo, prov. vergena. De la troisième à la deuxième :
caulis, ital. cavolo ; codex, esp. codigo ; fascis, ital. fascio ;
fur, ital. furo ; jus juris, esp. juro ; labor, ital. lavoro ;
pulvis, esp. polvo ; os ossis avait déjà en latin la forme parallèle
ossum, de là ital. osso, esp. hueso ; on avait de même
vasum à côté de vas, ital. esp. vaso. De la quatrième à la première,
les féminins ficus, ital. fica (avec un autre sens), franç.
figue ; manus, ital. (rare) mana, val. mųnę ; nurus, ital.
nuora, esp. nuera, prov. nore, val. norę ; socrus, esp. prov.
suegra. Ce passage d'une déclinaison à l'autre a créé un grand
nombre d'hétéroclites, parce que souvent l'ancienne déclinaison
d'un mot persista à côté de la nouvelle ; ainsi ital. ala ale, lode
loda
, merigge meriggio meriggia, modo moda ; ramo rama,
veste vesta. Souvent le changement dans la forme en a amené un
13dans le sens. Voyez sur ce point la grammaire particulière de
chaque langue.

2. Le genre peut avoir sa place dans l'étude de la flexion en
tant qu'il est inséparablement lié aux formes de la déclinaison.
On ne peut s'attendre à voir les langues nouvelles suivre partout
dans l'application du genre l'exemple de l'ancienne : la même
inconstance se retrouve dans d'autres domaines encore et dépend
de différentes causes 111. Il vaut la peine de réunir de nombreux
exemples de ce changement. 1) La terminaison a de la première
déclinaison a conservé son genre, ainsi ital. il papa, il poeta,
il profeta etc., mais en prov. aussi la papa IV, 315, GRoss.,
8379, la profeta LR. IV, 657, comp. Leys II, 74 ; de même
aussi en vieux français. Les féminins en a deviennent masculins
lorsqu'ils désignent une personne masculine. Au premier rang
se trouve le pronominalpersona qui, employé comme masculin,
suit le genre de homo, ainsi en prov. quasqus persona
Brev. d'am
. I, 353. Aussi le de quolibet persona qu'on
trouve dans les Form. Sirmondi (Canciani III) est-il plus
roman que latin. Causa (cosa) aussi, en tant qu'expression
pronominale, peut renoncer au genre féminin. Beaucoup d'autres
mots en a, pour la raison alléguée à propos de persona, peuvent
changer de genre. A cette classe appartiennent esp. el cura,
le curé, el justicia, le juge, v.franç. la justise LRois 408 ;
port. o lingua, l'interprète, esp. la lengua. Des mots nouveaux
de ce genre sont : franç. aide masc., prov. bada masc. garde ;
ital. camerata, esp. camarada masc., compagnon ; ital. cornetta,
esp. corneta, franç. cornette masc., porte-étendard ;
prov. crida, masc. crieur LR. V, 444 ; franç. enseigne masc.,
prov. gaita fém., garde, comp. Leys II, 66 ; ital. guardia,
prov. garda, fr. garde fém., esp. guarda comm. ; ital. prov.
guida, esp. guia fém., franç. guide masc. ; franç. manœuvre
masc. ; ital. scolta, ascolta fém., guetteur, veilleur ; ital. scorta
etc. fém., escorte ; ital. sentinella fém., sentinelle ; ital. spia,
prov. espia fém., esp. espia comm., espion ; ital. trombetta,
esp. trompeta, franç. trompette masc. ; prov. uca masc.,
héraut etc. Cometa est partout féminin, le valaque seul a comit
masc. ; planeta est masc. en italien comme en provençal, d'ailleurs
féminin. Sur l'emploi masculin de spata, voy. mon Dict.
étym
. D'autres modifications de genre qui impliquent, autant
14qu'on peut le reconnaître, un changement de déclinaison, sont :
aquila, v.franç. et franç.mod. aigle, qui ne reste féminin que
dans le sens de drapeau ; copula, franç. couple (masc. et fém.) ;
fenestra v.franç., un petit fenestre overt Trist. I, 205 ;
festuca, ital. festuco (aussi -ca), prov. festuc (-ga), franç.
fétu, b.lat. per festucum HLang. II, col. 123 et dans
des chartes du nord de l'Italie ; hasta, prov. ast (-a) ;
lacerta (à peine -us), esp. lagarto, prov. lazert, franç.
lézard ; lingua, franç. Languedoc ; materia, esp. madero
(-a) ; medulla, ital. midollo (-a), esp. meollo, prov. mezol
(-a) ; merula (à peine -us), ital. merlo (-a), prov. franç.
merle ; pedica, franç. piège ; spica (aussi -us), prov. espic
(-ga), franç. épi ; ungula, franç. ongle. Végétaux : hedera,
franç. lierre ; oliva (arbre), ital. ulivo, prov. oliu GA 4288 ;
tilia, ital. tiglio, val. teiu. — 2) Terminaison us de la deuxième
et quatrième déclinaison. Exemples de masculins devenus féminins :
alveus, franç. auge ; arcus, franç. arche (arc ?). ; asparagus,
franç. asperge, val. śpargę ; circulus, ital. cerchia
(-o) ; fructus, ital. frutta (-o), esp. fruta (-o) ; gradus, esp.
grada (-o), prov. graza (grat) ; hamus, prov. ama ; hortus,
esp. huerta (-o), prov. orta (ort) GA. 9248 ; hyacinthus,
franç. hyacinthe ; modus, ital. moda (-o) etc. ; phaseolus,
franç. faséole ; ramus, ital. esp. rama (-o), prov. rama
(ram), franç. rame (anc. rain masc.), b.lat. rama ; τύμβος,
ital. tomba etc. Autumnus est commun en fr., automne. Comitatus
est des deux genres en prov., comtat, et en v.fr. comté,
féminin dans le franç.mod. vicomté. De même le v.fr. duché
ou duchée (ducatus) ainsi que evesché (episcopatus) se trouvent
comme féminins. Mais tous les féminins de cette terminaison
deviennent masculins : abyssus, acus, domus, porticus,
vannus ; les noms de pierres précieuses, comme sapphirus ;
ceux des arbres, comme alnus, buxus, cupressus, ebenus
(-um), ebulus, ficus, fraxinus, laurus, malus, morus,
pinus, pirus, platanus ; de là ital. ago, duomo (sarde domo
fém.), portico, vanni plur., zaffiro, alno, busso, cipresso,
ebano, ebbio, fico (sarde figu fém.), frassino, alloro, melo,
moro, pero, platano ; franç. abîme, porche, van, saphir,
aune, buis, cyprès, frêne, pin, platane et plane, excepté
ébène. Plusieurs de ces mots, comme cupressus, laurus,
platanus , peut-être aussi acus, étaient également employés dans
le latin archaïque comme masculins (Schneider II, 321). Manus
paraît être l'unique mot qui, malgré sa terminaison, ait conservé
15le genre féminin, cependant on trouve comme masculin le prov.
man : él ma senestre Bth. v. 256, él man LR. I, 418, lo
man destre Fer
. v. 1453, los mas 3046, dos mas GO. 199b
(à côté de tua ma), mas juns Choix IV, 97. Des communs
tels que pharus, crystallus sont aujourd'hui exclusivement
masculins : ital. faro, cristallo etc., smaragdus est cependant
féminin à l'ouest : esp. esmeralda, prov. esmerauda mais
aussi maracde masc., franç. émeraude ; ficus (le fruit) est en
ital. fico, esp. higo masc., en prov. figa, franç. figue fém.
Il sera parlé au troisième livre du passage fréquent des diminutifs
du genre féminin au genre masculin. — 3) Terminaison o, io.
Le masc. ordo est en esp. órden comm., v.ital. ordine fém.,
d'ailleurs masculin. Margo reste des deux genres dans ital.
margine, esp. márgen, il est féminin dans franç. marge et
val. margine. Le genre de pipio est inconnu, dans ital. piccione,
esp. pichon, franç. pigeon il est masculin. Le féminin
origo conserve son genre, excepté dans l'esp. origen où il est
masculin et féminin. Unio est masculin dans le franç. oignon.
Titio est un masculin roman, ital. tizzone, esp. tizon, prov.
tizo, franç. tison. Potio est en franç. poison masculin, en
vieux français et en provençal féminin. Suspicio est également
masculin dans le fr. soupçon. — 4) Terminaison er, or, os, ur,
us oris . Masculins : carcer, ital. carcere comm., esp. carcel,
franç. chatre fém. ; passer, val. pasęre Lex. bud. fém. ; uter,
ital. otre, esp. odre, prov. oire masc., franç. outre fém. ;
flos n'est masculin qu'en ital., fiore, partout ailleurs (esp. prov.
flor, franç. fleur, val. floare) féminin et de même quelquefois
en vieil italien, de là le nom de famille Santafiore ; lepus est
masculin dans franç. lièvre et val. épure, d'ailleurs féminin ;
ital. la lèpre, esp. la liebre, prov. la lebre ; turtur masculin
(d'après Servius commun), franç. tourtrefém., ital. esp. tortore,
-a, tortolo, -a, avec distinction du genre naturel. Les masculins
de la terminaison or oris conservent leur genre en italien. De
même en espagnol, color cependant est quelquefois employé
comme féminin, port. a côr, et chez les anciens le genre de ces
mots est en général flottant : la claror J. de Mena p. 15 ; la
color Apol
. 437, el color 520 ; la dolor Bc. Mil. 126 ; el dolor
PCid
. 18, port. a dôr ; la onor Bc Duel. 71 ; la labor Bc
Mil. 126 ; la olor Alx. 891, Bc. Mil. 5, el olor id. 6 ; la
sabor PCid
. 3614, el sabor Alx. 891 ; la sudor Bc. Mil.
223, el sudor 247. Au nord-ouest, ils sont généralement féminins :
pr. la amor, la claror, la color, la dolor, la doussor,
16la honor, la olor, la valor, mais toutefois lo labor, lo pascor
PO
. 124 ; franç. la couleur, la douleur etc., mais amour est
surtout masculin, couleur rarement, honneur et labeur toujours.
Le valaque aussi les emploie comme féminins : coloarea,
onoarea, sudoarea, valoarea. Arbor reste féminin en port.,
árvore, il est masculin en esp., árbol, prov. albre, franç.
arbre, en ital. commun arbore. — 5) Terminaison as, es, is,
us. Masculins : limes, ital. esp. limite, prov. limit masc.,
franç. les limites fém. ; paries, ital. parete, esp. pared, prov.
paret, franç. paroi, val. pęreate, tous féminins (peręte masculin
dans le Lex. Bud) ; ital. cavolo, franç. chou masc.,
fém. esp. col, port. couve ; collis, ital. colle masc., prov. col
comm. ; crinis (en latin archaïque aussi féminin), ital. crine,
franç. crin masc., esp. crin fém., v.franç. crin, prov. cri
comm. ; funis (féminin dans Lucrèce), it. fune des deux genres,
val. fune fém. ; fustis, ital. fusto, esp. fuste, franç. fût masc.,
ital. esp. fusta fém. ; hostis, ital. oste, v.franç. ost comm., esp.
hueste, prov. ost, val. oaste fém. ; pulvis (féminin seulement
chez les plus anciens auteurs), esp. polvo masc., ital. polvere,
franç. poudre, val. pulbere fém. ; sanguis, ital. sangue,
franç. sang masc., esp. sangre, val. sųnge féminin 112. Féminins :
æstas, ital. state id., franç. été masc. ; sementis, ital., port.
semente, esp. simiente fém., prov. semén comm. LR.V, 192,
GRiq. p. 132 (sementem bonum Cap. de vill. § 22) ; vallis,
du même genre en ital. valle, prov. val, val. vale, au contraire
masc. en esp. valle, franç. val ; palus, esp. palude fém., ital.
palude comm., ital. padule, port. paúl masc. ; salus, prov.
salut comm., franç. salut masc. 213. Laus, ital. lode, prov. laus,
v.franç. loz masc. Potestas, dans le sens d'une personne revêtue
du pouvoir, est hésitant : ital. podestà masc., v.ital. potestade
fém. Cent. nov. ant. p. 37, 138, v.esp. potestat fém. Apol.
643, prov. poestat masc. LR. I, 210, Choix IV, 127, fém. ibid.
129, B. 169. Communs : callis, ital. calle masc., esp. calle
17fém. ; canalis, de même dans l'esp. canal, masc. en ital. canale,
fr. chenal ; cinis, de même en ital. cenere, fém. fr. cendre ;
finis, ital. fine comm., esp. fin masc., port. fim masc., v.port.
fém., prov. fi, fr. fin fém. ; retis, ital. rete, esp. red, port. rede
fém., fr. rets masc. ; grus (surtout féminin), ital. gru comm.,
port. grou masc., esp. prov. grua, fr. grue, val. grue fém. ;
dies, ital. , esp. dia masc., v.ital. dia PPS. I, 122 (et
souvent) fém., prov. dia commun. — 6) Terminaison ns, rs.
Masculins : dens, de même ital. dente, esp. diente, val. dente,
fém. prov. den, franç. dent ; fons, ital. fonte comm., esp.
fuente, prov. fon, v.franç. font fém. ; pons partout masculin,
seulement en esp. puente des deux genres, val. punte féminin.
Féminins : frons frontis, de même ital. fronte, esp. frente,
val. frunte, masc. prov. fron, franç. front, lat. arch. également
masc. ; gens, franç. gens pl. comm. : glans, ital. ghianda,
v.esp. lande, val. ghinde fém., prov. glan, franç. gland masc. ;
ars, ital. arte fém., esp. arte comm., franç. art masc., v.franç.
fém. ; sors, ital. sorte, esp. suerte fém., prov. sort fém.,
à peine masc. (Choix IV, 144. 277), franç. sort masc., v.franç.
fém. Communs : infans, ital. infante masc., fante comm., esp.
infante masc., franç. enfant comm. ; serpens, ital. serpente,
franç. serpent, val. śerpe masc., esp. serpiente fém., prov.
serpen, v.fr. serpant comm. — 7) Terminaison x. Masculins :
cimex (il n'est pas certain qu'il soit aussi féminin), ital. cimice,
esp. chinche fém. ; grex (à peine fém.), prov. grey masc., ital.
gregge comm., esp. grey fém. ; irpex (peut-être aussi fém.), ital.
erpice masc., franç. herse fém. ; pantex, val. pęntece masc.,
assigné ailleurs à la première déclinaison : ital. pancia etc. ;
pulex, seulement en val. purece masc., ital. pulice, esp.
pulga, franç. puce fém. ; silex (chez les poètes aussi féminin),
ital. selce fém. ; sorex, ital. sorce, esp. sorce, val. soarece
masc., fém. seulement en prov. soritz, franç. souris ; vertex,
ital. vertice masc., v.franç. vertiz fém. ; vervex, val. berbeace
masc., fém. ital. berbice, prov. berbitz, franç. brebis. Féminins,
en partie communs : appendix, franç. appendice masc. ;
calx (rarement masc.), ital. calce, esp. cal, franç. chaux fém. ;
fornax (seulement dans les plus anciens auteurs masc.), ital.
fornace fém., esp. fornaz masc. ; larix (dans Vitruve masc.),
ital. larice, esp. larice et alerce masc. ; limax (rarement
masc.), ital. lumaca, esp. limaza fém., franç. limas masc. ;
lynx (masc. seulement dans Horace), ital. lince, esp. lince,
franç. lynx, val. lingęu masc. ; perdix (quelquefois masc.)
18du reste féminin dans perdice, perdiz, perdris ; salix fém.,
de même en val. salce, masc. ital. salice salcio, esp. sauce. —
8) Les neutres, comme il a été observé plus haut, prennent le
genre masculin, rarement le féminin. A ce dernier appartiennent
par ex. apium, franç. ache (ital. apio etc.) ; cochlearium,
esp. cuchara, port. colher, franç. cuiller (ital. cucchiajo, esp.
cuchar, prov. culher masc.) ; hordeum, franç. orge (ital.
orzo etc.) ; oleum, franç. huile (prov. oli masc.) ; stabulum,
franç. étable (ital. stabbio) ; studium, franç. étude ; culmen,
legumen, lumen , esp. cumbre, legumbre, lumbre, val.
légumę, luminę (port. cume, legume, lume masc.) ; fel, mel,
esp. hiel, miel, val. feare, meare (port. fel, mel masc.) ;
fulgur, ital. fólgore, franç. foudre comm. (prov. folzer, val.
fulger masc.) ; mare, esp. mar comm., prov. mar, franç. mer,
val. mare fém., aussi en v.it. la mare PPS. I, 453, ital.mod.
mare, port. mar masc. (meer est aussi dans les langues germaniques
soit masc., soit fém., soit neutre). Le fém. esp. leche
renvoie peut-être à un masc. lactem, et sal, également fém.,
peut-être à salem (port. leite, sal masc.) 114.

Outre ces neutres et d'autres encore, il s'en trouve beaucoup
qui, par le passage de leur forme plurielle (a) à la première
déclinaison, sont devenus féminins ; c'est une particularité commune
à toutes les langues romanes, dont le valaque seul n'a
aucune ou presque aucune notion. En voici des exemples : animalia,
v.esp. animalia FJ. 106b, Rz. 63. 72, franç. aumaille ;
arma, ital. esp. arma, franç. arme, b.lat. arma Gesta reg.
Fr
. ; bona, v. esp. buena ; calceamenta, prov. caussamenta
GO
. 58, v.franç. caucemente GNev. p. 123 ; cilia, esp. ceja,
prov. cilha ; claustra, ital. chiostra, v.esp. prov. claustra ;
cornua, esp. cuerna, prov, corna, franç. corne ; examina,
ital. esamina ; ferramenta, port. id. ; festa, ital. prov. festa,
esp. fiesta, franç. fête ; fila, ital. prov. fila, esp. hila, franç.
file ; folia, ital. foglia, esp. hoja, franç. feuille (b.lat. folia
Gl
. sangall., comp. Isid. Orig. éd. Lindem. p. 450) ; fundamenta,
esp. fondamenta Apol. 361, prov. id. ; gaudia, ital.
gioja, esp. joya, prov. joia, franç. joie ; gesta, ital. v.esp.
prov. gesta, v.franç. geste, dans le latin du plus ancien moyen
âge sing. gesta ; grana, ital. esp. prov. grana, franç. graine ;
19idolum, v.esp. ydola CGen. p. 40, prov. idola, franç. idole ;
labra, prov. lavra, franç. lèvre ; ligna, ital. legna, esp.
leña, prov. lenha ; luminaria, esp. prov. id. ; miracula,
prov. miracla ; nubila, ital. nuvola (o) ; opera de opus, ital.
opera, esp. prov. obra, franç. œuvre ; pecora, ital. pecora
(inter pecoras charte de 757, Mur. Ant. III, 569), esp. de m. ;
pignora, port. prov. penhora, b.lat. pignora ; prata, prov.
prada, v.franç. prée, b. lat. pradas plur. Mur. Ant. V, 449
à l'année 761 ; præmia, v.esp. premia PC. 1202, Bc. Mil. 297,
Rz. 195, franç. prime ; signa, esp. seña, prov. senha ; insignia,
ital. insegna, franç. enseigne ; spolia, ital. spoglia,
prov. despuelha, franç. dépouille (spolia sing. Gest. Franc,
cap. 37) ; stercora, vaud. id. Choix II, 121 ; suffragia, v.esp.
sofraja Rz. ; tempora, ital. tempia, prov. templa, franç.
tempe ; testimonia, v.ital. v.esp. testimonia ; tormenta, esp.
tormenta, franç. tourmente ; vela, ital. esp. prov. vela, franç.
voile ; vestimenta, esp. prov. id. ; vota, esp. boda (noces).
Les noms de fruits aussi doivent certainement être comptés
dans cette classe : cerasum, fragum, malum, morum,
pomum, pirum, prunum , ital. ciriega, mela, mora, pera,
prugna , mais pomo ; esp. cereza, fraga, manzana, mora,
poma (o), pera ; franç. cerise, mûre, pomme, poire, prune ;
val. cireaśę, fragę, murę, poamę, pearę, prunę , mais męr
(malum). A cela s'ajoute un grand nombre de neutres d'adjectifs,
comme batualia, ital. battaglia etc. ; mirabilia, maraviglia ;
nova, nuova. Rien n'était plus naturel pour la langue
qu'une semblable refonte du pluriel en singulier, car la plupart
de ces mots désignent des objets matériels qu'on est accoutumé
à voir réunis deux à deux ou en masse, en quelque sorte comme
une unité, ou des idées qu'on est naturellement porté à exprimer
d'une façon collective. Plusieurs d'entre eux n'ont déjà
en latin que la forme du pluriel : arma, bona, gesta, signa,
vota, batualia dans des significations spéciales. On connaît
aussi en allemand un procédé analogue, par lequel d'anciens
masculins aussi bien que des neutres pluriels deviennent féminins :
m.h.allem. daz ahir, allem.mod. die ähre ; daz ber, die
beere
(comp. plus haut fraga) ; der grât, die gräte ; der lefs,
die lefze (comp. labra) ; daz mære, die mähre (comp. nova) ;
der trahen, die thräne ; der tuc, die tücke ; der vane, die
fahne
(comp. signa) ; daz wâfen, die waffe (comp. arma) ;
daz wette, le gage, die wette (comp. pignora) ; daz wolken,
die wolke (comp. nuvola) ; der zaher, die zähre.20

Les causes qui ont pu produire le changement de genre,
sur lequel les différents dialectes sont du reste rarement d'accord,
sont de diverse nature. Il faut assurément placer en première
ligne la terminaison. La plupart des féminins de la deuxième
et de la quatrième déclinaison en us sont attribués au
genre masculin et parmi ces derniers les noms d'arbres sont les
plus importants ; ceux qui restent féminins prennent la forme
de la première déclinaison. Même les masculins en a comme
papa sont quelquefois contraints de prendre l'article féminin.
C'est dans le français, où les terminaisons sont le plus effacées,
que se produit aussi le plus facilement le changement de genre.
Aigle, par ex., n'avait plus de signe de genre, il pouvait sans
perturbation de forme devenir masculin 115. Il est clair que l'idée
aussi a pu déterminer le genre : des féminins qui représentent une
personne masculine ont naturellement passé au masculin, comme
justitia ou potestas. Parfois le passage a été amené par une certaine
force assimilatrice de mots synonymes d'un autre genre ;
c'est ainsi que l'esp. calle paraît avoir suivi le genre de rua ou
estrada, le prov. fon etc. celui de fontana, le fr. sort celui de
bonheur, malheur ou destin, le franç. été celui de printemps
et hiver ; c'est ainsi que aigle semble avoir pris le genre des
noms des autres oiseaux de proie. Il faut admettre cela sûrement
pour les noms d'arbres de la première et troisième déclinaison,
comme tilia, salix, qui se portèrent vers le genre de leurs
congénères. Arbor lui-même devint masculin, mais de fructus
se détacha une forme féminine parce que les noms des fruits
étaient féminins. La tendance à distinguer les significations d'un
mot a aussi sans aucun doute eu sa part dans le changement
de genre ; les exemples se présentent en masse. Enfin on peut
aussi supposer, dans quelques cas particuliers où le genre roman
divergent de la règle classique peut être constaté en latin même
comme archaïque ou poétique, qu'il y a relation historique ;
il en est peut-être ainsi pour crinis, fons, grex, lacertus,
merulus, pulvis.

Si l'on s'est permis çà et là des déviations du genre des mots
latins, cet accident ne doit pas étonner à propos des mots non latins,
car quel peuple ne serait pas porté à faire prévaloir dans un mot
étranger le sentiment qu'il a du genre d'une idée ? Toutefois, pour
21le genre allemand, qui est ici le plus particulièrement en cause,
l'écart est modéré. Du moins les féminins en a (â), dont la
caractéristique, il est vrai, coïncidait avec celle des mots romans,
conservent fidèlement leur genre. Agalstra, alansa, anka,
bara, barta, biga, binta, borta, brecha, brunja, duahila,
fedara, fêhida, gelda, halla, hâra, herda, hiza, hosa, hutta,
îwa, kripfa, lippa (angl.sax.), louba, marka, rîha, skalja,
skara, skella, skina, skolla, skûra, slahta, slinga, snepfa,
spanna, stupa, uohta, werra, wanga, wîsa, zarga, zeina
avec beaucoup d'autres sont restés féminins. Flanc, à la vérité,
s'écarte de hlancha, mais l'étymologie est incertaine (voy. mon
Dict. étym. s. v. flanco I), ital. albergo s'éloigne du féminin
heriberga, elso de helza, mais en norois herbergi et hilt sont
neutres et il serait possible que le v.h.allem. eût possédé des
formes semblables. L'ital. solcio du v.h.allem. sulza est peut-être
la seule déviation positive. — Un nombre important de
masculins et de neutres ont dû se plier aussi à la déclinaison
féminine en a, mais nous ne pouvons pas poursuivre ici plus loin
l'étude de cette question. — Le genre des mots empruntés à l'arabe
est en général déterminé soit matériellement par la terminaison,
soit abstraitement par la synonymie.

3. A propos du nombre, il n'y a à rapporter que ceci : les
substantifs latins qui sont exclusivement ou préférablement
usités au pluriel, se restreignent aussi généralement à ce nombre
dans les nouvelles langues. En voici des exemples : aquæ dans
le sens d'eaux thermales, franç. les eaux ; arma, prov. seulement
plur. armas, voy. LRom. ; bracæ, ital. brache, esp.
bragas, prov. brayas, v.franç. braies, sing. braca, esp.
braga etc. ; cani sc. capilli, esp. prov. canas, v.fr. chanes ;
deliciæ, ital. delizie etc. sing. delicia aussi roman ; exequiæ,
ital. essequie, esp. prov. exequias, franç. obsèques ; fauces,
ital. fauci, sing. faux, ital. foce, esp. hoz ; litteræ, ital.
lettera, v.esp. prov. letra, franç. lettre, partout sing. ; minaciæ,
ital. minaccia, esp. amenaza, prov. menassa, franç.
menace ; nares, ital. nari, prov. nars, val. nęri, sing. naris,
prov. nar, val. nare ; nuptiæ, ital. nozze, prov. nossas, fr.
noces et sing. noce ; sponsalia, esp. esponsales, esponsayas,
pr. esposalhas, ital. sing. sponsalio ; tenebræ, ital. tenebre,
esp. tinieblas, prov. tenebras, franç. ténèbres, sing. esp.
tiniebla. De plus, à la liste des mots qui en latin ne pouvaient
être employés qu'au pluriel, les différentes langues en ont ajouté
de nouveaux, en général sous l'influence de l'idée qu'ils expriment.
22Exemples : ital. birilli jeu de quilles, calzoni pantalons,
forbici ciseaux, sarte cordages, vanni pennes, viscere entrailles ;
esp. albricias étrennes, entrañas entrailles, tenazas
tenailles, tixeras ciseaux ; franç. décombres, entrailles = esp.
entranas, gens., mœurs, mouchettes. Ces mots et d'autres
possèdent parfois aussi un singulier avec une autre signification.
Voyez à ce sujet les grammaires.

1. Substantif italien

En raison des lois phoniques de cette langue, il ne reste pour
la déclinaison d'autres lettres que des voyelles. Le pluriel connaît
trois terminaisons : a, e, i. Les deux premières désignent partout
des féminins, la dernière des masculins aussi bien que des féminins.
Ces terminaisons, en leur qualité de signes grammaticaux importants,
sont traitées avec plus de ménagements, c'est-à-dire moins
facilement absorbées que lorsque leurs voyelles se rencontrent
ailleurs, par exemple même au singulier ; on peut bien prononcer
il color, mais on ne dirait pas bien, au moins en prose, i color
pour i colori. Des dialectes de la Haute-Italie, en négligeant cette
attention, ont laissé perdre la flexion du pluriel.

Les particules casuelles sont : gén. di (d'), dat. a (ad) ;
pour l'ablatif on a une préposition spéciale da, composé de de
ad
et d'un emploi très-ancien : da sancta déjà dans une inscription
romaine attribuée au Ve siècle Mur. Ant. II, 1011 ; à l'année
700 da vos ibid. V, 329 ; à l'année 718 terra da Cunichis III,
565 ; du même siècle da Bucina ad portum, Marin. 106. Le
roumanche aussi la possède sous la forme da ou dad.

Article.

tableau masc. | il | lo | fém. la | del | dello | della | al | allo | alla | la | plur. | i (li) | gli | le | dei | degli | delle | ai | agli | alle

en outre le soi-disant ablatif dal, dallo, dalla, pl. dai, dagli,
dalle . — Remarque. 1) On emploie il seulement devant les
consonnes, excepté s impure (tome I, 325), et ce n'est tout au
plus qu'aux poètes que son emploi est concédé devant cette dernière,
23comme dans disse il Spagnuol Orl. 12, 40. El pour il
(de là les formes del nel) se trouve encore dans d'anciens manuscrits,
voy. les remarques d'Ubaldini sur Barberino. Ello ella,
elli elle aussi ont existé, comme nous l'avons observé p. 12 116.
On abrège ordinairement le plur. dei, ai en de', a'. — 2) Lo,
autrefois de l'usage le plus général (lo cavallo, gli cavalli), n'est
maintenant appliqué que devant une voyelle ou une s impure ;
dans le premier cas sa voyelle est élidée et apostrophée (ital. apostrofato) :
l'anno, lo spirito, plur. gli anni (non pas gl'anni,
mais bien gl'innamorati, c'est-à-dire devant i), gli spiriti.
On dit aussi pour i dei (sing. il dio) gli dei qui procède, d'après
Blanc Gramm. p. 171, de gl'iddii. Il est de même d'usage de
mettre lo devant z : lo zio, gli zii ; de plus lorsque per précède
immédiatement, comme dans per lo mondo, mais per il mondo
et pel mondo sont également usités. — 3) La forme du pluriel
li est vieillie et à peine encore employée dans la chronologie,
comme li 12 Marzo. — 4) La devant une voyelle est également
apostrophé, mais le plur. le ne l'est généralement pas, excepté
devant e : l'anima, le anime, l'erbe. — 5) L'union de l'article
avec les prépositions con, in, per, su, produit les combinaisons
suivantes : a) col, coi co' ; collo, cogli ; colla, colle ; b) nel,
(pour in il, comme nemico pour inimico), nei ne' ; nello,
negli ; nella, nelle ; c) pel, pei pe' ; pegli (mais point de pello,
pella, pelle ) ; d) sul, sui su' (sulli) ; sullo, sugli ; sulla, sulle.
Mais on emploie aussi con lo, con la, con gli, con le, per il ;
in lo, in la, in gli, in le sont vieillis. Fra et tra sont traités
comme su, on écrit cependant fra'l, fra lo, fra gli, fra la
et de la même manière tra'l etc. — L'article indéfini est : masc.
un, di un (d'un), ad un, da un ; fém. una etc. Devant s
impure
on emploie uno pour un, ce dernier ne se trouve en
cette circonstance que chez les poètes et rarement : un spirto
Inf
. 9, 28, un stizzo 13, 40, un scudier Orl. 5, 76.24

Déclinaison.

tableau ann-o, legn-o | ann-i, legn-a (i) | fior-e | fîor-i. | sing. coron-a, poet-a | plur. coron-e, poet-i

Ire Déclinaison. — 1) A la première classe n'appartiennent
que des féminins. La terminaison ca fait au plur. che, ga de
même ghe : amica amiche, lega leghe, on n'a pas amice malgré
le lat. amicæ. — 2) A la deuxième classe n'appartiennent que
des masculins comme duca duchi, papa papi, profeta profeti,
aussi poema poemi et tous les neutres de la troisième
déclinaison qui ont été transportés ici. Des pluriels en e, comme
profete, naute, sont poétiques et vieillis. — 3) Les noms personnels
des deux genres se distinguent au pluriel par la terminaison :
il fraticida i fraticidi, la fraticida le fraticide ;
de même artista, idiota etc.

IIe Déclinaison. — 1) Du singulier co se développe le plur.
ci (non pas chi) dans amico avec inimico ou nemico, canonico,
cantico, cattolico, cherico (clericus), chimico, eretico,
Greco, laico, mantaco (mantica), medico, porco, sindico,
vico ; ci et chi existent l'un à côté de l'autre dans bilico (umbilicus),
fisico, istorico, mendico, monaco, musico, portico,
traffico et d'autres ; chi seul dans arco, fico, fuoco, giuoco,
surtout après c ou s, comme dans bajocco, arbusco, tossico
tosco
, et lorsque c est sorti de q ou ch, comme dans antico,
parocco (parochus), enfin dans des mots nouveaux : catafalco,
fianco, fondaco, risico, siniscalco et quelques autres. —
2) Le sing. go a au plur. ghi : lago laghi, luogo luoghi, mago
maghi
, gi seulement dans asparago ; gi et ghi sont employés
dans les composés avec fago et logo : sarcofago, astrologo
et un petit nombre d'autres. — 3) Quelques mots en ello ont
chez les poètes à côté du pluriel régulier un pluriel en ei, certains
d'entre eux en emploient encore un autre en egli devant les
voyelles et s impure : augelli augei (auge'), fratelli fratei,
capelli capei capegli. On trouve de même cavalli cavai, et la
terminaison ali s'abrège aussi dans beaucoup de mots en ai, oli
en oi : animali animai, figliuoli figliuoi. — 4) La terminaison
jo décline le plur. en i, la terminaison io avec i atone en j :
acciajo acciai, studio studj. Mais io ne peut donner que ii
(oblio oblii). Au reste j est aujourd'hui vieilli et rendu par i.
5) Dio a le plur. dei ; une inscription romaine donne déjà
deis pour diis (Grut. in ind. gramm. : e pro i) ; uomo (homo)
fait uomini. — 6) La deuxième classe de cette déclinaison
25comprend surtout des neutres latins, ce qui en explique suffisamment
la flexion. Elle est traitée au pluriel comme féminine,
en contradiction avec l'usage roman de donner aux anciens
neutres le genre masculin. On a probablement dit d'abord au
plur. la prata pour illa prata ; en roumanche, cette forme de
l'article s'est conservée dans les mêmes circonstances, car des
sing. ilg bratsch, chiern, dett, iess, prau on fait les plur. la
bratscha
, corna, detta, ossa, prada. Plus tard on se décida,
de même que pour beaucoup d'autres neutres passés à la première
déclinaison (p. 19), pour le genre féminin, sans toutefois
corriger prata en prate, car un singulier approprié faisait ici
défaut. De quelque façon du reste que ce fait se soit produit, la
terminaison a du pluriel en italien et en roumanche reste comme
un débris précieux de l'ancienne flexion neutre, à côté duquel la
flexion masculine (i prati) est aussi généralement usitée ; cependant
les formes sont souvent séparées par le sens. Les mots les
plus importants sont : a) tirés de neutres :braccio (bracchium),
calcagno (calcaneum), carro (carrum dans les Auct. bell.
hisp.
), centinajo (centenarium), cervello (cerebellum), ciglio
(cilium), corno, cuojo (corium), demonio (dæmonium),
fato, filo, gesto, ginocchio (geniculum), gomito (cubitum),
grano, labbro, legno, lenzuolo (linteolum), letto (lectum
Pand
.), membro, miglio (mille, millia), migliajo (milliarium),
moggio (modium Caton), mulino (molinum sc. saxum),
osso (ossum tome I, 17), pajo (par, paria), peccato, pomo,
prato, ubero, uovo, uscio (ostium), vasello (vas), vestigio,
viscera (pl. num.) ; composés avec mentum : comanda-, fila-,
fonda-, mo-, piaci-, sagra-, senti-, vestimento. b) de masculins :
anello, budello (botulus), cerchio (circulus), cogno
(congius), coltello, dito (digitus), fastello (de fascis), frutto,
fuso, martello (martulus), meriggio (meridies), muro,
pugno, riso, sacco, stajo (sextarius), tuorlo (torulus).
c) de féminins : orecchio (auricula), tino (tina). d) des mots
nouveaux : ditello, grido, guscio, quadrello, rubbio, strido .
Parmi les mots cités, centinajo, cuojo, miglio, migliajo,
moggio, pajo, stajo, ubero, uovo ne reconnaissent que la
flexion en a ; d'autres ne sont plus employés avec cette flexion. —
7) L'ancien italien avait en outre un pluriel en ora, formé, comme
on peut l'admettre, du lat. ora ou era ; ainsi dans corpo, lato,
lito, tempo, mais aussi dans d'autres mots, en partie étrangers :
ago (acus), arco, borgo, campo, elmo, fuoco, frutto,
grado, grano, luogo, nerbo, nodo, orto, palco, poggio,
26prato, ramo, senso, tetto, aussi nome de la troisième déclinaison,
plur. corpora, latora etc. Ainsi chez des écrivains du
moyen âge, surtout chez des Lombards, arcora (déjà au
Ve siècle. Marin, p. 364), bandora, fundora, lacora, nemora,
nervora, rivora, roncora, tectora, waldora (forêts), comp.
DC. v. arcora.

IIIe Déclinaison. — Il faut remarquer moglie (mulier), plur.
mogli et l'anomal bue, arch. bove (bos), plur. buoi.

Indéclinables. — Ce sont : 1) Tous les mots avec la voyelle
finale accentuée, qui sont ou des mots latins tronqués, comme
città de cittade, re de rege, piè de piede, di de dia, virtù de
virtude, ou des mots étrangers comme baccalà, bascià, caffè,
falò (franç. falot), tribù. 2) Ceux en i et ie : crisi, tesi, specie,
temperie.

Parmi les dialectes, ceux de la Sardaigne se présentent avec
une originalité toute particulière : ils s'écartent complètement pour
cette partie de la grammaire du type italien et se rattachent à l'espagnol.
Ils remplacent l'article commun à tout le domaine roman
ille par ipse (p. ex. Choix I, 47, 48). Le dialecte de Logudoro
a : masc. sing. isu, généralement su (s'), de su, a su, plur. sos,
de sos, a sos ; fém. sing. sa (s'), plur. sas. Celui de Campidano :
sing. comme le premier, mais plur. masc. et fém. is,
de is, a is probablement abrégés de ipsi ipsæ. La finale a du
substantif fait au plur. as, u fait os, e et i font es, us = lat. us
de la troisième déclinaison fait os, par ex. vida vidas, fizu
fizos
(lat. filios), monte montes, candaleri candaleris,
tempus tempos , cela en dialecte de Logudoro ; dans celui de
Campidano on prononce au plur. us pour os et is pour es. Il n'y
a pas de pluriels en a : aneddu (ital. anello) p. ex. a seulement
aneddos ; le seul mot paju forme avec a le plur. pajas = ital.
pajo paja.

2. Substantif espagnol.

Particules casuelles : gen . de, dat. á ; l'ancienne langue
seule se permet d'apostropher l'e de de.

Article.

tableau masc. | el | fém. | la | neutre | lo | del | de la | de lo | al á la | á lo | plur. | los | las27

tableau de los | de las | à los á las | los | las

Dans certaines circonstances, le datif remplit aussi la fonction
de l'accusatif, ce dont il sera question dans la syntaxe. — On doit
observer : 1) L'article neutre est une acquisition propre à cette
langue : elle ne l'emploie toutefois qu'avec l'adjectif abstrait
élevé à la qualité de substantif : lo bueno, lo grande, lo
mejor
, lo mio. Lo pour el se trouve chez les anciens, notamment
en dialecte léonais, p. ex. lo lazo Alx. 789, con l'infant
158, l'arenal Rz. 160 etc. et réuni à des prépositions (voy.
n. 3). — 2) L'élision de la terminaison féminine n'est pas
devenue usuelle. Pour écarter l'hiatus, on échange la devant a
contre el sans toucher au genre : el agua, el aguila, el ala, el
alba
, el alma, el ave , pl. las aguas etc. Cet emploi de l'article
masculin, qui autrefois avait lieu aussi devant d'autres voyelles
(el esperanza, el hora), est toutefois loin d'être toléré devant
tous les féminins commençant par un a. L'usage d'el, devant
les mots féminins n'est dû à autre chose, d'après l'explication
de Delius, Jahrb. IX, 95, qu'à une élision de l'a dans l'ancienne
forme ela (voy. plus haut p. 12) : el aguila pour el' aguila. —
3) La fusion avec des prépositions, aujourd'hui inconnue, était
usitée autrefois, plus il est vrai dans un dialecte que dans l'autre :
on disait enno (= enlo) pecado FJ. XIa, ennos prelados Va,
enna cibdat Ia, conna obediencia (= con la) Bc. Sil. 119 et
souvent, sol escaño (= so el) PC. 2297, polla rancura
(= por la) Alx. 1279 et d'autres semblables. Gil Vicente écrit
aussi à la façon portugaise nel et de même naquel, naqueste.
L'enclise de l'article après des mots d'une autre nature, comme
dans quandol polvo, est également vieillie. — L'article indéfini
est un, fém. una (de un, á un etc.).

La déclinaison ne connaît au pluriel aucune autre caractéristique
que s :

tableau añ-o | añ-os | sing. | coron-a | plur. | coron-as | cort-e, flor, jabali | cort-es, flor-es, jabali-es

Ire Déclinaison. — Les masculins conservent, en contradiction
avec le procédé italien, leur a au pluriel : poeta poetas, poema
poemas
.

IIe Déclinaison. — Quelques mots de la quatrième déclinaison
latine mettent la finale u pour o : espiritu, impetu, tribu,
plur. espiritus etc. Le premier, mot ecclésiastique, a pu être
28conservé dans cette forme grâce au lat. spiritus, les autres n'appartiennent
pas à l'ancien vocabulaire roman. Un des premiers
exemples du plur. os est : villa quæ ab antiquis vocabatur
santos medianos
, Esp. sagr. XXXVII, 335 (IXe siècle).

IIIe Déclinaison. — 1) Elle comprend maintenant, outre la
terminaison e, toutes les terminaisons consonantiques, comme
ciudad ciudades, mies mieses, rey reyes, même lorsque le
mot, comme diós, mal, apóstol, a primitivement appartenu à
la deuxième (les anciens disaient encore dío, plur. díos Alx.
212, 252 etc., malo, apostolo), ensuite les mots étrangers avec
la voyelle finale accentuée, comme albald albalaes, alelí
alelies
, biricú biricues. — 2) Pié a pies et non piées (v.esp.
piede piedes), maravedi a maravedis maravedies maravedises 117,
canapé canapes, café cafes. — 3) Le v.esp. res (res
mala
Bc. Mill. 8 etc.) a en général à l'acc. sing. ren. —
4) Une règle orthographique veut que z passe à ces et d'après
une nouvelle prescription x à ges : perdiz perdices, relox
reloges
.

Indéclinables. Ce sont les terminaisons atones es et is,
comme dans lunes, hipótesis.

3. Substantif portugais.

Particules casuelles : gén. de, dat. a. La première ne perd
sa voyelle que lorsqu'elle est placée devant certains pronoms
et alors elle se fond avec eux : desse pour de esse ; cependant
elle est aussi abrégée de cette manière devant d'autres mots.

Article.

tableau masc. | o | fém. | a | do da | ao á | o a | plur. | os as | dos das | aos ás

Remarque. — 1) Cet article a l'air d'avoir quelque chose de particulier,
presque d'anti-roman ; on ne peut cependant contester
qu'il ait été autrefois identique à l'article espagnol, c'est-à-dire :
masc. el, lo (de lo, a lo, pl. los, de los, a los), fém. la et que
29lo, la se soient abrégés par aphérèse en o, a, accident qui s'est
produit aussi en napolitain. Voici des exemples : el rei FSant
574 118, a los alcaldes FGuard. 410, sobre lo pam FBej.
474, sobre los santos FSant. 571, sobre lha alçada FGuard.
437, sobre lhas causas id. 451, todolos 586, todalas FTorr.
626 et le groupe pelo pour per lo encore usité aujourd'hui
(d'autres exemples dans le Choix VI, 12). On trouve employé en
galicien el à côté de o. Au reste, la forme actuelle remonte très-haut,
on la trouve par ex. dans une charte de l'an 1207 Esp.
sagr
. XLI, 351 ; les deux formes vécurent ainsi pendant un certain
temps l'une à côté de l'autre. — 2) Les anciens poètes et aujourd'hui
encore la langue familière abrègent ao et aos en ó et ós 219. Au lieu
de á et ás on écrivait aussi autrefois aa, aas. — 3) La fusion
avec les prépositions s'opère comme en italien ; avec em : no nos,
na nas ; avec por : pelo pela, pelos pelas ; avec com : co'o,
co'os. L'ancienne langue offre pour no aussi en o et même em
no
 : en a vila FTorr. 637, en a sa devida FGuard. 445,
em na vila FBej. 496 ; pour pelo aussi per lo : per lo anno
FGrav
. 389, per lo marco SRos. II, 118, et pollo : pollo
amor FGuard
. 435 ; pour co'o aussi com no : com no
alcayde FGrav
. 379, com no escriban FGuard. 431, fém.
com na palma FMart. 584. Em no, com no sont évidemment
pour em lo, com lo et peuvent servir à confirmer l'existence
antérieure de lo. — L'article indéfini est hum (), fém. huma
(hũa), gén. de hum, de huma (d'hum, d'huma), dat. a hum,
a huma, unis avec em : n'hum, n'huma ; même avec com :
c'hum, c'huma. Les anciens écrivaient aussi um sans l'h qui
a été réintroduite de nos jours.

Dans la déclinaison, les sons nasaux et la syncope créent
quelques difficultés (voy. t. I, p. 356). Voici le tableau de la
flexion régulière :

tableau sing. | coro-a | ann-o | cort-e, flor, javali. | plur. | coro-as | ann-os | cort-es, flor-es, javalis.30

Ire Déclinaison. — 1) Les masculins se comportent comme en
espagnol : poeta poetas, poema poemas. — 2) Les mots contractés,
comme (lana), (rana), prennent au pluriel simplement
une s : las, ras ; toutefois on écrit aussi lãa lãas, rãa
rãas
et lans, rans.

IIe Déclinaison. — 1) La terminaison ão (anc. am), en tant
qu'elle répond à l'esp. ano, appartient à cette déclinaison et a
le pluriel régulier ãos : aldeão, christão, grão, irmão, mão,
villão = esp. aldeano, christiano, grano, hermano, mano,
villano, plur. aldeãos etc. — 2) Si l'o de la flexion tombe au
singulier, il manque aussi au pluriel, ainsi avô pour avo-o (esp.
abuelo de avus), plur. avôs pour avo-os. C'est ainsi que l'esp.
abuela est ici avó pour avo-a, plur. avós pour avo-as, par
conséquent comme le masc. avô (voy. la déclinaison suivante).

IIIe Déclinaison. — 1) Les mots terminés par l élident cette
liquide au pluriel, parce qu'elle se trouve alors placée entre deux
voyelles (t. I, p. 190) de la manière suivante : al devient aes,
el eis, il is, ol oes, ul ues , par ex. official offlciaes, batel
bateis
, buril buris, sol soes, taful tafues, excepté mal
males
, consul consules. — 2) La terminaison ão (am) forme le
pluriel de différentes manières : a) en ães (aens) lorsqu'elle
répond à l'esp. an, dans lequel cas elle comprend parfois des mots
qui sont originairement de la deuxième déclinaison : capellão,
capitão, escrivão, gaveão, cão, pão = esp. capellan, capitan,
escriban, gavilan, can, pan, plur. capellães etc. b) en
ões, lorsque ão (que les anciens écrivaient aussi om) répond à
l'esp. on : coração, peão, ração = esp. corazon, peon,
razon . — 3) La terminaison m se change après e, i, o, u en
ns (après a elle donne le ão ci-dessus traité) : homem, jardim,
som, jejum, plur. homẽns homẽes, jejuns jejũus. —
4) Appendix, index ont au plur. appendices, indices ; deos
(deus) a deoses. Z se change partout au pluriel en ces : caliz
calices
. — 5) Les mots terminés par une voyelle accentuée ou
une diphthongue prennent s au lieu de es : pé pés, javali
javalis
, (mulus) mús, pai (pater) pais, mãi (mater)
mãis, lei leis, rei reis, boi (bos) bois.

Indéclinables. Ce sont alféres, ouríves (aurifex) ; plur.
alférezes, ourívezes ou ourivéis qui est vieilli.

4. Substantif provençal 120.

Particules casuelles : de, a, comme en espagnol ; pour a
31on trouve souvent az et aussi ad. Le manuscrit 7614 connaît
da pour de : nom part da vos M. 45, 4 ; dal cor nom poc
partir
70, 1 etc. ; on le trouve encore dans Bartsch, Chr. pr.
96, 2. 227, 18.

L'article fléchit comme suit :

tableau masc. | lo | fém. | la, il (li) | del | de la, del | al | a la, al | la, il | plur. | li, il (los) | las | dels | de las | als | a las | los

Remarque. — 1) Ces formes sont celles qu'emploient les troubadours.
Dans le Boèce, le plus important des anciens textes, la
flexion est la suivante :

tableau masc. nom. acc. | lo | fém. | la | plur. nom. | li | las | acc. | los

Le fragment de l'Evangile de Jean éd. Hofm. s'écarte un peu
plus du premier tableau : nom. sing. lo, gén. del, deu, dat. al, au,
acc. lo, nom. pl. los, gén. deuz, dat. auz, acc. los. Fém. la etc.
Le ms. de Limoges aussi résout l en u : lo, deu, al, lo (li manque),
deus, aus, los. Fém. la etc. Une charte de Valence de la seconde
moitié du XIIe siècle, où les formes provençales prédominent,
décline : nom. sing. le, acc. lo, nom. pl. li, acc. los ; fém. nom.
sing. la, li, acc. la, pl. las, las (P. Meyer) et ne s'écarte donc
pas sensiblement du paradigme. — 2) Lo perd sa voyelle devant
une autre ; ainsi transformé (l, plur. ls), il s'appuie sur une
voyelle précédente (moins volontiers sur une diphthongue), par
ex. jal jorn, jals jorns, als auzels (franç. il a les oiseaux),
vils cavalliers (il vit les chevaliers), dans Boèce : el eral
meler 36, avial cor dolent 101 121. Cependant l'enclise peut
aussi ne pas avoir lieu : el dous esguar e lo clar vis Choix
32III, 44 122. — 3) Lo a été affaibli dans certains dialectes en le,
plur. les. Dans quelques manuscrits la forme affaiblie n'apparaît
qu'au nominatif, l'accusatif conserve lo, voy. Raynouard sur
Flamenca (Notices des mss. XIII). — 4) La vraie forme du nom.
plur. masc. est li (de illi), par ex. li baró, li amic ou aussi
l'amic, Boèce 209 l'eschaló. Pour ce li, on remarque aussi,
devant dés mots qui ont une s de flexion, des exemples de la forme
accusative los, comme dans los lairós, los bes (pour li be), non pas
los lairó, los be, car les deux flexions seraient en contradiction.
Los Turc ni li Persan Choix V, 308, els cavallier Jfr. 62b,
90b, els destrier GA. 4637 sont de mauvaises orthographes. —
5) Outre li, ilh ou il est aussi usité devant les consonnes comme
devant les voyelles, mais généralement après une voyelle sur
laquelle il s'appuie : eil crit eil masan IV, 189, queill avinen
trobador
54, elh befag eilh jauzimen B. p. 80, com fan il
estrumen LR
. I, 567 a. — 6) Des, as pour dels, als est rare
et n'est pas proprement provençal. — 7) La s'abrège d'ordinaire
devant les voyelles en l' ; ce n'est nécessaire que devant a,
par ex. l'arma et non la arma, voy. Leys II, 136, Altrom.
Sprachd
. 52. — 8) Le deuxième article féminin (ne se trouve pas
dans Boèce) ilh ou il, formes qui diffèrent peut-être seulement
par l'orthographe l pour lh, manque de pluriel ; l se trouve aussi
après des voyelles : ill cortezia, ilh fllha, quel gota, s'il
belha, el sciensa, mostral passions ; gén. del vescontessa
GRiq., dat. al cima POcc. 143, al fon LR. I, 157a (ces deux
derniers cas sont rares). — 9) Une troisième forme féminine li
33pour le nom. sing. est employée dans quelques textes : li colors,
li ora Flam., li caramida LR . I, 574 (S. Honor.), li luna,
li estela, GOcc . 63, 95 (Nov. Test.), li fis, li sala GO. 255,
274 (Beda), li dezenapart Cout. d'Alais 1, 41. Les Leys II,
122 condamnent cette forme. — 10) Les contractions avec des
prépositions sont el pour en lo (déjà dans Boècé), pel pour
per lo, sul pour sus lo, plur. els (Boèce euz), pels, suls. —
L'article indéfini est masc. us, d'un, a un, un ; fém. una,
d'una, a una ; devant les consonnes on a aussi u pour un.

La déclinaison du substantif sépare autant que possible le
cas direct des cas obliques qui, ainsi que nous l'avons vu,
se confondent tous dans la forme de l'accusatif. Les différentes
déclinaisons sont :

tableau sing. nom. | coron-a | an-s | flor-s | acc. | an | flor | plur. nom. | coron-as

Ie Déclinaison 123. — Les masculins en a avec un sens personnel
ont, d'après la doctrine des grammairiens, au nom. plur. a, par
ex. li artista Brev. d'am. I, 133, li propheta, li papa
GProv
. 8, Leys II, 158, à l'acc. naturellement as. Dia (lat.
dies) comme masc. a dû avoir au nom. plur. li dia, on trouve
même le nom. sing. dias III, 57, M. 368, 3.

IIe Déclinaison. — 1) Elle comprend : a) les mots de la
deuxième et quatrième en er, us, um, u : libres Boèce, dieus,
fruitz (tz pour ts comme partout dans cette langue), jocs, rius
(rivus), aurs, cels, fres (frenum), gaugz (gaudium), corns,
gels, b) Les masculins et les neutres de la troisième, non sans
exceptions pour les premiers : abrils, bous (bos), herés, leós
(leo), mons, pans (panis), reis (rex), cors (cor), flums,
lums, noms ; plur. bou, mon etc., dans Boèce par (pares)
63, jove (juvenes) 1, parent (parentes) 142, eschaló 209.
Les infinitifs employés substantivement appartiennent aussi à
cette déclinaison, par ex. chantars Choix III, 56, avers Boèce
134, dormirs Choix III, 200, lo beures de l'aiga LR. II,
217, nostre viures Choix IV, 110. — 2) Des raisons phonétiques
exigent quelquefois la finale es au lieu de s ; ainsi dans
arbr-es, articl-es, diabl-es, liur-es, pobl-es, et pobols
34(populus), sompn-es (somnus), acc. arbre etc. (ainsi la même
intercalation d'une voyelle auxiliaire que dans le lat. acer pour
acr, dans l'allem. Peter pour Petr, sauer pour saur). Le lat.
clericus donne clergues clercs, monachus donne monges
morgues
(non pas morcx), acc. monge morgue ; episcopus
bisbes
(non pas bisps), acc. bisbe. — 3) Divers noms de
personnes fléchissent au nom. es, à l'acc. avec l'accent on, ó,
par ex. Karles Karló, Peires Peiró, d'après le lat. Carolus
Carolum
, Petrus Petrum, dans la Pass. du Christ. Petdres
Petdrun
, dans une charte latine du XIe siècle : tu Petrus
suprascriptus
, a te Petrone suprascripto Choix II, 54 ;
Alixandre fil Filipon B. 92.

IIIe Déclinaison. — 1) Elle comprend surtout des féminins ou
des masculins et des neutres passés au féminin, comme artz,
cortz, gens, leis (lex), naus (navis), nueitz (nox), pels
(pellis), vertatz, vertutz, carns, dolors Boèce, onors ibid.,
flors, dens, fons, mars (mare) qui proviennent tous, même
gens, dens, fons (pour gent-s, dent-s, font-s), du cas oblique.
Res a à l'acc. ren, re, mais avec le sens pronominal il n'est
souvent pas décliné : d'una res pour d'una ren. — 2) Une
flexion spéciale, inconnue aux langues du sud et de l'est, et qui est
tirée de la troisième déclinaison latine, comprend ici les mots
avec accent mobile presque tous masculins dont un certain
nombre sont imparisyllabiques (c'est-à-dire ont au cas oblique
une syllabe de plus qu'au cas direct). A cette classe appartiennent :
a) Ceux qui sont fondés sur les terminaisons tor
toris
comme emperáire, peccáire, senáire, bevéire, servíre,
autre (Flam. 2740 avec Tobler), léctre, pástre, sártre,
trácher, acc. emperadór, peccadór, senadór, bevedór,
servidór, auctór, lectór, pastór, sartór, trachór, nom.
plur. de même emperadór etc., acc. emperadórs. Des flexions
ou des orthographes comme : nom. sing. emperaires, nom.
plur. emperadórs sont moins correctes. Des exemples du nom.
plur. or, tous à la rime, se trouvent par ex. Choix III, 46. 51.
89. 304. IV, 104. 255. 256. 307. 402. PO. 4. b) Sur le latin
o onis se règlent généralement bar (baro), acc. baró, nom.
plur. baró, acc. barós ; companhs (companio*), companhon
GProv
. 79 ; drac (draco), dragó LR. I, 557 ; falc (falco),
falcó Choix V, 129 ; laire (latro), lairó ; on a eu aussi sans
doute une forme primitive léo (léu dans le fragment de
l'Alexandre) leó ; il ne manque cependant pas de formes divergentes
comme : nom. sing. bars, dracx (usité), falcx (de m.),
35nom. plur. lairós III, 55. Fel aussi aime l'acc. feló Pass. du
Christ
. 21. 55. 20. 70, GRoss. 2949. 5517. Vidal cite encore
baile bailon, gars garson, catz chaton, ce dernier à tort
assurément. A cette classe appartiennent encore beaucoup de
noms de personnes et de peuples, comme Aimes Aimó (Aimenó
GRoss
. 3399), Bos Bosó, Bretz Bretó, Drauges Braugó,
Ebles Ebló, Folques Folcó, Gui Guió, Odils Odiló, Uc
Ugues Ugó
(dans Nithard 3, 27 sans o Huc Hugonis). c)
Mots isolés : sénher séndre, acc. senhór, nom. plur. senhor,
acc. senhors ; plus, nom. plur. plusor, acc. plusors et de
même les autres comparatifs, comme dans Boèce déjà : nom.
plur. peior 21, nuallor 210 ; neps, acc. nebót, souvent dans
Jaufre ; ábas G A. 3317, acc. abát, nom. plur. abát GRoss.
2482 (abbas IV, 345), acc. abátz. Le fém. sor (soror) a l'acc.
seror (sor IV, 251), plur. serors. — 3) On voit que le provençal
impose souvent au nominatif singulier une s non latine,
comme dans le dracs ci-dessus cité, il en fait autant dans
libres, onors 124 etc. A l'inverse l's fait quelquefois défaut là où
la langue mère ne la présente pas non plus. A cette classe
appartiennent les neutres primitifs en ium de la deuxième déclinaison
qui se passent pour la plupart de l's : benefici, breviari,
misteri, monasteri etc. ; plus encore ceux en aticum, pr. atge
comme viatge ; Faidit cite maiestre, prestre et d'autres.
De la troisième déclinaison (excepté ceux à accent mobile) om,
acc. ome, nom. plur. ome, acc. omes, dans Boèce omne,
omnes, dans le fragment d'Alexandre acc. sing. omen ;
paire, nom. plur. paire, quelquefois paires ; de même fraire ;
maire, plur. seulement maires. Molher (mulier) aussi est plus
usité que molhers, mar (mare) s'emploie à côté de mars, auctor,
par ex. Choix III, 9. 54 pour auctors et de même d'autres en
or. D'après les Leys II, 176 cor, ga (franç. gué), gra (degré),
or, ser (franç. soir) ne prenaient pas d's, mais la pratique les
contredit.

Le fait que parmi les mots qui omettent souvent l's critique
du nominatif singulier il se trouve beaucoup de neutres primitifs
n'autorise toutefois pas encore à conclure à une persistance
36même fragmentaire du neutre dans la classe des substantifs. Si
un certain sentiment du genre neutre s'était perpétué, comme
il est arrivé pour l'adjectif, on n'aurait bien sûr pas manqué
de construire de tels mots avec l'adjectif neutre (bel es lo
viatge
), ce qui n'a pas eu lieu. Uc Faidit déclare formellement
à la première page de sa grammaire qu'on dit dans la langue
vulgaire : grans es lo mals = lat. malum, grans es lo bes
= lat. bonum, parce qu'on traite les neutres latins comme
s'ils étaient masculins 125.

Il reste encore quelques points à observer au sujet du traitement
de la finale du radical ou de ses rapports avec la lettre de
flexion. 1) Devant l's de flexion on rejette plus rarement des
consonnes qu'en vieux français (comp. plus bas). Cela se présente
par exemple dans cers pour cervs (cervus), acc. cerf ;
dans sers pour servs (servus), acc. serf ; dans mons pour
monts, acc. mon (devant les voyelles plutôt mont), le lat.
mons aussi est pour monts ; dans herés pour hereds, acc.
hered ; dans coms pour comts, acc. comte. 2) Si l's de flexion
est précédée d'un c, elle se change ordinairement en x ; est-elle
précédée d'un t, elle se change en z : ainsi locx pour locs,
virtutz pour virtuts. Dans la terminaison dure stz, la première
sifflante est rejetée, voy. tome I, p. 378 (pourtant estz du lat.
istos se maintient).

Le vocatif n'est pas un cas oblique, il faut s'attendre à ce
qu'il s'en tienne à la forme du nominatif. Il le fait dans Boèce,
mais seulement dans le sing. morz 130, non dans le plur.
enfants 20 qui peut difficilement être pris pour un singulier.
La Pass. du Chr. a : sing. amicx, deus, vers (verus),
rex, ainsi de pures formes nominatives. Le manuscrit de
Limoges a deus Choix II, 134. Dans Guill. de Poitiers on
trouve (à la rime) dom pelegrin V, 118. Dans Bern. de Ventadour
(également à la rime) messatgiers sing. III, 88, seignors
plur. M. 348, 3, senhor III, 88 (d'après R. Vidal
GProv. 76 plur.), ibid. senhor III, 51. Raimon Vidal donne
p. 74 la règle que l's appartient au voc. sing. des masculins, tandis
37qu'elle manque au pluriel, et les Leys II, 106. 154. 210 sont sur
ce point d'accord avec lui. Les masculins en aire et eire aussi
ont d'après Faidit p. 6 la même forme au vocatif et non pas
ador, edor, cependant la pratique est en contradiction dans
beaucoup de circonstances. Mais deus, vocatif déjà assuré par
le latin, n'a pas dû être facilement échangé contre deu.

Il reste à observer des indéclinables 126. Ainsi les mots dont
le radical ou le suffixe se termine en latin par s, ç ou ti ne sont
pas susceptibles de recevoir l's et demeurent en conséquence sans
aucune flexion. Exemples de la deuxième et quatrième latines :
nas, ors (ursus), ris, pretz, sens, vers, vis, us ; de la troisième :
fais (fascem), mes (mensem), peis (piscem), raïtz
(radicem), soritz (soricem), emperairitz. Mais souvent,
surtout chez les prosateurs, on ajoute à de tels mots au pluriel
la syllabe es : vers-es Choix V, 70, faiss-es GO. 209b,
peiss-es ibid. 208 b, bras-es Jfr. 108 b, pour vers, fais, peis,
bras. Dans les neutres en us aussi l's est regardée comme
appartenant au radical : cors, latz, ops, peitz, tems, acc. de
même, non pas cor, lat, op, peit, temp. Le composé midons
fém. (proprement meus dominus), qui reste infléchi, constitue
un cas spécial. Quelques autres encore se comportent de même,
comme fons (fundus), lis (lilium), acc. à peine li, de même
ros dont l'acc. n'est pas ror, comp. GA. 3784, 6588. Laus
aussi n'est souvent pas fléchi 227.

On croira sans peine que la règle de l's de flexion n'avait
pas échappé aux anciens grammairiens provençaux. On connaît
le passage d'Uc Faidit : no se pot conoisser ni triar l'accusatius
del nominatiu
, si no per zo quel nominatius
singulars
, quan es masculis, vol s en la fi e li autre cas
nol volen
 ; el nominatius plurals nol vol e tuit li altre
cas volen lo en lo plural
. Si l'on observe les plus anciens
textes, on voit, dans Boèce par exemple, cette règle, bien
qu'instinctivement encore, appliquée avec rigueur ; une seule
exception a peu d'importance. Le fragment semi-provençal
38d'Alexandre, d'une étendue bien moindre, ne paraît pas l'enfreindre.
La Pass. du Chr. est beaucoup moins scrupuleuse.
Les troubadours connaissaient et observaient la règle de flexion
dont il s'agit plus ou moins exactement, ainsi qu'il appert des
rimes, car dans la langue familière, du moins au temps de
R. Vidal, elle n'avait plus de valeur : sitot hom dis per us pus
vengut es lo cavalier… vengut son los cavaliers GProv. 74.
Elle avait depuis longtemps disparu de la conscience de la
langue vers le milieu du XIVe siècle, quand elle fut à nouveau
scientifiquement restaurée dans les Leys d'amors. Voici ce qui
est certain : la distinction formelle du cas direct et de l'oblique
se manifeste clairement et dans quelques circonstances énergiquement,
de telle sorte qu'on n'a aucun motif suffisant pour n'y voir
qu'un dogme sans vie des grammairiens ou des scribes : elle a dû
bien plutôt se développer avec la langue elle-même. Qu'on prenne
un exemple : nom. Critz, acc. Crist. Le premier s'est formé
tout-à-fait en harmonie avec une forme verbale, cantetz = lat.
cantastis ou etz = estis. Un grammairien aurait-il touché aussi
juste ? Critz était la forme populaire, Cristz la forme savante. 128

En ce qui concerne maintenant les dialectes modernes,
l'article défini, comme on peut s'y attendre, n'est pas partout le
même ; on a par ex. en Provence : lou, dou (dau), au, lou, plur.
li, di, i, li, fém. la, de la, a la, plur. comme le masc. (à
Marseille : lei, dei, ei, lei) ; à Toulouse : masc. le, del, al, le,
plur. les, des, as, les, fém. la, plur. las ; mais on cherche en
vain l'ancien li ou il. Le pluriel des noms est partout marqué
par s ou es, aussi eis, par ex. en Languedoc : abro abros,
aoussel aousseles, mes meses ; mais cette s est muette, elle ne
se fait entendre que devant les voyelles.

L'article catalan déjà dans les plus anciens textes de ce dialecte
est : masc. sing. lo (l'), del (de l'), al (a l'), plur. los,
dels, als . El pour en lo paraît emprunté au provençal. On
trouve aussi à côté de lo l'esp. el, mais presque uniquement
après les voyelles, comme dans que el rey ou qu'el rey ; contra
el enemic
 ; el (= e el) compte ; à peine après les consonnes,
comme dans ce passage : de aquest rei foren tres fills, el rey
de Aragó En Père e'l comte de Prohensa
etc. Chr. d'Esclot
566 ; il semble qu'on ne le trouve jamais au commencement d'un
39paragraphe. Mais on emploie aussi bien lo après les voyelles,
ainsi : contra lo rey et contra el rey. L'article féminin est la,
de la, a la, dont l'a, même devant les voyelles, ne souffre pas
d'élision, comme dans la amor, pl. les, de les, a les. Un article
de l'ancien catalan masc. es, fém. ça, pl. ces est cité par Mila
y Fontanals, Jahrb. f. roman. Lit. V, 188, il est encore usité
aujourd'hui aux Baléares, et vient du lat. ipse, concordant ainsi
avec l'article sarde (p. 27).

Les substantifs en a ont au pluriel, de même que l'article
féminin, non pas as mais es, ainsi dona dones, filla filles ; la
langue paraît avoir échangé le pesant a pour une voyelle plus
légère, parce que le nombre était déjà assuré par l's. Toutes les
autres terminaisons reçoivent au pl. une s simple, non pas es, par
ex. altre altres, Moro Mores, fill fills, cap caps. L'n finale
tombée reparaît alors : cansó cansons, jove jovens ; hom a
homens. Les indéclinables, qui, en provençal, ajoutent es,
prennent ici généralement os : mes mesos, pres presos, vers
versos
. Quelque haut qu'on remonte, on ne trouve aucune trace
de flexion casuelle, car l's ajoutée quelquefois au nom. sing.,
et qui se montre aussi au cas oblique, est d'origine provençale.
De là vient qu'on ne trouve pas non plus d'accent mobile ;
monsényer par ex. est la forme de tous les cas.

5. Substantif français.

a) Ancien français.

Particules casuelles : gén. de, dat. a.

Article.

tableau masc. sing. | li, le (lo) | fém. | la, le, li | del dou | de la, de le | al, au, ou | a la, a le | lo, le | la, le | plur. | li (les) | les | des (dels) | as (als, aus) | les.

Remarque. — 1) Eulalie, le plus ancien texte qui connaisse
l'article, décline ainsi le masculin : nom. sing. li, acc. lo ; nom.
plur. manque, acc. les. Le Fragm. de Val. ne donne que l'acc.
sing. le (é le evangelio) et le nom. plur. li. Les sources bourguignonnes
les plus rapprochées de ces deux textes, telles que
Grégoire, Bernard, Job, qui ont aussi les formes du génitif et
du datif, donnent exactement comme eux :40

tableau sing. | li | plur. | del | des | al | as | lo (rarement le) | les | el pour en lo | es (pour en les).

C'est là le masculin dans sa forme primitive. Dans le Psautier
de la Bodléienne le pour li et lo est déjà assez usité. Les plus
anciennes sources normandes, telles que l'Alexis, les Lois de
Guillaume
, les Livres des Rois, ne s'écartent de ce tableau
qu'en tant qu'elles emploient aussi au nom. et acc. sing. souvent
le, ou comme Charlemagne lu. Des textes bourguignons un peu
postérieurs, comme G. de Viane, ont déjà au gén. et dat. sing.
les résolutions dou et au, tout en écrivant encore del et al, de
même ou pour rendre en le. Les formes picardes concordent
aussi à peu près, par ex. dans le Brandaine en prose : sing. li
(le), dou (de l'), ou, le, plur. li, des, as, les. — 2) La plus
ancienne forme du féminin diffère à peine de la forme actuelle :
la (bourg. aussi lai), de la, a la, la ; les, des, as, les. Mais
d'anciennes sources bourguignonnes emploient au nom. sing. la
forme très-divergente li, comme le provençal, Bernard par
ex. li honors, li raisuns, li et la chose, gén. de la ; Job
li irors
etc. Ce dernier texte emploie cependant surtout le : le
batailhe
, le pense, le oevre, le intension, qui est devenu en
picard, au moins au cas oblique, la forme régulière, comme me
pour ma : sing. li, de le, a le, le etc. 129. — 3) Lo comme nom.
masc. est une forme rare 230. Il se peut qu'elle ait été la plus
ancienne, de même qu'elle est aussi la forme provençale. Mais le
mot spécifiquement français est li, par l'introduction duquel la
langue a obtenu une distinction exacte du cas direct et de l'oblique,
du moins l'emploi de li comme accusatif (Orelli p. 25) semble une
déviation de la construction de l'ancien français. — 4) L'acc. le
est sorti de lo, comme je de jo, ce de ço. Certains dialectes ont
lu et lou. — 5) Pour al on trouve aussi el dans le Rom. de Rou
(Orelli p. 33). — 6) Les plur. masc. se comporte comme le pr.
los, c'est une forme accusative qui a peu à peu supplanté la
41forme meilleure li. — 7) On trouve quelques exemples de dels.
Als se rencontre, aus n'apparaît que plus tard. — 8) Le fém. li
est même employé au nom. et acc. plur., comp. Raynouard,
Observ. sur le rom. de Rou p. 45. — 9) La préposition en
en s'unissant à lo devient el, quelquefois eu, u, o, plur. els,
ens et es. Le plus ancien exemple de cette union est enl dans
Eulalie, avec conservation de l'n. — L'article indéfini est :
masc. uns, d'un, a un, un (écrit ung dans des sources postérieures) ;
fém. une etc.

La déclinaison va de compagnie avec celles du provençal ; les
différences résultent des lois phoniques des deux dialectes.

tableau sing. nom. | coron-e | acc. | plur. nom. | coron-es | an-s | an | flor-s | flor

Ie Déclinaison. — Une forme parallèle importante, avec l'acc.
sing. ain imité du lat. am et avec le plur. ains, se rencontre
dans quelques noms communs ; cette forme est accompagnée d'un
déplacement de l'accent. Nom. sing. ante (amita), acc. antain
Poit
. 38, 43, voy. Roq. (de l'antain, par m'antain) ; nom. nonne
(nonna) Berte 131, acc. nonain, plur. nonnains SGrég.
dans Roq., Berte p. 188 ; pute (puta), putain ; de là en franç.
mod. la nonnain, la putain. Aussi dans des noms de personnes :
Marie, Mariain HCap. p.36, 37 ; Berte, Bertain dans Berte 2.
22 ; Eve Evain ibid. 100, RCamb. 88, SSag. 152, Servent.
39, Ren. I, p. 2, 3 ; Pinte (nom de la poule), Pintain ibid. I,
54 ; Guile (la tromperie personnifiée), Guilain J. et Tr. Jubinal
p. 63. Des confusions se présentent ici aussi ; ainsi on trouve à
l'acc. Berte dans Berte 22, Eve Ren. I, 4, Pinte I, 54 et au
nom. Bertain dans Berte 26 131.42

IIe Déclinaison. — Elle comprend les mêmes mots qu'en provençal.
Lat. comes devient nom. cuens quens, acc. conte ;
mundus dans beaucoup de textes nom. mons, acc. monde. —
2) E euphonique dans arbr-es et beaucoup d'autres. — 3) Accusatif
ón dans les noms propres, comme Charles Charlon (dans
les Serments Kárlus Kárlo), Estevenes (Stephanus) Estevenon,
Lazares Lazaron, Marsilies Marsilion, Pierres
Pierron
 ; Jhesús Jhesón Ch. d'Ant. I, p. 11 ss. doit être jugé
autrement ; b.lat. Petrus Petrone HLang. I, n° 88 (de l'an
862). De même prov. Alixandre fil Filipon B. 92. Il faut
admettre pour cette terminaison on une imitation de l'acc. lat.
um, comp. Jahrbuch V, 411 132.

IIIe Déclinaison — 1) Elle contient ici aussi les mêmes mots
qu'en provençal : chairs (caro), colors, cors pour corts, nuiz
pour nuitz etc. — 2) Les mots à accent mobile se comportent
encore comme en provençal, voy. surtout G. Paris, De l'acc.
lat
. 50 ss. a) Du lat. tor toris : chantere, en général avec une
s ajoutée : chanteres, empereres, salverres, acc. chanteór (trisyll.)
empereór, salveór et de même traïtres traïtor, paistres
pastor
, nom. plur. chanteór, acc. chanteórs. b) De o, onis :
43ber, baron, plur. baron, barons ; compains compaignon,
fel fellon, gars garson, gloz gloton, lierre larron . Surtout
des noms de personnes et de peuples, comme Begues Begon,
Borgoing (Burgundio) Borgoignon, Bres Breton, Bueves
Buevon
, Gui Guion, Hues Huon, Miles Milon, Sanses
Sanson
(Simson) ; Guenes Guenelon (le premier est-il pour
Guenels, v.b.all. Wanili ?). c) Cas isolés : sendre, contracté
sire, seignor, plur. seignor, acc. seignors ; niez (nepos) nevo
neveu
, voy. par ex. Poit. 28. 67, Trist, I, 23. 22 ; aimas
aimant
(adamas) Fallot 92, énfes enfant Fragm. d'Alex.
55, LRs. 277. 278. 286, Og. v. 134. 142. 152 133 ; ábes abé
Gar
. II, 250, Roi. XLIII, v. 12. Le fém. suer (soror) a l'acc.
seror, plur. serors, voy. Berte 33. NEC. I, 32, Gar. I, 154.
Quelques dérivés de as, atis ont aussi l'accent mobile, ainsi cit
cité
(civitas), podéste podestét Ch. d'Alex. 113. 115, même
clart clarté (claritas) P. Meyer Rev. Germ. XVII, 451. Ces
formes sont, il est vrai, souvent confondues, on lit par ex. (s'il
est permis de donner des preuves d'un fait aussi connu) Begues
pour Begon Gar. I, 211, ber pour baron Berte p. 7,
QFAymon. v. 27, Trist. I, 58, seignur pour sire Rou 5834,
FC. II, 87. 166, sire pour seignor Trist. I, 13. 200, nies
pour nevou QFAym. v. 292, suer pour seror Berte 14, Gar.
I, 154, QFAym. v. 262.

Il y a d'importantes observations à présenter sur la finale du
radical et sur l'orthographe de la voyelle de flexion. 1) Si la
finale du radical est une muette, elle tombe devant s, au moins
environ depuis le commencement du XIIIe siècle : dens pour
dents, acc. dent, ars art, pies pied, bors borc, frans
franç. sans sanc
, cols colp, bries brief, cles clef . Les
glosses de Cassel donnent cependant déjà pis pour pics. L
devant s peut être résolue en u : chevals chevaus, acc. cheval,
cotels coteus cotel. M se laisse remplacer par n : fluns, acc.
flum, funs fum ; danz (dominus) a l'acc. dant. S disparaît
devant ts (tz, z) : Crist Critz, cez cest, oz ost (hostis). —
2) La lettre de flexion est non-seulement s, mais aussi z et x.
Les premières sources n'emploient encore aucun x, mais bien z
44ou tz pour lat. ts, ds. Eulalie a paremenz, empedementz, de
même aussi enz (intus) ; mais le Fragm. de Val. doleants, Léger
écrit quarz, laudaz, toz, granz, piez (pedes). Les sources
suivantes mettent z ou lz d'ailleurs tout-à-fait régulièrement
pour ls : filz fiuz, fedeilz Ch. d'Alex. ; cez (franç.mod. ces),
chevaz Grég. ; liz (lilium), ceaz (ceux), conselz LJ. ; oez
(yeux) SB. Le dialecte picard conserve s. Même le ç (ch, q)
qui n'appartient pas à la flexion est rendu par z, comme dans
foiz (vicem), voiz (vocem), braz (brach.), laz (laqueus).
Le z de flexion persiste en partie dans le moyen français où l'on
écrivait ungz (uns), ilz, sacz, secretz. A côté de z on a aussi
introduit, en v.franç. déjà, x, soit pour ls ou ils (prov. lhs) :
vassax, biax, solax (ou vassaux, biaux, solaux), tex,
consex, flx, seux, genox = vassals, bials, solails (forme
parallèle de soleils), tels, conseils, fils, seuls, genoils ; soit
pour ç, surtout quand le nom. sing. lat. a un x : croix (déjà
dans SLég.), berbix, voix, comme en franç.mod. ; soit pour
ps, comme dans cox (colpus), lox (lupus) et même pour us,
comme dans diex pour dieus, dont l'u était considéré comme
provenant de l 134.

La flexion du vocatif n'est pas plus assurée qu'en provençal.
D'anciennes sources qui observent les règles grammaticales
emploient, il est vrai, presque partout la forme
nominative : ainsi SGrég. pere 444 (le nom. est peres), LJ.
filz sing. 463o, SB. hom 553, enfantemenz sing. 530u, chier
freire
plur. 530u, ciel plur. 530m ; mais les LRs. écrivent
déjà sans difficulté bel fiz à côté de bels fiz 105. 95, sire
bacheler
à côté de sire reis 69. 95, et cette incertitude persiste
dans beaucoup de sources contemporaines et postérieures 235.

Indéclinables sont tous les mots dont le radical ou le suffixe
se termine par une sifflante, comme nez, ors (ursus), prix,
sens, françois, mois, soris et de même les neutres primitifs en
us : cors (corpus), lez (latus), oes (opus), pis (pectus), tems.45

L's de la flexion casuelle a eu à peu près le même sort que
dans le sud. Rigoureusement observée dans les Serments et
Eulalie (excepté Krist au lieu du dur Kristz), elle l'est moins
complètement, autant du moins qu'il est possible de le reconnaître,
dans le Fragm. de Val. (où on lit seulement est venu
pour venus, jholt pour jholtz). Beaucoup des textes suivants
négligent et confondent les lois de la flexion, qui ne trouvait donc
plus d'appui solide dans la prononciation ; même d'excellents
textes, comme Alex., LG, LRs., Rol. et, on peut le dire, la
plupart des ouvrages composés en Angleterre font de même.
D'autres, comme Lib. psalm., LJ., SB., sont rédigés à cet
égard avec soin. Mais on peut en général remarquer un emploi
trop assidu de l's au nom. sing. masc. : baptistes, prophetes,
homs, peres (mais non pas meres), empereres, bers (baro)
sont des orthographes très-usitées.

b) Substantif du français moderne.

Particules casuelles : de, à, comme en vieux français.

Article.

tableau masc. | le | fém. | la | du | de la | au | à la | plur. | les | des | aux

Remarque. — 1) De le et la permettent l'élision de la voyelle
finale, et, en ce cas, l primitive résolue en u reparaît au gén. et
dat. sing. du masculin : l'ami, de l'ami, à l'ami, fem. l'amie,
de l'amie, à l'amie . — 2) Les unions de l'article avec des prépositions
autres qu'à et de, d'un emploi déjà restreint dans l'ancienne
langue, sont aujourd'hui tout-à-fait hors d'usage ; seul
l'archaïsme es pour en les dans les expressions bachelier es
lettres
, es sciences en conserve encore un souvenir.

Dans la déclinaison la distinction de forme entre le cas direct
et l'oblique s'est éteinte et la forme de ce dernier est devenue
dominante. Le singulier se présente en conséquence sans l's du
nominatif (sauf quelques exceptions, comme fils p. 5), et le
pluriel se forme simplement au moyen de cette consonne : au
lieu de ans an, lierre larron, empereres empereor le sing.
est maintenant an, larron, empereur, le plur. ans, larrons,
46empereurs. Sur le pluriel, il y a encore à faire des remarques
de détail : 1) Au lieu des terminaisons aus, eus, ous on écrit
aux, eux, oux : étau étaux, couteau couteaux, jeu jeux,
vœu vœux, chou choux ; cependant l's persiste dans la plupart
des mots en ou, comme cou, clou, fou, sou, trou, verrou et
quelques autres encore, plur. cous etc. — 2) Dans la terminaison
als, ls se résout en ux, comme déjà dans l'ancienne langue :
animal animaux, canal canaux, cheval chevaux. Exceptés :
bal, bocal, cal, carnaval, pal (palus, i), régals, plur. bals,
bocals etc., cependant on dit aussipaux pour pals. — 3) Les
autres terminaisons en l (ail, eil, il) ne sont pas soumises
à cette résolution : évantail, soleil, péril, plur. évantails,
soleils, périls . Sont exceptés : ail aulx, bétail bestiaux (fondé
sur le sing. v.franç. bestial), corail coraux, émail émaux,
plumail plumaux, soupirail soupiraux, travail travaux,
œil yeux, ciel cieux, aïeul aïeux ; cependant quelques-uns
d'entre eux prennent, avec un autre sens que le sens habituel,
la flexion régulière : travail (machine pour attacher les chevaux),
œil-de-bœuf, ciel (de lit), aïeul (grand'père), plur. travails,
œils, ciels, aïeuls. — 4) Les terminaisons ant, ent sont écrites
au pluriel aussi bien ants, ents que ans, ens : enfants enfans,
serments sermens ; mais les monosyllabes conservent le t :
dents (dentes) et non pas dens, cependant on écrit gens. C'est
là tout ce qui est resté de la chute de la muette devant s. —
5) Les noms de personnes fléchissent comme les noms communs,
cependant le style reçu aujourd'hui s'abstient dans certaines
circonstances de la flexion. Ainsi si l'on désigne par un seul nom
propre plusieurs individus déterminés, il n'est pas fléchi et le
pluriel est marqué par d'autres parties du discours : les deux
Sénèque
, les deux Corneille, cependant on trouve aussi la
flexion dans cette circonstance (Mätzner p. 121). Dans le discours
emphatique le signe du pluriel est aussi retiré au nom, bien que
l'article soit à ce nombre : les César, un César, les Frédéric,
un Frédéric. Mais s'il y a dans le nom propre l'idée spéciale d'un
genre, il reçoit la flexion : des Tacites, des historiens comme
Tacite. — 6) Sont indéclinables tous les mots en s, x, z, comme
fils, nez, croix, de même aussi beaucoup de mots nouvellement
introduits du latin et quelques autres : alibi, errata, in-folio,
déficit, plur. les alibi ; on en fléchit un certain nombre, comme
numéro, débet, factum. — 7) Les composés impropres (aussi
ceux qui sont extérieurement désignés par le trait d'union)
forment le pluriel d'après le rapport de construction dans lequel
47ils se trouvent, ainsi gentil-homme gentils-hommes, belle-sœur
belles-sœurs
, hôtel-dieu hôtels-dieu, fourmi-lion
fourmis-lions
(apposition), arc-en-ciel arcs-en-ciel. Dans
les compositions plus compactes dont la dernière partie est un
substantif, celui-ci fléchit selon la manière habituelle, comme
dans passe-port passe-ports, contre-coup contre-coups ;
mais d'autres parties du discours restent sans flexion : passe-partout,
savoir-faire. Pour plus de détails, voir la grammaire
spéciale.

6. Substantif valaque.

Dans cette langue, la déclinaison est particulièrement difficile.
Il y a des règles, mais elles ne suffisent pas pour la pratique ;
il faut apprendre à distinguer le pluriel de chaque nom 136.

D'abord en ce qui concerne les particules casuelles, le rapport
du génitif est exprimé, comme partout, par de : in formę
de leu
(leonis), amętoriu de dreptate (amator justitiæ),
plin de mųnie (plenus maniæ), turma de oi (grex ovium).
A se trouve également, mais il n'est pas employé pour le datif :
on dit par ex. me duc a casę (me duco ad casam = domum
eo
), am a mųnę (habeo ad manum), mais non dę peana a
Petru
(ital. dà la penna a Pietro). Le datif apparaît au contraire
sans prépositions et il est indiqué par une flexion de
l'article ; on dit : dę peana lui Petru ; craiul au dat legi
norodului
(rex dedit leges populo). A l'égard du génitif en
outre, on ne peut employer de si le nom doit être accompagné de
l'article déterminé ; on se sert en ce cas du datif articulé précédé
de la prép. a : ainsi a domnului (domini), et cet a remplit ici
le même office qu'en provençal lorsqu'il désigne la possession du
nom (fllha al rei). L'accusatif enfin d'après les principes des
grammairiens du pays est désigné par la particule pre ou pe
(per) placée devant le nom dans sa forme nominative articulée.
Aux cas cités on ajoute encore un ablatif que la particule dela
(de) est appelée à former. Cette méthode, d'après laquelle le
génitif est rendu par le signe habituel du datif, le datif n'est
exprimé par aucune préposition et l'ablatif, à l'inverse, est
indiqué par une préposition, diffère considérablement de celle qui
48est en usage dans les autres langues. Cependant l'emploi du signe
de l'accusatif se restreint proprement aux personnes, comme
celui de l'esp. á, par ex. tatęl jubeaśte pre fii (pater amat
fîlios
) ; dans les autres circonstances le nom est employé à ce
cas sans particule : fę casę de lemn (fac domum ligneam) ;
pęmųntul aduce roduri (terra fert fructus) ; leagę boul
(liga bovem). Mais le génitif n'a pas non plus absolument besoin
du signe a, il se contente en général de même que le datif du
simple article : lumina soarelui (lux solis) ; in chipul focului
(in speciem ignis). La désignation du génitif et du datif s'opère
aussi en bulgare par la même forme (Miklosich, Slavische
Elemente im Rumunischen
, p. 7).

C'est comme dans les langues sœurs ille qui sert d'article,
mais son emploi a ceci de particulier qu'il est appliqué à la fin
du nom, formant ainsi un composé que précèdent les particules
casuelles. Ainsi tandis que les langues occidentales disent : ille
dominus
, ad illum dominum, le valaque, celui du nord comme
celui du sud, dit : dominus ille, ad dominum illum, construction
qui, à la vérité, ne convient pas plus mal à la syntaxe
latine que l'autre, mais qui forme toutefois un remarquable
contraste en face de l'usage roman, et peut être revendiquée
comme une preuve du développement particulier du dialecte
valaque. Voy. sur l'article postposé Miklosich, Slav. Elem. im
Rumun
., p. 7. Voici maintenant le tableau de l'article :

tableau masc. | nom. l, le | fém. | a (oa) | gen. | a-lui | a-lei | dat. | lui | ei, ii | acc. l, le | voc. | le | = nom. | plur. | nom. | i | gén. | a-lor | lor | acc. | lor.

Remarques. — 1) L'article est atone et ne change rien à l'accent
du mot ; on prononce sócrului, cáprelor. — 2) La forme masculine
l est ajoutée à la terminaison u, et, dans les mots où elle
tombe d'ailleurs, elle reparaît devant l'article, en sorte que tous
les masculins terminés par une consonne prennent ul : socur
socrul
, domn domnul. Ceux en ę aussi s'adaptent la forme l :
popę popęl, tatę tatęl. — 3) La seconde forme masculine le
s'applique au contraire à la terminaison e : pęreatele (paries
49ille
). — 4) L'article féminin a se joint à la finale e : carte
(charta) cartea
, de même męríre męrírea, tréstie tréstiea,
urmáre urmárea, ploae ploaia (non pas ploaea), voie voia
(non pas voiea) ; mais la finale ę se perd dans l'article : caprę
capra
. Si un mot se termine par ea, il reçoit la forme spéciale
oa, par ex. steà (stella) steáoa, śeà (sella) śeáoa. Cependant
il n'y a pas lieu d'admettre une forme particulière de l'article oa ;
dans le valaque du sud, au moins, la première voyelle appartient
au nom lui-même et a est l'article : steao, steao-a, dat. steaolji,
mais cependant plur. stea-le, stea-lor. — 5) Le datif ei
s'ajoute aux formes qui contiennent une diphthongue, ii aux
autres, par ex. apropiáre apropiárei, coadę coadei, táinę
táinei
, cetateà cetatęzii (Clemens §20, 4) 137. — 6) Dans le valaque
du sud l'article est : masc. lu, le, a lui, plur. lji, a lor ; fém. a,
a lji (de là le val. du nord ei, ii, lat. illi), plur. le, a lor. Dans
lu, l'u est muet, lorsque le nom se termine par u, ainsi domnul,
mais caplu (caput), frenlu (frenum). — L'article indéfini est
masc. un, a unui, unui, pre un, fém. una, a unei, unei, pre
una
 ; pour una on emploie aussi o. Il est toujours placé devant
le nom.

Tableau de la déclinaison.

tableau sg. | coron-ę, fug-ę, ste-à | pl. | coron-e, fug-i, steal-e | an (-u), fum (-u), fir (-u) | an-i, fum-uri, fir-e | floar-e | flor-i.

Ie Déclinaison. — 1) A la flexion ę, plur. e, appartiennent
aussi des mots de la deuxième, mais surtout de la troisième
latine, comme soacrę (socrus), sorę (soror), nepoatę (neptis).
2) A la flexion avec le plur. i se soumettent non-seulement des
masculins comme en italien, tels que poetę poetzi, popę popi,
papa (avec a au sing.) papi, baśa baśi, mais aussi de nombreux
féminins et parmi eux : a) des latins comme bucę (bucca),
coadę (cauda), coardę (chorda), cinę (coena), cununę (corona),
fragę (-um), fugę, furcę, furnicę (formica), gęinę
(gallina), jarnę (hibernum), limbę (lingua), moare (mola),
munę (manus), meduhę (medulla), nucę, peatrę, ruinę,
sarcinę, searę (sera), sęgeatę (sagitta), vacę (vacca). b) des
étrangers : baltę bourbier, cantę pot, dungę manche de couteau,
glugę chapeau, isbųndę vengeance, ladę coffre, luncę
prairie, oglindę miroir, ploscę bouteille, roaę blessure, slugę
50fém. serviteur, et beaucoup d'autres. De plus les dérivés en ura,
comme cęldure, cųntęturę, mulsurę. Quelques-uns comme
fragę, nucę ont au pluriel aussi bien e que i. — 3) Le mode de
flexion avec le sing. a comprend seulement les mots avec le
suffixe , qui renvoie en grande partie au lat. ella, illa, d'où
provient l'l qui s'introduit au pluriel : nuieà (novella), plur.
nuieale, purceà (porcella *), ręnduneà (ital. rondinella),
steà (stella), turtureà (turturilla), vergeà (virgilla*), aussi
cureà (corrigia) et beaucoup de mots étrangers ou nouveaux,
comme bęleà peine, męseà molaire, męrgeà perle. Cette déclinaison
se distingue en ce qu'elle attribue, de même que la latine,
une forme spéciale au voc. sing. : Jacob est ici Jacobe, Petru
Petre
, domnu doamne, nepot nepote ou dans la langue familière,
avec l'article : domnule, nepotule, omule, au pluriel
toujours avec l'article sous sa forme du datif. Dans les autres
déclinaisons on emploie la forme pure du nominatif et au pluriel
également celle du datif, par ex. tatę, fune, tatzilor, funilor.
Quelquefois on applique aussi la finale o, comme dans Catharino
de Catharina.

IIe Déclinaison. — Sa caractéristique est u, qui ne persiste
cependant qu'après les voyelles ou après deux consonnes, lorsque
la prononciation l'exige : leu (leo), bou (bos), rųu (rivus),
cuscru (consocer), tombe d'ailleurs après les consonnes et n'est
réintroduit que devant l'article 138. — 1) Sur le premier mode de
flexion (u, plur. i) il y a à observer : a) la terminaison iu, lorsqu'elle
est muette, se change au plur. en i, non pas ii : pęstoriu
pęstori
 ; mais ochiu (oclus oculus) ochii ; b) l = lat. ll, tombe :
cal plur. cai = ital. cavallo cavai, cęluśel cęluśei. — 2) Au
deuxième mode de flexion, avec le pl. ŭri qui est féminin, appartiennent
un nombre extrêmement considérable de mots. Ce sont :
a) des latins ou grecs comme aus (auditus) plur. áusuri, baltz
(baltheus), camin, canal, capital, carn (caro), catar
(catarrhus), ceriu (cælum), ceriuri, chimin (cuminus),
chivot (κιβωτός), cler (clerus), contract (-us), cur (culus),
cųmp (campus), dog (δοχή), dor (ital. duolo) ; drum (δρόμος),
51dus (ductus), erem (ἔρημος), frig, frupt (fructus), fum, fųn
(foenum), ger (gelu), ghem (glomus), glob, grum, lac,
lard, loc, lucru, maiu (malleus), metal, mod, nod, pept
(pectus), plumb, rųu, somn, stat, stih (στίχος), sųn (sinus),
timp (tempus), vin, vis, vųnat (venatus), vųnt (ventus).
b) des mots étrangers de différentes significations, comme baiu
tourment, bal danse, berc buisson, boit bouton, bot groin, breb
castor, but défi, chip forme, cleiu glu, codru forêt, cos
panier, dantz dance, duh esprit, fealiu manière, gord haie,
ghimp aiguillon, gorun chêne, gruntz morceau, hac ramilles,
hartz guerre, herb tesson, plug charrue, potop ruine, prag
seuil, ref aune, ret prairie, sdrob masse, slic bourbe, śopru
écailles, steamp pieu, tęu étang, trųnd durillon, trup corps,
tutzin douzaine, tųrg marché, tzep jet d'eau, vrab monceau,
vųrv sommet. De plus, la plupart des dérivés en munt, et
utz, comme pemunt pemųnturi, berliś berliśuri, cortutz
cortútzuri
. — 3) Le nombre des mots avec le plur. e qui,
comme uri, prend le genre féminin est également considérable.
Ce sont : a) des latins comme bratz (brachium) plur. bratze,
corn, cuiu (cuneus), cuvųnt (conventus), deaget (digitus),
fier (ferrum) plur. fere, fir (filum), fus, gręn (granum),
lemn (lignum), lęmpaś (lampas), męr (mālus), paiu (palea)
plur. pae, par (palus, i), scaun (scamnum), semn (signum),
teatru, termin, vas. b) Des étrangers, comme bręu ceinture,
clopot cloche, cęrlig crochet, jazer étang, matz boyau, obraz
figure, pęhar coupe, śinor cordon etc. Ces mots, parmi lesquels
se trouvent un assez grand nombre de neutres latins, peuvent
être comparés, sous le rapport du genre, aux mots italiens qui
ont le pluriel en a, mais contrairement à l'italien ils expriment
le genre catégoriquement par la forme du pluriel féminin. Beaucoup
ont à côté de cela le pluriel régulier, comme męr mere et
meri.

IIIe Déclinaison. — 1) Elle comprend beaucoup de mots qui
affaiblissent le lat. ia et io en ie, comme arie, biblie, copie,
conditzie, scorpie . — 2) L tombe de même qu'à la deuxième
déclinaison : cale (callis) cęi, peale (pellis) piei, vale (vallis)
vęi.

Sont anomaux plusieurs mots, comme om (homo) oameni,
cap capete, norę (nurus) nuróri, earbę (herba) iérburi.
Pio fém. (pilum) a de même au plur. pio, avec l'article, sing.
pioa, plur. piole. Zio, aussi (dies), plur. zile avec l'article
ziova (disyll.) zilele. Pęręu masc. ruisseau (alb. pęrrúa) a le
52plur. fém. perao. Car (carrus) a care, comp. ital. carra.
Nume (nomen) a la même forme au pluriel.

Il reste encore à observer, pour les trois déclinaisons, d'importantes
modifications phoniques, tant de la voyelle accentuée
que de la consonne en contact immédiat avec la flexion. C'est
à savoir : 1) En ce qui touche la voyelle, l'a du sing. se change
en ę dans le plur. en i, comme bae bęi, brad brętzi (voy. sur
ce point Mussafla, Vocalisation 153), cetáte (civitas) cetętzi,
mare męri, sare (sal) sęri, zame zęmi et ainsi au dat. sing.
avec l'article, cetętzii, męrii etc. Dans les pluriels en e,
a devient ea, qui passe aussi à e : fatze (facies) featze fetze,
masę (mensa) mease mese, spatę (spatha) spete, vatrę foyer
veatre vetre. E passe à ea dans les plur. en e : lemn leamne,
semn seamne (d'autres écrivent lemne, semne). E aussi bien
que ea devient e dans les plur. en i : cumętru (co-mater)
cumetri, męr (mālus) meri, pęr (pilus) peri ; cheae (clavis)
chei, bisearicę (basilica) biserici, cędeare (cadere) cęderi,
leage (lex) leg, mujare (mulier) mueri. 0 devient oa dans
les pluriels en e : os (os) oase, zęlog zęloage. Oa devient o
dans les pluriels en i, comme florae flori, foae (folium) foi,
groapę (fosse) gropi, ploae (pluvia) ploi. Mais tous les noms
ne se plient pas, à beaucoup près, à ces lois phoniques : on dit
par ex. ban, bani, non pas bęni ; ver (verres) veri, non pas
veari ; domn domni, non pas doamni. La cause de cette
apophonie réside dans les caractéristiques du pluriel i et e :
i doit avoir la force de ramener une diphthongue ou un son
troublé à son son primitif (legi, gropi, peri), tandis que e
favorise la diphthongue (mease, seamne, oase), par conséquent
cause une déviation du son primitif. I semble seulement avoir
une action contradictoire quand il change a en ę. — 2) En ce
qui concerne les consonnes, s se change, d'après les règles phoniques,
devant i en ś : bios biośi, leasę leśi, aussi oaste ośti,
toutefois casę cęsi. T devant la même voyelle se change en tz,
d en z : abat abatzi, argat argatzi, cartę cęrtzi, poarte
poartzi
 ; cadę (cadus) cęzi, jed (hædus) jezi, med (μέθυ)
mezi. C devient toujours palatal devant i et e, et g aussi :
ac ace, arc arce, cleric clerici, medic medici, sac saci ;
birgę (faute) birge, fugę fugi, spargę (asparagus) spargi,
vargę (virga) vargi ; il ne faut presqu'en excepter que
ceux dont le c renvoie à cl, comme dans ureache (auricula)
urechi. De sc provient généralement śt, ainsi dans bęesc (de
mineur) bęeśti, muscę muśte. On observe aussi dans le valaque
53du sud des passages du p au ch (k) et du b au gj, par ex. lupu
luchi
, vulpe vulchi, corbu corgji. Ce changement phonique
qui atteint souvent, dans le même mot, la voyelle aussi bien que
la consonne, n'est, à la vérité, comme on le comprend, qu'une
conséquence des lois phoniques, mais il procure les avantages
d'une flexion intérieure, c'est-à-dire une distinction efficace du
nombre.

Nous présentons ici quelques exemples de déclinaison articulée.
Il suffit de noter le nominatif, le datif et le vocatif.

tableau sing. | doamn-a | barbar-a | stea-oa | tatę-l | doamn-ei | barbar-ei | stea-lei | tatę-lui | doamn-ę ! | barbar-ę (o) ! | stea ! stea-o ! | tatę ! | plur. | doamn e-le | barbare-le | steale-le | tatzi-i | doamne-lor | barbare-lor | steale-lor | tatzi-lor | doamne-lor ! | barbare-lor ! | tatzi-lor ! | domnu-l | petru | dinte-le | floare-a | domnu-lui | lui petru | dinte-lui | floar-ei | doamne !-le ! | petre ! | dinte ! | floare ! | domni-i | petri | dintzi-i | flori-le | domni-lor | petri-lor | dintzi-lor | fiori-lor | domni-lor ! | petri-lor ! | dintzi-lor ! | fiori-lor !

Si l'on considère maintenant la déclinaison valaque dans tous
ses traits et ses particularités, on doit reconnaître qu'elle ne
manifeste pas partout un développement roman, qu'un élément
étranger a dû s'y introduire. En fait, beaucoup de difficultés
s'expliquent par les langues avoisinantes, comme l'albanais et le
bulgare, d'autres nous échappent, car la langue dace, qui a eu
une part dans la formation du valaque (comme du bulgare),
nous est inconnue. Un phénomène important, l'adaptation de
l'article à la finale du nom, s'observe aussi dans ces langues.
En albanais, l'article masculin est i, le féminin a, et ce dernier
prend, comme en valaque, la place de la finale ę, par ex. męmę
mère, męma la mère, val. mumę muma. Malgré cette conformité,
l'origine du val. a de illa avec syncope de ll est admissible,
puisque sa flexion aussi est restée latine. La forme val.
oa ne trouve pas son analogue en albanais : les mots en a, p. ex.,
intercalent ici j et non pas o (kjirája). L'article bulgare est  ;
il peut, contrairement à l'usage valaque, attirer à lui l'accent.
La déclinaison du substantif même ne s'accorde point avec celle
de l'albanais, elle n'est d'accord avec celle du bulgare qu'en tant
qu'ici aussi le nominatif des masculins se termine en i, mais cet i
54affecte tout aussi bien des féminins, et à ce point de vue on
trouve en bulgare quelque chose d'analogue à la formation
valaque en i des féminins en ę, par ex. kravę kravi. Le renforcement
par r du pluriel de la deuxième déclinaison se trouve
aussi employé en albanais, où il est appliqué aux deux genres,
sans que le masculin se confonde avec le féminin, par ex. prift-i
(presbyter) priftęre-tę, kartę-a kártęra-tę et beaucoup d'autres,
Voy. le travail de Bopp sur l'albanais p. 3 et note 7. Ce
pluriel apparaît aussi en bulgare, par ex. quand de źena se
développe le plur. źenurija (Miklosich III, 223, où est comparée
aussi la forme valaque). Cette forme a pris une grande extension
et s'est même emparée, comme nous l'avons vu, d'une masse de
mots latins ; quoique étrangère elle n'est pas à mépriser, car elle
sonne bien, et son polysyllabisme anime l'uniformité de la
flexion. La finale du vocatif e n'est pas connue de l'albanais
mais bien du bulgare, par ex. dans des noms propres comme
Dragan Dragane, Slavi Slave, ce qui n'est toutefois pas un
motif suffisant pour attaquer l'origine latine de la forme valaque.
Mais le vocatif en o trouve son explication dans la forme semblable
albanaise et bulgare employée en de nombreuses circonstances.
L'apophonie a aussi son importance en albanais, mais
dans l'état actuel de cette langue et du valaque on ne peut
signaler qu'un petit nombre d'analogies, comme par ex. le fait que
o albanais est remplacé au plur. par ua (doręa, dúar-tę), ce
qui rappelle le passage du val. o à oa. Ce changement phonique
semble développé plus délicatement dans cette dernière langue,
car il dépend de la nature de la voyelle finale 139. Malgré l'ingérence
55d'éléments étrangers la déclinaison valaque reste toutefois,
dans ses traits fondamentaux, romane : la formation du
plur. e de a, i de u en est la preuve.

II. Adjectif

Il y a trois points à considérer à propos de la flexion de cette
partie du discours : le genre, la déclinaison et la comparaison.

1. Genre. — Le principe du triple genre (car la grammaire
se permet de considérer le genre négatif comme le troisième) doit
se manifester pour l'adjectif, puisqu'il est destiné à accompagner
le substantif, dans chaque mot en particulier, qu'il se fasse ou
non matériellement reconnaître par la forme. La langue latine
possède des adjectifs de trois et de deux formes de genre, elle en
possède même qui n'en n'ont pas du tout, au moins au nom. sing.
1) Ceux à trois formes ont les terminaisons us, a, um (bonus,
bona, bonum ), er, era, erum (liber, libera, liberum), enfin
(dans le style élevé) er, ris, re (acer, acris, acre). — 2) Ceux
à deux formes réunissent les genres masculin et féminin dans
une seule terminaison is, pour le neutre on a e (brevis, breve) ;
les substantifs à accent mobile en tor, fém. trix sont aussi
employés comme adjectifs et ont en partie au pluriel même un
genre neutre (victores, victrices, victricia), mais, comme ce
sont proprement des substantifs, ils ne sont pas susceptibles de
comparaison. — 3) La grande majorité de ceux qui n'ont pas de
genre (uniformes) se terminent en s ou x.

Dans les langues dérivées, le neutre de l'adjectif s'est éteint
avec celui du substantif. Seulement lorsque l'adjectif remplit
l'office d'un substantif abstrait, lorsqu'il est employé comme
prédicat d'un pronom neutre (car on ne peut contester que cette
partie du discours n'ait conservé des exemples de la forme du
neutre) ou d'une phrase entière, il lui reste aussi le sens du
neutre qu'il exprime en latin, en grec, en allemand et dans
d'autres langues qui connaissent ce genre. Cela est bien sensible
dans l'ital. il bello = τὸ καλόν ou dans ciò è bello. Mais ce
n'est que dans les anciens dialectes de la France que ce sens
neutre est aussi exprimé par la forme ; l'espagnol peut l'indiquer
56dans le premier cas seulement, c'est-à-dire lorsque l'adjectif
prend le rôle du substantif, par une forme spéciale de l'article
(voy. plus haut p. 28). Le sort des terminaisons de genre des
adjectifs est en roman le suivant : 1) Les terminaisons us, a
persistent, ainsi ital. buono buona, esp. bueno buena, prov.
bo bona, franç. bon bonne, val. bun bunę. Avec celles-ci se
sont confondues er, era, car il faut regarder l'acc. de er, erum
comme la base de la forme masculine, de là régulièrement ital.
libero, nero, pigro, sacro, tenero et les pronoms altro, neutro,
nostro etc. ; esp. negro, sagro, tierno, otro, neutro, nuestro ;
prov. negre, tenre, autre, nostre ; val. negru, tinęr, nostru.
Quelques-uns passent dans certaines langues à la classe des
uniformes, ainsi ital. gente (pour gento, genitus), fraudolente ;
esp. firme, libre, pigre ; port. contente ; b.lat. firmis
et stabilis
Mab. Ann. III, n. 41, HLang. II, n. 19, sententia
firmis Esp. sagr
. XI, 209 (IXe siècle), comp. Marc. p. 804 etc.
Pour la troisième classe er, ris, dans laquelle les deux terminaisons
concordent à l'acc. rem, il ne pouvait y avoir qu'une terminaison
commune :it. acre, celebre, celere (poét.), campestre,
pedestre, salubre, silvestre (poét.) ; esp. acre, alegre (alacrem),
campestre, célebre, pedestre, salubre, silvestre ; fr. aigre, célèbre,
champêtre, salubre etc. La tendance à marquer le genre
d'une autre manière a toutefois attiré çà et là un certain nombre
de mots de cette classe à la première, comme ital. acro, allegro,
campestro, silvestro (à côté de acre etc.) ; esp. agrio ; prov.
agre, alegre ; val. agru, ę. Parmi ceux-ci, acrus, déjà il est
vrai employé par Palladius, est commun à tout le domaine
roman. — Les adjectifs en is (gen. comm.) ne connaissent
qu'une terminaison, comme ital. breve, dolce. Un grand
nombre d'entre eux a passé dans les langues du nord-ouest aux
adjectifs à deux terminaisons, ainsi prov. comun comuna,
franç. doux douce, fort forte, grand grande. Les autres
langues n'ont que quelques exemples de ce passage : ital. tristo,
esp. rudo ; tristis, non tristus, dit l'App. ad Probum. Le
grec moderne a établi une distinction de genre analogue pour
l'ancienne terminaison commune ος : ἀθῶος, ἀθῶοα, ἀθῶον = grec
ancien ἀθῶος, ἀθῶον. Les substantifs en tor sont aussi employés
en roman comme adjectifs avec deux terminaisons, et sont même
susceptibles de gradation et de transformation en adverbes par
l'addition de mente, par ex. prov. plus chantaire Choix V,
318, lo pus tracher III, 410, v.franç. barateressement,
tricheressement. — 3) Les adjectifs à une seule terminaison
57restent naturellement dans les langues dérivées ce qu'ils sont.
Mais ici aussi une classe tout entière s'est forgé en français
moderne une forme féminine en e, comme plaisant plaisante
(placens). En outre pauper est devenu dans quelques langues
pauperus, ce qui n'est même pas inconnu au latin (tome I,
p. 18) : ital. povero, a, prov. paubre, a ;pauper mulier, non
paupera App. ad Prob
. On distingua de même dans vetus
le masculin du féminin, ce que prouvent les composés ital.
Castelvetro, esp. Murviedro, port. Torresvedras, le simple
v.port. vedro FGrav. 387, et enfin l'ital. vieto, a 140.

De même que pour le substantif les première et deuxième
déclinaisons ont été favorisées aux dépens de la troisième, on
ne peut non plus méconnaître une prédilection des nouvelles
langues pour la classe de l'adjectif us, a, qui distinguait les
genres. Aussi cette classe a-t-elle servi de type aux nouvelles
formes, qu'elles soient issues de radicaux latins ou étrangers.
Les exemples italiens sont : baldo, bianco, biondo, biotto,
bravo, bujo, codardo, drudo, fello, fino (à côté de fine),
fioco, fondo, fresco, gajo, goffo, gonzo, gramo, grigio,
guercio, guitto, laido, lesto, ligio, liscio, manto (fr. maint),
piatto, quatto, ricco, scaltro, scarso, schietto, schifo,
sguancio, snello, stanco, stracco, vermiglio . Il faut excepter
par ex. folle, prode ; en esp. cobarde, ruin ; en français,
surtout pour rendre sonores les consonnes finales, brave,
gauche, leste, lige, lisse, mince, riche, terne etc.

2. La déclinaison de l'adjectif est en latin semblable à celle
du substantif et ne diffère pas davantage en roman.

3. Une particularité de l'adjectif (comme de l'adverbe son
dérivé) est d'être susceptible de comparaison. A cet effet la
langue latine possède des formes propres, pour le comparatif
ior, pour le superlatif imus et issimus. Ses filles ont en principe
renoncé à cette comparaison fléchie et l'ont remplacée par
le procédé connu de la périphrase. Le latin lui-même ne dédaignait
pas ce moyen, mais il ne l'employait que lorsque le radical
du positif se terminait par une voyelle, et, en ce cas, il formait
le comparatif avec magis, le superlatif avec maxime : pius,
magis pius, maxime pius . Le roman prit pour modèle cette
formation périphrastique au moyen d'adverbes, mais il ne se
58servit pas partout des mêmes mots. L'expression du comparatif
par magis ne se conserva qu'en espagnol, en portugais et à
l'extrême orient du domaine, en daco-roman : mas dulce, mais
doce
, mai dulce ; les autres peuples ont pris le synonyme plus :
ital. più dolce, prov. plus dous, fr. plus doux. Mais Plaute,
Aul. 3, 2, 6 disait déjà : plus lubens, Nemesien Ecl. 4, 72 :
plus formosus. L'albanais aussi a eu recours à me = magis
pour se procurer un comparatif.

La divergence est plus importante pour le superlatif. On n'a
choisi, pour la périphrase, ni maxime ni plurimum, mots qui
étaient assurément tous deux incommodes, presque réfractaires,
mais on a attribué au comparatif, en le faisant précéder de l'article
défini, la signification du superlatif. Si l'article indéfini s'accommode
bien avec le comparatif, comme dans la phrase italienne :
un cavallo più bello dell' altro, « un cheval plus beau que
l'autre, » l'article défini détruit radicalement l'essence de ce
dernier en coupant court à toute comparaison et en imprimant
au comparatif l'idée supérieure du superlatif. Questo cavallo è il
più bello
ne permet pas l'addition dell'altro, car l'article
défini désigne la propriété exprimée par l'adjectif comme appartenant
exclusivement au substantif. Il serait tout aussi impossible
de dire en allemand « dieses Pferd ist das schönere als das andere ; »
si l'on devait conserver l'article, il faudrait précisément
changer le comparatif en superlatif : « dieses Pferd ist das
schönste unter beiden. » On trouve quelque chose qui rappelle la
méthode romane en grec moderne, dans la langue familière, qui
rend le superlatif par ὁ πλέον = il più, qu'elle place toutefois non
devant le positif mais devant son comparatif organique : ὁ πλέον
πλουσιώτερος. Un patois allemand aussi exprime le troisième degré
par le second accompagné de l'article, mais aussi bien par la
forme organique : « der schönere » = « le plus beau, » voy.
Schmeller, Mundarten Bayerns p. 303.

Cependant le domaine néo-latin possède quelques débris de la
comparaison organique. Partout persiste, sauf dans le dialecte
valaque, qui est absolument restreint au mot auxiliaire, la
gradation connue à racines différentes de bonus, malus, magnus,
parvus ; seulement dans le nord-ouest les superlatifs,
comme tels, ont péri 141. En outre la période primitive de plusieurs
59langues connaît encore une série de formes de comparatifs.
Dans ce cas on obtient le superlatif en faisant immédiatement
précéder l'article : ital. il migliore = il più buono, esp. el
peor
, franç. le moindre. Mais l'italien, l'espagnol et le portugais
continuent encore à bénéficier de l'ancienne formation du
superlatif, bien que dans le sens absolu seulement (ital. bellissimo
= valde bellus). Enfin il s'est encore conservé quelques
formes de gradation dont les positifs manquaient déjà en latin ou
se sont éteints en roman, et en tous cas ne sont pas populaires,
de sorte que la nouvelle méthode de la périphrase ne trouvait ici
aucune application. De ce nombre sont : prior, citerior,
ulterior, interior, exterior, inferior, superior, posterior ;
primus, ultimus, intimus, proximus, extremus, infimus,
supremus, summus, postremus ; voyez les formes romanes
dans les dictionnaires.

Le neutre du comparatif organique, là où il se maintint, fut, ou
traité comme un adjectif neutre, comme l'ital. il peggio le plus
mauvais, ciò è meglio « cela est meilleur », ou pris dans le sens
de l'adverbe. Des neutres de ce genre sont : melius, ital. meglio,
prov. melhs, franç. mieux (esp. melius dans Berceo est un
latinisme) ; pejus, ital. peggio, prov. peitz, franç. pis) majus,
ital. maggio ; minus, ital. meno, esp. port. menos, prov.
mens, franç. moins ; plus, ital. più, prov. plus, franç. plus.
La plupart manquent à l'espagnol, probablement parce que lo
placé devant le masculin suffisait à marquer le neutre, comme
dans lo peor = ital. il peggio. Un autre neutre du comparatif
a pris la valeur d'un superlatif susceptible de genres : sequius,
ital. sezzo, sezza = ultimus, a.

1. Adjectif italien.

Variable. Masc. o, fém. a : pur-o, pur-a, plur. pur-i,
pur-e. — Il faut observer : 1) La terminaison co a dans les
mots simples, disyllabiques, le plur. chi : bianco bianchi,
cieco ciechi, greco grechi (Greci est subst.). Pour les autres
60il n'y a pas de règle fixe. Les dérivés en icus ont ci : arabico,
cattolico, classico, laico, magico, tirannico, quelquefois
parallèlement chi, comme dans domestico, eroico, rustico,
salvatico, unico . D'autres prennent chi : adunco, caduco,
opaco, ubbriaco. Outre un grand nombre en ĭco, d'autres
aussi, comme aprico, pudico, reciproco etc., emploient les
deux flexions. Le fém. ca a toujours che. — 2) Trois mots d'un
usage fréquent, bello, buono et santo, laissent tomber toute la
flexion devant les masculins commençant par une consonne (sauf
s impure) ; bello d'après une loi phonique supprime le dernier l,
santo pour l'euphonie supprime son t : bel cavallo, buon vino,
San Pietro ; au contraire : bello specchio, Santo Stefano.
Au pluriel, bello se comporte comme capello (p. 25).

Invariable. Sa caractéristique est e : fort-e, plur. fort-i ;
pari (lat. par) se termine en i au singulier déjà. — Il faut
observer que grande s'abrège généralement au singulier et au
pluriel en gran : gran cavallo, gran cavalli, gran casa,
gran case, jamais devant s impure ou devant une voyelle :
grande specchio, grandi anime.

Comparaison. 1) Elle s'exprime par più : comp. più forte,
superl. il (la) più forte. — 2) Comparatifs organiques : a) Dans
les anomaux :

tableau buono, migliore, ottimo | cattivo, peggiore, pessimo | grande, maggiore, massimo | piccolo, minore, minimo (menomo).

Dante emploie maggio pour maggiore, maggi pour maggiori
Par
. 6, 120.15, 97, c'est-à-dire qu'il décline le neutre primitif.
A côté de la gradation latine, la romane est aussi en vigueur :
più buono = migliore, il più buono = il migliore ou
l'ottimo. Les formes du comparatif empruntées au provençal
forzore, gensore, plusori sont vieillies, b) Dans les formes du
superlatif issimo, errimo que les adjectifs sont ordinairement
susceptibles de prendre : bellissimo fortissimo, facilissimo
(non pas facillimo), même buonissimo et grandissimo, celeberrimo,
miserrimo 142 ; la terminaison co du positif, suivant
61le mode de formation de son pluriel, devient cissimo ou chissimo :
amicissimo, bianchissimo ; la terminaison io avec i
accentué devient iissimo, avec i atone surtout issimo : pio
piisimo
, restio restiissimo, empio empissimo, vario variissimo.

2. Adjectif espagnol.

Variable. 1) Masc. o, fém. a : pur-o, pur-a, plur. pur-os,
pur-as. Les mots bueno, malo, santo laissent tomber devant
les masculins la voyelle de flexion, santo, de plus, sa dernière
consonne, comme en italien : buen caballo, mal hombre, San
Pedro
 ; cependant santo demeure intact devant Domingo,
Tomas, Tomé, Toribio. Les adjectifs numéraux primero,
tercero, postrero laissent aussi d'habitude tomber la voyelle
finale devant les masculins, primero, chez les poètes, même
devant les féminins ; ciento s'abrège alors en cien. — 2) Masc.
sans marque de flexion, fém. a : español, español-a, plur.
español-es, español-as. A cette classe n'appartiennent presque
que des mots qui sont en même temps substantifs, surtout des
noms communs comme aleman, catalan, frances, burgales,
andaluz ; mais on y trouve aussi des noms communs comme
tajador, frion, hampon, alazan, holgazan ; montes (montensis
*) est un cas isolé.

Sont invariables tous ceux en e, i et la plupart des adjectifs
propres terminés par une consonne, comme fuerte, pl. fuert-es,
balad-i baladi-es, fácil fácil-es, comun comun-es, ruin
ruin-es
, mejor mejor-es, cortes cortes-es, veloz veloc-es.
On voit ici aussi grande s'abréger au singulier et au pluriel :
gran caballo, gran caballos, à moins que le substantif ne
commence par une voyelle : grande amigo.

Comparaison. 1) Elle s'exprime au moyen de mas, placé
devant le positif : comp. mas fuerte, sup. el (la) mas fuerte.
Les anciens employaient aussi plus pour mas, comp. plus
générales Alx
. 9, plus blanco ibid. 1244, Bc. Mill. 438,
plus vermejo Bc. Sil. 230. — 2) Aux comparatifs organiques
n'appartiennent plus que les suivants : a) les anomaux :

tableau bueno, mejor, optimo, | malo, peor, pesimo, | grande, mayor, maximo, | pequeño, menor, minimo,62

comp. aussi mas bueno, sup. aussi el mejor, el mas bueno 143.
b) Le superl. isimo, errimo, employé seulement au sens
absolu et non pas pour tous les adjectifs : durisimo, piisimo,
utilisimo, celeberrimo, miserrimo . Dans sa formation α) la
diphthongue du radical revient à sa voyelle primitive : bueno
bonisimo
, fuerte fortisimo ; β) c se change devant la flexion
en qu, z en c : blanco blanquisimo, feliz felicisimo ; γ) la
finale contractée ble reprend la voyelle expulsée : amable
amabilisimo
 ; δ) quelques mots rétablissent même la consonne
syncopée : cruel crudelisimo, fiel fidelisimo ; ε) la terminaison
atone io se change en isimo au lieu de iisimo : necio necisimo,
recio recisimo.

3. Adjectif portugais.

Variable. 1) Masc. o, fém. a : pur-o, pur-a, plur. pur-os,
pur-as. — 2) Masc. apocopé ou terminé par ão, c'est-à-dire
am, en une syllabe, fém. a : chão (planus), fém. chãa, cristão
cristãa
, plur. chãos chãas, cristãos cristãas ; allemão allemãa,
catalão catalãa ; plur. allemães allemãas, catalães
catalãas
 ; bom (bonus) boa, plur. bons boas ; crú (crudus)
crua, (nudus) nua, pl. crús cruas, nús nuas ; hespanhol
hespanhola
, pl. hespanhoes hespanholas, francez franceza,
portuguez portugueza, andaluz andaluza ; commum aussi
a le fém. commua. Comp. sur cette flexion le substantif. —
Il y a observer : a) les anomaux máo (malus) avec le fém.
et (solus) avec un féminin identique, plur. sós, déjà depuis
les temps les plus anciens, b) Santo se comporte comme en
espagnol : São Pedro, São Luiz, Santo Thomas, avec
o apocopé Sant'Iago. On abrège de même cento en cem.

Ici aussi tous les mots en e, i et (à l'exception de ceux qui
viennent d'être cités) ceux qui se terminent par une consonne
sont invariables, comme forte, turqui, neutral, infiel, fácil,
azul, ruim, feroz, plur. comme pour le substantif, ainsi fortes,
turquís, neutraes, infieis, faceis, azuis, ruins, ferozes.
Símplez a le double pluriel simplez et simplices. Grande est
quelquefois abrégé devant une consonne : grão duque, grão
parte
, grão Bretanha.

Comparaison. 1) On l'exprime par mais : forte, comp.
63mais forte, sup. o (a) mais forte. Les anciens usaient aussi de
la comparaison au moyen de chus = plus, p. ex. chus pequena
FGrav
. 375, chus pequenos 396, comp. FGuard. 407, chus
negros Cant. gal
. d'Alphonse X (Nobl. de Andal. 152 b),
chus pouco Canc. ined. 48a. 2) Comparaison organique :
a) anomaux :

tableau bom melhor optimo | máo peor pessimo | grande maior, mór mavimo | pequeno menor minimo.

On trouve parallèlement mais grande, mais pequeno, mais
non pas mais boni, mais máo. b) Formes de superlatifs issimo,
errimo, dont la formation, ici encore, se tient aussi près que
possible du latin, de là cruel crudelissimo, fiel fidelissimo,
frio frigidissimo, terrivel terribilissimo, bom bonissimo,
máo malissimo, nobre nobilissimo, antigo antiquissimo,
amigo amicissimo ; on emploie même facillimo et humillimo
(à côté de humilissimo). Camoens Lus. 3, 116 emploie asperissimo.

4. Adjectif provençal.

Variable. 1) Masc. s, fém. a : pur-s, pur-a, acc. pur,
pur-a, nom. plur. pur, pur-as, acc. pur-s, pur-as ; savi-s,
savi-a, sav-i, sav-ia, plur. savi, savi-as, savi-s, savi-as.
On doit rappeler à ce propos : a) les consonnes finales qui,
d'après les lois de la phonétique, tombent au masculin, se conservent
au féminin : on dit par conséquent au masculin bos, fis,
blons, preons, acc. bo, fi, blon, preon, mais au féminin bona,
fina, blonda, preonda. L'n séparable (indifférente) de l'acc.
sing. (bon, fin) ne tombe pas devant les voyelles, ainsi bon
ome
, fin aur, voy. Leys II, 206. b) Le masculin, encore d'après
un principe général, change la douce en forte et v en u, comme
orps, larcs, nutz, braus, caitius, fém. orba, larga, nuda,
brava, caitiva . Pi-us (monosyll.), l'unique adjectif (car reus
n'est sans doute pas un mot usité) dans lequel se soit conservé la
finale us, ne se règle pas sur caitiu-s, le féminin est donc pi-a
(disyll.) et non pas piva. Sans (sanctus) perd presque partout
devant les noms propres son s : San Thomas, Sanh Miquel,
c'est-à-dire que les deux mots se comportent comme un composé.
2) Masc. sans flexion, fém. a dans les mots qui se terminent
par s, en lat. par sus ou sis, par ex. glorios, prezios, divers,
ars (arsus), cortes (cortensis *), frances, fém. gloriosa,
64preziosa, diversa, arsa, cortesa, francesa ; cependant ce
suffixe s'allonge quelquefois au pluriel par un es de flexion :
ergulozes GO. 73, precioses 216a, meravilhozes Fer. y. 1111,
prezos Choix IV, 235, poderosos GO. 278.

L'adjectif invariable prend une s au singulier et fléchit comme
un substantif de la deuxième déclinaison. Il n'est proprement
invariable qu'au singulier, car, de même que pour le substantif
et le nominatif pluriel sans s désigne des masculins, celui avec s
des féminins, on a ici aussi le nominatif pluriel masculin fort,
le féminin fort-z.

On doit par conséquent dire avec Uc Faidit p. 4 : aquelh
cavaler son avinen
, aquelas donas son avinens. Ainsi fléchissent
greu (gravis), legal, cruzel, humil, par, vert,
plazen etc. ; et les mots nouveaux avol, blos, pros. Ce
dernier est à l'acc. sing. et au nom. plur. pro, mais l's se fond
quelquefois avec le radical, en sorte que le mot devient indéclinable ;
le cas est constant pour blos (de l'allemand) qui n'a pas
par conséquent de féminin blosa. Il reste encore à remarquer ici :
1) Certains.mots de cette classe prennent parfois, surtout dans
la poésie épique et en prose, un a féminin, par ex. febla, forta
GRoss
. 5546, granda ibid. 5324, Fer. v. 61, Choix IV, 161.
448, V, 149, lena (lat. lenis) LRom. IV, 44, M. 678, 4,
mola (mollis) B. 169 (R. Vidal), orribla LR. I, 535a,
comuna, dolenta Flam. 9, Choix III, 29, IV, 260, Jfr.
107a, pudenta LR. I, 375a, valenta Choix III, 30 et d'autres
participes présents. Mais les mots suivants ont tout-à-fait passé
à la première classe : agre agra, dous doussa (déjà dans
Boèce dolza-ment 153, 194 ; dolç vergen ne se trouve que
dans les Chants rel. n. 24, 3), noble nobla, sans doute aussi
graile graila, tritz trista, de même le participe primitif manen
manenta
. — 2) Grans conserve sa flexion : grans paraulas
Choix
V, 94, grans gracias V, 160 = ital. gran parole,
gran grazie 144.

La comparaison s'opère : 1) par plus, à côté duquel on
emploie aussi pus : purs, plus purs, lo plus purs. — 2) La
comparaison organique se maintient : a) dans les anomaux :

tableau bon melhor | mal peior pesme65

tableau gran maior | pauc menor

Les comparatifs fléchissent suivant la troisième déclinaison,
comme senher (p. 36), ainsi au nom. mélher, péier (pejer),
máier (majer), menre, mais on trouve des exemples de nom. sing.
tels que meillérs, piegérs Flam. 1283. Les anciens superlatifs
de ces anomaux semblent avoir tous disparu, sauf pesme GO.
214a, et sont remplacés d'après le procédé ordinaire : lo melher
(aussi lo plus bon, voy. LR.), lo peier etc. A ces anomaux
partout connus s'adjoint encore une cinquième forme, propre au
nord-ouest seulement :

molt, plusor(s),…

On reconnaît facilement dans plusor une flexion du neutre
plus, que la langue a créé directement sans s'arrêter à la forme
déjà existante et employée aussi dans les chartes (par ex. Marca
p. 780 de l'an 843) pluriores ; il est restreint presque absolument
au pluriel (sing. no sai que von fezessa plusor alongament
GA
. 1199). b) En outre, la langue possède encore une petite
série de comparatifs organiques dont quelques-uns ne sont même
pas latins : ancian ancianor, aut aussor, fort forsor, gent
gensor
, gros grossor, lait laidor (v.h.all. leid), larc largor
d'après GO., lonc lonjor longor, nual ( ?) nualhor (nugalis)
Boèce 210, sort ( ?) sordeior (sordidus) ; nom. genser,
grueysser M. 762, 1, lager, sordeier ; superl. l'aussor, la
gensor
etc. Faidit cite de plus greuger (gravior dans la trad.),
leuger (levior) ; sur le premier voy. LR. IV, 59. Puis viennent
quelques neutres, comme forceis (fortius) M. 239, 4. 815, 2,
genceis ibid. 822, 4, GRoss. 5862, gences ibid. 7484, longeis
(longius), sordeis (sordidius) LRom. Bel aussi a un comparatif
organique, mais ce n'est pas belhor (en latin non plus bellior
n'était pas un mot usité), mais belhazor, de bellatus, bellatior 145.
Ce sont tous des adjectifs de l'emploi le plus fréquent
et qui se présentent presque tous par couples symétriquement
opposés ; une forme de gradation abrégée leur allait bien : plus
long et plus large, plus lourd et plus léger, plus jeune (voy.
à l'adjectif du vieux français) et plus vieux, plus beau et plus laid
représentent la même opposition que meilleur et plus mauvais,
66plus grand et plus petit, pour lesquels on avait presque partout
conservé l'expression organique, c) Le superlatif latin est plus
rare ; outre le pesme déjà cité on trouve aussi altisme, carisme,
fortisme (d'après l'adverbe fortismament Poés. relig.
éd. P. Meyer p. 13), prosme, moltisme GRoss., santisme.

Le provençal a pour le neutre, ce qui était déjà connu des
anciens grammairiens du pays, une forme propre, qui consiste,
comme en latin, dans l'absence de la flexion s, de là le masc.
nom. pur-s, fém. pur-a, neutre pur, ce dernier sans pluriel ;
la syntaxe renseigne sur son emploi 146. Les comparatifs neutres
des quatre anomaux sont melhs, peitz, mais, menhs 247.

On peut facilement se représenter la manière dont se comporte
l'adjectif dans les dialectes modernes d'après ce qui a été dit
à propos du substantif. La terminaison féminine a a passé maintenant
à o, ou : bouen, boueno, et les mots invariables se
rangent décidément., comme en français moderne, à cette terminaison,
de là fidelo, tristo, charmanto = franç. fidèle, triste,
charmante .

Au sujet du Catalan il faut seulement indiquer que les
adjectifs invariables ont plus souvent un féminin qu'en espagnol
(cortesa, comuna, dolsa, forta), que ce dialecte effectue la
comparaison non point avec plus mais avec magis (mes = esp.
mas) et que le superlatif latin s'y trouve (malíssim, dolentíssim).
Les anomaux sont bo, millor (optim manque) ; mal,
pitjor, péssim ; gran, major, maximo ; petit, menor,
minim .

5. Adjectif français.

a) Vieux français.

Il n'y a guère qu'à répéter, sauf divergences dialectales, ce qui
a été dit de l'adjectif provençal et, pour la déclinaison, ce qui a
été dit du substantif vieux français. On peut observer les points
suivants. Le c guttural passe au féminin, parce qu'il était en latin
suivi d'un a, à ch : blanc blanche, franc franche, sec sèche,
67frais (pour fresc) fraische. Long conserve son g guttural :
longue et non pas longe. F s'adoucit en v : nuef nueve, salf
salve
, vif vive. Grains a graime. Un exemple avec l'accent
mobile est prains prenant = prægnans prægnantem, voy.
G. Paris De l'accent 56, qui est aussi disposé à ranger dans
cette classe prud' prudent. — Les anomaux de la comparaison
sont :

tableau bon, meillor, | mal, pior, pejor, pesme | grand, maor, major, | petit, menor, merme | molt, plusor,

Les nominatifs du deuxième degré sont mieldre, pire, maire,
mendre. — On rencontre encore d'autres comparatifs organiques,
comme en provençal : ancienor, forçor, gencior,
greignor (grandior) avec le nom. graindre, hauçor (altior),
juvenor et juignur Libr. Psalm. 149 (juvenior) avec le
nom. gemvre Ren. IV, nualz (nugalius) Altrom. Sprachd.
p. 69, sordeior, neutre sordois 148. Au prov. belhazor répond
le très-ancien bellezour auquel s'ajoute encore un neutre
belais. Un exemple curieux est meror du positif mier = lat.
merus Trist. II, 133, B. Chrest. franc, gloss., car le latin
n'usait pas du comparatif merior. — Superlatifs : bonisme
(bonime LRs souvent), cherisme Ben. II, 272, dozisme,
grandisme, hautisme, proisme (non pas proïsme), saintisme.
Leur signification est en général absolue et non pas comparative.

b) Adjectif du français moderne.

La forme variable a pris avec le temps une extension considérable
aux dépens de la formé invariable : la caractéristique
peu apparente du féminin a dû venir puissamment en aide à cette
tendance. A cette classe appartiennent maintenant, outre les
exemples primitifs, les mots formés avec les suffixes al, el, ier,
ant, ent , comme final, loyal, royal, mortel, naturel, cruel,
familier, singulier, plaisant, puissant, impatient, prudent
et beaucoup d'une autre nature, comme bref, doux, fort, grand,
vert, vil ; fém. finale, loyale etc. La déclinaison est : masc.
pur, fém. pur-e, plur. pur-s, pur-es. Pour le masculin il y
68a seulement à remarquer que beau, nouveau, vieux, fou, mou
deviennent bel, nouvel, vieil, fol, mol devant les mots qui
commencent par une voyelle, mais au pluriel on a toujours
beaux, nouveaux, vieux, foux, mous, par ex. bel homme ;
ce cheval est beau 149. La plupart des mots en al font leur pluriel
en aux, un certain nombre suivent l'ancienne flexion : ainsi
égal égaux, fatal fatals, pénal pénals. Il faut observer ce
qui suit pour le féminin : a) passage du c à ch, comme dans
l'ancienne langue : blanc blanche, fran franche, sec sèche,
frais fraîche. Le son guttural du c persiste dans caduc
caduque
, grec grecque, public publique, turc turque, celui
du g dans long longue, b) Crud (aussi cru), nud (aussi nu)
syncopent le d : crue, nue ; dans verd (viridis) on a un changement
inorganique en t : verte, c) F s'adoucit ici aussi en v :
bref brève, neuf neuve, portatif portative, vif vive, d) X,
conformément à l'orthographe latine, retourne à s ou c : glorieux
glorieuse
, faux (falsus) fausse, roux (russus) rousse, doux
douce
. e) Beaucoup de mots terminés par l ou n redoublent
ces lettres au féminin, bien qu'en général le latin n'offrît point
ici de consonne double, mais la nouvelle langue est portée au
redoublement. On le constate α) dans les terminaisons el, eil,
ol, ul : bel belle, nouvel nouvelle, cruel cruelle, vermeil
vermeille
, vieil vieille, mol molle, nul nulle, aussi dans
gentil gentille ; β) dans an, ien, on : paysan paysanne,
ancien ancienne, bon bonne. S et t aussi suivent cet exemple
quand le masc. a simplifié la consonne double du latin : gras
grasse
, épais (spissus) épaisse, exprès expresse, gros grosse,
net (nitidus) nette, de même sot sotte ; au contraire ras (rasus)
rase, complet complète, dévot dévote. f) Bénin et malin
reprennent dans bénigne, maligne leur forme primitive, comp.
tome I, 418. g) La finale gu devient güe, afin de conserver le
son de l'u : aigu aigüe.

La forme invariable ne se distingue de l'autre que par la finale
e qui est aussi appliquée au masculin, elle n'affecte plus maintenant
que les terminaisons ilis et ris, comme facile, fertile,
habile, utile, aimable, faible, noble, célèbre, champêtre ;
à ces mots s'ajoutent encore ceux de la première classe dans
lesquels le masculin prend un e orthographique ou euphonique,
69comme digne, lâche, large, sauvage, aigre, âpre, ivre,
libre, pauvre, propre, simple , en outre tiède (tepidus),
roide (rigidus), sade (sapidus) et autres, dont le masculin
dans l'ancienne langue était encore distingué par s. Grand
aussi (avec une apostrophe inopportune grand') a encore devant
certains féminins sa forme invariable, comme chez les anciens :
on dit grand'chambre, croix, mère, peine, pitié, route,
rue, salle etc. Royal a gardé dans l'expression lettres royaux
pour royales l'ancienne forme invariable (Choix VI, 105).

Comparaison. 1) Elle s'opère par plus : fort, plus fort,
le plus fort, la plus forte. — 2) La comparaison organique
est réduite maintenant aux cas anomaux :

tableau bon, meilleur | mauvais, pire | grand, (majeur) | petit, moindre (mineur) | (beaucoup), plusieurs

Au sujet de mauvais et de beaucoup, originairement substantif,
voy. mon Dict. étym. Pire et moindre sont des formes du nominatif,
meilleur, majeur, mineur (fém. meilleure etc.) des
formes de l'accusatif ; majeur est remplacé presque partout par
plus grand, pire souvent par plus mauvais, moindre aussi
par plus petit. Le superlatif latin est maintenant tout à fait
éteint. Les formes du neutre sont mieux, pis, moins, plus.

6. Adjectif valaque.

Variable : 1) Masc. u ou une consonne, fém. ę : acru, acr-ę,
plur. acr-i, acr-e ; pur, pur-ę, pur-i, pur-e. Ainsi fléchissent
entre autres les mots qu'on retrouve dans les autres langues
romanes amar, aspru, blųnd (blandus), bun, cald, chiar,
crud, curt, des (densus), galbin, gras, gros, hęd (foedus),
lat, larg, lung, mult, mut, nalt (altus), negru, nou (novus),
orb, rar, roś (russus), sec, sųnt (sanctus), simplu, surd, tinęr,
umed ; il en est de même de mots qui avaient primitivement une
ou deux terminaisons, hebẻt (hebes), lin (lenis) et d'autres.
A ce propos il faut remarquer : a) Les voyelles toniques e et o
passent au féminin singulier à leurs diphthongues ea et oa,
comme des deasę, plur. deśi dese, negru neagrę, plur. negri
negre
, sec seacę. barbos barboasę, bios bioasę, gros groasę,
nou noaę, orb oarbę. b) Les terminaisons eu et el passent au
70féminin à ea, comme greu gréa, reu rea, miśel miśea, et de
là le pluriel eale : greale, reale, miśeale. c) La terminaison
féminine fait au pluriel gi : largę largi, lungę lungi.
2) Masc. iu (i n'appartient pas à la flexion), fém. e : vi-u vi-e,
vẻchi-u veach-e, lucï-u luc-e, tųrzi-u tųrzi-e, lęudętori-u
lęudętoar-e
avec la diphthongue.

L'adjectif invariable a au sing. e, au plur. i : dulc-e, dulc-i.
Ainsi limpede (plur. limpezi), mare, moale (plur. moi),
subtzire (subtilis), tare, verde (plur. verzi).

L'agglutination de l'article se pratique comme pour le substantif,
par ex. masc. sing. bunul le bon, bunului etc., plur.
bunii, bunilor ; fém. sing. buna, bunei, plur. bunele, bunelor.

La comparaison s'effectue au moyen de mai. Mais ce n'est
pas l'article, c'est le démonstratif cel, fém. cea, qui sert à
l'expression du superlatif : le comparatif est donc mai dulce,
le superlatif cel (cea) mai dulce. Les formations latines, même
les anomalies usitées ailleurs, sont inconnues.

III. Numéral.

En latin il n'est pas susceptible de flexion dans toutes ses
modalités. Les nombres cardinaux de quatre à cent sont privés de
toute flexion ; au contraire les ordinaux, distributifs, multiplicatifs,
proportionnels possèdent absolument la flexion ordinaire de
l'adjectif. Le domaine roman n'a pas conservé toutes les espèces
primitives du nom de nombre, il les confond même entre elles,
mais leur flexion a peu souffert. Parmi les nombres cardinaux
(par flexion nous entendons aussi la désignation du genre) unus
seul est partout flexible ; duo ne l'est plus qu'en portugais et en
valaque, mais il l'était d'abord plus généralement ; ambo est
décliné presque partout où il persiste ; tres dans le nord-ouest seulement ;
ducenti, trecenti etc., exclusivement au sud-ouest ; mille
au moins à l'est ; les autres espèces suivent la déclinaison de
l'adjectif. Nous n'avons donc que les nombres cardinaux à considérer.

1. Numéral italien. — Uno, fém. una. Due ne fléchit pas,
mais d'anciens auteurs distinguent le masc. dui, le fém. due, et
cette distinction persiste dans les dialectes, par ex. mil. duu,
do, piém. doui, doue, sarde duos, duas. Ambo masc. et fém.,
v.ital. ambi masc., ambe fém., sarde ambos, ambas. Tre ne
71fléchit que dans des dialectes, par ex. mil. trii, tre (comp. Biondelli
Dial. gallo-ital. I, 21). Mille a le plur. mila : dumila,
tremila etc., anc. milia. Les nombres cardinaux employés
substantivement reçoivent aussi une forme plurielle : tre dui,
due quattri, i cinqui .

2. Numéral espagnol. — Uno, una. Dos ne change pas,
mais on trouve en v.esp. le fém. duas : duas naves Alx. 425,
duas virtudes FJ. p. 11b et souvent 150. Ambos, ambas. De tres
à ciento il n'y a pas de flexion ; mais on a doscientos, as,
trecientos, as etc. Mil n'a pas de forme pour le pluriel, on dit
dos mil, tres mil.

3. Numéral portugais. — Hum, huma. Dous (aussi dois),
duas. Ambos, ambas. Cento, duzentos, as, trezentos, as
etc. ; au contraire mil, dous mil, tres mil.

4. Numéral provençal. — On trouve ici un peu plus de
mobilité dans les premiers nombres, qui distinguent aussi le cas
direct de l'oblique : uns, una, acc. un, una. Ambs (ams),
ambas avec distinction du genre mais non du cas. Dui, duas,
acc. dos, doas, en prov.mod encore dous, doues. Trei, tres,
acc. tres. Cen ; nom. plur. cen, acc. cens de 200 à 900, d'après
Raim. Vidal G Rom. 77, par conséquent dui cen, dos cens,
même le fém. dozentas GA., d'ailleurs dozens Choix V, 201.
Mil, dos mil(s), mais aussi milia ou mila : des milia lansas
GO
. 2b, melia Fer. v. 178, cinc mila GO. 72b, cent millia
diable Jfr
. 94a, tria milia 145.

5. Numéral français. — L'ancienne langue possède encore
l'arrangement du provençal : uns, une, acc. un, une. Dui,
acc. deus, dous, fém., en v.bourg. seulement, does (Burguy).
Ans, ambes. Trei, acc. treis. Vint après un pluriel vinz. Cent,
deus cents etc. Mil, deus mil, quatre milie LRs 14. —
Français moderne un, une ; (ambo manque) ; deux, trois.
Vingt (viginti) ; il fléchit après un nombre pluriel, mais seulement
lorsqu'un substantif suit : quatre-vingts (80) : quatrevingts
hommes
, quatre-vingt-deux hommes. Cent, deux
cents
(de même). Mille, deux mille invariable.

6. Numéral valaque. — Un, una et o. Doi, dóo et dỏaę.
Ambi, ambe (dat. ambilor, ambelor). Trei etc. sans flexion.
Centum est devenu ici sutę fém., de là o sutę (100), doo sute
(200). Mie également féminin, o mie (1000), doo mii (2000).
72Les noms de nombre employés comme substantifs ne fléchissent
pas.

IV. Pronom.

En latin il a, soit sa flexion propre, marquée la plupart du
temps par le génitif ius, soit la flexion ordinaire des adjectifs.
A la classe avec flexion propre appartiennent surtout les pronoms
personnels ego, tu, sui, puis ipse, hic, ille, is, iste, qui et
quis, unus, alius, ullus, nullus, alter, neuter, uter , dont la
déclinaison ne s'écarte que dans quelques occasions de celle de
l'adjectif. On range dans la seconde le possessif meus, tuus,
suus, noster, vester de même que tous les autres mots pronominaux.
Dans les langues filles tous les pronoms n'ont pas pu se
maintenir ; ainsi parmi ceux qui viennent d'être cités hic, is,
uter manquent, presque partout aussi ullus ; d'autres ont en
général été créés à nouveau par la composition, procédé qui sera
expliqué à propos de la formation des mots. Ici il n'y a proprement
à considérer que ceux qui présentent dans leur flexion
quelque trait particulier, qu'il soit ancien ou nouveau ; il semble
toutefois utile de mentionner aussi les pronoms les plus importants,
même lorsqu'ils se comportent tout à fait comme des
adjectifs.

Dans la flexion de cette catégorie du nom, les nouvelles langues
manifestent beaucoup plus de vie que dans aucune autre. Ici la
flexion n'est pas allée se perdre tout entière dans la forme de
l'accusatif ; non-seulement le nominatif a conservé en grande
partie ses droits, mais le génitif et le datif aussi ont été utilisés
dans quelques circonstances afin d'obtenir une distinction plus
nette des cas et par là une plus grande facilité d'expression.
Nous résumons ici d'une manière générale les traits caractéristiques
de la forme du pronom roman.

Il faut examiner d'abord quelques syllabes finales particulières
qui sont communes à la plupart des langues romanes. 1) Parmi
elles, la plus importante est ui, en général pour les cas obliques,
aussi cependant pour le cas direct ; elle manque aux langues du
sud-ouest et de plus au roumanche. Les cas sont : a) ital. lui,
fém. lei, plur. loro ; prov. lui, lei, lor ; franç. lui, leur ; val.
lui, lei, lor, tous appliqués au cas oblique ; b) ital. colui, costui,
cotestui , fém. colei, costei, cotestei, plur. coloro, costoro,
cotestoro pour tous les cas ; prov. celui, plur. celor ; franç.
celui, anc. cestui ; val. acelui, acestui, fém. acei, acestei,
73plur. acelor, acestor ; c) ital. prov. v.fr. val. cui seulement
pour les cas obliques du singulier et du pluriel ; coro (quorum)
n'a pas été introduit, parce que le nombre est suffisamment
marqué par celui du nom précédent qui gouverne la proposition
relative ; d) val. unui, unei, unor ; e) ital. altrui, prov.
autrui, franç. autrui, seulement pour les cas obliques du
singulier ; val. altui, altei, altor ; f) v.franç. nului, employé
comme autrui. Presque tous ces pronoms sont des pronoms substantifs.
En ce qui touche l'étymologie, le plur. oro ne fait aucune
difficulté : loro, co-loro répondent à illorum ; co-storo, cotestoro
contiennent istorum ; unor, altor proviennent de
unorum, alterorum ; à ces mots s'adjoint encore le possessif
sarde insoru ou ipsoro de ipsorum. Cela autorise à considérer
également le sing. ui comme un génitif : lui, co-stui, unui,
altrui, nului sont sortis précisément de illius, istius, unius,
alterīus, nullius par interversion de iu en ui. Mais la phonétique
ne fournit aucun exemple d'une semblable interversion
de iu, ce qui rend l'explication incertaine. Pourquoi le provençal
surtout aurait-il altéré iu qui lui était familier, et de
plus rejeté la finale s ? Avec luis il aurait même obtenu un
pendant à son féminin leis. Il est clair que le datif huic
satisfait mieux au point de vue phonétique ; le peuple a pu
l'inférer des composés illic et istic qu'il aura déclinés comme hic,
c'est-à-dire illuic, istuic, ce qui reste, à vrai dire, une simple
supposition 151. C'est dans cui seul que nous possédons une forme
évidente du datif ; le génitif cujus aurait dû donner, d'après les
règles ordinaires de formation, en ital. cujo, en prov. cuis.
Mais lui, de l'hypothétique illuic, de même que cestui de ecc'istuic
une fois établis, leur exemple a pu entraîner les autres
cas peu nombreux ; il s'est produit des formations analogiques,
dont la grammaire nous offre à coup sûr beaucoup d'exemples.
Le désaccord entre ce datif et le génitif loro ne doit pas nous
arrêter ; on a partout pris les mots qui se laissaient le plus
commodément façonner. La terminaison féminine ei doit être
rapportée au lat. æ, ainsi l'ital. lei à illæ au lieu de la forme
habituelle illi, et l'i ajouté sert à conserver la longue, comme
dans noi, voi, de nos, vos, voy. t. I, p. 185. — 2) Terminaison
i : a) ital. egli, quegli, v.esp. elli, v.port. eli surtout pour le
nominatif singulier ; b) ital. questi, v.esp. esti ; c) ital. stessi,
74v.esp. essi ; d) ital. altri, v.esp. otri, v.port. outri, pour le
singulier tout entier. Ceux-ci aussi sont des pronoms substantifs
et il semble que dans leur terminaison i, qui ne peut exister sans
raison étymologique, se cache ic, de sorte que egli, elli, eli sont
sortis de illic, questi, esti de istic, et que essi et altri ont
été formés d'après eux. La terminaison i est donc en théorie
une forme nominative, ui sert pour les autres cas du singulier,
oro pour ceux du pluriel ; mais dans la pratique ces formes
outrepassent leurs limites : l'ital. colui, par exemple, s'est
étendu aussi au nominatif, cui aux cas obliques du pluriel et
altri au singulier tout entier. On procède tout aussi arbitrairement
dans l'application de ces finales de flexion aux différents
pronoms. En italien lui, colui, costui ont parallèlement la
forme féminine ei, le pluriel oro est appliqué aux deux formes ;
mais cui et altrui n'ont ni chei, altrei, ni coro, altroro 152. —
3) Terminaison ien en esp., em en port., qui procure également
au mot un sens personnel. Les exemples sont : a) esp. quien,
75port. quem pour le lat. quis ; b) esp. alguien, port. alguem pour
aliquis ; c) port. ninguem pour nemo. Ces pronoms renvoient
évidemment par leur forme aux accusatifs latins quem, aliquem,
ne-quem et ont supplanté peu à peu le nominatif, conservé
encore dans l'ancienne langue, qui (lat. quis), et le premier a
même pris de plus le sens du pluriel ; l'esp. quien-es en a même
emprunté la forme.

Il faut seulement observer à l'égard du genre que les nouvelles
langues possèdent beaucoup de pronoms qu'on doit, parce qu'ils
répondent à des neutres latins, désigner comme neutres. Ils ont
été, soit fournis par la langue mère, soit créés par les nouvelles
langues elles-mêmes, comme l'ital. chente pour quidquid, l'esp.
nada pour nihil, le fr. beaucoup pour multum. Les premiers,
en tant qu'ils ont chacun leur forme spéciale, comme l'esp. ello
(masc. él), sont compris dans l'aperçu, donné ci-dessous, des
différentes langues ; les derniers seront traités au chapitre de la
formation des mots.

Il faut avant tout remarquer ce qui suit à l'égard des vicissitudes
des pronoms les plus importants sur le sol roman.

1. Pronoms personnels. — Les nominatifs ego, tu, nos, vos
sont communs aux six idiomes. Les groupes mecum, tecum,
secum, nobiscum, vobiscum ont trouvé accès en italien, en
espagnol et en portugais ; aussi haut que remontent les monuments
des autres langues on ne les y trouve pas.

Comme le pronom de la troisième personne sui n'a pas de
nominatif, il ne pouvait être que d'un emploi restreint, mais les
nouvelles langues qui ne pouvaient, pour accompagner le verbe,
se passer de ce cas, ont investi le représentant du sujet éloigné,
le pronom décliné ille, des droits du pronom de la troisième
personne, et n'ont presque employé l'invariable se que dans le
sens réfléchi ; mais on distingua par la forme, dans la plupart
de ces langues, les cas obliques de ille, du cas direct, en employant
pour ceux-là des formes de l'accusatif aussi bien que du génitif
et du datif : ainsi ital. egli lui, eglino loro, fém. ella lei,
elleno loro.

Il faut tout de suite mentionner ici un trait grammatical
inconnu à la langue mère, la double forme du datif et de l'accusatif.
En effet, il existe pour ces cas, outre la forme principale,
une deuxième, la plupart du temps abrégée ; elle représente
toujours un objet qu'on ne désigne pas avec force, elle est en
conséquence atone et s'adapte au verbe comme un suffixe. De
même que nous avons constaté plus haut, à propos de la formation
76des cas, des effets importants de l'accent grammatical, ici
aussi nous devons reconnaître l'influence, bien que plus modérée,
de l'accent oratoire. Le génitif est dépourvu d'une semblable
forme ; ce n'est que comme neutre de la troisième personne que
l'adverbe inde est employé dans quelques langues. On peut
nommer ces petits mots, qui apparaissent toujours en compagnie
du verbe et n'existent pas sans lui, pronoms personnels conjonctifs,
par opposition aux absolus. On remarque déjà des
abréviations du pronom personnel dans la langue des Romains,
et, en fait, il ne pouvait guère en être autrement : mi pour mihi
était assez usité ; Ennius et Lucilius ont employé me pour le
même cas. Les dérivés de ille se font très-clairement reconnaître.
Le datif illi a donné ital. gli, li, prov. v.franç. li, val. i, le
féminin illæ (pour illi), ital. esp. port. le ; l'accusatif illum
ital. esp. v.port. prov. v.franç. lo, val. lu, le féminin illam a
donné partout la, ce n'est qu'en valaque qu'on a dit o pour
illam ; le datif pluriel illis est évidemment conservé dans le
v.esp. et v.port. lis et dans le val. li, l'accusatif illos, illas
dans l'esp. v.port. prov. los, las et dans le fr. les. Néanmoins
on n'arriva nulle part à la séparation radicale de la forme
des pronoms conjonctifs et absolus, il n'est pas rare de voir le
même mot exprimer les deux rapports. On sait que ce procédé
est propre aussi à d'autres langues. Le grec ne le possédait qu'au
singulier de la première personne (ἐμοῦ et μου etc.). Il a pris plus
d'extension en slave : le serbe, par exemple, le connaît au
génitif, datif et accusatif singulier et en partie aussi au pluriel
des trois personnes (gén. acc. mène et , dat. mèni et mi etc.).
En albanais il est appliqué aux mêmes cas (gén. dat. acc. mua
et à côté me). Il manque à l'allemand littéraire, mais les patois
le connaissent (gib mir et gib mer, gibs ihnen et gibs en).
Enfin dans les langues celtiques les pronoms, tant personnels que
possessifs et relatifs, peuvent être réduits à leurs lettres radicales
et s'insérer entre d'autres mots, p. ex. irl. m pour me (je), te pour
(tu), n pour ni (nous) ; aux cas obliques ces formes abrégées
sont presque les seules employées (Zeus I, 331 ss.). — Il se produit
en outre un autre phénomène, c'est que ces pronoms, lorsqu'ils
sont appuyés au mot précédent, peuvent se dépouiller de leurs
voyelles, en sorte qu'ils n'augmentent pas le nombre des syllabes
du mot. Grâce à ce procédé, la langue acquiert une heureuse
brièveté qui est surtout appréciable pour le réfléchi lorsque ces
pronoms s'unissent à lui. C'était primitivement un trait commun
à tout le domaine roman, qui a disparu des langues écrites et ne se
77conserve plus que dans les patois. Ainsi l'on dit en prov. nous
am (fr. je ne vous aime pas) ; cat. próvas (ital. si pruova,
probatur), enamorás (s'innamorò) ;. vaud.mod. moustrau.
(mostratevi) ; mil. podém (potermi), digh (dirvi) ; parm.
perdres (perdersi) ; romagn. lassés (lasciarsi).

2. Possessif. — Meus, tuus, suus sont soumis, dans la
plupart des langues, à une contraction qui rappelle les formes
introduites en premier lieu, à ce qu'il semble, par Ennius, sam,
sos, sis pour suam, suos, suis (voy. Ritschl De tit. Mumm.
p. XV). A côté de cela cependant la forme primitive persiste
encore en partie et il en existe même des dérivés, en sorte que ce
pronom, dans quelques domaines, en esp. prov. franç., se divise
en deux. Il conserve d'ailleurs, à part certaines restrictions, sa
flexion d'adjectif. Au lieu de vester on préféra généralement la
forme voster plus en harmonie avec noster 153. Suus comme
possessif du pluriel n'est connu que de l'espagnol et du portugais
(suyo, seu), les autres langues ont pris le génitif pluriel de la
troisième personne ille et ont fait de illorum un nouveau possessif
que les dialectes de l'est, par un sentiment juste de son
origine, laissent sans flexion (ital. loro, val. lor), mais que ceux
du nord-ouest fléchissent (prov : lor, plur. souvent lors, franç.
leur leurs). Le même phénomène s'est produit en allemand.
En effet, le gothique possédait encore, comme possessif du pluriel,
seins = σφέτερος, conformément au génitif pluriel seina = σφῶν,
de sorte que sur ce point l'espagnol et le gothique concordent.
Mais le haut-allemand moderne, après l'extinction du génitif
pluriel du pronom de la troisième personne sein et avec lui du
possessif correspondant, a tiré du même cas du pronom er un
nouveau possessif ihrer ihre ihres avec flexion, comme en
français ; cependant il y a des patois qui sont encore fidèles à
l'ancien système, et qui disent die Kinder lieben seine Aeltern
pour lieben ihre Aeltern, voy. Schmeller, Bair. Mundarten,
Grimm, Gramm. IV, 341.

3. Démonstratifs. — Ipse se forme simplement, sans formes
du génitif ni du datif. Dans l'esp. ese la forme du nominatif est
encore sensible, mais l'ital. esso peut se réclamer aussi bien de
l'accusatif ipsum que de l'ancien nominatif ipsus ; dans le prov.
eis on ne peut distinguer ni l'un ni l'autre des deux cas ; le
simple est inconnu au français. Il se montre un peu affaibli dans
sa signification.78

Iste a subi en v.ital. port. esto, esp. este, prov. est le même
traitement que ipse, en valaque il est devenu ist ; ici aussi le
simple manque au français.

4. Interrogatifs et relatifs. — Dans qui quæ quod on
renonça, ainsi qu'il a été observé ci-dessus, à toute distinction
du genre et du nombre, parce qu'elle était déjà donnée par le
mot précédent, et l'on se contenta de l'expression générique que.
Quis, qui est plus fort et renferme une idée personnelle, conserva
sa voyelle (ital. chi, prov. franç. qui), mais au nord-ouest il se
mêla à la forme que ; il est invariable, comme l'allemand wer,
qui se divisait encore en gothique en deux genres (hvas, hvô). —
Cujus, a, um n'est resté usité qu'au sud-ouest et fléchit régulièrement.
Qualis, sans perdre sa fonction d'expression de
la qualité (corrélatif de talis), s'est chargé en même temps de
celle du relatif proprement dit, et dans ce cas il est partout
accompagné dans sa déclinaison de l'article. Le grec moderne
a obtenu de la même manière son relatif ὁ ὁποῖος— ille qualis.
L'allemand welcher aussi a pris, dans la langue moderne seulement,
le rôle du pronom relatif, mais sans se faire accompagner
de l'article.

1. Pronom italien

1. Personnel.

tableau sing. | io | tu | egli | ella | di me | di te | di se di lui di lei | a me | a te | a se a lui a lei | me | te | se | lui lei | plur. | noi | voi | eglino elleno | di noi | di voi | di se | di loro di loro | a noi | a voi | a se a loro a loro | se loro loro

Il y a observer : 1) Pour io (abrégé i') les anciens employaient
eo, pour noi, voi ils prononçaient nui, vui. — 2) Pour egli (ei,
e') on trouve également chez les anciens, notamment chez Dante,
elli et el, de même pour le masculin singulier tout entier ello.
3) Lui et lei, en leur qualité d'anciens datifs, se passent
parfois de la préposition a, par ex. risposi lui Inf. 1, 81 ; per
dar lui esperienza
28, 48 ; il en est de même de loro. —
4) Chez d'anciens écrivains ello ella (comme le prov. el à côté
de lui) représentent aussi le cas oblique (lui, lei), comp. e il
dimandar con ello
(lui) Par. 1, 75 ; suon di man con elle
(loro) Inf. 3, 27 ; memoria d'ella (lei) Orl. I, 75. — 5) II
79faut remarquer les nominatifs pluriels egli-no elle-no dont le
suffixe no ne peut être autre chose qu'une flexion verbale anticipée :
egli-no ama-no 154. Au lieu de ces formes on emploie
cependant aussi le simple egli ainsi que le fém. elle. — 6) L'union
avec con produit meco, teco, seco, nosco, vosco ; les deux
derniers sont vieillis. Nobiscum non noscum, vobiscum non
voscum, disait l'App. ad Probum. On trouve aussi le pléonasme
con meco etc.

Formes conjonctives.

tableau sing. | dat. | mi | ti | si | gli, li | le | acc. | lo, il | la | plur. | ci, ne | vi | loro

Remarques. — 1) Mi, ti, si, vi sont apostrophés devant toute
voyelle, ci et gli devant i seulement. — 2) Ci et vi sont
proprement des adverbes de lieu avec le sens de ici et  ; les
rapports entre le pronom et cette partie du discours sont assez
connus par d'autres langues. Le ne employé à côté de ci ne
semble cependant rien avoir de commun avec la particule ne
(lat. inde) : les phrases da inde, ama inde (ital. dà ne donne
nous, ama ne aime nous) n'expriment pas nécessairement une
tendance vers celui qui parle. Il semble bien plutôt abrégé de
nobis ou nos : pour le premier on disait en latin archaïque
d'après Festus (Müll. p. 47) nis 255. — 3) Li pour le dat. sing.
gli est vieilli, tandis qu'il est encore usité pour l'accusatif pluriel.
Autrefois tous deux étaient abrégés en i qui, avec la première
valeur, répond au prov. i : fate i saper (gli, a lui) Inf. 10,
113 ; che i fe' sozzi 7, 53, comp. cet i pour lui et lei PPS. I,
91. 128. 383 et le glossaire sur Barberino. — 4) Si une forme
terminée par i s'unit avec lo, la, li, le suivant ou avec l'adv. ne,
l'i, pour faciliter la prononciation, se change en e : melo, tela,
sene, glielo (lequel gli est alors aussi employé pour le fém. le),
cene, vene. — 5) Après une voyelle accentuée les pronoms
inclinés (de même que les adverbes ne, ci, vi) redoublent leur
consonne initiale : dammi, dirotti, levossi, dirovvi, holle,
80amolla, vanne pour dà mi etc. ; gli seul n'est pas susceptible
de ce traitement et l'on écrit avec accent dirògli. — 6) Ces petits
mots, de même qu'en provençal (voy. plus bas), sont parfois
employés chez les anciens comme suffixes : dicam. di buon cuore
PPS
. I, 138 ; chem creasti ; mille salutiv mando. Pour plus
de détails voy. les remarques de Castelvetro sur Bembo II, 85.
Ce phénomène se produit encore aujourd'hui dans des dialectes
de la Haute-Italie, voy. par ex. Choix VI, 402, comp. plus
haut p. 77.

2. Possessif.

tableau masc. | sing. | mio | tuo | suo | fém. | mia | tua | sua | plur. | miei | tuoi | suoi | mie tue | sue | nostro | vostro | loro | nostra | vostra | nostri | vostri | loro nostre | vostre

Remarques. — 1) Ces pronoms prennent, sous certaines restrictions,
l'article comme des adjectifs : il mio amore, l'amor mio.
2) Sont vieillis : meo pour mio (très-usité), toa, toi tui, soa,
soi sui ; on trouve même tio et sio formés d'après mio 156. —
3) Le pluriel diphthongué miei a suscité aussi dans tuoi, suoi
une diphthongue qui est proprement irrégulière. Mieis pour
meis se trouve déjà dans une inscription latine vers 600 après
J.-C. (Orelli n. 554). — 4) L'enclise abrégeait dans l'ancienne
langue mio, tuo, suo en mo, to, so : ainsi dans pádremo,
marítoto, mámmata, signorso, suorsa pour padre mio,
marito tuo, mamma tua, signor suo, suor sua ; aucune des
langues de la même famille ne connaît cet usage.

3. Démonstratifs. Esso (il), esto arch. avec questo (celui-ci),
cotesto (ce), de même que quello (celui-là), fléchissent régulièrement,
sauf que quello est traité comme l'adjectif bello (p. 61).
Desso (le même) n'est usité qu'au nom. sing. et plur. des deux
genres, stesso (même) est complet. Les pronoms substantifs
costui (cet homme), cotestui (cet homme-là), colui (celui-là),
ont une flexion spéciale, déjà mentionnée plus haut :

tableau masc. | sing. | costui | fém. | costei | plur. | costoro

et de la même manière cotestui, -ei, -oro, colui, -ei, -oro .
Ils ont cependant encore un second nominatif singulier : questi,
cotesti, quegli , qui, à en juger par le rapport semblable entre
egli et lui, devait être primitivement le seul nominatif (voy. plus
81haut p. 74). A quegli s'ajoute encore le pluriel vieilli queglino,
fém. quelleno ; il n'y a pas d'exemple de questino, cotestino.
On a comme démonstratif neutre ciò.

4. Interrogatifs et relatifs. Ce sont : che (lequel), chi (celui
qui, qui), tous deux sans flexion de genre ni de nombre (gén.
di che, di chi etc.) ; cui est employé pour le cas oblique du
singulier et du pluriel (gén. di cui, dat. a cui ou dans les deux
cas simplement cui) ; quale régulier (plur. quali quai qua'),
avec l'article relatif, sans lui interrogatif.

5. Le pronom altro a comme quello deux formes parallèles,
mais différemment traitées, quand il est pris substantivement :
altri (un autre homme) restreint, d'après l'usage habituel, au
cas direct du singulier ; altrui au cas oblique du singulier et du
pluriel et employé aussi, avec élégance, comme cui, sans di ni
a. Ogni (omnis) des deux genres n'a plus aujourd'hui le pluriel
que les anciens lui accordaient encore et qui persiste dans le
composé ognissanti ; les formes telles que onni, onne, ogne,
ogna (ogna cortesia dans Jacomino De Babil.) sont tout à fait
éteintes. Chente (quel), vieilli, a le pluriel chenti. Les pronoms
composés avec che et que, qualche (quelque), qualunque
(quelconque), quantunque (combien), ne varient pas au pluriel ;
chiunque (qui que ce soit) n'est usité qu'au singulier. Parecchi
(quelques) est employé pour les deux genres, et on a de plus une
forme féminine spéciale parecchie.

2. Pronom espagnol.

1. Personnel

tableau sing. | yo | tú | él | ella | ello (neutre) | de mí | de tí | de sí | de él | de ella | de ello | á mí | á tí | á sí | á él á ella | á ello | mí | tí | sí | ello | plur. | nos | vos | ellos | ellas | de nos | de vos | de ellos | de ellas | á nos | á vos | á ellos | á ellas

Remarques. — 1) L'accusatif n'apparaît plus qu'accompagné
d'une préposition ; dans le cas d'une dépendance directe du verbe
c'est la. préposition du datif qu'on emploie, ainsi amo á tí et non
amo tí 157. — 2) La langue moderne a allongé nos et vos en
82nosotros et vosotros (fém. -as), expression qui ailleurs n'est pas
sans exemple, mais n'y est pas devenue de règle ; on se contentait
autrefois du mot simple, et il en est de même encore dans le style
de chancellerie. — 3) Él est apocopé de l'ancien elle ou ele
(voy. les glossaires de Sanchez), pour lequel on trouve aussi
elli = ital. egli Bc. Sil. 20 etc. Pour de él on emploie aussi
bien le composé dél et aussi della, dello. — 4) L'union avec
con donne le pléonasme qui nous est déjà connu par l'italien
conmigo, contigo, consigo, v.esp. aussi conusco (nobisc.) et
convusco.

Pronoms personnels conjonctifs.

tableau sing. | dat. | me | te | se | le | le (la) | le (neutre) | acc. | la | lo (neutre) | plur. | nos | os | les | los (les) | las

1) Vos pour la forme abrégée os est vieilli : non vos osariemos
abrir PC
. 44, pedirvos 133, non vos puet valer Bc,
Mil. 202, preguntarvos 248, contarvos Duel. 28, fablarvos
Rz
. 5 ; on trouve encore au XVe siècle vos à côté de os. —
2) Les datifs le et les étaient, sous leur ancienne forme li et lis,
plus rapprochés du lat. illi illis : dandoli FJ. p. IIa, pedirli
IXa, guardabali Bc. Sil. 24 et souvent ; lis ibid. 25, Loor 60
(comp. Choix VI, 151). Ils sont devenus aussi, conformément
à une autre prononciation, ge, je, ges, jes. — 3) L'accusatif
singulier le pour lo (lat. illum), qui répond mieux aux lois
phoniques, est une forme dissimilatrice vis-à-vis du neutre lo.
Mais l'ancienne langue l'employait encore comme masculin :
exienlo ver PC. 16, non lo detienen 656, judguestilo Bc.
Mil. 230. De ce le est sortie la forme parallèle très-usitée les
pour los. Mais la forme la, encore plus usitée pour le datif
féminin le, ne peut être justifiée à aucun point de vue grammatical.
4) C'est une raison d'euphonie qui a déterminé la règle
que le, lo, la, les, los, las sont échangés contre se devant les
petits mots enclitiques commençant par une l : sela pour lela,
selas pour leslas 158. — 5) L'ancienne langue jouissait encore de
la liberté d'employer comme suffixes, à la façon provençale, avec
suppression de e ou o, me, te, se, le, lo : todom lo pechard
PC
, quet pudo engendrar Alx., ques casaren FJ., nol coge,
la manol va besar PC, quel fara pro Cal. é D., fizol,
83dixol Bc, libról, diól CLuc. On usa largement de ce privilège
jusque dans le XIVe siècle. Mais on trouve même encore au
XVe siècle des exemples de la troisième personne, comme quel
(que lo) despoje JMen. Coron. 43, nol pude hablar, nol
dexan Cane, gen.

2. Le possessif a deux formes ; la primitive est :

tableau masc. | mio, | tuyo, | suyo | fém. | mia, | tuya, | suya | nuestro, | vuestro, | nuestra, | vuestra,

avec lé pluriel régulier. — Remarque. Pour nuestro, vuestro
il existe une forme moins noble nueso, vueso.

Une abréviation sans genre et sans article est :

tableau mi, plur. mis, | tu, plur. tus, | su, plur. sus.

Il faut seulement observer ici que les anciens employaient to, so
plur. tos, sos (voy. les glossaires de Sanchez) et même à la
manière provençale sa pour su, voy. Choix VI, 166.

3. Démonstratifs. Ese et aquese (celui-là), este et aqueste
(celui-ci), parmi lesquels aquese et aqueste sont toutefois
vieillis, fléchissent de la manière suivante :

tableau masc. sing. ese | fém. esa | neutre eso | plur. | esos | esas

Él (celui) se décline comme l'article, c'est-à-dire :

tableau masc. sing. él | fém. la | neutre lo | plur. | los | las

Il en est de même de aquel, aquella, aquello, plur. aquellos,
aquellas. — Remarques. 1) Au v.esp. elli répond ici aussi un
nominatif et accusatif essi Bc. Sil. 15 et souvent, de même esti
= ital. questi FJ. p. IIb, Bc. Mill. 20. — 2) Les anciens se
servaient encore pour él de la forme plus complète ello, par ex.
ello mal FJ. 108b, ela maldat XIIIa, non governaven elos
poblos que los
(les) eran dados Va, ellas cosas, las quales
etc
. Vb.

4. Interrogatifs et relatifs. Que sans flexion ; quien (celui qui,
qui), plur. quien et quienes ; qual, plur. quales, commun
(neutre lo qual), avec l'article, relatif, sans lui, interrogatif ;
cuyo (dont) fléchit comme un adjectif. — Remarque. Qui (lat.
quis), dont la place est prise maintenant par quien, est éteint,
mais les anciens l'employaient avec une valeur égale soit à l'ital.
chi soit à che : qui qui ? PC. 707, Bc. Sil. 246, Mil. 108,
Mill. 55, sans interrogation Alx. 94, el qui la faze FJ. Ia,
comp. 22b, los qui Bc. Sil. 138, en qui personnel, Sil. 288,
Mil. 143, neutre ibid. 19, Mis. 6.

5. A l'ital. altri répond le v.esp. otri, qui était usité aussi
84bien au cas oblique qu'au cas direct, par ex. d'otri FJ. 61b,
a otri 10a, por otri 31a. Le lat. alius n'a laissé à l'espagnol
que le neutre archaïque al, voy. à ce sujet mon Dict. étym. I.
Le simple uno et ses composés alguno et ninguno sont
abrégés en un devant leur substantif. Alguien (quelqu'un),
cada (chaque), nadie (personne), de même que les archaïques
qualque (quelqu'un), quisque (chaque), sont communs et sans
pluriel.

3. Pronom portugais.

1. Personnel.

tableau sing. | eu | tu | elle | ella | de mim | de ti | de si | delle | della | a mim | a ti | a si | a elle | a ella | mim | ti | si | plur. | nos | vos | elles | ellas | de nos | de vos | delles | dellas | a nos | a vos | a elles | a ellas

Il y a à rappeler ici : 1) La comparaison de ce tableau avec celui
du pronom espagnol révèle l'absence du neutre ello (ou illo ?),
qui, toutefois, était encore connu de l'ancienne langue au moins
dans le groupe nello (= nisso, c'est-à-dire no tal negocio
SRos.). — 2) Pour mia Berceo emploie mieña = port. minha,
qui n'est pas proprement espagnol. Diniz écrit aussi ieu pour
eu, c'est certainement un provençalisme, car le portugais ne
diphthongue pas e. — 3) Mim est en contradiction évidente avec
ti et si ; les anciens employaient encore mi ou mhi rimant en i
pur, SRos. I, 298, Canc. ined. souvent, même des classiques
comme Camoens, par ex. Lus. 1, 64, et la cause qui a limité la
nasalisation à la seule première personne reste énigmatique.
Pour assigner cette action sur la voyelle suivante à l'm initiale,
au moins faudrait-il signaler un cas correspondant dans cette
langue. Comp. plus bas le possessif. — 4) L'abréviation espagnole
él était aussi usitée à côté de elle, par ex. FGuard.,
FGrav. souvent ; on rencontre aussi çà et là eli ( = v.esp. elli,
voy. ci-dessus p. 83), comme dans le FGrav. 381, d'elli 385.
5) Si elle s'unit à em (lat. in), ce dernier perd sa voyelle et
il en résulte les formes nelle nelles, nella nellas (en le =
nelle, voy. SRos.). — 6) Commigo comigo, comtigo, comsigo,
comnosco, comvosco persistent tous ; les simples migo
etc. sont vieillis.85

Conjonctifs.

tableau sing. | dat. | me | te | se | lhe | acc. | o | a | plur. | nos | vos | lhes | os | as

Remarques. — 1) Pour lhe et lhes on trouve les formes anciennes
lhi lhis — v.esp. li lis. Ex. li FGrav. 375, FSant. 538. 576,
FTorr. 615, dar-lhy-am FMart, 588, lhis SRos. I, 68, 272,
FSant. 542, FBej. 459. — 2) Le sing. lhe au lieu du plur. lhes
n'est pas sans exemple, ainsi surtout chez Camoens. — 3) Les
accusatifs o a, os as proviennent par la chute de l'l de lo la, los
las
(comp. l'article) et se rencontrent encore souvent sous cette
dernière forme chez les anciens : que lhe lo confirme SRos.
I, 145, e sello (= se lo) negar FGrav. 382, que lla Canc.
ined. 44a, lle la 46b, metemola SRos. I, 165, se no los deos
der
162, pusemolas 368. Cette l s'est encore conservée dans
les cas suivants : a) dans l'union avec se précédent : selo selos,
sela selas, ensuite avec nos, vos et la particule eis (voici), dont
l's tombe devant l : nolo nola, nolos nolas, volo vola, volos
volas
, eilo eila, eilos eilas pour noslo etc. ; b) dans le même
rapport avec le verbe : on dit amálo, amamola, amailas pour
amarlo, amamosla, amaislas (voy. à la conjugaison). Toutefois
après un son nasal elle se change en n : amãono, amavãona,
amemnos pour amãolo, amavãola, amemlos 159. — 4) Si
me, te, lhe, lhes se combinent avec o, a, os, as, l'e et l's sont
élidés : mo ma, mos mas, to ta, tos tas, lho lha, lhos lhas
au lieu de me o, me a, me os, me as etc. ; plus anciennement
on avait encore lhe lo pour lho, lhe la pour lha etc. — Au
sujet de divers autres archaïsmes qu'on peut constater pour le
pronom, voy. Altport. Kunst- und Hofpoesie 111-114 260.

2. Possessif.

tableau masc. | meu, | teu, | seu | fém. | minha, | tua, | sua | nosso, | vosso, | nossa, | vossa,

avec pluriel régulier. Sur son rapport avec l'article, voyez la
syntaxe. — Remarques : 1) Il y avait encore anciennement
86une forme mia à côté de minha : com mia molher SRos. II,
222, mia morte Canc. ined. 43, mias gentes FGrav. 291
et souvent, écrite aussi mha (mha filla SRos. II, 19), avec
laquelle minha qu'on trouve chez don Diniz et qui est toujours
traité comme monosyllabe doit être identique. Minha est évidemment
en connexion avec mim, gén. de eu, et il est probable
que le masc. meu a été protégé par son e contre ce renforcement
de forme 161. — 2) Une forme répondant non à la forme espagnole,
mais à la provençale, qui n'existe plus maintenant mais qui était
autrefois très-usitée comme abréviation, est ma, sa (ta manque) ;
ces deux mots s'emploient avec ou sans article devant le substantif.
Ex. mas fillas FGuard. 399, sa molher FMart. 581, sa
alma Canc. ined
. 41a, sa ira 54a, na sa casa FTorr. 635,
as sas cousas ibid. 611, das sas obras FMart. 605. — 3) Les
formes syncopées nosso, vosso sont de toute ancienneté ; on
trouverait difficilement nostro, vostro.

3. Démonstratifs. Esse (celui-là), este avec l'archaïque
aqueste (celui-ci), aquelle (celui-là) se déclinent de la manière
suivante :

tableau masc. sing. esse | fém. essa | neutre isso | plur. | esses | essas

Les génitifs sont desse desses, dessa dessas, disso. De même
aussi este, esta, isto ; aquelle, aquella, aquillo (dat. quelquefois
áquelle pour a aquelle). Au démonstratif espagnol él
répondent ici o a, os as ; il va de soi que les anciens employaient
à leur place lo la, los las ou aussi el, par ex. el de sa casa
FBej
. 484. Après un son nasal l se change encore ici en n :
com nos de mia corte FGrav. 391. — Remarques. 1) La préposition
em prend comme préfixe la même forme que devant
elle, ainsi nesse, neste, naquelle etc. — 2) Il faut remarquer
les neutres isso, isto, aquisto, aquillo, qui sont caractérisés,
outre la finale o, par le changement de la voyelle radicale en i,
procédé auquel on peut comparer tudo de todo : nous observerons
plus bas ce même trait de flexion intérieure à propos du
verbe (tive teve, puz poz). Cette flexion ne provient nulle part
des lettres latines ; il faut la regarder comme une méthode créée
par la langue pour distinguer les formes avec plus de précision.
Pour i le Canc. ined. emploie du reste encore e : esto 43b, 44a,
aquesto 44b etc.87

4. Interrogatifs et relatifs. Que (lequel) ; quem (qui) avec la
même forme au pluriel (non pas quens = esp. quienes) ; qual,
plur. quaes, avec l'article, relatif, sans lui, interrogatif ; cujo
cuja
, cujos cujas (dont). — Remarque. Qui, comme en espagnol,
appartient aux archaïsmes : qui ffilhos ouver se trouve, par
exemple, dans un ancien texte juridique, SRos. II, 112.

5. Le v.port. outri répond à l'esp. otri et à l'ital. altri et
s'emploie aussi aux cas obliques : per razom d'outri FSant.
558, a outri FGrav. 392, por sy ou por outri FSant. 564.
Alguem (quelqu'un), ninguem (personne), outrem (un autre
homme), cada (chaque) ont les mêmes formes pour les deux
genres et sont dépourvus de pluriel. Todo a le fém. toda, le
neutre tudo. Le masc. tudo et le fém. tuda ne sont plus usités,
voy. FSant. 534, FGuard. 442 ; tudo comme neutre semble
manquer encore à d'autres anciens textes, voy. Port. Kunstund
Hofpoesie
115.

4. Pronom provençal.

1. Personnel.

tableau sg. | eu, ieu | tu | elh | elha, ilh, leis | de me, -i | de te, -i | de se, -i | d'elh, de lui | d'elha, de lei(s) | a me, -i | a te, -i | a se, -i | a elh, a lui | a elha, a lei(s) | me, mi | te, ti | se, si | elh, a lui | elha, lei(s) | pl | nos | vos | elhs, ilh | elhas | de nos | de vos | d'elhs, de lor | d'elhas, de lor | a nos | a vos | a elhs, a lor | a elhas, a lor | elhs, lor, lur | elhas, lor

Remarques. — 1) Pour la troisième personne il faut signaler
encore le neutre o (lat. hoc), d'un radical différent, par ex. s'ilh
es folha
, ja ieu non o serai . Il est quelque fois aussi remplacé
par lo = franç. le. — 2) Me, te, se et mi, ti, si sont des
formes également autorisées. Boèce et la Passion du Christ
ne connaissent que me, te. Chez les lyriques on rencontre (à
la rime) aussi bien e que i, Guill. de Poitiers par ex. a mi,
Bern. de Ventadour partout me, te, se, Jaufre Rudel mi, si,
Folq. de Marseille mi, mais dans la même strophe se Choix III,
161. A tout prendre la forme en e paraît prédominer, elle est en
même temps la forme catalane et française. — 3) Tu pour te
dépendant de prépositions (à peine lorsqu'il est indépendant,
comme IV, 289) est un abus qui se rencontre chez des poètes
d'époques diverses et auquel le provençal moderne offre un pendant
pour la première personne (cf. plus bas p. 94). Voyez
88des exemples Choix IV, 303. 395. 398. 435. 443, LRom. I,
473, GRiq. p. 67. 100, GRoss. 5885. — 4) Nos en et vos en
peuvent s'abréger en non et von. — 5) Dans le pronom de la
troisième personne elh elha, d'après une autre orthographe el
ela
, se rencontrent les méthodes espagnole et italienne : il se
décline tant avec lui-même qu'avec lui ; il a de plus au nom.
plur. masc. et au nom. sing. fém. la forme, déjà mentionnée à
propos de l'article, ilh (il). — 6) Pour le fém. lei on emploie bien
plus habituellement leis, diphthongué lieis, qui, contrairement
à lui, est aussi employé régulièrement au nominatif 162. On trouve
dans Agnes (Bartsch au vers 442) lui pour le fém. leis, le
même mot ou proprement lu dans Seneca (Bartsch Denkm.
p. 333), comp. le pronom vieux français. — 7) A côté de lor
on emploie aussi beaucoup lur, bien que la forme en soit moins
correcte ; toutefois la poésie lyrique semble l'éviter à la rime.
8) La composition avec cum (mecum) est éteinte ; cette
préposition est du reste hors d'usage.

Conjonctifs.

tableau sing. | dat. | mi, me | ti, te | si, se | li, ill | acc. | lo | la | Plur. | nos | vos | lor | los | las

Remarques. — 1) Mi, ti, si s'emploient aussi bien que me, te,
se . Ce qui fait la différence entre la forme absolue et la forme
conjonctive, c'est moins la voyelle que l'accentuation de la
voyelle. Ainsi dans Boèce à côté de l'absolu me 130 se trouve le
conjonctif identique me 197. Dans la Pass. du Christ à côté de
l'abs. se 16 etc. se place le conj. ti 38. Bernard de Ventadour,
qui ne connaît que la forme absolue avec e, emploie (au moins
dans nos textes) pour le rapport conjonctif aussi bien mi que
me, comp. par ex. Choix III, 58. 59. — 2) Ici, comme en
italien, les voyelles finales tombent devant les voyelles, dans li
cela se produit non-seulement devant i mais devant toute voyelle
(l'avia faicha Choix V, 86, l'es ops III, 373). Mais un fait
d'une haute importance est que mi, ti, si, nos, vos, lo, los,
par une agglutination à une voyelle précédente, perdent leur
propre voyelle, de sorte qu'il ne reste que les consonnes m, t, s,
ns, vs (résolu en us), l, ls. Ex. en qual guisam fui natz ;
89sim ten pres ; ieum tuelh mon dreit ; d'amar not defes ;
nos pot partir ; ques fan irai ; quens (que nos) ac amor ;
queus (que vos) vulhatz ; queus am eus servis ; trobal ;
quel veiran (non pas qu'el veiran, comme on l'écrit) ; nols
er perdonat ; comp. la remarque 2 sur l'article provençal. Ils
s'adaptent rarement à une n indifférente, comme dans rompons
Ch
. I, 182, ou à une r, comme dans valerm degra III, 23,
a valors cové IV, 81 163. Cette abréviation résulte des lois de
formation de la langue provençale ; ces petits mots, en perdant
par enclise leur existence propre, devaient se soumettre, en
leur qualité de finales atones, à la loi générale de la chute
médiale et finale des voyelles atones : guísame, síme, nólos
devaient se réduire à guisam, sim, nols. Cette abréviation
enclitique des pronoms n'est cependant pas nécessaire : on pouvait
se servir des formes complètes ou des deux formes alternativement,
par ex. en tal dompna mi fai amors entendre
III, 420 ; car laus ai lauzada e car la vos ai ensenhada LR.
I, 340 ; quo vos am eus vuelh I, 423. — 3) Le datif li ou ill
dérivé de illi perd également sa voyelle par enclise, par ex. nol
remá Boèce 137, al donat LR. I, 85a, quel lavet sos pes
B. 67 ; cependant ilh n'a par lui-même aucune existence, parce
que i ne fait qu'exprimer le mouillement : dans noill tanh il faut
prononcer nolh, non pas no-ilh avec i sonore (Bartsch Jahrb.
VI, 346). Si lo ou la précèdent on emploie i pour li ou ilh
comme suffixe enclitique : loy defen, lay presen, cependant
lo li, la li n'est pas interdit, comp. lo li rendria Choix I, 178 ;
lo li tol LR. I, 545a (le li tol B. 207) 264.

Le possessif a deux formes comme en espagnol. La forme
primitive, celle qui se rapproche le plus du latin, est :

tableau masc. | sing. | nom. | mieus, | tieus, | sieus | fém. | mia, | tua, | sua | acc. | mieu, | tieu, | sieu90

tableau plur. | nom. | miei, | tiei, | siei | mias, | tuas, | suas | acc. | mieus, | tieus, | sieus

De plus un neutre mieu, tieu, sieu, par ex. aco es mieu « cela
est à moi ». Pour la possession du pluriel :

tableau nostre, | vostre, | lor ; | nostra, | vostra, | lor.

Remarques. — 1) Teu, seu sont évidemment des formes inorganiques
produites par meu, formations qui se présentent aussi
dans l'ital. tio sio p. 81. C'est également sur mia que sont
formés tia, sia ; mais ils ne sont toutefois pas proprement entrés
dans l'usage, voy. par ex. Jfr. 99b. 117b, Brev. d'am., Leys
II, 218. En outre on rencontre, surtout chez les prosateurs, pour
les trois personnes le fém. mieua, tieua, sieua 165. — 2) A côté
du pluriel miei, tiei, siei on emploie encore le pluriel basé sur l'u
du singulier mieu, tieu, sieu. Le développement conforme aux
lois de la langue aurait été mei, toi, soi : toi voy. l'Évangile
de Jean éd. Hofm., soi Boèce 63, tous deux Pass. 15. 17. 91.
3) Pour nostre, vostre au nom. sing. on écrit souvent
nostres, vostres. Nos pour nostre, vos pour vostre se rencontrent
rarement et sont sans doute des gallicismes. — 4) Lor,
dont une forme parallèle lur est fort usitée (comp. par ex. com,
et cum de quomodo), devait, en raison de son origine, rejeter
toute flexion, et c'est ce qu'il fait aussi dans la règle ; mais il
n'est pas rare de le voir suivre l'exemple d'autres pronoms et
l'on trouve ainsi lo mons es lurs (pour lur), lurs coplas ; dans
les Leys II, 218, las lors est donné comme correct en contradiction
avec le classique las lor Choix IV, 295.

La forme abrégée du possessif est :

tableau masc. | sing. | nom. | mos, | tos, | sos | Fém. | ma, | ta, | sa | acc. | mon, | ton, | son | plur. | mas, | tas, | sas

La forme double résulte de la différence de l'accentuation : la
première se base sur la voyelle radicale accentuée du mot latin
et devient par là elle-même une forme accentuée, la seconde
s'appuie sur la voyelle de flexion atone et conséquemment est
atone. — Remarques. 1) Dans mon, ton, son l'n est indifférente.
Elle reste intacte devant les voyelles, elle peut tomber devant
les consonnes, elle doit, d'après la prescription des Leys II, 226,
91tomber devant certaines d'entre elles, f, m, n, s, v, mais les
manuscrits ne connaissent rien de cette règle : on y lit ton
mandamen
, ton senhor, mon veiaire etc. — 2) Ma, ta, sa
sont quelquefois apostrophés, et cela paraît se produire surtout
devant a : m'amor, m'arma, s'anta, mais aussi devant d'autres
voyelles, par ex. s'onors et s'onor Boèce, m'esperansa Choix
III, 178.

3. Démonstratifs. Ceux qui sont composés avec iste, est, cest
et aquest (celui-ci) fléchissent de la manière suivante :

tableau masc. | sing. | nom. | est | fém. | esta, ist | acc. est | esta | plur. | est, ist | estas | acc. | ests

Ceux qui sont composés avec ille, cel, aicel, aquel (celui-là)
sont un peu plus riches en formes :

tableau masc. | sing. | nom. | celh, celui | fém. | celha, cilh | acc. | celha, celeis | plur. | celhs, cilh | celhas | celhs, celor | celhas, celor

Remarques. 1) On a de plus les neutres so, aisso = ital. ciò, de
même aco. — 2) L'orthographe sest, sel, aissel est très-usitée,
sans mouillement cel, cela etc. — 3) Celor est rare, voy. GO.
Aicelui
et aquelui aussi paraissent peu usités, on a un exemple
du second Choix V, 440. — 4) Il faut remarquer l'échange
flexionnel entre e et i dans est ist, cest cist, aquest aquist, cel
cil
, aicel aicil, aquel aquil ; c'est un fait de flexion : on ne
trouve rien dans les lois phoniques qui puisse l'avoir déterminé 166.

4. Interrogatifs et relatifs. Qui et que sont employés à chaque
genre, nombre et cas, mais qui, comme relatif, l'est à peine à
l'accusatif (Crist qui claman Choix V, 12 pour cui), mais bien
après une préposition. Cui au cas oblique singulier et pluriel.
92Exemples tirés de Boèce : masc. nom. sing. qui relat. 17 ss.,
que 146 ; acc. que 102. 192 (neutre 89), cui 29, per cui 3,
gén. cui 76 ss. ; nom. plur. qui 172. 226 ss., que 70 ; acc. que
199. Fém. nom. sing. qui 147. 192. 206 ; acc. que 86. 152 ;
nom. plur. 77. Quals (cals) Boèce 149. 216, aussi sans s qual,
acc. qual, nom. plur. quals qual, acc. quals. Quinh, quinha
(mot plus rare).

5. Autrui (on trouve abusivement, mais malgré cela très-souvent,
devant un pluriel, autruis : dels autruis peccatz LR. I,
449, los autruis bes G A. 3542) se rencontre à peine au nominatif
(LR. II, 44, mais au lieu d'altrui le Choix III, 80, donne altre),
au génitif et au datif généralement sans préposition. Le neutre
al (aliud), qui existe en espagnol, se montre aussi sous la forme
paragogiqne als, dont l's a un sens adverbial, comme dans
alques (aliquid). Totz nom. sing., acc. tot, nom. plur. tuit
(tug) ; fém. tota, totas. Qualsque, acc. qualque. Quecx
(chacun), acc. quec ; un féminin quega chez Arn. de Marueil
Prov. Les. 66, 48. Le synonyme cac ne fléchit pas, on trouve
un féminin quaqua dans Jfr. 149a. Cada aussi est indéclinable
et restreint comme les deux autres au singulier.

Il nous reste encore une observation spéciale à faire à propos
de la flexion pronominale. Il est établi que le signe du plur.
de la deuxième déclinaison latine, i, tombe en provençal. Le pronom
présente à cette règle une exception qui a été peut-être
causée par la forme de l'article li, car tous les exemples sont
limités au nominatif pluriel. En effet, miei, toi, soi ne s'expliquent
que par le latin mei, tui, sui. Dans tuit l'attraction
de tuti (lat. toti) est palpable ; dans le lombard tucc aussi i s'est
fondu avec le thème du mot. Mais on trouve aussi eli G A.
(toujours disyll., il ne faut donc pas prononcer elh), esti Choix
V, 109, nostri IV, 212, GA. 1078, et vostri GA. 4405, B.
105, 23. Altri, avec ou sans substantif, n'est pas sans exemple,
par ex. Choix IV, 71, G A. 4833 etc., GRiq. 250, B. 165,
Leys d'am. souvent ; li uni GA. 1267. 3978. Le dernier texte,
qui dit eli, altri, uni, dit même ainsi morti et prizi, par ex.
v. 385, et la Poétique de Toulouse qui, dans ce cas, il est vrai,
n'est plus compétente, semble concéder de semblables creysshemens
pour tous les adjectifs, voy. II, 204. On trouve encore
plus d'exemples de cette sorte de flexion vocalique dans le
dialecte vaudois, qui traite ainsi non-seulement des pronoms et
des adjectifs, comme dans les pluriels illi, aquisti, moti, tanti,
digni , mais aussi quelquefois des substantifs, comp. braci
(disyll.) pour bratz GA. 7206.93

En provençal moderne le pronom personnel a considérablement
souffert. Yeou, tu, eou (ille), ellou s'emploient aussi
comme cas obliques, p. ex. de yeou, a yeou, per yeou, de tu,
a tu, d'eou, a eou . Pour nos, vos, on se sert beaucoup de
nos autres, vos autres ; de là sont sortis dans le dialecte de
Nice les formes inséparables nautre (franç. nous), vautre
(franç. vous). Les conjonctifs sont : dat. sing. me, te, li, acc.
me, te, lou, la ; dat. plur. nous, vous, li, li (au lieu de lor),
acc. nous, vous, leis, leis (franç. les) ; réfl. se 167. L'enclise des
pronoms à la façon ancienne n'a plus lieu dans le dialecte provençal
proprement dit, mais en Navarre elle s'est conservée dans
les formes m, t, s, ns, b (= v). — Les possessifs sont : 1) míoune,
tíoune, síoune , fém. míouno et même mievo etc. 2) Moun,
toun, soun , fém. ma, ta, sa (devant les voyelles on a la forme
masculine toun arribadou = franç. ton arrivée), plur. masc.
et fém. meis, teis, seis. Noste, voste, plur. nosteis, vosteis,
de même nos, vos. — Les démonstratifs sont aqués, fém.
aquestou, plur. aquesteis ; aqueou, devant les voyelles aquel,
fém. aquelou, plur. aqueleis etc.

Dans l'ancienne langue catalane, dans Ramon Muntaner,
par exemple, le pronom personnel est yo (chez d'autres jo), tu,
ell, ella , acc. mi ti (mais de tu, per tu etc.), ell, ella (de ell
= dell
), pl. nos, vos, ells, elles, mais il y a de plus à observer
le prov. leys pour l'acc. ella. Conjunctifs : dat. sing. me, te,
li, li, acc. me, te, lo, la ; dat. et acc. plur. nos, vos, los, les.
Les affixes sont, comme en provençal, m, t, s, l, ns, us, ls et
s'emploient encore maintenant ; on trouve aussi y pour le dat. li,
par exemple atorgaren loy, lay. — Les deux possessifs sont
également provençaux : 1) Meu, teu, seu, plur. meus etc. fém.
mia, tua, sua, catal.mod. meva, teva, seva = pr. mieua etc.
Nostre, vostre, lur (plur. lurs) ; pour le dernier on a en
cat.mod. son et aussi l'esp. su. Plus tard nostron, vostron
furent formés sur le modèle de la forme possessive qui suit, de
même en dauphinois notron, votron. 2) Mon, ton, son, plur.
mos, tos, sos ; fém. ma, ta, sa, plur. mes, tes, ses. — Démonstratifs :
est, esta, plur. ests, estes ; aquest, aquesta, plur.
aquests (aquestos), aquestes ; aquell, aquella, plur. aquells,
aquelles. — Relatifs : nom. sing. plur. qui, acc. que ; quin,
quina. — Parmi les autres pronoms, il faut relever tots, tota,
plur. masc. nom. tuyt et tots, acc. totz, fém. totes.94

5. Pronom français.

a) Vieux français.

1. Personnels.

tableau sing. jeo, jo, je etc. | tu | il | ele | de mi etc. | de ti etc. | de si etc. | de lui | de lei, de lui | a mi etc. | a ti etc. | a si etc. | a lui | a lei, a lui | mi, moi, mei | ti, toi, tei | si, soi, sei | lui | lei, lui | plur. | nos | vos | il (els) | eles | de nos | de vos | d'els | d'eles | a nos | a vos | a si | a els | a eles | si | els

Remarques. 1) La langue débute avec les formes éo (ego) dans
les Serments, io ibid. et dans le Fragm. de Val. Cet éo s'est
ensuite diphthongué en iéo, de là jéo (assonne avec bien, par
ex. dans Gormond v. 365), enfin soit jo, soit je. Suivant les
dialectes, bourg. ju (je déjà dans SB.), pic. jou, norm. jeo, jo,
qui, du reste, se confondent déjà. — 2) Mi, ti, si sont bourguignons
(le premier dans les Serments), moi, toi, soi picards,
mei, tei, sei normands. — 3) Pour le bourg. nos ou nous, norm.
nus, les textes picards emploient au nom. no, au cas oblique nos,
et de même vo, vos, distinction inorganique qui se présente aussi
au plur. homme, hommes. — 4) Vos s'abrège quelquefois par
agglutination en os (ous), par ex. tant qu'os (que vos) saciez ;
s'ous (si vous) i ales ; n'os (ne vos), voy. Choix VI, 159.
Il faut même quelquefois lire os ce qui est écrit vos, par ex.
Ben. v. 2892. 2895. 2900. — 5) La déclinaison de la troisième
personne diffère considérablement de la déclinaison provençale.
Les cas obliques du singulier sont aux deux genres absolument
basés sur les formes du datif lui lei, ceux du pluriel sur les
formes accusatives els eles, lor est étranger aux formes absolues,
de sorte qu'au singulier règne la méthode italienne, au pluriel
l'espagnole : on n'emploie ni a el, ni a lor, ce dernier toutefois
se rencontre dans la Franche-Comté (Burguy). Voici d'anciens
exemples de ce pronom : nom. il Serm. Eulal., a lui Eulal.,
lui Fragm. de Val ., pl. il ibid., acc. els ibid. ; fém. elle Eulal.,
lei ibid. — 6) Lui jusqu'au milieu environ du XIIIe siècle n'a été
usité que comme masculin (Fallot) ; le dialecte bourguignon se
servait pour le féminin de lei (ainsi Grég., SB.), distinction qui
a persisté encore dans le lorrain et lei (bourg.mod. el et lei).
Une forme féminine appartenant à d'autres dialectes est lié, par
ex. Ren. v. 1899. 2028, Trist. Li fut aussi peu à peu employé
95pour lui et lei, par ex. Aucass., MFr. RCambr. ; c'est sans
doute une forme abrégée de lui accentué sur la seconde voyelle
(t. I, p. 404), distincte du conjonctif li. — 7) Pour ele beaucoup
de textes se servent de l'abréviation el, plur. els : el crie NFC.
Jubin. I, 211, fait-el Trist. I, 52, FI. et BL, SSag., qu'on
trouve encore au XVIe siècle, voy. p. ex. Ancien théâtre p. p.
Le Duc. — 8) Pour els on a aussi als et ols SB. avec les résolutions
usuelles de l'l : eus, aus, iaus, ous etc. Ils, qui est
devenu la forme du français moderne, apparaît pour la première
fois au commencement du XIVe siècle (Fallot).

Conjonctifs.

tableau sing. | dat. | me | te | se | li | acc. | lo, le | la | plur. | nos | vos | lor | les

Remarques. 1) Les plus anciens exemples sont : me Serm.,
Eulal., nos Eulal . 28, li Serm., Eulal., Fragm. de Val.,
lo Serm., Eulal., la Eulal., lor Fragm. de Val.2) De
même que pour l'article (p. 41), on a pour le pronom une forme
dialectale le pour la. — 3) L'usage de l'abréviation, commun
au provençal et au vieil espagnol, a été introduit aussi en français :
elle est rare pour me, te, se : sim cumbatrai Rol. p. 87,
nem fesis mal 79 ; sit guardarai Ch. d'Al. 31 ; pour se elle
se trouve déjà dans les Serments : los tanit, et Eulalie :
poros furet, nos coist ; plus fréquente pour lo, le : et si lem
porroiz ben garrir Part. II, 47 ; diex nel veut mie Roq.
s. v. nel ; l peut alors se résoudre en u : mais se geu (gel)
puis Agol. v. 1133 ; nou (nol) NFC. I, 345, nu ibid. II, 175
v. 72 (comp. les remarques de Bekker sur Ferabr. 172b). —
4) Au contraire les se fond avec je, me, te, se, qui, ne, si et
d'autres petits mots, de telle sorte que l tombe, et de là les formes
jes, mes, tes, ses, quis ou ques, nes, ses, par ex. ges (je les)
irai tuer ; le vent failli ques, menoit.

2. Possessif. Ce pronom a suivi un développement assez différent
de celui du provençal, et son histoire n'est pas absolument
claire. Les dialectes dont il convient de tenir un compte spécial
divergent sur quelques points considérablement les uns des
autres, mais ont échangé réciproquement leurs formes 168. La
96distinction entre un possessif primitif et un abrégé, comme en
espagnol et en provençal, ne peut guère être poursuivie ici, car
les deux formes se séparent moins clairement ; on fera mieux de
les exposer d'après leur valeur syntactique.

Pronom conjonctif bourguignon :

tableau masc. | sing. | nom. | mes | tes | ses | fém. | ma | ta | sa | acc. | mon | ton | son | plur. | mei | tei | sei

Remarques. 1) Le picard décline : nom. sing. mis, tis, sis,
acc. men, ten, sen, plur. mi, ti, si, acc. mis, tis, sis ; fém.
me, te, se, comme l'article le pour la. Le normand est identique
au bourguignon, sauf que la finale vocalique du nominatif
pluriel est ici remplacée par s, mes, tes, ses. — 2) Les exemples
les plus anciens sont : nom. sing. meos Serm., acc. meon
ibid., son (qui permet d'admettre aussi une forme contracte
mon) ibid. ; suon Eulal., sun Fragm. de Val., sen, sem ibid. ;
fém. sa Eulal. Mes, tes, ses se sont enfin aplatis du prov.
mos, tos, sos, comme les de los. — 3) Mon, ton, son sont
quelquefois, contre la grammaire, employés comme nominatifs.
4) Tei et sei sont évidemment des formations par analogie
à mei, comme les formes prov. tiei, siei. On rencontre à leur
place les formes organiques avec u, tui, sui et de là mui ; en
outre teu, seu = prov. tieu, sieu. Les accusatifs mes, tes, ses
sont aussi employés comme nominatifs, de même que les formes
prov. mos, tos, sos. — 5) Ma, ta, sa peuvent s'abréger : m'amie,
t'espee, s'amour . Cependant on remarque déjà des exemples
de la forme masculine devant des voyelles initiales : ton ainrme
(ton âme) SB. 525m, son impacience 557o ; cette liberté,
dont on à placé l'origine au XIVe siècle (p. ex. Monnard Chrest.
I, 73), remonte donc beaucoup plus haut.

Le possessif absolu a la flexion de l'adjectif ; voici sa forme
en dialecte bourguignon :97

tableau masc. | sing. | n. | miens, | tuens, | suens | fém. | meie, | teie, | seie | a. | mien, | tuen, | suen | seie etc.

Remarques. 1) Il faut observer en picard les féminins moie
(aussi bourg.) et mieue = prov. mieua, toe tieue, soe (souue
Eulal.
) sieue, en normand les masculins contractes muns,
tuns, suns sons (voy. Ch. d'Al.) à côté de mens, tuens,
suens. — 2) Miens est une dérivation avec le suffixe ien = : lat.
anus, il répond à l'all. mein-ig. On trouve aussi, comme on peut
le croire, pour tuens, suens, les formations par analogie tiens,
siens. Le féminin du fr.mod. mienne, tienne, sienne n'a pas
encore pénétré, cependant on en trouve des traces, par ex. B.
Chrest. fr. 321, 12. Au point de vue syntactique sa place est
prise par meie, qui répond au prov. mia, comme toe au prov.
tua, soe au prov. sua. Voy. aussi sur l'origine de ce pronom
Delius, Jahrb. IX, 101.

Le possessif du pluriel est :

Sing. nom. nostres, vostres, lor ;

il se décline régulièrement, lor est indéclinable. — Remarques.
1) Nostre et vostre s'abrègent d'habitude, lorsqu'ils sont conjonctifs,
en nos et vos (noz, voz), et même ce possessif exprime
l'acc. sing. et le nom. plur., comme le personnel (p. 95), par la
forme dépourvue d's no et vo : no roi, no fille, no mere, no foi.
On remarque même nos, vos employés comme absolus, par ex.
li nos Gar. I, 200 ; qui mon fieu et les vos destruient Brut.
I, p. 34, ce qui, à la vérité, pourrait s'expliquer par li de
nos
, les de vos : Vost dans le Fragm. de Val. semble répondre
à ce vos. — 2) De même que la langue a soumis nos et vos
aux règles ordinaires de la déclinaison, elle l'a fait aussi pour
lor, auquel elle a ajouté une s dans les conditions qui l'appelaient.
Mais on ne trouve guère ces formes avant la fin du XIIIe siècle.

3. Démonstratifs.

a) tableau masc. | sing. | nom. | cist, cestui | fém. | ceste, cestei | acc. | cest, cestui | plur. | cist | cestes | cez

b) tableau masc. | sing. | nom. | cil, celui | fém. | cele, celei | acc. | cel, celui | plur. | cil | celes | cels

Icist et icil fléchissent de même. Remarques. 1) Voici d'anciens
exemples : nom. sing. cil cilg Fragm. de Val., acc. cel ibid. ;
nom. pl. cil ibid., acc. cels Eulal. (comme fém. dans le Fragm.
98de Val
. 63). Cist comme cas oblique dans les Serments, de
même que ist qui n'a pas subsisté. On trouve des formes parallèles
avec ch initial pour c. — 2) Pour le nom. sing. cil on
trouve avec s cils et cis, pour le nom. plur. aussi cels ; au sujet
de ce dernier, voy. Raynouard, Sur le rom. de Rou p. 78. —
3) Nous venons d'observer le fém. cels comme une forme
ancienne pour celes, mais cez pour cestes = franç.mod. ces
est très-usité. — 4) Cestui cestei, celui celei, auxquels manque
un plur. cestor et celor, sont les formes habituelles du SBern.,
on a encore aujourd'hui dans le dialecte bourguignon cetu,
cetei. A la place de cestei et celei se montrent de bonne heure
les formes picardes cesti et celi (chesti, cheli), qui ne sont du
moins que rarement employés comme masculins, par ex. en cesti
hom
Roq. I, 584b, fils celi Parton. I, 12. Pour celui employé
comme féminin, voy. Ccy 2225, aussi SBern.

4. Les interrogatifs et relatifs qui, que, cui se comportent
comme en provençal ; ainsi nom. masc. et fém. qui et que, p. ex.
qui Serm., que Léger ; acc. que Serm., Fr. de Val. (sing.
et plur.) ; qui est dans ce cas interrogatif, rarement relatif ; gén.
dat. acc. cui Serm. (à ce dernier cas). A cela s'ajoute l'archaïque
chi pour qui (jamais pour que) Eulal., Fragm. de Val., Fragm.
d'Alex., Psaut. de la Bodl., Chants rel., Jahrb. VI, 362,
à peine connu en provençal. Que est neutre, ainsi qu'une nouvelle
forme quoi (quei) qui d'abord pouvait aussi représenter
des régimes, comme cui 169. Quels, fém. quele interrogatif, li
quels
, la quele relatif, fléchissent régulièrement.

5. Autrui (d'un autre), aucunui (de quelqu'un) Grég. 438,
nului, aussi nelui (de personne) pour les cas obliques du singulier.
Toz décline comme le prov. totz, ainsi acc. tot, nom.
plur. tuit (déjà dans Eulal.), acc. toz, fém, tote, totes . Tanz,
quanz (il n'y a toutefois pas d'exemple de ces formes avec z,
voy. Burguy), fém. tante, quante. Alcuns et alcuens aussi bien
que alcons, acc. alcun, alcon.99

b) Pronom du français moderne.

Un grand nombre des anciens mots a disparu, la distinction
flexionnelle entre le cas direct et l'oblique a souffert, en revanche
des formes précises se produisent partout et la tendance à rendre
sensible la différence du genre et du nombre, sans égard pour le
développement historique, se manifeste clairement.

1. Pronoms personnels.

tableau je | tu | il | elle | de moi | de toi | de soi | de lui | d'elle | à moi | à toi | à soi | à lui | à elle | moi | toi | soi | lui | plur. | nous | vous | ils | elles | de nous | de vous | d'eux | d'elles | à nous | à vous | à eux | à elles | eux

Remarques. 1) La place des nominatifs qui, par leur union
étroite aux personnes du verbe, ont perdu peu à peu leur individualité,
est prise, lorsqu'on veut insister sur le pronom, par les
accusatifs : il est, c'est lui. Pour plus de détails, voyez la
syntaxe. — 2) Lui, dans le sens absolu, a été restreint au
masculin et a été remplacé au féminin par elle, par là la conformité
des deux genres a été détruite, mais on est arrivé à les
distinguer d'une manière précise 170.

Les formes conjonctives sont :

tableau sing. | dat. | me | te | se | lui | acc. | le | la | plur. | nous | vous | leur | les

Remarques. 1) Devant les voyelles on a m', t', s', l', ce dernier
pour le et la. — 2) L'unique innovation est le remplacement de
l'ancien li par la forme absolue lui. C'est à la syntaxe d'enseigner
dans quelle circonstance me, te sont de la même manière remplacés
par moi, toi.

2. Parmi les possessifs mes etc. se sont maintenus sous la
forme de l'acc. mon et mien qui n'est employé que comme
100absolu et avec l'article ; on lui a maintenant aussi ajouté un
féminin.

Leur flexion est :

tableau masc. | sing. | mon | ton | son | fém. | ma | ta | sa | plur. | mes | tes | ses | notre | votre | leur | nos | vos | leurs

Remarque. Il n'est plus permis d'apocoper le fém. ma, ta, sa ;
c'est la forme du masculin qui est partout employée pour éviter
l'hiatus : mon amie, ton épée, son habitude ; c'est le sacrifice
le plus considérable que la forme pût faire à l'euphonie. Le
possessif absolu est masc. mien, tien, sien, fém. mienne,
tienne, sienne, et pour le rapport du pluriel : nôtre, vôtre
(avec circonflexe), leur pour les deux genres ; tous ont un
pluriel régulier.

3. Démonstratifs : ce ou cet, ce dernier devant les voyelles ou
une h muette, fém. cette, plur. ces pour les deux genres (v.fr.
cest) ; celui, plur. ceux, fém. celle, plur. celles (v.fr. cel).
Ce est employé adjectivement, celui ne l'est plus que substantivement ;
cet uni à la particule adaptée au substantif sert
maintenant de compensation à l'adjectif perdu cel : v.franç. cil
livres
, cele plume, franç.mod. ce livre-là, cette plume-là,
et pour désigner une proximité plus grande ce livre-ci. Celui-ci
remplace de la même manière le mot perdu cestui et celui-là se
rapporte à son tour à un objet plus éloigné. Les neutres sont
ce, ceci, cela.

4. Les interrogatifs et relatifs sont plus rigoureusement limités
qu'auparavant dans leur signification. Qui comme interrogatif
est complet, comme relatif il est restreint au nominatif et à
l'union avec des prépositions (de qui, à qui, sans qui etc.), mais
au nominatif il est même neutre (ce qui). Que comme interrogatif
est peu usité et ne l'est qu'au nominatif et à l'accusatif, comme
relatif il l'est à l'accusatif seulement. Le neutre quoi, qui n'était
proprement chez les anciens qu'une forme parallèle de que, et que
le provençal ne connaît pas du tout, est complet comme interrogatif,
mais ne doit s'employer comme relatif qu'avec des prépositions.
Cui est éteint. Le tableau de ces pronoms est actuellement
le suivant (c. p. = cas prépositionnel) :

tableau interrogatif. | relatif. | masc. | fém. | nom. | qui | neutre | quoi, que | m. | f. | n. | acc. | que | c. p. | quoi101

Le pluriel comme le singulier. — Quel, plur. quels, fém.
quelle, quelles est un adjectif interrogatif (quel homme ?) ;
précédé de l'article c'est le relatif habituel comme dans les autres
langues et en même temps un substantif interrogatif.

5. Autrui est restreint au génitif et au datif ; nului s'est perdu.
Tant, quant sont des neutres indéclinables. Chaque, chacun,
fém. chacune, de même que quiconque, ne s'emploie qu'au
singulier. Quelque et quelconque ont développé les pluriels
quelques, quelconques.

6. Pronom valaque.

1. Personnel.

tableau sing. | eu | tu | el | ia | al mieu | al tęu | al sęu | a lui | a ei | mie | tzie | śie | lui | ei | pre mine | p. tine | p. sine | p. el | p. ia | plur. | noi | voi | iale | al nostru | al vostru | a sęi | a lor | noao | voao | lor | pre noi | p. voi | p. ei | p. iale

Remarques. 1) Aucune des autres langues ne possède le pronom
personnel sans genres avec des formes aussi complètes que le
valaque, mais ce n'est pas la déclinaison de la langue mère. Le
génitif est représenté ici par le possessif accompagné de l'article,
al mieu, par exemple, signifie proprement « du mien », et a
passé à la signification de « de moi ». Nous avons ainsi dans cet
idiome une répétition d'un procédé de la langue mère, dans
laquelle le génitif du pronom personnel (mei, tui, nostri,
vestri) est également tiré de celui du possessif. Le datif mie
renvoie clairement à mihi ; tzie et śie ont pu se former sur lui.
L'accusatif mine etc. est redevable de sa forme à un modèle
étranger, car le bulgare dit aussi à l'acc. ménê (le serbe de m.),
2e pers. tébê, 3e sébê, le grec mod. ἐμένα à côté de μέ, ἐσένα
à côté de σέ. — 2) Le datif plur. noao, voao est particulier vis-à-vis
du nominatif noi, voi, connu aussi de l'italien. Nous avons
vu la même distinction de forme, non point, il est vrai, dans la
flexion casuelle, mais dans celle du genre, à propos du nom de
nombre doi (duo), doao (duæ). Les formes bulgares sont
nam, vam. — 3) Pour śie, sine, lor on dit aussi avec un śi
ajouté śieśi, sineśi, loruśi. — 4) On peut encore comparer le
valaque du sud. Eu, a njui, a nja, mine ; noi, a nostror,
102a nao, noi. Tu, a tui, a tzea, tine ; voi, a vostror, a vao,
voi. Elu, a lui, a lui, elu ; elji, a lor, a lor, elji. Ia, a ljei,
a ljei, ia ; ele, a lor, a lor, ele. Les divergences sont peu
importantes. Njui et nja ne sont qu'un mieu et qu'un mie
prononcés différemment (t. I, p. 444). Nostror, vostror confirment
l'insertion de formes possessives.

Conjonctifs.

tableau sing. | dat. | mi | tzi | śi | i | acc. | mę | te | se | lu | o | plur. | ni | vi | li, le | li | ne | vę | ii | le

Il faut observer : 1) Ici aussi le pronom sans genres est caractérisé
par une distinction du datif et de l'accusatif qui est étrangère
aux langues sœurs. Le valaque partage cet avantage avec
le bulgare, où ces petits mots sont également au datif mi, ti, si,
ni, vi , à l'accusatif , , , , . — 2) Le datif singulier
et l'accusatif pluriel du pronom variable se sont abrégés de li
= val. du sud lji, ital. gli, par une aphérèse usitée, en ii ou i.
3) L'accusatif lu (= ital. lo) s'abrège par enclise en l devant
une voyelle finale : l'am purtat « je l'ai porté », tręmitel « envoie-le ».
On pouvait s'attendre à avoir pour féminin de ce cas la ou
a ; au lieu de cette forme s'est introduit o (qui, d'ailleurs, est aussi
employé comme article indéfini féminin), dans le val. du sud u.

2. Possessif.

tableau masc. | sing. | mieu | tęu | sęu | fém. | mea | ta | sa | plur. | miei | tęi | sęi | meale | tale | sale | nostru | vostru | lor | noastrę | voastrę | nostri | vostri | noastre | voastre 171

Remarque. Ces pronoms n'apparaissent sous cette forme qu'après
leur nom, auquel est alors uni l'article, ainsi vecinul mieu mon
voisin, dat. vecinului mieu, voc. vecinule mieu ; fratzii miei
mes frères, dat. fratzilor miei, voc. fratzii miei. S'ils précèdent
le nom, ce qui n'a lieu presque qu'au nominatif et à l'accusatif,
ils prennent le préfixe a devant l'article : nom. al mieu frate,
acc. pre al mieu frate, nom. plur. ai miei fratzi, acc. pre
ai miei fratzi
 ; fém. a (pour aa) ta sorę ta sœur, ale tale
sore
272.

3. Démonstratifs. Insu (même) est joint au pronom personnel, et
103alors il est accompagné des enclitiques de ce pronom : eu insumi
(gén. a mieu insumi, dat. mie insumi), tu insutzi, el insuśi,
plur. noi inśine, ei inśiśi, fém. eu insami, plur. noi insene etc.
Dųnsul (ital. desso), fém. dųnsa fléchit comme un adjectif,
il en est de même du synonyme trųnsul. Est, cest (celui-ci),
fém. astę, ciastę, aciastę déclinent de la manière suivante :

tableau masc. | sing. | nom. | acest (acesta) | fém. | aciastę | dat. | acestui | acestii | plur. | aceśti | aceaste | acestor | acestor.

Cel et acel (celui-là) fléchissent :

tableau masc. | sing. | nom. | acel (acela) | fém. | acea (aceaja) | dat. | acelui | aceii (aceija) | plur. | acei | aceale | acelor | acealor.

4. Interrogatifs et relatifs. Ce (ital. che) indéclinable ; cine
(ital. chi), dat. cui, plur. cine, dat. cęror. Care (ital. quale),
par l'emploi de formes déjà citées, décline de cette manière :

tableau masc. | sing. | nom. | care, carele | fém. | carea | dat. | cęrui | cęrii | plur. | cari | care | cęror (cęrora)

5. Alt, altul (l'autre) fléchit comme un (p. 50), par conséquent
dat. altui, plur. altzii, dat. altor ; fém. altę, dat. altei,
plur. altele, dat. altor. Nime ou nimenea (personne), dat.
nimęnui et nimurui. Niśte (un certain), niscare (aucun) sont
indéclinables. Tot (tout), dat. tot (pas totui), plur. totzi, dat.
tuturor ; fém. toatę, toatei, plur. toate, tuturor. Atųta (autant
que), plur. atųtzi et atųtza, fém. atųtea. Cųt (combien), plur.
cųtzi ; fém. cųtę, plur. cųte sans datif ; d'après Barcianu p. 95,
cependant, on a cųtor, et de même atųtor.104

Deuxième partie.
Conjugaison.

I. Rapport avec la conjugaison latine.

La flexion du verbe, si on la compare à d'autres langues
anciennes, notamment au grec, nous apparaît en latin déjà à un
degré inférieur ; aussi s'en faut-il que tous les rapports dont le
verbe est susceptible, en tant qu'ils se produisent par voie de
flexion, trouvent ici leur représentation. Le duel est éteint, les
temps doivent en partie déjà être obtenus par la périphrase, il
manque parmi les modes l'optatif, parmi les voix le moyen.
Néanmoins cette partie du discours présente encore des formes
richement développées. La question que nous avons maintenant
à nous poser est celle-ci : quelles vicissitudes le verbe a-t-il
éprouvées sur le sol roman ?

1. Actif.

Indicatif. Le présent, l'imparfait et le parfait se sont partout
conservés dans les langues écrites : ital. canto, cantava,
cantai ; esp. canto, cantaba, canté ; port. canto, cantava,
cantei ; prov. chant, chantava, chantei ; franç. chante,
chantais, chantai ; val. cųnt, cųntám, cųntai. Dans quelques
dialectes le parfait a souffert, en ce sens qu'il n'a conservé que
quelques-unes de ses formes personnelles, comme par exemple
en roumanche 173 ; ou bien il a tout-à-fait disparu et est remplacé
105par la périphrase avec habere et le participe passé, comme en
piémontais et en milanais, ou même avec facere et l'infinitif,
comme dans un dialecte des Vosges : el fé remesser (il fit
ramassser
) = il ramassa, comme l'anglais he did love. Le
plus-que-parfait n'a plus en italien d'autre exemple que fora
(fueram), l'ancienne littérature italienne en offre d'autres, et il
semble aussi persister dans un des dialectes sardes. Ce temps
existe complètement en espagnol et en portugais où sa forme est
cantara, en provençal où elle est chantera. On le remarque
aussi en vieux français. Il ne reste du futur simple que l'ital. fia
(fiam) et le prov. et franç. er (ero).

Subjonctif. Le présent est resté dans toutes les langues :
ital. canti, esp. port. cante, prov. chan, franç. chante, val.
cųnt. L'imparfait est partout éteint. C'est en vain aussi qu'on
cherche le parfait : nous examinerons plus tard s'il faut admettre
sa présence dans le valaque du sud calcarim, qui lui ressemble
jusqu'à faire illusion. Le plus-que-parfait est demeuré partout :
ainsi ital. cantassi, esp. cantase, prov. chantés, franç. chantasse,
val. cųntasem.

On ne pouvait s'attendre à ce que l'impératif se conservât
dans ses deux temps. On ne trouve que le premier, encore le
sud-ouest paraît-il être seul à posséder une forme propre pour son
pluriel, que les autres langues ont emprunté au présent de l'indicatif :
ital. canta, cantate, esp. canta, cantad, port. canta,
cantai, prov. chanta, chantatz, franç. chante, chantez, val.
cųnte, cųntatzi. Mais en roumanche aussi l'impératif canteit
se sépare du présent canteits, de même en sarde cantade de
cantades. L'infinitif n'a sauvé que le présent : ital. cantare,
esp. port. cantar, prov. chantar, franç. chanter, val. cųntà.
Le gérondif existe sous la forme de son ablatif : ital. esp. port.
cantando, prov. chantan, franç. chantant, val. cųntųnd.
Les supins manquent et n'ont laissé une trace qu'en valaque ;
leurs fonctions ont été prises en général par l'infinitif. On a
conservé des .participes le présent, presque toujours avec une
valeur d'adjectif, ital. contante etc. ; le futur dans peu de cas,
en général comme latinisme.

On doit reconnaître que le verbe actif est sorti passablement
complet du grand naufrage des formes grammaticales ; combien il
était facile que des procédés de formation d'invention nouvelle, qui
menacent toujours l'organisme d'une langue, amenassent une
désorganisation encore plus grande des anciennes formes ! La
grammaire du grec moderne n'a sauvé que le présent, l'imparfait
106et un aoriste, celle de l'allemand ne peut présenter que le présent
et un prétérit. Trois temps, l'imparfait du subjonctif, le parfait
du même mode et le futur simple ont disparu du domaine tout
entier, sauf quelques légères traces de leur existence antérieure ;
mais quelques-unes des langues ont sauvé, comme nous l'avons
vu, le plus-que-parfait de l'indicatif et le futur antérieur (d'après
une autre opinion le futur du subjonctif). On a expliqué la disparition
de ces divers temps par leur ressemblance plus ou moins
exacte avec d'autres formes temporelles : dans cantarem par ex.
une prononciation négligée de la voyelle de flexion e pouvait bien
facilement confondre cette forme avec cantarim, cantaram,
cantabo avec cantabam, audiam futur avec audiam présent.
Il semble que c'est à la coïncidence de ere (lat. eram) avec er
(ero) que le vieux français doit attribuer la perte des deux
formes. On renonça donc à ces temps aussitôt qu'on eut trouvé
un dédommagement, ou plutôt l'ancienne forme vécut encore un
certain temps à côté de celle qui la remplaçait jusqu'à ce qu'on
la congédiât comme superflue et gênante. Ce remplacement ne
pouvait guère se faire autrement que par la périphrase, à laquelle
servit le verbe habere, qu'on joignit soit au participe, soit aussi
à l'infinitif d'un verbe donné. Par ce moyen on gagna même, au
point de vue de la représentation extérieure, quelques temps de plus
que ceux qu'offrait la grammaire latine ; mais il n'est pas besoin
d'expliquer combien la nouvelle langue perdit par là en ce qui
touche l'intensité de l'expression. 1) Pour exprimer plusieurs
temps du passé on employa habere uni au participe passif, et ainsi
l'it. ho cantato, par ex. (c.-à-d. habeo cantatum), prit la place
de cantavi ; habere se dépouilla de sa signification individuelle
et servit comme auxiliaire à désigner les rapports subjectifs
(personnels) de l'action exprimée par le verbe au participe.
Outre l'action du verbe, le participe n'a plus été chargé que
d'exprimer en général le passé, dont l'auxiliaire a encore eu pour
fonction d'exprimer la détermination précise et graduée : ital.
ho, aveva, ebbi cantato. Ce qui peut surprendre dans cette
méthode périphrastique, c'est seulement l'emploi du participe
passif, comme dans la phrase italienne ho cantato quell' eroe
« j'ai chanté ce héros », mais comme habere était à l'origine un
verbe actif, il n'y avait qu'un participe passif qui pût s'unir avec
lui. On sait que cette périphrase n'était pas inconnue au latin :
on lit par ex. dans Cicéron habeo perspectum, habeo cognitum,
satis dictum habeo , et avec l'adjonction d'un régime
habeo absolutum epos, bellum diis indictum habuit tout-à-fait
107ou à peu près synonymes de perspexi, cognovi, dixi,
absolvi, indixit . Du Cange donne des exemples du bas-latin,
s. v. habere, comme postquam eam sponsatam habuit, et
Pott spécialement de la L. Sal. p. 145 et de la L. Long. p. 350.
Ici le verbe auxiliaire apparaît déjà clairement dans son passage
à la signification abstraite, mais il possède encore sa force
active, il exige que le régime soit à l'accusatif, et cette construction
n'a pas encore disparu en italien et en français. Il y a
proprement dans cette sorte de périphrase une petite ellipse :
habeo absolutum epos devrait être expliqué par habeo a me.
absolutum epos
, s'il était besoin d'une explication aussi recherchée
pour un phénomène aussi naturel que l'emploi abstrait de
l'idée fondamentale de habere. Dans ho cantato le participe est
donc à l'accusatif, dans sono cantato, l'expression passive pour
le masculin (voy. plus bas), il est au nominatif. Cette différence se
manifeste aussi dans quelques dialectes par la forme : prov. actif
ai lauzat, passif sui lauzatz et encore aujourd'hui en roum. hai
ludau
, veng ludaus. Les Espagnols et les Portugais ont même
chargé le verbe bien plus précis tenere de cet emploi de habere.
En allemand haben sert de même à la construction des temps du
passé et plus anciennement aussi eigan (posséder), en grec mod.
souvent ἔχω (τα ἔχω γραμμένα jel'ai écrit), ce qui n'était pas inconnu à
l'ancienne langue. — 2) C'est encore le verbe habere qu'on emploie
pour la périphrase du futur. Conformément à la formule du passé,
on aurait pu choisir le futur du participe passif : habeo cantandum
aliquem
« j'ai à chanter quelqu'un » aurait été aussi bien en
droit d'exprimer l'idée : « je chanterai quelqu'un ». Mais la syntaxe
latine elle-même offrait ici un expédient plus pratique dans
l'infinitif uni à habere ; cette construction, connue aussi du grec,
était peut-être plus familière à la langue populaire qu'à la langue
écrite. Du Cange l. c. en donne des exemples empruntés au latin
du moyen âge. La formule habeo audire revient exactement à
habeo audiendum ou habeo quod audiam « j'ai à entendre,
je dois entendre » (Voss. Arist. 7, 51) ; mais on sent combien
« avoir à entendre » est près de « vouloir entendre » et « devoir
entendre ». Au point de vue de la forme, on n'a ici que le renouvellement
d'un procédé qu'on remarque souvent dans l'histoire
des langues : le verbe auxiliaire, après être devenu un simple mot
formel, s'agglutina peu à peu comme un suffixe avec l'infinitif et
finit par former un seul corps, qui, sous les dehors d'un temps
simple, remplaça le futur latin, produit en partie par une construction
semblable (ama-bo de ama-fuio c. à d. aimer serai) : car l'it.
108canterò n'est pas autre chose qu'une contraction de cantar ho. Le
gothique peut aussi exprimer de même le futur par la périphrase,
il rend par ex. ποιήσω par taujan haba ; le même phénomène se
produit en slave et dans l'un des dialectes albanais. En sarde le
verbe auxiliaire a pris sa place devant l'infinitif, aussi cette
fusion ne s'opéra-t-elle pas ; le futur de cantar est par ex. dans
le dialecte de Campidano hapu cantai et non cantarhapu, dans
celui de Logudoro l'infinitif est même dans cette combinaison
précédé d'une préposition : hapo a cantare. On peut encore
reconnaître aux traits suivants que le futur roman a été réellement
créé de la manière indiquée : 1) par l'accord de la flexion
du présent de habere et du futur nouvellement créé 174 ; 2) en
italien spécialement, par l'archaïque canteraggio, où on
retrouve dans aggio une forme parallèle bien connue de ho ;
3) en espagnol, portugais et provençal par la séparation possible
des deux éléments : cantar-te-hé, cantar-te-hei etc. 275. Voici
quelles sont actuellement les formes du futur de l'indicatif dans
les différentes langues : ital. canter-ò, esp. cantar-é, port.
cantar-ei, prov. chantar-ai, franç. chanter-ai. Le plus ancien
exemple roman se trouve dans le plus ancien texte roman :
salvarai, prindrai ; un exemple du Xe siècle est le daras pour
dabis que l'historien Aimoin met dans la bouche de l'empereur
Justinien ; pour d'autres exemples anciens, voy. Choix I, 71,
et cette grammaire, t. III, 1re sect., chap. 9, § 6. — Au moyen
de la même méthode on créa ensuite avec habebam un second
temps, qui, pour le sens, répond à peu près à l'imparfait du
subjonctif latin. Cette combinaison se fondit aussi en une forme
unique bien qu'un peu moins reconnaissable : ital. canter-ia
(pour -avia), esp. port. cantar-ia, prov. chantar-ia, franç.
chanter-ais. Une troisième combinaison synonyme avec le
parfait habui appartient exclusivement à la grammaire italienne,
la forme qui en résulte est canter-ei. Des dialectes italiens, par
exemple le milanais, ont obtenu au moyen de habuissem une
quatrième forme qui a la même signification, car que sont
cantaréss, -ésset, -éss, -éssem, -éssef, -éssen sinon cantaravess
109= cantare habuissem ? — Ni le roumanche ni le valaque
ne prennent part à ces combinaisons avec habere : celui-là
obtient le futur au moyen de venire : veng a cantar ; celui-ci
au moyen de velle : voiu cųntà.

A l'égard de la formation de la conjugaison romane il reste encore
à mentionner, outre la disparition de plusieurs temps et leur
reconstruction dans un autre style, le déplacement du sens, c'est-à-dire
le passage d'une forme de temps ou de mode à une autre. La
cause de cette importante modification réside surtout dans le fait
que beaucoup de temps, grâce à l'inévitable empiétement de la
méthode périphrastique, existaient en double, sous la forme synthétique
comme sous la forme analytique ; la dernière, en vertu
de sa plus grande clarté matérielle, eut la prépondérance et délogea
une partie des temps simples. 1) L'imparfait du subjonctif, en raison
de sa flexion moins expressive, parut ne plus pouvoir être
employé, ainsi qu'il a été observé plus haut ; la place de ce temps
fut prise alors par le plus-que-parfait du même mode, lui-même
supplanté par son concurrent périphrastique : cantassem équivalut
à cantarem, et un ancien grammairien roman, Faidit, lui
conserve le nom de plus-que-parfait. En valaque, cependant, ce
temps fut conservé au même degré, mais il passa à l'indicatif
après qu'il se fût produit une lacune dans ce mode 176. — 2) Le plusque-parfait
de l'indicatif persiste en espagnol, en portugais et
provençal, mais avec une signification indécise : en vieil
espagnol et en portugais il remplit parallèlement, en espagnol
moderne et en provençal exclusivement l'office de l'imparfait
du subjonctif : la signification « j'avais chanté » a passé à celle de
« je chanterais ». — 3) Le futur antérieur, propre seulement
aux langues du sud-ouest, a été employé comme un futur du
subjonctif. — 4) Si parmi les composés avec habere le présent
cantare habeo exprimait le sens de « j'ai l'intention de chanter »,
l'imparfait aurait dû logiquement prendre celui de « j'avais
l'intention de chanter », mais l'usage se prononça pour le sens
« j'aurais l'intention de chanter », et le fait que cette énonciation
a passé du mode de la réalité à celui de l'hypothèse ne saurait plus
étonner après les exemples que nous avons cités ci-dessus. On
n'est pas d'accord sur le nom de ce nouveau temps. On pourrait
le nommer futur imparfait : il répond en effet, dans sa signification,
110à la forme latine cantaturus essem, qui consiste en un futur
et un imparfait. Mais la pratique s'est généralement prononcée
pour l'expression conditionnel (ital. futuro condizionale,
esp. condicional, franç. conditionnel), parce qu'il joue un
rôle dans la phrase conditionnelle, et bien que ce nom ne soit
rien moins que juste, puisque ce temps exprime proprement un
souhait et qu'il a été nommé pour cela par les plus anciens
grammairiens romans, tels que le provençal Faidit, optatif,
cependant nous le garderons, en considérant que la terminologie
romaine qui nous a été transmise et qui est généralement
acceptée n'est pas exempte de semblables défauts. —
5) Enfin on a attribué au gérondif le rôle du participe présent,
ce qui a eu pour suite la perte de ce dernier. — Outre le déplacement
des temps, la formation par analogie d'une forme sur
une autre a eu une grande influence sur la configuration de la
conjugaison. Non-seulement des personnes ont été façonnées
d'après des personnes correspondantes d'autres temps, mais des
temps entiers ont emprunté la forme de temps correspondants.
On remarque ce procédé dans tous les cantons du domaine : plus
fréquent ici, il l'est moins là ; des dialectes très-rapprochés
manifestent souvent sur ce point un penchant très-différent. Le
latin du plus ancien moyen-âge est déjà entré dans cette voie ;
lorsque les scribes de la L. Sal. se permettaient pendiderit,
incendederit, c'est que vendiderit ou un analogue était présent
à leur esprit.

Tableau comparé des temps et des modes simples et composés :

1) simples :

tableau lat. | ital. | esp. | port. | prov. | franç. | val. | canto | chanti | chante | cųnt | cantabam | cantava | cantaba | chantava | chantais | cųntam | cantavi | cantai | canté | cantei | chantei | chantai | cųntai | cantaram | cantara | chantera | cantabo | cantaro | cantare | cantar | cantem | canti | cante | cantarem | cantarim | cantassem | cantassi | cantase | contasse | chantés | chantasse | cųntasem | canta | chanta | cųnte | chantar | chanter | cųntá | cantando | chantan | chantant | cųntųnd | cantans | cantante | chantans | cantatus | cantato | cantado | chantat | chanté | cųntat111

2) composés :

tableau lat. | ital. | esp. | port. | prov. | franç. | val. | cantare habeo | canteró | cantaré | cantarei | chantarai | chanterai cantare habebam | canteria | cantaria | chantaria | chanterais | cantare habui | canterei

Traits formels. — 1. Dans la flexion personnelle les sons,
bien entendu, sont soumis aux même lois et aux mêmes permutations
qu'on observe aussi en dehors de la flexion. Nous allons
résumer ici rapidement ces cas et les appuyer par quelques
exemples du latin vulgaire. Le traitement de la voyelle a est
extrêmement variable et ne peut pas encore être expliqué ici. I,
quand il ne tombe pas, se change généralement en e : it. cantate
(cantatis), pose (posuit), esp. cantades arch., sientes (sentis)
etc. ; cependant i, surtout pour distinguer une forme d'une autre,
reste quelquefois intact. U passe habituellement à o : ital. cantiamo
(cantamus), cantarono (cantarunt) ; esp. tememos
(timemus), cantaron ; pr. agron (habuerunt) et plus affaibli
encore agren, franç. eurent ; val. auzirę (audierunt). Des
chartes et des inscriptions des premiers siècles présentent déjà
cet obscurcissement des voyelles i et u atones ; on lit par ex.
ποσυετε (posuit) au IVe siècle (Lanzi, Ling. etrusc. I, 425),
cepet, ceset (gessit), vicet, fecet (Struve, Lat. decl. u. conj.
p. 154), emet, fecet (Reines. Inscr. in ind. gramm. e pro i) ;
Quintilien 1, 4, 16 cite dederont, probaveront comme archaïques,
et le premier se rencontre aussi dans une inscription
(comp. Gruter, et t. I, p. 156) ; φεικαερομ (fecerunt) se trouve
dans une très-ancienne charte (Maffei Istor. dipl. p. 166).
Les consonnes de flexion sont m, s, t, n. L'm finale tombe dans
la conjugaison, comme dans la déclinaison ; le valaque est la
seule langue qui la supporte encore. Des exemples latins de cette
chute sont attinge, recipie pour attingam, recipiam dans
Festus (comp. Schneider I, 307). Pour le traitement de l's les
langues se séparent ; celles de l'ouest l'admettent à la 2e pers.
des deux nombres : esp. port. cantas, cantais (cantas, cantatis),
prov. chantas, chantatz, franç. chantes, chantez ;,
celles de l'est ne l'admettent pas : ital. canti, cantate, val.
cųntzi, cųntatzi. A la Ire pers. du plur. elle est tantôt conservée,
tantôt mise de côté ; esp. port. cantamos, v.fr. chantomes,
ital. cantiamo, prov. cantam, val. cųntęm. Comp. sur
112m et s ci-dessus p. 9. T final tombe : ital. cantava (cantabat)
etc. ; le français seul est enclin à le garder, bien qu'il ne favorise
d'ailleurs pas cette finale, de là chantait, chantât. La même
apocope qui existait déjà dans le volsque et l'ombrien fasia façia
= lat. faciat peut au moins être citée comme un phénomène
parallèle. Mais aussi dans le plus ancien latin on trouve dede pour
dedit, plus tard fece pour fecit (Corssen). Dans un manuscrit du
Vatican de la L. Long, on remarque fréquemment cette tendance
à supprimer le t (Pott, Ueber longobard. Ges.). On constate
cette chute, du moins après n, dans d'autres sources latines :
une inscription du Ve siècle (Lanzi I, 423) a exposuerun, on
trouve ailleurs fecerum et d'autres formes semblables (Grut.
in ind. gramm.), φεικαερομ a déjà été cité plus haut. L'allemand
a éprouvé cette chute du t après n, car geben 3e pers. plur.
était plus anciennement gebant. Le t médial est soumis à un traitement
très-différent et qui dépend des règles spéciales de chaque
langue. L'n se conserve ou ne tombe que dans des formes secondaires :
ital. cantarono cantaro, prov. chanteron chantero ;
cette chute rappelle l'épigraphique dedro = dederunt, ital.
diedero. « La chute du t final dans les formes verbales est un
phénomène qui nous apparaît comme très-répandu sur le sol des
anciennes langues italiques. Les formes du pluriel ont ensuite,
après la chute du t, laissé tomber l'n devenue finale. » Corssen I,
184, 2e éd. Seul le dacoroman rejette l'n avec le t qui la suivait :
cųntarę, cųntase etc. — Voilà une esquisse à grands traits
du sort des lettres de flexion ; une étude plus détaillée doit être
réservée pour le moment où il sera question de chaque langue en
particulier. Malgré un si grand affaiblissement de la flexion, le
roman, au moins dans la partie sud de son vaste domaine,
distingue toujours encore avec assez de précision, par la voie de
la flexion, la personne et le nombre : le pronom personnel
ego etc. n'est donc point un compagnon indispensable du verbe.
Combien le présent espagnol, surtout sous sa forme ancienne,
n'est-il pas près de son modèle : amo, amas, ama, amamos,
amades, aman ! Ce sont les langues du sud-ouest qui
distinguent avec le plus de soin, mais celles de l'est ne leur
cèdent que peu ; au degré le plus bas se trouve le français
moderne, aussi ne peut-il se passer du pronom. Le plus grand
dommage a été causé par la chute de l'm et du t final, qui eut pour
résultat la confusion fréquente de la Ire et de la 3e pers. sing. ;
la perte de la quantité laissa l'impératif se confondre avec le
présent : ainsi ital. ama (amā) est identique à ama (amăt).113

2. Une stricte observation de l'accent primitif est étrangère
à la conjugaison romane, mais les diverses langues suivent des
principes très-différents. Les points suivants sont les plus importants :
1) Si en latin au présent l'accent est sur la troisième syllabe
avant-dernière, il avance en roman sur la syllabe suivante ; l'italien
seul ne se soumet pas à cette règle (voy. des exemples plus bas).
2) La Ire et la 2e pers. plur. du présent de l'indicatif accentuent
toujours la voyelle de flexion, même lorsqu'elle est brève en
latin : credĭmus credĭtis, tendĭmus tendĭtis sont en roman
credēmus credētis, tendēmus tendētis ; quelques formes
seulement, telles que dicĭtis, facĭtis, à en juger par l'ital. dite,
fate, franç. dites, faites, ont conservé dans certaines langues
l'accent sur le radical. En valaque nous remarquerons une
exception qui s'étend plus loin. 3) Au parfait de l'indicatif la
Ire pers. plur. avance à l'inverse l'accent de la troisième avant-dernière
à l'avant-dernière : ital. facémmo (fecĭmus), esp.
hicímos, prov. fezém, v.franç. fesímes. Cependant cela n'est
pas sans restrictions : si deux voyelles se rencontrent, la première
peut de nouveau attirer à elle l'accent : ainsi ital. cantámmo,
esp. cantámos, prov. chantém, franç. chantâmes de
cantáimus pour cantávimus ; en outre ital. fummo (esp.
fuímos), prov. fom, fr. fûmes de fuĭmus et des cas analogues.
La 3e pers. reporte dans la plupart des langues l'accent de
l'avant-dernière sur la troisième avant-dernière : on prononce
ital. fécero (fecērunt), prov. dólgron (doluērunt), franç.
tinrent (tenuērunt), val. tęcúrę (tacuērunt). On a déjà souvent
observé que les poètes latins abrègent souvent cet e : stetĕrunt,
abstulĕrunt, defuĕrunt (d'autres exemples dans Voss.
Arist. 2, 21) ; on pourrait en conclure que la prononciation
populaire était favorable à cette abréviation. Cependant cela
n'est pas même commun à tout le domaine roman, car l'espagnol
et le portugais s'en abstiennent presque absolument, ils prononcent
en effet hiciéron = fecérunt, hubiéron = habuérunt.
4) La Ire et la 2e pers. plur. de l'imparfait du subjonctif (plus-que-parfait
latin) reportent également l'accent, dans les langues
de l'est et du sud-ouest, d'une syllabe en arrière : ital. cantássimo
cantáste
, val. cųntásem cųntęsetzi, esp. cantęsemos
cantęseis
, au contraire prov. chantessém chantessétz, franç.
chantassions chantassiez (cantavissēmus, ētis).

3. Un usage étranger à la grammaire latine est la diphthongaison
de la voyelle radicale, lorsqu'elle est e ou o, rarement
lorsqu'elle est i ou u. Elle se produit d'après des règles générales
114développées dans la phonétique, mais elle a pris plus d'extension
dans une langue que dans l'autre. Les détails de ce procédé
seront expliqués plus bas. L'apophonie au contraire, dont la
langue mère donnait déjà l'exemple, est commune à tous les
dialectes et a fait dans quelques-uns, comme l'espagnol et le
portugais, d'importants progrès ; ce procédé de flexion intérieure
doit être considéré, partout où il est actif, comme un avantage.
L'attraction, qui offre les mêmes avantages que l'apophonie, a
aussi influé sur la flexion du verbe, bien que dans une mesure
beaucoup moins grande.

2. Passif.

La flexion de cette voix a péri ; seul le participe du parfait
(car celui du futur a tout-à-fait passé dans la classe des adjectifs)
s'est conservé, et est employé, quoiqu'il serve déjà de compensation
à différents temps actifs, à former aussi avec l'aide du verbe esse
le passif tout entier. C'est la langue latine qui elle-même a dû
susciter cette périphrase, car elle remplaçait de la même manière
les temps du passé. Le verbe auxiliaire est ici aussi destiné à
exprimer par sa forme la personne, le nombre, le temps et le
mode, le participe donne l'idée, mais il maintient, ce qui n'a pas
lieu à l'actif, ses droits comme adjectif, c'est-à-dire qu'il a genre,
nombre et cas (nominatif). L'idée du temps toutefois l'a abandonné :
amatus veut dire simplement « qui a part à l'amour » ;
amatus sum ne signifie donc plus « je suis un homme qui
a été aimé », mais « je suis un homme qui est aimé, je suis
aimé » et répond au présent amor ; de même amatus eram
« j'étais aimé » = amabar, non pas « j'avais été aimé » ;
amatus fui « j'ai été aimé » = amatus sum ; amatus ero « je
serai aimé » = amabor et de même aussi au subjonctif.

Outre esse, d'autres verbes encore qui expriment un état
général, une manière de se comporter, de se trouver, un devenir,
peuvent de la même manière être employés à la périphrase du
passif. Stare sert presque partout à cet usage. En roumanche c'est
venire, construit comme esse, qui est le moyen propre de formation :
veng ludaus = laudor, vegniva ludaus = laudabar,
sunt vegnieus ludaus = laudatus sum ; et comme il sert en
même temps à la périphrase du futur, il se présente à ce temps
du passif sous une double forme, comme l'allemand werden :
veng a venir ludaus, ich werde gelobt werden « je serai
loué ». Dans les dialectes du nord de l'Italie, fieri se trouve
115employé pour cette périphrase. Dans Bonvesin, par ex., fi asalio
(est assailli), fin sustentai (être entretenu), fiva digio (était
parlé). Sur l'expression du passif en valaque au moyen du
réfléchi se, voyez plus bas la conjugaison de cette langue.

Si le passif s'éteignait, le déponent n'avait pas de meilleur
sort à espérer. Les nouveaux dialectes ont conservé beaucoup de
déponents, mais ils les ont mis sous la forme active ; le latin du
premier moyen âge, la L. Sal., par ex. (Pott 142), en offre de
nombreux exemples. Le latin archaïque aussi en employait
encore beaucoup sous la forme de l'actif : ainsi, pour ne citer que
ceux qui se trouvent encore dans les langues filles, fabulare,
jocare, luctare, nascere, consolare , d'après Priscien (sans
exemples) aussi dignare, mentire, partire, precare, testare.
Il devait être d'autant plus facile au dialecte populaire qui se
détachait de la langue écrite de soumettre tous les verbes de
cette classe à une semblable transformation ; il ne s'agissait que
de leur créer un nouveau participe. C'est ainsi que nascor,
natus sum, nasci est devenu maintenant en ital. nasco, nacqui,
nato , en esp. nazco, nací, nacido, en franç. nais, naquis,  ;
sequor, secutus sum, sequi, en ital. seguo, seguii, seguito, en
en
esp. sigo, seguí, seguido, franç. suis, suivis, suivi. — Les
semi-déponents aussi (neutres passifs) durent échanger leurs
temps passifs contre des temps actifs nouvellement créés ou les
perdre. Gaudeo gavisus sum est en ital. godo godei, soleo
solitus sum
, en ital. soglio sans parfait, car solito est adjectif
et solei est tout aussi impossible qu'un provençal solc.

3. Modes de flexion.

Lorsque nous considérons le parfait de la conjugaison romane
dans ses différentes formes, une distinction frappante, un complet
dualisme de la flexion se présente à nous. Si l'on part de l'italien,
on observe que ce temps est basé en partie sur la voyelle
caractéristique de l'infinitif, comme dans cant-íái, vendéi,
partíi , mais qu'en partie il est construit de telle manière
que ces voyelles ne sont plus du tout en jeu et qu'au radical
ou au thème est jointe la terminaison personnelle soit immédiatement,
comme dans vid-i, soit encore par l'intermédiaire d'un
autre élément, comme dans pian-s-i, par-v-i, tacq-u-i. La
distinction principale entre ces deux modes de flexion consiste
en ce que dans le premier c'est la flexion (proprement la voyelle
qui précède) et que dans le second c'est le radical qui reçoit
116l'accent. Quelle différence de sons entre vendéi et piansi,
vendérono et piánsero ! L'accentuation de la voyelle radicale,
conformément à la constitution de ce dialecte, n'est pas, il est
vrai, soutenue dans toutes les flexions du parfait, elle n'a lieu que
dans trois cas (piansi, pianse, piansero), mais elle gouverne
encore dans un des autres dialectes un autre temps (pr. féira =
feceram) et se répète au participe passé. Quant à l'élément additionnel,
il règne (sauf en italien) dans tous les temps dérivés du
parfait : esp. puse, pusiese, pusiera, pusiere, prov. ars, arses,
arsera ; poc, pogues, pogra, franç. mis, misse, val. prinsęi,
prinseasem. On comprend que cette méthode de flexion a sa
source en latin, bien que les langues filles aient développé de
grandes particularités dans son application : l'accent notamment
décida tout ici. La langue mère formait originairement le parfait
soit par réduplication, comme dans cucurri, soit par modification
de la voyelle de flexion, comme dans feci. Mais afin
d'éviter une confusion avec le présent, lorsque le changement de
voyelle ne pouvait avoir lieu, elle unissait le radical du verbe au
parfait du verbe substantif (esi), comme dans sum-si, man-si.
Tous les verbes de cette classe sont primitifs. Les verbes dérivés
ont formé leur parfait au moyen d'un autre mot auxiliaire, vi
pour fui, qui s'est uni aussi aux voyelles longues ā, ē, ī, comme
dans amā-vi, delē-vi, audī-vï. Mais ce suffixe s'adapta aussi
immédiatement aux verbes primitiis, sous la forme ui, comme
dans col-ui, tac-ui, aper-ui. Les anciens grammairiens ont
formé avec les verbes dérivés les Ire, IIe et IVe conjugaisons, avec
les primitifs la IIIe, mais il se produisit beaucoup d'exceptions,
parce qu'on se laissait guider par la forme de l'infinitif. Les
verbes primitifs, qui sont un des ornements les plus réels de la
langue, n'eurent pas dans la grammaire romane un sort aussi
favorable. Ils furent ici séparés des autres, qu'on nomma seuls
réguliers, et furent traités comme irréguliers. On eut raison de
les séparer, mais on eut tort de les nommer irréguliers ; du
moins la grammaire historique ne peut pas admettre ce point de
vue, car ils sont également réguliers : seulement ils se divisent
en plus petits groupes. Ils devraient systématiquement précéder
les soi-disant réguliers ; nous les plaçons, afin de ne pas trop
nous écarter de la tradition, à la suite de ceux-ci. Ce n'est que
sur le nom des deux classes qu'on peut être embarrassé. Forme
primitive
et dérivée, ancienne et nouvelle, désignerait plutôt
leur rapport historique que leur caractère linguistique. Formes à
radical accentué
et à flexion accentuée sont des expressions
117que nous devons appliquer aux variétés d'accentuation de toutes
les conjugaisons et de tous les temps et non restreindre à celui dont
il est ici question. Dans la première classe, la flexion, ainsi que
nous l'avons vu, est caractérisée par l'apophonie de la voyelle
radicale elle-même ou par un suffixe qui renforce le radical, la terminaison
personnelle n'est plus essentielle et tombe dans quelques
langues, de sorte qu'il ne reste plus que ce seul radical renforcé,
comme dans le prov. aucis de occīdit, dolc de doluit, ital.
uccise, dolve dolse ; dans la seconde classe l'intégrité de la
flexion est assurée par l'accent. On pourrait donc nommer celle-là,
à bon droit, la flexion intensive, celle-ci l'extensive, sans la
lourdeur de ces expressions. La grammaire allemande nous en
offre de meilleures. On y a nommé la conjugaison primitive,
parce qu'elle se produit par apophonie dans le radical lui-même,
forte, la conjugaison dérivée, parce qu'elle a besoin de la
composition, faible. Il est bien vrai que la construction des
conjugaisons primitives allemande et latine diffère, en tant que
la dernière dans sa seconde période a admis, comme la conjugaison
faible allemande, des verbes auxiliaires (fui ou esi),
mais son caractère intensif qui vient d'être observé et qui est
encore plus marqué en roman qu'en latin lui mérite aussi bien
le nom de conjugaison forte, et en fait on le lui a appliqué de
différents côtés. Or, si la grammaire comparée a reconnu les
expressions de parfait fort ou de verbe fort pour la langue mère
du roman, ce serait rétrograder dans la science que de vouloir
persister pour le roman dans le système traditionnel, puisque la
grande division qui domine la conjugaison du latin continue à
être palpable dans les langues filles. A l'autre flexion, qui s'étale
davantage, nous appliquons le terme correspondant de faible.
Répétons encore qu'on ne prétend pas dire par cette terminologie
que la forme forte et faible latine ou romane ait le même caractère
que la forme allemande ; il ne s'agit pour nous que d'un
terme qui désigne quelque chose de semblable. Il y a aussi
quelque chose de semblable dans le fait que les deux modes de
flexion dans les deux domaines s'affirment le plus décidément au
parfait et au participe que les nouvelles langues emploient dans
la formation périphrastique des temps ; et de même dans le fait
que les verbes nouveaux prennent seulement la forme faible. La
simple marque distinctive des deux modes de flexion est donc,
en roman, que la Ire et la 3e pers. sing. du parfait (celle-ci le plus
constamment) reçoivent dans la flexion forte l'accent sur le radical,
dans la faible sur la flexion. L'importance de l'accent, qui a pris
118une si grande part à la formation des langues néo-latines, est
encore ici aussi confirmée, ainsi que nous l'avons vu. Si l'une
d'entre elles déplace l'accent, elle se dépouille elle-même du
verbe fort : c'est ce qui s'est produit dans une grande proportion
en français et en valaque. Le parfait du participe aussi
connaît les deux formes, mais elles ne concordent souvent pas
avec celles du parfait de l'indicatif, par ex. ital. crebbi (fort),
cresciuto (faible) ; morii (faible), morto (fort) ; dans ce cas
nous laissons le parfait seul, dont l'enchaînement avec d'autres
temps accroît l'importance, décider le mode de flexion. Des contradictions
dans la flexion se présentent aussi dans les verbes
latins primitifs.

1. Flexion faible. — Les trois conjugaisons avec les infinitifs
āre, ēre, īre se retrouvent dans les nouvelles langues. La
conjugaison en A doit aussi être nommée la première, la conjugaison
en E la deuxième ; cette dernière est toutefois seulement
formée en roman par l'accession de verbes forts, comme l'ital.
temere (timere), tandis que des faibles, comme delere, l'ont
abandonnée. Mais comme beaucoup de verbes forts avec e bref
sont aussi devenus faibles, on les range également dans la deuxième,
qui compte ainsi des infinitifs avec e long et bref (au
sud-ouest seulement avec e long). Enfin la conjugaison en I
forme ici la troisième. Cette dernière doit être divisée en deux
classes, une classe pure ou simple et une classe mélangée.
Celle-ci, qui n'est inconnue qu'au sud-ouest, intercale au présent
des trois modes la syllabe isc (esc) entre le radical et la flexion,
par ex. ital. fior-isc-o, et sans la voyelle, prov. flor-isc, franç.
fleur-is, val. flor-esc ; les Ire et 2e pers. plur. demeurent en
général fidèles à la flexion simple. L'origine de cette flexion dans
l'inchoatif latin est évidente ; son immixtion dans la IVe conjugaison
s'explique par ce besoin d'une forme plus expressive qui
s'est montré actif partout où l'occasion se présentait. En effet, un
grand nombre de verbes de la deuxième conjugaison latine
avaient parallèlement des formes inchoatives : le génie de la
langue mettait leurs formes accentuées sur la flexion à la place
de celles qui avaient l'accent sur le radical afin de faire ressortir
plus distinctement la flexion : on conjugua le présent de clarere,
florere, stupere à la façon romane claresco, floresco, stupesco
au lieu de claro, floro, stupo, et l'on fit enfin passer ces
verbes avec beaucoup d'autres de la deuxième à la troisième
(quatrième latine) ; peu à peu divers hétérogènes vinrent se joindre
119à ceux-ci. La première contient seulement des mots latins,
en partie même de la deuxième et de la troisième conjugaison ;
la deuxième classe en majorité des mots étrangers ou formés à
nouveau avec des éléments latins ; un grand nombre d'entre eux
prennent part aux deux modes de flexion, entre autres des étrangers,
comme l'ital. forbire, impazzire, prov. gequir, gurpir.
En français, la forme inchoative s'est encore approprié d'autres
temps que le présent. — Au sujet des divers temps, nous avons
préalablement les points suivants à observer.

Le présent pousse en général la régularité jusqu'à supprimer
tout-à-fait les voyelles caractéristiques e et i (ind. eo, io, subj.
eam, iam) : ital. godo goda (gaudeo, gaudeam), temo tema
(timeo, timeam), sento senta (sentio, sentiam), esp. temo,
tema, siento sienta etc. Ces voyelles cependant sont restées
dans quelques verbes faibles et constituent une petite déviation
au paradigme.

L'imparfait de la deuxième conjugaison ne conserve qu'à
l'est la voyelle e (ital. taceva, val. tęceam), au sud-ouest et en
provençal il suit la forme de la troisième (podia). La forme
primitive de la troisième (lat. quatrième), iebam, aurait pu être
rendue par ieva, iea ; cependant iva ou ia, qui est entré dans
l'usage, n'est pas plus mauvais que la contraction ībam, comme
dans audibam, nutribam, scibam, servibam, vestibam et
d'autres encore (voy. Voss. Arist. 5, 34).

La flexion du parfait avi, evi, ivi a subi partout et absolument
la syncope du v 177, qui ne se produisait en latin qu'à la
2e pers. sing. et aux 2e et 3e pers. plur. de la première et de la
deuxième conjugaison et dans tout le parfait de la troisième :
ital. amai amasti, temei temesti, sentii sentisti, esp. amé
amaste
, sentí sentiste etc. La forme caractéristique de la deuxième
était evi, mais l'italien seul l'a maintenue dans la contraction
ei, les autres langues ont en général formé ce temps d'après
la troisième.

Le participe de la première et de la quatrième latines, atus,
itus, fut fidèlement reproduit par ato, ito et les formes correspondantes.
Mais comment celui de la deuxième, qui exigeait
également une voyelle longue, pouvait-il être rendu ? Régulièrement
on aurait eu eto, mais la langue mère n'offrait que peu
120d'exemples avec ētus, et ceux-là mêmes s'étaient perdus en
passant à la conjugaison en I (ital. empito de impletus, prov.
delit de deletus). On prit en conséquence la terminaison ūtus,
contractée de uitus, à laquelle l'oreille était habituée par un
nombre bien plus considérable d'exemples (argutus, consputus,
consutus, dilutus, imbutus, indutus, minutus, secutus,
solutus, statutus, tributus), bien que la voyelle soit en contradiction
avec celle du parfait (e ou i, u seulement en valaque).
En bas-latin elle apparaît de très-bonne heure appliquée à des
verbes nouveaux : incenduta L. Sal. cod. par. tit. 75, pendutus
L. Alam.
, forbattutus Decr. Childeb. vers 595,
decernutum charte de 761 Mur. Ant. III, 759, sternutus pour
stratus vers 790 Mur. Script. II, 2, 1095, reddutus charte de
796 Mur. Ant. III, 1015. Plus tard l'espagnol et le portugais
ont de nouveau renoncé au participe udo et ont choisi, comme
pour le parfait, la forme de la troisième conjugaison ido.

Beaucoup de verbes latins ont, en passant au roman, échangé
une conjugaison faible contre une autre, procédé qui ne pouvait
guère être évité et que nous devons nous borner à indiquer ici.
Voici quelques exemples : lat. cambire, ital. cambiare etc. ;
catulire, franç. chatouiller ; grunnire, ital. grugnare ; pavire,
franç. paver ; tussire, franç. tousser ; bombitare, franç.
bondir ; pigrare, ital. pigrire ; tinnitare, v.franç. tentir.
On n'est pas toujours sûr, il est vrai, qu'un nom n'ait pas
servi d'intermédiaire, ce qui pour cambiare par ex., puisqu'il
existe encore un substantif cambio, b.lat. cambium, est fort
possible.

2. Flexion forte. — Il faut observer tout de suite que
cette flexion a considérablement souffert, soit par son mélange
avec la flexion faible, soit par son passage à celle-ci. 1) La
conjugaison mixte était déjà entrée profondément dans la langue
latine, où de nombreux verbes forts formaient certains temps
d'après la première, la deuxième et la quatrième conjugaison.
Il va de soi que cette transformation a exercé la plus grande
influence sur les langues filles. Relevons les points suivants :a) Le
mélange avec la première conjugaison n'est pas fort usité en
latin : il se produit par ex. dans les infinitifs crepare, cubare,
fricare, juvare, lavare, plicare, secare, sonare, tonare,
vetare . En roman la forme forte fut ici tout simplement remplacée
par la faible, l'italien fléchit suonai, suonato, l'espagnol
soné, sonado, le français sonnai, sonné ; il est toutefois vrai
121que quelques-uns de ces verbes possédaient déjà en latin une
forme faible à côté d'une forte, b) Le mélange avec les formes
de la deuxième conjugaison est très-usité, en sorte que le parfait
et le supin suivent la flexion forte, le présent et l'infinitif la
faible ; cependant de nombreuses formes secondaires des deux
derniers temps établissent l'existence primitive d'une flexion
forte : c'est ainsi qu'on trouve à côté de ferveo fervēre,
frendeo frendēre, fulgeo fulgēre, oleo olēre, strideo stridēre,
tergeo tergēre aussi fervo fervĕre, frendo frendĕre
etc. ; le composé de ridēre irridere peut avoir un e bref et le
tondo pour tondeo qu'on trouve dans une inscription semble au
moins avoir été populaire ; il n'est pas certain qu'on ait dit
sorbo pour sorbeo (Struve, Lat. decl. und conj. 188-194) ;
on trouve également des exemples de respondĕre (Voss. Arist.
5, 35). En roman les verbes de cette classe ont généralement la
forme avec e bref, comp. ital. férvere, fúlgere, rídere, assórbere,
rispóndere, strídere, térgere, tóndere ; prov. rire,
respondre, térser, tondre ; val. fearbe, rųde, ręspunde,
tunde. c) Aperire, fulcire, satire, sentire, sepelire, venire,
vincire et autres offrent le mélange avec la quatrième. Ces
verbes, ou maintiennent leurs formes fortes telles qu'ils les ont
en latin, comme aperire, venire (en italien encore fulcire,
sepelire), ou se rangent, comme salire, sentire, exclusivement
à la quatrième. — 2) La transformation de la forme forte en faible
s'était probablement produite assez souvent déjà en latin, bien
qu'on ne puisse en signaler que des exemples peu nombreux,
mais dans les langues filles cette réforme qui est liée au besoin
bien connu de l'unification des flexions prit une extension peu
commune. La langue allemande en a également souffert. L'italien
est encore la langue la plus favorable à la flexion forte, l'espagnol
et le portugais lui sont tout-à-fait antipathiques. a) Un
petit nombre de verbes seulement ont passé à la première conjugaison :
consumare ital. etc. de consumere ; fidare ital. etc. de
fidere (dérivé de fidus, il aurait plutôt développé le sens de
« rendre fidèle » que celui de « confier ») ; mear esp., mijar
port. de mejere (mais mejare est déjà cité par un ancien grammairien ;
voy. t.I, p. 16) ; menovare ital., menguar esp., diminuer
fr. de minuere, voy. mon Dict. étym. ; scerpare ital. de
discerpere ; torrar esp. de torrere ; tremare ital., tremar
v.esp. de tremere ; aussi les verbes v.ital. spegnare pour
spegnere et stringare pour stringere PPS. En français les
exemples sont nombreux : affliger, arguer, céder, consumer,
122corriger, ériger, négliger, résister etc. ; mais la grande majorité
des verbes ainsi traités sont nouveaux, b) Le passage à la
troisième (romane), qui était déjà plus rapprochée de la deuxième,
est d'une bien plus grande importance, α) Exemples avec un e
originairement bref : ital. cucire (consuere), fuggire, concepire,
morire, rapire, seguire, convertire ; esp. cusir, concebir,
fingir, frangir, huir (fugere), morir, parir, seguir,
convertir ; prov.cobir (cupere), fugir, legir, morir, seguir,
vertir ; franç. agir, fléchir (flectere), frémir, fuir etc. ; parmi
ceux-ci fugire et morire (le port. seul a morrer) sont communs
à tout le domaine roman 178. Il faut ici remarquer que d'anciens
écrivains romains ont moriri ; le prov. cobir et l'esp. parir
se retrouvent aussi dans les anciennes formes latines cupire et
parire pour cupĕre, parĕre. Des infinitifs qui suivent à la fois
la troisième et la quatrième conjugaison ne sont pas du tout sans
exemples : fodere fodire, linere linire, sallere sallire etc.
β) Exemples avec e originairement long : it. fiorire, olire, pentire
(poenitere), sorbire ; esp. lucir, nocir, pudir (putere) ;
florir, luzir, merir, comonir, penedir, poirir (putrere),
sorbir, taissir (tacere) ; franç. fleurir etc. 279. c) Un nombre
encore plus grand reste fidèle à l'e de l'infinitif et appartient
néanmoins à la forme faible ; ces verbes forment maintenant la
deuxième conjugaison romane ; voyez des exemples plus bas
pour chaque langue.

En présence de ce penchant décidé des langues pour la forme
faible, le passage de verbes faibles à la forme forte est un fait
à peine possible 380. Les verbes forts romans renvoient donc toujours
123à des verbes forts latins ; toutes les nouvelles créations avec
des éléments latins ou étrangers furent accommodées à la forme
faible et, avec plus de restriction encore, exclusivement aux
conjugaisons en A et en I, comme il était déjà arrivé en latin.
Ce n'est que dans le domaine du nord-ouest qu'on constate parmi
les verbes de la deuxième conjugaison quelques nouvelles créations.

Au sujet des temps primitifs de la flexion forte il faut encore
remarquer spécialement les points suivants.

Infinitif. 1) Il y a une tendance évidente à abréger l'e long,
non-seulement dans les formes secondaires latines citées ci-dessus,
mais encore dans beaucoup de cas d'une autre nature. Qu'on
examine l'ital. árdere, lúcere, mórdere, muóvere, mólcere,
nuócere, tórcere (torquere) ; prov. ardre, aerdre (adhærere),
somonre (summonere), mordre, moure, tórser ; val.
arde, adaoge, mulge, toarce. Parmi ces verbes árdere, mórdere,
móvere, tórquere sont communs à plusieurs langues. —
2) L'allongement de l'e bref est rare ; des accentuations communes
à tout le domaine roman sont : cadēre, capēre, sapēre.
3) Le passage de e à i s'effectue très-rarement dans la flexion
forte ; ainsi dans l'esp. decir (dicere), ducir (ducere) ; le prov.
tenir à côté de tener (J. G. Voss, Arist. 5, 35, suppose un lat.
tenire) ; le franç. courir, tenir et quelques autres. — 4) Des
infinitifs avec e bref (accentués sur le radical) sont soumis à une
forte contraction ; la dernière consonne du radical, en tant que
les lois de chaque langue le permettent, est syncopée avec ou
sans la voyelle suivante : ital. fare (facere), bere (bibere),
porre (ponere) ; esp. ver (videre) ; port. par ; prov. faire,
rire (de ridere), aucire (occidere) ; fr. faire, taire (tácere),
boire, rire. Il s'entend que cette contraction affecte aussi les
temps composés avec l'infinitif.

Au présent, l'i ou l'e de dérivation (capio, facio, sapio,
debeo, doleo, habeo, pareo, teneo, valeo, video etc.) a donné
lieu à des irrégularités et à des doubles formes. Il va de soi que
chaque langue traite ces terminaisons, c'est-à-dire la voyelle de
dérivation avec les consonnes du radical, d'après ses lois phoniques,
sans introduire par là de nouveaux modes de flexion (comp.
tome I le chapitre de l'hiatus). Mais les terminaisons même dans
un seul domaine ne prennent pas tout-à-fait la même forme.
Quelquefois la voyelle est expulsée et demeure sans action sur
la forme ; quelquefois au radical, d'après l'exemple donné par
d'autres verbes, est ajoutée une voyelle de dérivation, ce qui
124a dû se produire notamment dans cado, pono, traho, comp.
ital. caggio, pongo, traggo, esp. caygo, pongo, traygo, port.
caio, ponho (c'est-à-dire ponio), trago, prov. subj. chaia,
ponga, traia .

Parmi les différentes formes du parfait, la forme réduplicative
a disparu, car on ne saurait mettre en ligne de compte dedi ou
steti 181. En renonçant à ce moyen de formation le roman s'accorde
donc encore avec l'allemand et le grec moderne. Au reste la
réduplication était en latin déjà en train de disparaître. De
scicidi, tetini, tetuli on avait déjà fait scidi, tenui, tuli et à
côté de pependi, peperci, pepuli, pupugi, spopondi, tetendi,
tutudi on trouve pendi, parsi, pulsi, punxi, spondi, tendi,
tusi ou tunsi employés par certains écrivains ou cités par des
grammairiens (Voss. Arist. 5, 20). Un exemple du latin du plus
ancien moyen âge est tunderit pour totonderit, voy. Clodovechi
capit
. Pertz IV, p. 3 (entre 500 et 511). Dans le langage
populaire les derniers restes de cette importante forme avaient
disparu ; on chercha à la remplacer de différentes manières.
Les autres moyens de formation du parfait continuèrent à être
employés, mais l'un prit souvent la place de l'autre. 1) La
classe qui modifie la voyelle radicale a été réduite à un petit
nombre de cas, comme feci, veni, vidi. — 2) L'emploi de
l's a été non-seulement presque partout continué, mais encore
a supplanté les autres moyens de flexion dans beaucoup de
verbes. Certains parfaits notamment qui ou se confondent absolument
avec leur présent, ou, comme cela arrive en partie dans
la première classe, ne se distinguent de ce dernier que par la
quantité de la voyelle radicale, furent, au moins en italien (car
les langues ne s'accordent pas complètement), attribués à cette
classe : ainsi accendit, occīdit, offendit, lĕgit lēgit, mŏvet
mōvit
, pendit pependit, prendit, descendit, abscondit, respondet
respondit
, tendit tetendit, volvit , ital. accese,
uccise etc. Quelques parfaits furent distingués d'une autre
manière, ainsi ceux qui ont déjà été cités vĕnit vēnit, vĭdet
vīdit
, ital. viene venne, vede vide, ainsi bĭbit, plŭit, ital.
beve bevve, piove piovve. Déjà chez les Romains la flexion
avec s avait fait de visibles progrès. Neglēgi par ex. qui,
125d'après le témoignage de Diomède et de Priscien, était encore
employé par les anciens, se transforma en neglexi, de même
dilegi, intellegi en dilexi, intellexi (Arist. 5, 27). Emo fait
ēmi, mais dans les composés dēmo, prōmo, sūmo l'allongement
de la voyelle au présent avait rendu impossible la formation
d'un parfait par apophonie ; on obtint alors ce temps au moyen
de l's : demsi, promsi, sumsi. Pour præmordisset Plaute
emploie præmorsisset, ital. morsi. Dans beaucoup de circonstances
la forme s se présente au moins à côté d'une autre :
pangere pegi panxi, de là l'ital. impinsi, prov. empeis ;
vellere velli vulsi, ital. svelsi ; connivere connivi connixi
(Priscien) ; verrere verri versi (ibid.). Pour le parfait de
cudere les grammairiens hésitaient entre cudi et cusi (Voss.
Arist. 5, 26). A ces exemples s'en ajoutent un grand nombre
d'une époque postérieure. Ulpien emploie le parfait déjà cité
pulsi (voy. Arist. 5, 28), comp. l'ital. espulsi. Les auteurs
africains de la vulgate (Lachmann, Comment. in Lucret.
p. 350) écrivaient colleximus et collexistis. Punxi est cité
par les grammairiens et il se reproduit dans l'ital. punsi, le
pr. pois, le val. punsęi. Priscien dit qu'on a cru devoir former
fissi de findere et à cette forme répond l'ital. fessi. Sorpsi
pour sorbui est également mentionné par des grammairiens
et Velius Longus dit à ce propos : ut potius sorbui dicamus
quam
sorpsi, cum recens hæc declinatio sordidi sermonis
virus ceperit (Putsch p. 1234 ; de même Flavius Caper ibid.
p. 2240) : sorpsi appartenait donc à la langue populaire, bien
qu'on admette que Lucain a employé absorpsi ; l'italien a
assorsi. Flav. Caper avertit de ne pas dire absconsi pour
abscondi (Putsch p. 2240), c'était donc sans doute un idiotisme
qui s'est conservé dans l'ital. ascosi. Decisimus pour decidimus
se trouve au moins chez les arpenteurs I, 391, le Glossarium
vetus Class. auct
. VI, 513 explique cæsit par cecidit.
Dans les textes du moyen âge les flexions en s sont extrêmement
fréquentes, mais nous ne pouvons en citer qu'un petit nombre
d'exemples. Occiserit pour occiderit dans un manuscrit de la
L. SaL, occisisset Mur. Ant. II, 237 (de l'an 870), comp. ital.
uccisi etc. Offersi Tir. 63a (885), de même en italien. Effosserit
pour effoderit L. Long. Infusit pour infudit Esp.
sagr
. XI, 132 (IXe siècle), ital. fusi. Priserit pour prehenderit
L. Sal., Pact. Child. et Chlot. (vers 593), preserit,
presissit L. Long., presimus Esp. sagr . XL, 362 (de l'an
757), XXVI, 445 (804), porprisi Marc. form. app. 33,
126porpriserunt HLang. I, 36 (812), comp. ital. presi etc.
Punxerit L. Sal., L. Long., punxisti Gl. cass., comme
chez les anciens grammairiens. Solserit L. Sal., solserant
Polypt. d'Irmin
. II, 344 (828), absolsi Tir. 28b (780),
absolserit L. Long., persolsisse Mar. 124 (564), persolserimus
Mur. Ant. III, 1022 (823), transolsisse Marc. Form.
2, 18, comp. prov. sols, ital. assolsi. Contanxit Fum. 100
(799), prov. tais. Tollesimus pour sustulissemus Mur. Ant.
V, 915 (771), ital. tolsi etc. ; part. tulta pour sublata Esp.
sagr
. XI, 223 (IXe siècle), abstultum Marc. Form. 1, 32.
Plusieurs verbes, qui formaient déjà en latin leur parfait avec s,
présentent certains changements de forme. Remasisse pour
remansisse dans des tabulæ ceratæ du IIe siècle, voy. Massmann
Libellus aurarius p. 9 et § 160, ital. rimasi etc. On a
trouvé dans les inscriptions posi pour posui (Grut. in ind.
gramm.
), de là l'ital. posi, prov. pos, val. pusęi 182. Priscien
attribue au verbe quæso, forme plus ancienne de quæro, un
parfait quæsi, auquel se rapportent exactement l'ital. chiesi,
esp. quize, prov. quis, en b.lat. quisistis Gl. cass., conquiset
Brun
. 493 (de l'an 737). — 3) La forme avec un u intercalé
est plus ou moins respectée et reproduite de très-diverses manières,
selon les différents génies des langues ; observez les
vicissitudes de cette voyelle dans les formes suivantes : ital.
tacqui, val. tęcúi (tacui) ; esp. supe, prov. saup (sapui) ;
prov. volc, franç. voulus (volui).

Le participe a plus souffert que le parfait. C'est la forme -sus
qui s'est le mieux conservée, ensuite -ctus, -ptus. Itus est
éteint ; son souvenir vit encore dans les substantifs italiens
comme pérdita, réndita, véndita.

3. Des verbes anomaux, le roman a gardé esse, posse,
velle, ferre, fieri, ire. 1) Esse règle son infinitif sur la troisième
conjugaison latine, ital. éssere, prov. ésser, franç. estre, la
forme esse dans des dialectes italiens est apocopée de essere 283.
127Comme ce verbe est incomplet et que le passif, à l'expression
périphrastique duquel il sert, exige qu'il soit complet, les formes
qui manquaient ont été soit créées par analogie, comme le
gérondif essendo, le participe présent essente, soit empruntées
à d'autres verbes, comme le participe passé stato de stare ; et
même, outre stare, sedere et fieri ont dû remplir le vide des
formes qui manquaient au latin ou qui s'étaient perdues depuis,
voy. la conj. esp. et valaque 184. — 2) Posse n'a pas formé un
inf. póssere, comme éssere de esse, il l'a dérivé à nouveau
de la syllabe pot contenue dans potest etc., savoir ital.
potére, esp. port. prov. poder, franç. pouvoir, val. puteà ;
l'imparfait poteram a passé, avec d'autres temps, à la terminaison
de la deuxième conjugaison (poteva, podia) et déjà une
charte franque du VIIe siècle a podibat Mar. p. 100, la L. Long.,
potebat. D'autres exemples du bas-latin pour l'histoire de ce
verbe sont poteret, potemus, possat Dict. étym., possamus
HPM
. n. 71 (de l'an 950). Le gérondif et le participe présent
ont été créés sur le modèle de la deuxième conjugaison. —
3) Velle fut également assimilé à la deuxième : ital. volere,
prov. voler, franç. vouloir, val. vreà. Ce mot manque au sud-ouest,
128mais d'anciens composés espagnols, si-vuel-qual, si-vuel-quando,
si-vuel-que , permettent de supposer son existence antérieure 185.
Le provençal seul conserve une trace de nolle ; nol
(nonvult), nolc (noluit) d'après GO., nolon Ch. relig. n. 3,
2, mais on trouve aussi un wallon nolu ( = nolle) 286. Malle a
dû disparaître de bonne heure, car les anciens glossaires lui
consacrent déjà une explication, par ex. malebat volebat,
malles velles aut magis velles Gloss. paris
, éd. Hildebrand.
4) Ferre ne se trouve que dans les composés et a passé à la
troisième conjugaison, ital. par ex. offerire, preferire etc.,
mais il a généralement un parfait et un participe forts et un
présent diversement traité, le provençal a tout-à-fait l'infinitif
latin dans pro- et referre. — 5) Fieri n'existe que dans le val.
fi (comme substantif fire), et encore est-il défectif. Des dialectes
de l'Italie du nord le possèdent plus complètement. Bonvesin
par ex. fléchit : prés, fio et fizo, fi, fi, 3e plur. fin ; imparf.
fiva, fivi ; subj. prés, fiza, fizan ; fut. 3e sing. firà, inf. fi.
L'italien littéraire ne conserve que le futur défectif fia. —
5) Ire, en sa qualité de mot trop peu expressif, a perdu la
plupart de ses temps ; le valaque, où l'infinitif n'aurait pu avoir
que la forme i, l'a complètement abandonné. L'idée a été surtout
exprimée par vadere et par un verbe nouveau qui est en ital.
andare, esp. port. andar, prov. anar, franç. aller. Vadere,
déjà défectif en latin (le parfait et le supin sont inusités), n'est
appliqué qu'au présent ind., subj. et impér., et seulement dans
les cas où l'accent doit être sur le radical (ital. vo, vai, va,
vanno, non pas vadiamo, vadete) ; il a été remplacé aux autres
personnes de la conjugaison en italien, en provençal, et en français
par andare, qui, par là, devint lui-même défectif, en espagnol
et en portugais par ire et esse ; dans ces dernières langues,
129andar a une existence indépendante avec une flexion complète.
Ce verbe peut être rapporté à aditare, employé par Ennius,
mais cette étymologie n'est pas universellement admise.

II. Conjugaison des diverses langues.

1. Italien.

Sur la flexion personnelle voici ce qu'il faut seulement
observer : 1) Toutes les consonnes finales tombent : credi (credis),
cantava (cantabam), canta (cantat). Des chartes italiennes
favorisent ces finales vocaliques à une époque assez
reculée, le t notamment est souvent mis de côté au VIIIe siècle, où
on écrit par ex. corre (currit), consta, manea etc. — 2) N se
fait suivre d'un o euphonique, comme dans cantano, et c'est un
o qu'on a employé, à ce qu'il semble, parce que le latin lui-même
donnait u comme voyelle, au moins au parfait fort, ce qui servit
de modèle pour les autres temps : de feceru-nt est sorti fecero
et sur cette forme s'est réglé cantano. — 3) La règle est que la
2e pers. du sing. se termine en i, celle du plur. toujours en e et
ainsi on a même fait canti de cantas, cantavi de cantabas. —
4) Dans la langue archaïque et dans la langue poétique, un e
ou un o paragogique s'adapte aux voyelles accentuées finales :
ainsi dans hóe, stóe, cantóe, potéo, coprio, fúe, canteróe,
canteráe, háe pour ho, sto, cantò, potè, coprì, fu, canterò,
canterà 187 ; on met de même e pour i au présent ind. et subj. et
à l'imparfait subj. : cante, cantasse pour canti, cantassi. —
5) Mais il faut surtout remarquer que la terminaison íano qui se
présente dans divers temps peut passer à iéno, par ex. fiéno,
siéno, moviéno ( : piéno Purg. 10, 79), canteriéno. C'est
ainsi que l'on trouve aussi au sing. devant des affixes pour ía,
par ex. condoliémi Purg. 21, 6, diriélo etc., voy. Blanc 349,
364. De íano se sera d'abord développée la forme plus facile
íeno (et beaucoup de personnes accentuent encore aujourd'hui
ainsi) et de là en avançant l'accent, pour produire une diphthongue
familière, iéno 288.130

L'infinitif a la forme complète -re, qui ne s'affaiblit que dans
les dialectes. Il existe trois temps composés avec l'infinitif, savoir le
futur en -rò (v.ital. -raggio, -rabbo = aggio, abbo de avere) ;
un soi-disant conditionnel en -ria, mais qui ne possède que la
Ire pers. sing. peu usitée, la 3e et aussi la 3e plur. -ríano (rieno)
et est surtout employé par les poètes 189 ; un deuxième conditionnel
complet en -rei ; il faut remarquer dans ce dernier la
forme double de la 3e pers. plur. -rébbero et -rébbono moins
usité.

Le présent de l'indicatif et du subjonctif de toutes les conjugaisons
fait à la Ire pers. plur. -iamo, le présent du subjonctif
à la 2e pl. -iate : cantiamo, cantiate, vendiamo vendiate etc.
Est-ce un emprunt fait à la troisième et quatrième conjugaisons
latines (faciamus, audiamus) ? Indubitablement, car le procédé
que les grammairens grecs nommaient συνεκδρομή s'est profondément
implanté dans l'organisme du verbe du domaine roman.
Le vieil italien employait encore, au moins à l'indicatif, cantamo,
vendemo, facemo, partimo. — 2) Le présent de tous
les modes offre dans quelques cas, outre la diphthongaison dont
nous avons encore à parler, un changement de voyelles particulier,
en vertu duquel la voyelle radicale se maintient seulement
à la place de l'accent, mais éprouve à la Ire et 2e plur., lorsque
ce dernier avance, une modification admise aussi par les autres
temps. Ces cas sont devo, odo, esco, plur. dobbiamo, udiamo,
usciamo , inf. dovere, udire, uscire. Des motifs de différente
131nature peuvent avoir influé sur cette modification phonique 190. —
3) L'accentuation primitive est observée, de là récito récitano,
mérito méritano, régolo régolano , et l'on ne prononce pas
comme à l'ouest recíto, meríto, rególo, bien qu'à la 3e pers. pl.
l'accent recule sur la quatrième avant-dernière. Le déplacement
de l'accent est très-rare et se produit surtout dans des mots non
populaires : estímo, imíto, impéro, impiégo (implico), incíto,
intímo, invóco, repúto (réputo est plus usité) ; comprímo,
dirígo, dirímo, discúto, divído, elíce, ripéto et d'autres
encore. Des poètes prononcent aussi celébro, occúpo, provóco 291.
— Le pluriel de l'impératif se confond avec celui du
présent : cantate est pour le lat. cantate et cantatis, son
origine demeure par là incertaine. Dans essere, avere, sapere
et volere l'impératif n'est qu'un subjonctif : au lieu de siete,
avete, sapete, volete, qu'on était en droit d'attendre, on a introduit
siate, abbiate, sappiate, vogliate, parce qu'on est parti
de cette idée que l'être, l'avoir, le savoir et le vouloir ne pouvaient
être que souhaités et non commandés.

L'imparfait s'est mieux conservé que dans les autres langues,
car son v = lat. b existe aussi à la deuxième et à la troisième
conjugaison : cantava, faceva, sentiva. A côté de la Ire pers.
sing. -va se trouve une forme -vo, maintenant vieillie, mais encore
très-usitée dans la conversation. Cantavi, vendevi, partivi
pour cantavate etc. ne sont pas moins populaires. Ce temps
subit à la Ire et 2e pers. plur. un déplacement de l'accent, comme
en espagnol, c'est-à-dire cantávamo, cantávate pour -ámo,
-áte, mais ce trait aussi est seulement populaire. Dino Compagni
accentue aussi voleáno, dormiáno.132Le parfait est soumis, dans des points essentiels, à un traitement
particulier qui doit être étudié à propos de chaque conjugaison.
A la 3e pers. plur. se produisent des abréviations considérables
et tout-à-fait permises, comme cantaro cantar,
vendero vender, partiro partir . L'imparfait du subjonctif
a à la Ire et 2e pers. sing. une même forme, -ssi, au lieu de laquelle
les anciens employaient encore à la Ire pers., en se tenant plus
près du latin, -sse ; au pluriel ce temps change l'accent :
cantássimo, cantaste (qui par là se confond avec le parf. ind.)
de cantassēmus, cantassētis ; la 3e pers. se termine en -ssero,
affaiblissement de l'ancien -ssino, -ssono (lat. -ssent).

Le plus-que-parfait du subjonctif latin, passé à la signification
d'un imparfait du subjonctif ou d'un conditionnel (p. 110), n'existe
pas : la langue, ainsi que nous l'avons vu plus haut, possédait
déjà à cet effet deux temps. Un débris du plus-que-parfait est
fora de fueram. On peut être, il est vrai, facilement tenté
de dériver cette forme de forem, mais cette explication est
contredite par le fait qu'elle répond sous tous les rapports au
prov. port, fora, esp. fuera, qui est indubitablement sorti de
fueram. Du reste la langue italienne, dans sa période primitive,
connaissait aussi ce plus-que-parfait conditionnel, ainsi que ses
grammairiens le reconnaissent enfin, voy. par exemple Bianchi
sur le passage du Par. 21, 93. C'est chez Ciullo d'Alcamo qu'on
le remarque le plus souvent : tagliára (se tanto addivenissemi,
tagliarami le trezze
) Nann. Letter. ital. I, 6, fara
ibid., móvera 9, dignara 10, chiamarano ibid., potera 12.
Chez d'autres écrivains disperéra, vedéra, soffondára, gravára,
parlára
, allegráran, convenéra, giovára etc. Soddisfára
aussi, dans le passage cité de Dante, est regardé par
quelques-uns comme un temps de ce genre. On ne le trouve
employé, d'après ces exemples, qu'à la Ire et 3e pers. sing. et
à la 3e plur. On l'obtient, lorsqu'à la 3e pers. plur. du parfait
de la conjugaison faible on change la terminaison ono en a :
dignarono dignara, poterono potera. Dans la conjugaison
forte il devrait se fonder sur la même personne, il n'y aurait
alors qu'à changer l'o final en a, ainsi fécero fécera, móssero
móssera
, mais la forme de l'infinitif s'est implantée ici et l'on
dit fara, móvera. Peut-être que ce temps tout entier, employé
seulement par les poètes, n'est autre chose qu'un rejeton provençal
greffé sur le conditionnel défectif, en ce sens qu'on fit
rentrer les terminaisons -ria, -riano dans -ára, -árano, -éra,
-érano ; disperéra a même conservé l'e provençal.133

Finale du radical 192. 1) Les verbes qui ont devant la terminaison
de l'infinitif are la gutturale c ou g changent ces lettres
devant les voyelles grêles e et i en ch ou gh, par ex. peccare,
pecchi, peccherò ; legare, leghi, legherei. Ceux qui se terminent
devant la finale de l'infinitif ère par une palatale la
conservent devant e et i ; ce n'est que devant i qu'on trouve la
gutturale (ch, gh) à la2e pers. sing. du prés. du subj. comme
forme secondaire : torcere, torco, ci, ce, ciamo, cete, cono,
subj. torca, chi, ca, ciamo, ciate, cano ; conoscere, conosco,
sci, sciamo, scono etc. ; spargere, spargo, gi, ge etc. —
2) Devant i ou e, i tombe après des sons chuintants : lascio,
lascerò ; fregio, fregi ; bacio, baci. L'i atone tombe de même
devant un second i : glorio, glorino, non pas gloriino ; à la
finale on a l'habitude d'écrire j, par ex. glorj pour glorii. —
3) J tombe de la même manière devant i : abbajo, abbai,
abbaino , au lieu de abbaji, abbajino ; nojo, noi au lieu de
noji4) Après gn, i tombe à la Ire pers. sing. du prés. ind. :
sognamo de sognare, tandis qu'il persiste au subjonctif :
sogniamo.

Les pronoms enclitiques (avec les adverbes ne, ci, vi) ont
une certaine influence sur la forme verbale. Savoir : 1) après
m, n et r simples o tombe à la Ire et 3e pers. plur. : amiamci
(aussi amiamoci) , védonlo, préserla. Après nn on a de plus
la chute de la seconde de ces lettres. La finale m (pour mo) peut
passer à n : andianne pour andiamone, diangli pour diamogli.
2) A la 3e pers. sing. e tombe après l et n : vuolsi,
conviensi. — 3) L'infinitif perd de même sa voyelle finale et
en outre, lorsque deux r précèdent, il perd la seconde : lodarlo,
dirgli, porla pour porrela. Chez les anciens l'assimilation de
l' r avait lieu aussi, comme en espagnol, par ex. lodallo,
vedella. — 4) Les finales ai, ei, ii au parfait ind. et au conditionnel
peuvent perdre la seconde voyelle : quetámi, rendéle.
— Il faut aussi observer l'archaïque fostu, vedestu pour fosti
tu
, vedesti tu.

Le verbe auxiliaire pour l'actif est habere, pour le passif
essere.

1. Avére. — Ind. prés. ho, hai, ha, abbiamo, avete,
hanno. Imparf. aveva, avevi, aveva, avevamo, avevate, avévano .
134Parf. ebbi, avesti, ebbe, avemmo, aveste, ébbero . Fut.
avrò, avrai, avrà, avremo, avrete, avranno . Subj. prés.
ábbia, abbia (abbi), abbia, abbiamo, abbiate, ábbiano.
Imparf. avessi, avessi, avesse, avessimo, aveste, avessero .
Cond. avrei (avria), avresti, avrebbe (avria), avremmo,
avreste, avrébbero (avriano). Impér. abbi, abbiate. Gér.
avendo. Part. avente ; avuto. Il possède aussi comme verbe
indépendant, non comme auxiliaire, les temps périphrastiques
ho avuto etc. Voici des formes archaïques ou poétiques : aggio
abbo
(pour ho), have hae ; avei (-evi), aveamo ; abbi et ei
(ebbi), happe (ebbe) ; arò (avrò) etc. ; aggia (abbia) ; aggi ;
abbiendo, abbiente, abbiuto 193.

2. Éssere. Ind. prés. sono, sei, è, siamo, siete, sono .
Imparf. era, eri, era, eravamo, eravate, érano . Parf. fui,
fosti, fu, fummo, foste, fúrono. Fut. sarò, sarai, sarà,
saremo, sarete, saranno (copié sur le futur starò de stare).
Subj. prés. sia, sia (sii), sia, siamo, siate, siano sieno.
Imparf. fossi, fossi, fosse, fossimo, foste, fossero . Cond.
sarei (saria), saresti, sarebbe (saria), saremmo, sareste,
sarébbero (sariano). Impér. sii, siate. Gér. essendo. Part.
essente ; stato. La périphrase est effectuée par le même verbe :
sono stato, stata etc. Des formes archaïques ou poétiques sont
par ex. so (sono), ei, ee este (cette dernière fréquente chez les
anciens), somo PPS. I, 271, enno (sono) ; eramo, erate et
savamo, savate ; fusti, fo, fom, fuste, foro furo ; serò etc.,
de même fia (pour sarò, rare), fia (sarà), fiano fieno ; sie
(sia) ; fussi etc. ; fora (pour sarei, rare), fora (sarebbe),
forano ; sendo, suto essuto. — Sei, siete, savamo (pour
sevamo), sendo, suto sont des formes créées avec l'initiale s,
enno avec l'initiale e : cette dernière répond à è comme hanno
à ha, cantorono à cantò (voy. plus bas première conjugaison),
c'est-à-dire que la 3e pers. plur. s'est réglée sur la 3e sing. 294.135

Tableau de la conjugaison :

tableau Ind. prés. cant-o | cant-i | cant-a | cant-iamo | cant-ate | cánt-ano | Imparf. çantáva | cant-avi | cant-ava | cant-avámo | cant-avate | cant-ávano | Parf. cant-ái | cant-asti | cant-ò | cant-ammo | cant-aste | cant-árono | Fut. cant-erò | cant-erai | cant-erà | cant-eremo | cant-erete | cant-eranno | Subj. prés. cant-i | cant-iámo | cant-iate | c'ant-ino | Imparf.cant-assi | cant-assi | cant-asse | cant-ássimo | cant-ássero | Cond. cant-ería | vend-o | vend-i | vend-e | vend-iámo | vend-ete | vénd-ono | vend-éva | vend-evi | vend-eva | vend-evámo | vend-evate | vend-evano | vend-éi | vend-esti | vend-è | vend-emmo | vend-este | vend-érono | vend-erò | vend-erai | vend-erà | vend-eremo | vend-erete | vend-eranno | vend-a | vend-a, i | vend-iate | vénd-ano | vend-essi | vend-esse | vend-éssimo | vend-éssero | vend-ería | part-o | part-i | part-e | part-iámo | part-ite | párt-ono | part-iva | part-ivi | part-ivámo | part-ivate | part-ívano | par-tii | part-isti | part-ì | part-immo | part-iste | part-írono | part-irò | part-irai | part-irà | part-iremo | part-irete | part-iranno | part-a | part-a, i | part-iate | párt-ano | part-issi | part-isse | part-íssimo | part-íssero | part-iría | fior-isco | fior-isci | fior-isce | fior-iamo | fior-ite | fior-íscono | fior-iva | (=partiva) | fior-íi | (=part.) | fior-irò | fior-isca | fior-i'amo | fior-iate | fior-íscano | fior-issi | fior-iría136

tableau cant-eria | vend-eria | part-iria | cant-eríano | vend-eríano | part-iríano | cant-eréi | vend-eréi | part-iréi | fior-irèi | cant-eresti | vend-eresti | part-iresti | (= part.] | cant-erebbe | vend-erebbe | part-irebbe | cant-eremmo | vend-eremmo | part-iremmo | cant-ereste | vend-ereste | part-ireste | cant-erébbero | vend-erébbero | part-irébbero | Impér. cant-a | vend-i | part-i | fior-isci | cant-ate | vend-ete | part-ite | fior-ite | Inf. cant-are | vénd-ere | part-ire | fior-ire | Gér. cant-ando | vend-endo | part-endo | fior-endo | Pc. cant-ante | vend-ente | part-ente | fior-ente | cant-ato | vend-uto | part-ito | fior-ito

Temps périphrastiques : Ind. ho canto, plur. abbiamo cantato ;
aussi aveva c. ; ebbi c. ; avrò c ; subj. abbia c ; avessi
c
. ; avrei c. ; inf. aver c. ; gér. avendo c. — Passif : ind.
sono cantato, a, plur. siamo cantati, e ; de même era c. ;
fui c ; sono stato c. ; era stato c ; fui stato c. ; sarò c ;
sarò stato c. ; subj. sia c. ; fossi c ; sia stato c. ; fossi stato
c.
 ; sarei c. ; sarei stato c ; inf. esser c ; essere stato c ;
gér. essendo c ; essendo stato c.

On ne voit nulle part les trois conjugaisons se distinguer par
l'application soutenue des voyelles caractéristiques a, e, i d'une
manière aussi tranchée que dans cette langue, de là aussi les
parfaits réguliers ai, ei, ii ; il n'y a que le futur de la première
conjugaison qui change a en e et l'impératif de la deuxième qui
a i pour e.

Ire Conjugaison. — Au présent quelques verbes diphthonguent
leurs voyelles radicales e et o en ie, uo. Paradigmes :
niega, nieghi, niega, neghiamo, negate, niegano . Subj.
nieghi, nieghi, nieghi, neghiamo, neghiate, nieghino . Impér.
niego, negate. Ces verbes sont, outre celui qui vient d'être cité,
notare nuotare (lat. natare), pregare, provare, sonare,
tonare, trovare . Au subjonctif de ce temps on emploie dans la
poésie cante pour canti.

Au parfait on pouvait s'attendre à avoir à la 3e pers. sing.
cantà : au lieu de cela la langue a préféré cantò, qui pourrait
137venir de cantau-it pour cantavit (comp. oca de auica pour
avica). Mais il est difficile d'admettre que la langue populaire
conservât le v de la conjugaison faible, qui déjà en latin tombait
souvent aux autres personnes de ce temps. Elle n'a fait qu'ajouter
à la forme sourde cantà un o comme voyelle d'appui, de même
qu'elle a ajouté cette voyelle dans cantan-o : cantò est donc
syncopé de cantao, comme vo de vao = vado. C'est l'explication
de Delius l. c. 195. La 3e pers. plur. répète la même voyelle
dans l'archaïque cantorono, contr.cantorno et même cantonno
pour cantarono. On connaît par Dante, Inf. 26, 36. 33, 60,
levorsi pour levoronsi.

Le participe passé d'un nombre assez considérable de verbes
rejette les lettres a et t, qui en contiennent précisément l'essence,
cercato s'abrège en cerco, à côté duquel persiste du reste la forme
complète. Des participes de ce genre sont : adorno, avvezzo,
carico, chino, colmo, compro, concio, desto, dimentico,
gonfio, guasto, lacero, mozzo, netto, pago, pesto, privo,
sazio, scemo, scevro, schivo, stanco, stracco, tocco, tronco,
trovo et beaucoup d'autres. La grammaire latine ne connaît
pas cette abréviation. On lit bien opta pour optata dans une
inscription (Gruter, ind. gramm. : syllàbæ duæ in unam
coalitæ
), mais cette forme peut bien n'être qu'une inexactitude.
Festus dit : canta — pro cantata ponebant, mais il ne s'agit ici que
du participe fort pour le faible. On ne trouve qu'un seul exemple
qui concorde avec l'usage italien : Nævius, remarque Aulu-Gelle,
obliteram gentem pro obliteratam dixit. Les langues
sœurs ne sont que légèrement atteintes par cet accident 296. L'existence
parallèle d'un grand nombre d'adjectifs latins en us ou de
participes forts et de participes en atus dérivés de ces derniers,
comme albus albatus, decorus decoratus, dictus dictatus,
poussa la nouvelle langue à abréger de cette manière des participes
de la première conjugaison avec une signification transitive.
138Un petit nombre seulement avaient leur modèle en latin, comme
desto, lacero, netto, pesto, privo dans excitus, lacer,
nitidus, pistus, privus . Tous ces mots expriment un sens
d'adjectif, mais sont aussi susceptibles d'une signification verbale :
egli è dimentico « il est oublieux », l'ho dimentico « je l'ai
oublié » (Fernow § 263).

Verbes isolés. Anomaux : 1) Andare uni à vadere : vo, vai,
va, andiamo, andate, vanno ; vada, vada, vada, andiamo,
andiate, vadano ; va, andate ; andava ; andai ; andassi ;
andrò ; andrei ; andando ; andato. Archaïque ou poétique
vado (aussi vao), vadi, vadono et ando, andi, anda,
andano ; subj. andi, andino ; impér. anda. Un parfait populaire
formé sur dare qu'on croyait percevoir dans andare est
andiedi, e, emo, ero et andetti, e, ămo, ero. Les composés
ri- et tras-andare fléchissent régulièrement… — 2) Dare reste
fidèle à la flexion latine : do, dai, , diamo, date, danno ;
dia = sia ; da', date ; dava ; diedi, desti, diede, demmo,
deste, diedero, poét. diei, diè, dierono dienno denno et
detti, e, ĕro ; dessi (rom. dassi) ; darò (non pas derò) ;
darei ; dando ; dato. Les composés fléchissent comme dare,
par ex. prés. addò, addai ; circondare est régulier. —
3) Stare fléchit comme dare, seulement le parfait est stetti et
non stiedi. Contrastare, restare, soprastare = cantare ;
ristare = stare. — Fare, voy. à la première classe de la
flexion forte.

IIe Conjugaison. — Voici les verbes réguliers qui lui
appartiennent, presque tous avec l'e de l'infinitif atone : báttere,
bèvere bere (bibere), cédere, con-cépere, cérnere arch.,
auj. scernere, ri-cévere, in-, suc-cómbere, crédere, féndere,
fóndere, frémere, gémere, godére (gaud.), ri-lúcere
(sans part. pas.), miétere, s-pándere (exp.), páscere, péndere,
pérdere, ém-, cóm-piere (complere), pióvere (pluere),
prémere, récere (reicere), réndere, sedére, in-sístere,
solére (défectif, voy. plus bas), sólvere (part. soluto), spléndere,
strídere, temére, téssere, véndere . Dans ce nombre,
concepere concepire, compiere compire, empiere empire
fléchissent en même temps d'après la troisième, chez les anciens
il en était de même pour avire, fremire, gemire, parire
(parēre), savire (sapēre), voy. par ex. Nann. Lett. ital. I,
65. 72. Bevere, cedere, fendere, fondere, piovere, rendere,
spandere appartiennent également à la flexion forte.

L'imparfait éprouve à la 3e pers. une syncope du v : eva ea,
139evano eano, qui se produit rarement à la Ire et 2° sing. eva ea,
evi ei, par ex. potei Inf. 15, 112. Les anciens disaient même
ia, iano (iéno).

Au parfait cette conjugaison possède une forme secondaire
avec tt, étrangère aux autres, mais qui est restreinte aux Ire et
3e pers. sing. et à la 3e plur., par ex. vend-etti, vend-ette,
vend-ettero . Les verbes qui la possèdent sont : battere, cadere,
con-cepere et ri-cevere, chiudere (claud.), credere, dovere,
fendere, fremere, gemere, godere, lucere, mietere, pendere,
potere, perdere, premere, recere, rendere, sedere,
serpere, re-sistere, solvere, spendere, splendere, stridere,
per-suadere, pre-sumere, temere, vendere, parmi lesquels
beaucoup suivent en même temps la flexion forte. Dante fléchit
aussi seguette et convenette Inf. 25, 42, Par. 9, 24. 141
de seguire, convenire. D'où vient maintenant cette forme ? On
pourrait penser à des parfaits latins terminés en idi, comme
credidi, perdidi, reddidi, vendidi, avec l'accent avancé
credíddi, enfin credetti. Mais cela n'est pas convaincant, car
la langue ne trahit nulle part d'appréhension pour dd, qu'elle
ne durcit jamais en tt, comp. caddi, cadde, caddero, jamais
catti etc. En revanche deux verbes de l'usage le plus fréquent
avec leurs parfaits qui appartiennent à la deuxième conjugaison
stetti et detti ont pu être les instigateurs de cette flexion. Du
lat. steti en effet est sorti stetti, car t est souvent redoublé, et
dare, qui a une flexion analogue, a suivi ce modèle dans detti,
forme secondaire de diedi 197.

Verbes isolés. 1) Dovere (lat. debere) présente un changement
de la voyelle radicale (t. I, p. 163) : devo deo debbo,
devi dei debbi, dobbiamo debb-, dovete, devono deono
debbono
 ; deva dea debba ; doveva etc. ; dovrò. Anc. devere ;
140poét. deggio, i, iamo, iono ; deggia, de même dee (pour deve),
denno. — 2) Sedere diphthongue la voyelle radicale : siedo
seggo seggio
, siedi, e, sediamo seggiamo, siedono seggono
seggiono
, sieda segga seggia etc. — 3) Potere (posse)
change la finale du radical : posso, puoi, può puote, possiamo,
potete, possono ponno ; possa ; poteva ; potei ;
potrò (anc. porò). Les anciens étendaient beaucoup plus l'application
de ss, car ils disaient possete, possea, possetti, possendo,
possuto et encore aujourd'hui on a possente (franç.
puissant) comme adjectif. — 4) Les composés avec sistere assistere,
esistere etc. forment leur participes d'après la troisième
(-sistito). — 5) Concepere a le participe faible conceputo et
le fort concetto. Esigere et méscere ont seulement essatto,
misto (anc. mesciuto). — 6) Il y a beaucoup de verbes défectifs
et poétiques. Ángere ; seulement ange. Cólere ; seulement colo,
cole ; cola ; colente ; colto culto. Decére ; dece ; decesse (est
à peine usité). Férvere ; fervi, ferve, fervono ; ferva, fervano ;
ferveva. Latére
 ; late ; latente. Lécere ; lece lice ;
lecito
. Lúcere presque complet. Mólcere (lat. mulcere) ;
molce. Pàrcere arch. ; parco, parcete ; parca. Rèpere ;
repe
. Sérpere ; serpe ; serpa ; serpendo. Silére ; sili ;
silente
 ; silendo. Solére ; soglio, suoli, e, sogliamo, solete,
sogliono ; soglia ; soleva ; (sono solito comme parf.) ; solessi ;
soléndo
. Tépere ; tepe. Vigere ; vige ; vigeva et d'autres
encore.

IIIe Conjugaison. — Les quelques verbes qui appartiennent
exclusivement à la troisième pure sont : aprire avec
coprire (voy. flexion forte, deuxième classe), bollire (bullire),
cucire (consuere), dormire, fuggire, morire, pentirsi
(pœnitere), seguire, sentire, servire, sortire, udire (aud.),
uscire (ex-), per-vertire, vestire. — Les verbes qui ont en
même temps la forme pure et l'inchoative sont : 1) des simples
et primitifs : ferire (anc. fedire), garrire, gemire, lambire,
languire, mentire, muggire, nutrire, partire (parto je romps,
partisco je partage), perire, putire, ruggire, salire, scaltrire
(scalpturire, voy. mon Dict. étym.), sortire (tirer au
sort), tossire ; 2) des composés et des verbes nouvellement
formés : of-, sof-ferire (voy. flexion forte, deuxième classe),
forbire (v.h.allem. furban) in-, tran-ghiottire (gluttire),
abborrire (abhorrere), ap-, com-, s-parire (voy. flexion
forte troisième classe), com- et ri-partire, impazzire, impietrire,
com- et em-pire (aussi cómpiere, émpiere), applaudire
141(poét. appláudere), as-, ri-salire, seguire dans ses
composés, assorbire, assordire, av-, con-, di-vertire. Un
grand nombre de ces verbes à double forme préfèrent de beaucoup
l'o simple : ainsi offro, soffro, gemo, mento, seguo,
-verto. D'autres favorisent isco.

L'imparfait de cette conjugaison est syncopé comme celui de
la deuxième : iva ia, ivano iano (ieno).

Verbes isolés. 1) Udire et uscire offrent au présent le changement
de voyelle déjà indiqué (p. 131). Odo, odi, udiamo,
udite, odono ; oda, udiamo, odano ; odi, udite ; esaudire a
-isco. Esco, esci, e, usciamo, uscite, escono ; esca, usciamo,
escàno ; esci, uscite ; usciva etc. ; les anciens employaient
encore souvent -esc pour -usc. Riuscire fléchit comme uscire.
2) Seguire et morire (anc. morére) ont aussi bien la
voyelle simple que la diphthongue. Seguo sieguo. Muoro
muojo moro
, muori mori, muore more, muojamo moriamo,
morite, muojono morono ; muoja mora etc. ; morrò
(morirò par ex. Ger. 2, 86) ; et le parf. fort morto. Redire
voy. au n. 5. — 3) Fuggire ; fuggo, fuggi, e, fuggiamo,
fuggite, fuggono ; fugga. — 4) Assorbire a assorbito
assorto
. Pour pentito on trouve en v.ital. pentuto Purg. 31,
66, et aussi l'infinitif pentére ; pour ferito feruto (prov. ferut)
et d'autres cas analogues. — 5) Défectifs : folcire (fulcire) ;
seulement folce ; folcisse. Ire ; ite impér. ; iva, iva, ivano ;
iremo
, ete, anno ; ito. Gire (de de-ire ?) est presque complet,
cependant le prés. ind. n'a que gimo, gite ; subj. giamo, giate ;
impér. gite ; gér. gendo archaïque. Pour gíi parf. Dante et
d'autres anciens poètes ont employé aussi givi, pour partii
aussi partivi, pour udii on trouve le latinisme évident audivi,
voy. Nannucci Letter. I, 108. Redire et riédere ; riedo, i, e,
ono ; rieda, a, a, ano ; rediva, ivamo, ivate, ivano ; redii
etc. ; redisse etc. ; redirò ; redirei etc. ; on attribue aussi des
temps à la forme purement orthographique reddire. Olire ;
olivi
, a, ano.

La troisième conjugaison mixte ne présente la formation
inchoative qui lui est propre qu'aux personnes du présent accentuées
sur le radical ; cependant le langage populaire se permet
aussi -ischiamo, -isciamo aux deux modes et -ischiate au
subjonctif, on trouve aussi des exemples du participe -iscente,
comme dans appariscente. Tous les verbes qui ne sont pas
comptés dans la conjugaison pure, c'est-à-dire la plupart des
verbes, adoptent cette forme, par ex. des verbes pris aux deuxième
142et troisième latines : arguire, capire, fallire, fiorire,
aderire, influire, proibire, languire, com- et em-pire
(-plere), rapire, scolpire, in-serire, sorbire, stupire ; de
la quatrième finire, obbedire, impedire, punire, seppellire ;
formations nouvelles : bastire, brunire (v.h.allem. brûnên),
gradire, ar-rostire (rôstan), schermire (skirman) etc.

Il y a peu de choses à dire sur les verbes isolés : 1) Inserire,
scolpire, seppellire ont un double participe inserito inserto,
scolpito sculto ; scalfire a scalfitto. — 2) Pour capire on
admet aussi un infinitif cápere ou capére, auquel répondent les
formes archaïques capi, cape ; capeva ; capette ; cappia ;
capesse ; caputo et catto.

Flexion forte. — Aucune des langues romanes ne possède
une aussi grande quantité de formes fortes que l'italien ; le
nombre des parfaits des verbes primitifs s'élève à cent vingt
à peu près, parmi lesquels il s'en trouve, à la vérité, qui sont
étrangers à la langue ordinaire.

L'infinitif échange souvent l'e long latin contre un e bref,
ainsi dans álgere, árdere, indúlgere, fúlgere, lúcere, mórdere,
muóvere, múngere (mulgere), nuócere, rídere, rispóndere,
tórcere, l'inverse se présente rarement, comme dans
cadére, sapére. Il faut observer à propos de la formation intérieure
de ce mode ce qui suit : 1) Il était naturel de syncoper l'e
atone en même temps que la consonne précédente, ainsi dans
dicere dire, facere (inusité) fare, adducere addurre (on ne
trouve pas lucere lurre), ponere porre, cogliere corre,
scegliere scerre, bevere bere et d'autres encore. — 2) L'interversion
de ng en gn est fréquente et connue par la phonétique :
fingere et fignere, giungere giugnere etc. — On doit remarquer
au sujet du futur : 1) La syncope de la voyelle et l'assimilation
dans parere parrò, vedere vedrò, calere carrà,
dolere dorrò, valere varrò, volere vorrò, tenere terrò . —
2) Si l'infinitif a deux formes, il en est généralement de même
du futur : on dit addurrò, porrò, berò, en outre scioglierò,
toglierò à côté de sciorrò, torrà ; cependant coglierò, sceglierò,
svellerò sont plus usités que corrò, scerrò, sverrò.

Présent de l'indicatif. La Ire pers. sing. conserve encore
dans de nombreux cas la voyelle de dérivation i (e) qui tombe
dans les deuxième et troisième conjugaisons régulières (temo de
timeo, odo de audio). Rarement, il est vrai, dans l'orthographe,
comme dans abbia ou sappia ; plus souvent sous la forme
143adoucie de l ou n ou durcie en g, comme dans doglio dolgo
(doleo), vaglio valgo (valeo), rimango, tengo, vengo ; ou
bien aussi sous la forme d'une palatale, comme dans faccio,
giaccio (et plus haut p. 141 deggio, seggio). La syncope de la
voyelle a produit des formes telles que nuoco, torco au lieu de
noccio (noceo), torcio (torqueo). D'autres reposent sur l'intercalation
d'une voyelle de dérivation, comme chieggio chieggo
à côté de chiedo (lat. quæro), pongo (pono), sans doute aussi
traggo (traho). Les 2e et 3e pers. sing. suivent simplement leur
modèle latin : duoli, giaci, vedi, nuoci, torci, dici, duci,
leggi ; dans chiegge, tragge le double g de la Ire pers. s'est
introduit. La Ire pers. plur., en ce sens qu'elle ajoute également
un i au radical (cant-i-amo), concorde dans sa formation intérieure
avec la même personne du singulier, de là dogliamo,
vagliamo, pajamo, giacciamo ; cependant le gh, durcissement
de l'i, et le ch ne s'introduisent d'ordinaire pas ici, ainsi rimaniamo,
poniamo, teniamo, vediamo, non pas rimanghiamo
etc. ; et nociamo, torciamo, diciamo, duciamo, leggiamo,
non pas nochiamo. La 2e pers. plur. revient au radical fixé à
l'infinitif ; la 3e plur. suit la Ire du singulier : dogliono dolgono,
rimangono, nuocono, torcono, leggono etc. — Le présent du
subjonctif
concorde presque absolument au singulier avec la
Ire pers. de l'indicatif, à la Ire et 2e plur. avec la Ire plur., à la
3e avec la 3e pers. du même mode.

La reproduction des flexions primitives du parfait est relativement
assez fidèle. 1) La flexion avec un simple i ajouté au
radical compte ici plus d'exemples que dans aucune des langues
sœurs : bevvi (bĭbi), caddi (cecĭdi), feci, piovve (plūvit),
ruppi (rūpi), vidi veddi (vīdi), venni (vēni) ; l'abréviation de
la voyelle radicale par redoublement de la consonne suivante
sert à distinguer plus exactement le parfait du présent, car dans
beve, cade, piove, vede les deux temps se confondraient. On
mit encore dans cette classe tenni (tenui), volli (volui), ebbi
(habui), seppi (sapui) ; les deux derniers exemples avec le
changement en e sont vraisemblablemeut des formes différentielles
vis-à-vis des impératifs abbi, sappi, car l'élision de l'u
ne peut aucunement motiver le changement de l'a en e 198. Crebbi
et conobbi n'appartiennent pas à cette classe, car ils ont eu
144pour modèle cre-vi et cogno-vi. Les autres parfaits avec un
simple i ont été réunis à la classe suivante, ainsi accesi, corsi,
fessi, fransi, fusi, lessi, mossi etc. — 2) La flexion si
n'a pas seulement persisté, elle s'est encore, comme partout,
beaucoup étendue. — 3) La flexion ŭi ou vi a disparu en ne
laissant que quelques débris (giacqui, nocqui, piacqui, tacqui,
parvi, crebbi, conobbi, v durci en bb) ; ou bien l'u est tombé
comme dans les mots cités tenni, volli, ebbi, seppi, ou a été
supplanté par s, comme dans calse (caluit), valsi (valui).

La flexion personnelle de ce temps est originale et entièrement
étrangère aux autres domaines. Nous avons déjà constaté à
propos de dovere, udire et uscire que la langue italienne
conserve à toutes les personnes accentuées sur la flexion le
thème donné par l'infinitif quand elle le modifie dans celles qui
ont l'accent sur le radical. Le même fait se produit aussi au
parfait fort, où l'on distingue les formes accentuées sur le radical
de celles qui le sont sur la flexion. Mais à ces dernières, d'après
une loi commune à tout le domaine roman, appartient aussi
la Ire pers. du pluriel (p. 114).

tableau feci rimasi tacqui | facesti rimanesti tacesti | fece rimase tacque | facemmo rimanemmo tacemmo | faceste rimaneste taceste | fécero rimásero tácquero

Les seules exceptions se trouvent dans essere, stare et dare,
parf. fui fosti, stetti stesti, diedi desti, non pas essesti, stasti
dasti
 ; de même dans l'archaïque fei festi pour facesti. Cette
flexion spécialement italienne qui admet une si importante immixtion
de formes faibles (le parfait complètement fort aurait été
par ex., lettre pour lettre, tacqui, tacquesti, tacque, tacquemmo,
tacqueste, tacquero, comme placui, prov. plac,
plaguest, plac, plaguem, plaguetz, plagron) est née en même
temps que la littérature de cette langue. Tous les dialectes de
l'italien, sauf le sarde, reconnaissent cette flexion 199. On ne trouve
que çà et là chez les anciens ou comme idiotisme de la langue
populaire la Ire pers. plur. avec une forme forte et avec l'accent
sur la première, comme dans ébbimo, ársemo, giúnsemo,
145léssamo, méssamo, trássamo de ebbi, arsi, giunsi, lessi,
misi, trassi : ce ne sont vraisemblablement que des flexions
nées un peu au hasard et sans base historique. A l'égard de la
3e pers. plur. il faut encore relever une seconde forme syncopée
à laquelle du reste la plupart des langues sœurs prennent part.
La syncope affecte l'r : de déderunt, fécerunt, rúperunt,
dixerunt, tráxerunt, remánserunt, tácuerunt sont sortis
diédono, féciono, rúppono, díssono, trássono, rimásono,
tácquono , en traitant nt comme dans amano. La cause de la
syncope peut se trouver dans la tendance à ramener cette
personne au même rapport avec le singulier qui existe dans
d'autres temps. Au reste cette flexion est vieillie et n'est généralement
permise qu'aux poètes. — Il faut encore remarquer
qu'on trouve chez les anciens beaucoup de parfaits forts qui ont
en même temps la forme faible : ainsi assumei, cadei, crescei,
conoscei, dirigei, distinguei, leggei, mettei, movei, nascei,
piacei, redimei, rompei, tacei et tacetti, tenei, torcei, vedei.
La langue familière est très-portée vers cette forme.

La flexion de l'imparfait du subjonctif a aussi un caractère
original. Ce temps ne dérive pas de la Ire pers. du parfait italien
ou du plus-que-parfait latin, mais elle est, en conformité avec
les trois formes faibles du parfait, tirée à nouveau de l'infinitif ;
sa flexion est par conséquent faible : facessi, -essi, -esse,
-essimo, -este, -essero et ainsi rimanessi, tacessi, non pas
fecessi, rimasessi, tacquessi, ainsi que l'exigerait la règle de
flexion des langues sœurs 1100. Il va de soi qu'ici aussi essere, stare
et dare (fossi, stessi, dessi) font exception, et on attribue
même à fare l'archaïque fessi. — Ainsi, d'après ce que nous
avons observé, on peut établir comme un des principes de la
conjugaison italienne que tous les mots accentués sur la flexion
doivent à l'égard de leur formation concorder dans cette langue
avec l'infinitif, mais que ceux qui sont accentués sur le radical
peuvent s'en écarter.

Le participe s'éloigne déjà plus de son type que le parfait.
1) La flexion sus, ital. so est celle qui persiste le mieux, et il
146n'y a que peu d'exceptions ; dans rimasto, nascosto, visto, et
dans risposto qui a passé à cette classe elle s'est renforcée
d'un t (comp. lat. comesus et comestus). — 2) Ctus, ptus se
conservent aussi en général : cinto, detto, fatto, giunto,
scritto . — 3) Ĭtus au contraire est tout-à-fait éteint, car libito,
licito, solito sont des adjectifs ; sa place est prise assez souvent
par la flexion so : parso (paritum), reso (redditus), mais
surtout par uto, qui est appliquée à la deuxième conjugaison
faible, comme dans caluto (calitum), conosciuto (cognitus),
nociuto, taciuto, tenuto, valuto. Cette flexion a affecté aussi
quelques autres participes, parmi lesquels vissuto et l'archaïque
valsuto se font remarquer par l'addition de la terminaison au
parfait vissi, valsi, comp. prov. remazut, temsut. — 4) On ne
peut méconnaître une certaine tendance à uniformiser le parfait
et le participe : des participes tels que franto, pinto, risposto
semblent s'être réglés sur les parfaits fransi, pinsi, risposi,
et les parfaits comme accesi, corsi, fusi, fessi sur les participes
acceso, corso, fuso, fesso : c'est là un principe de formation
qui, il est vrai, n'a pas été soutenu.

Liste des verbes 1101.

Ire Classe. — Perf. -i. Bibere : bévere bere ; bevvi (bevei,
poét. bebbi) ; bevuto. — Cadere : cadére ; caddi ; cadrò ;
caduto
. Poét. caggio, caggi, e, caggiamo, caggiono ; caggia ;
caggendo
. — Facere : fare ; fo, fai, fa, facciamo, fate,
fanno ; faccia ; fa, fate ; feci, facesti ; farò ; fatto. Anc.
facere ; faccio ; fea (pour faceva) ; fei, festi, fe, femmo,
feste, ferono fenno ; fessi. — Habere voy. p. 134. — Pluere :
piovere ; piovvi (piovei, poét. piobbi) ; piovuto. — Rumpere :
rompere ; ruppi ; rotto. — Sapere : sapére ; so, sai, sa,
sappiamo, sapete, sanno ; sappia, sappi, sappiate ; seppi,
sapesti ; saprò ; saputo. Anc. sappo saccio, sapi, e ; sapente
saccente
 ; sappiendo. — Tenere : tengo, tieni, e, teniamo,
tengono ; tenga, teniamo ; tieni, tenete ; tenni, tenesti ;
terrò
 ; tenuto. Arch. tegno ; tegna ; tegnendo. — Videre :
vedere ; vedo veggo veggio, vedi, e, vediamo veggiamo,
vedete, vedono veggono veggiono ; veda vegga veggia,
vediamo veggiamo ; vidi, vedesti ; vedro ; veduto, poét.
visto ; vedendo veggendo. Anc. veo ; veddi (à peine viddi) ;
147viso. — Velle : volére ; voglio (vo'), vuoi, vuole, vogliamo ;
vogli
, vogliate ; volli, volesti ; vorrò ; voluto. Arch. volsi ;
volsuto
. — Venire = tenere.

IIe Classe. — Parf. -si, part. -so, -to. Algere : álgere
défectif : seulement alsi, e ; algente. — Aperire voy. perire.
Ardere : árdere ; arsi ; arso. — Augere dans arrógere
(c.-à-d. ad-augere), défectif : arroge ; arrogeva ; arrosi, e, ero ;
arroto ; arrogendo
. Voy. plus haut p. 123 note. — Cædere
(-cidere) dans an-, de-, re-, uc-cidere etc. ; -cisi ; -ciso. —
Calere impers, (se soucier) : cale ; caglia ; caleva ; calse ;
calesse
 ; calerà (carrà) ; caluto. — Cedere : cessi (presque
seulement poét.) ; cesso ; aussi de la conjugaison faible. — Cendere*
dans accendere, incendere ; -cesi ; -ceso. — Cernere
dans discernere et scernere ; -cersi ; sans participe. — Claudere :
chiudere ; chiusi ; chiuso. — Cingere : cignere (ng) ;
cinsi ; cinto. — Condere dans ascondere, nascondere (lat.
abscond. ) ; -cosi ; -coso -costo. — Cooperire voy. perire. —
Coquere : cuocere ; cuoco, ci ; cossi ; cotto. Parf. anc. cocqui.
Currere : correre ; -corsi ; -corso. — Cutere* (quatere)
dans percuotere, scuotere ; -cossi ; -cosso (sur uo pour o voy.
t. I, p. 155). — Dicere : dire ; dico, dici di', dice, diciamo,
dite, dicono ; di', dite ; dissi, dicesti ; dirò ; detto. Anc.
dicere ; dicerò. — Dolere : dolgo, duoli, e, dogliamo,
dolgono , poét. doglio, dogliono ; dolga (doglia) ; dolsi ;
dorro ; doluto
. Anc. dolvi pour dolsi ; dolto ; dogliendo.
Ducere : durre dans les comp. -duco ; -duceva ; -dussi,
-ducesti ; -ducessi ; -durrò ; -dotto. Arch. -ducere ; -ducerò ;
-dutto
. — Dulgere* dans indúlgeredéf. : indulgo, e ; indulsi,
e ; indulgente. — Emere dans redimere ; redensi ; redento.
Fendere* dans de-, of-fendere : ital. dif., off. ; -esi ; -eso.
Ferre dans of-, prof-, sof-ferire, aussi of-, soffrire ;
offero offro
, proffero, soffero soffro ; -fersi, -feristi ; -ferto.
De même of-, profferisco ; of-, prof-, sofferii soffrii ; à peine
offerito, profferito. Un infinitif archaïque est offérere etc.
Les composés con-, dif-, in-, ri-, tras-ferire appartiennent
à la troisième mixte. — Figere : figgere ; fissi ; fisso fitto (t. I,
p. 13). Les composés af-, croci-, pre-figgere n'ont au participe
que fisso. — Findere : fendere ; fessi ; fesso. — Fingere :
fignere (ng) ; finsi ; finto, poét. fitto. — Flectere dans in-,
ri-flettere etc. -flessi ; -flesso (riflettei, uto). — Fligere dans
af-, in-fliggere ; -flissi ; -flitto. — Fluere dans influere ;
-flussi ; -flusso ; aussi influire. — Frangere : fragnere (ng) :
148fransi ; franto. — Frigĕre : friggere ; frissi ; fritto. —
Fulgere : fúlgere déf. fulge ; fulgea ; fulse, ero ; fulgente.
Fundere : fondere ; fusi ; fuso ; aussi de la conjugaison
faible. — Jungere : giugnere (ng) ; giunsi ; giunto. — Lædere :
ledere, lesi ; leso. — Legere : leggere ; lessi, letto.
Voici des composés : cógliere corre (col-ligere), scégliere
scerre
(ex-eligere) ; colgo, cogli, colgono, poét. coglio,
cogliono ; colsi, cogliesti ; coglierò corrò ; colto ; de même
negligere ; negligo ; neglessi ; negletto. — Lucere : lúcere ;
lussi
 ; sans part. ; rilúcere est plus usité, parf. aussi rilucei. —
Ludere dans al-, de-, il-ludere ; -lusi ; -luso. — Manere dans
ri-manere ; rimango ; rimasi ; rimarrò ; rimaso rimasto.
Mergere : mersi ; merso. — Mittere : mettere : misi ;
messo
 ; v.ital. aussi messi ; misso. — Mordere : mórdere ;
morsi ; morso
. — Movere : muóvere ; mossi ; mosso, arch.
moto. — Mulgere : múngere ; munsi ; munto. — Nectere
dans connettere, -nessi (-nettei plus usité) ; -nesso. — Negligere
voy. legere. — Pandere dans spandere (ex-p.) ; spansi
spasi
 ; spanto spaso ; ordinairement spandei, -uto. — Pangere
dans impignere, abrégé dans pignere (ng) : pinsi ; pinto. —
Pellere dans les comp. -pulsi ; -pulso. — Pendere dans ap-,
sos-, vili-pendere ; -pesi ; -peso. — Perdere : persi ; -perso ;
aussi de la conjugaison faible. — Perire dans aprire, coprire
(a-perire, co-op. ) ; apro, cuopro ; apersi, cop. ; aperto, cop .
parfait aussi aprii, coprii. — Pingere : pignere (ng) ; pinsi ;
pinto
, poét. pitto ; cf. spegnere (ex-pingere) ; spensi ; spento.
Plangere : piagnere (ng) ; piansi ; pianto. — Plaudere
dans applaudere ; -plausi ; -auso ; ordinairement applaudire,
-ii, -ito . — Ponere : porre (pon.) ; pongo, poni, e, poniamo,
pongono ; posi ; porrò ; posto. Anc. pono pour pongo. —
Premere : premei ; premuto ; poét. pressi ; presso ; de même
spremere. Com-, de-, es-, op-, re-primere, seulement
-pressi, -presso. — Prendere : presi (prendei) ; preso. —
Pungere : pugnere (ng) ; punsi ; punto. — Quærere : chiedere ;
chiedo chieggo ; chieda chiegga ; chiesi ; chiesto
(chieso) ; chiedendo. Poét. chieggio, gge, ggiono ; chieggia
etc. Cherere est archaïque, de là chero, i, e, ono ; chera ;
cherendo
. Con-quirere : conquidere ; -quisi ; -quiso. —
Quatere voy. cutere. — Radere : rasi (radei) ; raso. —
Reddere : rendere ; resi ; reso ; aussi rendei, uto. —
Regere : reggere ; ressi ; retto. Composés dirigere, erigere
149de même ; ac-, s-corgere, ergere, porgere, surgere
sorgere
 ; accorsi ; accorto etc. — Ridere : ridere ; risi ;
riso. — Rodere : rosi ; roso. — Scandere dans scendere,
discendere ; scesi ; sceso. — Scindere : scissi scinsi douteux,
c'est scindei qui est usité, on a toutefois rescissi, voy. Blanc
443 ; scisso. Prescindere suit la deuxième conjugaison. —
Scribere : scrivere ; scrissi ; scritto. — Sidere dans assidere ;
-sisi ; -siso
. — Solvere appartient à la troisième ; as-, dis-,
ri-solvere ; -solvei ; -soluto ; poét. -solsi ; -solto. — Spargere :
sparsi ; sparso, poét. sparto ; de même aspergere. — Spondere
dans ri-, corri-spóndere ; -sposi ; -sposto. — Stinguere :
stinsi ; stinto. — Stringere : strignere (ng) ; strinsi ; stretto.
Struere dans distruggere et struggere ; strussi ; strutto.
Suadere seulement poétique ; usités dis-, per-suadere ;
-suasi ; -suaso. — Sumere dans as-, con-, de-, pre-sumere ;
-sunsi ; -sunto ; presumere aussi presumei. — Tangere dans
attignere (ng) ; insi ; -into. — Tegere dans proteggere ;
-tessi ; -tetto. — Tendere : tesi ; teso, — Terere dans intridere ;
-trisi ; -triso. — Tergere : térgere ; ter si ; terso. —
Tingere : tignere (ng) ; tinsi ; tinto. — Tollere : togliere
torre
 ; toglio tolgo, togli, toglie, togliamo, togliono tolgono ;
toglia tolga ; tolsi ; torrò ; tolto. — Torquere : tórcere ;
torco, ci, ce, ciamo, cete, cono ; torsi ; torto. — Trahere :
trarre ; traggo, trai, e, trajamo (traggiamo), traete, traggono ;
trassi
, traesti ; tratto. Anc. traere traggere ; traggi,
e, traggiamo ; traggendo. — Trudere dans intrudere ; -trusi ;
-truso. — Ungere : ugnere (ng) ; unsi ; unto. — Vadere
dans e-, in-vadere ; -vasi ; -vaso, — Valere : valgo (poét.
vaglio), vali, valiamo, valete, valgono vagliono ; valga
vaglia
, valiamo vagliamo ; valsi ; varrà ; valuto, anc. valso,
valsuto. — Vellere dans svellere svegliere sverre ; svello
svelgo
, svelli, svelliamo, svellono svelgono ; svelsi ; sveglierò
sverrò
 ; svelto. Avellere défectif : avello, i, e, ono ;
avella, ano ; avulsi, e, ero ; avelto avulso ; de même convellere.
Vertere dans con-, sov-vertere ; -versi ; -verso ; suit
aussi la troisième conjugaison. — Vidĕre* dans dividere ; -visi ;
-viso. — Vincere : vinsi ; vinto. — Vincire dans avvincere
déf. ; -vinsi, e, ero ; -vinto 1102. — Vivere : vissi ; vivuto
150

vissuto, anc. visso. — Volvere : volgere (lv) ; volsi ; volto.
— La langue ancienne ou poétique présente encore plusieurs
parfaits en si que nous avons omis ici : par ex. cersi (de cernere),
suffolsi (de soffólcere), mulsi (mólcere), salsi (salire),
sculsi (scolpere), assorsi (assorbere), comp. plus bas parere.
Dante Pg. 32, 32 a même dit crese pour credette.

IIIe Classe. — Parf. -ui, -vi, -bbi. Crescere : cresco, i,
iamo, crescono ; crebbi ; cresciuto. — Jacēre : giacere ;
giaccio
, giaci, giacciamo, giacete, giacciono ; giacqui,
giacesti ; giaciuto. — Nasci : náscere ; nacqui ; nato, anc.
nasciuto. — Nocere : nuócere ; nuoco, ci ; nocqui, hocesti ;
nociuto
. — Noscere dans conóscere ; conobbi ; conosciuto.
Parēre : pajo, pari, e, pajamo, parete, pajono ; paja ;
parvi
 ; parrò ; paruto ; chez des poètes encore parsi ; parso.
Des composés de la troisième, comme apparire, fléchissent en
même temps comme parere. — Placere : piacere, fléchit
comme giacere. — Tacere, aussi comme giacere.

Le domaine étendu de la conjugaison ouvre à la langue un champ
libre pour des créations multiples. C'est ce que confirment aussi
les dialectes italiens, et nous avons eu l'occasion de parler de plusieurs
traits qui leur sont propres. Parmi eux les dialectes sardes,
dans cette partie aussi de la flexion, réclament surtout notre
attention à cause de leur empreinte absolument étrangère à l'italien,
de leur mélange et de leur déplacement des temps, et ce n'est
qu'à eux que nous pouvons nous arrêter un instant. Les flexions
sont établies d'une manière assez différente, car même les dialectes
principaux ont leurs particularités selon les localités. Nous
donnons ici deux tableaux de la conjugaison faible, le premier en
dialecte de Logudoro d'après Spano, le second en dialecte de
Campidano d'après Spano et Porru ; dans le dernier la IIIe conjugaison,
sauf à l'infinitif et au participe, se confond absolument
avec la IIe. La IIIe mixte est aussi inconnue au sarde qu'à
l'espagnol ; elle ne se présente pas non plus dans les statuts
de Sassari.151

tableau Ind. Prés. cant-o tim-o fin-o cant-u tim-u | as es is as is | at et it at it | amus imus imus aus eus | ades ides ides ais eis | ant ent int ant int | Imparf. cant-aia tim-ia fin-ia cant-amu tim-emu | aias ias ias asta iasta | aiat iat iat át iat | aiámus iámus iámus amus emus | aiázis iázis iázis astis estis | aiant iant iant ánta iant | Parf. cant-esi tim-esi fin-esi | esti esti esti | esit esit esit | emus ésimus emus | ezis ezis ezis | esint esint esint | Subj. Prés. cant-e tim-a fin-a cant-i tim-a | es as ast is as | et at at it at | emus amus amus éus áus | edas edas edas éis áis | ent ant ant int ant | Imparf. cant-ere tim-ere fin-ere cant-essi tim-essi | eres eres eres essis essis | eret eret eret cant-essit essit | éremus éremus éremus éssimus éssimus | érezis érezis érezis éssidis éssidis | erent erent erent essint essint | Impér. cant-a tim-e fin-i cant-a tim-i | ade ide ide ái éi | Inf. cant-are tim-ire fin-ire cant-ai tím-iri | Gér. cant-ende tim-ende fin-ende cant-endu tim-endu | Part. cant-adu tim-idu fin-idu cant-au tím-iu

Dans le dialecte de Logudoro le t de flexion devient muet
devant les consonnes et s'adoucit devant les voyelles ou à la fin
delà phrase (Spano, 1, 26). Dans la terminaison nt il devient
également muet dans le langage familier, et la dernière voyelle,
en vertu d'une particularité de la langue, se fait encore une
fois entendre après l'n, c'est-à-dire que amant, faghent,
benint , doivent se prononcer amana, faghene, benini. Mais
cet nt est tout-à-fait étranger au texte de Sassari qui ne connaît
que les terminaisons an, en, in (Delius, p. 10). — Au présent
règne souvent l'accentuation espagnole (voy. plus bas), on prononce
152considéras, toléras, continúat. L'impératif a ses formes
propres et ici aussi le sarde concorde avec l'espagnol. — L'imparfait
de la Ire conjugaison semble être redevable de sa forme à une
sympathie pour la IIe et la IIIe. On peut trouver des exemples
d'un ancien cantava, avas, ava etc. — A la place du parfait,
ainsi qu'on le reconnaît le mieux à la IIe conjugaison, s'est
introduit le plus-que-parfait du subjonctif latin. Le même phénomène
semble aussi s'être produit dans quelques formes personnelles
de dialectes de la Haute-Italie, par ex. en bergamasque,
parf. cantè, ésset, è, éssem, éssef, è . En valaque ce temps a
pris la place correspondante à l'indicatif. Au lieu de la flexion
citée on remarque aussi une flexion poétique plus primitive, isi,
isis, isit . Dans le texte de Sassari on ne trouve pas encore esi
ou isi, mais seulement it pour isit. Mais plus anciennement ce
dialecte possédait encore le vrai parfait cantai, cantasti, cantáit.
— L'imparfait du subjonctif cantere est dans la langue
populaire cantera, as, etc. ; dans des chartes du XVe siècle on
trouve aussi aret à côté de eret (batizaret, Spano, II, 99,
lavoraret 100). Cette forme a une analogie frappante avec
l'imparfait du subjonctif latin, mais il est peu probable que ce
temps, exclu de partout, ait été accueilli ici. On fait mieux d'y
voir le conditionnel roman emprunté au plus-que-parfait (cantara,
era), car il se règle, à part essére, sur le parfait, non
pas sur l'infinitif, par ex. factére (inf. fághere), balzére (inf.
bálere). Ce dialecte sarde a donc mis cantere à la place de
cantessi et a transporté ce dernier au parfait de l'indicatif qui
l'attirait en quelque sorte par des formes analogues (it. asti,
aste). Les temps composés avec l'infinitif (it. -rò, -ria, -rei)
manquent, de là la pauvreté de la conjugaison sarde.

Pour ce qui concerne la flexion personnelle dans le dialecte
de Campidano, Purqueddu écrit at et a, it et i, pl. anta et an,
inti et in. — L'imparfait est évidemment mêlé au parfait, et le
singulier amu doit être dérivé du pluriel amus ; cependant on
dit aussi à la deuxième conj. timia. — Le parfait est remplacé
par la périphrase happu cantau. Pourtant à Cagliari, dont
l'idiome est représenté dans la grammaire de Purqueddu, aussi
bien qu'à Oristano, on se sert de la flexion esi, esis, esit, etc.,
pour laquelle Fernow donne les formes esi, asti, esit, esius,
astis, esinti. — L'imparfait du subjonctif est celui de toutes les
langues romanes. Mais, là où il remplit le rôle du parfait de
l'indicatif, il est remplacé par une périphrase : ia a fai = it.
far-ia. — Même la troisième conjugaison a à l'infinitif un i
153atone (fíniri) ; il y a là un recul de l'accent qui se présente aussi
dans les dialectes de la Haute-Italie, par ex. crémon. dórmer,
mórer, párter . — Le gérondif a souvent la forme paragogique
énduru (canténduru, etc.).

Les verbes de la flexion forte ont en sarde un cachet très-différent
de l'italien. L'infinitif prend l'accent sur la troisième
avant-dernière, par ex. en logudor. nárrere (narrare), bálere
(valere), dévere, dólere, offérrere. à côté de offerire, quérrere,
abbérrere (aperire), bénnere (venire). Au présent l'e
ou l'i latin se change devant o en z (campid. g) : abberzo,
balzo et balo, benzo (venio), dolzo dolo, ferzo (ferio),
morzo (-ior), parzo (-eo), sezzo (sedeo), tenzo (-eo) ; cependant
dans quelques mots comme bibo (video), devo, fato
(facio) ce z ne s'est pas introduit, dans d'autres comme curzo
(curro), offerzo, ponzo = it. pongo, querzo = chieggio,
rezo = reggio, trazo = traggo, sa présence est contraire à
l'organisme de la langue. Seule la première personne est, comme
en espagnol, susceptible de ce renforcement. Sur cette personne
du présent se règlent, à l'exception de l'imparfait de l'indicatif,
tous les autres temps, en ajoutant les terminaisons connues,
ainsi benz-o, ben-is, etc., imparf. ben-ia, parf. benz-esi,
subj. prés. benz-a, as, imparf. benz-ere. Il faut remarquer
l'intercalation d'un f qui n'a lieu presque que dans les verbes qui
ont un parfait latin en ui : dolvo (à côté de dolzo), dolfa,
dolfesi, dolfere (comp. v.ital. dolfi pour dolvi), parfesi
(parui), balfere (valueram), mais aussi querfesi (quæsivi).
Des débris de la flexion forte sont dei (dedi), et chez d'anciens
écrivains posi, riposi, rosi, visi pour videsi, piaqui et
d'autres encore. Le participe s'est mieux conservé que le parfait,
comp. cobertu, fatu, mortu, postu, tentu à côté de ténnidu,
tratu, plus anciennement (Spano II, 135 ss.), accessu, offesu,
mossu, resu, bistu (auj. bidu), cintu, iscritu, etc.

2. Conjugaison espagnole.

Flexion personnelle. 1) S s'est partout conservée, mais t
est tombé à la finale 1103. — 2) La 2e pers. pl. (excepté au parfait,
ce dont il sera parlé plus bas) a eu d'abord la terminaison des
154pour is : cantádes, cantábades, cantásedes, etc,, enfin le d
est tombé et l'e, pour produire une diphthongue, a passé à i :
cantáis, cantábais, cantáseis. Déjà dans le Canc. gener. on
trouve les deux formes l'une à côté de l'autre, le trisyllabique
digades à côté du disyllabique digais, et ce rapport a duré à
peu près jusqu'au temps de Cervantes. L'ancien d a le plus
longtemps persisté dans les cas où il est précédé d'une voyelle
atone et où par conséquent la diphthongue devait échoir à une
syllabe atone. Montemayor par ex. dit podeis, vereis mais
érades, íbades, Cervantes sepáis, echéis, mais seríades,
durmiésedes. Calderon ne semble plus connaître de d. Au lieu
de éredes les anciens prononçaient aussi érdes : fezierdes,
dierdes, Bc, Rz., pudierdes encore dans Garcilaso Epist., au
lieu de eis aussi és : valés, tenés, sabrés dans le Canc. ggner.
3) A côté de ia ie était anciennement presque également
autorisé : cantíe, cantaríe, habríe, perderíemos, veríedes,
sentíen 1104. — 4) Il est à peine nécessaire d'observer que les anciens
laissaient tomber à leur gré la voyelle finale e, comme dans
fues, matest, parist, exient : ils le faisaient pour toute espèce
de mots. — 5) Le déplacement de l'accent est un phénomène
très-fréquent : partout, sauf au présent et au parfait fort, l'accentuation
de la Ire et 2e pers. pl. se conforme à celle de la Ire sing.,
de là cantába cantábamos cantábais, cantára cantáramos
cantárais
, cantáse cantásemos cantáseis. Même dans les plus
anciennes œuvres poétiques on ne découvre aucune trace de
l'accent primitif.

L'infinitifapocope l'e et se termine en ar, er, ir 2105. Le futur
de l'indicatif
, et le conditionnel en ria tolèrent ou toléraient
jadis la séparation de la flexion au moyen d'un pronom intercalé,
et par là ils reviennent à leur état primitif, auquel ils doivent
leur existence : decir te han, haber les hemos, dans le Poem.
155d. Cid. dar le ien, fer lo yen sont synonymes de te decir-an,
les habr-emos, le dar-ien, lo far-ien.

Pour le présent des trois modes on doit observer les points
suivants. 1) La diphthongaison est ici, comme partout dans cette
langue, extraordinairement favorisée ; toutefois elle se produit
d'après une règle incertaine. De e et o brefs latins proviennent
ie et ue, mais en même temps de ĭ et ŭ. La diphthongue
se produit plus sûrement lorsque l'e ou l'o se trouve devant l,
m, n, r, s qui font position avec une autre consonne, comp.
tome I, 142, 151. — 2) L'accent repose toujours au singulier et
à la 3e pers. pl. sur l'avant-dernière syllabe : imagíno, determíno,
notifíco, suplíco, articúlo, anímo, imagíne etc., imp.
imagína. Pour bien placer l'accent, il faut, il est vrai, savoir
quelle est l'avant-dernière syllabe, ce qui ne peut être douteux que
là où la flexion est précédée d'une voyelle, parce qu'alors celle-ci
peut former une diphthongue avec la voyelle de flexion. On prononce
desafío, invío, mais agrávio, aprémio, límpio, précio.
Ce n'est que par une syncope que l'accentuation correcte est
préservée, comme dans cargo (cárrico), colgo (colloco), curto
(cóntero), huelgo (fóllico). — Le pluriel de l'impératif ne se
confond pas, comme à l'est et au nord-ouest, avec la personne
correspondante du présent de l'indicatif ; il a sa forme propre :
cantad, haced se distinguent avec précision de cantais, haceis.
Cantade pour cantad, qu'on trouve chez les anciens (voy.
surtout Alfonse XI dans Janer), se rapproche du portugais
cantai. Dans habere, esse, sapere l'impératif emprunté au
subjonctif est inconnu à l'espagnol ; il dit habe, habed, etc.
On supprime ça et là la finale d, comme dans andá, serví.

A l'imparfait b ne s'est conservé qu'après a : de ebam,
ibam on a fait ia, dans l'ancienne langue, ainsi qu'il a déjà été
observé, aussi ie : avíe, avíen.

Le parfait diphthongue à la 2e pers. pl. es en eis ; cantasteis,
hicisteis, plus anciennement cantastes, hicistes. Cet eis
ne résulte donc pas de edes : cantastedes, dont l'existence à
quelque époque que ce soit est malaisée à admettre, bien que
l'Académie le cite, supposerait un latin cantavistitis. C'est une
formation par analogie à la terminaison générale -is, et elle n'a
été introduite, ainsi qu'on l'a observé plus haut, p. 155, que
lorsqu'on a contracté les syllabes atones edes en eis 1106. — Le
156plus-que-parfait primitif (cantara) n'est plus aujourd'hui employé
qu'avec le sens conditionnel, mais anciennement il l'était
encore avec sa signification primitive, ce dont il sera question
dans la syntaxe. — L'espagnol, avec le portugais, possède
encore un temps simple de plus que les autres langues, un futur
du subjonctif
. Sa flexion à la première conjugaison est are,
ares, are, áremos, áreis, aren. Mais anciennement la Ire pers.
se terminait souvent en o au lieu de e, et cette terminaison
témoigne en faveur de son origine du futur antérieur latin, avec les
fonctions duquel le temps espagnol a les rapports les plus étroits
(comp. syntaxe, IIe section, chap. Ier). Voici des exemples avec
o : tornaro Bc. S. Or. 104, podiero Mil. 248. 657. 704,
fuero 658, fallesciero 527, sopiero 248, oviero, soviero
Alx
. 102. Le Poema d. Cid. emploie sans voyelle visquier 251,
dixier 538, mandar 699, se rapprochant ainsi de l'usage
portugais 1107.

Le participe présent n'est plus en usage ; on le rencontre
encore chez les anciens, mais même chez eux il est rare.

Finale du radical. Règles orthographiques. 1) Pour conserver
la prononciation gutturale, c et g après e passent toujours
à qu, gu : toco toque, pago pague. — 2) Pour favoriser l'aspiration
g se change devant a et o en j : coger cojo coja, fingir
finjo flnja
. — 3) Afin de rendre muet aussi devant a et o l'u
de qu qui devant e et i ne se fait pas entendre, on échange qu
contre c : delinquir delinque delinco delinca. — 4) Devant e
et i z se change en c : fuerzo fuerce. — 5) Entre deux voyelles
on écrit partout y pour i : caer cayó cayeron, poseer poseyere,
huir huyo .

L'enclise du pronom personnel atteint quelquefois la forme
157du verbe. 1) L'r de l'infinitif s'assimile à l'l suivante : amalla,
hacello, sentillo pour amarla etc. — 2) Au pluriel de l'impératif
d tombe devant os (pour vos) : alegráos pour alegrados,
arrepentíos pour arrepentídos ; il change de place avec l'l qui
s'appuie sur lui : amaldo, haceldo pour amadlo, hacedlo,
ce qui toutefois est vieilli. — 3) A la Ire pers. plur. du présent
du subjonctif s tombe devant nos : alegrémonos pour alegrémosnos.

Les verbes auxiliaires sont haber et ser, au lieu de haber on
admet, sous certaines restrictions, tener. Haber sert à la
périphrase des deux autres et par conséquent de tous les verbes.

1. Haber. — Ind. prés. he, has, ha, hemos, habeis, han .
Imparf. habia, habias, habia, habíamos, habíais, habian .
Parf. hube, hubiste, hubo, hubimos, hubísteis, hubieron .
Fut. habré, habrás, habrá, habremos, habreis, habrán .
Subj. prés. haya, hayas, haya, hayamos, hayais, hayan .
Imparf. hubiese, hubieses, hubiese, hubiésemos, hubiéseis,
hubiesen. Fut. hubiere, hubieres, hubiere, hubiéremos,
hubiéreis, hubieren. Cond. 1. hubiera, hubieras, hubiera,
hubiéramos, hubiérais, hubieran. 2. habria, habrias,
habria, habríamos, habríais, habrian. Impér. habe, habed.
Gér. habiendo. Part. habido. — Remarque. Formes vieillies
aves, ave, aven pour has, ha, han ; habemos pour hemos ;
hobi, hobo pour hubi, hubo dans Poema del Cid même off.

2. Ser. — Ind. prés. soy, eres, es, somos, sois, son .
Parf. era, eras, éramos, érais, eran. Imparf. fuí, fuiste,
fué, fuímos, fuísteis, fueron. Fut. seré, serás, será,
seremos, sereis, serán. Subj. prés. sea, seas, sea, seamos,
seais, sean. Imparf. fuese, fueses, fuese, fuésemos,
fuéseis, fuesen. Fut. fuere, fueres, fuere, fuéremos, fuéreis,
fueren. Cond. 1. fuera, fueras, fuera, fuéramos, fuérais,
fueran. 2. seria, serias, seria, seríamos, seríais, serian .
Impér. se, sed. Gér. siendo. Part. sido. Périphrastique he,
habia sido etc., où sido, parce qu'il dépend de habere, reste
infléchi. — Remarques. 1) Il faut observer le mot spécialement
espagnol eres pour es 1108 ; sois (estis) se place à côté de l'ital.
158siete. Formes archaïques : so = soy, sodes = sois, fust =
fuiste, fo = fué, de même foron, fos et d'autres analogues.
2) A côté de fui on avait encore un second parfait sóvi
Bc. Mill. 751, sovist Bc. Mill. 115, sovo suvo PC. Bc. Alx.,
sovieron PC, sovioron Alx., soviesse PC. v. 1769, soviessen
Alx
. — 3) En espagnol, de même qu'en portugais, esse s'est
mêlé non pas à stare, mais évidemment à sedere ; c'est ce que
prouvent : a) le sens de ser, qui quelquefois encore se confond
avec celui de sedere, comme dans le PCid v. 3129 : sed en
vuestro escaño
« soyez assis » ou « restez sur votre siège » ;
b) la forme : pourquoi esser se serait-il abrégé en ser ? Ser
a bien plutôt existé anciennement sous la forme seer (disyll.)
et renvoie à sedere, comme ver, anc. veer, à videre ; le d latin
persistait même encore sans que le verbe eût pour cela nécessairement
le sens de s'asseoir. Exemples : ya mas alegre seyo Apol.
515, seo bien pagado Bc. Mil. 816, en la su merced seo Sil.
757 « je suis », siedes « tu es » Bc. Mill. 146, que de linage
sedes
« vous êtes » Apol. 412, sieden « ils sont, ils vivent »
Bc. Sil. 303, sedia « il resta, il demeura » Alx. 155, sedie
« était » PC. 3565, Bc. Mis. 9, Mill. 151, Alx. 1026, sedien
« ils étaient assis » PC. 1009, « ils étaient » 3607, Bc. Mis.
11. 13, seian « ils étaient assis » Alx. 315, seyendo « étant »
PC. 2163, FJ. 55a, seyer « être » Apol. 117. 512 (comp.
veyer de videre dans le même poème). Le parfait sovo aussi,
qui vient d'être cité, appartient à sedere et n'est pas plus difficile
à rattacher à sedit que estovo à stetit, crovo à credidit
(voy. plus bas). Le portugais disait également dans l'ancienne
langue seer et intercalait aussi un v : sever est sedero avec
le sens de for, et de même see, seede, seente, formes qui
ont été plus tard contractées. Sedere a donné à esse le présent
du subjonctif (seya, plus tard sea), l'impératif (sey sé, seed
sed
), l'infinitif, le gérondif et le participe (seido sido) ; ses autres
formes ont fini par disparaître. La synonymie de esse et sedere
résulte de la façon la plus claire de passages où les deux verbes
sont mis en rapport l'un avec l'autre, comme dans les vers
portugais des Trovas e cantares p. 6 : Todas as outras
donas non
son ren contra ela, nen an ja de seer, « elles ne
sont pas et ne seront pas ». La double signification de seer
a été sans doute aussi cause qu'on a introduit, pour rendre sa
159signification primitive, une autre expression, estar sentado.
Comp. aussi mon Dict. étym. I, s. v. essere.

Tableau de la conjugaison (avec les accents usités) :

tableau Ind. Prés. | cant-o vend-o part-o | canta-s vend-es part-es | cant-a vend-e part-e | cant-amos vend-emos part-imos | cant-ais vend-eis part-ís | cant-an vend-en part-en | Imparf. | cant-aba vend-ia part-ia | cant-abas vend-ias part-ias | cant-ábamos vend-íamos part-íamos | cant-ábais vend-íais part-íais | cant-aban vend-ian part-ian | Parf. | cant-é vend-í part-í | cant-aste vend-iste part-iste | cant-o vendi-o parti-o | cant-amos vend-imos part-ímos | cant-ásteis vend-ísteis part-ísteis | cant-aron vend-ieron part-ieron | Fut. | cant-aré vend-eré part-iré | cant-arás vend-erás part-irás | cant-ará vend-erá part-irá | cantar-emos vend-eremos part-iremos | cant-areis vend-ereis part-ireis | cant-arán vend-erán part-irán | Subj. prés. | cant-e vend-a part-a | cant-es vend-as part-as | cant-emos vend-amos part-amos | cant-eis vend-ais part-ais | cant-en vend-an part-an | cant-ase vend-iese part-iese | cant-ases vend-ieses part-ieses | cant-ásemos vend-iésemos part-iésemos | cant-áseis vend-iéseis part-iéseis | cant-asen vend-iesen part-iésen | cant-are vend-iere part-iere | cant-ares vend-ieres part-ieres | cant-áremos vend-iéremos part-iéremos | cant-áreis vend-iéreis part-iéreis | cant-aren vend-ieren part-ieren160

tableau Cond. | cant-ara vend-iera part-iera | cant-aras vend-ieras part-ieras | cant-áramos vend-iéramos part-iéramos | cant-árais vend-iérais part-iérais | cant-aran vend-ieran part-ieran | cant-aria vend-eria part-iria | cant-arias vend-erias part-irias | cant-aríamos vend-eríamos part-iríamos | cant-aríais vend-eríais part-iríais | cant-arian vend-erian pert-irian | Impér. | cant-a vend-ed part-id | Inf. | cant-ar vend-er part-ir | cant-ando vend-iendo part-iendo | Part. (cant-ante) (vend-iente) (part-iente) | cant-ado vend-ido part-ido

Périphrase. Ind. he cantado, plur. hemos cantado ; de même
habia c. ; hube c ; habré c. ; subj. haya c. ; hubiese c. ; hubiere
c.
 ; hubiera c. ; habria c. ; inf. haber c. ; gér. habiendo
c.
— Passif : ind. soy cantado, a, plur. somos cantados, as ;
era c. ; fui c ; he sido c. (sido reste infléchi) ; habia sido c. ;
hube sido c. ; habré sido c. ; subj. sea c. ; fuese c. ; haya sido
c.
 ; hubiese sido c. ; fuere c. ; hubiere sido c. ; fuera c. ;
hubiera sido c. ; seria c. ; habria sido c.. ; inf. ser c. ; haber
sido c.
 ; gér. siendo c. ; habiendo sido c.

1re Conjugaison. — Le présent diphthongue dans beaucoup
de mots e en ie d'après le modèle suivant :

Ind. niego, niegas, niega, negamos, negais, niegan .

Subj. niegue, niegues, niegue, neguemos, negueis, nieguen .

Imp. niega, negad.

La voyelle radicale o passe de même à la diphthongue ue.
1) Les verbes qui diphthonguent e sont : alentar, calentar,
161es-carmentar, cegar, de-centar, cerrar et en-cerrar, a-certar,
con-certar, cimentar, a-crecentar, a-destrar, sos-egar,
com-enzar et empezar, con-fesar (non pas profesar),
fregar, gobernar, helar, herrar, in-fernar, invernar,
en-, enco-, reco-mendar, mentar, merendar, negar, nevar,
a-pacentar, em-pedrar, pensar, des-pertar, plegar,
a-pretar, quebrar, regar, ar-rendar, der-rengar, segar,
sembrar, sentar et a-sentar, serrar, temblar, tentar,
a-terrar, des-terrar, en-terrar, a-testar, tropezar, a-,
re-ventar, atra-vesar . — 2) O (u) est diphthongué dans
agorar, colar, colgar, des-collar, contar, en-, res-contrar,
a-, en-cordar, costar, a-costar, encovar, forzar, re-goldar,
degollar, en-grosar, holgar, jugar, a-molar, re-molcar,
al-morzar, mostrar, re-novar, desollar, des-ovar, poblar,
em-porcar, a-postar, probar, a-probar, der-rocar, rodar,
a-solar, con-solar, soldar, soltar, sonar, soñar, tostar,
tronar, a-vergonzar, volar, volcar et re-volcar.

Le parfait canté s'explique, comme en italien, par cantavi,
cantai, la 3e pers. cantó correspond aussi complètement
à celle de cette dernière langue. Un inconvénient est la coïncidence
de ce temps avec le présent à la Ire pers. plur. cantamos. Il
faut encore remarquer la terminaison este pour aste dans le
Poem. d. Cid, par ex. 341. 347. 359. 361, salveste = prov.
salvest.

Verbes isolés. 1) Andar est complet, mais il a formé le parfait
anduve d'après estuve, et ainsi anduviese, anduviere, anduviera.
Pour anduvo on trouve anciennement andido Bc,
Alx., FJ. (andidiste PC, andidieron ibid., 658, Bc. Mill.
141) ou andudo FJ. 101a, plur. andodieron Alx., et de même
andodiera Cal. é D., qui est encore une formation par analogie
à estar ; on trouve aussi andaron pour anduvieron, voy.
Alx. 11092) Dar, prés. doy, das, da, damos, dais, dan ;
162subj.  ; parf. , diste, dió, dimos, disteis, dieron , et ainsi
diese, diere, diera. — 3) Estar = dar, seulement au parfait
estuve comme hube, de même estuviese, estuviere (estevier
FJ
. p. IVa à la façon portugaise), estuviera. En vieil espagnol on
trouve, outre estove, encore un second parfait construit sur steti
estido
(3e pers.) PC. 3641, Bc. Sil. 71, Mis. 99, Alx. etc.
(de là estidiere FJ. 36a), qui est certainement la flexion la
plus ancienne ; aussi estudo = v.franç. estut Alx., Rz (de là
estodiera Alx.). Dans Berceo on trouve aussi les formes correspondantes
catido de catar et entrido de entrar, dans Ruiz
demandudieres de demandar.

IIe Conjugaison. — La distinction, encore persistante à
l'ouest et au nord-ouest, des deuxième et troisième conjugaisons
latines est ici complètement supprimée ; l'infinitif ne connaît que
la seule flexion -ér. L'espagnol, après la chute du second e, n'a
pas dû favoriser la finale atone en r ; au lieu de conócer, quérer,
lámer , il préféra prononcer conocér, querér, lamér. Aussi
haut qu'on remonte dans l'histoire de cette langue, on ne découvre
aucune trace de l'e atone. Les verbes sont nombreux et il n'est
pas besoin de les énumérer, car on peut se rendre compte facilement
de ce qui est resté à la flexion forte : ainsi batir (batuere),
concebir (concipere), confundir, erguir (erigere), gemir,
hervir (fervere), morir, ar-repentir, regir, rendir, vivir ;
en vieil espagnol au contraire on a encore confondér, ergér,
morrér, rendér ss., voy. l'Alx. et Berceo.

Cette conjugaison se confond presque absolument avec la
suivante, ce n'est qu'au pluriel du présent qu'elles se distinguent
par la voyelle caractéristique, mais elles redeviennent identiques
à la 3e pers., parce qu'elles affaiblissent toutes deux le lat. unt
et iunt en en : serbent pour sermunt, par ex., se lit déjà dans
une charte du IXe siècle Esp. sagr. XI, 280. La voyelle caractéristique
persiste aussi au futur. Mais d'abord la deuxième se
distinguait aussi au moyen du participe roman utus, qui ensuite
a été peu à peu remplacé par celui de la troisième ido. C'est ce
que prouvent beaucoup d'exemples dans d'anciens textes où les
deux formes coexistent ; ainsi a-batudo Alx., per-cebudo FJ.
2b, Alx., en-cendudo FJ. 136a, cernudo Bc. Sil. 457,
defendudo FJ. 13a, 62b, metudo PC, Alx., FJ. 30b. 35a,
prometudo ibid. Xa. con-nozudo 34b. 56a, pendudo Bc,
163perdudo Bc, Aloc., prendudo FJ. 123b, cor-rompudo 182b,
sabudo Alx., spendudo FJ. 107b, estavlezudo XIVb, costrenudo
14a, temudo Alx., en-tendudo FJ. 2a, tenudo ibid.
27a. 104b, contenudo 12b. 48a, a-trevudo Alx. 595, Rz.,
vendudo FJ. 126a, venzudo PC. 3656, FJ. 31b, Bc. Mill.
119. Dans la langue actuelle cette flexion est éteinte, à l'exception
de tenudo dans l'expression ser tenudo « être obligé ».

Présent. 1) Diphthongaison de la voyelle radicale accentuée
dans les verbes suivants : a) e en ie : en-cender, cerner,
de-fender, heder (foetere), hender (findere), perder,
a-scender, tender, a-tender, verter ; b) o en ue : cocer,
doler, llover (pluere), moler, morder, mover, oler (prés.
huele), soler, ab-, di-solver, torcer, volver, v.esp. toller
(subj. prés. tuelga FJ. 11b).

Verbes isolés. 1) Caer (cadere) ; caygo, cæs ; cayga ;
arch. cayo ; caya. Valer ; valgo, vales ; valga ; valdré, as etc. ;
prés. arch. valo ; vala. — 2) Les verbes en -cer précédé d'une
voyelle (lat. scere) forment le présent en zco, subj. -zca :
nacer ; nazco, naces, nace, nacemos, naceis, nacen ; subj.
nazca etc. A cette classe appartiennent en outre pacer (pascere),
encarecer (incarescere*), empobrecer, crecer, conocer
et beaucoup d'autres. — 3) Les verbes suivants ont un double
participe, un faible et un fort : prender, prendido preso ;
romper, rompido roto ; proveer (providere), proveido
provisto
. D'autres participes forts, comme defeso, nato, suspeso,
compulso, extenso, absorto, resuelto, convicto ont
abandonné leur signification verbale et sont devenus adjectifs ; la
signification verbale n'appartient plus qu'aux formes faibles defendido,
nacido etc. Les anciens employaient encore un nombre
considérable de ces participes forts, par ex. asconso (absconditus)
Canc. de B., enceso (incensus), cocho (coctus), contrecho
(contractus), espeso (expensus avec le sens actif dans
Bc. Mill. 215). — 4) Solver n'a qu'un parfait fort suelto ; sur
ver, voy. la conjugaison forte. — 5) Défectifs : soler ; suelo etc.
(suelgo Canc. de B. ) ; solia etc. ; solí etc. (rare). Yacer ;
y ace, yacen. Sur ce dernier et sur placer, voy. aussi la flexion
forte.

IIIe Conjugaison. — L'espagnol ne connaît pas le mélange
avec des formes inchoatives ; tous les verbes suivent le tableau
ci-dessus. Par là disparaît l'irrégularité de la troisième conjugaison,
mais elle trouve son équivalent dans une modification
particulière de la voyelle radicale, qui n'atteint pas seulement le
164présent, mais aussi d'autres temps. Il y a deux classes de verbes
sujets à cette modification. 1) Le présent diphthongue de la manière
connue e en ie, o en ue, mais dans les formes accentuées sur la
flexion e passe à i, o à u, pourvu que la syllabe suivante ne
contienne pas un i accentué. Paradigmes :

Ind. prés. siento, es, e, sentimos, sentís, sienten .

Imparf. sentia, sentias, sentia etc.

Parf. sentí, sentiste, sintió, sentimos, sentisteis, sintieron .

Fut. sentiré ; comme aussi sentiria.

Subj. prés. sienta, as, a, sintamos, sintais, sientan .

Imparf. sintiese etc. et aussi sintiere ; sintiera.

Impér. siente, sentid.

Gér. sintiendo. Part. sentido.

Nous avons déjà indiqué au tome I, p. 181, de quelle manière
des raisons d'euphonie ont influé sur ce mode de flexion. Les
verbes avec la voyelle radicale o ont une flexion correspondante,
savoir : dormir ; duermo, es, e, dormimos, is, duermen ;
duerma, as, a, durmamos, ais, duerman ; dormia etc. ;
dormi, iste, durmió, dormimos, isteis, durmieron ; dormiré
et dormiria ; durmiese ; durmiere ; durmiera ; duerme,
dormid ; durmiendo ; dormido. Il n'y avait point, il est vrai,
de raisons euphoniques qui s'opposassent à la conservation de l'u,
car durmimos aurait aussi bien sonné que dormimos : les quelques
verbes de cette espèce n'ont donc fait que suivre le courant
des autres. Les verbes avec e sont erguir (erigere) où l'on
écrit ye pour ie (yergo, erguimos, irguió), con-, de-, di-,
in-ferir (conferre etc.), di-, in-gerir, herir (ferire), ad-herir
(adhærere), hervir (fervere), mentir, ar-repentir
(poenitere), ad-querir, in-quirir (le seul qui ait un i radical),
di-scernir, sentir, ad-, con-, contro-, di-, in-vertir. Ceux
en o sont dormir, morir 1110. — 2) D'autres, en général ceux dont
la voyelle radicale e provient d'un i latin, ne se distinguent de
la première classe que parce qu'ils présentent, même au présent,
un i à la place de ie, ainsi pido, es, e, pedimos, is, piden ;
subj. pida, as, a, amos, ais, an ; il n'existe pas de verbes
correspondants avec o. Ce sont : con-cebir (concipere), ceñir
165(cingere), freir (frigĕre), gemir, en-greir, henchir (implere),
henir (fingere), co-, e-legir, des-leir, medir (metiri),
pedir (petere), com-petir (competere), regir, reir
(ridere), rendir (reddere), renir (ringi), der-retir (deterere),
seguir, servir, con-streñir (constringere), teñir
(tingere), vestir. D'anciens textes, par ex. Cal. é D., étendent
ce changement de la voyelle à divers cas aussi de la conjugaison
forte, comme dans dixe, dexiste, dixo, deximos etc. ; fice,
feciste ; quise, quesiste.

Verbes isolés. 1) Asir (apisci) ; azgo, ases ; azga. — Oir
(audire) ; oygo (anc. oyo), oyes ; oyga, as (ozga FJ.26b,
ozca Alx. 346, comp. port. ouça). — Salir (salire) ; salgo,
sales ; subj. salga ; impér. sal (sans e), salid ; saldré. —
Exir v.esp. (exire) ; exco ; subj. ygamos iscamos ; impér. ix
(voy. les glossaires de Sanchez). Comparez plus haut ital. esco
et plus bas prov. esc. — 2) Les verbes en ucir sont traités au
présent de la même manière que ceux en cer (deuxième conjugaison),
bien que dans conducir conduzco, luzir luzco, par
exemple, la finale sco n'existât pas dans le type latin. — 3) Les
verbes suivants ont un double participe : o-, su-primir, -primido,
-preso ; prescribir, -scribido, -scrito ; inxerir (ingerere),
-xerido ; -xerto ; en outre il existe encore beaucoup de
participes forts avec un sens d'adjectif, comme dans la deuxième ;
ainsi deciso, incluso, incurso, ben-, mal-dito, ficto , en
vieil espagnol aussi cinto pour ceñido, repiso pour repentido,
tonso pour tundido Canc. de B. — 4) Ont le participe fort :
abrir abierto, cubrir cubierto ; escribir escrito ; freir
frito
 ; morir muerto. — 5) Défectifs. Ir s'unit à vadere et esse
de la manière suivante : voy, vas, va, vamos (anc. imos),
vais, van ; vaya, vayas etc. ; ve, vayamos et vamos, id ;
iba ; fuí et de même fuese, fuere, fuera 1111 ; iré ; iria ; yendo ;
ido. Podrir pudrir (putrere) ; pudre, pudren ; pudre,
pudrid (imp.) ; podria, podrian ; podriré etc. et podriria etc. ;
podrido pudrido.

Flexion forte. — Elle est éteinte, sauf quelques débris.
Mais les textes des XIIe et XIIIe siècles en présentent encore des
exemples plus nombreux, qui peuvent faire suivre la décadence
progressive de cette forme.166

L'infinitif ne souffre aucune contraction ; on dit decir
(dicere), hacer (facere) ; la contraction se présente au futur :
dire, haré pour deciré, haceré.

La terminaison eo eam, io iam du présent, en comprenant
les verbes des conjugaisons régulières, n'est plus sensible que
dans haya (ha [b]eam), huyo (fu[g]io), salgo (salio), tengo
valgo
, vengo ; on a aussi quepo pour l'attraction caipo (capiam),
sepa pour saipa (sapiam), plegue pour plaica (placeat).
Il y a des formations inorganiques, telles que pongo,
caygo, traygo , comme si ces mots avaient été produits par
ponio, cadio, trahio. Les 2e et 3e pers. sing., de même que le
pluriel tout entier, se tiennent rigoureusement, sauf la diphthongaison,
à la forme de l'infinitif, ainsi tengo, tienes, tiene,
tenemos, teneis, tienen ; les verbes déjà cités de la deuxième
et de la troisième conjugaison en -cer, -cir se comportent de
même.

Parfait. 1) Flexion avec changement de la voyelle radicale
et suffixe personnel dans hice, pude, vine, v.esp. vide. —
2) Avec s, x : quise, puse, dixe, duxe, traxe et beaucoup
d'autres formes qui ne sont plus usitées. Dans quelques cas l'ancienne
langue retournait x (cs) en sc : de traxit est sorti trasco,
de vixit visco ; et à ces derniers s'adjoignit nasco, pour lequel
le latin ne donnait pas de parfait 1112. — 3) Dans hube (habui),
plugo (placuit) et supe (sapui) on ne peut méconnaître
l'influence de la flexion ui : les anciens mettaient o pour u et
cet o représente la diphthongue au produite par attraction :
habui haubi hobe. Le portugais confirme ce fait. D'après hube
se forma le parfait des autres verbes auxiliaires : tuve, estuve
et l'archaïque suve ou sove, enfin anduve. D'après le même
modèle on fit de plus cupe en conjuguant capio capui comme
sapio sapui ; une charte de 886 Esp. sagr. XVII, 236 emploie
capuimus, une autre de 1032 capuerit ibid. XL, 412, qui se
retrouve également dans la L. Sal. (éd. Merkel p. 60). La
forme secondaire truxe pour traxe doit également avoir sa
source dans traxui pour traxi. Dans pude (potui) l'attraction
est douteuse, on fait donc mieux de le ranger dans la première
classe. La flexion de ce temps est la suivante :167

tableau sing. supe supiste supo | plur. supimos supisteis supieron

Pour e à la Ire pers. sing. on remarque encore dans la plus
ancienne langue i, qui est sans doute la forme primitive : ainsi
vidi, prisi, sovi, trasqui, visqui (esp.mod. viví). Il est difficile
d'expliquer l'o de la 3e sing. autrement que par une influence de
la conjugaison faible, dont l'o correspondant est du reste accentué.
La 3e pers. plur. se distingue de la pratique des autres
langues par l'observation de l'accent latin. Mais l'espagnol,
dans d'autres cas d'accentuation, par exemple à l'infinitif, suit
aussi sa propre voie. Cependant à côté de la forme usitée on
trouve encore, pour dixieron, hicieron, pusieron, traxeron,
une forme populaire accentuée sur le radical : dixon, hizon,
puson, traxon ; voy. à ce sujet Mayans II, 114, Sanchez III,
XXXVI, Monlau Dicc. etim. 39. 40. Cette forme du pluriel est
évidemment sortie de la 3e pers. sing. dixo, hizo, puso, traxo.
Nous avons déjà vu p. 156 dans pudió pudioron etc. un exemple
d'une semblable influence 1113. — On a tiré du parfait l'imparfait
et le futur du subjonctif, de même que le premier conditionnel :
supiese, supiere, supiera.

Le participe des verbes se termine tantôt par to (cho), tantôt
par une forme faible ; on a déjà mentionné ci-dessus quelques
verbes à parfait faible dont le participe se termine en so ou sto
(preso, supreso, visto).

Liste des verbes en vieil espagnol et en espagnol moderne.

Ire Classe. — Parfait avec un simple suffixe personnel.
Facere : hacer ; hago, haces ; haga ; haz (comp. face dans
Plaute etc.), haced ; hice ; haré ; hecho. Des formes vieillies
en partie contractées sont far et fer (hacer), faz Cal. é D. et
fay (hace) Rz., femos (hacemos) PC, feches (haceis =
facitis) ibid., fed ibid. et fech Bc. (haced) ; fiz (hice) Cal.
168é D. Satisfacer
a à l'impér. satisfaz -ce. — Posse : poder ;
puedo, es, e, podemos, eis, pueden ; pueda ; pude ; podré ;
podido. Une trace de la flexion faible, comme en italien, dans
Berceo qui écrit podió pour pudo. — Venire : venir ; vengo,
vienes ; venga ; ven, venid ; vine, viniste, vino, vinimos,
vinisteis, vinieron ; aussi veniste, venimos, venisteis ; vendré
(anc. verné) ; venido. — Videre : v.esp. veer ; vidi Bc, vido
Bc. Sil. 226, vio ( : rio) Mil. 85, Alx. 281, encore dans le
Canc. gen. et même chez Garcilaso et Montemayor (au contraire
dans Mar. Egipc. déjà vió , voy. Gessner, Altleonesisch
p. 25), vidieron Bc. Loor 28 ; visto. Esp.mod. ver ; veo, ves,
ve etc. : vea ; veia via imparf. ; , viste, vió etc. ; viese ;
viera ; visto. Proveer ; part. provisto et proveido, ainsi qu'il
a été observé plus haut.

IIe Classe. — Parf. -se, -xe. Cingere : ceñir : v.esp. parf.
cinxo PC. ; cinto Alx. esp.mod. ceñí, -ido. — Dicere : decir ;
digo, dices, dice, decimos, decis, dicen ; diga ; di, decid ;
dixe, dixeron ; diré ; diciendo ; dicho. Ben-, maldecir ;
-dice impér. ; -deciré -decido et dito, arch. -dicho. Contradecir,
impér. -dice. — Ducere : ducir ; duzco, duces, ducimos ;
duzca ; duce duz, ducid ; duxe, duxeron ; ducido,
arch. aducho (adductus). — Fugere : v.esp. fuir ; fuxo FJ.
11a, Apol. 386, fusso Bc. Mill. 121. 130. Esp.mod. huir ;
huí ; huido. — Manere dans remaner ; anc. remanso. —
Mittere : meter ; anc. miso Bc. — Ponere : poner ; pongo,
pones ; ponga ; pon, poned ; puse (anc. pose, poso Cal.),
S Part. ; pondré (anc. porné) ; puesto. — Prendere : prender ;
v.esp. parf. prisi Bc. Mil. 191. 204 (pris PC. 543), priso
PC
, Bc. Sil. 62. 84, apriso Bc, deprisso Canc. de B.,
prisieron PC. 1107 ; prisiese Cal. é D. ; part. preso aussi
en espagnol moderne. — Quærere : querer ; quiero, quieres
(poét. quies), queremos, quieren ; quise ; querré ; quisto
seulement dans bien q., malq., d'ailleurs querido. — Radere :
raer ; anc. raxo parf. PC. 3667 (on n'aurait pas de sens satisfaisant
en supposant raxó de raxar). — Ridere : reir ; anc. riso Bc.
Mil. 182. 353. — Scribere : escribir ; v.esp. parf. escripso
Bc ; part. escrito aussi en espagnol moderne. — Spondere dans
responder ; anc. respuso PC. — Tangere : tañer ;anc. tanxo
PC
. — Trahere : traer ; traygo, traes ; trayga ; traxe,
traxeron ; trayendo ; traido. Anc. trayo ; truxe troxe =
port. trouxe, de même trasqui Bc. Mil. 250, trasco (cat.
trasch) etc. — Vivere : vivir ; anc. vesqui CLuc. 20, visco
169Bc. Sil. 80 ; visquiese FJ. 5a ; visquiere PC. 251, FJ. 61a.
103b, SPart.

IIIe Classe. — Parf. par attraction. Capere : caber ;
quepo, capes ; quepa ; cupe (anc. copo 3e pers.) ; cabré ;
cabido
. — Credere : creer ; crovo (fr. crut) PC, descrovo
(dis-credidit*) Bc, crovieron ; croviese PC. — Habere :
voy, plus haut p. 158. — Jacēre : yacer ; anc. iogui, iogo Bc ;
yoguies Alx. ; fut. iazredes PC. 2644 ; iazdrie Bc. Mil.
203 etc. — Noscere dans conocer ; v.esp. conuvo PC. = esp.
mod. conoció, connuvieron Bc. — Placere : placer impers.
et défectif ; place ; plegue (pourquoi pas plega, comme dans le
PC. 2284 ?) ; placia ; plugo (anc. plogo) ; pluguiese ; pluguiera ;
pluguiere
 ; arch. plazrá . — Sapere : saber ; ,
sabes ; sepa ; sabe, sabed ; supe (anc. sope) ; sabré ; sabido.
Sedere : anc. seer ; sovo voy. plus haut p. 158. — Stare :
estar voy. plus haut p. 163. — Tenere : tener ; tengo, tienes ;
tenga
 ; ten, tened ; tuve (tove Cal. é D., FJ. etc.) ; tendré
(anc. terne) ; tenido.

3. Conjugaison portugaise.

Elle concorde dans ses traits essentiels avec la conjugaison
espagnole, et nous n'avons qu'à effleurer ici bien des points qui
ont été étudiés là.

En ce qui concerne la flexion personnelle 1) on a, ici aussi,
employé encore jusqu'à la fin du XIVe siècle -des (voy. SRos. s.v.
dedes) ; ainsi dans le Canc. ined. et chez dom Diniz matades,
queredes, perdedes , dans le Canc. gen. déjà guardays,
diryeis, quisereys ou aussi metes pour meteis, comme en vieil
espagnol. Dans une lettre d'Alphonse V († 1481) on lit déjà
ereis, podeis, sabeis, habeis, et dans un acte analogue de Jean Ier
de 1384 on trouve encore quissessedes, sabedes, fasedes (voy.
Balbi, Statistique du royaume de Portugal, t. II, app.).
Le d primitif s'est conservé en s'appuyant sur n dans quelques
verbes (pondes, tendes, vindes), et généralement en s'appuyant
sur r au futur du subjonctif et à l'infinitif (cantardes) ; mais
régulièrement il est tombé, et l'a qui le précédait a passé à e
quand il n'était pas fortifié par l'accent : cantáis cantaríeis. Les
anciens écrivaient aussi aes pour ais : cantaes, sofraes et de
même à l'impératif cantae pour cantai. — 2) La 3e pers. plur.
se termine par une n nasale, qui est tantôt rendue par des
voyelles, tantôt par m, comme dans cantão et cantem ; au lieu
170de la première forme on employait aussi anciennement am, om,
um et même un simple o : chamaro, foro SRos., comp. t.I, p. 356.

La grammaire portugaise possède un trait spécial dans la
flexion toute verbale de l'infinitif, qui se produit de la manière
suivante : ter, ter-es, ter, ter-mos, ter-des, ter-em , en sorte
qu'elle concorde absolument avec celle du futur tiver (dans les
verbes faibles elle ne se distingue même pas du futur par la forme
intérieure). Ter est employé pour rapporter l'idée d'avoir
à la Ire pers. (pour mon avoir), teres pour la 2e (pour ton
avoir) : vio teres « il t'a vu avoir ». Les plus anciens textes
connaissent déjà cette désignation des rapports personnels : le
Canc. ined. dit par ex. 44a : de viverem tan sen sabor
« qu'ils vivent d'une façon si insipide » ; voy. la Syntaxe. — Au
futur, la séparation de la flexion et du radical ou plutôt de l'infifinitif
n'est pas moins usitée qu'en espagnol : dar mo ha, ser hei
est identique à mo dará, serei ; et elle se produit de la façon la
plus absolue, de telle sorte a) qu'on ne revient pas à la forme
de l'infinitif et que me dira, me fará est séparé en dir-me-ha,
far-me-ha et non en dizer-me-ha, fazer-me-ha ; b) qu'on
ne se tient pas davantage à la forme de habere et qu'on dit par
conséquent dir-te-hemos, dir-me-heis et au deuxième conditionnel
dir-te-hia, dir-te-hião au lieu de havemos, haveis,
havia, havião.

Le présent n'éprouve, selon les lois de cette langue, aucune
diphthongaison ; au contraire le changement de la voyelle radicale
a une certaine importance. L'accentuation est la même qu'en
espagnol. — L'impératif a ici aussi, au singulier comme au pluriel,
sa flexion propre ; celle du pluriel est en général i, par ex. cantai
(= esp. cantad), dizei (= esp. decid), syncopée de cantade,
dizede, avec diphthongaison de ae, ee en ai, ei : dans le
Canc. ined. on lit encore mandade 44b, dizede 55c et ce d
s'est encore conservé dans crede (credite), lede (legite), ponde
(ponite), ride (ridete), tende (tenete), vede (videte), vende
(venite).

Le portugais aussi possède un plus-que-parfait primitif, qui
n'est pas seulement employé comme conditionnel, ainsi que cela
a lieu en espagnol, mais encore avec sa signification originaire :
cantara (cantaveram) signifie « j'avais chanté » et « je chanterais ».
Pour conserver l'uniformité, nous assignons à ce temps
la place qu'il occupe en espagnol et en provençal. Le portugais
possède aussi un futur du subjonctif correspondant au même
temps espagnol, mais qui ici rejette l'e de flexion et se confond
généralement à la Ire et à la 3e pers. sing. avec l'infinitif.171

Le participe présent est éteint aussi dans cette langue et
est remplacé par le gérondif ; dans d'anciens textes on trouve
encore seente, vinte etc. ; il va de soi qu'il persiste comme
adjectif.

Finale du radical. 1) C alterne avec qu, g avec gu : saco
saque
, pago pague ; 2) g avec j : dirigir dirijo ; 3) qu avec
c : delinquir delinco, tout cela comme en espagnol ; 4) c avec
ç : conhecer conheço.

L'enclise a ici aussi influé sur la forme du verbe, savoir :
1) r tombe devant un pronom commençant par l ou s'assimile à
cette consonne : amálo, dizélo ou amallo, dizello ; 2) s, quelque
part qu'elle soit, tombe dans les mêmes conditions : amalo,
vendelos, damolhe, comprailas pour amaslo etc.

Les verbes auxiliaires sont : pour l'actif, haver et ter
(tenere) ; pour le passif, ser. Ter a enlevé à haver presque
toutes ses prérogatives et sert même à la périphrase de ce
dernier.

1. Ter. — Ind. prés. tenho, tens, tem, temos, tendes, tem .
Imparf. tinha, tinhas, tinha, tinhamos, tinheis, tinhão . Parf.
tive, tiveste, teve, tivemos, tivestes, tiverão . Fut. terei,
terás, terá, teremos, tereis, terão. Subj. prés. tenha, tenhas,
tenha, tenhamos, tenhais, tenhão. Imparf. tivesse, tivesses,
tivesse, tivéssemos, tivésseis, tivessem. Fut. tivér, tiveres,
tiver, tivermos, tiverdes, tiverem. Cond. 1. tivera, tiveras,
tivera, tivéramos, tivéreis, tiverão. 2. teria, terias, teria,
teríamos, teríeis, terião. Impér. tem, tende. Inf. ter, teres,
ter, termos, terdes, terem. Gér. tendo. Part. tido. Temps
auxiliaires : tenho, tinha tido etc.

2. Haver. — Indic. prés. hei, has, ha, havemos (hemos),
haveis (heis), hão. Imparf. havia (hia), havias, havia (hia),
haviamos, havieis (hieis), havido (hião). Parf. houve, houveste,
houve, houvemos, houvestes, houvérão. Fut. haverei,
haverás, haverá, haveremos, havereis, haverão. Subj. prés.
haja, hajas, haja, hajamos, hajais, hajão . Imparf. houvesse,
houvesses, houvesse, houvéssemos, houvésseis, houvessem.
Fut. houvér, houveres, houver, houvermos, houverdes,
houverem. Cond. 1. houvera, houveras, houvera, houvéramos,
houvéreis, houverão. 2. haveria, haverias, haveria,
haveríamos, haveríeis, haverião. Impér. ha (inusité), havei.
Inf. haver, haveres, haver, havermos, haverdes, haverem .
Gér. havendo. Part. havido. Les formes entre parenthèses sont
vieillies ou ne servent plus qu'à la périphrase, citée ci-dessus,
du futur. Temps auxiliaires : tenho havido etc. ; dans quelques
172cas seulement, comme au subj. houvesse et houvera havido, ce
temps se conjugue d'ordinaire avec lui-même.

3. Ser. — Ind. prés. sou, es, he, somos, sois, são . Imparf.
era, eras, era, éramos, éreis, erão . Parf. fui, foste, foi,
fomos, fostes, forão. Fut. serei, serás, será, serémos,
seréis, serão. Subj. prés. seja, sejas, seja, sejamos, sejais,
sejão. Imparf. fosse, fosses, fosse, fóssemos, fósseis, fossem .
Fut. for, fores, for, formos, fordes, forem . Cond. 1. fora,
foras, fora, fóramos, fóreis forão . 2. seria, serias, seria,
seríamos, seríeis, serião. Impér. se, sede. Inf. ser, seres,
ser, sermos, serdes, serem. Gér. sendo. Part. sido. Temps
auxiliaires : tenho sido etc. — Remarque. Formes anciennes :
seer, seente, see = ser, sente, se SRos. ; são pour sou, aussi
sejo GVic. (de sedeo) ; siades pour sejais ; seve pour foi D.
Din. n. 125 ; sever pour for FGuard. 422, severem 401. Pour
d'autres formes, voy. Port. Kunst- und Hofp. p. 115. 116.

Tableau de la Conjugaison :

tableau ind. prés. cant-o | cant-as | cant-a | cant-amos | cant-ais | cantão | parf. | fut. | imparf. cant-ava | cant-avas | cant-ava | cant-ávamos | cant-áveis | cant-avão | cant-ei | cant-aste | cant-ou | cant-astes | cant-arão | cant-arei | cant-arás | cant-ará | cant-aremos | vend-o | vend-es | vend-e | vend-emos | vend-eis | vend-em | vend-ia | vend-ias | vend-íamos | vend-íeis | vend-ião | vend-í | vend-este | vend-eo | vend-estes | vend-érão | vend-erei | vend-erás | vend-erá | vend-eremos | part-o | part-es | part-e | part-imos | part-ís | part-em | part-ia | part-ias | part-íamos | part-íeis | part-ião | part-í | part-iste | part-io | part-istes | part-írão | part-irei | part-irás | part-irá | part-iremos173

tableau cant-areis | cant-arão | subj. prés. cant-e | cant-es | cant-e | cant-emos | cant-eis | cant-em | imparf. cant-asse | cant-asses | cant-asse | cant-ássemos | cant-ásseis | cant-assem | fut. cant-ar | cant-ares | cant-ar | cant-armos | cant-ardes | cant-arem | Cond. | cant-ara | cant-aras | cant-áramos | cant-áreis | cant-aria | cant-arias | cant-aríamos | cant-aríeis | cant-arião | Impér. cant-a | cant-ai | Inf. cant-ar | (= fut. subj.) | Gér. cant-ando | Part. cant-ado | vend-ereis | vend-erão | vend-a | vend-as | vend-amos | vend-ais | vend-ão | vend-esse | vend-esses | vend-éssemos | vend-ésseis | vend-essem | vend-er | vend-eres | vend-ermos | vend-erdes | vend-erem | vend-era | vend-eras | vend-éramos | vend-éreis | vend-eria | vend-erias | vend-eríamos | vend-eríeis | vend-erião | vend-e | vend-ei | vend-endo | vend-ido | part-ireis | part-irão | part-a | part-as | part-amos | part-ais | partão | part-isse | part-isses | part-íssemos | part-ísseis | part-issem | part-ir | part-ires | part-irmos | part-irdes | part-irem | part-ira | part-iras | part-íramos | part-íreis | part-iria | part-irias | part-iríamos | part-iríeis | part-irião | part-e | part-í | part-indo | part-ido174

Périphrase à l'actif : tenho cantado, plur. temos cantado ;
tinha c ; terei c ; subj. tenha c ; tivesse c ; tiver c ; tivera
c
 ; teria c ; inf. ter c ; gér. tendo (havendo) c. — Passif :
ind. sou cantado, a, plur. somos cantados, as ; era c, fui
c
 ; tenho sido c. (plur. temos sido cantados, as) ; serei c ;
terei sido c
 ; subj. seja c ; fosse c ; fora c ; seria c. etc.

Ire Conjugaison. — Des verbes qui diphthonguent dans le
sens roman ne peuvent pas se présenter en portugais : au contraire
à la première conjugaison, dans les verbes en ear, on ajoute
d'ordinaire à l'e allongé, après lequel est tombé une consonne,
un i au présent, lequel i sert en quelque sorte à soutenir la
quantité, comme dans alheio pour alhêo (alienus) : ainsi le
présent de semear (seminare) se conjugue : seméio, éias, éia,
eámos, eáis, éião, subj. seméie. Quelquefois des verbes en iar
sont traités de la même manière : mediar, prés. medéio, éias,
éia, iámos, iáis, éião, subj. medéie, éies, éie, iémos, iéis,
éiem 1114.

Verbes isolés. 1) Andar est complet et fléchit régulièrement ;
on ne trouve pas de forme correspondante à l'esp. anduve. —
2) Dar fait au prés. dou, das, da, damos, dais, dão ; de,
des etc. ; parf. dei, deste, deo, demos, destes, derão ; desse ;
der ; dera
. — 3) Estar = dar, seulement au prés. subj.
esteja (anc. esté) ; parf. estive, estiveste, esteve, estivemos,
estivestes, estiverão ; estivesse ; estiver ; estivera ; pour
esteve une charte de 1286 SRos. a stede = v.esp. estido.

IIe Conjugaison. — L'infinitif ne connaît, comme en espagnol,
que la seule terminaison er ; mais le passage à la troisième
a lieu plus rarement ici : baater, concwber, ferver, gemer,
morrer, arrepender, reger, render, viver présentent e au
lieu de l'i espagnol ; le contraire a lieu dans cahir, possuir,
cependant on disait en v.port. caer par ex. D. Din. 86.

Au présent la finale latine sco est rendue par ço : crecer
creço
, conhecer conheço, padecer padeço (padesco D. Din.
195), nacer naço, pacer paço ; mais aussi cocer coço, torcer
torço
, vencer venço.

Au parfait la 3e pers. sing. (vendéo) se distingue par l'accentuation
de la forme espagnole (vendió). Autrefois pour o
on écrivait aussi à cette personne u, les recueils des lois et
175D. Diniz ont par ex. recebeu, meteu, perdeu, scriveu, tulleu,
vendeu, viu (comp. la troisième conjugaison).

La confusion de la deuxième et de la troisième conjugaison ne
se produit pas aussi souvent qu'en espagnol ; ces conjugaisons se
distinguent encore au parfait et aux temps qui en sont dérivés
par les voyelles caractéristiques e et i. Dans les plus anciennes
sources on trouve encore de nombreuses traces du participe utus,
appliqué dans tout le domaine roman à la deuxième conjugaison,
qui ne permettent pas de douter de l'emploi antérieur de cette
forme. En voici : adudo (additus) SRos., avudo FGrav. 391,
FSant. 536, batudo SRos., recebudo FGuard. 437, decorudo
SRos., creudo FTorr. 624, Canc. ined 44a, aduzudo
de l'ancien aduzer SRos., estabelesçudo FSant. 578, desfaleçudo
SRos., deffendudo FGuard. 414, fududo FGrav.
390, liudo charte de 1295, Esp. sagr. XXXXI, 381, perleudo
SRos., metudo FSant. 548. 559, FMart. 589, FTorr. 614.
625, sometudo ibid. 608, movudo FBej. 756, conhoçudo ibid.
457, FGrav. 386, FMart. 581, perdudo FMart. 589, FTorr.
610, FBej. 460, D. Din. 152, enquerudo ibid. 605, regudo
ibid. 597, sabudo FGuard. 409, D. Din. 152, abscondudo
SRos., D. Din. 168, costrangudo FMart. 81 (constreniudo
FGrav
. 384), sofrudo D. Din. 168, persolvudo FSant. 531.
539, tanjudo SRos., temudo FMart. 606, estendudo SRos.,
teudo de ter souvent, vençudo FGuard. 408, FSant. 539,
FTorr. 621, vendudo FSant. 532. 534, vertudo FSant.
532. Pour des exemples tirés du Canc. ined. voy. Choix, VI,
268. On ne doit cependant pas manquer d'indiquer qu'à côté de
cette forme celle en ido est usitée aussi : ainsi le FBej. a, p. 458,
vendudo et, p. 496, vendido.

Verbes isolés. 1) Les verbes suivants présentent de légères
différences au présent : Crer (credere) ; creio, cres ; creia,
creias ; cre, crede. Ler (legere) = crer. Perder ; perco,
perdes ; perça. Valer ; valho, vales ; valha. — 2) Les verbes
suivants ont un double participe : Escrever (scribere), escrevido
escrito
. Morrer, morrido morto. En vieux portugais
aussi cozer (coquere), cozido cóito ; despender, despendido
despezo
 ; aducer (-cir), aduzido aducho. Pour ver voy. la
flexion forte. — 3) Défectifs : Feder (foetere) est dépourvu de
toutes les formes qui ajoutent au radical un a ou un o. Soer
(solere) n'a que le prés. soes, soe, soem ; l'imparf. soia, as,
a, ão ; le gérond. soendo.

IIIe Conjugaison. — La forme inchoative ne s'est pas non
176plus introduite ici. Les verbes qui modifient la voyelle radicale
se divisent en deux classes, ceux qui échangent e contre i, et
ceux qui échangent u contre o. 1) Le changement affecte dans
les premiers la Ire pers. sing. du présent ind. et le présent subj.
tout entier, ainsi sinto, sentes, sente ; sinta, sintas etc.. Ce
sont despir (de-expedire), ferir, fregir (frigĕre), digerir,
mentir, repetir, seguir, sentir, servir, advertir, vestir et
sans doute d'autres encore ; ils se retrouvent aussi en espagnol
comme verbes qui diphthonguent ou changent la voyelle radicale.
2) Dans la seconde classe l'o apparaît à la 2e pers. sing. du
présent ind. et s'étend en outre à l'impératif et au participe :
subo, sobes, sobe, subimos, subís, sobem ; suba ; sobe,
subi ; sobido. Les verbes où ce phénomène se produit sont
bulir, cubrir, acudir et sacudir (ac-, suc-cutere), cuspir
(conspuere), engulir (de gula), fugir, construir, subir,
sumir, consumir, surgir, tussir . Ces verbes n'ont pas de
correspondants en espagnol. Mais les deux classes ne présentent
pas même d'analogie entre elles, car les deux voyelles pures
i et u se trouvent précisément dans un rapport inverse : e se
change en i, mais u se change en o. Dans despir et cuspir le
changement se produit même dans la particule de composition.
Il faut encore remarquer quelques verbes avec un o radical.
Dormir = subir (durmo, dormes, durma). Sortir-, sorto,
surtes, e, sortimos, ís, surten ; surta.

La Ire pers. sing. du parfait était encore écrite jusqu'au
XVIe siècle ii : crii, lii, corrii, vii SRos. ; pour la finale io de la
3e pers. on employait aussi iu : ainsi feriu, partiu, serviu,
oyu (comp. la deuxième conjugaison).

Verbes isolés. 1) De petites différences se présentent au présent
de induzir ; 3e pers. induz. Luzir de même : luz. Medir
(metiri) ; meço, medes ; meça. Ouvir (audire) ; ouço (ouvo
GVic.), ouves ; subj. ouça. Pedir (petere) ; peço, pedes ;
peça. Parir (parere) ; pairo, pares ; paira. Rir (ridere) ;
rio, ris, ri, rimos, rides, rim ; impér. ri, ride. Cahir
(cadere) ; caio, cahes etc. ; caia. Sahir (salire), comme le verbe
précédent. — 2) Verbes avec participe fort : abrir, aberto ;
cubrir
, cuberto ; fregir, frito ; surgir, surto ; cependant
abrido, cubrido, fregido, surgido sont aussi usités. D'autres
participes forts, tels que electo, erecto, exemto, extincto,
inserto, omisso, opresso , renvoient bien à elegir, erigir,
eximir, extinguir, inserir, omitir, opprimir , mais ils n'ont
pas de signification active. — 3) Défectifs : Ir (aussi hir) qui,
177comme en espagnol, se complète par le mélange avec vadere et
esse : vou, vas, vai, vamos (imos), ides (anc. ys), vão ; subj.
, vas, , vamos, vais, vão ; impér. vai, ide ; imparf. hia ;
parf. fui, et de là fosse, for, fora ; fut. irai ; gér. indo ;
part. ido. Monir (monere) ne possède que des formes dérivées
avec i. On cite aussi comme défectifs carpir, submergir, compellir,
comprir, discernir .

Flexion forte 1115. — Au présent la terminaison eo eam, io
iam
s'est conservée ou du moins est encore sensible dans tenho
tenha
, venho venha, caibo caiba (capio), vejo veja (video).
Des exemples de verbes devenus faibles sont saio, valho, pairo,
comp. aussi ouço (audio) et les formes archaïques arço (ardeo)
G. Vicente III, 262, menço (mentior) D. Din. 110. A la 3e pers.
sing. quelques verbes laissent tomber leur e de flexion : tem,
vem, diz, faz, jaz, praz (comp. plus haut induz, luz).

L'imparfait de l'indicatif dans les trois verbes par, ter,
vir présente les flexions tout-à-fait particulières punha, tinha,
vinha , avec déplacement de l'accent et changement de la voyelle
radicale. On a probablement reculé l'accent afin de mieux consolider
l'n radicale, qui, sans cela, serait tombée comme à l'infinitif :
on a dit pónia (écrit ponha) pour ne pas être obligé de
perdre l'n, et l'on a changé o et e contre u et i pour distinguer
ce temps du présent du subjonctif. Toutefois il existait autrefois
des variantes usitées sans n, comme teeya à côté de tinha, via
à côté de vinha, voy. SRos. D'autres exemples d'un tel transport
de l'accent de la flexion sur le radical, si l'on excepte le traitement
de l'infinitif, se présentent à peine dans les langues romanes
écrites.

Les parfaits sont : 1) fiz, pude, vim, vi ; 2) disse, puz,
quiz ; 3) coube, houve, jouve, prouve, soube, trouxe (traxui
trauxi
*), ensuite tive, forme qui résulte de la simple chute de
l'n, et estive, d'une formation analogue. Houve, jouve, prouve
(pour jougue, prougue) avec leur diphthongue lèvent tous les
doutes à l'égard de l'attraction établie plus haut pour le verbe
espagnol : houve, par exemple, ne peut reposer que sur haubi
pour habui. — La flexion de ce temps ne s'accorde pas tout-à-fait
avec l'espagnol. La Ire sing. prend un e ou rejette tout-à-fait
la voyelle ; cependant dans l'ancienne langue on trouve
178encore de nombreux exemples de l'i latin : figi (feci) FBej.
503, pozy charte de 1273 SRos., aussipugy 1312 ibid. (posui),
jogui (jacui), digi (dixi) Canc. ined., benedixi Canc. vat.
éd. Varnh. n. 7, chez D. Diniz dixi 89. 110, pudi 92. 104,
quigi 72. 97, uvi, 81. L'o espagnol est étranger à la 3e pers. :
elle emploie e ou rejette toute voyelle, d'où il résulte que dans
quelques cas, comme en provençal, la Ire et la 3e pers. se
confondent, tandis qu'elles se distinguent dans d'autres par le
changement de la voyelle. Dans les plus anciens textes on trouve
aussi quelques traces de l'o : ainsi dans le Canc. ined. fezo,
dans le Canc. vat., par ex. dans les poésies de D. Diniz 64,
quiso, dans le même recueil aussi prugo (placuit) Varnh.
n. 46. Il y a donc quatre formes de ce temps :

tableau houve pude quiz fiz | houveste pudeste quizeste fizeste | houve pode quiz fez | houvemos pudemos quizemos fizemos | houvestes pudestes quizestes fizestes | houverão puderão quizerão fizerão

Vir a à la 3e sing. une forme divergente veio : ce verbe s'incline
ainsi vers la flexion faible. Les temps dérivés du parfait se
règlent sur la Ire sing. : pudesse, puder, pudera ; fizesse,
fizer, fizera.

Le participe se comporte à peu près comme en espagnol.

Liste des verbes.

Ire Classe. — Facere : fazer ; fazo, fazes, faz ; faza ; faz,
fazei ; fiz ; farei ; feito. — Posse : poder ; posso, podes ;
possa ; pude ; podido. — Venire : vir ; venho, vens, vem,
vimos, vindes, vem ; venha ; vem, vende ; vinha imparf. ;
vim, vieste, veio, viemos, viestes, vierão ; viesse ; vier ;
viera
 ; gér. et part. vindo. Anc. imparf. via, vina, fut. subj.
viner SRos. — Videre : ver (anc. veer) ; vejo, vês, ,
vemos, veis, vem ; veja ; , vêde ; via ; vi (contracté de vidi
vii
), viste, vio, vimos, vistes, virão ; visse ; vir ; vira ;
vendo
 ; visto.

IIe Classe. — Dicere : dizer ; digo, dizes, diz, dizemos ;
diga
 ; dize, dizei ; disse, disse ; direi ; dito. Benzer (bened.)
a les participes benzido et bento. — Ducere dans aduzir ;
parf. 3e sing. arch. adusse D. Din. n. 42 = esp. duxo ; part.
aducho SRos. comme en v.esp. — Ponere : pôr ; ponho,
poens, poem, pomos, pondes, poem ; ponha ; poem, ponde ;
punha
imparf. ; puz, puzeste, poz, puzemos, puzestes,
179puzerão ; puzesse etc. ; porei ; pondo ; posto. Arch. pono
pour ponho. — Prendere : prender ; parf. 3e sing. arch. pres,
d'après preser Trov. n. 115 = v.esp. pris (cependant aussi
prendí Trov. 78) ; part. preso, aussi en port.mod. — Quærere :
querer ; quero, queres (aussi ques), quer ; queira ;
quiz
 ; quererei ; querido. — Spondere dans responder ;
parf. 3e sing. arch. respos et resposse Alfonse X = v.esp.
respuso.

IIIeClasse. — Capere : caber ; caibo, cabes ; caiba ; coube ;
cabido. — Habere voy. p. 172. — Jacere : jazer ; jazo,
jazes, jaz ; jaza ; jouve ; jazido. — Placere : prazer impers. ;
praz ; praza ; prouve etc. ; prazido. Anc.parf. prougue
FSant
. 531 ; prouguesse D. Din. 84 ; prouguer ibid. 59,
FSant. 537. — Sapere : saber ; sei, sabes ; saiba ; soube ;
sabido
. — Stare voy. p. 175. — Tenere p. 172. — Trahere :
trazer (anc. trager) ; trago, trazes, traz ; traga ; trouxe
(dans des chartes trouve, comme jouve de jazer) ; trarei ;
trazido
. — Valere : valer ; on peut inférer un parfait v.port.
válvi des temps dérivés valvesse, valvera, valver = prov.
valc, valgues, valguera, voy. Port. Kunst.-und Hofpoesie
p. 120.

4. Conjugaison provençale.

Si la déclinaison de cette langue ne se sépare en général de
celle du vieux français que par les résultats que produisent les
lois phoniques, sa conjugaison se distingue de celle du français
et des autres langues en bien des traits par la nature même
de sa flexion. Cela est vrai surtout de la flexion forte, où la
langue n'a pas conservé l'empreinte latine, mais a développé,
en général par l'emploi de flexions faibles, des formations d'une
nature particulière. Dans l'étude qui suit sur la conjugaison nous
ne nous occupons régulièrement que des formes strictement provençales
telles que l'ancienne poésie lyrique nous les fait le mieux
connaître. Aux frontières du nord et de l'est il existait des
dialectes qui trahissent, quelques-uns dans de très-anciens
textes, la plus forte influence des langues voisines, et même dans
l'intérieur du pays il n'a pas manqué de poètes qui, par goût
pour les mots étrangers ou aussi pour obtenir des rimes, se sont
servis de flexions verbales non provençales. Nous ne pouvons
accorder une attention particulière à ces écarts du type classique,
bien qu'il nous soit aussi impossible de les laisser absolument
de côté.180

Sur la flexion personnelle il y a seulement à observer : 1) A
la 2e pers. des deux nombres l's latine reste, mais tis se contracte
en tz : chantatz de cantatis, et alors une s précédente tombe :
chantetz pour chantestz (cantastis), comp. l'adj. tritz pour
tristz. Au lieu de ce tz = stz on écrit de temps en temps aussi
st : ainsi dans vos aguest (habuistis) M. 305, 3, romazest
(remansistis) ibid. 305, 2, retenguest (retinuistis) 121, 3. —
2) La 3e pers. ne conserve plus le t qu'au parfait : chantet,
mordet, sentit , et ce t est souvent remplacé par c, ce qui
n'est pas usité d'ordinaire : anec, donec, preguec, cazec,
mordec, bastic, faillic, moric. — 3) La Ire pers. plur. laisse
tomber absolument la syllabe us : chantam (cantamus). Dans
la déclinaison l's au moins reste (rams de ramus) ; dans la
conjugaison le génie de la langue trouva le pluriel de la personne
suffisamment exprimé par une simple m. — 4) Dans les finales
atones de la 3e pl., il est à peu près indifférent de placer devant
la caractéristique propre de cette personne, n, l'une ou l'autre
des voyelles a, e, o, bien qu'au présent cela puisse être préjudiciable
à la distinction du mode. En effet, à la place de la finale
primitive an on a introduit aussi on et en : chantan, on, en ;
de même pour chantavan, vendian, chantéran, chantarian ;
vendan, on ; pour en on a de la même manière on : chanten,
on, chantessen, on ; pour on en : vendon, en, chanteron,
en. Des chartes de l'an 960 environ et d'une date postérieure
écrivent par ex. tolrion, tolrian, tolon, sian, podun, tolguessan,
tolguessun, voliun, avion Choix II, 44. 48. 52. 71.
72. Mais Boèce ne connaît aucune autre terminaison que en :
repairen, derramen, venen, potden ; apellaven, tenien ;
faliren
, foren ; passen subj. prés. ; creessen ; aurien. La
terminaison on peut même perdre son n, comme dans chantols
auzellos
, plazo l'arquier, voy. t. I, p. 374 note 1116. — 5) Pour
la finale ia on prononce assez souvent íe, pour ían de même
íen, ainsi sentíe, sentíen, ce qui rappelle un phénomène analogue
en italien et en espagnol, p. 130, 155. Cette forme est,
181il est vrai, propre à des écrivains postérieurs, toutefois elle se
trouve déjà dans Boèce, ainsi que nous venons de le dire, par
ex. tenien, aurien.

L'infinitif laisse tomber l'e final après ar, er, ir ; il ne
persiste que dans le cas où un e atone est tombé devant l'r (comp.
téisser avec bat're) et quelquefois à la troisième conjugaison.
Les temps composés sont les mêmes qu'au sud-ouest : chantar-ai,
qui est aussi remplacé dans certains dialectes par -ei et quelquefois
par , et chantar-ia. La chute de la voyelle caractéristique
est extrêmement fréquente et nous ne pouvons pas l'étudier
ici jusque dans ses détails.

Présent. 1) Une particularité de la Ire pers. sing. de l'ind. est
la terminaison i, qui toutefois manque la plupart du temps et ne se
présente même pas du tout dans certains textes, Boèce par ex.
(cuid, plor, faz, posc). Il se peut qu'elle ait été d'abord restreinte
aux cas où la consonne précédente exigeait une voyelle d'appui,
comme dans sofr-i de suffero, comp. le substantif lair-e de latro,
et que l'usage en soit devenu peu à peu plus général. En place de
i on trouve aussi e, surtout lorsque le radical contient déjà un i,
ainsi albire, cossire, dezire, remire, sospire, vire : on ne dirait
pas bien albiri etc. — 2) L'accentuation du présent est identique
à celle de l'espagnol, on prononce donc seména (seminat),
tremóla, cambía Choix V, 146. 207, contraría IV, 443,
galía PO. 258, inebría B. 83. Mais d'autres formes renvoient
à un i primitivement accentué, comme castía PO. 367 (castīgat),
fadía Choix V, 283 (fatīgat). — 3) La diphthongaison
peut se produire ou ne pas se produire : levar, leva lieva ; trobar,
troba truep ; segre, sec siec ; colher, colh cuelh ; morir
muer
, muera et moira, ce dernier par attraction (moriatur) ;
de même ferir, fiera feira (feriat). Il y a aussi des textes,
comme Boèce, qui n'emploient pas du tout les diphthongues ie
et ue. — L'impératif, contrairement à l'usage des langues du sud-ouest,
emprunte son pluriel à l'indicatif : amatz = lat. amatis,
amate 1117. Cependant aver, esser, saber, voler sont dépourvus
au singulier et au pluriel de formes propres, et se servent de
celles du subjonctif : áias aiátz, sías siátz, sápchas sapchátz,
vuélhas vulhátz ; auzir, vezer et dire emploient aussi
le subjonctif auiatz au lieu de auzetz, veiatz au lieu de vezetz,
digatz au lieu de dizetz.182

Le parfait a à sa 3e plur. la même accentuation que l'italien.
— L'imparfait du subjonctif se distingue à la Ire et 2e plur.
de l'accentuation italienne et espagnole : temessém, -sétz (timuissemus,
-etis), de là la contraction fréquente : acsém Choix
V
, 303, pocsém IV, 403, saupsém Fer. 2602, acsétz Choix
II, 282, jacséz V, 139, saupsétz III, 456, volsétz pour volcsétz
V, 426 deaguessem, poguessem etc. 1118. Une forme non classique
de ce temps, condamnée même par les Leys II, 396, et dont
se servent par ex. la GAlb. et S. Agnes, est celle qui applique
l'a à la flexion personnelle : anessa, anessas, anessa, anessam,
anessatz, anessan, mais déjà l'Ev. de Jean éd. Hofm.
connaît, à côté des formes usitées, amássaz, jaguessa, aguessaz.
Le conditionnel tiré du plus-que-parfait de l'indicatif (chantera)
a perdu sa force comme temps passé et est ainsi identique
au temps espagnol correspondant. Ce n'est que dans G. de Roussillon
qu'on le trouve encore avec sa signification primitive,
comme en vieux français, par ex. fora 2652, lèvera 3011,
dizera 3902, guidera 3906, vira 5771 (mais viratz 5781
conditionnel) 2119. Faidit nomme ce temps simple, chantera, aussi
bien que le temps composé cité sous l'infinitif, chantaria,
optatif (obtatiu).

Finale du radical. — 1) L'alternance orthographique de c
et qu, de g et gu etc. a lieu à peu près comme en portugais. —
2) Échange entre une consonne douce et une dure : cridar crit,
segre sec secs, recebre receup, salvar salf, plazer platz ,
voy. t. I, p. 370. V s'échange de même contre u : dever deu,
levar leu. — 3) Après n, t ou d tombe, souvent aussi f après l
ou r : brandir blan, chantar chan, salvar sal, servir sier.
4) Une chute qui atteint plus profondément l'organisme de la
langue est celle de z (= lat. d) ou ç ; elle se présente à la finale,
comme souvent aussi à l'intérieur du mot : lauzar lau, auzir
183au
, vezer veiam (vejam), chazer chaia, nozer nueia à côté
de noza etc.

Les verbes auxiliaires ordinaires sont aver et esser, dont
la flexion est la suivante :

1. Aver. — Ind. prés. ai (ei), as, a, avem, avetz, an.
Imparf. avia, avias, avia, aviám, aviatz, avían . Parf. aic
Bth
. et agui (aigui), aguest, ac et aguet, aguem, aguetz,
ágron. Fut. aurai, auras, aura, aurem, auretz, auran .
Subj. prés. aia (aja), aias, aia, aiám, aiatz, áian. Imparf.
agués, aguesses, agues, aguessém, aguessétz, aguéssen .
Cond. 1. agra, agras, agra, agrám, agrátz, ágran. 2. auria,
aurias, auria, auriám, auriátz, aurían . Impér. áias,
aiátz. Gér. aven. Part. aven-s, agut (avut). La périphrase
s'opère avec le même verbe : ai agut, avia agut.

2. Ésser. — Ind. prés. sui soi (son), est iest (siest), es,
sem et em (à côté de ces deux formes on trouve aussi esmes,
voy. Bartsch Chrest. prov. p. 9, 47), etz, son. Imparf. era,
eras, era, erám, erátz, éran. Parf. fui, fost, fo (fon), fom,
fotz, foron . Fut. serai (aussi er), seras, sera (er), serem,
seretz, seran . Subj. prés. sia, sias, sia, siám, siátz, sían .
Imparf. fos, fosses, fos, fossém, fossétz, fóssen . Cond. 1.
fora, foras, fora, forám, forátz, fóran. 2. seria, serias,
seria, seriám, seriátz, serían . Impér. sías, siátz. Gér. essén.
Part. essén-s, estat. La périphrase se fait avec aver : ai estat,
avia estat etc. — Remarques. 1) Outre les formes citées, il y a
encore beaucoup de formes secondaires. Pour esser, par ex.,
estre est usité devant les voyelles, et alors sa finale e tombe :
estr' emperaire III, 348, estr' amatz B. 105, 18, mais on
trouve aussi esser amatz. On se sert de cette même forme, où
s'est intercalé un t, devant un mot commençant par r, comme
dans estre ric IV, 294, GA. 4925. Fuist pour fost Jfr. 73 ; pour
sia aussi seya = esp. sea, port, seja Choix III, 129. — 2) Les
formes latines es et est ont ici interverti leur place. Mais est devait
s'abréger en provençal en es, car la 3e pers. ne tolère pas de st,
comp. fos pour fost (fuisset) etc. ; la 2e pers. a eu alors besoin
d'un signe distinctif, qui s'est présenté sous la forme d'un t
ajouté, lettre qui trouvait ailleurs aussi une place à la 2e sing.,
sinon au même temps (fost, aguest, partist) ; on sait combien
profondément la tendance à uniformiser les flexions a pénétré
dans l'organisme de la langue 1120. En provençal moderne, cette
184personne est siés. L's ajoutée, ou l's tombée, celle-là dans siest,
celle-ci dans le plur. em, s'expliquent facilement par les initiales
latines s et e. — 3) Er pour ero est un débris précieux de
l'ancien futur, mais la langue l'a plus tard abandonné.

Tableau de la Conjugaison.

tableau Ind. prés. | chant, -i | chant-as | chant-a | chant-ám | chant-átz | chánt-an, on | Imparf. chant-ava | chant-avas | chant-ava | chant-avám | chant-avátz | chant-ávan | Parf. | chant-éi, -iei | chant-est | chant-et | chant-em | chant-etz | chant-eron | Fut. | chant-arái | chant-aras | chant-ará | chant-arem | chant-aretz | chant-aran | Sj. pr. | chant-e, chan | chant-es | chant-ém | chant-étz | chánt-en | Imparf. chant-és | chant-esses | vend, -i | vend-es, ven-s | vend | vend-ém | vend-étz | vénd-on | vend-ía | vend-ias | vend-ia | vend-iám | vend-iátz | vend-ían | vend-éi, -i | vend-est | vend-et | vend-em | vend-etz | vend-eron | vend-rái, -erai | vend-ras | vend-rá | vend-rem | vend-retz | vend-ran | vend-a | vend-as | vend-ám | vend-átz | vénd-an | vend-és | vend-esses | part. -i | part-es, part-z | part | part-ém | part-étz | párt-on | part-ía | part-ias | part-ia | part-iám | part-iátz | part-ían | part-í | part-ist | part-í, -it | part-im | part-itz | part-iron | part-irai | part-iras | part-irá | part-irem | part-iretz | part-iran | part-a | part-as | part-ám | part-átz | párt-an | part-ís | part-isses | flor-isc (is) | flor-isses | flor-ís | flor-ém | flor-étz | flor-íscon(ss) | flor-ía (=part.) | flor-í (=part.) | flor-irai (=part.) | flor-isca | flor-iscas | flor-iscám | flor-iscátz | flor-íscan | flor-is (= part.)185

tableau part-is | part-issém | part-issétz | part-íssen | part-íra | part-iras | part-ira | part-irám | part-irátz | part-íran | part-iria | part-irias | part-iriám | part-iriátz | part-irían | part | part-étz | part-ir | part-en | part-ens | part-it | I. | chant-es | chant-essém | chant-essétz | chant-éssen | Cond.l. chant-éra | chant-eras | chant-era | chant-erám | chant-erátz | chant-éran | 2. | chant-aria | chant-arias | chant-ariám | chant-ariátz | chant-arían | Impér. | chant-a | chant-átz | Inf. | chant-ar | Gér. | chant-an | Part. | chant-ans | chant-at | II. | vend-es | vend-essém | vend-essétz | vend-éssen | vend-éra | vend-eras | vend-era | vend-erém | vend-erétz | vend-éran | vend-ria | vend-rias | vend-riám | vend-riátz | vend-rían | vend | vend-étz | vénd-re | vend-en | vend-ens | vend-ut | flor-íra (=part.) | flor-iria (=part.) | flor-is | flor-étz | flor-ir | flor-en | flor-ens | flor-it

Périphrase : ai, avia, aic, aurai, aia, agues, agra, auria,
aver, aven chantat. — Passif : sui chantatz, fém. chantada ;
plur. sem chantat, chantadas etc.

Ire Conjugaison. — Le présent de l'indicatif conserve à
la 3e pers. sing. sa caractéristique a : chan pour chanta est une
donnée inexacte de Raynouard, comme il s'en trouve beaucoup
dans ses tableaux de conjugaison, voy. Altrom. Sprachd. p. 60 1121.
Le subjonctif à la Ire et à la 3e sing. laisse arbitrairement
tomber son e de flexion après les consonnes, même les muettes,
de même qu'après les diphthongues, par ex. an, man (à côté de
mande), azir, labor, pes, esguart, crit, guap, salf Choix
IV, 199, lieu pour liev, assai, domney, folhey, grey (de
grevie) LR. I, 382. Après une voyelle simple cette apocope est
186même régulière : on dit perdó (à côté de perdone), afí, cambí,
castí, detrí, non pas afíe etc. 1122. La 2e pers. sing. aussi élide
souvent son e, lorsqu'il n'en résulte pas un son trop dur, par ex.
tricx pour trigues Choix III, 111, moticx pour motigues IV,
397, denecx pour denegues 398, castics pour castigues PO.
358, enseyns pour ensenhes LR. I, 569b.

Au parfait et aux temps qui en dérivent, l'a de flexion,
conservé par toutes les langues sœurs, a été remplacé par e :
le plur. chantem, chantetz se confond par là avec les formes
correspondantes du présent du subjonctif. Comme le provençal
ne trahit nulle part d'aversion pour l'a, on doit admettre qu'en
ce cas la première conjugaison a suivi la deuxième, afin de
distinguer ce temps avec plus de précision du présent. Mais
dans certains dialectes a a dû persister, car on trouve des
exemples disséminés, comme dassetz M. 24, 4, tardasetz III,
7, trobassetz Choix IV, 31, laisasem Jfr. 86a, plus fréquents
dans la GAlb. en prose, texte, il est vrai, très-postérieur.

Verbes isolés. 1) Anar (andar dans les composés comme
sobrandar) ; vau vauc, vas, vai Bth. va, anam, anatz,
van ; ane etc., aussi vaza, vazas, vaza, vazan 2123 ; vai et va ;
anava ; anei ; anarai ; anat. A côté de anar et anarai on
trouve aussi ir et irai. — 2) Dar ; dau, das, da, dam, datz,
dan ; le subj. de, des, de n'est pas usité, plur. dem B. 13, 13,
G A. 4752, detz (des) PO. 363 ; dei, dest, det, dem, detz,
deron ; des ; dera ; darai. Le présent est à peine employé, on
le remplace par do = don (lat. dono), de même que le subj.
sing. par do, dones, do. — 3) Estar ; estau estauc, estás,
estai está etc. ; estia, estias etc. ; estei etc. ; estés, estesses ;
estarai ; estat. Pour estia au subj. estei Ire et 3e sing. est très-usité,
par ex. Choix III, 33. 114. 212. 285, aussi esteia,
201, 282, 299 etc. ; celui-là n'est pas abrégé de celui-ci : c'est
une forme allongée de esté (lat. stem) 3124.

IIe Conjugaison. — Elle distingue, comme en italien,
187mais aussi arbitrairement, la deuxième et la troisième originaires
à l'infinitif par l'accentuation de la terminaison ou du radical.
A cette conjugaison appartiennent batre, es-, res-condre,
caser (consuere), creire, rez-emer (redimere), fendre, de-,
of-fendre, pro-, re- ferre, fondre, medre meire (metere),
molre, mordre, espandre, párcer 1125, re-splandre (comp.
Leys II, 402), pendre, penedre (pœnitere), perdre, rendre,
segre (sequi), dei-sendre, escois-sendre (scind.), solér
(sans parfait ni infinitif d'après les Leys II, 388 2126), re-spondre,
teisser (tex.), temer, tendre Choix V, 207, tondre, véncer,
vendre, de-vire (dividere), en outre un verbe nouveau, braire
(voy. mon Dict. étym. II.c), et sans doute aussi bruire (bruia
V, 108, part. bruens P. Corb. v. 67). Parmi ces verbes, il en
est qui suivent en même temps la troisième, par ex. coser cosir,
referre referir, penedre penedir, segre seguir, resplandre,
resplandir, devire devezir. D'autres, tels que rezemer, respondre,
temer, atendre suivent également la conjugaison
forte.

Le présent, selon la nature de ses consonnes, est soumis aux
mêmes contractions qui seront remarquées à propos de la flexion
forte : creire, par ex., a à l'indicatif crei, cres, cre, crezem,
crezetz, crezon, au subjonctif creza creia, de même au futur
creirai. A la 2e pers. sing. de l'indicatif, l'élision de l'e, pourvu
qu'elle n'engendre pas de son dur, est partout permise, par ex.
secs, tems.

Verbes isolés. 1) Dans vencer la finale du radical hésite entre
la gutturale et la sifflante : prés. Ire pers. vens et venc ? 3e pers.
vens, plur. vensem ; subj. venca Choix IV, 94, PO. 63,
vensa Choix III, 313 ; parf. venquei venqui, venquet Pass.
94 ; venques Choix V, 404 ; vencut 3127. — 2) Quelques verbes,
188comme naisser, paisser, viure, présentent au parfait la finale
-squi, -squet, au participe -scut, voyez plus bas les anomaux.
3) D'autres ont un parfait fort, en général à côté d'un faible,
ainsi es- et res-condre, escost GA. 602, rescos ChoixIII, 247,
PO. 112, rescost Choix V, 162, es-, rescondut-, pro-, referre,
-fert ; comordre, comors V, 35 ; parcer, pars ; deissendre,
deissendut deisses (au moins dans GA. 5032 deiches) ;
despendre, despes Flam. 984 et despendut ; rompre, rot
romput
 ; devire, devis. La déformation de tremere cremer
a le participe crems V, 37. — 4) Défectifs (outre soler) : frire
(frigĕre) avec le participe frit et fregit, et par conséquent aussi
l'infinitif frégir ; frire (frigēre), à la place duquel s'introduit
frezir (frigescere) ; pruzer (prurire), prés. pru ; ruzer
(rudere), prés. rutz.

IIIe Conjugaison. — Un petit nombre de verbes seulement
appartiennent à la troisième pure, ce sont les mêmes qu'en
italien : auzir (audire), blandir, cozir (aussi cóser), cubrir
avec ubrir (voy. la flexion forte), culhir (colligere), dormir,
eissir (exire), falhir, ferir, pre-ferir, of-frir et suf-frir
(voy. la flexion forte), fugir, gronir, legir (prés. lieg, liegon),
luzir (lutz, subj. lueia (lueja) LR. I, 339), mentir, su-mergir,
merir, morir, re-pentir, querir (voy. la flexion
forte), seguir (aussi segre), sentir, re-splandir (aussi resplandre),
traïr trahir (tradere), tremir LR. V, 414, GRiq.
p. 71, vestir. Le Breviari, de même que les Leys, fléchit
aussi régir, prés. rieg. Un nombre considérable de verbes ont
en même temps la flexion pure et l'inchoative, comme escantir,
garentir guirentir (ind. garentis, subj. guirenta), garir
(garisc guerisc, guier Fer. 417), gemir (prés. gem, gemem,
gér. gemen), gequir (giec, gequisc), gurpir (gurp grup,
gurpisc), jauzir (jau, jauzisc, subj. jauia [jauja], jauzisca),
partir (partisc Choix II, -199, III, 84), perir (pier IV, 462,
peris LR. I, 458), plevir (pliu Choix III, 193, plevon,
plevisc, comp. pleviscat dans une charte latine HLang. II,
n. 191), pudir (put LR. I, 399, pudo 469, pudisca 535a),
punir (punisc Choix V, 69, punes B. 231, 28), quérir voy.
la flexion forte, salhir (salis LR. I, 337), servir (servisc B.
143, M. 211, 4, servis PO. 141, servisca GRiq. p. 248. 251),
trahir (tradere), sans doute aussi crupir, prés. crup et
189crupisc ? La plupart d'entre eux préfèrent toutefois la forme
pure. Cependant beaucoup de verbes comptés dans la première
classe se rencontrent aussi quelquefois avec la flexion inchoative,
ce qui, ici comme en italien, ne pouvait manquer de se produire,
ainsi blandir, aculhir Choix V, 205, sofrir IV, 177, falhir
M. 233, 4, mentir Choix IV, 41, cossentir V, 115, B. 41,
vestir Choix IV, 441, aussi le verbe fort aucir (aussisc I, 171),
comp. Leys II, 398. 366.

Il y a peu de chose à observer sur chacun des temps en particulier.
Le futur supprime souvent l'i, surtout entre deux r :
ferir ferrai, garir garrai, murir murrai, partir partrai,
plevir pliurai, vestir vistrai. — Le présent de l'indicatif
à la 2e pers. sing. syncope la plupart du temps sa voyelle de
flexion : fiers, mens, cuelhs. — La 1e pers. sing. du parfait
a la terminaison i, et ce n'est que contre la règle qu'elle est
parfois remplacée par ic, forme secondaire de la 3e pers. (voy.
plus haut p. 181) : ainsi dans Boèce déjà servic pour servi,
voy. Altrom. Sprachd. p. 56, comp. à la conjugaison forte ieu
vic
pour vi. Pour la 3e pers. cette forme secondaire est donnée
par la doctrine grammaticale postérieure (R. Vidal p. 84) comme
la forme normale : on doit dire partic, partí est fautif. La
syncope du d au participe est une licence permise (complia
pour complida).

Verbes isolés. 1) Auzir ; aug et au (aus B. 29, 14. 222,
29), aus, au, auzem, auzetz, auzon ; subj. áuia (auja) auga
Fer
. 2445 ; impér. au, auiatz (aujatz) 1128. Eissir issir (exire) ;
ind. prés. esc ou iesc (dont on ne trouve pas d'exemple),
3e pers. eis ieis, plur. issem, issetz, ieisson ; subj. iesca, où sc
provient de x, ital. esca, v.esp. isca ; fut. istrai. Ir ne se présente
qu'à l'infinitif et au futur, voy. plus haut p. 187 2129. — 2) Des
verbes avec la voyelle radicale e remplacent volontiers cette
voyelle dans la conjugaison par i, lorsqu'elle n'est pas suivie d'un
i accentué : ainsi gequir, pr. gic ; legir, ligetz ; merir, mirens ;
190plevir, pliu etc. ; conquerir, -quirens ; sentir, sintetz LR.
I, 511 ; servir, sirves, sirvén, comme l'esp. servir, sirves,
sirviendo . Mais cet échange n'autorise pas à admettre des
infinitifs comme ligir, sintir etc. — 3) Morir a un participe
fort, mort (prés. muer ; mueira). Sumergir a sumergit et
sumers. — 4) Des participes formés d'après la deuxième sont
ferut Jfr. 111a, Fer. v. 517, GA., vestut Fer. 505, ainsi
comme en français, mais ferit, vestit sont plus usités.

Quant à la classe mixte, la forme inchoative se restreint aux
cas déjà cités à propos de l'italien (p. 142), prés. sing. Ire, 2e,
3e, plur. 3e pers. ; il est rare que l'on sorte de ces cas : cela arrive
la plupart du temps au gérondif ou au participe présent et s'explique
par une influence française : Boèce 197 emploie déjà
aïssent (haïssant), d'autres exemples sont donnés par G. de
Ross
. etc. La 2e pers. florisses dans le tableau est donnée d'après
Faidit p. 20 (tu fenisses) ; les Leys II, 368 écrivent-isshes. Un
grand nombre des verbes de cette conjugaison, en partie ceux
que le français forme d'après la première, dérivent des deuxième
et troisième latines, ainsi arguir, es-charpir, suc-cedir, eis-cernir,
cobir (cup.), es-condir (voy. la flexion forte), delir
(c'est-à-dire delere, verbe qui manque à l'ital. et à l'esp.),
esculpir, estatuir, a-figir, flechir, florir, fremir, di-gerir,
pro-hibir, languir, re-lenquir, di-minuir, so-monir, ab-olir,
ab-orrir, es-pandir, com-pelir, penedir, es-perir (ex-pergere),
re-petir, com-, em-, su-plir (d'après les Leys I,
172 il suit aussi la première classe), poirir (putrere), regir,
renhir (ringi), re-sistir, sorbir, re-splandir, con-sumir,
trazir (tradere), con-tribuir, envazir (invadere), vertir
(a-, con-, re-), di-vidir ; es-clarzir et d'autres inchoatifs.

Flexion forte. — Le provençal est après l'italien la langue
qui compte le plus de verbes forts. L'étude de sources plus riches
que celles qui nous sont ouvertes jusqu'ici permettra seule de les
déterminer ; mais on peut dès à présent tracer une caractéristique
d'ensemble de ce mode de flexion.

Infinitif. 1) Il hésite entre l'e bref et l'e long ou aussi entre
e et i, sans que ces doubles formes aient toujours impliqué une
double conjugaison, par ex. querre (pour querere) querér,
remaner remanre, jazer jazir, tener tenir. — 2) La terminaison
ire s'abrège aussi en ir : aucire aucir, dire dir, lire
lir
. Les Leys II, 404 exceptent frire et rire, mais voy. rir
LR
. V, 98. — 3) Un certain nombre de formes multiples
191reposent sur des variétés dialectales, et ces variétés dominent la
conjugaison tout entière du mot en question. Dans les verbes
dont le thème se termine par rg on trouve aussi rz : sorger
sorzer
, terger terzer. Si le thème se termine par nh on trouve
ici aussi z pour h, mais la forme secondaire ng, comme en
italien, est plus usitée, ainsi cenher ceinzer, franher franzer,
onher onger, planher planger ; quelques textes emploient
aussi nd, comme en français : jonher joindre. — 4) La syncope
de la finale du radical (lat. c, d) s'opère dans un grand nombre
de verbes et exerce une influence sur les flexions ; la consonne
supprimée reparaît au pluriel du prés. ind. (il est indiqué chaque
fois dans la liste qui suit plus bas), de même qu'à l'imparfait
ind., au participe prés. et au gérondif, par ex. on a de dire
(dicere) dizem, dizetz, dizon ; dizia ; dizens, dizen . — Le
futur syncope encore plus fortement : poirai, veirai, conoirai,
chairai, jairai, plairai appartiennent à poder, vezer, conoisser,
chazer, jazer, plazer. L'intercalation d'un d est rare,
comme dans valdrai Choix V, 320, voldria 391 au lieu de
valrai, volria.

Présent de l'indicatif. 1) L'influence du lat. eo ou io est
prouvée par les terminaisons lh, nh, nc (en tant qu'elles ne sont
pas déjà contenues dans l'infinitif) : valh valc (valeo), tenh
tenc
(teneo), remanc (remaneo), somonc (summoneo) ;
vuelh (volo), trac (traho) etc. rentrent dans ce groupe. Cette
h ou ce c se restreint, comme en espagnol, à la Ire sing., on
conjugue tenc, tenes, ten, tenem, tenetz, tenon , non pas
tengon comme l'ital. tengono. Dans ai, sai, dei, vei, l'i repose
également, sur io, eo : ha[b]eo, sa[p]io, de[b]eo, vi[d]eo, comp.
l'esp. he, de hai, sai. — 2) L'emprunt de la forme du présent
à l'infinitif s'opère assez régulièrement : aerdre aert, escodre
escot
, prendre pren, jazer jatz. La Ire sing. prend aussi
part à la forme nh : franher franh, jonher jonh. Mais
la forme secondaire ne lui est pas appliquée, on ne trouve
donc pas franģ, jonģ, pas plus qu'en italien frangio, giungio.
De ou rz = lat. rg se développe généralement rc, par
ex. erger erzer erc, terger terzer terc ; à la 3e pers., ertz,
tertz. — 3) Si l'infinitif est syncopé, le présent l'est aussi, et
dans ce dernier temps la syncope a fait encore plus de progrès,
ainsi que le prouvent ai, dei, sai, chai, plai, vei de aver,
dever, saber, chazer, plazer, vezer. Mais la syncope ne
s'étend qu'au singulier et n'atteint même pas toujours ici la
2e pers., car on dit bien par ex. as (habes), mais non pas sas
192(sapis), qui se prononce sabes saps. Le pluriel, comme on
l'a remarqué, maintient les consonnes finales : ainsi par ex.
dans aucizem, zetz, zon de aucire (occidere), trazem, zetz,
zon d'une forme ancienne trazer ; ce n'est que dans an et fan
que la 3e pers. suit l'exemple du singulier. — 4) La chute de l'o
de flexion a souvent eu pour conséquence la confusion de la Ire
et de la 3e pers. sing. Ici la terminaison i aurait été à sa vraie
place à la Ire, mais c'est dans la flexion forte que la langue
emploie le moins ce procédé, bien que dic et dici, escriu et
escrivi, fenh et fenhi, par ex., soient considérés comme synonymes
par Faidit, venc et veni par les Leys II, 362 ; elle cherche
plus volontiers à obvier à cette confusion par un renforcement
de forme de la Ire pers., comme dans estauc, fauc, vauc,
puesc ou posc, dau, à côté de la 3e pers. estai, fai, val, pot,
da . — Il va de soi qu'ici aussi la 2e sing. peut élider son e :
ardes artz, soles sols, vales vals. — A propos du présent du
subjonctif
il faut rappeler : 1) Les terminaisons latines eam et
iam se laissent encore en général facilement reconnaître, soit sans
modification dans le trisvllabique capia Choix IV, 432, sapia
V, 102, Flam. 7029, de même dans aia (ha[b]eam), soit sous
la forme d'h ou de son durcissement g, ou d'une autre manière,
dans duelha, valha, tenha tenga, venha venga, remanha
remanga
, sapcha à côté dé sapia. Du reste ici encore il ne
manque pas de mots avec un i ou un g inorganique : on prononçait
en trois syllabes cremia (tremiat pour tremat) LR. I,
546, prenga pour prenda Bth. 89, même conogua pour
conosca LR. I, 503 etc. — 2) Trois verbes dont le radical se
termine en l, doler, tolre, voler diphthonguent d'habitude leur
voyelle radicale devant lh, à la tonique, en ue et la changent simplement
en u à l'atone : vuelh, vuelha, vulham. Leur exemple
est suivi par poder devant sc : puesc, puesca, puscatz. —
3) Ce temps procède régulièrement de la Ire sing. de l'indicatif :
fatz fassa, esparc esparga, beu beva, estrui estruia 1130.193

Le parfait fort (dans sa forme originaire) se distingue du
faible en ce que ses Ire et 3e pers. sing. ne prennent aucune terminaison
personnelle, et fléchissent simplement avec le radical.
1) Le mode de flexion qui en latin ajoute uniquement un i a été
complètement abandonné, sauf dans fis (feci), vi (vidi), car sa
représentation, après la chute de cet i, était devenue plus difficile ;
les parfaits de ce genre ont passé pour le plus grand nombre à la
classe suivante : aucis, rezems, frais, pres, empeis, respos,
resols , comme en ital. uccisi, redensi, fransi, presi, impinsi,
risposi, risolsi ; d'autres comme bec (bibi), sec (sedi),
vinc (veni) partagent le sort de la forme en ui. — 2) La forme
en s est absolument maintenue, de là ars, aers (adhæsi),
claus, escos (excussi), dis etc. ; de coxi seul est sortie la
forme coc, qui répond au v.ital. cocqui. Un phénomène que
nous avons déjà observé en v.esp. (p. 167) se renouvelle ici :
dans quelques verbes x s'est interverti en sc, c'est-à-dire que
de vixi vixit est sorti visc, de surrexit surresc, de elexit
(-git) elesc. D'autres, tels que nasc, pasc, irasc, pourraient
être directement motivés par le sc du latin. — 3) La flexion ui a
été la plus difficile à traiter ; ce n'est que dans caup (capui pour
cepi), saup (sapui), receup (recipui pour recepi), ereup
(eripui) que s'est produite l'attraction que nous avons vue en
espagnol. Les autres cas présentent la terminaison c ou g pour
ui, c'est-à-dire que de dolui doluisti est d'abord sorti dolgui
dolguist
, où l'u atone a été traité comme un w allemand (et en
fait il exprimait dans cette combinaison le même son), et enfin
dolc, et de même de habui s'est développé hagui. Ces cas sont
calc (caluit), colc (colui), dolc, valc, volc, tinc, cuberc
(cooperui), parec pour parc (parui) ; avec une tendance vers
la flexion faible, aic (habui), dec (debui), poc (potui), jac
194(jacui), noc (nocui), plac (placui) ; de v conoc (cognovi),
crec (crevi), moc (movi), pac (pavi), ploc (pluvit), en outre
les exemples déjà cités bec, sec, vinc, coc et cazec (cecidi),
correc (cucurri) formés comme parec. Tollere a reçu la forme
tolc, parce que l'on a conjugué tollui, et de même suffrir a reçu
suferc = sufferui auquel cuberc a pu donner l'exemple ; en
italien avec s : tolsi, suffersi. Tems (timui), sols (solvi), vols
(volvi) seuls préfèrent l's.

Flexion personnelle de la deuxième et de la troisième classe :

tableau pres saup dec | presist, -est saubist, -est deguist, -est | presém saubém deguém | presétz saubétz deguétz | préiron sáupron dégron

Exemples. Ire sing. dis Choix V, 119, quis III, 259, Jfr. 102b,
pris R. Vaqueir. « Senher marq. », Flam. 1030, muec Choix
IV, 365, poc Jfr. 83a, (puec Choix III, 245), saub PO. 235,
tinc Choix V, 425, venc PO. 43, vinc Jfr. 125a, volc 95b ;
2e preissist Jfr. 71b, rempsist LR. I, 448, volguist Bth. 57,
receubist Pass. du Christ 17, venguest PO. 305, Choix V,
102 ; 3e dis PO. 217, trais 234, receup Choix IV, 310, saup
V, 162, volc ibid. ; Ire plur. prezem Jfr. 59a, saubem Choix
V, 427, aguem ibid., avec i venguim V, 343 ; 2e mesetz PO.
273, venguetz ibid., poguetz Choix V, 427 ; 3e auciron IV,
103, preiron III, 166, V, 97, meyro Fer. 1832, remairo
(remanserunt) GRoss. 2722, saupro Choix V, 229, conogro
GA
. 5138, vengro 427, jagron Jfr. 172a. — A ce propos il
faut encore observer ceci : 1) La 2e sing. laisse quelquefois tomber
son t, comme dans aguis Choix V, 229, moguis IV, 456, souvent
dans GRoss. — 2) Un fait que nous avons observé en italien
et en espagnol, la chute de l'r à la 3e plur., se produit ici aussi :
on dit remazo pour l'inusité remas'ron GA. v. 253, tensen pour
tens'ron Choix V, 105, traissen pour trais'ron 263, agon pour
agron 258, corregon pour corregron GA. 2673, mougon pour
mogron 2670, receubon pour receubron B. 254. — 3) La deuxième
classe syncope en général son s à la même personne (ce que
fait aussi la première avec s ou z radical dans feiron = fecerunt).
Dans d'autres cas l's est restée et a été unie à l'r moyennant
un d ou un t, comme dans mesdren Bth. 27 ; mesdrent
Pass
. 22, presdrent 39, traistro GRoss. 8005, mistrent GA.
1930, aucisdron 493. Si l's était précédée d'une m, comme
195dans rezems ou tems, la forme abrégée rezenson, tenson était
indiquée (voy. n. 2) 1131. — 4) Un trait important de la conjugaison
provençale est la flexion mixte de ce temps. En effet, comme
il n'existe entre la Ire et la 3e sing., sauf peut-être dans aic ac,
aucune différence de forme, on s'est mis à donner une flexion
faible à la Ire pers. en accentuant l'i, presí, presíst, pres, et
ainsi fezí, quesí, dissí, conogí, moguí, poguí, saubí, tolguí,
venguí, volguí, même viguí (de vic pour vi) GA. 358. L'accentuation
de cet i est confirmée par le fait qu'il fournit une rime
masculine, comme respozí : mentauguí : latí dans G. de Poitiers
Choix V, 119, aiguí : mi chez un autre poète LR. I, 410,
tandis que la rime féminine (quézi : prézi, mógui : conógui)
n'apparaît nulle part. Mais les anciens grammairiens donnent
cette flexion en i comme la seule (GProv. 20, Leys II, 386 ss.)
et, sauf aic, fis, tenc, venc, ils ne font pas mention de l'autre,
qui ne se trouve, il est vrai, que dans un petit nombre d'exemples 2132.
Quelquefois aussi les 3e pers. sing. et plur. ont passé à la flexion
faible : vengué (pour venguét) Pass. 21, aguét aguéron, presét
preséron
et de même aucizéron Choix II, 297, conduisséron
V, 165, disséron B. 155, meséro LR. IV 222, preséron
Choix
V, 89, traisséron 88 3133. Les parfaits cités plus haut qui
196se terminent par sc et qui tous ne se rencontrent pas sous une
forme aussi simple, sont dans la règle revêtus d'une flexion faible,
ainsi vesquí (iei), visquet, visqueron. —L' imparfait du subjonctif
de même que le conditionnel se tiennent exactement à
la forme du parfait : le premier, qui fléchit es, esses, es, essem,
essetz, esson (rarement is etc.), peut se tirer de la 3e pers.
sing. (vi vis, dis disses, tems temses, ac agues, vesqui
visques
), le dernier de la 3e plur. (viron vira, feiron feira,
saupron saupra, arseron arsera, visqueron visquera ) 1134.

Le participe a trois formes. 1) La forme s est surtout sortie
du latin sus, elle se confond donc avec celle du parfait : ars,
aers, claus ; on a mis aussi dans cette classe somos (summonitus),
respos (responditum) et d'autres encore. — 2) T provient
de ctus, ptus, rtus : dit, fait, trait, rot, escrit, tort, ubert
(apertus), de plus tolt. T, en tant qu'il provient de ct ou pt,
est d'après une règle générale remplacé aussi par ch ou g : fait
fach
, eleit eleg, escrit escrich. — 3) Ut, en général de ĭtus,
pour tous les verbes dont le parfait se termine en p ou c, et cette
flexion s'ajoute non au thème mais à la forme elle-même du
parfait (trait spécial à ce dialecte), ainsi saup-ut, non pas sab-ut,
et de même ereub-ut, receub-ut, calg-ut, dolg-ut, volgut,
conog-ut, mog-ut, beg-ut, seg-ut, cazeg-ut, tolg-ut,
visc-ut . Ce suffixe se remarque moins fréquemment dans des
parfaits de la deuxième classe, comme dans remaz-ut, tems-ut,
trames-ut, re et conques-ut.

Liste des verbes 2135.

Ire Classe. — Parfait sans lettre de dérivation. Facere : faire
et far ; prés. fatz fau fauc, fas, fai fa fatz (sing. Ire, 2e, 3e ;
Bth. faz, fas, fai), fazem et faym Choix IV, 280. 390, fam
PO
. 123, fazetz Fer 3372 et faitz, fan ; fassa (faça Bth.) ;
fai, faitz ; fazia ; fetz fis Choix III, 243. 288 et fi IV, 84 etc.,
197fezist et fist, fetz et fey IV, 362, fezem et fem V, 426 (fim
427), fesetz et fetz III, 202.426, feiron ; fezes et fes III, 427,
IV, 218, fezessetz et fessetz III, 85. 456, fezesson et fesson
375 ; feira fera ; farai ; fait. Con-, escon-, descon-fire ;
-fis ; -fit
. On ne peut pas prouver l'existence d'un verbe far de
fari. LR. III, 278 voy. mon Dict. étym. II c. faire. —
Videre : vezer ; vei, ves, ve, vezem, etz, on ; veia (veja) ;
ve, veiatz ; vi (vic Choix III, 371, IV, 345 et souvent, vit
280 etc.), vist, vi, vim, vitz et vistes, viron ; vezes V, 447,
vezesem, vezeson V, 327, ou vis, visses, vis, vissem, vissetz,
visson ; vira ; veirai ; veiria ; vis vist (vegut IV, 50, vezut
V, 232, PO. 163, veut Bth. v. 106).

IIe Classe. — Parf. -s, part. -s, -t (ut). Ardere : ardre
(ardér = v.franç. ardoir GRoss. 4687) ; ars ; ars 1136. —
Cædere : dans aucire (occ) ; aucí, ís, í, aucizem, zetz,
zon ; auciza et aucia ; impér. auci ; aucizia ; aucis, auciro
GRoss
. 6313 et auciseron ; aucizes ; aucis. Quelques formes
semblent se rapporter immédiatement à une forme d'occidere
où le d serait tombé : ainsi auci à occidi, aucies PO. 106 pour
aucizes à occidissem. De même aussi circoncire. — Cendere*
dans acendre ; azeis Choix V, 412 ; acendut. Encendre ;
part. eces GA. 3496. — Cingere : cenher ceinzer ; cenh ;
cenha
 ; ceis Choix IV, 276, Flam. 7290 ; ceint. — Claudere :
cláuzer claure ; clau, claus, clau, clauzem ; claus ; claus.
Cluire dans les composés a le parf. et le part. clus. — Cutere*
(quatere) : escodre (ex-c) ; excos Pass. 40 ; escos, ssa.
De même rescodre et secodre (succ.) ; aussi un parfait faible
secodet ; on ne trouve pas d'exemples pour toutes les formes
fortes. — Dicere : dire ; dic, dizes ditz, ditz et di, dizem ;
diga dia
 ; di, digatz ; dis ; disses ; dissera et dira ; dirai ; dit
dich
. De même escondire (b.lat. excondicere), cependant prés.
aussi -disc et ditz. Benezir ; -zisc, -zem ; part. benezeit. —
Ducere : duire ; duc, dui dutz 3e, duzem ; duga ; duis,
duisseron ; durai ; duit duch. — Emere dansrezémer P.Corb.
166, aussi rezemér Choix IV, 445 et reembre (redimere) ;
redems Bth., rezems IV, 93 (remps LR. I, 448) ; rezemt.
Faible rezemei, -et ; rezemut. — Fingere : fenher ; fenh ;
feis Choix
V, 78, feins 181 ; feint fench (feit B. 185). —
198Fodere : fozer foire ; fo Flam. 4687, fozem, etz, on ; fos
Faid. ; fos, ssa. — Frangere : franher ; frais ; franherai ;
frait
(franh = v.franç. fraint Choix IV, 396). — Hærere
dans aerdre (adh.) ; aers Faid. ; aers. — Jungere : jonher ;
jois Faid. et jons Jfr. 53a ; joint. — Manere dans remanér
remanre
(remanir M. 592, 2) ; remanh remanc ; remanga ;
remas Choix
V, 51, remans (d'après remanses subj. V, 81),
remairon ; remas IV, 129, Fer. 4255 (plus usité remazut
remansut Choix
V, 321, remangut). — Mittere : metre ;
mes ; mes, messa (tramesut GRoss. 4052). — Monere dans
somonér somonre ; prés. somonc ? parf. somos et somost
Chx
. IV, 125. Somonir fléchit d'après la troisième conjugaison ;
prés. somonis IV, 100 1137. — Mulgere : mólzer GO., prov.mod.
mouser ; parf. 3e pers. mols « mulsit » GProv. 54a ; part.
mols GO. — Pangere dans empenher (im-ping.) ; empeis ;
empeint
. — Pingere : penher ; peis peins (comp. le subj.
peinsses M. 393, 3) ; peint. — Plangere : planher ; planh
planc
 ; planha ; plais Jfr. 135b, Choix V, 387 ; plaint. —
Ponere : ponre pondre V, 235 ; prés. ponc ? pons, pon ; re-pona
III, 91, ponga GRiq. p. 170 ; pos ; post (pre-ponut
Choix
V, 388). Avec b aussi rebondre GA. 945 ; rebost 1324.
Premere : premer ; prens, comme en v.franç. (Faid.) ;
prems preins Choix V, 247, aussi apremut, depremit. —
Prendere : prendre prenre penre 2138 ; prenc ; prenda prenga
(prena) ; pres, aussi pris, preron et prezéron ; prezes ; pres.
Pungere : punher ; pois poins ; point. — Quærere :
querre ; quier ; queira ; ques et quis ; ques quis et quist, de
même quesut V, 408, GRoss. 4058. 4061, quesit GFaid.
« Pel joi » Ms., GRoss. 5953. Ce verbe suit aussi la conjugaison
de parer : querer ; querec Choix V, 182, IV, 168 ;
queregra M. 700, 2. 208, 5 ; queregut Choix V, 216. Il suit la
troisième dans querir ; queri parf. IV, 299, Jfr. 141a ; con-,
en-querit Choix IV, 433, III, 78. — Quatere voy. cutere. —
Radere : raire ; rai, razem ; rais Flam. 1333, ras GRoss.
5948 ; ras. — Regere dans erger (e-rig.) ; erc ; erga ; ers ;
ers
(ert ?) ; de même derger (di-rigere, b.lat. dirgere Form.
Marc. app.
) ; prés. ders ; parf. ders (dert GO.) Comp. plus
199bas surgere. — Ridere : rire ; prés. ri, ris, ri, rizem ; subj.
ria ; ris ; ris. — Rodere : rózer roire ; ro, rozem roem ;
parf. ros Faid. ; part. ros. — Scribere : escriure escrire ;
escriu, escrivem ; escris (escrius GA. 1349) ; escrit escrich
(escriut Choix V, 123). — Sidere dans assire (as-sid.) ; assis ;
assis
(asses IV, 131). — Solvere : solver solvre ; prés. sol,
solvon ; sols ; soit sout. — Spargere : esparger esparzer ;
esparc, -ges ; esparga ; espars. — Spondere dans respondre ;
respon
 ; respos ; respos respost. — Stinguere : estenher ;
esteis ; esteint
. — Stringere : estrenher ; estrenc ; estrenga,
estreis V, 440. Flam. 4506 ; estreit destreit (estreint). De
même aussi destrenher. — Struere dans destrúire destrurre
(de-str.) ; prés. destrui, -uzem, -uizon ; destruia -uza ;
destruis Choix
V, 425 ; destruit. Ensuite detsruïr IV, 389 ;
part. destrusit GA. 3304. Costruire voy. LR. — Surgere :
sorger ; prés. 3e sortz V, 34 (sors III, 367) ; sors ; sors ; de
même resorger ; ressors ; ressors. Mais aussi sorzir M. 212,
5 et ressorzir ; -zí ; -zit. — Tangere : tanher ; tanh ; tais
Jfr
. 136b ; taisses GRiq. p. 177 ; taissera ibid. 202 ; part. ?
Compos. atanher atenher (at-ting.) ; atais B. 220, ateis Choix
III, 145, IV, 277 ; ateint atenh. — Tendere : tendre ; tes
V, 191 ; tes ; aussi d'après la deuxième conjugaison. — Tergere :
térger terzer ; tierc, tiers B. 89 ; ters ; ters. —
Timere : temér ; tems et tens Choix V, 105, subj. tensses M.
62, 1 ; temsut (temegut Leys III, 166). — Tingere : tenher ;
teis
Faid. ; teint. — Torquere : tórser ; tortz ; torsa ; tors
parf. Faid. ; tort (estors LR. I, 157a). — Trahere : traire ;
prés. Ire trac et trai (R. Vidal p. 82 ne veut pas de ce dernier),
tras, trai (tra Bth., trag Choix III, 391, tratz GRiq. p. 250),
trazem ; traga traya ; trazia ; trais ; trait trach 1139. — Ungere :
onher ; ois ; oint. — Vincere : vencer voy. la deuxième conjugaison.
Volvere : vólver volvre M. 320, 6 ; volf (vol),
volvem ; vols Faid. ; volt vout.

IIIe Classe. — Parf. -c, -p, part. -gut, -but, dans beaucoup
de cas un simple t. Bibere : beure ; beu, bevem ; beva ; bec ;
200begues ; beurai ; begut
. — Cadere : chader chazer et es-chazer ;
chatz chai 3e pers. prés., chazem ; chaia ; chazec
3e pers. parf. ; cond. chazegra (escazegra) ; chairai ; chazegut
(eschagut Choix III, 73). De même parfait cazet V, 425,
cazeron Fer. 1132 ; imparf. subj. cazes Jfr 53a ; chazut
(caeh GRoss. = v.franç. chaoit). — Calere : caler impers. ;
prés. cal ; subj. calha ; parf. calc ; calgra cond. ; fut. calra ;
part. calgut. — Capere : cabér. ; caup ; caubut ? compos. con-,
de-cebre etc. (con-, de-cipere) ;-ceup, -ceubro ; -ceubut. —
Colere : colre ; colc GRiq. p. 62 ; colt. — Cooperire : voy.
perire. — Coquere : cozer coire ; cotz prés. 3e pers. ; coc,
cueit. — Crescere : créisser ; cresc ; cresca ; crec ; cregut.
Currere, succurrere : correr corre ; parf. cors ; so-cors
Choix
IV, 276, V, 98 ; corregut (cors d'après Rayn. Choix I,
298). — Debere : dever ; dei, deus, deu, devem ; deia ; dec ;
degra
 ; deurai ; degut. — Dolere : doler ; duelh ; dolc ; dolgut.
Ferre dans les composés pro- et re- ferre, offrir et suffrir ;
prés. par ex. sufér et suéfri ; subj. sufiera et suefra ; parf.
proferc GRoss. 3921, suferc Choix IV, 271 ; part. fert. Ces
mots fléchissent souvent faiblement et suferc etc. semble même
n'exister qu'à la 3e pers., un subjonctif sufergues pour la forme
usitée sufris ne se montre nulle part ; mais déjà l'infinitif -ferre
présente, mieux que tout autre, la caractéristique de la flexion
forte. — Habere, voy. p. 184. Il faut aussi mettre ici le composé
mentaure (mentionner, mente habere) ; prés. Ire et 3e mentau,
mentavem ; parf. mentauc, mentac Faid. ; part. mentagut
mentaugut
(-but Choix V, 444). — Jacere : jazér (jazir V,
301) ; près. jatz, 3e jatz jai ; jassa jagua V, 208 ; parf. 3e jac ;
jagra
 ; fut. jairai, IV, 150 ; jagut. — Legere dans eleger ;
elec ; elegut
, aussi eleit et elegit, voy. les anomaux. — Licere :
lezér ; letz ; leza ; parf. lec PO. 356, Faid. GRoss.
4847, lic M. 212, 1. ; legut. — Merere : merir ; mier ;meira ;
merc ?
 ; mergut, de même merit. — : Molere : molre ; parf.
molc Faid. ; molgut ?, d'ailleurs molut (mout Leys I, 312). —
Movere : movér moure ; mou ; mova ; moc (muec), mogro ;
mogut
. — Nocere : nozér ; notz ; noza LR. I, 465, nueia
339, nogua ; noc ; nozerai ; nogut. — Noscere dans conoisser ;
conosc, conois ; conosca ; conoc (-uc Choix III, 266),
conogron ; conoisserai conoirai ; conogut. — Parescere* :
pareisser ; paresc LR I, 348, pareis, pareisson ; paresca
Choix
IV, 159 ; parec parf. 3e pers. paregues III, 316 (aparegues
Pass. du Christ
110) ; paregra ; paregut ; concorde
201ainsi avec conoisser. A ces formes se mêle le primitif parer ;
prés. par, paron ; part. parut = fr. paru GRoss. 4328,
aparut Fer. 2804. — Pascere : paisser ; pasc (paissi Leys
II, 362) ; pasca ; pac Faid. 22 ; pagra ibid 56 ; pagut paisut
Chx
. III, 100 ; voy. plus bas les anomaux. — Perire * : dans
cubrir (cooperire) et ubrir ; cuberc Faid., uberc ; ubrigues
LR
. I, 560 ; cubert, ubert. D'ailleurs aussi d'après la troisième
conjugaison. — Placere : plazér ; platz plai 3e pers. prés. ;
plassa plaia ; plac ; plairai ; plairia (plazeria) ; plagut. —
Pluere : ploure ; plou ; plueva ; ploc ; plogut. — Posse :
podér ; puesc, podes et potz, pot, podem ; puesca, puscam,
-atz, puescan ; poc puec ; pogut. — Rapere dans erebre,
aussi erebir (e-ripere) ; ereup ; ereubut. — Sapere : sabér ;
sai
(sap Choix III, 74), sabes saps, sap, sabem ; sapia sapcha ;
sápchas
, -chatz impér. ; saup (aussi saubi), saubron (saubon) ;
sabrai ; saubut. — Sedere : sezér et seyre ; seti prés. Ire pers.
sieu 3e GRoss. 3782 ; sec (sis GRoss., comme en franç.) ;
segut. De même assezer. — Tacere : tazer et táisser taire ;
Ire pers. prés. tatz et tais, 3e tatz tai ; taissa taia ; parf. tais
GO
. (aussi tac ?) ; taisses ; taizit qui suppose un inf. taizir. —
Tenere et ses composés : tener tenir (sur ce dernier, proprement
sur re- et mantenir, voy. R. Vidal 85) ; tenc tenh, tenes
tens
, ten ; tenga tenha ; tenc tinc et tec Faid., GRoss., sosteg
Pass. du Christ 2
 ; tengues tegues et retegues Bth. 95 ;
tengut. — Tollere : tolre ; tuelh, tols ; tuelha ; tolc ; tolrai ;
tolgut, de même toit tout. — Valere : valer ; valh, vais, val ;
valha
 ; valc ; valrai ; valgut. — Velle : voler ; volh vuelh,
vols, vol ; volha vuelha, vulham ; volc (volgui), volgron ;
volrai voldrai ; volgut
. Sur nolle voy. p. 129. — Venire :
venir = tener.

Sont anomaux beaucoup de verbes qui appartiennent par leur
parfait sc (pour cs, p. 194) à la conjugaison forte, par la terminaison
plus usitée de ce temps squei squí, à la deuxième faible,
par leur participe scut, également à la deuxième faible ou à la troisième
classe forte. 1) Avec radical terminé en g ou v. — Legere :
legir ; le parf. lesc manque, mais il peut être admis d'après
le cond. lesgera GProv. 60 ; part. lescut LR. IV, 43, GRoss.
6552. 8181 ; suit d'ailleurs la troisième faible. Eleger ; elesquet
LR
. I, 550a ; elescut. — Surgere : sorger ; surresc GRoss.
2109 ; voy. la deuxième classe. — Vivere : viure ; visc GRiq.
p. 17. 39, d'ailleurs vesqui, visquet Pass. 91 etc. ; viscut
2) Avec la finale du radical sc ou x. Irasci : iráisser ; prés. Ire
202irasc LR. I, 454, 3e irais ; irasquet G Ross. 3711 ; irascut
(irat adj.). — Miscere : méisser GO. ; prés. mesc, voy. « Cabrit
al mieu
 » Tenz. ; subj. mesca P. Mula « De joglars » ; mesc
parf. GRoss. 2094, de même mesguet (mesquet ?) GRom. 61 ;
mescut manque. — Nasci : naisser ; prés. Ire pers. nasc Leys
II, 362, 3e nais, naisson, nasca ; parf. 3e pers. nasc Choix
IV, 188, GRiq. p. 17. 109, d'ailleurs nasquiei Choix III,
423, nasqui LR. I, 495 ; nascut et nat. — Pascere : paisser ;
pasquei
(pasques 2e plur. Choix IV, 424) ; pascut R. Vidal
« En aquel temps » ; prés. pasc, pais, voy. la troisième classe.
Texere : teisser ; prés. 3e teyh LRom. (lis. teys ?) ; parf.
teissei (3e teisset) ; part. tescut et tes.

Jetons encore un regard sur les dialectes modernes, afin d'y
voir la suite du développement de la conjugaison, mais en nous
restreignant naturellement aux idiomes qui sont les plus rapprochés
des anciennes formes, notamment l'occitanien et le provençal
proprement dit. A propos de la flexion personnelle il faut relever
l'affaiblissement général de l'm de la Ire pers. plur. en n, qui
nous rappelle le même phénomène en haut allemand. — L'infinitif,
sauf dans la terminaison re, a perdu l'r caractéristique : on
dit laouzá, tratá, aná, náisse, apréne, plágne, auzí, vení ;
faire, escrieure, plooure, roumpre, toundre, atendre . Dans
quelques cas l'accent a reculé sur le radical : saoupre, seire,
veire (sabér, sezér, vezér) ; ces deux dernières formes sont, il
est vrai, déjà connues des anciens. — Le futur est resté fidèle à
la forme ancienne : amarai, as, a, en, es, an . — Le présent
ind. se termine maintenant toujours en i ou e : laouzi, pregui,
veze (video), vole, sabe, preni, sente, veni. Il fléchit donc à
la Ire pers. : am-i (e), as (es), o (ou), an, as, o (ou, oun) ; à la
2e pren-i, es, pren, en, es, oun . Le subjonctif de la première
conjugaison fléchit am-e, es, e, en, es oun. Aux deuxième et
troisième conjugaisons la version de la GAlb. en prose (le ms.
est d'après Bouquet du XVe ou du XVIe siècle) conserve encore l'a ;
Brueys (vers 1600) fléchit en général déjà pren-i, es, e, an,
as (es), on (en, an). — L'imparfait de la première conjugaison
est am-ávi (avo), áves, ávo, avián, aviás, ávoun ; celui de
la deuxième pren-íou, iés, , ián, iás, ién , ainsi chez Brueys
déjà. — Le parfait est le temps qui est resté le moins fidèle à sa
forme ancienne. A Toulouse on fléchit am-éri, éros, ét, éren,
érets, éroun, et ce sont aussi les terminaisons de la deuxième
conjugaison ; ailleurs on conjugue êre, êres, é, én, és, érou .
203Il n'y a pas lieu de penser ici à l'immixtion de l'ancien amera,
car ce temps existe encore avec sa forme et sa signification dans
Brueys, qui déjà connaît aussi le parfait ameri : laisséra (je
laisserais), paguera (je paierais), aguera (j'aurais) ; c'est donc
la 3e plur., améroun, qui doit avoir occasionné ce mode de
flexion. A son influence vient encore s'ajouter une circonstance
particulière. Nous savons qu'anciennement déjà ac, poc, venc
etc. ont dégénéré en aguet, poguet, venguet, et la GAlb. en
prose écrit aussi habituellement de cette façon, mais elle étend
déjà ce gu à d'autres cas, comme dans foguet pour fo, feguet
pour fetz, veguet pour vi (3e plur. vegueron), en suivant, il
est vrai, l'exemple donné par d'autres sources plus anciennes,
par ex. Fer., la GAlb., pour foc, fec, vic. Ce gu chez les
modernes, a été également affecté de la terminaison ere : on
fléchit pouguêre, pouguêres, pougué, pouguén, pougués,
pougueron, et de la même manière fouguêre, feguêre, veguêre,
bisquêre (prov. visquei), nasquêre. Les Leys II,
384 mentionnent encore une autre flexion surchargée du parfait,
qu'elles regardent comme propre au toulousain et au gascon.
De même qu'on a dit pour amet amec, pour dis diset et peu
à peu disec, on a fini par étendre cette forme gutturale au
parfait tout entier : am-egui, am-eguist, am-ec, am-eguem,
am-eguetz, am-egueron ; diss-igui, diss-iguist, diss-ec,
diss-iguem, diss-iguetz, diss-igueron. L'extension d'une seule
forme personnelle au temps entier a agi d'une manière si extraordinaire
que de dis est d'abord sorti diss-i et ensuite diss-i-gui 1140.
— Le participe rejette partout son t au masculin : laouzá,
redú, aoussí , il reste d'ailleurs fidèle aux anciennes flexions :
ainsi agu, bugu, avengu, vougu, couneigu, courrigu,
nascu , v.prov. agut, begut, avengut, volgut, conogut, corregut,
nascut . A côté de cela on trouve des formes allongées
avec s ou g : pouscu, planigu, pougnegu, c'est-à-dire pogut,
plaint, point . — La troisième conjugaison mixte appartient
maintenant tout-à-fait à la forme française en ss, ainsi finissiéou,
iés, , ián, iás, ián.204

La conjugaison de l'ancien catalan diffère peu de celle
du vieux provençal. L'infinitif, par exemple, est le même dans
les deux dialectes ; mais le catalan moderne, en vertu d'une
singulière confusion, ajoute une seconde r à la terminaison
re : batre bátrer, perdre pérdrer, vendre véndrer. —
Le présent ind. de la première conjugaison est cant, cantes,
canta, cantam, cantats (en cat.mod. cantau), cantan ; celui
de la deuxième met, mets, met, metem, metets, meten ; le
présent subj. cant, cantes, cant, cantem, cantets, canten ;
meta, metes, meta, metam, metats, meten ; l'impératif canta,
cantats ; met, metets. — Imparfait cantava, aves, ava,
ávem, ávets, aven. — Le parfait et les temps qui en dérivent
ne changent pas l'a caractéristique de la première conjugaison
en e, comme cela a lieu en provençal, par ex. cantà cantáren,
cantásen, cantára = prov. cantét, cantéron, cantéson, cantéra,
cependant la 2e pers. sing. du parfait est cantést et la 3e
quelquefois cantét. Le parfait fort appartient à la forme qui,
à la 1re sing. et à la 3e plur., prend la flexion faible : haguí,
haguist, hach, haguem, haguets, hagueren, et ainsi tenguí,
tench, tengueren ; dixí, dix, dixeren, mais cependant fíu,
(prov. fetz), fist ? feu, fem, fetz, feren. En catalan moderne
la 3e pers. a aussi la forme faible : agué (pour aguet), cayguè,
escrigué, mogué, paregué. Imparfait subj. cantás etc., cantásem,
ásetz, asen. — Gérondif cantant, valent, servint. —
La troisième conjugaison mixte, qui manque en espagnol, se
produit ici, par ex. patixch, -eixes, -eis, subj. -eixcha et
d'autres formes encore.

Nous donnons encore ici le tableau de la conjugaison en
catalan moderne d'après Pau Ballot y Torres (Barcelona
1815). On a conservé les accents. Le premier conditionnel
espagnol (amara), de même que le futur du subjonctif (amare)
manquent.

Ire Conjugaison. — Ind. prés. amo, amas, ama, amam,
amau, aman. Imparf. amava, amavas, amava, amavam,
amavau, amavan. Parf. amí, amáres, amá, amárem, amáreu,
amáren. Fut. amaré, amarás, amará, amarém, amareu,
amarán. Subj. prés. ame, ames, ame, amem, ameu,
amen. Imparf. amás, amásses, amás, amássem, amásseu,
amássen. Cond. amaría, amarías, amaría, amaríam,
amaríau, amarían. Impér. ama, amau. Inf. amar. Gér.
amant. Part. amat.

IIe Conjugaison. — Ind. prés. temo, tems, tem, temem,
205temeu, temen. Imparf. temía, temías, temía, temíam, temíau,
temían. Parf. temí, teméres, temé, temérem, teméreu,
teméren. Fut. temeré etc. Subj. prés. tema, temas,
tema, temám, temau, teman. Imparf. temés, temésses etc.
Cond, temería etc. Impér. tem, temeu, teman. Inf. témer.
Gér. tement. Part. temut.

IIIe Conjugaison. — Ind. prés. cumplo, cumples, cumple,
complim, cumpliu, cumplen. Imparf. cumplía etc. Parf.
cumplí, cumplíres, cumplí, cumplírem, cumplíreu, cumplíren .
Fut. cumpliré etc. Subj. prés. cumpla etc. Imparf.
cumplís, cumplísses, cumplís, cumplíssem, cumplísseu,
cumplíssen. Cond, cumpliría etc. Impér. cumple, cumplíu.
Gér. cumplint. Part. cumplit. — IIIe Conjugaison mixte. Ind.
prés. agrahesch, agraheixes, agraheix, agrahim, agrahiu,
agraheixen. Imparf. agrahía etc. Subj. prés. agrahesca,
agrahescas, agrahesca, agrahescam.

Haver fait à l'ind. prés. he, has, ha, havem (hem), haveu
(heu), han. Parf. haguí, haguéres etc. Fut. hauré. Subj. prés.
haja (hage, hagia). Impér. hagues. — Ser ou esser : ind. prés.
, ets, es, som, sòu, son . Imparf. era. Parf. fuy, fores,
fou et fonch, forem, foreu, for en. Fut. seré. Subj. prés.
sia. Imparf. fos, fosses, fos. Impér. sias, siau. Gér. sent et
essent.

5. Conjugaison française.

a) Vieux français.

Flexion personnelle. — 1) Nous avons vu, pour les
langues que nous avons étudiées jusqu'ici, qu'à l'exception du
sarde, ainsi que du provençal dans un seul cas, elles rejettent
toutes le t final de la flexion ; nous observerons le même fait en
valaque. Le français est la seule des langues écrites qui ait eu
le courage de conserver ce signe de flexion, bien qu'elle ne
fût pas disposée à soutenir partout ce principe 1141. — 2) Pour la
Ire pers. plur., qui en provençal laisse tomber la finale us, il
existe ici trois formes correspondantes au moderne ons (non pas
ions) : omes, om (um, on), ons. Parmi elles, c'est la première
206avec sa finale mes qui se rapproche le plus du type latin, cependant
ce n'est pas celle qui apparaît le plus anciennement dans
les textes. Eulalie se présente avec oram, qui, malgré le lat.
oramus, rejette la finale es, Léger offre cantomp cantumps ;
mais posciomes dans le Fragm. de Val. pour puissions
est muni de la terminaison complète. Les sources postérieures,
en partie au moins, s'en tiennent assez exactement à
une seule et même forme. Les textes bourguignons, par exemple,
emploient ons : veons, savons Grég. ; poons, faisons, veons
SB.
 ; faisons, ovrons, offrons LJ . Dans les textes normands
on trouve ums : vivums, esjodums, irums Lib. psalm.,
mais d'ordinaire um, ums, uns alternent, par ex. avum,
preiums, aiuns Ch. d'Alex. ; fuium, avum, fuissums LRs. ;
laissums
, ferum, lançuns Rol., porterum, devums Charl.
Dans d'autres sources le disyllabe omes alterne avec des formes
monosyllabiques, par exemple dans Aubri (Fer. 168a) servirons
vos tôt à vostre talent, je et mes oncles vos servir omes
tant. Ainsi diromes et dirons Trist. I, lairomes lairon
PDuch.
, seromes et poons Rob. etc. Cette terminaison omes
est en général attribuée au dialecte picard. Mais ce qui ici doit
tout spécialement attirer notre attention, c'est que l'o contenu
dans ces syllabes de flexion (car l'u n'est qu'une variante) remplace
l'a, l'e et l'i latins dans amus, emus, imus, l'a et l'e
provençal dans am et em, et ce n'est qu'au parfait qu'il n'a pas
été introduit. Il est positif que dans la conjugaison romane la
simplification des flexions joue un rôle important, et que cette
simplification s'opère surtout par le procédé de l'analogie. En
italien aussi la finale iamo a supplanté à la même personne les
deux autres, et en français cette réduction se présente aussi au
pluriel de la 2e et de la 3e pers. du même temps. On peut, il est
vrai, s'étonner ici de voir la voyelle o, qui en français est absolument
étrangère au latin, régner exclusivement. Le franç.
somes = lat. sumus, en vertu de son emploi très-fréquent, aurait-il
ici servi de type ? Des dialectes de la partie orientale du
domaine n'ont pas donné accès à cet o devenu dominant ailleurs :
ainsi le wallon, où stopan par ex. répond au franç. étoupons,
stopen au franç. étoupions (imparf. ind.). Pour des exemples
d'autres régions, voy. Schnakenburg p. 68. On trouve au contraire
en italien des traces de om pour am : ainsi dans le dialecte
de Reggio le prés. ind. purtóm, le subj. purtomm=portiamo 1142.
207La flexion iemes ou iens, qui se trouve à la place du franç.mod.
ions et est analogue à la 2e pers. iez, s'est moins éloignée de la
voyelle primitive. Iemes est la forme propre du picard, iens
celle du dialecte bourguignon : aliemes, aussi eussiens Brand. ;
aviemes, saviemes, cuidiemes Guill. d'Angl. ; fussiemes,
aussi fussiens dans des chartes de la Flandre ; abreviens,
eswardiens, gisiens imparf. SB., de même aussi dans le LJ.
(ou astiemes 453u, comme ailleurs avomes, semble une immixtion
picarde). On trouve aujourd'hui encore iens dans des patois.
3) A la 2e plur. le lat. tis s'abrège en z = prov. tz, picard
en s. Cependant la voyelle persiste avec la finale s, lorsque st
précède, ainsi chantastes et non chantaz comme en provençal
chantetz. Les terminaisons varient selon les dialectes et les
temps du verbe : eiz, iez, ez, és. On rencontre aussi ois pour
és, comme dans sachois, prenois Aye d'Av. — 4) La terminaison
générale de la 3e plur., lorsque l'accent repose sur
l'avant-dernière, est ent, qui répond au prov. an, en, on, et qui
se montre déjà sous cette forme aplatie dans Eulalie (getterent,
voldrent) ; des formes telles que volunt, alessunt dans Léger
semblent appartenir à l'élément provençal de ce texte.

L'infinitif rejette toujours l'e après l'r, sauf lorsque cette dernière
ne peut se passer de la voyelle, comme dans prendre. —
Au futur l'r de flexion, empruntée à l'infinitif, attire souvent à
elle une r du thème, et il arrive alors qu'une consonne précédente
peut être assimilée, par ex. livrer liverrai, monstrer monsterrai ;
mener merrai
, faillir farrai, gesir gerrai . A l'égard
de ce temps il faut observer encore qu'il emploie, comme en
provençal, dans certains dialectes (en Berry etc.) ei pour ai,
chanterei pour chanterai et de même oiz pour eiz, ce qui se
présente plus rarement dans d'autres temps (voy. ci-dessus) :
venroiz Er., ferois G Vian., serois RCam., aurois Parton.,
rendroiz Trist., orrois, porrois Aye d'Avignon.

Le présent est aussi dans cette langue soumis à de fortes
modifications dans ses formes, ce dont il sera question à propos
de chaque conjugaison. L'impératif se comporte, quant à son
208origine, comme en provençal. Sur la Ire plur. (chantons), voy.
la Syntaxe.

Imparfait de l'indicatif. Seules quelques anciennes sources
emploient le v primitif =lat. b, comme dans parlevet, sentivet ;
d'ailleurs oi et ei dominent toutes les conjugaisons.

Le parfait apocope à la 2e sing. le t qui persiste encore en
provençal : chantas (cantasti), desis (dixisti). La Ire plur. est
désignée par m, comme dans les autres langues, mais de bonne
heure on a employé à cette fin sm (chantasmes, vendismes,
desismes ), probablement par analogie à l'st de la 2e plur.
(Burguy I, 229) 1143. — Le plus-que-parfait de l'indicatif, qui
est resté à l'espagnol et au portugais, ne s'est pas conservé en
français ; il existe cependant dans les premiers textes des traces
de son existence primitive, et il a le sens non pas du conditionnel,
mais du passé. Eulalie nous présente d'abord rovéret,
fúret, áuret, vóldret, póuret, Alexis a fíret ; mais on pourrait
bien facilement admettre que ces formes doivent leur existence
à une imitation de la 3e plur. : ce procédé a eu lieu si souvent
dans la conjugaison. Ce n'est que l'a de la flexion, fréquent dans
la Passion et Léger, qui renvoie plus explicitement au plus-
que-parfait, vídra à viderat, físdra à fecerat, car ces deux
textes n'admettent nulle part d'a qui ne soit motivé par le latin.
L'imparfait du subjonctif perd souvent au pluriel son i de
flexion (Rol., Ben., Trist. II, MFr. etc.), ainsi dans fussomes,
peussons, delitassez, tenisez, euses, fusez pour fussiomes,
peussions, delitassiez, tenisiez, eusies, fusiez. Ce fait se
présente aussi au présent du subjonctif et même encore au
XVIe siècle (Mätzner, p. 209).

Le gérondif et le participe présent ont adopté aussi à la
deuxième et à la troisième conjugaison l'orthographe ant pour
ent qui est déjà constamment appliquée dans Léger : ardant,
ardanz, percutan (t).Le participe passé dans les anciennes
sources conserve d'ordinaire son t étymologique (norm. d),
fém. d, cependant le Fragm. de Val. écrit déjà venu à côté de
perdut.

Finale du radical. 1) D alterne souvent avec t, v avec f et
aussi t avec c : garder gart, prendre prent, boivre boif,
209crever crief, rent renc, met mec. — 2) Le d ou le t, lorsqu'il
est précédé d'une n, tombe quelquefois à la façon provençale :
defend defen, ment men.

Le français est parmi toutes les langues sœurs celle qui a le
plus effacé les différences des conjugaisons. Le présent ind. au
pluriel, le présent subj. tout entier, l'imparfait ind. (pas dans
tous les dialectes) et le gérondif sont identiques dans toutes les
conjugaisons.

L'auxiliaire pour l'actif est avoir, pour le passif estre. On
ne relèvera ici que quelques formes de ces deux verbes qui
diffèrent assez notablement de la langue actuelle. Avoir ; parf.
oi, ot, orent bourg., sing. eui et même euc picard (c de i,
voy. Burguy), oui norm. ; dans Léger 3e sing. oct oth aut, plur.
augrent aurent ; dans le Fragm. d'Alex, souvent ab 3e sing. ;
plus-que-parfait auret (voy. ci-dessus p. 209) ; imparf. subj.
aüsse eüsse oüsse, auuisset Eulalie ; ouist Léger ; fut. arai.
Estre (de essere comme tistre de texere) ; prés. es pour
est Fragm. de Val., plur. emes esmes = prov. em Orelli
195 1144. L'imparfait est estoie esteie ; ce temps doit être une
formation nouvelle d'après l'infinitif estre, et non répondre au lat.
stabam, parce que dans ce cas la forme normande aurait été estowe
estoe
et non esteie, voy. Littré, Hist. de la langue franç.
II, 201, G. Paris, Acc. lat. 79. 132, Delius dans le Jahrb. IX,
226. Eram, commun à tout le domaine roman, se trouve ici
aussi, franç. ere, par ex. Trist. II, v. 777, 3e pers. ere et ert
(eret Eulalie, Fragm. de Val.), plur. erium Ben., eriez
ibid., erent Fragm. de Val. etc. ; des dialectes le possèdent
encore aujourd'hui. Le futur latin, qui nous est connu par le
provençal, est aussi très-usité, par ex. er Serments (iere
Alexis
, LRs etc.), iers LRs 33, iere et iert, iermes TCant.
p. 24, Ogier v. 1637, ierent Fragm. de Val. etc. Un second
futur rare est estrai, par ex. ma fille estres Orelli 196,
estront deslogiez Sax. II, 124. Esserai est fréquent dans
RCam., voy. aussi GNev. 84, Trist. II, 242. Un débris du
plus-que-parfait se trouve dans furet.210

Tableau de la conjugaison (en (dialecte bourguignon) 1145.

tableau Ind. prés. | chant (e) | vend | part | flor-is (ix) | chant-es | ven-s (z) | par-s (z) | flor-is | chant-et | vend-et, vend | part-et, part | flor- ist | chant-ons | vend-ons | part-ons | flor-issons | chant-eiz | vend-eiz | part-eiz | flor-isseiz | chant-ent | vend-ent | part-ent | flor-issent | Imparf. | chant-eve | vend-oie | part-oie | flor-issoie | chant-eves | vend-oies | part-oies | flor-issoies | chant-evet | vend-oit | part-oit | flor-issoit | chant-iens | vend-iens | part-iens | flor-issiens | chant-iez | vend-iez | part-iez | flor-issiez | chant-event | vend-oient | part-oient | flor-issoient | Parf. | chant-ai | vend-i | part-i | flor-i | chant-as | vend-is | part-is | (= part.) | chant-at | vend-it | part-it | chant-ames | vend-imes | part-imes | chant-astes | vend-istes | part-istes | chant-arent, er- | vend-irent | part-irent | Fut. | chant-erai | vend-rai | part-irai | flor-irai | chant-eras | vend-ras | part-iras | | chant-erat | vend-rat | part-irat | chant-erons | vend-rons | part-irons | chant-ereiz | vend-reiz | part-ireiz | chant-eront | vend-ront | part-iront | Subj. prés | chant-e | vend-e | part-e | flor-isse | vend-es | part-es | flor-isses | vend-et | part-et | flor-isset | chant-asse | vend-isse | part-isse | chant-asses | vend-isses | part-isses 2146 3147 4148 5149 6150 7151 8152211

tableau chant-ast | vend-ist | part-ist | chant-assiens | vend-issiens | part-issiens | chant-assiez | vend-issiez | part-issiez | chant-assent | vend-issent | part-issent | Cond. | chant-eroie | vend-roie | part-iroie | flor-iroie | chant-eroies | vend-roies | part-iroies | (= part.) | chant-eroit | vend-roit | part-iroit | chant-eriens | vend-riens | part-iriens | chant-eriez | vend-riez | part-iriez | chant-eroient | vend-roient | part-iroient | Impér. | chant-e | vend | part | flor-is | chant-eiz | vend-eiz | part-eiz | flor-isseiz | Inf. | chant-eir,-er | vend-re | part-ir | flor-ir | Gér. | chant-ant | vend-ant | part-ant | flor-issant | Part. | chant-eit, eie | vend-uit, uie | part-it, ie | flor-it, ie

Ire Conjugaison. — Une forme secondaire importante de
l'infinitif est ier, surtout après des nasales et des dentales :
cerchier, fichier, tochier, changier, jugier, mengier, nagier,
targier, engagier, laissier, prisier, brisier, dansier,
froissier, comencier, chacier, lacier, quitier, exploitier,
respitier, aidier, vuidier, cuidier 1153. Cette forme existe encore
aujourd'hui dans des dialectes, surtout en picard : laissier,
atisier, brisier, aidier, ainsi que le remarque aussi H. Etienne,
Hypomn p. 31, pour son époque : hanc pronuntiationem (aidier
pro aider) nonnulli ex Picardis hodieque retinent. On
trouve déjà dans les plus anciens textes cette terminaison diphthonguée
de l'infinitif, qu'on doit sans doute distinguer de la
terminaison disyllabique i-er : Eulalie a lazsier, Léger parlier,
laudier , mais aussi lauder, et cette hésitation se présente
encore ailleurs. Nous avons ici le même phénomène qui s'est
produit dans d'autres espèces de mots où la finale ier renvoie au
lat. ari ou are. Cet infinitif n'a eu presqu'aucune influence sur
la forme du futur, mais il est certain que le participe passé a été
formé comme lui, voy. plus bas. — Le futur sacrifie souvent la
212forme stricte à l'euphonie. 1) Il intervertit d'habitude rerai en
errai : ouverrai (ouvrerai) FC. I, 116, deliverrai 91, monsterrai
105 (comme l'anc.ital. mosterrò Blanc 362), enterroit
(pour entreroit) ibid., comperront (compreront) Gar. I,
137 ; 2) il syncope d'ordinaire e entre deux r : demorrons FC.
I, 79, jurrai (jurerai) Partonop I, 2, durra 107 ; 3) l'assimilation
dans merrai, dorrai pour menerai, donnerai a déjà
été indiquée plus haut.

Le présent de l'indicatif à sa Ire pers. sing. se passe en
général de toute flexion : ansi dans be (de beer), pri, otroi,
eskiu (eskiver), apel, remir, jur, aim, tiesmon (témoigne)
GNev. 52, bais, pens, mand, dout. E se montre quelquefois,
comme dans aproche, proie, aleve SB. 584u. 573o, devine
RMont
. 347, 1, principe qui devient dominant à partir du
XVe siècle, cependant Marot emploie encore je pri pour je prie.
Mais la 3e pers. ne devait pas perdre cette voyelle, car elle
provient ici de a. La plus ancienne forme ou orthographe de
cette personne est et, par ex. eskoltet, enortet, ruovet Eulal.,
aproismet Pass., peiset, dunet, purpenset Alex., ostet, semblet,
regnet, embrazet, parolet SB., loet, commandet LJ.,
desired et d'autres dans le LRs ; enfin la dentale devenue muette
tomba ; Raynouard a cité de cette chute plusieurs exemples du
Rom. de Rou : mand, pens, acord, os, kuid. — La 3e sing.
du subjonctif laisse tomber son e de flexion, comme en provençal,
toutes les fois que les lois phoniques le permettent, mais le t
persiste, même là où l'indicatif a déjà rejeté le sien. Eulalie dit
encore avec e degnet, raneiet (reneget), mais déjà aussi laist
pour laisset. Dans la rencontre avec t la consonne précédente peut
aussi être soumise à des modifications et même tomber. C'est ainsi
par ex. que dt, çt, cht, ģt, vt peuvent être remplacés par st 1154 ;
213mt par nt ; lt par ut ; nt, llt, pt par un simple t : aïder aïst,
cuider cuist cuit, comander comanst, eswarder eswarst
eswart
, enforcer enforst, culchier culst, heberger herbert,
raviver ravist, grever griet, amer aint, aler aut, ajorner
ajort
, atorner atort, travailler travalt, merveiller merveilt,
eschaper eschat. De là salt, conselt dans les formules
ordinaires d'affirmation se dex me salt « pourvu que Dieu me
sauve », se dex me conseut « pourvu que Dieu me conseille ».

Imparfait. La forme la plus ancienne est -eve qui est dans le
même rapport avec le prov. -ava que feve avec fava (faba) :
ainsi avardevet dans le Fr. de Val., regnevet dans Léger.
Cette forme est restée dans les anciens textes bourguignons, par
ex. amevet, habiteivet, mostreivet, encombrevent, parlevent
SB.
, purgievet, atochievet LJ. Cependant la Ire et la 2e pers.
plur. ne sont pas chanteviens, chanteviez, mais, en raison de
l'abréviation (syncope du v) produite par l'avancement de
l'accent, chantiens, chantiez. A côté de cette flexion s'en place
une autre, propre surtout au dialecte normand, oe ou oue, qui se
laisse dériver de la première, en admettant que le v s'est résolu
en u et que la diphthongue qui en est résultée a passé à o puis
à ou, comme dans encloer enclouer de inclavare et d'autres
analogues. On conjuguait donc : chantoue, -oues, -out,
-ouent, par ex. amoue, esperoue, aloue, estout, trouvout,
amoent Rou, enmenoe, quidoue, amot, quidout, alouent
MFr., contot, mandot, priout Trist. I, comp. adunouent
Pass. du Christ
43. Le Lib. psalm. écrit parlowe, parlot,
parlowent . A la Ire et à la 2e pers. plur. iens pour iomes est
ici aussi la flexion usuelle. Enfin ce temps a renoncé à sa propre
forme et s'est accommodé à celle de la troisième conjugaison,
procédé dont nous n'avons trouvé d'exemple dans aucune des
langues sœurs. On remarque déjà dans les anciens textes bourguignons
des traces de ce passage, comp. trespassoit Grég.,
demoroit LJ.

Le parfait se distingue de celui de la langue jumelle en ce
qu'il conserve l'a primitif. Dans les dialectes (en bourg. de l'est
Burguy I, 225) on trouve, il est vrai, ai pour a : chantais,
chantait, et la voyelle de la 3e plur. se change plus généralement
en è, èrent, mais on emploie aussi en v.bourg, arent : ainsi
cuidarent, onorarent SB., rasarent, repairarent LJ. Rabelais
214emploie encore donnarent, aidarent, retournarent. Dans
cette conjugaison la langue moderne a enlevé à la 3e sing. la
finale t qu'elle lui a laissée dans les deux autres : il va de soi
que l'ancienne langue conservait le t ici aussi. — L'imparfait
du subjonctif
présente aux Ire et 2e pers. plur. une forme secondaire
en i (qui, d'après Burguy I, 242, provient du picard du
nord) pour l'a atone, par ex. parussions, amissiez Auc. et
Nic.
, esgardissies, trovissies, herbergissies Parton., allisiez
GVian.
, regardisez, dunisez (donnassiez) Trist. ;
aymissions, gardissions se trouvent aussi dans Froissart.
Robert Etienne fléchit encore aimasse, -asses, -ast, aimissions,
-iez, aimassent, ce que son fils Henri Hypomn. p. 200
n'approuve pas précisément. E ou ai dans quelques textes est
moins étonnant : dottesses, abreviest, atemprest SB., atempraist,
ostaist LJ., alaissent, ostaissent Brand., gardaise,
quidaise GNev.

Le participe passé se termine au masculin en é, mais aussi
en lorsque l'infinitif prend la terminaison ier (voy. plus haut).
Le féminin de cette dernière terminaison est iée, mais l'abréviation
íe est beaucoup plus usitée, comme dans essilíe, despoillíe,
ensaigníe, tranchíe, cangíe, atargíe, comencíe,
brisíe, gastíe, desploíe, peçoíe qui riment avec vie, baronie,
hardie etc. Si, tandis qu'on disait tranchié au masculin, on n'a
guère dit au féminin tranchiée, mais plutôt tranchíe, en mêlant
la troisième conjugaison à la première, il faut reconnaître là une
préférence accordée à l'i, qui se présente aussi en dehors de la
conjugaison, comme dans l'adj. líe (læta), masc. lié ou dans le
subst. oublíe (oblata) pour oublée.

Verbes isolés. 1) Aler (aner = prov. anar, voy. Choix VI,
300) a pour aille subj. une forme parallèle normande avec ge
(voy. plus bas a la flexon forte) alge auge, 3e pers. ait aut, par
ex. Alexis 27, LRs, Rol. etc. Tous les dialectes ont en commun
une forme en s avec un changement de la voyelle radicale, vois
pour vai, subj. voise, voises, voist, voisent, par ex. SB.,
LJ., Brand., GNev., LRs , MFr., et encore au XVIe siècle. —
2) Le prov. dar n'a pas de correspondant usité en vieux français
où l'on ne trouve de ce verbe que quelques traces, comme
le fut. dera = prov. dara dans le GRoss, français éd. Mich.
p. 289, derion = dariam Ben. I, p. 253. Sa place a été
remplie par doner (voy. ci-dessous) et sa signification se trouve
déjà rendue par donare dans la L. Sal. (Pott p. 156). —
3) Ester (bourg, asteir) a donné à estre le gérondif et le participe
215présent, mais ce verbe avait eu d'abord son existence
indépendante, par ex. prés. estois LRs 310, estas, estat esta
Eracl
. 4397, Ruteb. II, 32, plur. Ire pers. estonz Gayd.
p. 10, 3e plur. estont Ren. II, 173 ; impér. esta Trist. II,
154, estez Rou II, 219 ; subj. estoise Ruteb., de même estace
Ben. ; parf. estai, estas, esterent et comme forme secondaire
estui, 3e pers. estut ; imparf. subj. 3e sing. estast Ben. et
estust ; fut. esterai et esterrai Gaufrey p. 48 LRs 1155. Arester a
à côté du parfait arestai aussi arestui (-ut FC. II, 79, Parton.
II, p. 94, MFr. I, 70), à côté du participe aresté aussi arestu
GNev. p. 59, Berte p. 107, Havel. p. 59, — 4) Nous venons
de constater dans le présent de aler l'introduction d'une s inorganique ;
on remarque encore ce même procédé dans quelques
verbes de la première conjugaison qui ont en provençal une
flexion régulière. Rouver (rogare) ; prés. ruis pour ruef, qu'on
ne trouve pas, 2e rueves etc. ; subj. ruisse, 3e ruist, par ex.
Trist. I (rois p. 69), Partonop., FC. I, 106 (picard). Trouver ;
truis
, trueves, trueve ; subj. truisse, truist, par ex.
MGar., MFr., LG. (troisse trusse), LRs, TCant. Prouver ;
pruis Chev. d. l. charr. p. 128 ; subj. prust LG. §44. —
5) Doner se forme aussi bien avec g, comme auge, par ex. prés.
subj. doinge et doigne Barl. 249 (dunge LG. § 5, duinge
LRs
164) qu'avec s, comme vois : ind. doins ; subj. doinse,
doinst (duinst), par ex. SB., GVian., Trist. II, FC. I,
106, LRs, Ch. d'Alex., TCant., Charl. ; doint encore chez
G. Marot, Montaigne et Rabelais 2156. — 6) A côté de manger on
216emploie aussi manjuer menjuer, qui a le subj. prés. menjuce
Ren
. II, 90, comp. mon Dict. étym. I, 262. — 7) Amer =
franç.mod. aimer ne présente généralement ai qu'aux formes
accentuées sur le radical : prés. aim, aimes, aimet, amons,
amez, aiment. Claimer fléchit de même. — 8) Pour laisser
les anciens employaient aussi laier, mais ces deux verbes ont
une origine différente. — 9) Pour bailler on trouve le futur
baudrai Gaufr. 264 fait sur le modèle de faudrai.

IIe Conjugaison. — L'infinitif a la terminaison re, non
pas er (= franç.mod. oir) qui échoit à la flexion forte. Cette
conjugaison ne se distingue de la troisième pure que par la forme
citée de l'infinitif, ce qui amène aussi une différence dans le futur
et le participe passé ut ou u. Il y a de plus à observer que l'i de
dérivation du parfait se présente aussi dialectalement sous la
forme diphthonguée ie : ainsi dans espandiés Lib. psalm. 88,
44, rumpiés 73, 16 ; espandiét 104, 37 ; abatiéd Rol. p. 6
(M.), respundié Gorm. v. 350, vesquié Ben. I, 273, perdié
AAvign
. p. 56, entendié Og., Gayd. ; perdierent Lib. psalm.
105, 32, espandierent 78, 3. — Des verbes nouveaux qui
appartiennent à cette conjugaison sont braire, bruire, croistre
(part. croissu) ; grondre (lat. grunnire) aussi est venu s'égarer
ici ; ils semblent tous défectifs. Sevre bourg ; (b.lat. pro-severe
Form. Mab
. pour pro-sequi), pic. sivir suir hésite entre la
deuxième et la troisième conjugaison : prés. sieu, sieus, sieut ;
subj. sive (siue) ; parf. sivi siuvi ; part. seut, de même sivi
(suï). — Quelques-uns, tels que rompre, ont un parfait fort
à côté d'un faible, romput et rout. Soloir est défectif, prés.
suel, suelt, solons ; on ne trouve pas d'exemple du parfait
(Burguy II, 114), comp. le prov. soler p. 188 1157.217

IIIe Conjugaison. — Voyez au chapitre du français moderne
des exemples de verbes de cette conjugaison. L'hésitation
entre la forme pure et mixte est fréquente ici, comme en provençal,
par ex. emplir (emple pour emplist Ruteb. II, 486),
en-fouir (enfuent pour enfuissent RCam. p. 187), gemir (part.
prés. gemmanz LJ. 465u), guerpir (prés. gerpun, gerpent,
subj. gerpe, de même gerpissez, -issent Ben.), jouir (prés.
joit joient FC. II, 188. 189, joist Part. II, 66, GNev. 184).

L'imparfait de l'indicatif possède en commun avec la deuxième
conjugaison la flexion oie ou eie. Cette dernière forme,
où l'on doit reconnaître la forme primitive, a pu certainement
aussi bien dériver de ea (eva, lat. ebam) que de ia (iva, ibam),
si l'on compare meie du lat. mea, veie de via ; mais le fait que
le provençal, comme l'espagnol, a transporté la flexion de la
troisième conjugaison à la deuxième permet de supposer aussi
un procédé semblable en français, et ici cette forme a même
pénétré jusque dans la première conjugaison. D'anciens exemples
de l'imparfait sont : dans le Fragm. de Val. saveiet, doceiet
(ducebat), penteiet, fisient (faciebant) ; dans la Passion
aveie aveit
, aveien, avec un coloris plus provençal soliet,
voliet. Bernard présente ici souvent une orthographe avec v,
par ex. sentivet pour la forme d'ailleurs usitée sentoit 546u,
servivet 557m etc.

Verbes isolés. 1) Faillir, voy. flexion forte deuxième classe.
Haïr, prés. has et , hes, het, haons, haez, heent ; subj. hace
hee
 ; imparf. haoie ; fut. harrai. Ir est défectif comme en
français moderne ; mais le composé issir ussir est complet,
aussi istre (ex-ire), par ex. prés. is, is, ist, issons, ou eis,
eissons ; subj. isse GNev. p. 34 ; impér. is, issiez ; imparf.
issoie TCant. 94 ; parf. eissi issi, 3e aussi issut ; ississe ; fut.
issirai et istrai ; part. issi FC. II, 102, de même issu 1158. Oïr
(aud.) ; prés. oi, os, oit ot, oons, oez, oient oent ; subj. oie ;
218impér. oi (od Brand p. 100), oez (oiez tiré du subj. comme le
prov. aujatz) ;, imparf. ooie ; parf. , oïst, oït, oïmes ; oïsse ;
fut. orrai ; part. . — 2) Divers verbes ont un participe en u,
d'ordinaire à côté d'un autre en i, par ex. (outre issir) ferir
féru
(prés. fier, ferons, subj. fiere fierge), repentir repentu
Ben. I, 387, consentir consentu Trist.I, 153, revertir
revertu
Ben. I, 230, vestir vestu (-i Gar. I, 273). —
3) Ofrir, soufrir, couvrir, ouvrir ont un participe fort en
ert : ofert etc. (prés. souvent avec la diphthongue uefre, inf.
offerre, soufferre, voy. Ruteb. II, 86. 96). Cueillir a comme
forme secondaire cueilleit TCant. de collectus.

IIIe Conjugaison mixte. — Nous avons vu que la forme
inchoative n'a agi en italien et en provençal que sur le présent,
mais qu'elle n'a pas même influé sur ce temps en espagnol et en
portugais. En français, cette flexion s'est emparée non-seulement
du présent tout entier, mais aussi de l'imparfait et du gérondif,
en sorte que, en dehors de l'infinitif, le parfait avec l'imparfait
du subjonctif qui en est dérivé et le participe passé sont seuls
demeurés fidèles à l'ancienne forme. Mais chez quelques écrivains
elle a atteint aussi le parfait avec l'imparfait du subjonctif, comp.
deguerpesis = déguerpis L. psalm. 9, 10, hunesistes =
honistes MFr. II, 148, choisisismes = choisismes 151,
garesist Ignaur. p. 12, suffrisist Havel. 31, guaresis Rol.
p. 92. 120, gehesist Bert. 124, hounesisse Poit. 10, conquesissies
Ccy
. 1034, guerpesis RCam. 141, nouresis 142,
NFC. II, 141.

Flexion forte. — Dans l'ancienne langue, elle comprend
presque les mêmes verbes qu'en provençal. On ne trouve pas
par ex. ac-cendere, colere, coquere, fodere, e-rigere,
e-ripere, rodere, tendere, timere , qui suivent en partie en
italien aussi la flexion faible ; au contraire le vieux français
possède comme verbes forts augere, fallere, mordere, despicere
et encore quelques autres qui en provençal ont un parfait
faible. Un certain nombre de verbes de la classe forte peuvent
présenter deux ou plusieurs formes ; elles n'ont pas partout
seulement un caractère dialectal. Le français moderne doit à
son esprit d'économie dé n'admettre partout qu'une seule forme.219

Infinitif. 1) A la finale re s'ajoute encore la finale oir (lat.
ēre), norm. er, eir (aver, crere, saver saveir Charl.) qui
désigne exclusivement des verbes forts. L'ancienne langue au
moins trahit une hésitation entre oir et re : ainsi dans ardre
ardoir
, criembre cremoir, maindre manoir 1159. Mais celle
du dialecte picard, qui est surtout une tendance vers la troisième
conjugaison, a plus d'importance : ardre arsir, chaoir cheïr,
courre courir, criembre cremir, manoir manir, plaire
plaisir
, seoir seïr, taire taisir, veoir veïr ; déjà dans les
Serments podir et savir. Des flexions telles que lisirent,
valirent valissant, aparissant présentent aussi la caractéristique
de la troisième conjugaison. Les modes de flexion se mêlent
par là très-fortement : tolre ou tolir par ex. a le triple parfait
tols, tolui, toli. — 2) La syncope se produit à peu près comme
en provençal, mais la réintroduction de la consonne disparue
dans les formes accentuées sur la flexion est moins autorisée. —
A propos de la formation de ce mode il faut rappeler aussi l'intercalation
d'un t entre s et r, d'un d entre n et r, l et r,
en vertu de laquelle de crois're est sorti croistre, de semon're
semondre
, de mol're moldre. Au provençal nh répondent ici
le bourguignon et le picard gn et le français moderne ind, comp.
oygnre, oindre avec onher. — Pour le futur la forme de
l'infinitif oir ou eir était trop lourde, ce temps la rejette. Il
intercale également entre nr et lr un d euphonique : ainsi dans
valoir valdrai, tenir tiendrai, venir viendrai. Dans les deux
derniers mots, il faut remarquer la diphthongue ie étrangère à
l'infinitif : elle a été introduite pour empêcher la prononciation
tandrai, vandrai.

Présent de l'indicatif. 1) Les traces du latin eo ou io sont
un peu plus cachées qu'en provençal, car si l'on sent même dans
les petits mots ai, sai, voi la voyelle de dérivation (hab-e-o
etc.), elle échappe à notre observation dans d'autres comme
tien ou le fr.mod. vaux (valeo). — 2) La diphthongaison (aux
Ire, 2e et 3e sing. et à la 3e plur.) s'est produite assez rarement
220et n'est pas commune à tous les dialectes : 3e sing. crient,
quiert, siet, tient, vient , Ire plur. cremons, querons, seons,
tenons, venons ; 3e sing. muert, muet, puet, vuelt, Ire plur.
morons, movons, poons, volons ; chielt, chiet, inf. chaloir,
chaoir etc. Dans d'autres cas la diphthongue semble reposer sur
la syncope de la finale du radical, ainsi dans doi à côté du plur.
devons, dans reçoif à côté de recevons, où la diphthongue ei
(oi) a été produite par e-e et i-i dans de [b]eo, reci[p]io, comme
ai dans sa [p]io. — 3) La Ire plur. concorde dans sa formation
intérieure avec la forme de l'infinitif, comp. ocions (ocire),
cloons (clore), raons (raire), tordons (tordre), prendons
(prendre) ; seulement le d euphonique dans ldr, ndr n'a pas
été attribué au présent, de là molons (moldre), solvons (soldre
soudre
), ceignons (ceindre). Quelquefois cette personne renvoie
à un ç latin qui a été syncopé à l'infinitif, comme dans
disons (dicimus), faisons (facimus), despisons (despicimus)
et, d'après ces formes, d'autres comme circoncisons et
lisons. La 2e plur., à l'exception de dites et faites, se règle
absolument sur la Ire plur. La 3e plur., excepté dans font et
ont vis-à-vis de faisons et avons, conserve partout la consonne
de la Ire plur. — Présent du subjonctif. 1) On trouve
encore des traces précises de la voyelle de dérivation dans
deuille, vaille, viegne, sache, plaise, face, aie etc. Dans
certains dialectes, surtout en normand, le mouillement dans les
groupes ill, gn a passé ici à g palatal, comme en provençal
à g guttural, par exemple tenget (prov. tenga) Alexis,
vienge, tienge LG., vienge LRs, vauge (valeam) Ben. Rg
se présente dans apierge (appaream), moerge (moriar),
comp. dans la troisième conjugaison faible dorge (dormiam),
fierge (feriam). Enfin le son chuintant a atteint aussi la finale
simple am et même des mots de la première faible, par ex.
courge (curram), querge, auge (p. 215), doinge (216),
devorge (devorem), demurge (demorer), paroge pour
parolge (parabolet). Un autre développement réduit à quelques
cas, qu'il ne faut pas confondre avec l's dans voise, est c, comme
dans mece (lat. mittam) Ren. IV, 104, G. d'Angl. (meche
FC.
I, 218. 237, dans des chartes de la Flandre messe), chiece
(cadam) FC. IV, 244, Ruteb. I, 287, siece (sedeam) FC.
IV, 59. — 2) Ce temps se dérive moins facilement de la Ire sing.
de l'indicatif qu'en provençal, car il s'est tenu plus près de la
forme originaire. Il concorde en général dans sa formation avec
la 3e plur. du mode cité, ainsi, pour employer des exemples du
221français moderne, dans boivent boive, tiennent tienne ; sont
exceptés fasse, aie, sache, puisse, vaille, veuille . La Ire et
la 2e plur. se règlent, pour leur voyelle radicale, d'après les
personnes correspondantes de l'indicatif : buvons buvions,
mourons mourions (mais la 3e pers. est boivent, meurent),
exceptés faisons fassions, avons ayons.

Parfait. 1) La simple flexion latine i ne comprend que quatre
cas, fis (feci), vi (vidi), ving pour vin (veni), ting pour tin
(tenui), aussi avec l'orthographe tinc, vinc Lib. psalm. —
2) La flexion en s s'accorde presque partout avec les cas latins :
ars, aers (adhæsi), ceins (cinxi), clos (clausi), escos (excussi),
dis etc., en outre ocis (occidi), creins (tremui), raiens
(redemi), semons (summonui), empeins (impegi), pris
(prehendi), sis (sedi), atains (attigi) et d'autres encore. La
plupart des verbes avec la finale du radical l ou ll usent généralement
de la forme en s : ainsi chalst (chaloir), fals (falloir),
sals (saillir), tols (tolir), vols (voloir), comp. ital. calse,
salsi, tolsi, volsi ; cependant cette forme est plus usitée à l'imparfait
subj. qu'au présent de l'indicatif. Ici aussi, de même qu'en
provençal et en espagnol, l'x latin s'est interverti dans quelques
mots en sq, mais il n'a produit que des formes faibles : de vixi
s'est développé non pas vesc, mais vesqui, et sur cette forme
s'est réglé nasqui ; benedixi a donné benesqui. — 3) Ui, v.fr.
soit úi, soit ói, embrasse, sauf quelques exceptions, les cas
latins et encore beaucoup d'autres. La forme française est tout
à fait nationale et l'on ne peut en aucune façon la tirer du
provençal. Elle conserve l'i de la finale, ce que ne fait pas la
deuxième classe. Il faut à ce propos observer que la flexion
attire à elle l'accent. Il eût été absolument contraire au génie
de la langue française de traiter comme atone la lourde syllabe
finale, et le provençal lui-même n'a sauvé l'accent de la syllabe
radicale qu'en consonnifiant la terminaison (dolc de dolui). Ce
déplacement de l'accent ne s'accommode pas avec la nature de
la flexion forte, ainsi que nous l'avons reconnu plus haut.
Néanmoins si l'on veut établir la conjugaison romane sur les
fondements de la conjugaison latine, on ne peut pas ranger les
verbes de cette classe parmi les verbes faibles, parce que le
trait caractéristique de la flexion faible au parfait, avi, evi, ivi
leur manque, et que l'on ne peut pas introduire une nouvelle
conjugaison de cette nature sans bouleverser l'organisme de
l'édifice de la flexion romane. On doit au moins les reconnaître
comme verbes incomplètement forts, demi-forts ; au reste la construction
222de la langue tout entière apparaît, comparée à celle de
l'italien et de l'espagnol, comme moins parfaite et comme plus
dégradée vis-à-vis de celle de la langue mère. A cette raison
de principe, fondée sur la caractéristique u, s'ajoute encore cette
considération : la loi suivant laquelle les verbes de cette classe
sont accentués sur la flexion n'est même pas sans restrictions,
ainsi que nous allons le voir, car il existe des cas où la voyelle
radicale se fond en un son avec l'u de flexion et où, par conséquent,
il ne peut être question d'une accentuation de cette
voyelle. Il faut remarquer que plusieurs verbes de la forme en u
se sont emparés aussi de la forme en s et manifestent par là
une tendance à représenter plus complètement le principe fort.

La flexion personnelle de la deuxième et de la troisième classe
(faire de la première appartient pour la pratique à la deuxième)
est la suivante :

tableau di-s | de-us | d-ut | de-umes (-usm.) | de-ustes | d-urent | de-sis | de-is | di-st | de-simes (-sism.) | de-imes (-ism.) | desistes | de-istes | di-strent (-sr.), dirent ; disent

Remarques à propos de dis : 1) Desis etc., avec un e radical
est une formation euphonique pour disis ; de même mesis pour
misis et d'autres cas encore. — 2) Desis, desimes, desistes
avec s (surtout du dialecte picard) doivent être regardés comme
les formes primitives, deïs, deïmes, deïstes comme les formes
syncopées. Si une consonne précède, la sifflante acquiert une
position plus solide et ne tombe pas : arsist, remansist et non
arist, remanist. Cette syncope de l's est un trait spécial de la
conjugaison française. S ne tombe d'ailleurs pas dans cette
langue entre des voyelles. A-t-on peut-être regardé ces trois
personnes comme suffisamment désignées par les terminaisons
is, imes, istes, de telle sorte qu'on a cru pouvoir leur enlever
la première s ? Par là on les a ramenées au mode de flexion de
la deuxième et de la troisième conjugaison. — 3) La 3e plur.
se montre sous diverses formes. Ou bien l'on intercale de la
manière connue un t euphonique entre s et r, comme dans
distrent (doistrent, presdrent Lég.), ou bien ce t n'est pas
du tout appliqué, comme dans disrent, forme que les anciens
aussi prononçaient déjà dirent, ou encore l'r de flexion elle-même
est expulsée, ce qui entraîne aussi la disparition du t,
et l'on dit disent (dissent), fisent, misent, oinsent etc. ; nous
223connaissons déjà cette dernière forme, qui appartient surtout au
dialecte picard (voy. p. ex. Fallot p. 480), par l'italien, l'espagnol
et le provençal où elle apparaît en partie aussi appliquée à la
IIIe classe 1160. — Remarques sur dui : 1) La finale du radical succombe
à l'influence de la finale lourde ui. Exemples : a) les liquides
seules résistent à la chute, comp. dolui, molui, tolui, valui,
corui, morui, parui ; b) les muettes au contraire sont rejetées
avec la voyelle radicale précédente, en sorte qu'aux personnes
primitivement accentuées sur le radical (Ire, 3e sing., 3e plur.)
il ne reste du radical que l'initiale : bui (bibi modifié en bibui,
de là prov. bec), crui (credidi), reçui (recepi), dui (debui),
jui (jacui), lut (licuit), nui (nocui) et de même les parfaits
avec u provenant de v, comme crui (crevi), mui (movi),
conui (cognovi) ; c) il existe cependant quelques cas auxquels
ne peut pas s'appliquer cette théorie sur la formation du parfait :
ce sont ceux où la voyelle radicale, qui ici est presque toujours
a, n'est pas élidée, mais forme avec l'u suivant une diphthongue ;
car aui, paui, plaui, saui, d'où, avec condensation de au en o,
oi, poi, ploi, soi, ne peuvent être rapportés qu'à ha[b]ui, pavi,
pla[c]ui, sa[p]ui, et poi aussi doit être expliqué par po[t]ui.
2) Pour la finale i le dialecte picard emploie aussi c, qui
semble consonantifié de i et qui au moins ne peut être identique
à la gutturale provençale, qui domine le temps tout entier :
peuc, seuc, vauc (volui), conuc, voy. Burguy II, 50. 96.
101. — 3) Uit pour ut, par ex. dans buit SB. 542, reconuit 551.

L'imparfait du subjonctif, comme on peut s'y attendre,
participe à la double forme du parfait de l'indicatif. On l'obtient
de la même manière que celui de la conjugaison faible par
l'addition de la syllabe se à la 2e pers. sing. du dernier temps :

tableau de-usse | de-usses | de-ust | de-ussiens | de-ussiez | de-ussent | de-sisse | de-isse | de-sisses | de-isses | de-sist | de-ist | de-sissiens | de-issiens | de-sissiez | de-issiez | de-sissent | de-issent224

Sur une forme bourguignonne duisse, voy. Burguy II, 6. La
chute de l'e à la 3e sing. est ancienne. Eulalie a, il est vrai,
encore auuisset, mais Léger a ouist, vidist, apresist, le Fr.
de Val. fesist, percussist.

Participe. 1) Le lat. sus, rarement tus ou itus, produit s,
par ex. clos, aers, remes (remans.), mis, ocis, pris, quis,
de même semons (summonitus), despis (-spectus), sors (surrectus).
2) Ctus, ptus, rtus ont donné en français t, rt :
çaint (cinct.), dit, beneoit (benedictus), duit, fait, frait,
escrit, covert etc. Sur beneoit se sont réglés cheoit et toloit. —
3) La place de itus a été prise en général par ut, abrégé en u,
et alors la finale du radical, lorsque c'est une muette, est élidée
(comp. le parfait), mais la voyelle radicale n'est généralement
représentée que par un simple e : prov. pagut, v.franç. paü
peü
(pastus), pr. conogut, aussi conegut, v.fr. coneü. Au
reste la voyelle elle-même est souvent tombée avec les consonnes
radicales, en sorte que mu représente le prov. mogut.

Liste des verbes (sans distinction rigoureuse des dialectes).

Ire Classe. — Facere : faire déjà dans Eulal. ; fas et fais,
fais, fait, fasons faisons (aussi faimes, comp. plus bas
dimes), faites (faistes), font ; face (3e facet Serm.) ; fai
(fais) ; fesoie (faisoie) ; fis, feimes ; pl.q.p. fisdra Léger,
firet Ch. d'Alex. ; ferai (norm. frai) ; fait. — Tenere :
tenir ; tieng ; tiegne tienge ; ting, tenis, tint, tenimes,
tindrent ; tenisse ; tenrai (ndr, rr) ; tenu. La 3e pers. du
parfait tenuit SB. est particulière ; imparf. subj. tenussent ibid.
qui s'accorde avec le lat. tenui (prov. tenc) tenuissent. —
Venire : venir = tenir. — Videre : veoir, pic. veïr ; voi,
veons ; vi, veïs, veimes ; pl.q.p. vidra et vidret Pass. ;
imparf. subj. veïsse, 3e vidist et vist (vesist SB. formé d'après
fesist) ; veü.

IIe Classe. Parf. en s. Ardere : ardre ardoir ; parf. ars,
arst ; arsisse ; ars. Ardir suit la flexion faible : ardi ; ardisse
etc. — Augere dans aoire B. Chrest. franc. 339, 31 (ad-augere) ;
parf. aoist (d'après le latin auxit) Lib. psalm.
p. 156 ; part. aoit ?Cædere dans occire (oc-cid.) ; prés.
oci Parton. I, 93, ocis, ocit, ocions, ocient ; ocis ; ocis. —
Calere voy. la troisième classe. — Cingere : ceindre ; ceing,
ceins, ceignons ; ceigne ; parf. ceins, ceinst (faible ceignit) ;
ceinsisse ; ceint. — Claudere : clore ; clo, clos, clot, cloons ;
clos
, clostrent (cloirent) ; clos. — Cutere* (quatere) :
escorre (exc.), rescorre (re-exc.), aussi es-, rescolre ; parf.
225es-, rescos ; part. es-rescos, fém. -sse. D'après ces formes, on
pourrait aussi admettre se-corre (succutere), mais on ne trouve
que le part. secous = prov. secos et cela seulement à une époque
postérieure (chez Marot et d'autres), voy. Burguy II, 154. Le
Fragm. de Val., à l'imparf. subj., a percussist. — Dicere :
dire ; di, dis, dit et dist, ce dernier par ex. dans le Fragm.
de Val.
, Parton. II, 59, disons (dimes), dites (distes), dient
(encore chez Marot) ; die (usité aussi chez des écrivains postérieurs) ;
dis ; dit. Comp. plus haut p. 223. Es-con-dire se
comporte comme le mot provençal correspondant. Sur beneistre
(bened.) voy. les anomaux. — Ducere : duire ; dui, de-duient
Trist
. II, 42 ; con-duie ibid. 61 ; con-duioie ; de-duis
FC
. II, 53, duist Fragm. d'Alex. 94. 100, Rol. p. 9 (doist
Léger
) ; con-duisist Parton. I, 27 ; duit (aussi dans le sens
d'habile, instruit, de ductus et non de doctus). — Emere dans
raembre raiembre (red-im), ce dernier dans MFr. I, 218 ;
prés. Ire plur. raembons ; parf. raiens, raienst ; fut. raiendrai ;
raient
part. Ben. III, 259. — Fallere : faillir ; fals
(qu'on peut admettre d'après la 2e falsis) ; falsisse (d'après la 3e
falsist) ; du reste faible failli et faillu RMont. p. 36 ; faillist.
Fingere : feindre ; feins Rol. p. 88 ; feint. — Fligere
dans aflire (af-fligere) Alex. 82, 35. 83, 7 ; parf. afflis,
afflistrent Lib. psalm. 16, 10 ; part. afflicz Léger 28 (faible
aflijé voy. Roq.). — Frangere : fraindre (ei) ; prés. 3e
fraint, fraignons ; parf. freins Rol. p. 51 ; frait et fraint
=
ital. franto. — Hærere dans aerdre (adh.) ; prés. aert ;
parf. aers, aerst, aerstrent ; part. aers. L'r dans aers est
inorganique, aussi n'existe-t-elle pas dans le fréquentatif adeser.
Jungere : joindre ; joint, joignons ; jons juns Trist. II,
110 ; joint junt. — Legere voy. la troisième classe. —
Manere : manoir et maindre ; main, manons, mainent ;
maigne
 ; mes, mest (meist Grég.) remest remist et même
manuit SB. 563o; mainsisse maisisse ; maindrai ; remes,
de même remansu Bert. 89 et remasu RCam. 59, comme le
prov. remazut. — Mittere : metre (bourg, mattre) ; met ;
mete
(mece G. d'Angl. comp. plus haut p. 221) ; mis ; misdrent ;
mesisse
 ; mis. — Monere dans semondre (summ.) ;
semons (semonut SB. 523o) ; semons Trist. I, 168, GNev.
125. — Mordere : mordre maurre ; mors Rol. str. 56 ; mors
part. encore chez Cl. Marot et d'autres, voy. LRom. IV, 265.
Pangere dans empeindre (im-ping.) ; empeins Rol. p.
50 ; empeint, — Pin gere : peindre = ceindre, — Plangere :
226plaindre ; plaing ; plains pleins MFr. II, 495 ;
plaint. — Ponere dans repondre rebondre ; repuns (repunstrent
Psaut. de Trin. Coll.) ; repost repuns (reponuit SB.
523, reponu Gaufr. p. 210). — Premere et ses composés :
priendre ; prés. priem Ben. I, 213 ; parf. depriens LRs 203.
281 ; part. prient Ben. I, 241, espriens. — Prendere : prendre
prenre
, bourg, comme prov. penre ; pren (preng etc.),
prendons, prendent prennent ; preigne prenge ; prenoie (nd) ;
Pris et prins, prensis etc. pristrent (prindrent) ; pl.q.p.
presdre presdra Pass., Léger ; imp. subj. presisse preisse ;
part. pris prins. — Pungere : poindre ; point prés. 3e,
poignons ; poins et pois Rou v. 913, Ben. I, p. 176 ; point.
Quærere : querre, seulement depuis la fin du XIIIe siècle querir
(Burguy) ; quier, quiers, querons, quierent ; querge ; quis,
quesis ; quis (pour une forme faible queru voy. M Mont. 445). —
Radere : raire ; rai, rais, rait, raons ; res Brut. II, 214 ;
res. — Ridere : rire ; ris ; ris. — Salire : saillir ; le parf.
sals ne se trouve pas, on ne rencontre que l'imparf. subj. sausist
Trist
. I, 46. — Scribere : escrivre escrire ; escrif,
escrivons ; parf. escris, escrist (escriut Mousk.) ; escrisse
(déjà aussi escrivisse) ; escrit escriut. — Sedere : seoir, pic.
seïr ; siet, sieent ; siee (siece) ; sis (3e sist Fragm. de Val.),
sistrent sisent ; seisse ; serrai ; sis. La différence entre sedēre
et sidĕre, pr. sezer, parf. sec, et sire, parf. sis, ne se fait plus
sentir en français. — Solvere : solre (ldr, rr) ; sol soil, sollent ;
solle soille ; parf. sols ; part. sols (solt) et solu ; le parf.
postérieur solus semble formé sur ce dernier. — Spargere :
espardre ; espars ; espars ; voy. Orelli 214. — Specere dans
despire (de-spicere) ; despi, despit, despisent MFr. II, 63 ;
despise ; despisoie Poit. 36 ; despist parf. 3e MFr. II, 449 ;
despit. — Spondere dans respondre responre ; respon,
-ondent -onent ; respons (d'après le subj. responsist Ben.
II, 39) ; d'ailleurs faible respondi ; part. respondu. — Stinguere :
estaindre ; estains ? etc. — Stringere dans estreindre
et destreindre ; estreins Havel. p. 14 ; estreit. — Struere
dans destruire ; destrui, -uient ; destruioie ; destruis ; destruit.
Surgere : sordre ; sort, sordent ; sors, sorst ; sors
(d'où le subst. source), part. prés. sordant. Resordre ; parf.
resors, on emploie aussi la forme empruntée au latin : surrexi
3e pers. FC. II, 399, surrexis 2e pers. PDuch. p. 75,
resurrexis Rol. p. 92 ; part. surrexis (-ectus) Roncisv. 56,
QFA. v. 792. — Tangere dans ataindre (at-ting.) ; atains ;
227ataint
. — Tergere : terdre ; ters Grég. ; ters. — Tingere :
teindre ; teins Trist. II, 99 ; teint. — Tollere : voy. la classe
suivante. — Torquere : tordre ; prés. tort tuert ; subj. torge ;
parf. tors, detuerst Rol. Mich. 62 (dis-torsit) ; tors Ren.
II, 302. — Trahere : traire ; tráis, tráistrent Ben. I, 228 ;
trait. — Tremere : cremre norm., cremoir bourg., cremir
pic ; de cremre est sorti crembre, enfin crendre ; prés. criem,
criens, crient ; parf. creins, creinstrent, de même cremui
de cremoir et cremi de cremir ; part. crient Trist. II, 138
(= tremitum dans Priscien), de même cremu. — Ungere :
oindre ; oing ; oins Trist. II, 99 ; oint. — Velle voy. la
classe suivante. — Volvere : voldre Orelli 243 ; parf. vols ;
part. vout (volsu RMont. 134, 9).

IIIe Classe. Parf. ui, oi. Bibere : boivre, plus tard boire ;
boif, bois, boit, bevons, -ez, boivent ; bui, beverai (vr) ;
beü. Peu à peu se montrent des formes avec u radical ; comme
dans buvoie, buvrai. — Cadere : chaoir cheoir, pic. keïr
cheïr
 ; chiet (diphthongué de chet), chaons, chieent (chient
Er
. 5909) ; chiee, pic. chiece ; cheü, cheürent, aussi chaï
FC
. II, 55, chaïrent ; charrai ; part. cheü et chaït LJ. 507u,
de même chaoit cheoit (de-chaet Trist. II, 28). — Calere :
chaloir impers, (importer) : chalt (chielt Eulal.) ; chaille ;
chaloit ; chalut
 ; avec une flexion en s, subj. chalsist ; chaldra ;
chalu
. — Capere dans les composés comme recevoir reçoivre
(re-cip.) etc. ; -çoif et -çoi ; -çui ; -ceü. — Credere : croire ;
croi
, créons, croient ; crui et creï Part. II, p. 67. 95, 3e pers.
creï GNev. p. 6 ; creüsse et creïse FC. II, 108, GNev. 18 ;
crerrai ; creü. — Crescere : croistre pic. crui (creis Orelli
210) ; creü. — Currere : courre et courir, courui ; couru.
Il faut observer encursist pour encourust Trist. II, 91, comp.
ital. corsi. — Debere : dovoir bourg. pic. ; doi, devons etc. ;
doive ; dui ; deü. — Dolere : doloir ; duel, doil, duelent ;
dolui
(subj. dousisse Chev. au lyon p. 231 qui renvoie à un
parfait en s, ital. dolsi) ; doldrai (rr) ; dolu. — Habere p. 210.
Composés : mentevoir et mentoivre, ament-, rament- (remémorer) ;
-mentui Ignaur. 13, menteü Parton. II, 133,
GNev. 54. — Jacēre : gesir ; gis (gies), gis, gist, gisent
(giesent) ; gise (giese) ; jui, jut ; geüsse ; gerrai ; geü. —
Legere : lire (leire SB.) ; li, lis, lit list, lisons ; lise ; lui,
leüs, lut, mais aussi d'après la deuxième classe lis, leïs, list,
listrent, comme ital. lessi ; leüsse et leïsse ; leü et lit (leit).
Licere : loire ; list loist ; loise ; lisoit ; lut ; leüst ; loira ;
228leü
= prov. legut ne se trouve pas. — Molere : molre (ldr,
rr) ; molui ; morrai etc. ; molu. — Mori : morir ; muir muer
etc. (Burguy), muers, muert ; muire muere moerge ; morui
et même mori (Orelli) ; morusse morisse ; mort. — Movere :
movoir (muevre = prov. mourre, ital. muóvere) ; mui ;
mouverai ; moü meü
. — Nocere : nosir pic. bourg., enfin
nuisir ; norm. nure, enfin nuire ; nuist, nuisent ; nui ; neüsse
(nuisse Ben. I, 401) ; nurrai ; neü. — Noscere dans conostre
conoistre
, conois, -essons, -oissent ; conessoie ; conui ;
coneü
. — Parēre : paroir ; part peirt pert, perent ; pere
perge
 ; parut ; parra perra ; parant ; paru. Paroistre,
comme conoistre. — Pascere : paistre ; paist 3e prés. ; paui
peui poi
 ; peüsse ; paü etc. — Placere : plaisir TCant. et
plaire ; plais, plaist, place plaice ; plaisoie ; plaüi pleüi
ploi
, plot, plorent ; pleüsse ; ploü pleü. — Pluere : plovoir ;
plut ; pleü
. — Posse : pooir ; puis, pues, puet, poons,
pueent, aussi pois, poz, pot, poent ; puisse poisse ; poi, pot
(pod poth Léger), porent ; pl.q.p. póuret Eulal. ; poüsse
peüsse
(peuisse) ; peü 1161. — Sapere : savoir ; sai, ses, set siet
seit
, savons, sevent seivent ; saiche, pic. sace ; saü soi, sot,
sorent (souurent Léger) ; saüsse seüsse ; saverai sarai ;
seü
. — Solere : soloir ; suel, suelt, solons etc. ; défectif,
on ne trouve pas, par ex., le parfait (Burguy II, 114), comp. le
prov. soler. — Stare : ester, qu'on cite ici à cause de son
parfait estut, voy. plus haut p. 215. Le même parfait appartient
aussi à un verbe impersonnel estovoir (être nécessaire), qui
fléchit comme povoir pooir : prés. estuet ; subj. estuisse FC.
II, 66, Part. II, 91 ; estovoit ; estut (estot Trist. II, 89. 90) ;
esteüst Part. II, 135 ; estovra : sur l'hypothèse qui rattache ce
mot à studere voy. mon Dict. étym. II. c. — Tacere : taisir
229et taire comme plaire ; parf. par ex. toü Ire pers. LJ. 473o
(pour toüi), taüt SB. 548, taürent. — Tollere : tolre (ldr),
tolir est beaucoup plus usité (déjà dans Eulal.), et montre une
flexion richement développée, par ex. prés. tol ; toille ; parf.
tolui, tolut, aussi toli, en s tolst tost NFC. II, 14, tolrent ;
tolusse tolisse tolsisse ; tolrai
(ldr, rr) ; part. tolu, de même
toloit toleit LJ. 469u, Grég., Rol., Ben., Rou., Trist. —
Valere : valoir ; val ; valle vaile vauge ; valui, valut FC. II,
10 ; valsisse, valsist, on ne trouve pas d'indicatif vals ; valrai
(ldr, rr) ; valant et valissant ; valu. — Velle : voloir ;
encore un verbe à formes multiples, par ex. voil vuel, vols
vuels
, volt vuelt, volons, vuelent ; voille etc., on trouve des
parfaits aux formes avec s, vols, volsis (même valsis), volst
volt
, volsimes (voss.), volstrent volrent voldrent Eulal. ;
d'autres avec un u de dérivation, comme en français moderne,
depuis la fin du XIIIe siècle seulement ; subj. volsisse (valsisse) :
d'après H. Etienne, vousisse est aussi autorisé que voulusse
Hypomn
. p. 205 ; volrai voldrai (valrai) ; volu.

Anomaux. Benedicere : (norm. et encore dans des dictionnaires
du XVIe siècle) beneistre benistre, d'ailleurs beneïr ;
prés. 3e beneist ; parf. benesqui LRs 144, Havel. 27, Charl.,
MFr. II, 475 ; fut. beneisterai ; part. benescut ibid. 430,
d'ailleurs beneoit benoiet, prov. benezeit. — Vivere : vivre ;
parf. vesqui (vist = vixit semble être un latinisme : la fu e
vist tresque la fin Rou
. II, 61) ; part. vescut et même vesquit.
Irasci : iraistre ; parf. ? part. irascu Trist. I, 153, de
même irié. — Nasci : nastre naistre ; nasqui ; nascu Ben.
II, 83, aussi neit (nasquit voy. Orelli, dans P. Ramus on
trouve même l'inf. nasquir).

b) Conjugaison du français moderne.

Flexion personnelle. 1) La Ire pers. sing. a dans la plupart
des cas pris une terminaison qui n'est connue ni de la langue
mère, ni d'aucune des langues sœurs, ni même du français dans
son état le plus ancien. Cette terminaison est s, et les cas où elle
se trouve appliquée sont les suivants : a) Au présent de la
deuxième et de la troisième conjugaison, y compris les verbes
forts : v.franç. crien, vend, sent, fai, voi, di , franç.mod.
crains, vends, sens, fais, vois, dis . Le verbe ai (habeo) s'est
préservé de cette s, de même que cueille et saille, dont la
terminaison concorde avec celle de la première conjugaison. Le
230singulier de l'impératif n'a pas été mieux traité : croi, pren,
reçoif ; crois, prends, reçois ; même à la première conjugaison
il ne peut se passer de cette s devant les particules en et y, comme
dans donnes-en, portes-y. Dès le XIIIe siècle cette s apparaît fréquemment
à ce temps, mais au moins jusqu'à l'époque de Racine
l'application n'en était nullement indispensable ; on écrivait
l'impératif avec ou sans s, ainsi que l'observe aussi R. Etienne
Hypomn. p. 197. b) A l'imparfait de l'indicatif et au conditionnel :
v.fr. chantoie, chanteroie, fr.mod. chantais, chanterais. La
terminaison e est encore très-usitée au XVIe siècle, par ex. chez
Marot, R. Etienne et Ramus, au moins à la Ire pers. ; on conjuguait
j'aimoye, tu aimois, il aimoit, mais déjà aussi j'aimois.
à) Au parfait de la IIe et de la IIIe conjugaison et dans toutes les
formes fortes de ce temps : v.franç. rendi, dormi, fi, corui,
franç.mod. rendis, dormis, fis, courus ; cette s aussi se
remarque déjà vers le milieu du XIIIe siècle, L'e muet, sauf le cas
cité de l'impératif, ne prend pas cette finale, et là où elle s'est
introduite l'e a été absorbé, comme dans chantais, non pas chantaies.
La flexion ai (chantai) ne prend pas non plus l's. Maintenant
comment se rendre compte de cette lettre paragogique ?
Pour le présent, on pourrait dire que l's de la troisième conjugaison
mixte (fleuris) a donné l'impulsion, mais les autres cas
ne s'expliqueraient pas de cette façon. Une autre cause pourrait
exister dans l'hiatus qui se produit devant des voyelles initiales et
que la langue française aurait évité en ajoutant à la finale vocalique
une s, comme elle fait dans un autre cas en ajoutant un t. On
prononçait par ex., comme Ramus, p. 28, l'observe en indiquant
cette cause, je ris et pleure, bien qu'on écrivît je ri et pleure.
Une troisième explication semble plus acceptable. Comme l's
ajoutée fait concorder la Ire et la 2e pers., on l'a expliquée par
un transport de la 2e à la Ire. De semblables assimilations ne
semblent pas s'être produites dans les autres domaines romans ;
en français la désignation explicite je et tu, devenue usuelle,
pouvait, il est vrai, favoriser cette identité de forme, car ces
petits mots avaient pris en quelque sorte le rôle de la flexion.
Divers dialectes français attribuent même à tout le singulier et à
tout le pluriel une seule et même forme 1162. — 2) Le t de flexion
231est resté partout au pluriel ; au singulier il s'étend à quelques
cas du présent ind., à l'imparfait des deux modes, au parfait de
la deuxième et de la troisième conjugaison, de même qu'au
conditionnel. Mais si la 3e pers. se termine par une voyelle, et
qu'elle soit suivie d'un mot enclitique avec une initiale vocalique,
on intercale toujours un t, où il est difficile de ne pas reconnaître
un débris de l'ancienne flexion (t. Ier, p. 175) : ainsi dans a-t-il,
viendra-t-elle, aime-t-on . Les anciens ne craignaient pas
l'hiatus plus ici qu'ailleurs, ils employaient par ex. sera il,
verra on avec la valeur de trois syllabes. Bèze p. 36 enseigne,
il est vrai, que le t, même là où il n'est pas écrit, doit cependant
être prononcé, parle-il, ira-il comme parlet-il, irat-il, c'est
ce que Ramus dit pour l's, et il n'y a pas à le contester pour
leur époque. — 3) La Ire du pluriel n'a conservé la finale emes
(sauf au parfait) que dans sommes. — 4) La 2° plur. se comporte
comme dans l'ancienne langue : es, au lieu de la forme dominante
ez, est conservé au parfait (chantâtes) et là où le radical
a l'accent, c'est-à-dire dans êtes, dites, faites. — 5) La flexion
de la 3e plur. devient absolument muette, comme l'enseignent
déjà les grammairiens du XVIe siècle, de sorte que chantaient
par ex. est disyllabique et donne une rime masculine. Mais en
vieux français cette rime est féminine, par conséquent on entendait
au moins la voyelle. Charles d'Orléans encore emploie
doivent comme disyllabe, avoient comme trisyllabe. Alain
Chartier prononce firent en deux syllabes, Villon percent,
voyent en deux syllabes, estoient en trois, mais déjà vouldroy-ent,
aimoi-ent en deux, Cl. Marot sentent, eussent en deux,
estiment en trois, mais soient en une, estoi-ent, vouloi-ent,
sembloi-ent en deux syllabes. Des dialectes prononcent encore
aujourd'hui chantont, mettont etc. ; en vieux français on trouve
même des terminaisons telles que fussient et fussant, voy.
Burguy I, 266.

Il y a peu de remarques générales à faire sur les modes et les
temps après ce qui a été dit plus haut à propos de l'ancienne
conjugaison et ce qui sera indiqué plus bas dans le tableau.
Au futur l'assimilation est plus restreinte que chez les anciens.
En ce qui concerne l'impératif, avoir, être, savoir et vouloir
empruntent les 2es pers. sing. et plur., en partie un peu modifiées,
au subjonctif : aie (subj. aies) ayez, sois soyez, sache sachez
232(subj. saches sachiez), veuille veuillez (subj. veuilles vouliez).
A la Ire plur. du parfait la voyelle de dérivation reçoit
maintenant toujours le circonflexe, en raison de l'ancien sm
inorganique : chantâmes, fûmes.

Finale du radical. 1) Il est à peine nécessaire de rappeler que
c, quand il a le son sifflant, est muni de la cédille devant a, o, u :
placer, plaçais, plaçons ; recevoir, reçu ; et aussi que g dans
le même cas se fait accompagner d'un e : manger, mangea,
mangeons , v.fr. en général manger, manjons. Gu conserve
l'u placé devant l'e comme signe étymologique, aussi devant a
et o : distinguer, -gua, -guons (non pas -ga, -gons. — 2) Y
alterne avec i de telle sorte que celui-ci se place devant l'e muet
ou les consonnes, celui-là devant i et les voyelles accentuées :
essaie, voie, sois, fuir, croire ; essayons, voyez, soyez,
fuyant, croyons, croyions . L'i radical, lorsqu'il n'appartient
à aucune diphthongue, peut s'introduire immédiatement devant
l'i de flexion, comme dans riions, priiez. — 3) Un cas qui ne
concerne que la voyelle devant la finale du radical au présent,
de même qu'aux futurs de la première conjugaison, est que l'e
accentué y est marqué du grave lorsqu'il est aigu ou muet à
l'infinitif, du circonflexe lorsqu'il a aussi cet accent à l'infinitif :
posséder possède posséderai, mener mènent mènerai etc. ;
l ou t peut dans beaucoup de verbes en se redoublant rendre
superflu le signe d'accentuation : appeler appelle (appèle),
jeter jettent (jètent).

Flexion des verbes auxiliaires.

1. Avoir. — Ind. prés. ai, as, a, avons, avez, ont . Imparf.
avais, avais, avait, avions, aviez, avaient . Parf. eus, eus,
eut, eûmes, eûtes, eurent. Fut. aurai, auras, aura, aurons,
aurez, auront. Subj. prés. aie, aies, ait, ayons, ayez, aient .
Imparf. eusse, eusses, eût, eussions, eussiez, eussent . Cond.
aurais (= imparf. ind.). Impér. aie, ayez. Gér. ayant. Part.
eu. La périphrase s'opère avec le même verbe : ai eu etc.

2. Être. — Ind. prés. suis, es, est, sommes, êtes, sont .
Imparf. étais, étais, était, étions, étiez, étaient . Parf. fus,
fus, fut, fûmes, fûtes, furent. Fut. serai, seras, sera,
serons, serez, seront. Subj. prés. sois, sois, soit, soyons,
soyez, soient. Imparf. fusse, fusses, fût, fussions, fussiez,
fussent. Cond. serais. Impér. sois, soyez. Gér. étant. Part.
été. La périphrase se fait avec avoir : ai été etc.233

Tableau de la conjugaison.

tableau Ind. prés. | chant-e | chant-es | chant-ons | chant-ez | chant-ent | Imparf. | chant-ais | chant-ait | chant-ions | chant-iez | chant-aient | Parf. | chant-ai | chant-as | chant-a | chant-âmes | chant-âtes | chant-èrent | Fut. | chant-erai | chant-eras | chant- era | chant-erons | chant- erez | chant- eront | Sub. prés. | lmparf. | chant-asse | chant-asses | chant-ât | chant-assions | chant-assiez | chant-assent | Cond. | chant-erais | chant-erait | chant-erions | chant-eriez | chant- eraient | Impér. | vends | vend | vend-ons | vend-ez | vend-ent | vend-ais | vend-ait | vend-ions | vend-iez | vend-aient | vend-is | vend-it | vend-îmes | vend-îtes | vend-irent | vend-rai | vend-ras | vend-ra | vend-rons | vend-rez | vend-ront | vend-e | vend-es | vend-isse | vend-isses | vend-ît | vend-issions | vend-issiez | vend-issent | vend-rais | vend-rait | vend-rions | vend-riez | vend-raient | pars | part | part-ons | part-ez | part-ent | part-ais | part-ait | part-ions | par-tiez | part-aient | part-is | part-it | part-îmes | part-îtes | part-irent | part-irai | part-iras | part-ira | part-irons | part-irez | part-iront | part-e | part-es | part-iez | part-isse | part-isses | part-ît | part-issions | part-issiez | part-issent | part-irais | part-irait | part-irions | part-iriez | part-iraient | fleur-is | fleur-it | fleur-issons | fleur-issez | fleur-issent | fleur-issais | fleur-issait | fleur-issions | fleur-issiez | fleur-issaient | (= part.) | fleur-irai | fleur-isse | fleur-isses | fleur-irais234

tableau chant-ez | vend-ez | part-ez | fleur-issez | Inf. | chant-er | vend-re | part-ir | fleur-ir | Gér. | chant-ant | vend-ant | part-ant | fleur-issant | Part. | chant-é | vend-u | part-i | fleur-i

Temps périphrastiques : ind. ai chanté, avons chanté ; de
même avais ch. ; eus ch. ; aurai ch. ; subj. aie ch. ; eusse ch. ;
aurais ch
. ; inf. avoir ch. ; gér. ayant ch. — Passif : ind.
suis chanté, ée, sommes chantés, ées ; de même étais ch. ;
fus ch. ; ai été ch. ; avais été ch. ; eus été ch. ; serai ch. ;
aurai été ch
. ; subj. sois ch. ; fusse ch. ; aie été ch. ; eusse été
ch.
 ; serais ch. ; aurais été ch. ; inf. être ch. ; avoir été ch. ;
gér. étant ch. ; ayant été ch.

Ire Conjugaison. — L'r finale de l'infinitif est muette,
mais elle a dû être anciennement sonore, car elle rime, et cela
jusque dans le XVIe siècle (voy. Quicherat, Traité de versif.
franç
. 2e éd. p. 334), avec des noms en r sonore, comme
mer (lat. mare). Le futur a un exemple de formation irrégulière
dans enverrai de envoyer. Cependant la langue poétique
se débarrasse assez souvent de l'e de dérivation : ainsi dans
oublîrai, avoûrai, emploîra.

Verbes isolés. 1) Aller, vadere et ire produisent un verbe
complet : aller ; vais, vas, va, allons, allez, vont ; aille ;
va
, allez ; allais ; allai ; allasse ; irai ; irais ; allant ; allé.
2) Défectifs : Puer (putere) n'est usité qu'à l'infinitif, au
présent et à l'imparfait ind. et au futur. Tisser (texere) ne
s'emploie qu'à l'infinitif.

IIe Conjugaison. — Ses verbes réguliers sont : battre,
coudre (consuere), fendre, défendre, fondre, mordre, è et ré-pandre,
pendre, pondre (ponere), répondre, rendre,
rompre, descendre, tendre, tondre, tordre (torquere),
vaincre, vendre.

Verbes isolés. 1) Deux des verbes réguliers présentent une
certaine irrégularité qui provient de ce qu'ils ont une double
forme, d'où résultent des oppositions tantôt inévitables, tantôt
arbitraires. Coudre est pour cous're, de là prés. couds, cousons
(et non coudons) ; parf. cousis ; part. cousu (lat. consutus).
Vaincre a le prés. vaincs, vaincs, vainc, vainquons (pour
-cons) etc. ; le parf. vainquis, le part. vaincu. — 2) Suivre
(sui-v-re directement de sui-re p. 217) ; prés. suis, suivons ;
parf. suivis ; part. suivi de l'ancien sivir, ital. seguire. —
3) Beaucoup de verbes autrefois forts, ou qui l'étaient primitivement
en latin, mettent, comme dans la conjugaison faible, leur
235parfait en harmonie avec les formes du présent accentuées sur la
flexion, mais conservent leur participe fort. Ce sont : a) ceux en
-indre, lorsque ind se fonde sur le latin ng ou m : ceindre,
éteindre, feindre, en-freindre, joindre, oindre, peindre,
plaindre, poindre, a-, restreindre, con-traindre, teindre,
atteindre, craindre (tremere), empreindre (im-primere).
Ils fléchissent : prés. ceins, ceins, ceint, ceignons, -ez, -ent ;
ceigne
; imparf. ceignais ; parf. ceignis ; part. ceint, et ainsi
joint, plaint, craint etc. b) Cinq verbes en -uire : cuire
(coquere), -duire dans les composés (con-, de-, enduire etc.),
luire, nuire, -struire dans les composés (con-, instruire,
détruire ). Flexion : prés. cuis, cuisons (de cocimus pour coq.,
comp. faisons de facimus), cuisez, cuisent ; cuise ; cuisais ;
cuisis
 ; -cuit, -duit, -struit, mais lui, nui. c) Ecrire pour
écrivre ; écris, écrivons, -vent ; écrivis ; écrit. — 4) Défectifs :
Braire ; brait, braient ; braira ; brairait. Bruire ; bruit ;
bruyait
, -aient ; bruyant. Frire (frigĕre) ; fris, fris, frit
prés. ; frirai ; frirais. Tistre, qui a été remplacé aujourd'hui
par tisser, a chez les grammairiens du XVIe siècle les formes
ti, tis, tist, tissons etc. ; part. tissu (aujourd'hui encore). Pour
d'autres, tels que clore, paître, sourdre, traire, voj. plus bas
à la flexion forte.

IIIe Conjugaison. — La troisième pure ne peut plus présenter
maintenant en fait de verbes complètement réguliers que
les suivants : bouillir, cueillir, dormir, fuir, mentir, partir,
repentir, assaillir, sentir, servir, sortir, ressortir. Le
français moderne ne possède que deux verbes à flexion pure et
mixte à la fois, partir et saillir, car dans sortir il semble que
deux radicaux différents se sont rencontrés ; mais même dans
ces deux verbes le mode de flexion dépend de la signification.
Le présent pour l'euphonie syncope la consonne devant la
flexion : bouillir, bous, bous, bout, bouillons etc., subj.
bouille, impér. bous ; dormir, dors, dort, dormons ; mentir,
mens, ment, mentons ; repentir, repens, -nt, -ntons ;
sentir
, sens etc. ; servir, sers, servons ; sortir, sors, sortons .
Cueille et assaille, ainsi que nous l'avons remarqué, ne prennent
pas d's à la Ire sing. (mais en v.fr. cuelt, assaut, comme
le fr.mod. bout), la 3e fléchit comme la Ire, il en est de même en
outre des verbes, qui seront mentionnés plus bas, qui ont un participe
en -ert.

Verbes isolés. 1) Vêtir, part. vêtu au lieu de vêti ; prés.
vêts, vêt etc. — 2) Offrir, souffrir, couvrir, ouvrir ont les
236participes forts offert, souffert, couvert, ouvert ; prés. offre,
souffre, couvre, ouvre. — 3) Défectifs. Faillir (de fallere) ;
faillais etc. ; faillis etc. ; faillant ; failli. Comp. falloir plus
bas p. 239. Férir n'est usité que dans la phrase sans coup férir.
Ouïr ; parf. ouïs etc. ; subj. ouïsse etc. ; part. ouï. Saillir
s'emploie seulement à la 3e pers. de quelques temps, comme
saille, saillait ; ses composés as- et tressaillir sont complets.

A la troisième conjugaison mixte appartiennent des verbes
de la deuxième et troisième latines, comme emplir, fleurir (où
il faut observer florissais et florissant à côté de fleur-),
frémir, jouir, envahir, convertir ; de la quatrième finir,
hennir, nourrir, répartir, périr, punir, saillir, asservir,
sortir qui n'est usité qu'à la 3e pers., assortir, ressortir ; des
verbes créés à nouveau sont choisir, garantir, haïr etc. Ce
dernier est anomal en ce sens qu'au singulier du présent ind. et
à l'impératif il ne prend pas de forme inchoative : hais, hais,
hait , mais plur. haïssons, haïssez, haïssent ; haïsse, haïssions ;
hais
, haïssez ; haïssais ; haïs parf. rare ; haïssant, haï.

Flexion forte. — Elle a fait des pertes importantes dans la
nouvelle langue. Beaucoup de ses verbes ont tout-à-fait disparu
de l'usage : ainsi ardre, escorre, raembre, aerdre, maindre,
espardre, despire, terdre, voldre, loire, tolre . D'autres ont
perdu précisément la caractéristique de la flexion forte, le parfait,
et sont devenus défectifs ailleurs encore, comme éclore,
semondre, traire, chaloir, gésir, ester (imparf. étais).
D'autres enfin se sont rangés à la flexion faible, comme notamment
ceux en -indre et -uire cités plus haut, comme ensuite
écrire, et plus décidément encore, même au participe, mordre,
pondre, répondre, tordre. Il en était autrement encore au
XVIe siècle ; les grammairiens de cette époque citent par ex. des
verbes comme ardre, chaloir, cheoir (complet), douloir,
aherdre, semondre, aparoir, raire, seoir (complet), sourdre
souloir
, espandre, tistre qui ont disparu plus tard.

Le parfait de la deuxième classe provient de l'ancienne forme
syncopée là où elle existait, seulement la voyelle radicale subit
également la syncope. Il en est de même pour celui de la troisième
classe, mais ici l's paragogique qui nous est connue supplante
la voyelle de flexion i qui existait encore en vieux français
à la Ire sing. : de dui est sorti le moderne dus. Du reste la
finale oi de cette classe est généralement ramenée à ui, c'est-à-dire
à us.237

tableau v.fr. | di-s | fr.mod. | de-is | d-is | di-st | di-t | de-ismes | d-îmes | de-is tes | d-îtes | di-strent | di-rent | d-ui | d-us | de-us | d-ut | de-usmes | d-ûmes | de-ustes | d-ûtes | d-urent

L'imparfait du subjonctif fléchit : disse, disses, dît,
dissions, dissiez, dissent ; dusse, dusses, dût, dussions,
dussiez, dussent . L's double qui lui est essentielle persiste
même lorsque n précède, par ex. ind. tins, subj. tinsse, tinsses,
tînt, tinssions. — Il va de soi qu'au participe de la troisième
classe la voyelle radicale tombe comme au parfait, ainsi de
l'ancien deü 1163

Liste des verbes.

Ire Classe. — Facere : faire ; fais, faisons, faites, font ;
fasse
 ; fais, faites ; faisais ; fis ; ferai ; faisant ; fait.
Composés : con-, suf-fire : -fis, -fisons, -fisent ; -fis ; confit,
mais on a suffi. — Tenere : tenir ; tiens, tenons, tiennent ;
tienne
 ; tiens, tenez ; tins, tînmes, tîntes, tinrent ; tiendrai ;
tenu
. — Venire : venir = tenir. — Videre : voir ; vois,
voyons, voient ; voie, voyions ; voyais, voyions ; vis ; verrai ;
voyant ; vu
. Pouvoir et prévoir ; fut. -voirai.

IIe Classe. — Cædere dans circoncire ; -cis, -cisons ; -cis ;
-cis
. — Claudere : clore défectif ; clos, clos, clôt ; clorai etc. ;
clorais etc. ; clos part. Éclore déf. ; éclôt, éclôsent ; éclôse,
ent ; éclôra, -ont ; éclôrait ; éclos part. Con- et ex-clure
complets : -clus, -cluons ; -clus ; -clurai ; conclu, mais exclu
et exclus. — Dicere : dire ; dis, disons, dites, disent ; dise-,
disais ; dis ; disant ; dit. Ainsi aussi redire ; les autres composés
ont au prés. -disez pour -dites. Maudire ; prés. -dis,
-dissons, -ez, -ent ; -disse ; -dissais ; -dissant ; pour le reste
comme dire. Bénir suit la troisième mixte ; part. béni, i,
bénit, -ite. — Mittere : mettre ; mets, met, mettons ; mis ;
mis
. — Monere : semondre, n'existe plus qu'à l'infinitif. —
Prendere : prendre ; prends, prenons, -ez, prennent ;
prenne
, prenions ; prenais ; pris ; prendrai ; pris. —
Quærere : querir ne se présente plus qu'à l'infinitif. Complet
238dans ac-, en-, re-quérir ; -quiers, -quérons, -quièrent ;
-quière
 ; -quis ; -querrai ; -quis. Conquérir seulement -quis
parf. et -quis part. — Radere : raire ; n'a plus que le participe
peu usité rais. — Ridere : rire ; ris, rions, rient ; rie ; ris
(ri), riez ; riais, riions ; ris ; ri. — Sedere : seoir déf. ;
sied, siéent ; seyait ; siéra ; siérait ; séant seyant ; sis (seoir,
séant, sis s'emploient dans le sens d'asseoir, les autres formes
dans celui de convenir). Asseoir complet : assieds, -seyons,
-seient ; -seye, -seyions, -seient ; -siérai ; -sis ;-seyant. Surseoir
dans les temps suivants : sursois ; -soyais ; -sis ; -sisse ;
-seoirai
 ; -seoirais ; -soyant ; -sis. — Surgere : sourdre, n'est
employé qu'à l'infinitif et à la 3e sing. du présent ind. sourd. —
Trahere : traire (seulement dans le sens de tirer du lait, Pott
compare le sanscrit duh) ; trais, trayons, traient ; le parfait
manque ; part. trait.

IIIe Classe. — Bibere : boire ; bois, buvons, boivent ;
boive
 ; buvais ; bus ; bu. — Cadere : choir, seulement à l'infinitif
et au participe chu. Déchoir complet : déchois, -oyons,
-oient ; déchus ; décherrai ; déchu. Échoir défectif : échoit
prés., c'est la seule forme ; échus etc. ; échusse ; écherrai ;
écherrais
 ; échéant ; échu. — Calere : chaloir déf., seulement
le prés. chaut dans la phrase il ne m'en chaut. — Capere dans
con-, dé-, per, re-cevoir ; -çois, -cevons, -çoivent ; -çoive ;
-cevais
 ; -çus ; -cevrai ; -çu. — Credere : croire ; crois,
croyons, croient ; croie, croyions, croient ; croyais, croyions,
croyaient ; crus ; cru. — Crescere : croître ; croîs, croissons ;
crûs
 ; crusse ; crû, crue . — Currere : courir, aussi
courre ; cours ; courus ; courrai ; couru. — Debere : devoir,
comme -cevoir (voy. capere), cependant part. , due.
Fallere : falloir impers. ; il faut ; falle ; fallait ; fallut ;
faudra ; fallu, il a fallu etc. Les anciens ne connaissaient
que faillir (p. 226), falloir est un développement postérieur.
Habere : avoir. Le composé ravoir ne doit être employé
qu'à l'infinitif. — Jacēre : gésir déf. ; prés. seulement gît,
gisons, gisent ; imparf. gisait ; gér. gisant. — Legere : lire ;
lis, lisons ; lisais ; lus ; lirai ; lisant ; lu. — Molere : moudre ;
mouds, moulons ; moule ; moulus ; moudrai ; moulu.
Mori : mourir ; meurs, mourons, meurent ; meure ;
mourus
 ; mourrai ; mort. — Movere : mouvoir ; meus,
mouvons, meuvent ; meuve ; mus ; mouvrai ; , mue . —
Noscere dans connaître ; connais, -naît, -naissons, -naissent ;
connus ; connu
. — Parere (parescere*) :paraître comme
239connaître. — Pascere : paître aussi comme connaître, le
parfait manque. Repaître est complet, parf. repus. — Placere :
plaire ; plais, plaît, plaisons ; plaise ; plus ; plu. —
Pluere : pleuvoir ; pleut ; pleuve ; plut ; plu. — Posse :
pouvoir ; puis et peux, peux, peut, pouvons, peuvent ;
puisse
 ; pouvais ; pus ; pourrai ; pouvant (adj. puissant) ;
pu. — Sapere : savoir ; sais, savons, savent ; sache ;
sache
, sachons, sachez impér. ; savais ; sus ; saurai ; sachant
(adj. savant) ; su. — Solvere dans résoudre ; résous,
-sout, -solvons, -solvent ; résolus ; résoudrai ; résolu et
résous, ce dernier sans féminin. Ab- et dissoudre sans parfait ;
part. -sous, -soute. — Tacere : taire comme plaire, mais
le présent est tait et non taît. — Valere : valoir ; vaux,
vaut, valons, valent ; vaille, valions, vaillent ; vaux,
valez ; valus ; vaudrai ; valant (adj. vaillant) ; valu. Prévaloir,
subj. prés. prévale. — Velle : vouloir ; veux, voulons,
veulent (sur la voyelle eu voy. Burguy II, 91) ; veuille,
voulions, veuillent ; veuille, veuillons, veuillez ; voulais ;
voulus
 ; voudrai ; voulu.

Anomaux. Vivere : vivre ; vis, vit, vivons ; vécus ; vécu.
Nasci : naître ; nais, naît, naissons ; naisse ; naquis ;
naissant
 ; .

6. Conjugaison valaque 1164.

Il est remarquable que malgré la dégradation considérable du
système phonique primitif et le mélange d'éléments étrangers
presque sans exemple qu'a subi la langue valaque, sa conjugaison
n'a pas beaucoup plus souffert que celle des autres langues
romanes. En fait, bien que l'influence dace se fasse sentir dans
cette partie de la grammaire valaque, et lui donne un coloris
spécial par le déplacement des voyelles et diverses particularités
dans la formation périphrastique des temps, elle est foncièrement
romane et se présente, en face de l'albanais, du slave et du
hongrois, avec une individualité complète 2165.240

En ce qui concerne la flexion personnelle : 1) s, t et nt
tombent : cųntzi (cantas), vinzi (vendis), cųntatzi (cantatis),
cųntę (cantat), tęcù (tacuit), cųntę (cantant), cųntarę (cantarunt) ;
L's seule peut rester, mais en modifiant sa prononciation :
cųntaseśi (cantasses). — 2) Contrairement à toutes les langues
de la même famille, le valaque supporte l'm finale dans deux
temps : cųntam, cųntasem (cantabam, cantassem). — 3) Le
principe est que la 2e pers. des deux nombres se termine toujours
en i et la Ire plur. en m : cųntzi, cųntatzi, cųntęm. Pour la
3e pers. des deux nombres une seule et même forme suffit dans
la plupart des cas, cųntà par ex. pour cantabat et cantabant.
4) On peut constater une certaine régularité dans l'emploi
de ę et e ; le premier représente le latin a, le second e et i ;
la Ire plur. du prés. subj. constitue une exception : elle suit la
forme du présent de l'indicatif.

L'infinitif (que l'albanais, le bulgare et le grec moderne ne
possèdent pas) avait d'abord la terminaison pleine -re, mais
aujourd'hui l'emploi de cette forme n'est tout au plus concédé
qu'aux poètes, autrement on l'apocope et l'on dit cųntà, face,
auzí pour cųntare, facere, auzire. Ce n'est que comme substantif
que ce mode conserve la forme complète : fi être (fieri),
fire (fém.) essence, nature, voy. la Syntaxe. Une particularité à
remarquer est que la préposition a accompagne presque toujours
l'infinitif, même lorsqu'une autre préposition précède ; on dit
a scrie (scribere), de a scrie, pentru a scrie. — Le futur
est aussi rendu ici par l'union de l'infinitif avec un verbe exprimant
le futur, seulement ce verbe n'est pas habere, mais velle :
voiu cųntà (volo cantare) et vream cųntà (volebam cantare).
Toutefois anciennement la périphrase du futur se faisait
aussi avec habeo et un verbe à l'infinitif : avem a dà « nous
avons à donner, nous donnerons ».

Présent de l'indicatif. 1) La Ire pers. se compose du radical
seul : cųnt, vind ; mais plus anciennement, comme on peut le
supposer, elle rendait la voyelle de flexion o généralement par u,
ce qui n'a plus lieu aujourd'hui qu'après i et après un groupe
de consonnes qui exige l'appui d'une voyelle : voiu, moriu,
suferiu, aflu, implu, intru, au contraire alerg. L'u reparaît
aussi devant les enclitiques, comme dans le nom devant l'article :
batu-te eu, batu-vę eu « je te bats, je vous bats ». — 2) Le
présent des divers modes est soumis à une modification phonique
en partie inconnue aux autres langues : a) la diphthongaison
est rare : doare de dureà (dolere), doarme de dormí, poate
241de puteà (posse) ; il existe au contraire des cas où le présent a
la voyelle simple vis-à-vis de l'infinitif diphthongué : cunosc
cunoaśte
, scot scoate (excutere). b) Les formes de ce temps
accentuées sur le radical contiennent la voyelle primitive, tandis
que toutes les autres formes verbales la modifient : a passe à ę,
au à ęu, o à u. A cette classe appartiennent tac tęceà
(tacere), laud lęudà, sbor sburà (ex-volare). Le présent
entier de tęceà par exemple se conjugue tac, taci, tace, tęcém,
tęcétzi, tac ; subjonctif tac etc. ; impératif taci, tęcetzi. Mais
ce changement ne se produit pas dans cumpęrà, auzí, pune
etc. — 3) A tout prendre, l'accentuation latine est respectée
dans ce temps, de là cúget (cogito), cumínec (communico),
dúplec (duplico) ; cette règle est sujette à des exceptions comme
apléc (applico), culég (colligo), sufériu (suffero) et beaucoup
d'autres. — Le subjonctif ne se sépare de l'indicatif qu'à
la 3e personne ; c'est dans les verbes et aveà que cette distinction
se fait sentir le plus fortement. — L'impératif a au singulier
sa forme propre ; le pluriel présente la flexion tzi de l'indicatif
(et du subjonctif) et est en conséquence, comme dans la plupart
des autres langues, emprunté à ce dernier temps.

L'imparfait élide partout le b primitif : cųntam, vindeam,
auzeam , et l'orthographe cųntavam n'est qu'illusoire. On a
laissé souvent aussi tomber l'm de flexion de la Ire personne du
singulier afin de la distinguer de la Ire du pluriel.

Le parfait a à sa Ire sing. la terminaison ái, íi, comme en
italien, en outre úi ; ces terminaisons s'écrivaient et s'écrivent
encore dans l'orthographe cyrillique áiu, íiu, úiu et de même
fúiu (avec u muet) pour le lat. fui. Ce temps emprunte sa Ire et
sa 2e, peut-être même sa 3epers. au pl.q.parf. latin : cųntárem,
cųntárętzi, cųntarę, auzíręm, auzírętzi, auzirę (cantaramus
etc.), probablement parce que cųntęm, cųntatzi, auzim,
auzitzi sont déjà employés pour le présent ; cet inconvénient disparaît
pour la forme ui, aussi tęcum, tęcutzi sont-ils également
usités à côté de tęcurem, tęcurętzi. Cependant la dérivation de
ce temps du plus-que-parfait n'est pas absolument certaine, car
ces formes, ainsi que l'a exposé Mussafia, peuvent s'expliquer
aussi d'une autre manière. — Le plus-que-parfait du subjonctif
n'est pas employé par le valaque comme imparfait du
subjonctif, mais seulement comme plus-que-parfait de l'indicatif,
ainsi cųntasem équivaut pour la forme à cantavissem, pour le
sens à cantaveram. La langue achète cet avantage de posséder
un plus-que-parfait simple par le désavantage d'être obligée
242d'exprimer l'imparfait du subjonctif par une périphrase. Au
pluriel de ce temps se produit ici, comme dans les autres
langues, le recul déjà connu de l'accent : cųntásem, cųntásetzi.

Le gérondif s'est conservé ; mais la voyelle de ce temps
devant nd s'obscurcit en ų sourd : cųntųnd, vindųnd, putųnd,
dicųnd, legųnd ; les finales du radical c et g restent ainsi
gutturales. Au lieu de ųnd on emploie cependant ind d'ordinaire
à la troisième conjugaison, ou (pour l'euphonie), lorsque
i ou u précède : morí morind (aussi ųnd), suptzijà suptziind,
incuià incuind, pune puind , mais aussi luà luųnd.
Si un pronom s'unit au verbe, l'u de la flexion reparaît, par ex.
temųnd, temųndu-sę. — Le participe présent est éteint.
Le participe passé ici aussi peut avoir le sens actif ou le sens
passif ; mais la construction de ce temps avec la préposition de
trahit, sous l'apparence du participe, l'existence du supin
étranger aux autres langues, qui ne pouvait s'en distinguer par
la forme : casa aceasta este de vindut « cette maison est à
vendre », greu de suit « difficile à monter », uśor de purtat
« facile à porter ». Les grammairiens valaques comptent aussi
au nombre des participes l'adjectif en toriu, qui exprime l'idée
du présent, fém. toare : cųntętoriu = lat. cantans, invingętoriu
= vincens, fęcętoriu = faciens, puntoriu = ponens.
Uni au participe passé fostu il sert aussi bien à rendre l'idée du
passé : fostul cųntętoriu = cantator qui fuit.

Finale du radical. 1) Comme en italien, les gutturales devant
e, i passent aux palatales, par ex. ind. prés. duc duci, merg
mergi mearge
. 2) T et d se changent devant i en tz et z,
à l'inverse z devant e passe aussi à d, par ex. bat batzi, cugel
cugetzi
, cad cazi, vez (video) veade, crez (credo) creade.
Mais dans quelques verbes le changement du d en z se produit
aussi au gérondif et au participe, ainsi devant ų et u : cazųnd,
śezųnd, vezųnd, cazut etc., de cędeà, śedeà, vedeà, voy. Lex.
bud
. 18. 3) Sc passe devant i à śt : cresc creśti, usc uśti.
4) I (j) tombe devant i, comp. taiu tai pour taji, puiu pui.

Pour la périphrase du passif le valaque diffère considérablement
des autres langues. 1) D'ordinaire on emploie l'actif en lui
donnant la forme réfléchie : eu mę laud (= lat. laudor), tu te
lauzi
, el sę laudę, noi ne lęudęm, voi vę lęudatzi, ei sę
laudę
. L'ital. io mi lodo donne un tout autre sens. Le bulgare
agit de même, mais son pronom lui représente, à la façon
slave, toutes les personnes, par ex. fálè sù « je me loue, je suis
loué », fáliś sù « tu te loues, tu es loué » etc. 2) Le passif peut
243toutefois aussi être formé périphrastiquement au moyen de esse ;
mais alors le participe conserve l'idée du passé, c'est-à-dire que
frate meu este lęudat équivaut à frater meus est laudatus
(voy. Alexi Gramm. valach. p. 207). La même méthode est
connue aussi des langues slaves. 3) Afin d'éviter des confusions,
car mę laud peut signifier également « je me loue », on dit aussi
bien mę laudę « ils me louent » (Sulzer 227), et cela aussi a
lieu en slave.

Les verbes auxiliaires sont aveà (habere), fi (fieri, comp.,
pour la forme, le lat. arch. firi Voss. Arist. 2, 13. 5, 38), voiì
ou vreà (velle).

1. Aveà. — Ind. prés. am, ai, are (au), avem (am),
avetzi (atzi), au. Imparf. aveám, aveai, aveà, aveam,
aveatzi, aveà. Parf. avúi, avuśi, avù, avuręm, avurętzi,
avurę ; parallèlement avuséi, avusęśi, avuse, avusem, avusetzi,
avuserę. Pl.q.p. avúsem, avuseśi, avuse, avusem,
avusetzi, avuse ; parallèlement avusésem etc. Subj. prés. am
(aib), ai, aibę, avem, avetzi, aibę. Impér. aibi, avetzi. Gér.
avųnd. Part. avutoriu, avut. La périphrase s'effectue comme
à l'actif. — Remarque. Am pour habeo est une forme singulière,
car m ne procède pas d'ailleurs de b ; le mot albanais
est kam, mais il est peu probable qu'il se soit ingéré ici. On
s'étonne aussi de trouver are pour habet.

2. . — Ind. prés. sųnt, eśti, este (iaste), sų́ntem, sų́ntetzi,
sųnt. Imparf. erám, erai, erà, eram, eratzi, erà .
Parf. fui, fuśi, , furęm et fum, furętzi, furę ; aussi
fusę́i, fusęśi, fuse, fusęm et fusęręm, fusętzi et fusęrętzi,
fuserę. Pl.q.p. fusésem (fusem manque), fuseseśi, fusesę,
fusesem, fusesetzi, fusesę . Subj. prés. fiu, fii, fie, fim, fitzi,
fie. Impér. , fitzi. Gér. fiind. Part. fiitoriu, fost. opère
la périphrase avec lui-même, au parfait seulement avec aveà :
am fost (j'ai été), au contraire eram, fiu fost et même fiu fost
fost
(j'aurais été). — Remarque. Les formes communes à tout
le domaine roman essere, essendo, stato n'ont pas pénétré ici :
fieri a donné l'infinitif, l'impératif, le gérondif et même le subjonctif
présent, tandis qu'il n'a fourni à l'italien qu'un futur (fia) ;
de fui on a tiré ici un participe fost = it. stato. Dans le valaque
du sud fieri (hire) s'est plus fortement mélangé. On conjugue :
ind. prés. escu, eśti, eśte (è), himu, hitzi, suntu ; subj. prés.
hiu, hii, hibę, himu, hitzi, hibę . Les formes du présent dans
le valaque du nord doivent s'être formées sur la 3e plur. sunt.

3. Voiì (voì), vreà. — Ce verbe remplit le rôle d'auxiliaire
244dans deux de ses temps, savoir le prés. ind. voiu (aussi oiu),
vei, va, vom, vetzi, vor, et l'imparf. vream, vreai, vreà,
vream, vreatzi, vreà.

Tableau de la conjugaison.

tableau Ind. prés. cųnt | cųnt-zi | cųnt-ę | cųnt-ę́m | cųnt-atzi | Imparf. cųnt-ám | cųnt-ai | cųnt-à | cųnt-ám | Parf. cųnt-ái | cųnt-aśi | cųnt-áręm | cųnt-árętzi | cųnt-árę | Pl.q.p. cųnt-ásem | cųnt-áseśi | cųnt-áse | cųnt-ásem | cųnt-ásetzi | Subj. prés. cųnt | cųntz-i | cųnt-e | Impér. cųnt-ę | Inf. cųnt-à | Gér. cųnt-ųnd | Part. cųnt-ętoriu | cųnt-at | vind | vinz-i | vind-e | vind-em | vind-etzi | vind-eám | vind-eai | vind-eà | vind-eatzi | vind-úi | vind-uśi | vind-ù | vind-úręm | vind-úrętzi | vind-úrę | vind-úsem | vind-úseśi | vind-úse | vind-úsetzi | vind-ę | vind-ém | vind-e, tac-i | vind-und | vind-ętoriu | vind-ut | mintz | mintz-i | mintz-e | mintz-ím | mintz-itzi | mintz-eám | mintz-eai | mintz-eà | mintz-eatzi | mintz-íi | mintz-iśi | mintz-ì | mintz-íręm | mintz-írętzi | mintz-írę | mintz-ísem | mintzí-seśi | mintz-íse | mintz-ísetzi | mintz-ę | mintz-ind | mintz-itoriu | mintz-it | flor-esc | flor-eśti | flor-este | (eaśte) | flor-ím | flor-itzi | flor-eám | flor-íi | (= mintz.) | flor-ísem | flor-eascę | flor-eśte | flor-ì | flor-ind | flor-itoriu | flor-it245

La périphrase présente certaines inégalités ; elle s'opère aussi
bien avec qu'avec aveà, et c'est ce qui a rendu ce premier
verbe peu propre à représenter le passif. Avec on a pris
le participe dans le sens actif : fiu cųntat « que je sois un homme
qui a chanté », comme hortatus sim ; le slave aussi unit de cette
manière le verbe substantif avec le participe passé de l'actif,
par ex. en serbe jesam ígrao « je suis un homme qui a joué ».
Les temps périphrastiques sont les suivants : parf. ind. am, ai,
au, am, atzi, au cųntat etc. ; plus-que-parf. am fost cųntat.
Fut. voiu cųntà. Imparf. subj. a) vream cųntà = cantaturus
essem
 ; b) as, ai, ar, am, atzi, ar cųntà . Parf. fiu cųntat.
Plus-que-parf. fiu fost cųntat. Inf. fì cųntat, aussi fi fost
cųntat
= cantavisse. Cųntętoriu aussi peut se construire avec
. — Remarque. Au 2e imparf. subj. la périphrase s'opère aussi
avec aveà. Ce n'est que pour la Ire sing. qu'on a eu recours au
grec moderne ἄς (ἄς γράφῃ « qu'il veuille écrire », ἄς γράφωμεν
« écrivons »), qui est employé aussi en albanais : as tę skoimę
« allons », voy. Hahn III, 4.

Dans le valaque du sud la conjugaison n'offre pas de différences
sensibles. Bojadschi donne les temps simples et composés
comme suit :

Prés. calcu je marche.

Imparf. calcamu je marchais.

Parf. amu calcatę j'ai marché.

Plus-que-parf. aveam calcatę j'avais marché.

Fut. voi calcare je marcherai.

Fut. cond. si calcarimu si je marchais etc.
si furi ca eu calcu s'il arrive que je marche.

On constate dans ce tableau l'absence du parfait simple (qui
toutefois ne manque pas dans la conjugaison forte) et du plus-que-parfait
simple. Le présent subj. ne se distingue pas du présent
ind., sauf dans les verbes auxiliaires habere et esse. Mais la
particularité la plus remarquable est le futur conditionnel qui
fléchit ainsi :

tableau Sing. | calc-arim (u) | Plur. | calc-arimu | calc-ari | calc-aritu | calc-ari calc-ari

et dans les autres conjugaisons : mintz-irim, vind-urim, arups-erim.
Il semble donc renvoyer au parfait ind., mais il dérive
immédiatement du parfait subj. ou du futur antérieur. La forme
de la Ire sing. im (car l'u n'est qu'une addition extérieure et en
général il est muet) parle clairement pour le premier, le sens
plutôt pour le dernier. On peut croire qu'on a confondu de bonne
246heure les deux temps latins, car ils ne diffèrent qu'à la Ire sing.,
et qu'on a dit cantaverim pour cantavero. Quoi qu'il en soit,
nous devons nous en tenir à la lettre et reconnaître ici une forme
du parfait subj. que ne possède aucune des langues sœurs 1166.

Ire Conjugaison (Inf. à et non ). — Elle compte beaucoup
de verbes où la voyelle radicale change, comme bęgà, prés.
bag, blęstemà blastem (blasphemare), cęlcà calc, lęsà las
(laxare), sęltà salt, lęudà laud, sburà sbor (ex-volare),
purtà port, sculà scol, turnà torn.

Verbes isolés. 1) (dare) a le prés. dau, 3e , plur. dęm
ss. ; parf a) dedęi, dedęśi, dede, dedęręm, dedęrętzi, dedęrę ;
b) dedui etc. comme vindui ; plus-que-parf. dędusem ;
part. dat. Mais dans les anciens textes on trouve un parfait fort
complet : dedi, dedeśi, deade, deadem, deadet, deaderę . —
2) Stà ; stau, stęm ; stętui (Barcinu signale un parf. stetei) ;
stętusem ; stat et stętut qui rappellent statui, statutus. —
3) Andare manque (de même que vadere et ire) et est remplacé
par mearge etc. — 4) Deux verbes, qui syncopent la finale du
radical v, fléchissent d'une façon très-anomale : (lavare),
prés. lau ; parf. lęúi, lęúsi, lęú, lęuręm etc. ; lęúsem ; lęút.
Luà (levare) ; prés. iau, iai, , luom, luatzi, iau ; subj. de
même ; impér. , luatzi ; imparf. luam etc. — 5) Mųnà
(minare) ; prés. mųn et mųiu, mųni mui etc. — 6) Des verbes
qui au présent sing. se terminent par deux voyelles ont à la
3e plur. non pas ę, mais e, par ex. taiu tae (taleare), cette
dernière forme à l'impératif aussi ; incuiu, -cue (includere).

Il existe de plus dans cette langue une première conjugaison
mixte où la terminaison ez s'adapte aux formes du présent
accentuées sur le radical, par ex. ind. et subj. de lucrà :

tableau sing. lucr-ez plur. lucr-em | lucr-ezi lucr-atzi | lucr-eaze (e) lucr-eaze (e)

Impér. lucreaze (ę), lucratzi. Ex. armà armez (armare),
cercetà (circitare*), cętęramà, cętzelà, a-dormità (dormitare),
in-dreptà (directare*), in-fricosà, in-frųnà (infrenare),
lęcręmà (lacrymare), oftà (optare), pęstrà, rųurà
247(rivulare*), in-semnà (signare), umbrà (umbrare), tzità
(citare). Beaucoup de verbes suivent en même temps la flexion
pure et la flexion mixte : ainsi curm curmez, gat gatez, gust
gustez
, mustru mustrez, turbu turbez.

IIe Conjugaison. — C'est à la 2e pers. plur. du présent (vind-etzi,
en face des formes de la première et de la troisième conjugaison,
cųnt-atzi et mintz-itzi), et à l'infinitif qu'elle est le plus
distinctement marquée. Ce dernier temps, d'accord en général
avec le latin, a un e soit accentué, soit atone ; le premier ne se
présente que sous forme de diphthongue, comme en français, par
ex. aveà = avoir. Mais la distinction de la deuxième et de la
troisième conjugaison latine se fait encore sentir dans d'autres
formes du verbe, et c'est là un trait délicat de la conjugaison
valaque. Ainsi au singulier de l'impératif les verbes qui à
l'infinitif ont la voyelle accentuée se terminent en i, ceux qui
l'ont atone en e, comme aveà aibi, tęcea taci, zęceá zaci,
mais bate, preceape, pune sont à l'impératif également bate
etc. Ensuite, à la Ire et à la 2e plur. du présent, les premiers ont
un e accentué, les seconds un e atone, comme en latin : avém
avetzi
, zacém zacetzi (jacemus, -etis), aussi putém putétzi,
mais bátem bátetzi, preceápem preceápetzi, víndem víndetzi.
Malgré cette distinction délicate, la deuxième conjugaison faible
n'existe plus dans l'état actuel de cette langue, car le parfait
faible manque. En italien et en provençal ce temps a été construit
sur l'e de dérivation qui caractérise cette conjugaison à d'autres
formes (vendere vendei), et ainsi a été établie une vraie conjugaison
en E à laquelle seul le participe (venduto) ne s'est pas soumis ;
en espagnol, en portugais et en français ce temps a été simplement
assimilé à celui de la troisième ; en valaque enfin tous les
verbes de cette classe ont passé à la flexion forte ui qui ici, comme
en français, a attiré à elle l'accent. Ce passage de e à u avait été
préparé à vrai dire par la forme du participe ut ; en italien il
ne pouvait se produire parce que dans cette langue l'u est atone
comme en latin, tandis que la conjugaison faible exige un parfait
accentué sur la flexion. Ou bien le valaque ne se serait-il pas
adressé dès le principe à la terminaison ui, qui s'offrait si fréquemment
dans les verbes latins ? A cette question on peut en
opposer une autre : où la Ire sing. du parfait en s de ce dialecte
peut-elle avoir pris la terminaison paragogique ei, si ce n'est dans
la deuxième faible ? Car il est raisonnabe de reconnaître dans
ars-ęi (lat. arsi) le même procédé que dans le provençal visqu-iei
(vixi). Ainsi de vindęi on a sans doute passé à vindui,
248c'est là un phénomène que nous représente clairement la double
forme déjà citée du parfait de , c'est-à-dire dedęi (lat. dedi)
et dedui. L'ancienne flexion a dû en conséquence se présenter
sous cette forme :

tableau Sing. | vind-ęi | Plur. | vind-ęręm | vind-ęśi | vind-ęrętzi | vind-è (eà ?) | vind-ęrę

IIIe Conjugaison. — Les verbes suivants appartiennent à la
troisième pure et ont en partie iu pour u au présent : auzì (prés.
aud), a-coperì (-eriu), dormì (dorm, doarme), su-ferì
(-eriu), fugì, eś-ì (ies, ieśi, iese), su-ì (sub-ire, prés. suiu),
de-lungì, mintzì (mentiri), murì (moriu, i, e, im, itzi, iu ),
perì (peiu, aussi per, pier), putzì (putere), pętzì (pati,
prés.patziu), despęrtzì (-part), scuipì (cracher, pr. escupir),
sorbì, sęrì (salire), venì ; on voit qu'ici aussi il n'y a presque
absolument que des verbes d'origine latine. Bęlbutzì, florì, mirosì
(s'évaporer, μυρίζειν), sentzì, śtì (scire), voiì (velle) etc.
ont en même temps la forme pure et la forme mixte.

Verbes isolés. Venì ; vin et viiu, vini vii, vine ; imp. vinę.
Śti (scire) ; śtiu ; part. śtiut.

La troisième mixte restreint la flexion inchoative, comme
en italien, aux formes du présent accentuées sur le radical.
Exemples de la deuxième et de la troisième latine : albì, acrì,
dorì (dolere), rępì (rapere), contenì, tuśì (tussire), vomì
(vomere) ; de la quatrième lęrgì (largiri), mugì, nutrì, serbì
(servire) ; verbes étrangers ou nouvellement formés : cęrpì
raccommoder, così couper, gųnsì tourner, isdęnì imaginer,
lecuì guérir, pęlì battre, robì voler, vorbì parler et un grand
nombre d'autres.

Beaucoup de verbes d'originj étrangère ont à l'infinitif la
finale ų, au participe ųt ; au présent, la Ire sing. ou n'a pas de
flexion, ou se termine en esc. A cette classe appartiennent oborų,
jeter en bas, abattre (serbe obóriti), oborųt, obor ; omorų
tuer (comp. serbe umrêti mourir), omorųt, omor ; ochęrų
outrager (serbe okárati), ochęrut, ochęresc ; pogorų abattre
(serbepokóriti soumettre).

Flexion forte. — Le nombre des verbes qui lui appartiennent
n'est pas sans importance, mais l'originalité de cette
classe a été sensiblement atteinte par l'avancement de l'accent à
la Ire sing. du parfait.

Présent. 1) L'i ou l'e latin de dérivation a laissé moins de
249traces que dans les langues sœurs : ręmų-iu par ex. doit avoir
son origine dans reman-eo, viu (à côté de vin) dans ven-io.
Au reste on prononce tac (taceo) et non taciu comme l'ital.
taccio, zac (jacio) etc. Puiu (pono) et voiu (volo) peuvent
être rapprochés de l'ital. pongo et voglio. Les traces de la
voyelle de dérivation sont plus fréquentes dans la troisième
faible : ainsi dans acoperiu, moriu, patziu et quelques autres,
voy. la troisième conjugaison. — 2) Au sujet de la flexion il
faut surtout remarquer que la finale palatale du radical de l'infinitif
revient à la gutturale à la Ire sing. du présent, ainsi inf.
face, prés. fac, faci etc. ; mearge, merg, mergi, mearge.

Parfait. 1) La flexion exprimée par un simple i (ital. vid-i)
manque ici. Il n'en est pas de même dans le dialecte du sud qui a
par ex. fetze (fecit) et vine (venit). — 2) Celle en s s'est
conservée, mais elle se fait accompagner à la Ire sing, du suffixe
ęi auquel passe l'accent qui dans les autres cas repose en général
sur le radical. Il s'est donc opéré ici un mélange de la flexion
forte et de la faible : scri-s-ęi pour lat. scrip-si, à peu près
comme dans la forme provençale postérieure di-ss-igui, qui se
laisserait expliquer par un latin dixivi pour dixi (voy. plus
haut p. 204). Le dialecte du sud présente ce temps dans un état
beaucoup plus primitif : il ne connaît ni addition de ęi, ni immixtion
de r au pluriel. Exemple :

tableau Val. du sud | arup-ś | Val. du nord | rup-sę́i | arup-seśi | rup-sę́śi | arup-se | rúp-sę | arup-sem | rúp-sem rúp-sęręm | arup-set | rúp-setzi rúp-sęrętzi | arup-serę | rúp-serę

Plus-q.-parf. rup-seásem, rup-seáseśi etc. — 3) Le parfait en
úi correspond dans le plus petit nombre des cas au latin ui. On
remarque encore pour le pl. úręm úrętzi une forme um, utzi qui
concorde plus exactement avec le latin et qui semble être la seule
existante au sud. On trouve toutefois aussi des formes accumulées,
c'est-à-dire des formes où le parfait, outre sa terminaison
propre, prend encore celle en sęi de la deuxième classe, comme
av-u-sęi, av-u-seśi etc., voy. plus haut p. 244 aveà et . —
Au participe la forme en s a pris beaucoup d'extension, plus
que ne lui en ont donné les langues sœurs, comp. adaos, cins,
dus, intzeles, zis etc., dans lesquels s doit représenter le lat. ct.

Liste des verbes forts.

IIe Classe. — Parf. -sęi, part. -s, -t. Ardere : arde ; arsęi ;
250ars
. — Augere dans adaoge ; adaosęi ; adaos. — Cædere
dans ucide ; ucisęi ; ucis. — Cedere dans purcede ; -cez prés. ;
-cesęi ; -ces. — Cingere dans des-, incinge ; -cinsęi ; -cins.
Claudere dans des-, inchide ; chisęi ; -chis. — Condere
dans ascunde ; ascunsęi ; ascuns. — Coquere : coace ; coc
prés. ; copsęi ; copt. — Currere : curge (arch. cure) ; curg
prés. ; cursęi ; curs. De curr-i-o pour curro est sorti curgu
et le g s'est ensuite fixé dans toutes les formes (Mussafia). —
Cutere * dans scoate ; scot prés. ; scosęi ; scos. — Dicere :
zice ; zic, zici, zice ; zi impér. ; ziceám ; zisęi ; zis. — Ducere :
duce ; duc, duci ; impér. ; dusęi ; dus. — Fervere : ferbe ;
prés. ferb fierb ; fersęi ; fert. — Figere dans infige ; -fipsęi ;
-fipt
. — Frangere : frųnge ; frųnsęi ; frunt. — Frigĕre :
frige ; fripsęi ; fript. — Jungere dans aźunge ; aźunsęi ;
azuns
. — Legere dans alege et intzelege ; -leg prés. ; -lesęi ;
-les
. — Lingere : linge ; linsęi ; lins. — Manere dans
ręmųneà ; ręmųn et ręmųiu, ręmųni, ręmųne ; ręmęsęi ;
ręmas
. — Mergere, emergere : mearge ; merg, mergi ;
mersęi ; mers 1167. — Mittere dans trimite ; -misęi ; -mis
(transmittere). De même dans sumete ; -mesei, -mes (submittere),
voy. Cihac p. 270. — Mulgere : mulge ; mulg,
mulgi ; mulsęi ; muls. — Ningere : ninge (impersonnel) ;
ninsę ; nins. — Pangere dans inpinge ; -pinsęi ; -pins. —
Plangere : plųnge ; plųnsęi ; plųns. — Ponere : pune ;
puiu
, pui, pune, puném, -etzi, pun ; pusęi ; pus. — Prehendere :
prinde ; prinsęi ; prins. — Pungere : punge ;
pung, pungi ; punsęi ; puns. — Radere : rade ; rasęi ; ras.
Regere dans direge ; diresęi ; dires ; prononcé aussi drege
etc. — Ridere : rųde ; rųsęi ; rųs. — Rodere : rode ; rosęi ;
ros
. — Rumpere : rumpe ; rupsęi ; rupt. — Scribere :
scrie ; scriu prés. ; scrisęi ; scris. — Spargere : sparge ;
sparsęi ; spart
. — Spondere dans ręspunde ; ręspunsęi ;
ręspuns
. — Stinguere : stųnge (stinge) ; stųng, -gi ;
251stųnsęi ; stųns. — Stringere : strųnge ; strųnsęi ; strųns.
Sugere : suge ; supsęi ; supt. — Tangere dans atinge ;
atinsęi ; atins
. — Tendere dans tinde ; tinsęi ; tins. —
Tergere dans śterge ; śtersęi ; śters. — Tondere : tunde ;
tunsęi ; tuns
. — Torquere : toarce ; prés. torc, torci ; torsęi ;
tors. De même stoarce. — Trahere : trage ; trag, -gi ; trasęi ;
tras. — Trudere dans petrunde (pertr-) ; petrunsęi ; petruns.
Ungere : unge ; unsęi ; uns. — Vincere dans
invinge ; -vinsęi ; -vins. — A ces exemples Mussafia ajoute
encore quelques parfaits archaïques : incinśi du lat. incendere,
ital. incesi ; deścinśi de descendere, ital. discesi ; viśi de
vivere, ital. vissi.

IIIe Classe. — Parf. úi, part. ut. Batuere : bate ; bętui ;
bętut
. — Bibere : beà ; beau ; bęui ; beut. — Cadere : cędeà ;
cade
3e prés. ; cęzui ; cęzut. — Capere dans in-, preceape ;
-cep ; -cepui ; -ceput. De même incapeà ; -capui ; -caput.
Cernere : cearne ; cernui ; cernut. — Credere : creade ;
cred crez, creade ; crezui ; crezut. — Crescere : creaśte ;
cresc, creśti ; crescui ; crescut. — Dolere : dureà (impers.) :
doare 3e sing., dor 3e plur. ; durut. — Facere : face ; fac,
faci, face ; impér. ; fęcui ; fęcut. — Gemere : geame ;
gem
 ; gemui ; gemut. — Habere : aveà p. 244. — Jacēre :
zęceà ; zac, zaci ; zęcui ; zęcut. — Jacēre, trajicere ? trece ;
trecui ; trecut
, synonyme du franç. passer comp. petrece. —
Nasci : naśte ; nęscui ; nęscut. — Noscere dans cunoaśte ;
cunoscui ; -ut
. — Parēre : pęreà ; pęrù ; pęrut, verbe impersonnel.
Pascere : pastę ; pęscui ; pęscut. — Perdere :
pearde ; perdui ; perdut. — Placere : plęceà ; plęcui ;
plęcut
. — Posse : puteà ; pociu, potzi, poate, putem,
putetzi, pot ; subj. pociu, poate ; puteam ; putui ; putut.
Quærere : cere ; ceiu prés. ; cerui ; cerut. — Sedere :
śedeà ; śez prés. ; śezui ; śezut. — Sternere dans aśterne ;
-ui ; -ut
. — Suere dans coase (consuere) ; cos présent ;
cusui ; cusut. — Tacere : tęceà ; tęcui ; tęcut. — Tenere :
tzineà ; tziju ; tzinui ; tzinut. — Texere : tzease ; tzes ;
tzesui
 ; tzesut. — Timere : teme ; temui ; temut. — Velle :
vreà ; voiu ; vrui ; vrut, voy. p. 244. — Vendere : vinde
(vųnde) ; vindui ; vindut. — Vestire dans inveśte ; -veśtui ;
-veśtut
. — Videre : vedeà ; vęz, vedem ; vezui ; vezut.252

Livre III.
Formation des mots.

La formation de mots nouveaux peut s'effectuer de deux façons :
ou bien l'on ajoute à un mot dépouillé de sa flexion des lettres
qui en modifient la signification, ou bien l'on réunit plusieurs mots
pour leur faire exprimer une seule idée. Le premier procédé est
la dérivation, le second la composition. Toutes les classes de
mots sont aptes à prendre part à ces deux procédés. Il convient
toutefois de réunir, en les examinant successivement à chacun
de ces deux points de vue, le substantif, l'adjectif et le verbe :
ces classes de mots ont entre elles les rapports les plus étroits
et s'éclairent mutuellement ; mais on traitera à part chacune des
autres parties du discours, les numéraux, les pronoms et les
particules : il s'agit pour la première catégorie des formes en
général et en elles-mêmes, pour la seconde on a surtout à examiner
des cas individuels.

Première partie.
Dérivation.

Dans la formation des mots par dérivation il y a deux sortes
de suffixes à distinguer. Ou bien le suffixe est en même temps le
signe grammatical qui caractérise la classe où doit entrer soit le
253radical, soit le thème qu'on obtient en l'allongeant, ou bien,
indépendant de la catégorie grammaticale, il a pour seule fonction
de modifier l'idée du radical. On a dans le premier cas
une dérivation impropre, dans le second une dérivation propre.
Exemples du premier cas : le subst. it. chiam-o vient du radical
contenu dans le verbe chiam-are (lat. clamare) ; castig-o du
thème cast-ig dans le verbe cast-ig-are ; le verbe provençal
corn-ar du substantif corn. Exemples du second cas : it. brun-azzo,
nipot-in-o, où azz exprime l'idée de la laideur, in celle
de la petitesse. Il est vrai que les suffixes de la première espèce,
comme a dans le latin adven-a, e dans cæd-e-s, u dans curr-u-s,
considérés au point de vue étymologique, sont également
dérivatifs, mais ils ne produisent pas l'impression directe de
formes de dérivation propre, et dans la pratique on les comprend
parmi les flexions, dans lesquelles ils se perdent souvent tout-à-fait.
Dans les langues modernes, après la chute des lettres de
flexion, ils en ont souvent pris la place d'une façon tout-à-fait
décidée, quand ils n'ont pas eux-mêmes disparu, et par là le
sentiment de leur signification primitive s'est éteint : dans l'ital.
frutt-o de fruct-u-s, l'o représente l'u et l's, dans le verbe
frutt-are l'ancien u de dérivation disparaît tout-à-fait, de
même que dans le franç. fruit. Si cela se produisait généralement
et sans restriction, on serait autorisé à séparer tout-à-fait
la formation de primitifs de la dérivation propre, mais comme la
force dérivative de ces suffixes se montre toujours active dans
des cas particuliers, surtout dans les verbes, il faut également
considérer ces suffixes sous le point de vue de la dérivation,
sans toutefois les mettre sur la même ligne que les suffixes qui
contiennent une idée.

Les langues romanes sont plus riches en dérivations que
leur langue mère, le latin. La disparition d'une masse considérable
de mots simples, causée la plupart du temps par leur
petite dimension ou leur forme incommode (t. I, p. 46), provoquait
à de nouvelles créations, pour lesquelles s'ouvrait la voie
commode et sûre de la dérivation. En ce sens les langues nouvelles
peuvent vraiment être nommées créatrices : pauvreté de
racines, richesse de rejetons, voilà ce qui caractérise leur
lexique. Cependant il faut établir ici tout d'abord une distinction
essentielle. Les suffixes de dérivation fournis par l'ancienne
langue se retrouvent, il est vrai, assez complètement dans les
nouvelles langues, mais ils ne jouissent pas des mêmes droits
quant à leur application aux radicaux. Beaucoup d'entre eux
254ne sont pas aptes à de nouvelles formations, ils manquent de
toute force de production et doivent être considérés comme
pétrifiés ; la langue les a conservés comme des éléments inertes,
sans sentir en eux l'instrument de formation ou sans vouloir
l'utiliser, parce qu'elle en possédait déjà généralement l'équivalent
dans une autre forme. En latin il existait déjà de ces
suffixes pétrifiés que l'étymologiste seul peut reconnaître ; dans
les langues filles leur nombre ne pouvait qu'augmenter et non
diminuer, et ceux qui n'ont passé décidément à cette classe que
dans les langues filles avaient perdu pour la plupart déjà dans
la langue mère de leur vitalité et de leur signification. Ainsi par
ex. bulus (patibulum), bra (latebra), élis (fidelis), monium
(testimonium), ester (campester), uster (paluster), uns
(arduus). Au contraire la plupart des formes et les plus importantes
sont restées, en vertu de leur signification bien sentie,
vivantes et productives.

Pour la dérivation les points suivants sont les plus importants
à remarquer soit pour la forme soit pour le sens.

1. Tout suffixe roman, y compris la voyelle de dérivation (abilis,
ebilis, ibilis), exige deux conditions pour être senti comme
tel et être appliqué à de nouvelles formations : il doit être syllabique
et avoir l'accent. Aussi lorsque la langue veut employer
un suffixe primitivement atone, elle n'hésite pas à lui attribuer
l'accent, et même une langue comme l'italien, qui ose à peine
faire usage de cette transposition de l'accent pour les flexions, se
conforme ici sans difficulté aux langues sœurs. De ĭa, par ex.,
le roman fait ía (cortesia), de ĭnus íno (cristállinus, ital.
cristallíno), de ĭcus souvent íc (cléricus, val. cleríc), de íolus
iólo
(filiolus, ital. figliuólo) ; cependant l'accent des mots
transmis par la langue mère conserve encore souvent sa place :
angústia n'est pas prononcé angustía. Des suffixes productifs
sans accent ne sont pas, il est vrai, sans exemples, mais ou bien
leur emploi est très-restreint, comme pour ĕus (ital. prugno,
c'est-à-dire pruneus) et ĭca (prov. auca, c'est-à-dire avica),
ou bien ils ont un sens obscur, comme le suffixe très-employé
ulus (ital. bocciolo, cintolo) ; des dérivations semblables datent
des premiers siècles de la langue et se présentent maintenant
comme des développements purement phonétiques sans signification
individuelle.

2. Le suffixe est en général soumis aux mêmes lois phoniques
que le radical du mot ; cependant des suffixes actifs, pour lesquels
il importe d'avoir partout une forme claire et significative, sont
255reproduits, autant qu'il est possible, fidèlement et complètement.
En portugais, par ex., les consonnes l et r sont plus
fermes à cette place qu'à l'intérieur du mot. Des voyelles accentuées
brèves, qu'elles aient eu l'accent primitivement ou qu'elles
l'aient reçu plus tard, sont en général considérées comme longues,
afin de les faire plus fortement ressortir, c'est-à-dire qu'elles ne
passent pas à une autre voyelle : ĭa par ex. devient ía et non
éa, ĭnus de même devient íno et non éno. Dans les formes
pétrifiées au contraire la voyelle n'a aucune importance, aussi
peuvent-elles être contractées jusqu'à devenir méconnaissables.
Combien il est difficile de reconnaître encore dans l'ital. freddo,
dans le franç. frêle, frigidus et fragilis ! On n'attache pas
plus d'importance à la consonne elle-même, comme le prouvent
l'esp. frio de frigidus, le port, limpo de limpidus.

3. Si le suffixe productif conserve partout une forme bien
reconnaissable, il doit toutefois se plier à certaines modifications
résultant des lois phoniques de chaque dialecte ; au reste ces
modifications ne peuvent causer de réel dommage que si elles
confondent une forme avec une autre. En valaque l passe
facilement à r et cela n'a pas d'inconvénients dans des mots
comme cęprior (capreolus), subtzire (subtilis), car la forme
primitive est facile à reconnaître ; en portugais n se change
volontiers en m, comme dans espadim, qui se laisse ramener
sans difficulté à sa forme primitive espadin. Mais des mots tels que
port. jogral (jocularis), fr. airain (æramen) renvoient faussement
aux suffixes alis, anus. Il existe en outre des formes
romanes, surtout françaises, où sont venues se fondre régulièrement
plusieurs formes latines ; dans des mots nouveaux dérivés
au moyen de ces suffixes, ainsi que nous le verrons plus tard,
on ne peut souvent plus, même en ayant recours à la signification,
distinguer la terminaison qui leur appartient historiquement.

4. Dans l'application des suffixes de dérivation à certaines
classes de mots les nouvelles langues se règlent avec assez de
soin sur le modèle de l'ancienne : la règle étant ici déterminée par
l'organisme de la langue, et conservée vivante par de nombreuses
formations, il n'était guère possible qu'une déviation
se produisît. Il y a cependant quelques exemples de cette
déviation. Le fr. véritable enfreint la règle latine en vertu de
laquelle bilis ne doit s'adapter qu'à des thèmes de nature verbale.
La dérivation ura doit se développer du supin, c'est-à-dire
en roman du participe passé (pictura, usura), dans les langues
filles elle se développe aussi bien des adjectifs : ital. esp. alt-ura,
256franç. verd-ure, val. cęld-urę ; or aussi dans tor et sor
(amator, cursor) découle en latin du supin, en roman de
l'infinitif : ital. conoscitore de conoscere, non pas conosciutore
de conosciuto. On ne constate guère ici de limitation
nouvelle, mais partout, comme tendance caractéristique, une
extension de l'ancienne règle.

5. Ne devait-il pas arriver que des suffixes romans s'appliquassent
à des radicaux latins qui n'existaient plus dans des mots
primitifs, mais seulement dans des dérivés ? On peut à peine
s'attendre à ce qu'on ait ainsi dépouillé des dérivés de leur appendice
pour utiliser leur radical à de nouvelles créations. Dans des
dérivations romanes en ellus appliquées à des radicaux latins
en ulus, comme l'ital. mart-ello de mart-ulus, il n'est pas
bien sûr que nous ayons un procédé de cette nature, car le passage
usuel en latin de la dernière dérivation à la première a pu
donner l'exemple. Au contraire des dérivés tels que l'it. pal-ese
de pal-am, esp. cap-ar de cap-on, acab-ar, de cap-ut,
pant-orrilla de pant-ic, ital. (o)l-ezzo de olor, franç. papillote
de papili-on, ital. attizz-are de titi-on appartiennent
à cette classe ; toutefois les exemples en sont rares. Dans de
nombreux cas on constate un simple échange de suffixes, comme
par exemple dans le franç. pep-in de pep-on, l'ital. cost-ume
de consuet-udin, ou bien dans le mot qui vient d'être cité
mart-ello etc. Il arrive beaucoup plus rarement que la dérivation
s'attache non au radical mais à la flexion, c'est-à-dire à la
forme du nominatif, qui devient ainsi une partie complémentaire
du mot. Cela est évident dans l'esp. dios-esillo de deus, dont
la terminaison a été regardée comme appartenant au thème ;
dans manos-ear de manus ; dans le prov. pols-os de pulvis,
contr. prov. pols (mais ital. polver-oso) ; dans le franç. cors-et
de corpus (arch. cors-el-et, corpusculum) ; moins évident
dans le franç. enfoncer de fundus. Dans plus-ieurs de plus,
b.lat. pluriores, l'r pourrait avoir été changée pour l'euphonie
en s 1168.257

6. Dans les nouvelles formations les voyelles latines de dérivation
ou de liaison i et u ne sont d'ordinaire pas respectées :
moll-i-s donne en italien moll-are, man-u-s en provençal
man-al. Mais dans d'autres cas ces voyelles ont influé sur la
formation des mots. Ainsi i dans le b.lat. graviare, prov.
greujar de gravis, leviare leujar de levis, franç. mouiller
de mollis, ital. simigliare de similis, prov. assuaviar de
suavis, esp. bellaco (c'est-à-dire veliaco) de vilis, ital.
cagnotto de canis, pagnotta de panis ; franç. flatueux de flatus.

7. Lorsqu'un suffixe commençant par e ou i se joint aux
consonnes c ou g pour créer de nouvelles dérivations, il s'agit
de savoir si ces consonnes suivent la loi commune à tout le
domaine roman et perdent leur prononciation gutturale. Cette
loi devrait assurément dominer toutes les formations de mots, les
anciennes comme les nouvelles, mais il faut admettre une différence
à l'égard des formations nouvelles (c.-à-d. qui n'existaient
pas encore en latin). Dans les premiers siècles du développement
des langues romanes, tant que les organes ont été sensibles
à la force assibilante ou palatale des gutturales, les nouvelles
dérivations se seront aussi réglées sur la loi générale. On a
ainsi prononcé en ital. foc-ile de focus (et non foch-ile),
manc-ino de mancus, long-itano de longus, esp. cleric-ia
de clericus, vac-io de vacuus, franç. larg-esse de largus,
val. dulc-eatzę de dulcis. Mais lorsque cette tendance des
organes a cessé, les sons gutturaux, même devant les voyelles
grêles e et i, ont gardé leur prononciation naturelle. Par là des
mots tels que l'ital. duch-essa, grech-esco, sacch-etto, largh-ezza,
lungh-etto, luogh-icciuolo, esp. duqu-eza, borriqu-eño,
poqu-illo, ciegu-ezuelo, largu-eza , franç. duch-esse,
sach-et semblent être d'une époque postérieure. L'ital. cec-ità
doit être plus ancien que cech-ità, monac-ello plus ancien que
monach-etto dont le suffixe appartient d'ailleurs à la période
moderne, fr. français ou françois plus ancien que franchir
qui est redevable de son ch au k allemand. Dans les mots allemands
qui ont été introduits plus tard cet adoucissement doit à
peine se présenter. Il existe cependant quelques exceptions dans
des mots non latins. De branca, qui du reste peut avoir été
introduit de bonne heure, est sorti branc-icare, de daga
258dag-etta au lieu de dagh-etta. — Il y a quelques cas espagnols
particuliers où le ç (z) du primitif redevient guttural devant les
voyelles pleines a, o, u : cerviz cervigudo, nariz narigon,
perdiz perdigon, rapaz rapagon, de même aussi port. narigão,
perdigão, rapagão . Voyez sur ce traitement du c et du g
dans d'autres cas t. I, p. 235.

8. Un trait particulier des nouvelles langues mérite d'être
examiné de plus près. Ces langues se servent encore de certains
suffixes qu'elles intercalent entre le mot primitif et le suffixe
logique proprement dit. 1) Ç (z, s, ś) a incontestablement une
force diminutive et est identique au latin c dans c-ellus (au-c-ella) ;
il s'est répandu de là dans la plupart des formes
diminutives romanes. Les cas sont : a) cico : esp. av-ec-ica,
val. vęl-c-icę ; b) cello : ital. don-z-ello, esp. hombr-ec-illo,
prov. piu-z-ela, fr. dem-ois-elle, val. domn-ic-ea ; c) ceolo
ital. libr-icc-iulo, esp. hombr-ez-uelo, val. cęn-iś-or ;
d) cino : ital. barb-ic-ina, esp. vellon-c-ino, port, animal-z-inho ;
e) ciatto : ital. uom-ic-iatto ; f) citto : esp. muger-c-ita.
Ce n'est que rarement et exceptionnellement qu'on le
rencontre privé de force diminutive, comme dans l'ital. villan-z-one,
franç. ham-eç-on. — 2) L'r intercalée est étrangère au
latin et par là plus difficile à expliquer ; l'italien surtout en fait
un emploi considérable. Exemples : a) ria : ital. diavol-er-ia,
infant-er-ia, leccon-er-ia, podest-er-ia, vant-er-ia de
diavolo, infante, leccone, podestà, vanto ; esp. flech-er-ia,
porqu-er-ia de flecha, puerco ; prov. parelh-ar-ia, porcar-ia,
trich-ar-ia de parelh, porc, tric ; franç. diabl-er-ie
etc. ; b) reccio seulement en italien : camp-er-eccio, cas-ereccio,
vend-er-eccio de campo, casa, vendere ; c) rello
n'existe également qu'en italien : acqu-er-ella, oss-er-ello de
acqua, osso ; d) rento : esp. sed-er-ento de sed ; e) roso :
nod-er-oso de nodo ; esp. med-r-oso de miedo ; f) resco :
ital. nav-er-esco de nave, nozz-er-esco de nozze ; de même
prov. bal-ar-esc de bal ; g) rissa : fr. séch-er-esse de sec ; h)
ruto : ital. nerb-or-uto, nod-or-uto, ram-or-uto de nerbo,
nodo, ramo ; pr. camb-ar-ut de camba. Comment l'r s'est-elle
introduite dans ces formes et dans d'autres encore ? Dans quelques-unes
d'entre elles évidemment par une fausse analogie,
ainsi au moins pour les mots ia et esco. Des formations organiques
comme l'ital. artiglier-ia, cavaller-ia, tesorer-ia, esp.
compañer-ia de artigliere, cavaliere, tesoriere, compañero,
de même battaglier-esco, paglier-esco de battagliere,
259pagliaro, en ont appelé d'inorganiques comme infant-eria,
diavol-eria, nav-eresco, nozz-eresco ; les suffixes allemands
ei et isch trahissent presque la même tendance dans länd-erei,
schwein-erei (= it. porcheria), zier-erei, regn-erisch, wien-erisch
(Grimm II, 97. 377) sans qu'il y ait lieu d'admettre une
influence du roman sur l'allemand ; il y a d'autres dérivations
allemandes avec lesquelles r s'unit volontiers (ibid. 131. 165).
C'est ainsi ensuite que l'esp. med-roso a pu se former d'après
temer-oso, le fr. séch-eresse d'après ivr-esse, tendr-esse. L'r
dans l'ital. ruto a une autre origine, elle a été transplantée de
l'ancien pluriel ora (nervora, nodora, ramora) dans l'adjectif.
Mais ni l'une ni l'autre explication ne peut s'appliquer à reccio
et à rello : ici le suffixe, déjà devenu familier au génie de la
langue, a été tiré du dehors pour servir à préciser l'idée : reccio
et rello disent quelque chose de plus que iccio et ello.

9. Il existe des suffixes de dérivation qui sont représentés en
roman de deux manières. 1) On peut avoir une simple différence
de forme, de telle sorte que l'une des représentations se tienne
plus près de la forme primitive et que l'autre s'en écarte davantage :
ainsi ital. cupid-izia et cupid-ezza, esp. avar-icia et
avar-eza, franç. franch-ise et larg-esse. En général, mais
non pas exclusivement, la première forme se présente dans les
mots transmis par la langue mère, la seconde dans les mots
créés à nouveau, et cette dernière seule est la forme proprement
populaire, tandis que l'autre a été répandue et soutenue par
l'écriture. — 2) La différence peut porter également sur le fond
et servir à exprimer une nuance de l'idée. L'ital. ivo par ex.
représente sous tous les rapports le latin ivus (fuggitivo), io
au contraire, où le v a été syncopé, donne en général des
substantifs avec une signification intensive (mormorio). L'esp.
adgo (aticum) sert à la désignation d'un emploi (consuladgo),
age, qui a la même origine, exprime un sens plus général. Il
peut arriver aussi pour la même cause qu'un seul et même mot
se présente sous deux formes, comme l'ital. giust-izia et le
franç. justice, giust-ezza et just-esse.

10. Il ne faut pas oublier qu'on ne poursuit souvent pas
d'autre but, au moyen de la dérivation, que de renforcer la forme
du mot sans tenir compte du sens, soit, et c'est le cas ordinaire,
pour donner plus de poids à un mot court, soit pour distinguer
des formes identiques ou semblables. Puisque l'on expulsait
de la langue, comme trop brefs, un nombre considérable de mots
simples pour les remplacer par d'autres plus expressifs, pourquoi
260n'aurait-on pas aussi bien eu recours à l'allongement de ces
mots ? Mais des suffixes de signification incertaine, obscurcie,
pouvaient seuls servir à ce but, d'autres auraient par trop clairement
agi sur le sens. Le franç. menton ou rognon par ex.
n'en dit pas plus que le simple latin mentum ou ren. On a
surtout employé à cette fin d'anciennes formes diminutives dont
le sens n'était plus guère sensible. De même qu'on a préféré aux
simples apis, auris, ovis, à cause de leur trop petite dimension,
les diminutifs apicula, auricula, ovicula, le français
semble avoir allongé aussi sol, taurus en soleil (= soliculus),
taur-eau (taurellus), sans songer à y voir des diminutifs
comme petit soleil, petit taureau, car culus et ellus lui étaient
connus par de nombreux exemples comme de simples formules
de dérivations ; il serait facile de réunir un grand nombre de ces
cas.

11. Il arrive très-souvent qu'un suffixe change sa signification
primitive, au moins dans des mots nouvellement dérivés.
Cette modification atteint avant tout des suffixes dont le sens ne
ressort pas assez clairement et autorisait par là une conception
différente. Ainsi aceus dans l'ital. accio et le franç. asse signifie
quelque chose de déplaisant (besti-accia, besti-asse) ; alis dans
l'esp. al répond au latin etum (oliv-al = oliv-etum) ; amen
est collectif en italien ou en espagnol (carn-ame tas de chair,
leñ-ame tas de bois), de même umen en italien (bott-ume quantité
de futailles) ; ineus donne dans l'esp. eño des noms de
famille (Estrem-eño) ; on est augmentatif à l'est et au sud-ouest,
au nord-ouest diminutif, en sorte qu'il n'y a pas même
d'uniformité entre les diverses langues dans l'application des
suffixes.

12. A côté des terminaisons latines qu'on renonça tout-à-fait
à utiliser pour de nouvelles créations, il en est d'autres dont on
s'est servi très-parcimonieusement, comme bundus, lentus, tus
tutis
. A l'inverse certaines terminaisons qui dans la langue mère
étaient peu usitées ont regagné tout d'un coup un domaine plus
ou moins étendu, soit qu'elles le possédassent déjà en latin
vulgaire, soit qu'elles y soient arrivées plus tard à cause de leur
commode application. De ce nombre sont : ia (ital. fals-ia),
ucus (prov. fad-uc), entus (esp. hambr-iento), erna (prov.
bol-erna), issa (franç. duch-esse), iscus (ital. pittor-esco),
aster (medic-astro) etc. On n'a pas partout accordé les mêmes
droits aux suffixes qu'on a admis, cela va de soi : l'italien favorise
par ex. occo, ago aginis, umen, ivum, l'espagnol et le
261portugais eca, icus, entus, le daco-roman icus, imen. Cependant
il existe peu de formes qui ne soient employées au moins
une fois dans le domaine entier, sauf peut-être dans la dernière
langue citée.

13. L'enchaînement de plusieurs suffixes est si familier à
toutes les six langues que des exemples paraissent superflus.
Comme ces formes sont toutes syllabiques (ital. besti-ol-ucci-accia,
medic-astr-on-zolo, esp. moc-et-on-azo, cab-ez-al-ico,
franç. roi-t-el-et, val. natz-ion-al-nic, lat. agn-ic-ell-ulus),
elles peuvent allonger démesurément un mot, mais elles
n'en conservent que plus fidèlement les idées accessoires qu'elles
représentent. On trouve même le redoublement, rarement, il est
vrai : ital. cas-in-ina, esp. perr-it-ito. Dans les dérivations
doubles et multiples il arrive souvent que celles qui se trouvent
le plus près du radical ne sont là que pour servir de passage aux
suivantes et ne peuvent sans elles produire aucun mot usité ; dans
l'ital. amar-ogn-olo, scoj-att-olo, dans le fr. chevr-ill-ard,
chambr-ill-on, les formes amarogno, scojatto, chevrille,
chambrille ne se comportent pas envers olo, ard, on comme
des mots primitifs, car elles n'existent pas par elles-mêmes,
bien qu'on puisse admettre leur existence indépendante comme
possible antérieurement.

14. Les mots allemands prennent part sans restriction à la
dérivation romane : ce sont des souches transportées sur le sol
roman qui ne le cèdent pas aux souches indigènes pour la richesse
de leurs ramifications ; c'est un contraste frappant avec ce qui
se passe en allemand, où les radicaux étrangers sont presque
incapables de dérivation. L'adj. all. blanc, p. ex., donne en ital.
bianco, bianc-astro, bianch-eggiare, bianch-eria, bianch-etto,
bianch-ezza, bianch-iccio, bianch-imento, bianch-ire,
bianc-ol-ino, bianc-uccio etc. On ne s'étonnera pas de trouver
aussi quelques mots romans dérivés de mots allemands (non pas
immédiatement de racines allemandes) que le roman ne possède
pas, qu'il a donc connus sans se les approprier ou qu'il a accueillis
un moment, mais pour les abandonner plus tard. Ex. : ital. bor-ino,
fr. bur-il (v.h.all. bora), pr. galaub-ia (goth. galaub),
fr. guil-ée (v.h.all. wasal), hul-otte (holî), it. lav-agna (leie),
it. rocch-etto (rock), stuzz-icare (stutzen), tacc-agno (zâhi).
Ainsi, à l'époque de l'admission des radicaux germaniques,
les lois de formation des langues romanes étaient encore en
pleine activité. A ce propos il faut observer que la modification
des sons gutturaux dont il a été question au § 7 n'a reçu aucune
262ou presque aucune application dans les formations allemandes
(voy. t. I, p. 232 note) : ainsi de bank se sont développés l'ital.
banch-iere, l'esp. banqu-îllo, le franç. banqu-et (le diminutif
bancelle vient peut-être de banc-selle) ; de burg l'ital. borghese
etc. (borg-ese doit dériver du latin burgensis) ; de
marka, l'ital. march-ese, l'esp. marqu-es, le fr. marqu-is ;
de rîchi, l'ital. ricch-ezza, l'esp. riqu-eza, mais le fr. rich-esse
(ch de ch d'après t. I, p. 294). Lorsque des dérivations
allemandes ont un son analogue aux dérivations romanes, elles
sont absolument assimilées à ces dernières et reçoivent l'accent :
ainsi wastel donne le v.franç. gastel ; pritil l'ital. predello ;
putil l'ital. bidello ; sperwaere l'ital. sparviere, le franç.
épervier ; skepeno v.sax. l'ital. scabino, le franç. échevin ;
skilling v.h.all. l'ital. scellino, le pr. escalí. On conçoit facilement
que le même fait s'est produit pour d'autres mots étrangers,
par ex. pour des mots arabes.

15. L'extension qu'ont prise les dialectes romans dans le domaine
de la dérivation est trop marquée pour que le développement de
nouveaux suffixes puisse surprendre. Ces derniers ont tous eu leur
origine dans une forme latine quelconque et se sont formés par le
simple changement d'une voyelle, au moyen duquel on a cherché
à exprimer une nuance de l'idée. C'est ainsi que l'italien a
créé en s'appuyant sur aceus et icius les dérivations accio,
eccio, iccio, occio, uccio , où toutes les voyelles sont en jeu,
l'esp. acho, icho, ocho, ucho, le val. atz, etz, itz, utz. L'italien
a de la même manière ajouté à ale, ile une troisième forme ule ;
l'espagnol à ano, ino une troisième uno, et en s'appuyant sur
iscus il a obtenu la série asco, esco, isco, usco. L'italien
possède de plus les formes atto, etto, otto, qui passent par trois
voyelles. Il n'y a pas lieu de supposer qu'on ait attribué ici de la
façon la plus rigoureuse à la voyelle une signification individuelle,
cependant i et e ont évidemment une action diminutive,
o en général un effet grandissant ou grossissant, u traduit
quelquefois le mépris, a est plus vague. Ainsi les langues
modernes, dans leur éloignement progressif de leur source, ont
construit, par analogie, sur une lettre primitive des formations
qui s'en éloignent sensiblement. Qui penserait encore à propos
de l'ital. canaglia ou gentaglia aux adjectifs canalis, gentalis
(pour canilis, gentilis) ? Pour se procurer des mots de ce genre
les langues nouvelles n'ont eu recours qu'à leurs propres moyens,
et ne se sont pas préoccupées du barbarisme, une fois que le
suffixe eut pris une signification bien claire.263

16. La surabondance en roman de suffixes de dérivation ne
poussait pas à l'acclimatation de suffixes étrangers ; le hasard
toutefois en introduisit un certain nombre. L'allemand a fourni
ing, ling, hart, walt et sans doute d'autres encore ; la langue
ibérique semble avoir donné à l'espagnol et au portugais les
formes arra, orra ; la langue daco-romane, la moins riche en
dérivations latines, a emprunté beaucoup de dérivations étrangères,
c'est-à-dire slaves, mais on n'a pu tenir compte que des
plus importantes, telles que anie, nic, itzę, av, ov, dans la liste
qui sera donnée plus loin.

17. Il y a encore à observer quelques traits de forme qui
concernent la dérivation. 1) Les verbes à infinitif syncopé ne
fournissent pas pour la dérivation leur forme syncopée, mais leur
forme pleine, telle qu'elle se trouve notamment à la Ire pers. pl.
du présent de l'indicatif : ainsi it. dicitore de dire, fr. faisable
de faire. — 2) Le français rattache les dérivations de la troisième
conjugaison mixte à la forme inchoative : ainsi dans
blanchiss-age, blanchiss-erie, blanchiss-eur de blanchir-,
adouciss-ement, banniss-ement de adoucir, bannir (on a
à côté de cela blanchiment pour blanchisment) ; guérissable
de guérir ; Ainsi l'extension considérable prise par cette forme
a dérobé au français le vrai radical du verbe. Au sujet de l'intercalation
d'un t pour éviter l'hiatus, comme dans cafe-t-ier, nous
renvoyons au t. I, p. 175. — 3) En espagnol et en portugais il
est d'usage de rendre dans quelques dérivations l'o de flexion de
l'italien par e, ce qui est surtout sensible dans age de aticum
(esp. viage, port. viagem). Souvent aussi ces langues rejettent
la voyelle de flexion de certaines terminaisons telles que azo,
izo, ano, ino, comp. aprend-iz, capit-an, espad-in. Quant
aux formes non latines, comme ald, art, att, ett, ott (esp.
Rec-alde, estand-arte, uv-ate, bail-ete, amig-ote), chaque
langue était libre assurément de choisir la déclinaison dans
laquelle elle voulait les faire rentrer. — 4) Pour le valaque il
faut rappeler que l'a accentué, lorsque la dérivation attire à elle
l'accent, s'y obscurcit en ę, exactement comme dans le cas de la
flexion : prés. calc, de là cęlcat, cęlcętúrę. Cette règle n'est
toutefois pas sans exception : ac et armę, par ex., donnent
acúz, armádę, et non ęcutz, ęrmadę.

Nous séparons dans cette étude le nom du verbe, car celui-ci
demande à être traité à son point de vue spécial.264

I. Nom.

1. Des substantifs peuvent procéder d'adjectifs sans aucun
changement de forme, c'est-à-dire que ces derniers, simples ou
composés, passent directement, sous la forme de l'un des deux
genres, dans la catégorie des premiers. L'emploi de l'adjectif
comme simple substantif est du domaine de la syntaxe et non
de la formation des mots. Exemples de substantifs tirés d'adjectifs
simples : albus, ital. esp. prov. alba, franç. aube ; serus, ital.
sera, prov. ser, sera, franç. soir ; tardus, esp. tarde (avec e
pour o) soir ; fetus, pr. feda agneau (feta ovis). Des exemples
de substantifs tirés d'adjectifs dérivés se trouvent en grand
nombre dans la liste qui suit. Ce procédé simple fournit une
masse de substantifs nouveaux pour représenter des personnes,
des objets et des idées abstraites. Les noms d'objets procèdent
d'adjectifs qui eux-mêmes étaient dérivés de substantifs du même
genre (fagus, fageus, de là l'ital. faggio = fagus), les abstraits
proviennent surtout d'adjectifs féminins. Un petit nombre
seulement de dérivations importantes, telles que bilis et presque
aussi osus, ont semblé aux nouvelles langues impropres à former
des substantifs. — A l'inverse on gagne aussi des adjectifs
en ajoutant simplement les formes des genres à des substantifs ;
mais ce procédé est plus hardi et par là plus rare. L'apposition
peut avoir influé dans beaucoup de cas, mais non pas dans tous.
Exemples d'adjectifs empruntés à des substantifs simples et
dérivés : bracke, all. esp. braco camard, camus ; bordellum
b.lat., esp. burdel libertin ; cinis, esp. cenizo cendré (subst.
ceniza) ; ciccum, esp. chico petit ; crocum, prov. gruec de
couleur de safran ; dominus, ital. donno seigneurial ; fundus,
ital. fondo, esp. hondo profond ; fur, ital. furo adonné au vol ;
hidalgo esp. seigneur, adj. hidalgo noble ; latro, ital. ladro
adonné au vol ; Lazarus, v.franç. ladre lépreux ; mica, val.
mic petit ; pecus, prov. pec niais ; porcus, esp. puerco, port.
porco, cat. porc malpropre ; ruina, esp. ruin, port. roim,
cat. ruí mauvais ; trico, prov. tríc astucieux ; vermiculus,
ital. vermiglio, esp. bermejo, franç. vermeil ; viola, dimin.
roman violetta, de là ital. violetto, franç. violet ; vulpecula,
prov. volpilh lâche. Ce procédé se présente surtout pour les
couleurs, et l'all. bunt a de même son origine dans le substantif
Bunt (fourrures).

2. Des substantifs procèdent aussi de verbes par la simple
adjonction d'une terminaison de genre au radical. C'est ce qui
265avait déjà lieu en latin, où des verbes de la troisième, de la deuxième,
rarement de la quatrième conjugaison, ont produit des
noms simples analogues. Ex. : acuere acus, coquere coquus,
incolere incola, currere currus, fallere falla, mergere mergus,
premere prema dans pulli-prema, rumpere rumpus,
trahere traha, trudere trudis, vehere vehes ; arcere arca,
callere callus, censere census, sedere seda dans pro-seda ;
advenire advena
 ; grec ἄρχειν ἀρχός, τείνειν τόνος 1169. Le roman
possède aussi une quantité considérable de ces mots qui, au point
de vue de leur simplicité, se rapprochent des substantifs allemands
formés par de simples variations phonétiques (band,
binde, bund ). Ils appartiennent seulement à la première et à
la deuxième déclinaison et sont presque toujours abstraits, en ce
sens qu'ils expriment soit l'idée de l'infinitif, soit celle du participe
présent : it. ploro la plainte, adorno ce qui orne (concret),
l'ornement. Des mots- avec un sens personnel notamment, tels
que le lat. scriba de scribere, semblent se rencontrer à peine
parmi eux, ou lorsqu'ils se rencontrent, c'est qu'ils ont passé du
sens abstrait au sens personnel, comme l'ital. scorta (guide)
qui signifierait proprement accompagnement, voy. sur ce point
mon Dict. étym. I, XXXIII. Nous ne pouvons donner ici que
quelques exemples de cette classe considérable de substantifs.
La grande majorité appartient à la première conjugaison. —
1) Masculins : lat. abundare, ital. abbondo, v.esp. abundo,
prov. aon ; adornare, ital. esp. adorno, prov. adorn ; æstimare,
ital. éstimo, prov. esme ; adirare*, prov. aïr ; appellare,
ital. appello, franç. appel ; baptizare, val. botéz ;
blasphemare
, ital. biasimo, v.esp. blasmo, franç. blâme,
val. blęstem ; cambiare*, ital. esp. cambio, prov. cambi,
franç. change ; castigare, ital. esp. castigo, prov. chastei ;
clamare, ital. chiamo, prov. clam ; cogitare, v.ital. coto,
prov. cug ; commendare, ital. esp. comando, prov. coman,
val. comęnd ; confortare, ital. v.esp. conforto, prov. conort,
franç. confort ; considerare, ital. consiro, prov. consire ;
contrastare, ital. contrasto, esp. contraste, prov. contrast,
franç. contraste ; desiderare, ital. desiro desire, prov. franç.
désir ; dubitare, prov. dopte, franç. doute ; errare, ital.
266erro Inf. 34, esp. yerro, port. erro ; furari, prov. fur ;
plorare, ital. ploro, esp. lloro, franç. pleur ; rogare, esp.
ruego ; sperare, prov. esper, franç. espoir ; temperare, esp.
temple, prov. tempre ; tornare, ital. esp. torno, prov.
franç. tour ; volare, ital. volo, esp. vuelo, prov. franç. vol.
2) Féminins (seulement de la première déclinaison) : æstimare,
ital. stima, esp. estima, franç. estime ; clamare, ital.
chiama ; cogitare, v.esp. prov. cuida ; comparare, ital. esp.
prov. compra ; dubitare, ital. dotta, esp. duda ; juxtare*,
ital. giostra, esp. justa, prov. josta, franç. joute ; levare,
ital. leva, esp. lleva ; ligare, ital. esp. liga ; peccare, ital.
prov. pecca ; pensare, v.franç. pense ; purgare, ital. esp.
purga ; temperare, ital. tempra, franç. trempe ; tornare,
esp. prov. torna. Le même procédé s'emploie pour les verbes
étrangers en réalité ou en apparence : gabbare, ital. gabbo,
prov. gap ; guastare, ital. esp. guasto, prov. guast, fr. dégât ;
badare
, ital. prov. bada ; tirare, ital. esp. tiro, tira, prov.
tira, fr. tire ; trovare, v.esp. troa, prov. troba. En valaque
ce moyen de formation a été peu employé, parce que l'infinitif
suffisait en grande partie. — Tous ces exemples sont tirés, ainsi
qu'on l'a observé, de la première conjugaison. La dérivation de
verbes des autres conjugaisons est si peu commune qu'elle
entre à peine en ligne de compte. Des exemples de la deuxième
et de la troisième latine sont : batuere, v.franç. esbat, franç.
mod. rabat ; bibere, ital. beva ; capere, ital. cappa, esp.
capa ; cingere, ital. cigna ; colligere, prov. escolh ; dolere,
ital. duolo et doglia, prov. dol, franç. deuil ; fallere, ital.
fallo, falla, prov. falha etc. ; jacēre, prov. yatz ; prendere,
esp. prenda ; timere, ital. tema ; retinere, ital. rédina, esp.
rienda, franç. rêne ; tendere, ital. prov. tenda ; tondere,
esp. tundo, tunda ; valere, prov. val ; velle, ital. voglia,
prov. vol val.voie ; posse, ital. possa. De la quatrième, par
ex. assentire, ital. assento ; franç. départir, départ ; lat.
grunnire (mais en roman aussi grugnare), ital. grugno, prov.
gronh, franç. groin. Pourquoi la langue s'est-elle en général
abstenue de tirer directement des substantifs de verbes de ces
conjugaisons ? Pour les verbes forts peut-être parce qu'ici
s'offrait le participe qui fournissait des mots aussi sonores sans
être plus longs ; en créant en italien assumo, chieda, defenda,
muova, par ex., on n'aurait rien gagné sur les mots participiaux
assunto, chiesta, difesa, mossa. Pour la quatrième, c'est
probablement parce que la langue mère n'avait pas habitué
267à trouver ici entre le verbe et le substantif la relation qui se
présentait à la première, bien que ce fût une illusion : car
regnare émane de regnum, l'inverse n'a pas lieu. — La famille
romane n'a pas tenté de former des adjectifs au moyen de verbes
par le même procédé simple, usité en latin dans dicere
male-dicus
, fugere pro-fugus, legere sacri-legus, linquere
re-liquus
, parcere parcus, parĕre ovi-parus, promere
promus
, suadere suadus, videre pro-vidus, vivere vivus
et dans beaucoup d'autres cas ; elle possédait tant de suffixes de
dérivation pour cette partie du discours qu'elle n'avait pas besoin
de semblables formations, voy. mon Dict. étym. I, XXVI. —
Il reste encore à remarquer, à propos de la formation nominale
directe sur des verbes, que le nouveau mot se règle sur les
formes du singulier du présent de l'indicatif roman ; ces formes
sont surtout décisives en ce qui concerne la voyelle des verbes
sujets à diphthongaison. Ex. lat. déstinat, mais ital. destína,
subst. destíno ; práedicat, prov. prezíca, subst. prezíc ;
rélevat, ital. riléva, subst. rilévo, de même v.franç. relievet,
relief ; retíneo, ritegno verbe et subst. ; sustíneo, franç. soutiens,
subst. soutien ; lat. pétit, esp. pide (inf. pedir), subst.
pido ; jacet, franç. gît, subst. gîte ; trahit, esp. trae, v.esp.
trage verbe et subst. ; valeo, vaglio, subst. vaglia ; volo,
voglio, subst. voglia. Il est très-rare que le substantif ne s'accorde
pas avec le verbe roman, ainsi : lat. súpplicat, esp.
suplíca, subst. súplica ; rétinet, ital. ritiéne, subst. rédina
diffèrent de ritegno ; torquet, esp. tuerce, subst. torca,
tuerca et non tuerza.

3. A la dérivation propre du substantif se prêtent toutes les
parties du discours (exemples plus bas dans la liste), le pronom
à peine, comme dans l'ital. identità, et rarement les particules,
comme dans l'ital. contrada, fr. contrée, ou l'esp. demasía.
Pour l'adjectif aussi, la dérivation propre s'opère sur toute espèce
de mots, et notamment sur des particules, comme dans l'ital.
anziano, sovrano, moderno de ante, supra, modo.

4. Si l'on classe les formes d'après les idées on obtient pour
le substantif à peu près l'aperçu suivant (les cas où les langues
nouvelles du latin sont indiqués par les capitales). Les personnes
sont marquées par aceus (val.), alis, anus, inus, o onis, arius,
ard, ista, aster, tor, torius (val.). Les animaux par : o onis,
arius, inus etc. Les plantes par : eus, aca, arius, aster.
Les pays par : ia. Le lieu, le séjour par : aria, arium, etum,
ale (esp.), ile, toria, torium. Les objets par : aceus, acea,
268icius, icia,
alis, ale, ina, o onis, aria, ard, aster ; les ustensiles
spécialement par : toria, ule (ital.). Abstraits : ia, anie
(val.), tudo, ago (ital. aggine), ela (val. ealę ?), mentum,
antia, entia, tura, aria, arium (prov.), or, atum, ata, itia,
tio tionis, tas tatis, tus tutis. Collectifs : ia, alia, amen,
umen, aria, ata.
Intensifs : uglio, ivum (ital.). Action, d'un
instrument : aceus (esp.), ata. Emplois : aticum (esp. azgo),
atus. — Pour l'adjectif nous ne signalerons que les formes pour
les noms de peuples : ĭcus (esp. aussi iego), ilis (esp.), iolus
(esp.), anus, inus, ineus (esp. port.), ensis, ard, iscus etc.

5. Mais les langues romanes, de même que les langues slaves,
sont extraordinairement riches en formes pour la diminution et
l'augmentation des idées. Elles ont ainsi acquis un avantage
que la langue classique elle-même pourrait leur envier. Les deux
formes ne s'étendent pas seulement au substantif abstrait et concret,
mais encore à l'adjectif. Le latin ne présentait que peu de
formes ; on a obtenu des formes nouvelles de différentes manières.
D'une part on a choisi des terminaisons d'adjectifs qui renfermaient
l'idée de l'origine ou de la ressemblance auxquelles s'est
facilement attachée celle de la petitesse ou de la grandeur, d'autre
part on s'est servi de variations de formes appropriées, ou bien
encore on a eu recours à des formes étrangères. Il faut à ce
propos faire les remarques suivantes : 1) Les dérivés ne se plient
pas rigoureusement au genre des primitifs. Le masculin, qui en
roman a pris aussi la place du neutre, est évidemment favorisé :
it. casa casone, perla perlino, tavola tavolino, viola violino,
camera camerotto, bestia bestiuolo, quercia querciuolo,
campana campanaccio ; esp. aguila aguilucho, espada
espadin
, carta cartazo ; prov. candela candelet et plusieurs
autres de ce genre, comp. lat. scutra scutriscum etc. En grec
les formes diminutives sont pour la plupart neutres, en allemand
elles étaient d'abord susceptibles de différents genres, mais elles
se restreignirent plus tard au neutre. — 2) La force diminutive
ou augmentative d'une forme n'est active que lorsque le primitif
existe véritablement : s'il disparaît, avec lui s'éteint aussi la modification
contenue dans le mot dérivé : l'ital. anello, l'esp. anillo,
le fr. anneau, le val. inel signifient anneau et non petit anneau,
car le primitif manque, et il en est de même pour beaucoup
d'autres. Dans l'allemand veilchen aussi la petitesse relative
a cessé d'être sensible, tandis qu'elle l'est dans röschen 1170. Mais
269même un primitif persistant doit être considéré comme éteint
lorsque sa signification s'est modifiée : l'ital. fratello pouvait
à peine encore reconnaître son primitif dans frate (moine), aussi
a-t-il perdu l'idée de diminution. — 3) Les deux genres de suffixes
ne peuvent pas, comme l'allem. lein et chen, être ajoutés à n'importe,
quel mot : l'usage seul sert ici de guide. De l'ital. nipote,
par ex., on aurait pu former aussi bien nipotello que nipotino,
mais la langue a choisi l'un de ces mots et non pas l'autre.

6. La diminution est en même temps l'expression de la petitesse
relative ; la jeunesse aussi s'adapte à cette idée, bien qu'ici
il ne s'agisse pas précisément d'une différence de grandeur, et
pour ce dernier rapport on a appliqué ça et là quelques formes
répondant au grec ιδεύς : ainsi atto presque partout, ital.
lepratto (λαγιδεύς) etc. ; esp. ezno : lobezno (λυκιδεύς) ; prov.
fr. on : cegonhon (πελαγριδεύς), aiglon (ἀετιδεύς) ; fr. eau :
renardeau (ἀλωπεκιδεύς). On a fait de la diminution l'usage
le plus libéral 1171, mais elle est éteinte dans beaucoup de mots
quant à l'idée qu'elle exprime, et les mots qui ont pris maintenant
la place du primitif peuvent être diminués à leur tour :
l'ital. agnello donne agnellino, coltello coltelletto, de même
que l'ital. puella et le grec βιβλίον ont été pour la même raison
étendus en puellula et en βιβλάριον βιβλαρίδιον. C'est surtout le c
intercalé, en italien aussi l'r (voy. plus haut p. 259), qui sert
à faire revivre une diminution éteinte ou affaiblie. — Aperçu des
suffixes diminutifs dans les diverses langues. Lat. ellus, cellus,
ulus, iolus, culus, cio : agnellus, aucella, sacculus, filiolus,
fraterculus, homuncio. Ital. ello, cello, rello, olo, uolo,
icciuolo, cchio, ino, iccino, atto, etto, otto, ucoio : campanella,
fraticello, sonetterello, rivolo, mazzuolo, libricciuolo,
orsacchio, cappellino, cornicino, lepratto, animaletto,
passerotto, angeluccio . Esp. illo, cillo, uelo, zuelo,
ejo, ino, ezno, ato, ete, ito, ote, ico, cico, arro : asnillo,
montecillo, hijuelo, cornezuelo, animalejo, palomino,
270lobezno, lobato, aleta, señorito, hidalgote, perrico, avecica,
chibarro. Le portugais a presque les mêmes formes. Les dialectes
du nord-ouest sont plus pauvres en formes diminutives
sensibles : le provençal a par ex. el, on, at, et, ot : fablel,
auzelhon, passerat, afaret, amigot ; franç. eau, ceau, on,
et, ot : ormeau, louveteau, lionceau, aiglon, louvet,
Charlot. La langue qui en possède le plus est la langue valaque,
la plus dégradée : el, cel (śel), rel, or, śor, ul, ic, cic, uc,
uic, , iśc, , utz, itz etc., ainsi nepotzel, frętzicel,
caluśel, ręurel, sorioarę, cęniśor, pętul, roticę, domnicicę,
hainucę, pęsęruicę, degetaś, moriścę, catzeluś, domnutzę,
corfitzę. — Ce sont presque les mêmes formes qui ont été affectées
à l'adjectif ; elles restreignent l'idée du radical de la même
façon que l'allem. lich : ainsi ital. bellino mignon, agretto
aigrelet, gialluccio jaunâtre, esp. amarillejo id., cieguezuelo
quelque peu aveugle (v.all. blintlich), fr. brunet, vieillot, val.
męruntzel chétif, albutz blanchâtre. Même des comparatifs
peuvent être diminués : ital. maggioretto, esp. mayorcico.

7. Pour le contraire de la diminution il existe aussi un grand
nombre de suffixes et c'est ici surtout que le domaine roman
l'emporte de beaucoup sur les domaines latin, grec, allemand et
slave, où l'aptitude à l'augmentation est très-restreinte (lat. o
ōnis
, grec ων, allem. p. ex. alt, art, russe populaire ina, ischtsche).
Cependant l'augmentation romane semble avoir son point
de départ dans le lat. on, et du reste la voyelle o joue ici partout
le rôle principal. Exemples : ital. one, occio (ozzo), occo, otto,
rarement accio : cappellone, fratoccio, gigliozzo, fraiocco,
casotta, festaccia. Esp. on, azo, acho, ueco (rare), uco,
ote, asco, orro : hombron, bobarron, asnazo, hombracho,
doncellueca, paxaruco, angelote, nevasca, mazorra . Val.
oiu, oc : omoiu, omoc. Ces augmentatifs font défaut au nord-ouest.
— Exemples d'adjectifs augmentatifs : ital. brunone,
pallidazzo (otto a une action diminutive), esp. grandazo,
grandote etc. Le roumanche est moins riche en formes des deux
espèces que les langues littéraires ; il n'a comme diminutif que
et et in (figlet, pitschenin), comme augmentatif un et atsch
(carrun, cavallatsch).

8. A la diminution de même qu'à l'augmentation peuvent être
ajoutées les idées accessoires d'agréable et de déplaisant. Le
mignon est voisin du petit et ainsi les diminutifs deviennent
volontiers des termes caressants (petit père) ; la langue italienne,
dans laquelle tout ce trait grammatical s'est développé
271de la façon la plus fine, nomme les dérivés de cette signification
vezzeggiativi et emploie surtout à cette fin la forme ino,
comme dans nipotino, l'esp. ito, aussi ico, le portug. inho :
mozito, mozico, filhinho. Si l'on conçoit le petit comme mesquin,
insignifiant, avvilitivo, l'italien l'exprime surtout par
uccio (uzzo), icc-iatto, ónzolo : poetuccio, uomicciatto,
mediconzolo ; esp. illo, uelo : cosillo, mozuelo. Le même
office est rempli en allemand par le diminutif ling, en russe par
itka et enka. On peut de même sous l'idée du grand comprendre
le bon, ce qui en italien est quelquefois exprimé par one, otto :
vecchione, giovanotto, de même qu'on y rend d'autre part le
grossier et le laid par accio, occio : casaccia, fantoccio ;
l'espagnol par acho, ucho : vulgacho, avechucho. Le grec
moderne emploie ici la forme άρα : σπαθί, σπαθάρα. Au nordouest
ce rapport s'est moins développé. Des diminutifs français
peuvent être employés comme mots caressants ; asse dans
bestiasse a une signification décidément péjorative. Il existe
également quelques suffixes absolument péjoratifs sans rapport de
dimension ; le latin aster par ex. est répandu partout ; ald, art
aussi, en tant qu'ils s'ajoutent à des substantifs, appartiennent à
cette classe. — Les adjectifs sont moins affectés par les formes
péjoratives, c'est-à-dire qu'ils restent plus fidèles à leur ancienne
signification. Ex. ital. brunazzo brunâtre, allegroccio fort
joyeux, franç. mollasse ; même aster n'exprime ordinairement
que la ressemblance.

9. Par l'enchaînement de plusieurs suffixes diminutifs et
augmentatifs, on peut, surtout dans l'italien, le plus vif des
dialectes romans, faire passer l'idée du primitif par les nuances
les plus variées, que les autres langues ne peuvent exprimer que
par des adjectifs. Exemples : it. cagnuolo petit chien, cagnuolino
gentil petit chien, cavallino petit cheval, cavallinuccio
mauvais petit cheval, casetta maisonnette, casettina petite
maisonnette, casuccia mauvaise maisonnette, casucciaccia
très-mauvaise maisonnette, mediconzolo mauvais médecin,
medicastronzolo très-mauvais médecin (Fernow § 177). Esp.
hombron grand homme, hombronazo très-grand homme, hombrecico
petit homme, hombreciquillo tout petit homme, mugerona
grande femme, mugeronacha grande femme laide.

10. La langue emploie plusieurs moyens pour établir la distinction
du genre naturel
. 1) Différence de la racine. Mas,
femina : ital. uomo (maschio), femmina, esp. varon, muger,
franç. homme, femme, val. bęrbat, fęmeae. Pater, mater
272persistent, le valaque seul a tatę, mamę. Frater, soror : ital.
fratello, sorella (esp. hermano, hermana), fr. frère, sœur,
val. frate, sorę. Patruus, avunculus, amita, matertera :
le français seul a oncle, tante, val. unchiu, mętusę (ital. zio,
zia, esp. tio, tia). Taurus, vacca : ital. toro, vacca, esp.
toro, vaca, fr. taureau, vache, val. taur, vacę. Aries, ovis :
au lieu de ces mots, l'ital. a montone, pecora, l'esp. carnero,
oveja, le franç. bélier, brebis, le val. berbeace, oae (ovis).
Verres, porca : ital. verro, porca (aussi troja), esp. verraco,
puerca, fr. verrat, coche (truie), val. porc, scroafę.
Haedus, capella : au lieu de ces mots, l'ital. a becco, capra,
l'esp. bode, cabra, le franç. bouc, chèvre, le val. tzap, caprę.
Presque tous les cas où le latin exprimait ainsi la distinction
des sexes se retrouvent en roman, bien que d'autres mots se
soient souvent mêlés aux mots latins ; mais le nombre de ces
cas s'est en outre augmenté de mots nouveaux, parmi lesquels,
il est vrai, des mots qui en latin n'avaient qu'une forme pour
les deux genres. Filius, filia : val. fiu, fatę. Puer, puella :
franç. garçon, fille. Equus, equa : ital. stallone, cavalla,
esp. garanon, yegua, franç. étalon, cavale, val. cal, eapę
(equa). Cervus, cerva : franç. cerf, biche, val. cerb, ciutę.
Lepus : franç. lièvre, hase. Canis : port. câo, cadella,
franç. chien, lisse, val. cųine, cętzę. Felis : franç. matou,
chatte, val. cotoc, mętzę. Aper, apra : franç. sanglier, laie.
Gallus, gallina : fr. coq, poule, val. cocos, gęiinę. Anser : fr.
jars, oie. — 2) Le moyen le plus employé pour changer le genre
masculin en féminin est la modification de la forme. Elle s'opère :
a) Par le simple changement de la désinence, comme pour l'adjectif :
filius, filia, ital. figlio, figlia, esp. hijo, hija etc. Les
exemples latins se sont conservés pour la plupart ; on en
trouve en outre un grand nombre de nouveaux : b.lat. par ex.
vir, vira Form. Marc. app. ; ital. suocero, suocera, esp.
suegro, suegra (tiré comme suocera du fém. socrus) ; ital.
cavallo, cavalla ; daino, daina (de dama) ; esp. palomo,
paloma ; perro, perra ; tortolo, tortola ; val. ed, eadę
(haedus). On appliqua de même aux neutres la distinction du
genre : esp. mancebo, manceba, prov. mancip, mancipa
garçon, jeune fille (mancipium), le fém. mancipiarum est dans
un ms. de la L. Sal. ; ital. testimonio, testimonia (-ium) ; ital.
giumento bête de somme, giumenta jument, esp. jumento
âne, jumenta ânesse, franç. la jument, v.franç. li jument
(jumentum). Du féminin familia on a tiré un masculin ital.
273famiglio, v.esp. famillo serviteur, auquel on n'a toutefois
pas donné de féminin dans ce sens, b) Par l'application de l'a
féminin à la troisième déclinaison, surtout aux finales on et or,
comme dans seniora, cantora, hereda, infanta. De neptis
est sorti l'espagnol nieta, et de là le masculin nieto, mais de
nepos le provençal a tiré nebot, fém. neboda. c) Par les dérivations
en na et ix : gallina, regina, imperatrix, auxquelles
on ajouta encore issa pour les mots de toutes les déclinaisons,
surtout pour ceux de la première (papissa), et en franç. euse,
en val. itzę. — Il faut remarquer ce qui suit pour chaque
langue en particulier. Italien, a) Dio a le féminin dea et même
deessa. b) Un petit nombre seulement de mots de la troisième
déclinaison forment leur féminin au moyen de a, comme barone,
barona ; gigante, giganta ; signore, signora ; erede, ereda ;
cane
, cagna ; tigre, tigra . c) Tore passe à trice, à peine
à tora (comme dans traditora à côté de -trice) et rarement
aussi à essa, comme dans dottoressa, fattoressa, pittoressa.
d) Duca, papa, poeta, profeta, diacono, barone, conte,
giudice, oste, principe, elefante, leone, pavone etc. prennent
au féminin essa : duchessa, papessa etc. Espagnol, a) De nombreux
mots de la troisième déclin. forment leur féminin en a :
diós, diosa (anc. deesa p. ex. Alx. 313) ; huesped, huespeda ;
señor
, señora ; gigante, giganta ; infante, infanta ; surtout
ceux qui sont des dérivés en on : mocetona, Valona, leona.
b) Même tor (dor) a généralement tora : cantor, cantora ;
pastor
, pastora ; la terminaison latine est restée dans electriz,
emperatriz, ultriz etc. c) Esa et isa dans duquesa, poetisa,
profetisa, diaconisa, baronesa, condesa, princesa (masc.
principe). Le portugais se comporte de même : deosa, infanta,
poltrona, leôa (ici aussi pavôa), cantora, emperatriz, duqueza,
baroneza. Provençal, a) La voyelle du féminin ne s'est
pas étendue autant qu'en espagnol ; senhor, par ex., n'a pas
pour féminin senhora, mais domna 1172, cependant on fait en
général ona, il faut aussi remarquer jayan, jayanda ; paren,
parenta ; martir, martra ; can, canha ; tigre, tigra ; chauan,
274chauana Choix V, 252. b) Dor (tor) a le féminin régulier iritz,
il est rare qu'il forme le féminin en a ou issa essa : emperairitz,
pastora, noirissa, trachoressa. c) Cette dernière
forme se trouve dans beaucoup de cas isolés, comme senhoressa,
duquessa, comtessa, princessa. Français, a) On a
ordinairement le féminin onne : baronne, Saxonne, lionne ;
seigneur
n'a pas non plus ici le fém. seigneure, mais dame 1173 ;
chien fait chienne, b) Eur se change la plupart du temps en
euse (lat. osa) : danseuse, menteuse, trompeuse ; rarement
en eresse : devineresse, pécheresse, vengeresse, ou en
rice : actrice, impératrice (mais on a dans le Gloss. de Lille,
emperresse contracté de empereresse). c) Esse dans duchesse,
poëtesse (aussi femme poëte), prophétesse, déesse, diacresse,
comtesse, larronnesse, ânesse, paonnesse arch. En valaque
on trouve des particularités importantes, a) Beaucoup de noms de
peuples et d'animaux ont au féminin oae, forme qui quelquefois
est augmentative, mais qui ici n'a que la valeur de l'allemand
inn. Ex. : Rus, Rusoae ; Turc, Turcoae ; lup, lupoae ; urs,
ursoae ; le dialecte du sud, au contraire, se sert de la simple
transformation au moyen de e : Turcę, ursę, lupę. b) Un
allongement de cette forme est oaicę dans des noms de peuples,
comme Rusoaicę, Serboaicę ; ce c s'introduit aussi après une
n : Moldovancę, Rumęncę à côté de Moldovanę, Rumęnę.
c) Easę (isę) s'attache à des masculins qui désignent une
dignité : ainsi craiu roi (serbe krâlj), craisę ; impęrat, impęręteasę ;
preot prêtre, preoteasę. d) Le slave itzę s'ajoute soit
à des mots du genre précédent, comme span comte (hongr.
ispany), spęnitzę ; cępitan, cępitanitzę, soit à des noms
d'animaux, comme pęun, paunitzę ; porumb, porumbitzę ;
surtout à ariu : boiariu, boeritzę ; purcariu, purcęritzę ;
vęcariu
, vacęritzę. — 3) L'augmentation et la diminution ont
été employées aussi pour désigner le genre, celle-là pour le
275masculin, comme le plus fort, celle-ci pour le féminin, comme
le plus faible. Ici aussi la forme du féminin procède de celle
du masculin, a) Masculins. Dans l'esp. et le port. perdigon
perdigão
de perdiz, cabrão de cabra l'augmentatif on ão sert
à désigner le mâle ; on peut comparer le v.franç. taion grand'père,
taie grand'mère, et le lat. copo, fém. copa (qui n'a pas
de correspondant copus). Dans le franç. canard de cane le
renforcement ard a la même action ; comp. malart et l'allemand
Gansert, Taubert. En valaque oiu, qui répond à l'esp.
on, remplace souvent le masculin, ainsi dans śiścę sorcière,
śiścoiu sorcier ; vulpe, vulpoiu ; curcę dinde, curcoiu dindon ;
il en est de même pour oc, formation décidément augmentative
dans cotoc, mitzoc, motoc matou, peut-être aussi pour ac
dans gęnsac jars, b) Féminins. Diminutifs : port. cadella
chienne, franç. chevrette, levrette, de chevreuil, lévrier.
Mais on se sert surtout de la diminution pour des noms propres
féminins, comme ital. Guglielmina, Paulina, Enrichetta,
franç. Guillemette, Jeannette, Charlotte, Philippine. L'allemand
aussi considère Fritzchen, Fränzchen, en tant qu'il
s'agit d'adultes, comme noms féminins. — Des féminins dérivés
peuvent encore s'unir à d'autres suffixes nominaux, comme en
ital. duca, duchessa, duchessina, ce qui n'a lieu dans les
suffixes allemands de cette espèce que lorsque le premier suffixe
est étranger, comme dans Äbtissin, Princessin, Prinzeschen,
masc. Genueser etc. Le nombre des mots à une terminaison pour
les deux genres et des mots communs a été considérablement
restreint depuis que les moyens de changer un genre en un autre
par la forme se sont multipliés. Pour les premiers, des mots auxiliaires
tels que l'ital. maschio, femmina, esp. macho, hembra,
port. macho, femea, franç. mâle, femelle, val. bęrbętus,
muieruścę servent à opérer la distinction. Voici des exemples de
communs qui ont été ou conservés ou introduits à nouveau : ital.
il et la artefice, consorte, erede, fante, giovane, nipote,
omicida, parente, testimone, tigre (plus anciennement tigro,
a) ; esp. el et la camarada, consorte, homicida, joven ; franç.
le et la camarade, élève, enfant, esclave, interprète.

Nous faisons suivre maintenant une liste des plus importants
suffixes de dérivation avec un choix d'exemples ; d'abord les
suffixes purement vocaliques, ensuite ceux qui ont une consonne
simple, double et deux consonnes différentes. L'ordre
suivi est alphabétique d'après la dernière lettre placée devant
la voyelle du genre ou de la flexion ; la terminaison us, a,
276um est la première, ensuite vient es, is, puis eus ou ius et les
autres 1174.

1. Dérivations purement vocaliques.

ĔUS, ĬUS. 1. Adjectifs : aëreus, argenteus, aureus,
cereus, ferreus, igneus, lapideus, lineus ; ebrius, nescius,
proprius, sapius . Ces mots, en tant qu'ils désignent une
matière, sont chez les modernes généralement poétiques, en provençal
(excepté ceux en i) ils ne se rencontrent que dans les
ouvrages scientifiques. Ital. aereo, argenteo, aureo, ferreo,
igneo ; ebrio, propio, saggio ; esp. aereo, aureo etc. ; necio,
propio, sabio ; prov. aere, argente, aure, cere, igné, lani,
lini ; ibre, nesci, propri, sage . Le provençal remplace généralement
cette forme par enc (voy. plus bas), le français dit, au
moyen de la périphrase, d'or, de cire, de fer, cependant l'Alexis
et le Roland connaissent encore un adjectif orie. Ce suffixe
manque absolument en valaque. — Il ne s'est pas introduit de
formations nouvelles, bien que le latin de la décadence en possède
un nombre important (adipeus, bestius, capreus, classeus,
pelleus, pipereus, rupeus, similagineus, uveus, vaporeus,
virgineus) ; l'esp. espelteo constitue une exception. Mais on
rencontre un certain nombre de formations analogiques, c'est-à-dire
qu'on a donné la terminaison ius à des adjectifs simples.
Ainsi ital. crojo (crudus crudius), fujo adonné au vol, sombre
(fur, ital. furo, de là furio, ou bien lat. furvus, de là furvius,
Dict. étym. II a), mezzo (mitis, -ius), rozzo (rudis,
-ius). C'est en espagnol que le procédé se montre le plus clairement :
agrio (acer) arch. agre, crasio, gurvio (curvus),
novio, soberbio (à moins que ce mot n'ait été formé sur soberbia).
En latin aussi on remarque des exemples de dérivés de
cette forme qui se présentent à côté du primitif, ainsi dans
florus floreus et florius, russus et russeus, extrêmement
souvent dans des noms de famille, comme albus Albius, claudus
Claudius
, fur Furius. Voyez pour ceus, neus, rius
277les dérivations avec des consonnes. — Remarque. Un suffixe
qui se rapproche de celui-ci, au point de vue de la forme, mais
qui, à ce qu'il semble, n'est pas latin, est le valaque ĘU. Il se
montre dans beaucoup de mots appartenant à différentes classes
d'idées, comme biręu juge (hongr. bíró), lungęu homme de
haute taille (fém. lungoae), cęlęu grand cheval, męcęu bâton,
pęręu ruisseau (alb. pęrúa) et il concorde à peu près au point
de vue logique avec le suffixe oiu dont il sera question plus bas
à propos de on.

2. Au nombre des substantifs on a par ex. linea, lintea, pinea,
vinea. Les langues nouvelles possèdent beaucoup de substantifs
de ce genre, surtout des noms d'arbres. Ital. faggio
(fageus), leccio (iliceus), rubbio sorte de mesure (rubeus),
quercia (quercea), ansia (anxia), lenza bande (lintea),
vigna. Esp. cereo arbre de cire, vidrio verre (vitreus), ansia,
granja grange (granea), haya (fagea), juncia (juncea),
viña. Prov. ciri cierge (cereus), grani, papiri (papyreus),
faia, vinha. Franç. cierge, cuivre (cupreus), papier, lange
(laneus), linge (lineus), grange, neige (nivea), anc. serorge
beau-frère (sororius). — D'autres se rapportent à des adjectifs
nouveaux, ainsi par ex. ital. abezzo (abieteus*), ciriegio
(ceraseus*), prugno (pruneus*), endivia (intybea*), croccia
béquille (crucea *), ragia résine (rasea *), roccia (rupea* ?) ;
esp. cerezo, croza ; prov. par ex. evori (ebureus *) ; franç.
ivoire, longe (lumbea *) etc.

ĬA. 1. Dans des noms communs (souvent joint à d'autres
suffixes) : angustia, fallacia, gratia, invidia ; ital. angoscia,
fallacia, grazia, invidia ; esp. congoxa, falacia etc. ; prov.
engoissa, gracia, enveya (mais justizía M. n. 762, 5, luxuría
Brev. d'am
. I, p. 122) ; franç. angoisse, grâce, envie, vendange
(vindemia) ; ces exemples manquent en valaque. — Des
dérivations nouvelles se présentent en masse, mais la tendance,
observée plus haut (p. 255), des langues romanes à transporter
l'accent sur la dérivation leur donne une apparence non latine.
Il est vrai que des mots originairement grecs, tels que abbatīa,
aristocratīa, politīa, Alexandrīa, Antiochīa, Nicomedīa de
ἀββάτεια, ἀριστοκράτεια (τία), πολυτεῖα, Ἀλεξάνδρεια, Ἀντιόχεια, Νικομήδεια
ont pris également l'accent sur l'i, mais il est impossible
de croire que ce petit nombre de mots, dont l'accentuation latine
ne s'est pas même partout soutenue (l'italien prononce Alessándria,
Antióchia, Nicomédia , le Fierabras fr. Alexándre
pour Alexandrie), ait été cause de ce déplacement ; on pourrait
278tout au plus attribuer quelque influence à l'accentuation grecque
dans ἀστρολογία, ἀστρονομία, μανία, μοναρχία, φιλοσοφία (Prudence prononce
Sophīa), de là ital. astrologia, monarchia etc. Les nouvelles
formations sont dénominatives, rarement verbales, et, au
point de vue du sens, surtout abstraites ; elles désignent souvent
(comme le suffixe atus) une dignité et le domaine ou le local qui
s'y rattache ; elles sont aussi collectives, rarement concrètes.
Exemples : ital. allegria, falsia, maestria, villania ; baronia,
castellania, signoria, vicaria ; borghesia, cherisia, compagnia ;
bastia
bastion (verbe bastire), galleria (galera). Esp.
alegria, cortesia, falsia, habladuria loquacité (hablador),
maestria, sabiduria sagesse (sabidor), valia (verbe valer),
villania ; baronia, curaduria (curador), señoria ; compañia
etc. ; en outre algaravia langue arabe, germania argot. Prov.
cortesia, diablia, falsia, gelosia, vilania ; clergia, joglaria,
pagania etc. Franç. comme en italien, v.franç. par ex.
ancesserie ensemble des ancêtres (antecessor), bogrerie hérésie,
diablie, estoutie folie, maistrie, manantie richesse,
renardie. Les dérivations valaques, dont beaucoup ont un sens
concret, changent leur ia en íe, plur. íi : bęcisnicie misère,
betzie ivrognerie, bucurie joie, detorie dette, dievolie diablerie,
ghelosie jalousie, grębnicie hâte, heredie descendance,
slębie faiblesse, tęrie force ; apostolie apostolat, archimandrie
abbaye, baronie, boerie noblesse, pęgųnie paganisme ; grecie,
lętinie, ungurie langue grecque, latine, hongroise, avec i atone
romęnie langue valaque (comp. esp. algaravia etc.) ; avutzie
avoir, bętęlie combat, cęlętorie chemin, cųmpie champ, hęrbie
menton. — L'immixtion d'une r avant le suffixe ía est fréquente,
surtout là où il s'agit d'exprimer une occupation, ou le lieu
de cette occupation, ou son résultat, et alors la dérivation prend
un sens collectif ; dans ces derniers cas et dans d'autres l'r a la
plupart du temps son origine dans des mots personnels de la
forme arius. Exemples italiens : braveria courage, ciarleria
babil (-iere), diavoleria diablerie, diceria bavardage (verbe
dire), furberia fourberie, gofferia gaucherie, porcheria saleté ;
fonderia fonderie, pellicceria pelleterie, marché de fourrures
(-iere), pescheria pêche, marché au poisson, podesteria
charge ou maison du podestat ; argenteria argenterie, biancheria,
drapperia, ferreria, teleria ; artiglieria, cavalleria,
sbirreria, prateria prairies. Esp. bellaqueria coquinerie,
fulleria tromperie (-ero), majaderia grossièreté (-ero), porqueria ;
blanqueria
blanchisserie (-ero), funderia, horneria
279métier de boulanger, boulangerie (-ero), joyeria joaillerie (-ero),
secretaria cabinet (-ario), artilleria (-ero), compañeria
(-ero), flecheria corps d'archers (-ero), juderia juiverie,
moreria pays des Maures. Prov. leujaria étourderie (leuger),
tricharia tromperie (trichaire), truandaria à côté de truandia
vagabondage ; cavalaria, porcaria etc. Franç. bigoterie,
diablerie ; bijouterie, boulangerie, fonderie, lingerie, oisellerie,
soierie, trésorerie, verrerie, cavalerie, juiverie, ladrerie,
comp. Mätzner Franz. Gram. p. 280. Val. arginterie
argenterie, purcęrie étable à cochons, etc.

2. Les noms géographiques en ia conservent, de même que
les noms communs, leur accent primitif, comme ital. Asia,
Bologna (Bononia), Bretagna, Calabria, Dalmazia, Francia,
Gallia, Germania, Grecia, Italia, Lamagna (Alemannia),
Marsiglia, au contraire Soría (Syria) ; esp. Asia,
Bretaña, España, Gaula etc. ; prov. Alamanha (Magna
Choix
IV, 118), Antioca, Bretanha, Fransa, mais Arabía,
Etobía, Soría' , franç. Allemagne, Boulogne, Bretagne,
France, Gaule, Grèce, Marseille ; Asie, Dalmatie, Germanie,
Italie ; val. Armenia, Francia, Ghermania. — Les
nouvelles dénominations suivent tantôt l'ancienne, tantôt la
nouvelle accentuation. A la première appartiennent : it. Baviera
(Bavaria), Borgogna (Burgundia), Curlandia (sans i Olanda,
Zelanda, Fiandra ), Persia (mot nouveau pour Persis),
Polonia, Prussia, Russia, Svezia. Esp. Baviera, Borgona
etc. Prov. Frisa pour Frisia, Sansonha (Saxonia), Savoya.
Franç. Bavière, Bohème, Bourgogne, Courlande, Hesse,
Perse (v.franç. Persíe Poit. 65), Pologne, Prusse, Suède.
Val. Boemia, Bulgaria, Polonia, Rusia, Slavonia. A la
seconde : ital. Lombardia, Schiavonia, Tartaria, Turchia,
Ungheria, Valachia. Esp. Andalucia etc. Prov. Lombardia,
Murcia, Normandia, Ongria, Romania, Turquia. Franç.
Lombardie, Normandie, Picardie, Turquie, Valachie.

ium, appliqué à des substantifs, tels que convivium, imperium,
refugium , a provoqué quelques imitations. Ainsi ital.
abbominio (= abominatio), assassinio (comp. homicidium),
rimproverio (improbatio), rovinio (ruina), stridio (stridor).
Esp. peut-être lacerio peine (laceratio), murmurio
(-ratio). Prov. concordi (-ium déjà dans les Pand.), discordi,
aussi ital. discordio.

uus, surtout appliqué à des adjectifs : aequus avec iniquus,
antiquus, arduus, assiduus, congruus, conspicuus, continuus,
280exiguus, fatuus, mortuus, mutuus, nocuus, obliquus,
praecipuus, strenuus, vacuus, viduus, de même (avec changement
de u en v) parvus, salvus. En roman ces mots et
d'autres se sont conservés pour la plus grande part, mais ils sont
peu usités, les mots populaires évitent en partie l'hiatus contenu
dans uu. Ainsi ital. antico, prov. antic, v.franç. antif (pour
antiu) ; ital. continovo, esp. contino ; prov. fat fada, franç.
fat fade (voy. à ce sujet mon Dict. étym. I) ; ital. morto etc. ;
pr. oblic, ital. bieco ; pr. vac GO. ; ital. védovo, esp. viudo,
franç. veuf veuve, prov. veuva, aussi vezoa. Le provençal
sauve assiduus et continuus en changeant le suffixe uus contre
osus. Il ne s'est pas produit de formations nouvelles. Un cas du
latin de la décadence est reciduus pour recidivus.

2. Dérivations avec une consonne simple.

Nous entendons par là non-seulement les dérivations simples
qui procèdent immédiatement du primitif, mais aussi celles qui
procèdent d'une autre dérivation, comme dans at-icus. Ces dérivations
ont dans les deux cas presque toujours besoin d'une
voyelle de liaison.

C.

acus. 1. Adj. ebriacus, meracus, opacus ; ital. briaco ;
v.esp. embriago ; prov. ebriac ebriaic ybriai III, 169. Sur
ce modèle semblent s'être formés ital. vigliacco lâche, esp.
bellaco, port. velhaco coquin (vilis) ; de plus port. famaco
affamé, prov. lecai friand (lec), niaic pris au nid (nidus), savai
méchant (saevus), verai vrai, franç. vrai.

2. Subst. cloaca, lingulaca, pastinaca, portulaca, verbenaca,
ainsi surtout des mots du règne végétal, comme aussi
arboraca dans Isidore. Des substantifs de la terminaison ac
(ital. acc) des deux genres ne font pas défaut au roman, mais
on ne voit pas partout clairement si cette terminaison est dérivative.
Ex. : ital. baracca (barra), bomberaca (de gommarabica ?),
bulimaca bougraine, caracca caraque, casacca
sorte d'habit (casa), citracca sorte de plante (citrus), guarnacca
robe de chambre, lumaca limace (de limax), meliaca
espèce d'abricot (armeniăca), patacca et patacco monnaie,
trabacca tente (trabs), verminaca (pour verbenaca), zambracca
femme de mauvaise vie (zambra). Esp. barraca,
burjaca sac (byrsa ?), carraca, casaca, espinaca épinard
281(spina), matraca crécelle (arabe), pataca, urraca pie, verdolaga
(de portulaca) ; port. cavaca gâteau, ervilhaca vesce
(ervum). Franç. baraque, casaque etc. — Remarque. Il faut
mettre à part quelques suffixes étrangers ou éléments qui ont le
même son. 1) Le val. AC dans gęnsác jars, omac sorte de
plante, ortac compagnon, bęracę bruine rappelle la terminaison
slave ak (Dobrowsky, Inst. ling. slav. p. 214). — 2) Un
suffixe gaulois qui s'applique aux noms de lieu est ac, iac,
comme dans Tornācum, Juliācum ; prov. Bragairac, Cauzac,
Galhac, Moissac, Salvenhac ; franç. [ay de ac, y de iac]
Cambray (Camaracum), Antony (Antoniacus), Chauvency
(Calviniacum), Jouy (Gaudiacus), comp. t. I, 228. —
3) Nous ajoutons encore un cas qui présente la douce au lieu de
la forte. Les noms de familles espagnols en ÁGA et ÁYA, comme
Amoraga, Arechaga, Arriaga, Arteaga, Estenaga, Gonzaga,
Madariaga, Urteaga, Zamarraga, Anaya, Arnaya,
Celaya, Minaya, Osnaya, Salaya, pourraient avoir leur
origine dans la langue ibérique. D'après G. de Humboldt (Prüfung
p. 39, comp. p. 31) la terminaison aga est extraordinairement
fréquente en basque ; on trouve aussi aya dans des noms
communs tels que arraya poisson, ibaya rivière, zabaya scène.

ec. Cette terminaison s'applique à un nombre considérable
de mots, mais la plupart sont d'une origine si obscure qu'on ne
peut rien dire de certain sur la nature de la terminaison, qui au
reste ne semble exprimer aucune idée. Dans beaucoup d'entre
eux ec ne doit évidemment pas être regardé comme un suffixe.
Ital. bacheca écrin, cerboneca et -nea mauvais vin, mocceca
niais (de moccio), ribeca rebec (arabe), spizzeca ladre. Esp.
babieca niais, idiot (babia, prov. bavec), charneca térébinthe,
holleca sorte de petit oiseau, muñeca poignet (muñon, franç.
moignon), pasteca poulie de grande drisse (aussi en italien),
xaqueca migraine (arabe) ; port. boneco marionnette, faneco
circoncis (verbe fanar), marreco marreca canard sauvage,
aiveca oreille de charrue, caneca canette (b.lat. cana), folheca
flocon de neige, foreca cahier de papier SRos., pateca melon
d'eau (arabe). Prov. bavec (= franç. bavard), manec domicilié
(verbe maner), musec (pour mozaic, franç. mosaïque),
senec (senex), ufec orgueilleux (esp. ufo, ufano), varec
(chaume LR.), caveca chouette GO. (moy.h.allem. chouh),
taleca sac (esp. talega, port. taleiga).

ĭcus. 1. Adj. apricus, mendicus, pudicus ; ital. aprico,
mendico, pudico ; esp. mendigo, pudico ; pr. antic, mendic ;
282franç. antique, pudique ; manque en valaque. — 2. Subst.
amicus, umbilicus, formica, lectica, urtica, vesica, posticum ;
ital. amico, ombelico, formica, lettiga, ortica,
vescica ; esp. amigo, ombligo, hormiga, lechiga arch.,
vexiga, postigo ; prov. amic, formit, (pour -ic), ortiga,
vesiga ; fr. ami, fourmi, ortie, vessie ; val. buric, furnicę,
lefticę, urzicę, beśicę . On ne trouve pas de mots nouveaux
avec cette dérivation.

ĬCUS. 1. Adj. modicus, publicus, rusticus, unicus,
laïcus (λαικός), gallicus, germanicus, italicus ; ital. esp.
[ĭco] modico, laïco, italico ; prov. canorgue (canonicus),
domestic, láic, public, tenerc (tenebricus) ; franç. [ic, ique]
public, unique, germanique avec déplacement de l'accent
(voy. t. I, p. 473). Dans les mots populaires le provençal supprime
aussi le suffixe tout entier et prononce domíni (-icus),
gramázi (grammaticus), índi (-icus), ruste (-icus), aussi le
franç. lai à côté de laïque, et le v.h.allem. leigo, allem.mod.
leie. On n'a pas créé sur ce modèle d'autres dérivés de cette
espèce, sauf des noms de peuples, comme ital. bavarico, sassonico,
et peut-être foresticus, prov. foresgue sur le modèle de
domesticus 1175. — Remarques. 1) Au sud-ouest on remarque
souvent un suffixe égo, iego semblable au latin ĭcus, ainsi :
esp. aldaniego villageois, andariego bon marcheur, borrego
jeune agneau, cadañego annuel, cristianego de chrétien,
frailego monacal, niego faucon niais (nidus), palaciego
courtisan, pinariego de pin, veraniego d'été ; port. ardego
ardent (pour ardiego ?), labrego campagnard (lavra), ninhego
(= esp. niego). L'origine de cette forme est encore à trouver.
On connaît du nom de Gallego, qui a manifestement le même
suffixe, les formes très-anciennes Gallaecus, Gallaicus ; on ne
peut guère douter que -aec ne dérive de l'une des anciennes
langues du pays, car aucune des langues soeurs ne connaît ce
suffixe ; le caractère populaire de cette terminaison n'autorise
pas à y voir une formation latine, sur le modèle par ex. de
Graecus. Faut-il avoir recours au suffixe celtique ig (kymr.
mynydd montagne, mynydd-ig qui concerne la montagne) ?
Cela inspire peu de confiance. Un second nom de peuple en ego
283est Manchego ; à la même terminaison appartient Judiego
(Judaïcus) ; le nom de rivière Mondego (anciennem. Munda)
semble avoir le même suffixe ; il en est de même des noms de
familles comme Castaniega, Noriega, Savariego. — 2) Au
valaque appartient exclusivement la forme de dérivation NĬC
(Dobrowsky 314), empruntée au slave, qui est ajoutée à des
radicaux tant latins qu'étrangers. Adjectifs, par exemple
crutzálnic économe (verbe crutzà), dárnic libéral (dare),
dórnic désireux (dor, ital. duolo), dumeástnic apprivoisé,
glásnic retentissant (serbe glâs voix, glasnîc messager),
pácinic pacifique, sílnic violent (serbe sìla violence), subst.
camętárnic usurier (camętę = κάματος), cásnic hôte, pustnic
hermite (serbe pûstinic).

2. Subst. africus, medicus, portions, syndicus, fabrica,
manica, musica, pedica, pertica, toxicum. De là it. affrico,
medico, sindaco, manica, tosco etc. ; esp. ábrego, médico,
fábrica, pértiga, tósigo ; prov. metge, fabriga, manga,
musica (musíca Flam. p. 163), perga ; franç. miege arch.
porche, manche, piége, perche, fabrique, musique ; val.
cleríc, médic, vitrég (vitricus), beseáricę (basilica), cų́ntecę
(canticum), mų́necę, peádecę. — Les nouvelles formations,
presque exclusivement des féminins, sont rares et la
voyelle de liaison ne s'est pas conservée dans toutes. Prov. auca,
ital. esp. oca, franç. oie (avis, avica) ; ital. barca barque
(bárica de βάρις ?) ; b.lat. caudica (caudex) ; ital. cotica
couenne (cutis) ; b.lat. gránica grange (granum) ; ital. mollica
mie (mollis) ; prov.mod. murga souris (mus muris) ; sic. nasca
narine (nasus) ; ital. natica, prov. natge (natis) ; franç. rache
(rasis) ; ital. rocca roche (rupes, rupica ?) ; pr. tóriga femme
stérile (taura), c'est la variante turga qui indique l'accentuation ;
ital. vasca bassin (vas). Masculin : ital. spago ficelle
(spartum, sparticum). Pour plus de détails sur ces mots, voy.
mon Dict. étym.

īc. Forme diminutive en espagnol, en portugais et en valaque,
étrangère aux autres langues. Exemples.1. Adj. : esp. bueno
bonico
, llano llanico, menudo menudico, moreno morenico ;
avec un c intercalé ciego cieguecico ; port. (plus rare) morenico
etc. —2. Subst. : esp. animal animalico, asno asnico,
perro perrico, abeja abejica, barba barbica, tixera tixerica,
noms propres Juan Juanico, Pedro Perico, Sancha
Sanchica
 ; avec c aire airecico, arbol arbolecico, ave avecica,
muger mugercica ; port. amores amoricos, bada
284bassin, bacinica, Ana Anica. Val. cęciulę cęciulicę, roatę
roaticę
 ; avec c floare floricicę, vale vęlcicę. Il y a des cas
où aucune diminution ne se fait sentir, de même que dans d'autres
suffixes de cette espèce, comp. esp. hocico museau (hoz, faux),
pellico habit de peau (piel), villancico chanson populaire (villano),
dedo meñique petit doigt (minimus). — Il n'existe pas
de latin īcus ou ĭcus avec cette signification. Le domaine celtique
possède, il est vrai, dans le kymri ic un suffixe diminutif qui ne
se présente plus aujourd'hui que dans les féminins (Zeuss I, 304) ;
mais cette origine ne se concilie pas bien avec le fait que ic
n'est pas populaire au nord-ouest, tandis qu'il l'est au sud-ouest,
et même à l'extrême est, si toutefois ic valaque est le même que
ic espagnol. Au point de vue géographique le suffixe v.h.allem.
ihh, v.sax. ik, auquel répondrait un gothique ik (Gibihho,
Siphihho, anihho avus, armihha paupercula, Manniko,
Sahsiko), aurait d'un peu meilleures prétentions à faire valoir ;
mais cette forme, même en allemand, n'a été, sauf dans des
noms propres, que peu appliquée. — Remarque. Beaucoup de
mots français présentent un suffixe QUIN qui est emprunté au
kîn du v.néerlandais et n'affecte aussi que des mots étrangers :
bouquin (boeckîn ?), brinquin esquille (Berry), dolequin arch.
épée courte, hellequin (hellekîn ?), lambrequin (lamperkîn),
mannequin (mannekîn et mandekîn), ramequin, vilebrequin,
voy. ces mots dans mon Dict. étym. En picard le suffixe
allemand s'attache aussi à des mots latins, surtout à des noms
propres, comme dans pénequin mauvais pain, verquin petit
verre, Pierrequin, Josquin. Carpentier cite aussi morequin
sorte d'étoffe, musequin sorte d'arme. Esp. botequin petit
canot, maniquí.

at-ĭcus.1. Adj. fanaticus, lunaticus, silvaticus, volaticus ;
ital. esp. port. fanático, lunático etc. ; prov. lunátic,
franç. fanatique, lunatique ; val. lunátic, sęlbátic. — Mots
nouveaux : it. fiumatico (qui équivaut à flumineus), lugliatico
(de julius). Esp. bobatico niais, friatico frileux, tematico
têtu. Val., avec la diminution, bętręnatic vieillot, rośeatec
rougeâtre, surdatec à demi sourd, vęratec d'été. —2. Subst.
tiré de substantifs. Ital. baliatico salaire de nourrice, camarlingatico
office de chambellan, compagnatico ce qu'on mange
avec le pain, palancatico palissade, stallatico fumier, terratico
fermage, maggiatica jachère, panatica provision de bouche.
Esp. [adgo azgo] désigne surtout des charges et des impôts :
alguaciladgo -azgo, almirantadgo -azgo, cabdelladgo
285-azgo
, cardenaladgo -azgo, consuladgo -azgo, mayorazgo
majorat, cillazgo droit sur les récoltes de dîmes, colodrazgo
impôt sur le vin, terrazgo redevance du fermier, ensuite hallazgo
trouvaille, hartazgo rassasiement etc. ; port. [adego]
vinhadego vignoble ; v.port., comme en espagnol, pour des
charges, des droits et des impôts, comme achadego récompense
à celui qui a trouvé quelque chose (esp. hallazgo), eiradega
impôt de l'air (eira), montadego droit de pâturage, terradego
(esp. terrazgo), taballiadego notariat, voy. Santa Rosa qui
accentue partout adégo. — Cette dérivation est déjà très-familière
au latin du plus ancien moyen âge. On lit dans une charte
de 444, Mar. p. 108 de fundo Partilatico. Dans une charte
franque de 629, ibid. p. 97, navigios portaticos, ipsos rivaticos,
retaticos, vultaticos, themonaticos (temonaticos),
chespetaticos etc. Il y a en Toscane un lieu du nom de Campagnatico.

A côté de ces dérivations on trouve dans d'anciens mots vraiment
romans une forme produite au moyen d'un g, dont l'identité
avec aticus ne peut soulever aucun doute. Le latin du moyen âge
a rendu d'abord les substantifs de cette classe par aticum : on
trouve ainsi : brenaticum -agium, carnaticum -agium, herbaticum
-agium
, paraticum -agium, vassallaticum -agium 1176.
1) Les adjectifs sont rares : ital. [aggio] selvaggio (silvaticus) ;
esp. [age] salvage ; port. [agem avec une m paragogique] salvagem ;
pr. [atge] salvatge, volatge (volaticus) ; franç. [age]
sauvage, v.franç. evage (aquat.), ombrage (umbrat.) ; cette
forme manque au valaque. Mots nouveaux : seulement prov.
ramatge, v.fr. marage (voy. Hofmann sur le v. 1301 d'Amis),
ramage sauvage (ramus) etc. — 2) Un substantif originairement
latin est viaggio (viaticum). Le nombre des substantifs
nouveaux est considérable : dérivés de substantifs, ils expriment
des idées abstraites, concrètes et quelquefois même personnelles.
Ital. baliaggio bailliage, carnaggio mets de viande, coraggio
courage, dannaggio dommage, erbaggio mets de légume, formaggio
fromage, linguaggio langage, messaggio message,
286messager, oltraggio outrage, omaggio hommage, ostaggio
otage (obstaticus pour obsidaticus), padronaggio patronage
(aussi -atico, -ato), paraggio parage, pedaggio péage, personaggio
personnage, vassallaggio vasselage, villaggio village,
hameau, visaggio visage. Esp. barnage Alx. barnax
PC
. (prov. barnatge), brebage breuvage, carnage, cordage
cordage, fardage bagages, homenage, hospedage, lenguage,
mensage, orage orage, parage situation, emplacement, personage,
ultraje, ventanage fenêtrage (l'ensemble des fenêtres
d'une maison), village. Ici la forme -g a été moins souvent
appliquée et l'on peut même présumer qu'elle est venue du nord.
Dans certains mots cette origine est clairement reconnaissable
et la terminaison e pour o parle aussi en faveur de cette hypothèse
(comp. la forme azgo). Maria egipc. écrit même avec tg,
tout-à-fait à la manière provençale, domatge, oratge, paratge.
Au reste Berceo écrit o pour e dans bevragio. Port. carnagem,
hervagem, homenagem, lingoagem, mensagem, ultraje.
Ils sont féminins évidemment parce qu'ils ont une forme commune
avec -agem = lat. ago aginis. Prov. amiguatge amitié,
antigatge antiquité, auranatge aération GO., auratge souffle
de vent, barnatge noblesse (pour baronatge), beuratge, carnatge,
coratge, damnatge, lenguatge, linhatge race, malage
maladie, messatge, omenatge, outrage, parage, vassalatge
bravoure. Franç. breuvage (pour beurage), carnage, courage,
dommage, fagotage, fromage, hommage, langage,
ménage (pour maisonnage), message, ombrage, orage (pr.
auratge), outrage, parage, passage, personnage, usage,
visage, voisinage . Ils sont particulièrement nombreux dans
cette langue et ils dérivent en grande partie de verbes, comme
abordage, accommodage, affinage, afforage, ajoutage,
amarrage, apanage (v.franç. apaner), arrivage, arrosage,
assemblage, attelage, avalage . — Remarque. A côté de aticus
l'italien a aussi oticus comme suffixe productif, bien que dans
un petit nombre de mots seulement, comme falotico fantasque,
malotico méchant. Ce sont des mots grecs tels que δεσποτικός,
qui ont dû leur servir de modèle. On trouve aussi quelques
imitations de eticus et iticus. De même de asticus
(monasticus, scholasticus) : ainsi dans animastico d'animal,
chiesolastico dévot, prosastico prosaïque.

oc. Il n'est pas tout-à-fait certain qu'il ne faille pas écrire
occ qui est donné par tous les exemples italiens. Mais cette
langue favorise le redoublement dont on peut au moins prouver
287l'existence dans alocco, pitocco et dans le nom propre Enocco
(Henoch), comp. aussi bajucca à côté de bajuca, sandracca
à côté de sandraca. Exemples : ital. baciocco niais (lat. baceolus ?),
balocco badaud, barocco usure (baro), bizzocco
bigot, tête faible, marzocco lourdaud ; en outre allocco hibou
(ulucus), bajocco monnaie de cuivre (bajo) ; augmentatif frate
fratocco
, diminutif anitra anitrocco. En espagnol on trouve
doncellueca vieille fille, morueco bélier, ballueca mauvaise
herbe ; port. pardoca femelle du moineau. Prov. badoc nigaud.
Val., augmentatifs, cal çeloc, mitzu mitzoc, om omoc.

ŭcus.1. Adj. caducus. Seul le provençal connaît ce suffixe
d'adjectif, mais il ne traite pas toujours la consonne de même. En
effet si une voyelle vient s'y joindre c peut rester, ou passer à g
ou même àch, ce qui rappelle proprement le latin ct. Les cas
sont : astruc heureux (fém. -uga, à en juger d'après malastrugamen),
baluc (le sens ?), caluc camus GO., craüc pierreux
ibid. 78 1177, damnuc détérioré, faduc ennuyeux (fém. -uca), faichuc
gênant, frevoluc frileux, GO. (dans Goudelin fredeluc),
pauruc craintif (fém. -ucha, mais on trouve toutefois paurug-os),
pezuc accablant (-uga). Dans les autres dialectes on
peut encore remarquer : catal. poruc (paoruc encore chez
A. March) ; esp. astrugo (= prov. astruc, franç. otru) Bc.
Loor. 76, machuco de sens rassis (macho), maluco maladif.
Le valaque emploie uc pour la diminution : bun bunuc.

2. Subst. albucus, sambucus, balluca (ibér.), carruca
(celt.), curruca, eruca, festuca, lactuca, mastruca (sarde),
verruca ; ital. sambuco, carruca, lattuga etc. ; esp. sauco,
carruco, oruga, lechuga, verruga ; port. charrua, verruga
etc. ; prov. sambuc, festuc festuga, eruga, verruga ; franç.
fêtu, charrue, laitue, verrue ; val. fęstucę, lęptucę. — On
trouve des mots nouveaux de cette terminaison. Ital. verduco
lame d'épée (de l'esp. verdugo ?), bajuca bajucca plaisanterie
(baja), fanfaluca flammèche (pompholyx), feluca felouque,
marruca buisson d'épines, pagliuca brin de paille (paglia),
perrucca (voy. mon Dict. étym.), avec g tartaruga tortue
(esp. tortuga). En espagnol ces dérivés sont plus fréquents, et le
primitif y est la plupart du temps clairement reconnaissable :
abejaruco mésange bleue (mangeur d'abeilles), almendruco
288amande verte, besugo sorte de poisson, fabuco fruit du hêtre
(pour faguco), mendrugo pain des pauvres, paxaruco gros
oiseau, tarugo cheville, tasugo blaireau, verdugo gaule
(verde), carruca verdier, faluca, galuca une pierre précieuse
Alx., mazuca iris, pechuga estomac de volaille, tortuga (voy.
mon Dict. étym.). V.port. massuca massue. Catal. peúc soque.
Prov. bauduc querelle, palhuc (ital. pagliuca) GO., ferruga
limaille de fer, tartuga. Franç. massue, tortue, anc. sambue
housse de cheval (v.h.all. samboh). Val. bulbuc vessie, bętucę
estomac de volaille, męciuce (franç. massue), męimucę singe ;
d'ailleurs diminutif, comme dans hainę hainucę ; en outre le
suffixe également diminutif-úicę, par ex. cęmarę cęmęruicę,
pasęre pęsęruicę. On trouve encore ici ug, dans belciug
caveçon, beteśug maladie etc., qui rappelle l'ancien slave ug
(Dobrowsky 311). — Remarque. L'italien connaît encore un
suffixe diminutif úc-olo, par ex. fera ferucola, finestra
finestrucolo
, leggiero leggierucolo etc., dont l'introduction
est sans doute due à bajuc-ola (de bajuca) : ce mot aura été
décomposé en baj-ucola et on l'aura pris pour un diminutif de
baja, qui a le même sens.

, , , ĭç, (ax acis, ex ēcis ĭcis, ix īcis ĭcis,
ox ocis) : bellax, fallax, fornax, limax, mordax ; et dans
le lat. de la décad. aussi currax, linguax ; vervex, cornix,
junix, perdix, radix ; cortex, forpex, hirpex, ap-pendix,
pollex, pulex, pumex, rumex, salix, sorex ; atrox, ferox.
Cette forme, à cause de l'obscurité de sa signification, a subi des
modifications arbitraires, dont la plus fréquente est le passage à
la première et à la deuxième déclinaison. Ital. capace, ferace,
fornace, lumáca, mordace, rapace, verace, berbice, cervice,
perdice, radice, cálice, s-corza (cortex ?), appendice, pulce,
salcio, sorcio, sóffice (supplex), feroce, veloce ; esp. capaz,
falaz, feraz, limaza, cerviz, perdiz, raiz, cáliz, apéndice,
pomez, pulga, romáza, sauce, sorce, atroz, feroz ; prov.
(presque seulement des subst.) fornatz, rapatz, vivatz (adv.),
berbitz, cervitz, junega, perditz, razitz, piutz piussa (pul.),
soritz ; franç. fournaise, limace, mordache, tenace, vivace,
brebis, génisse, perdrix, écorce, herse, pouce, puce, ponce,
souris, farouche (ferox) ; val. berbeace, cerbice, radiche,
foarfeci, purece, salce, soarece . — Les formations analogiques
sont peu nombreuses : ital. borrace borax (arabe), nidiace pris
au nid (nidio pour nido), penace douloureux, ramace qui vole
sur les branches, spinace épinard, naríce narine, pendíce
289penchant, verníce vernis, bóffice boursouflé. Esp. barniz,
lombriz (lumbricus). Divers adjectifs de cette langue et du
portugais qui primitivement appartenaient à la dérivation suivante,
mais qui ont laissé tomber leur voyelle finale et perdu
la caractéristique du genre, se sont rangés maintenant à cette
forme : ainsi par ex. esp. montaraz sauvage, paloma torcaz
(anc. torcaza), port. beberraz adonné à la boisson, lambaz
goinfre, roubaz rapace.

aceus, icius, oceus, uceus prennent en roman
une double forme : ital. -ccio, -zzo, esp. -zo, -cho, port. -ço,
-cho, prov. franç. -s, -ch, val. -cïu, -tz. A l'est c serait le son
régulier, z se rattache à l'orthographe tius qu'on trouve à côté
de ceus (arenatius, formatius datent du plus ancien moyen
âge) ; à l'ouest ch (esp. poblacho à côté de poblazo) est un
simple épaississement du son sifflant (t. I, p. 342, 429). Le
daco-roman possède encore une troisième forme avec ś, dont
l'identité avec ć et tz est confirmée par le fait qu'elle se trouve
dans les terminaisons diminutives śel et iśor = ital. cello et
icciuolo ; pour le sens cette forme diffère quelque peu des deux
autres.

aceus.1. Adj. arenaceus, capillaceus, gallinaceus,
lappaceus, vinaceus ; latin de la décadence liliaceus, siliginaceus,
terraceus . Ce suffixe a subi dans son application une
importante modification : on l'a uni à des adjectifs et, partant de
l'idée générale de ressemblance, on lui a fait exprimer le renforcement,
qui, dans certaines langues, a été supplanté à son tour
par des nuances accessoires. Ital. [accio, azzo] augmentatif et
péjoratif : bruno brunazzo, grande grandaccio, pallido
pallidazzo
, povero poveraccio, ricco riccaccio, vecchio
vecchiaccio
. Esp. [azo, acho], augmentatif : ancho anchazo,
grande grandazo, poco pocazo Bc, rico ricazo ricacho,
viejo viejazo ; amarillo amarillazo jaune pâle, verde verdacho
vert pâle ; port. frio friacho frais etc. Prov.mod., augm.
bel belas très-beau, blanc blancas, jaune jaunas, laid
laidas
. Franç. [asse] bon bonasse, mol mollasse, sans doute
aussi niais, fém. niaise (nidaceus*, comp. it. nidiace (p. 289).
Val. [acïu, aś] intensif : bęrnacïu brun noirâtre, fugacïu
fugitif, pungacïu qui aime à heurter, schitacïu alerte, źingaś
sentimental.

2. Les substantifs nouveaux formés avec aceus sont nombreux ;
ils sont la plupart soit augmentatifs, soit péjoratifs, ou
bien ils indiquent la ressemblance et l'origine. Voici quelques
290exemples : ital. ragazzo garçon, codazzo cortège, covaccio
tanière, mogliazzo mariage, mostaccio (mystax), pagliaccio
paillasse, terrazzo terrasse, vignazzo vignoble, arcaccia
coffre, beccaccia bécasse, bonaccia bonace, corazza cuirasse,
galeazza galéasse, guarnaccia vêtement de dessus, spogliazza
déprédation. Péjoratifs : popolo popolazzo, tempo tempaccio,
uomo omaccio méchant homme, acqua acquaccia, casa
casaccia
, colomba colombaccia, gallina gallinaccia. Augmentatif :
festa festaccia 1178. Esp. espinazo épine du dos, grimazo
figure grimaçante, hormazo muraille de brique (formaceus),
arcaza, galeaza, hilaza filasse, linaza graine de lin,
mordaza bâillon, picaza pie, pinaza sorte de bateau, terraza
vase de terre, vinaza piquette, coraz-on cœur ; capacho
panier, mostacho, muchacho garçon, penacho panache, borracha
outre, carnacha charogne, garnacha, hornacha -aza
fourneau. Augmentatifs : animal animalazo, buey bueyazo,
gallina gallinaza, bezo bezacho, lèvre épaisse ; péjor. caballo
caballazo
, muger mugeraza, vulgo vulgacho. Ce suffixe
indique aussi l'action d'un instrument : acicatazo coup d'éperon
et aussi agujazo, dardazo, flechazo, latigazo, manotazo,
picazo, puntillazo, zapatazo. Port., comme en espagnol,
cartaz, chumaço, embaraço, fumaça, gallinhaça ; augm.
cacho cachaço, peccado peccadaço ; dim. lebre lebracho,
rio riacho. Pr. [as, assa] agras raisin acide, barras traverse,
borras toile grossière, sacas grand sac, vormas sorte de maladie,
bonassa, carnaza (= esp. carnacha), crebassa fente, gotassa
goutte, picasa pioche, vinassa, corass-ó cœur, farass-ó
flambeau GO., vernass-al misérable ; garnacha. Franç. [as,
asse, ace, ache]
bourras, coutelas, échalas (b.lat. carratium),
embarras, fatras, plâtras, tracas, bécasse, crevasse,
cuirasse, fouace, galéasse, grimace, lavasse, liasse,
paillasse, pinasse, tirasse ; ganache (de là ital. ganascia),
garnache, moustache, panache, pistache (pistacium), rondache ;
péjoratifs avec terminaison féminine : bête bestiasse,
coing coignasse, peuple populace, tétin tétasse, ville villace .
Val. ręgacïu cerf-volant (insecte), socacïu cuisinier
(hongr. szakáts). Aussi avec  : a) personnes agissantes :
alęutaś violoniste, aręndaś fermier, armaś écuyer, bęrdaś
charpentier, cęlęraś cavalier, sutaś capitaine ; b) diminutifs :
291cęltzun cęltzunaś, carbun cęrbunaś, deget degetaś, inel
inelaś
 ; c) oraś ville, porumbaś prunelier etc. Dans beaucoup
de cas le valaque n'est pas autre chose que le suffixe hongrois
as (prononcez asch), très-employé dans des mots abstraits : ainsi
dans aldaś bénédiction, aldęmaś pourboire, hongr. áldás,
áldomás ; mais la présence du latin aceus dans d'autres dérivations
peut d'autant moins être mise en doute que les formes
voisines et concordent aussi avec icius, uceus.

icius (iceus).1. Adj. adventicius, facticius, ficticius,
paniceus, pellicius ; latin de la décadence fracticius, sementicius,
septicius, simulaticius ; it. [iccio, izio] avveniticcio,
fatticcio, fittizio ; esp. [izo, icio] avenedizo, hechizo, ficticio ;
pr. [itz, is] aveneditz, faitis ; v.fr. [is] faitis, faintis. — Les
mots nouveaux sont en grand nombre. Le suffixe s'unit soit à
un participe passé existant ou supposé comme en latin, soit à un
nom ou même à un radical de verbe ; quant à la signification
qui lui est attribuée les langues diffèrent considérablement. Ital.
cascaticcio caduc, covaticcio qui est près de couver, fuggiticcio
fugitif, massiccio massif, posticcio supposé ; dimin.
alto alticcio, bianco bianchiccio, giallo gialliccio, pallido
pallidiccio
, rosso rossiccio, secco secchericcio . Une deuxième
forme italienne eccio a un sens d'appropriation et prend presque
toujours r : camporeccio champêtre, casereccio, godereccio
(verbe godere), porchereccio, sposereccio, vendereccio
(verbe vendere), vernereccio. Esp. achacadizo fourbe, agostizo
né au mois d'août, azotadizo qui mérite le fouet, cambiadizo
inconstant Bc, castizo pur, huidizo, puente levadizo
pont-levis, mestizo métis (mixticius *), pagizo de paille,
plegadizo flexible, postizo ; dimin. (rare) bianco blanquizo ;
port. abafadiço renfermé, espantadiço craintif, massiço. Pr.
fraiditz malheureux, massis, mestis, plegadis, poestadis
puissant, a-postitz, tornadis tournant, tortis tordu, voltitz
voûté ; fréquent encore dans la langue moderne : baradis,
carejadis, cunfessadis, levadis, malautis, mescladis, pauzadis,
plegadis . Franç. dans vent coulis, pont levis, bois
taillis
, d'ailleurs éteint ; avec ch : postiche ; v.franç. poestis,
traitis, voutis etc. Val. [etz, fém. eatzę] albetz blanchâtre,
glumetz badin, lumetz mondain, pęduretz boisé ; avec ś :
boldiś piquant, costiś courbé de côté, tzępiś escarpé.

2. Ce suffixe aussi a produit de nombreux substantifs, dont
la plupart ont un sens concret et qui sont presque tous de nouvelle
formation. Ainsi ital. avanzaticcio résidu, barchereccio
292quantité de barques, canniccio claie de roseaux, capriccio
caprice, carpiccio volée de coups, ladroneccio larcin, lacchezzo
morceau friand, lavoreccio travail, orezzo brise, pagliericcio
brins de paille, pasticcio pâté, terriccio terreau, viticcio vrille,
acquereccia aiguière, corteccia écorce (corticea), muriccia
tas de pierres, paniccia bouillie (panicea), pelliccia pelisse
(pellicea), robbiccia babiole, salsiccia saucisse. Esp. [aussi
iz] aprendiz apprenti, caballerizo palefrenier, cabrerizo chevrier ;
acortadizo rognure, apartadizo petit cabinet, cañizo
claie de roseaux, carrizo iris (carex), filadiz filoselle, gollizo
gosier, hechizo charme (facticius), pasadizo passage étroit,
agachadiza bécasse, caballeriza écurie, cañiza sorte de grosse
toile, corteza, hortaliza légumes, pelliza ; capricho, salsicha ;
port. aprendiz, caniço, feitiço, nabiça petit navet etc.
Pr. clapadis combat, escroichedis écrasement, filadis paquet
de fils, tortis flambeau, ortalessa, sebissa haie (de sepes
LRom.
). Franç., en masse : abattis, chablis, châssis, coulis,
éboulis, gâchis, hâchis, lattis, lavis, logis, roulis, troussis,
v.franç. ploreïz pleurs, soneïz vacarme ; pelisse, saucisse.
Le diminutif iche dans babiche, caniche, lévriche, pouliche
doit aussi avoir son origine dans icia. Val. cųntęretz chanteur
(cantatricius*), fém. cųntereatzę ; strungęreatzę vase à
traire ; męscęricïu fou, pogęnicïu bouvier, poręniciu orchis ;
avec ś : acoperiś couverture, ascutziś tranchant, beliś doublure.
— Remarques. 1) Les formes françaises et valaques se
rencontrent avec la forme sortie de itia, comp. avarice avec
novice, blandeatzę avec cęntęreatzę. — 2) La forme valaque
concorde exactement avec le slave etz, qui est affecté aux personnes
et aux objets, de même qu'à la diminution (Dobrowsky
p. 306), cependant elle semble d'origine latine, car elle est
analogue aux autres formes romanes. Le domaine slave possède
en outre une dérivation féminine itza pour les même idées (doilitza
nourrice, chodataitza entremetteuse, otrokobitza jeune
fille) ; le valaque a itzę, qui répond tout-à-fait à la forme slave
en servant au même but, et dont le passage du slave au valaque
peut à peine être mis en doute. Ce suffixe est employé : a) pour
former le féminin : baron baronitzę, cępitan cępitęnitzę,
span spęnitzę, grof grofitzę, bojariu boeritzę, śelariu
śelęritzę
, vęcariu vęcęritzę ; bibol (bubalus)bibolitzę,
porumb (palumba) porumbitzę, comp. serbe kral kraljitza,
vuk vutschitza ; b) pour la diminution : corfę corfitzę, gurę
guritzę
 ; c) pour des objets : acęritzę étui à aiguilles, bolnitzę
hôpital, sęlęritzę salière, tarnitzę selle.293

oceus [occio, ozzo] désigne en italien la vigueur ou la
solidité, c'est une formation libre et non latine. 1) Adj. allegro
allegroccio
, bello belloccio bienfait, fresco frescozzo, grosso
grassoccio
. 2) Subst. bacio baciozzo, frate fratoccio, giglio
gigliozzo
, motto mottozzo, petto pettoccio, femmina femminoccia,
festa festoccia . Dans quelques cas l'idée du grossissement
n'est plus sensible, ainsi par ex. dans bamboccio poupée,
carroccio char qui portait l'étendard de guerre, cartoccio (de là
le franç. cartouche, l'esp. cartucho), barbozza mentonnière
du casque, carrozza (de là le franç. carrosse). — Les autres
langues ont quelques mots dérivés avec och qui en théorie
appartiennent à ce groupe : esp. mazocho tympan de colonne
(mazo), garrocha aiguillon (garra) ; franç. bamboche (ital.
-occio), caboche, épinoche, galoche (de là ital. galoscia),
filoche, mailloche, sacoche, v.fr. (Roq.) guenoche sorcière,
litoche berceau, taloche. Le prov. corrotz, fr. courroux (de
cholera) présente aussi ce suffixe.

uceus.1. Adj., comme dans pannuceus. Dans les langues
de l'est cette forme est employée pour la diminution, c'est sans
aucun doute une variante librement développée de aceus, icius.
Ital. [uccio, uzzo] cattivo cattivuzzo, giallo gialluccio, superbo
superbuzzo
, vago vaguccio. Val. [utz] acru acrutz
aigrelet, alb albutz, bun bunutz, dulce dulcutz, lung lungutz,
moale molcutz (molliculus). Ex. esp. [uzo, ucho]
lechuzo qui tète, machucho (= machuco p. 288).

2. Subst. ital. qui expriment une diminution méprisante :
angelo angeluccio, anno annuccio, cappello cappelluccio,
cavallo cavalluccio, dono donuzzo, foglio fogliuzzo, medico
medicuzzo
, poeta poetuzzo, bocca boccuzza, febbretta
febbrettuccia
, gente gentuccia populace, donna donnuccia,
scherma scaramuccia escarmouche. Ici aussi il arrive quelquefois
que la diminution ne se fait plus sentir, comme dans
cappuccio capuchon, corruccio colère (collera), peluzzo sorte
de peluche (pelo). Cettte forme unie à des noms de personnes
devient caressante : Anselmo Anselmuccio, Gualtero Gualteruzzo,
Pietro Pietruzzo, Laura Lauruzza. On la trouve
en outre jointe à beaucoup de noms de famille dont l'explication
n'offre pas de difficulté : Balduccio, Belluccio, Bertuccio,
Biringuccio, Borgaruccio, Carduccio, Falcuccio, Fantuzzo,
Fenuzzo, Galluccio, Galluzzo, Masuccio, Rinuccino.
Val. avec diminution : ac acutz, berbeace berbecutz,
bętrųn bętrųnutz, foc focutz, frig frigutz, lęmpaś lęmpęśutz,
strop stroputz, vas vęsutz, albinę albinutzę, barbę
294bęrbutzę
, boambę bombutzę, broascę broscutzę, inimę inimutzę,
oalę olcutzę (avec c diminutif), scųnteae scųnteutzę,
vacę vęcutzę. On a à côté de cela la forme en ś à
laquelle n'est pas attaché de sens diminutif : astupuś bouchon,
bęrbętuś mâle (en parlant des animaux), bętęuś batteur, culcuś
couche, bituśę housse de selle, brųnduśę colchique d'automne,
cenuśę cendre, mųnuśę gant, pępuśę poupée. En espagnol
les cas ne sont pas rares, par ex. Andaluz et Guipuz noms de
peuples, abenuz ébène, capuz (it. cappuccio), orozuz réglisse,
testuz occiput, terruzo terroir, caperuza bonnet ; capucho
(= capuz), carducha grand peigne, garrucha poulie ; dimin.
et péjor. burrucho ânon, aguilucho sorte d'aigle, avechucho
vilain oiseau. Fr. coqueluche (cuculla), guenuche (guenon),
peluche.

D.

idus. Adj. albidus, aridus, calidus, cupidus, frigidus,
limpidus, nitidus, rancidus, rigidus, sucidus, tepidus,
turbidus . L'accentuation du radical a nui au suffixe, qui a été
souvent mutilé. It. arido, caldo, freddo, nitido netto, rancio,
sciapido (in-sapidus), sucido sozzo, torbido torbo ; esp.
arido, calido, frio, limpio lindo, raudo (rabidus), recio,
enxabido, sucio, tibio ; prov. arre, caut, cobe, freit, orre
orreza
(horr.), humit humida Brev. d'am. I, p. 213. 266,
net nedea, sabe sabeza, rans, rege, tebe tebeza ; fr. aride,
chaud, froid, roide rigide, sade (sap.), tiède (v.fr. tieve
TCant
. 83 = prov. tebe), timide, parmi lesquels ceux en -ide
sont inorganiques, c'est-à-dire sont empruntés au latin ; val.
urę́t (horr.), úmet, límpede, rųncéd, reápede. — Il n'y a
pas de formations analogiques à attendre. La seule certaine est
l'ital. ripido escarpé (ripa), comp. t.I, p. 26 ; fulvido pourrait
être une modification du synonyme fulgidus, on trouve toutefois
aussi un latin de la décadence fulvidus ; vincido (moite, mou)
est probablement dérivé de viscidus (tenace, visqueux). D'autres
exemples du latin de la décadence sont fungidus, helvidus.

L.

ŏlus, a, um (e-ŏlus, i-ŏlus) avec sens diminutif.1. Subst.
capreolus, filiolus, gladiolus, urceolus, lusciniola, linteolum,
ostiolum . Nous avons encore ici un cas où l'accent
avance, voy. t. I, p. 466 1179. Ital. [uólo généralement uni à l'i
295du primitif, i-uólo et i-ólo, non pas olo seul] capriuolo,
figliuolo, gladiolo, orciuolo, rosignuolo, lenzuolo, usciuolo ,
esp. [uelo] hijuelo, lenzuelo, orzuelo (hordeolus), ruyseñor
(d'abord rosseñol) ; port. [ol] lençol, rouxinol ; prov. [ol]
cabirol, filhol, glaujol, orzol, rossinhol, ussol ; franç. [euil,
eul, ol]
chevreuil, filleul filleule, glaïeul, rossignol, linceuil ;
val. [or, fém. oarę] cęprior cęprioarę (capr.), picior
pied (petiolus) 1180. Le sens diminutif de ces mots et d'autres mots
transmis par la langue mère a tout-à-fait disparu, figliuolo ne
signifie plus petit fils, mais fils (il en est autrement de l'esp.
hijuelo). — Des formations analogiques se présentent en masse.
Ital. par ex. appiuolo pomme d'api, bracciuolo bras d'une
chaise, lacciuolo lacet, terzuolo faucon, vajuolo petite vérole,
camiciuola camisole, ventaruola girouette ; dimin. bagno
bagnuolo
, bestia bestiuola, carezza carezzuola, mazzo
mazzuolo
, raggio raggiuolo, sasso sassuolo . Esp. abuelo
(avolus pour avulus), buñuelo (franç. beignet), pañuelo
mouchoir de poche, sanguijuela sangsue, viruela (it. vajuolo) ;
dimin. acero aceruelo, herrero herreruelo, hoja hojuela,
mozo mozuelo. Prov. arestol poignée de la lance, auriol loriot
(aureolus), bressol berceau, escurol écureuil, flaujol flûte,
pujol hauteur, tersol. Dimin. orfe orfanol, cambra cambriola,
segonha segonhola . Franç. aïeul, écureuil, réseuil
(retiolum Apul.), tilleul, rougeole (rubeola*), vérole. Val.
alior (alliolum *), fecior adolescent, fecioarę jeune fille
(fetus) ; dimin. frate frętzior, sorę sorioarę ; val. du sud
turrólu tour. — La présence d'un c donne à cette forme une
action diminutive plus décidée ; ital. [icciuolo] libro libricciuolo,
donna donnicciuola, luogo luoghicciuolo, uomo
uomicciuolo
, verme vermicciuolo . Esp. [ezuelo, izuelo]
bestia bestezuela, cabo cabezuelo, cuerno cornezuelo,
paño pañizuelo, sans diminution : anzuelo hameçon (hamus).
Val. [iśor avec ś comme iśel, voy. sous cellus] cųne cųniśor,
frate frętziśor, turn turniśor, buzę buziśoarę, cadę cędiśoare,
fune funiśoare ; sans diminution sensible : bęniśor sorte
de monnaie, brędiśor genièvre.
2. Adj. aeneolus, consciolus, ebriolus. En italien cette
296dérivation est à peine diminutive, par ex. acceso accesuolo
un peu ardent ; elle exprime du reste l'appartenance, l'emplacement :
acquajuolo, boscajuolo, campagnuolo, sassajuolo, qui
se trouve dans l'eau etc. ; lugliuolo qui mûrit en juillet, marzuolo,
semé au mois de mars. Esp. dimin. baxo baxuelo, chico
chicuelo
, graso grasuelo, sucio suzuelo Bc, nom de peuple :
español, où la diminution a été annulée par le changement de ue
en o. Formes avec immixtion d'un c : ital. grande grandicciuolo,
magro magricciuolo. Esp. ciego cieguezuelo. Val.
souvent : acru acriśor, bun buniśor, mare męriśor, mult
multziśor
, un uniśor unique.

ulus, a, um.1. Subst. sans signification diminutive :
capulus, populus, ferula, fibula, fistula, gerula, situla,
tabula, tegula, cingulum, speculum, tribulum. Cette terminaison
a été rendue de diverses manières : tantôt on a conservé
la voyelle atone de liaison u, tantôt on l'a changée contre la
voyelle voisine o, tantôt on l'a élidée. Ce n'est que dans les
deux derniers cas que ce suffixe a un cachet purement roman.
Exemples : it. capolo cappio, popolo, ferula, fibbia, fistola,
gerla, secchia, tavola, tegghia, cingolo cinghio, specchio
speglio
, tribolo ; esp. pueblo, ferula, fistula, tabla, cingulo,
espejo, tribulo ; port. magoa (macula), nodoa (notula) etc. ;
pr. poble, ferla, fivela, fistola, selha, taula, espelh, triból ;
franç. peuple, échandole (scandula), seille, table, sangle ;
val. popór, títul, régulę, scųndurę (scand.), teglę. En latin
la diminution existe souvent d'une façon évidente : nodus
nodulus
, pannus pannulus, rivus rivulus, saccus sacculus,
luna lunula, pila pilula. Dans l'ital. rivolo, saccolo la forme
diminutive est encore active, mais elle ne l'est ni dans nocchio
(nod.), lulla, pillola, ni dans le val. pęnurę, pilulę. — Les
mots nouveaux, qui sont presque tous des noms communs ordinaires,
excluent l'idée de diminution ou plutôt l'ont abandonnée
depuis que des formes plus expressives ont été introduites à cet
effet 1181. Ce n'est que dans la langue italienne, qui n'est pas hostile
au proparoxytonisme, qu'on fait un fréquent usage de ce suffixe.
Exemples (le primitif existe pour presque tous) : aratolo
charrue, avolo grand-père, bocciolo bouton, bossolo boîte, cintolo
297ceinture, fignolo pustule, fusolo tibia, granchio écrevisse
(cancrulus*), guindolo dévidoir, orlo bord, santolo parrain,
stroppolo câble, truogolo auge, teschio crâne (testa), bugnola
sorte de panier, coccola baie, costola côte, cupola coupole,
donnola belette (donna), frombola fronde, girandola girandole,
gondola gondole, morola mûre, seggiola chaise. Il se
présente encore plus souvent dans des suffixes combinés, comme
dans appic-agn-olo, terr-agn-olo, luc-ign-olo, scoj-att-olo,
diminutif : vi-ott-olo, uom-icci-att-olo, péjoratif medic-on-zolo
et medic-astr-on-zolo etc. — Dans les autres langues ces
dérivations sont rares et en général empruntées à l'italien : esp.
brúxula (pour bux.), girándula, guíndula, góndola, orla ;
franç. boussole, coupole, girandole, gondole 1182.

2. Adj. bellulus, blandulus, credulus, pendulus, tremulus,
vetulus, latin de la décadence raucidulus, tenerulus ;
ital. credulo, pendolo, tremolo, vecchio ; esp. pendulo etc.
De là l'ital. mutolo, sdrucciolo, giall-ogn-olo etc.

ac-ulus, ec-ulus, ic-ulus, uc-ulus, ou simplement,
quand ils sont ajoutés à une consonne, c-ulus ; ces
suffixes sont abrégés en roman en -clus et produisent en partie
des formes doubles : ital. chio, glio, esp. jo, llo, port. jo, lho,
prov. lh, franç. il, val. ch. Des expressions liturgiques, telles
que coenaculum, miraculum, signaculum, tabernaculum et
beaucoup d'autres, comme spectaculum, n'ont pas été soumises
à cette loi phonique : ital. cenacolo, miracolo etc. Ces dérivations
sont soit verbales, soit dénominatives. Dans la langue mère
les noms communs ont une action diminutive, dans les langues
nouvelles cette action ne se fait plus sentir que dans certains cas.

ac-ulus : graculus, novacula, gubernaculum., miraculum,
pentaculum, spiraculum, tenaculum ; ital. gracchio,
miraglio, pendaglio, spiraglio, tanaglia ; esp. graja, navaja,
gobernallo ; port. gralha, governalho ; prov. gralha,
governalh, ivernalh (hibern.), miralh, espiralh, tenalha ;
franç. graille, gouvernail, soupirail, tenaille. — Formations
298analogiques : ital. batacchio battoir, pennacchio panache,
serraglio clôture, sonaglio sonnette, spaventacchio épouvantail,
travaglio tourment, ventaglio éventail, ventaglia visière
(b.lat. ventaculum). Noms d'animaux, en partie diminutifs :
birracchio veau d'un an, buciacchio jeune bœuf, mulacchia
corneille, orsacchio jeune ours, poltracchio poulain, corbac-chi-one
grand corbeau, de même cornacchia, volpacchio de
cornicula, vulpecula. Esp. acertajo énigme, badajo, cascajo
gravier, espantajo (ital. spav.), estropajo torchon, latinajo
latin de cuisine, lavajo abreuvoir, regajo mare, trabajo,
migaja miette, rodaja petite roue (rueda), sonaja (it. -aglio) ;
tinaja cuve, ventalla. Port. trabalho, tinalha etc. Prov.
arribalh abordage, badalh, defensalh ouvrage de défense,
demoralh passe-temps, espaventalh, esperonalh éperon,
fermalh, refrenalh continence, serralh, sonalh, trabalh,
ventalha. Franç. épouvantail, fermail, plumail, travail,
ventail, sonnaille.

ec-ulus, ic-ulus.1. Subst. cuniculus, folliculus,
apicula, auricula, clavicula, corbicula, cornicula, vulpecula,
periculum ; ital. [ecchio, icchio, iglio] coniglio, pecchia,
orecchio, cavicchio caviglio, naviglio (navicula),
periglio ; esp. [ejo, ijo] conejo, hollejo (foll.), abeja, oreja,
clavija, lenteja (lenticula), oveja(ovicula), vulpeja ; port.
[elho, ilho] coelho, abelha, orelha, chavelha clavilha, corbelha ;
prov. [elh, ilh] abelha, aurelha aurilh, ovelha,
volpilh ; franç. [eil, il, ieu] essieu (axic), conil arch.,
abeille, oreille, cheville, corbeille, ouaille pour oueille
(= prov. ovelha), péril ; val. urechie et ureache, curechiu
(cauliculus). — Les dérivations nouvelles sont nombreuses.
Ital. busecchio intestins, cernecchio touffe de cheveux, coviglio
ruche, crocicchio carrefour, faldiglio jupe, giaciglio couche,
nascondiglio cachette, pennecchio quenouillée, puntiglio minutie,
solecchio solicchio parasol, bottiglia (b.lat. buticula),
bouteille, giunchiglia jonquille, pastiglia pastille. Dimin. borsa
borsiglio
, dottore dottoricchio. Esp. abrazijo embrassement,
acertijo énigme, ahoguijo esquinancie, armadijo trébuchet,
azulejo bluet, cancrejo crabe (cancriculus *), junquillo (ital.
giunchiglia), regocijo réjouissance, vencejo lien, botija,
lagartija petit lézard, molleja ris de veau, yacija (ital. giaciglio).
Souvent dimin. anillo anillejo, animal animalejo,
arbol arbolejo, cuchilla cuchilleja, cordel cordelejo, lugar
lugarejo
, zagal zagalejo . En portugais ces suffixes sont diminutifs
299sous la forme ejo (contraire aux lois phoniques de cette
langue ; elle a donc été empruntée à l'espagnol) : animalejo,
castillejo, cordelejo, lugarejo, zagalejo . Pr. dosilh robinet,
estorbilh tourbillon, fontanilh, -a source, gandelh -ilh faux-fuyant,
grazilh grêle, mostilh couvent G Ross., penilh ibid.
(pubes), ramilh-a feuillage, solelh (plus usité que sol), somelh,
tendel-ilh tente, umbrilh (umbiliculus *), botilha, frondilha
GO.
, jassilha. Fr. appareil, dousil, grésil, nombril, soleil,
sommeil, bouteille, chenille (canicula), groseille, jonquille,
pointille . Dimin. : croustille, plus des dérivations combinées
comme oi-sill-on, chevr-ill-ard.

2. Adj. dulciculus. Ital. parecchio, esp. parejo, fr. pareil
(b.lat. pariculus) ; ital. rubecchio rougeâtre ; ital. vermiglio,
esp. bermejo, fr. vermeil (vermiculus) ; prov. volpilh lâche
(de vulpecula). Dimin. esp. amarillo amarillejo, poquillo
poquillejo
Rz.

uc-ulus dans veruculum. On a ramené à ce suffixe
plusieurs mots dérivés en iculus et unculus, c'est-à-dire qu'on
a prononcé annuculus, peduculus, ranuculus, foenuculum,
genuculum, acucula, panucula . Ital. [occhio, uglio] pidocchio,
ranocchio, finocchio, ginocchio, agocchia aguglia,
pannocchia ; esp. [ojo, ujo] añojo, piojo, hinojo (foen- et
gen-), aguja, panoja ; pr. [olh, ulh] peolh, granolh, fenolh,
genolh, verrolh, agulha ; fr. [ouil, ou, uil] pou pour péou,
fenouil, genou, verrou, aiguille, grenouille. Ce suffixe
a suscité des formations analogiques, ainsi ital. batocchio
battant, canocchio échalas, mazzocchio liasse, pinocchio
amande de la pomme de pin, capocchia gros bout d'un objet,
conocchia quenouille, pastocchia sornettes ; diminutif [ucchio],
rare : bacio baciucchio. Esp. [aussi ull] capullo paquet,
cerrojo verrou, granujo pustule, matojo buisson, redrojo
enfant retardé, somorgujo plongeon, magullo meurtrissure
(maca), burbuja bulle de vapeur ; adj. dimin. : blando blandujo,
magro magrujo.

c-ulus uni à des consonnes telles que n, r, s : avunculus,
carbunculus, portiuncula, ranunculus, cicercula, sororcula,
musculus ; ital. avunculo, carbonchio, cicerchia,
sirocchia, muscolo ; esp. carbunclo etc. ; prov. avoncle et
oncle, carboncle, muscle ; franç. oncle, escarboucle, muscle ;
val. unchiu, de même genunche, mųnunchiu, ręnunchiu
tirés de geniculum, manicula, reniculus. — Formations nouvelles,
par ex. : ital. ballonchio ronde, belliconchio cordon
300ombilical (umbilicunculus *), gavonchio congre, nevischio
neige légère, renischio sablon. Val. pętrunchi-os lourdaud
(petrunculosus* de petro), moriścę petit moulin. — Sur l'adj.
pauperculus se modèle l'ital. soperchio surabondant, v.esp.
sobejo, port. sobejo.

ela : candela, cautela, clientela, parentela, querela,
tutela ; ce suffixe est presque identique en roman, il n'y a à
observer que l'esp. querella (on trouve en latin aussi une forme
secondaire semblable, Schneider I, 414), port. candêa, franç.
chandelle, querelle, val. candilę. Il n'existe pas de formations
analogiques en italien ni dans toute la partie occidentale du
domaine, le b.lat. conductela (VIe siècle DC.) ne se trouve nulle
part reproduit. Le portugais a bien furtadela dérobée, mordidela
morceau, mais la comparaison du correspondant espagnol
illa dans hurtadilla rend cet ela suspect. Le daco-roman possède
le suffixe ealę au moyen duquel il se procure des féminins
abstraits en grande quantité : ils proviennent soit de noms, soit
de verbes. Ex. : aborealę exhalation (subst. ábore), acrealę
aigreur, amęrealę amertume, ascutzealę tranchant, asprealę
dureté, bųntuealę offense (verbe bųntuì), bęrfealę fable (bęrfì),
bizuealę confiance (bizuì), ferbintzealę chaleur (adj. ferbinte),
indesealę presse (verbe indesà), indoealę doute (indoì = grec
ἐνδυάζειν), obrintealę inflammation (obrintì). Concrets : podealę
planche, tzesealę étrille. Il arrive souvent, surtout après des
sifflantes, que cette terminaison se contracte en alę : mucezalę
moisissure, obosalę lassitude, putrezalę pourriture, rųncezalę
rancissure, ręguśalę enrouement, rośalę rougeur, sęrbezalę
acidité ; les deux formes se rencontrent aussi dans le même mot.
Ce suffixe ne semble pas étranger au latin ; du moins le slave el
désigne généralement des idées concrètes (Dobr. p. 294) ; on ne
peut pas davantage le regarder comme le féminin de el, le lat.
ella, car ce féminin est en valaque ea et a une tout autre application.
Nous sommes en fin de compte renvoyés à ela, dont le
sens n'est pas en contradiction avec le suffixe valaque (comp.
aborealę avec le lat. sutela l'action de coudre) et dont la forme
ne fait aucune difficulté, car l'e long aussi passe quelquefois à
la diphthongue ea (t. I, p. 140). La question toutefois n'est pas
résolue d'une façon certaine. Voy. l'opinion de Mussafia Vocalisation
p. 134.

alis.1. Adj. æqualis, capitalis, legalis, mortalis, naturalis ;
ital. [ale] eguale, capitale, legale leale, mortale,
naturale ; esp. [al] ygual, caudal, léeal leal, mortal, natural ;
301prov. [al, au] engal engau, captal, leial, mortal,
natural ; franç. [al, el] égal, capital, légal loial, mortel,
naturel. Le latin de la décadence, surtout celui de l'Eglise, n'a
pas craint d'en former encore beaucoup d'autres, comme aeternalis,
massalis, meridionalis, realis, sapientialis, spiritalis.
— Voici quelques exemples romans. Ital. celestiale, divinale,
estivale, eternale, filosofale, fisicale, paternale, prudenziale,
teologale. Esp. celestial, divinal, filosofal, fisical,
frescal, frutal, mayoral, mundanal, perenal, teologal,
terrenal. Prov. catholical, comtal, comunal, majoral, pairenal,
proismal, publical, vergonhal, vernassal (lat.
verna) ; dans la GAlb. on trouve même colpal, martirial,
primairal, romanal, sarrazinal, sciental, segural et
d'autres du même genre, en bonne partie au moins librement
créés par l'auteur 1183. Franç. bannal, baptismal, féodal (voy.
plus bas -elis), continuel, perpétuel, paternel etc. La langue
valaque semble avoir renoncé à cette forme pour l'adjectif.

2. Substantifs de cette terminaison, p. ex. : canalis, sodalis,
animal, cervical, vectigal . Les langues modernes possèdent
un nombre important de ces substantifs, dont une petite partie
seulement peuvent s'appuyer sur de vrais adjectifs latins ; ils se
rapportent soit à des personnes, soit, et c'est le cas le plus
fréquent, à des objets. Ital. caporale conducteur, cardinale,
ufficiale employé ; cinghiale sanglier (singularis) ; arsenale
arsenal (arabe), boccale coupe, capitale capital, casale ferme,
fanale fanal, gambale jambière, giornale journal, madrigale
chanson, natale nativité, ospitale hôpital, pettorale poitrail,
pugnale poignard, quintale quintal, segnale signe, stendale drapeau,
stivale botte, temporale orage. Esp. cardinal ; arsenal,
bocal, casal, portal, quintal, señal etc. ; beaucoup de mots
qui répondent à l'idée du suffixe latin -ētum, ainsi espinal pour
spinetum et aussi alcornocal, almendral, alverjal, arenal,
cerezal, hinojal, naranjal, penascal, xaral ; port. de même
cebolal, espinhal, faval, frexenal, funchal, olival, pinhal.
Pr. cardinal, menestral ; agual rigole, bancal banc, casal,
cervigal nuque, cortal cour, cristal peigne, fenestral lucarne,
fogal foyer, grazal bassin, logal lieu, mercadal marché,
nadal jour de naissance, ostal, peitral, portal, quintal. Fr.
hôtel, journal, nasal, noel, poitrail, portail, signal. Val.
302capital, pastoral, probablement aussi spinare épine du dos
(spinalis). — Remarque. On a observé que les suffixes alis et
aris ont une seule et même signification, que leur emploi respectif
est uniquement déterminé par l'euphonie (dissimilation), c'est-à-dire
que la langue choisit alis, quand le primitif se termine
par r, et aris quand il se termine par l, de là plur-alis, mais
singul-aris.Voy. Otto Schulz, Lat. Gramm. 178 ; Pott, Etym.
Forsch
. II, 96, Ire édit. ; Corssen, Lat. Auspr. I, 80. Les
langues filles dans leurs nouvelles formations ne transgressent
pas non plus cette règle d'euphonie, c'est tout au plus si elles se
permettent d'appliquer le suffixe alis à la terminaison primitive
en l, lorsque cette dernière lettre est suivie d'un i, comme dans
l'ital. filiale, le franç. filial ou le v.franç. lilial, oblial. Cependant
le portugais prononce cebolal, tandis que l'espagnol dit
cebollar.

elis, adj. crudelis, fidelis, de ce dernier vient le fr. féal,
féauté. Il n'existe aucune formation analogique.

ilis.1. Adj. civilis, gentilis, juvenilis, subtilis ; ital.
[ile] civile, gentile, giovenile, sottile ; esp. [il] civil, gentil,
jovenil, sutil ; prov. gentil, sutil ; franç. civil, gentil, subtil ;
val. [ire] subtzire. Ce suffixe n'a été que rarement employé à
former des adjectifs nouveaux, car on ne manquait pas de
suffixes de la même signification. Ital. asinile (-alis), femminile
(-alis), fratile, maschile, monacile, navile (-alis),
pecorile, signorile et quelques autres. Esp. caballeril, cerril
montagneux, concejil de la communauté, escuderil, femenil,
mugeril, pastoril (-alis), señoril, varonil ; port. par ex.
granadil pour -ino Lus 3, 114. Prov. baronil, bonil Flam.,
clergil (-icalis), femenil, laironil, maestril, mongil, paganil,
senhoril. Le français ne présente aucun exemple.

2. Subst. bovile, cubile, foenile, ovile, sedile, suile ; ital.
bovile, covile, fenile, ovile, sedile ; esp. cubil, henil, sedil ;
prov. suil ; fr. fenil. Il n'y a que peu de substantifs nouveaux
en ile ou ilis. Ital. bacile bassin, badile hoyau (batillum),
barile baril, campanile clocher, canile chenil, cortile cour,
fucile pierre à feu, porcile étable à porcs, staffile étrivière.
Esp. badil, barril, buril burin, carril sillon, dedil dé, focil,
fonil entonnoir (fundibulum), marfil ivoire (arabe ?), mongil
froc, pernil jambon, pretil balustrade, redil parcage. Prov.
badil, bordil métairie, camsil une étoffe, cortil, costil couche,
fozil, majonil maison de campagne, nasil nez Flam., sardil
étoffe, vergil verge. Franç. baril, chenil, fournil, fusil (tous
303avec l'l muette), arch. bercil (vervecile *), courtil, mesnil
ménil
(prov. majonil), ortil.

ĭlis : facilis, fertilis, fragilis, gracilis, humilis, utilis ;
latin de la décadence currilis, cursilis, vertilis ; ital. facile,
fertile, fragile frale, gracile, umile, utile ; esp. fácil,
fértil, frágil, grácil, útil , avec avancement de l'accent :
humilde ; prov. gráile, umíl etc. ; fr. frêle, grêle, humble, et
avec avancement de l'accent (ce qui est un signe d'introduction
postérieure) : facile, fertile, fragile, habile, stérile, utile ,
mais en v.franç. hable, utle, de même doille douille mou
(ductilis). — Il n'y a point de formes nouvelles.

-b-ĭlis s'applique à des radicaux de verbes simples ou
modifiés : amabilis, amicabilis, flebilis, credibilis, visibilis,
volubilis. Le latin de la décadence semble aussi avoir joint ce
suffixe, de même que quelques autres, à n'importe quel verbe :
le grammairien Virgile dit sans hésitation : affirmabilis, ardibilis,
confusibilis, incontuibilis, ventilabilis (Maji Auct.
class
. t. V) ; on trouve chez d'autres écrivains : ambulabilis,
argumentabilis, audibilis, beabilis (qui rend heureux), cantabilis,
capabilis, cassabilis, colorabilis, edibilis, gradibilis,
meretricabilis (c'est-à-dire meretricius), orabilis, partibilis,
scripturabilis et d'autres semblables. Les formations
analogiques sont extrêmement nombreuses. Ital. [vole, vile,
bile]
bastevole suffisant, pieghevole flexible, agevole aisé,
avvenevile qui sied bien, cadevole périssable, fattibile faisable
etc. Ici abilis ne se distingue plus nettement de ibilis, les
deux suffixes se rencontrent dans la forme evole, c'est-à-dire
qu'on a dit d'abord abole, qu'on trouve encore comme archaïsme
(cambiabole), ensuite pour faciliter la prononciation evole ;
ibilis a passé plus simplement à la même forme. Esp. [ble]
agradable agréable, plegable, agible, convenible, movible
mobile, sufrible supportable ; port. [vel] defensavel défendable,
saudavel salutaire, apracivel agréable, temivel redoutable,
sofrivel ; impossibil, terribil, visibil, par ex. Lus.
1, 65. 4, 54. Prov. [ble] agradable, essenhable docile etc. ;
vaud. [ivol] amorivol, desirivol, honorivol, rompivol, saludivol.
Franç. [ble] agréable, brûlable, forgeable, ployable,
amovible, disponible, lisible, risible. La forme able domine
et n'est pas restreinte aux verbes de la première
conjugaison, comp. buvable, croyable (credibilis), mettable,
pendable, vendable (vendibilis), guérissable, haïssable,
périssable ; déjà en prov. iraissable (irascibilis), movable
304(mobilis). — Remarques. 1) Ce suffixe exprime une possibilité
passive ; joint à des intransitifs, quelquefois même à des transitifs,
il a une signification active, par ex. ital. manchevole
défectueux, nocevole nuisible, piacevole agréable, esp. falible
trompeur, prov. besonhable nécessaire, devorable absorbant,
enganable fourbe, franç. semblable, valable, v.franç.
aidable secourable, entendable raisonnable, mentable menteur.
2) Il s'unit assez souvent aussi à des substantifs : ital.
amorevole, fratellevole, maestevole, esp. hermanable, manuable,
apacible , franç. charitable, équitable, pitoyable,
véritable, paisible , v.franç. anguisable, esperitable, vertudable ;
lat. (rare) favorabilis, rationabilis.

ulis : curulis, edulis, pedulis. On trouve ce suffixe
comme variante de alis, īlis dans les substantifs italiens suivants :
baúle coffre, favule tige de fèves, gambule cuissard (aussi
gambale), gorgozzule gosier, grembiule tablier, mezzule
pièce du milieu, pedule chausson, strozzule gosier.

-lĭa. Un grand nombre d'adjectifs en alis, īlis, ĭlis (bĭlis)
ont produit sous la forme du pluriel ne